Note : Pour fêter la bientôt fin du NaNo, je vous offre ce nouveau chapitre tout frais. Je garde les autres sous le coude pour vous faire un cadeau de Noël (et garder un peu d'avance). Oui, vous avez bien lu. LES autres. Je suis en train d'écrire le neuvième (enfin le huitième, puisqu'il y a le prologue). C'est la première fois que j'ai autant de chapitres pour une histoire, et je dois vous avouer que je suis un peu fière de moi. J'en suis à presque 30K mots, ça en fait 20K de moins que prévu, mais je m'attendais pas à arriver jusque là. J'étais un peu bloquée à cause de la partie musique (ouais, c'est un comble pour une fic musicale), mais j'ai retrouvé un peu d'inspiration aujourd'hui, puisque j'ai réussi à écrire 6 000 mots. Bon, pour tout vous avouer, le moment où j'écris le mieux, c'est quand je sais pas où je vais.
J'espère que l'histoire avance assez vite pour vous, moi j'ai l'impression qu'elle traîne, mais peut-être est-ce parce que je rame... Merci encore à tous mes lecteurs trop cools qui laissent des reviews, je suis pas snob, je réponds, alors n'hésitez pas ! :) Merci notamment à Ab's, à Charpelipopette, à Caroline et à Choco'coo, à qui j'ai pas pu répondre (et à ma grande honte, j'ai oublié dans le dernier chapitre de les remercier) mais qui m'ont parfois écrit un roman ! :) Vous êtes les plus géniaux de l'univers, et en plus d'être gentils, vous êtes patients ! (J'en reviens pas d'avoir deux pages de reviews ! Merci merci merciiiii !)
J'arrête mon blabla et je vous laisse bouquiner... Et une dernière chose, petits chanceux que vous êtes... Vous avez DEUX chansons (enfin une et demie) dans ce chapitre !
Date de publication originale : novembre 2013
Edit texte : mars 2020
Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube (à coller après l'adresse de ytb) : playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7
Enjoy !
La sonnette résonne depuis vingt bonnes secondes et Micro-Ice s'agite dans tous les sens pour ne rien oublier.
- Par pitié, va ouvrir à D'Jok avant que je lui balance un baquet d'eau froide par la fenêtre, s'écrie sa mère, au bord de la crise de nerfs.
- Je trouve pas ma valise, maman ! Fais-le monter !
Mme Ferguson soupire et se dirige vers l'interphone qui continue de hurler.
- D'Jok Russell, si tu casses ma sonnette, ta mère va en entendre parler !
- Pardon m'dame, mais c'est le jour J, Mice peut pas être en retard !
- Monte, tu vas voir dans quel état il est. Il faut que j'aille travailler, en plus.
Dix secondes plus tard, les pas éléphantesques du rouquin surexcité résonnent dans les escaliers, et la femme ouvre avant qu'il puisse tambouriner à la porte. Il s'engouffre dans l'appartement en hurlant le nom de son ami, et Mme Ferguson soupire une nouvelle fois en secouant la tête. Elle prend son sac et va voir où en est rendu son fils.
- Tu as retrouvé ta valise ?
- Oui, c'est bon, marmonne le petit brun en jetant pêle-mêle ses affaires dans une valise plus grande que lui.
- Tu aurais pu t'y prendre hier au lieu de tout faire à la dernière minute.
- Je sais, mais j'avais pas le courage hier.
- Ce n'est pas parce que tu entres dans ce groupe que tu dois négliger tes études, hein. J'espère que tu n'oublieras pas de faire tes devoirs pendant les vacances.
- Oui maman.
- Bon, j'y vais. Pense bien à fermer la porte en partant. Et sois sage !
- Mamaaaaan, proteste Micro-Ice alors que sa mère le prend dans ses bras pour l'embrasser.
D'Jok rigole à côté, et s'empare de la guitare de son ami pour la mettre dans sa housse. Sa propre mère lui a fait le même coup ce matin.
°OoooO°
Devant le lycée, Thran et Ahito attendent patiemment l'arrivée de leurs compères. Pourtant, c'est Sinedd qui arrive le premier, son vieux sac sous le bras et son étui sur le dos. Il leur jette un regard suspicieux et se poste à distance raisonnable d'eux. Les écouteurs dans les oreilles, comme à son habitude, il n'entend pas les jumeaux s'interroger sur son compte. Il est impatient de s'installer dans ses nouveaux quartiers, et pourtant, une pointe de stress se loge dans sa poitrine. Il n'a jamais été très doué pour socialiser.
- Tu crois que ça va le faire, avec Sinedd dans le groupe ? Demande Thran à son frère, plus aussi confiant que deux jours plus tôt.
- Honnêtement, je sais pas. Son ego va être compliqué à gérer. Il est certes très bon et plutôt sérieux techniquement parlant, mais je doute qu'il joue la carte de l'esprit d'équipe...
- On a pas mal de fortes têtes dans ce groupe, ça va être délicat. Entre Sinedd, D'Jok et cette chanteuse à l'orgueil évident, on va rigoler, je le sens.
- Et Micro-Ice a déjà l'air de s'être amouraché d'elle, en plus, approuve Ahito. De l'orage en perspective...
Tout en conversant avec son frère, Ahito n'a pas cessé de surveiller les allées et venues du personnel administratif et des professeurs qui sont revenus boucler leurs affaires en cours. Nombreux sont ceux qui passent en les regardant avec surprise, mais certains se sont arrêtés pour les féliciter. La nouvelle de leur sélection s'est répandue aussi rapidement qu'une traînée de poudre, pour changer. Pourtant, ce n'est pas ça qui intéresse le bassiste. Tout en attendant ses deux amis, il espère aussi revoir Rocket qui lui a laissé une impression impérissable et pouvoir échanger quelques mots avec lui.
D'Jok interrompt le fil de ses pensées en se précipitant vers eux.
- J'ai cru qu'on arriverait jamais, renifle-t-il en faisant un geste en direction de Micro-Ice, qui tire sa valise avec peine. Forcément, il a fallu qu'une des roues lâche !
- C'est toi qui as voulu prendre un raccourci débile, grogne le petit brun en sueur.
- En même temps, les valises, c'est nul. Si t'avais eu un sac comme moi, ça serait pas arrivé !
Maintenant qu'ils sont tous réunis, ils se dirigent eux aussi à l'intérieur du lycée, se dirigeant directement au secrétariat pour pouvoir demander un formulaire d'autorisation pour leur groupe. Le proviseur ayant une fille en première, il était au courant des auditions et a pris un peu d'avance. Les quatre garçons discutent un peu avec lui avant de récupérer leur papier et d'aller au Music Hall sans plus attendre.
°OoooO°
Durant le weekend, Rocket a tout essayé pour qu'enfin son père revienne sur sa décision. Mais il n'a pas cédé d'un pouce.
Il aurait pu faire partie de cette aventure. Il aurait pu être avec ces gens, faire connaissance et échanger des idées musicales, mais son père lui a refusé ce plaisir. Bien sûr, il comprend les sentiments de Norata, mais ce n'est pas parce que ça s'est mal fini pour lui qu'il doit l'empêcher de vivre.
Et ce lundi matin, il se réveille dans son lit, tard, à vivre un jour comme les autres alors que sa vie aurait pu changer. La frustration est intense. Hors de question qu'il loupe le tournant de sa vie. Quitte à finir dans le décor, autant que ce soit en faisant ce qu'il aime. Il se lève et s'habille en décidant qu'il accompagnera les autres au Music Hall et qu'il travaillera avec eux. Comme il est normalement en vacances et qu'il est sensé aider son père au magasin, il est pratiquement certain que son père se doutera de sa manœuvre, à moins que...
Pris d'une épiphanie, il descend les escaliers et passe devant son père occupé avec un client en lui disant qu'il a un entraînement de foot et qu'il rentrera ce soir. Arrivé au lycée, il se met à la recherche du coach de foot. S'il quitte définitivement le club sans en parler à son père, il a une chance de pouvoir faire partie du groupe avec une excuse toute prête...
°OoooO°
Mei essaie d'imaginer ce que son quotidien va devenir à l'extérieur des murs de St Margaret. Elle s'était habituée aux chuchotements sur son passage et aux sourires hypocrites à longueur de journée.
Avant, elle savait qu'elle retrouverait Yuki dans sa chambre, et que la rouquine lui changerait les idées. Maintenant, elle n'a plus vraiment d'oasis, et c'est seulement aujourd'hui qu'elle s'en rend compte. Après avoir laissé tomber Yuki comme une vieille fringue usée. Bien sûr, elles sont toujours dans la même école, mais dans la journée, elles n'ont jamais vraiment passé de temps ensemble. La rouquine est tellement solaire et sociable qu'elle est toujours entourée d'amies, et Mei, elle, supporte mal le genre humain. Et puis dans tous les cas, vu comme elle a quitté sa chambre samedi soir, peu de chances que son amie lui reparle avant longtemps.
Enfin, elle qui n'aimait déjà pas franchement l'école, maintenant c'est un calvaire. Elle a hâte de pouvoir s'installer au Music Hall et de chanter. En espérant que les autres ne la dérangeront pas trop.
°OoooO°
- Salut les jeunes, les accueille Aarch à l'entrée du Music Hall. Je vais vous montrer vos appartements et les pièces communes, qui nous serviront aussi aux répétitions. Le Music Hall va être en restauration pendant quelques semaines, donc ce n'est pas la peine d'y mettre les pieds, je vous le déconseille même. On aura besoin de vous entiers pour le concert.
Le manager les emmène dans une immense maison proche de la salle de concert. C'était le quartier central de la ville, auparavant, et les quelques bâtiments encore sur pied ont un standing impressionnant. Après les travaux qu'a fait faire Aarch, le petit manoir est juste parfait pour la fine équipe.
Clamp paraît tout fier de leur présenter la salle de répétition aménagée au sous-sol avec isolation phonique, forcément, qui comprend un studio d'enregistrement assez grand pour eux huit et leurs instruments, une pièce de mixage attenante et une salle beaucoup plus grande avec un nombre incalculable d'appareils de MAO et d'amplificateurs en tous genres, dont seul Thran peut imaginer l'utilité. Il a d'ailleurs déjà les yeux qui pétillent à l'idée de les tester et s'embarque dans une conversation technique avec le vieil ingénieur.
Aarch sourit avec attendrissement en voyant son ami aussi excité que lui, et prend la tête de la procession pour les faire remonter dans le hall d'entrée. Cette fois, ils longent l'escalier et prennent un couloir qui les amène à un grand salon qui leur servira de salle de repos. Micro-Ice se penche déjà sur la télévision et la console en dessous, curieux de voir les jeux que leur fournit Aarch. Sans étonnement, il découvre l'intégrale des Guitar Hero et en se retournant il aperçoit les instruments associés sagement rangés dans un coin. Le sourire aux lèvres, il se relève. Ici il va être comme un coq en pâte.
Après le salon se trouve une gigantesque salle à manger avec une cuisine à l'américaine. Une véranda au bout de la pièce offre une magnifique luminosité et ouvre sur un grand jardin en friche.
L'escalier du hall n'est pas le seul à monter à l'étage, puisqu'une autre volée de marches s'étend sur le mur gauche de la salle à manger, dessinant une bibliothèque un peu vide pour l'instant, si ce n'est la collection impressionnante de vinyles sur les cases inférieures. Ahito s'en lèche les babines à l'avance et intercepte le regard gourmand de Sinedd.
Lorsqu'enfin ils atteignent l'étage, ils découvrent une pièce ouverte avec plusieurs bureaux et deux ordinateurs, probablement leur salle d'étude. Dans le couloir, un grand nombre de portes s'offrent à eux : les chambres.
- Vous serez deux par chambre, annonce Aarch. Je vous laisse vous débrouiller pour choisir votre colocataire, mais pas de couple mixte. Tia et Mei, vous serez ensemble. Chaque chambre a une salle de bain commune avec la voisine, sauf celle du fond. Les filles, vous vous installerez donc dans celle-là. La porte au fond du couloir donne accès au grenier que nous avons aménagé Clamp et moi pour y avoir nos appartements. Vous n'aurez donc aucune utilité à y monter. Au cas où il y aurait un problème, nous avons installé une sonnette à la porte, donc n'hésitez pas à l'utiliser.
Les adolescents l'écoutent à peine, déjà à la recherche de leur chambre. Seul Rocket reste impassible, frustré à l'idée qu'il ne s'installera pas comme les autres. Aarch lui lance un regard désolé mais ne dit rien. Après tout, il est un peu responsable.
Sans surprise, les jumeaux s'installent ensemble dans une chambre donnant sur le toit de la véranda. Micro-Ice et D'Jok choisissent la pièce à côté pour partager leur salle de bain, et le petit brun découvre avec bonheur le minuscule balcon qui donne sur le jardin. Il s'installe d'office sur le lit à côté de la baie vitrée et teste le confort du matelas. Parfait. Moins pour sa clope nocturne, qu'il ne va pas pouvoir fumer sous l'œil de D'Jok, mais tant pis.
Sinedd prend la chambre en face de celle des jumeaux et laisse la porte ouverte, supposant que Rocket le suivra. Mais alors qu'il s'installe, il se rend compte que le batteur n'avait pas d'affaires. Il aura donc la chambre pour lui tout seul, ainsi que la salle de bain, puisque la pièce voisine est inoccupée. Il ne pouvait pas rêver mieux.
Les deux seules filles se lancent un regard évaluateur et ouvrent la porte de leur nouvel antre. Mei passe le pas de la porte en premier et jette un coup d'œil circulaire à la pièce. Pas mal, plutôt spacieux, mais l'important, c'est surtout la salle de bain. Alors que Tia installe ses valises à côté du dernier lit disponible, la grande brune examine la pièce d'eau avec un air satisfait.
- Vous avez la seule salle de bain avec une baignoire, commente Aarch qui est entré à leur suite. J'ai pensé que vous apprécieriez.
- C'est super, merci. Et il y a assez de rangement pour toutes mes affaires, note Mei en ignorant totalement sa camarade de chambrée, qui elle aussi étudie les commodités.
Même si elle a l'habitude du luxe, la blondinette ne possède pas de quantité affriolante de cosmétiques. Elle laisse donc à Mei le plaisir de s'installer comme elle l'entend et prendra la place qui reste.
Par contre, elle déballe soigneusement ses nombreux instruments pour essayer de leur trouver une place. Voyant cela, Aarch lui propose de redescendre au sous-sol pour lui montrer le petit vestiaire qu'ils avaient oublié, attenant à la « salle des machines ». Dans la pièce, elle pourra ranger ses violons sans avoir peur, notamment pour le Vuillaume, qu'ils s'abîment à cause d'une atmosphère trop sèche ou trop humide.
Sur le chemin, ils récupèrent Rocket, qui attend toujours que ses camarades aient fini leur emménagement. Tia lui fait un petit sourire et prend de ses nouvelles le long du trajet. Elle est vraiment déçue pour son ami, repensant à sa propre situation. Avec Aarch à côté, elle ne peut pas vraiment griller sa couverture et avouer à son ami que ses parents ne sont même pas au courant qu'elle est ici, mais elle trouvera bien un moyen de le rassurer plus tard.
En attendant, elle découvre la vitrine du vestiaire qui semble n'attendre que ses bébés, et se réjouit de les disposer sur l'étagère marquée à son nom.
- Rocket, pour le moment tu pourras utiliser ma batterie dans le studio d'enregistrement. C'est celle dont je me suis servie quand j'ai joué pour les Shadows. Pour les séances de composition dans la salle des machines, Clamp te montrera la batterie électronique qu'il a créée, je pense qu'elle va te plaire. Je vous laisse découvrir les lieux, je vais chercher les autres une fois qu'ils auront fini de s'installer.
Rocket hoche la tête sans un mot et se dirige vers le studio comme s'il allait y trouver le Saint Graal. Voyant que le brun est parti dans son monde, Tia décide de faire de même et s'empare de son violon classique. Rien de tel que des gammes pour s'échauffer. Et de toute façon, elle ne peut pas se permettre de laisser ses propres répétitions en plan. Sans se concerter, Tia s'est installée dans la salle de mixage alors que Rocket est assis derrière l'instrument mythique d'Aarch. Ni l'un ni l'autre ne s'entendent, et si au départ la blonde a regardé son ami caresser les peaux des tambours, maintenant elle ferme les yeux pour se concentrer.
°OoooO°
De leur côté, les Golden Boys s'installent tranquillement, sans se presser. Micro-Ice et D'Jok ont déjà envahi la chambre des jumeaux, et le petit brun squatte allègrement ce qui reste de place sur le lit d'Ahito, affalé lui-même de tout son long. Pour changer. Thran, lui, range soigneusement ses affaires et celles de son frère dans leur armoires respectives. Il en faut bien au moins un qui soit raisonnable. D'Jok tourne en rond comme un fauve en cage, son étui sur le dos, prêt à en découdre.
Au bout d'un moment, ils entendent une guitare dans la chambre d'en face, Sinedd étant probablement en train d'accorder son instrument, aussi impatient que le rouquin. La voix de Mei résonne aussi petit à petit, visiblement elle aussi en train de s'échauffer. Les quatre garçons échangent un regard et se précipitent sur leurs instruments pour les accorder à leur tour. Il ne faudrait pas qu'ils passent pour des fainéants, quand même.
°OoooO°
Aarch, qui est en train de prendre un café en compagnie de Clamp, sourit lorsqu'il entend le brouhaha provenir de l'étage. L'avantage avec les adolescents, c'est qu'ils ne veulent pas rester à la traîne. Quand l'un se lance, les autres suivent. Décidant de finir tranquillement sa tasse, le manager continue sa conversation avec son ami, laissant aux jeunes le temps de trouver leurs marques.
Quelques minutes plus tard quand il monte les escaliers, la cacophonie s'arrête et il retrouve ses musiciens quasiment au garde-à-vous, dans le couloir, prêts à commencer la répétition. Encore une fois, il sourit tendrement face à leur motivation. Il a bien fait de revenir à Aberdeen.
Il les entraîne au sous-sol pour leur montrer le vestiaire comme il l'a fait avec Tia et Rocket, et constate que les deux sont d'ailleurs complètement concentrés sur leur musique. La violoniste, qui a laissé la porte de la salle de mixage ouverte, a le front couvert de sueur, quelques petites mèches de cheveux s'y collant alors qu'elle exécute un morceau très technique avec doigté. Sinedd le reconnaît il aime écouter de la musique dite classique de temps en temps. Surtout quand ce sont des morceaux rapides et virtuoses. La Polonaise brillante, de Wieniawski.
Pourtant la jeune fille s'arrête rapidement en grognant. Son doigt a ripé maladroitement sur une corde. Elle s'étire légèrement les épaules, s'essuie rapidement le front et se remet en position, toujours inconsciente ses spectateurs. Aussitôt, elle recommence son morceau du début et s'arrête quelques mesures plus loin. Encore une fois, elle soupire et s'étire. Ce n'est pas la peine de s'acharner, elle n'y arrive pas, aujourd'hui, encore moins que d'habitude, même. Les autres vont bientôt arriver, de toute façon. Elle va finir par Tzigane elle ne l'a pas pratiqué, aujourd'hui.
Le nouveau morceau résonne aux oreilles des autres de façon complètement différente. Il les met presque mal à l'aise, en fait, sans qu'ils sachent exactement pourquoi. Peut-être parce qu'il est plus lancinant, plein de silences dérangeants. Aarch finit par se racler la gorge, et Tia sursaute, lâchant sa corde dans une fausse note mémorable.
- Pardon, s'excuse-t-elle, rouge de confusion à la vue de ses spectateurs.
- Il n'y a pas de mal, la rassure le manager avec un grand sourire. Tu es ici pour jouer, de toute façon. Par contre, maintenant qu'on va s'y mettre, peut-être vaudrait-il mieux que tu prennes un de tes violons électriques?
La blonde hoche la tête et s'éclipse rapidement, fuyant l'embarras qu'elle ressent, tandis que le petit groupe entre dans le studio d'enregistrement.
Rocket, contrairement à son amie, les voit tout de suite arriver et s'arrête aussitôt.
- Tu vas devoir lâcher ta batterie, on va commencer dans la salle des machines. Clamp vient de descendre nous rejoindre.
Acquiescement silencieux et le petit groupe s'installe enfin face aux deux adultes qui les regardent avec l'air d'enfant à qui on a annoncé Noël en avance.
- Bon, ça va être un peu compliqué pour débuter, en fait, je ne sais même pas par quoi commencer. Est-ce que certains d'entre vous composent ?
Sinedd lève la main Thran et D'Jok aussi, mais ils sont bien les seuls. Quoique, sur huit, c'est déjà bien.
- Super, et qui écrivent des paroles ?
Cette fois, seuls Sinedd et Mei se distinguent.
- Sinedd, puisque tu composes et écris, est-ce que tu pourrais nous faire écouter ce que tu produis ?
- Ouais, mais j'aurais besoin d'un ampli pour brancher ma pédale. Et j'ai que quelques couplets de prêts pour l'instant...
- Peu importe, c'est histoire de voir ce qu'en pensent les autres et comment orienter les compositions qu'on va faire ensuite, répond Aarch tandis que Clamp s'affaire à brancher la pédale du musicien sur un amplificateur qui semble sorti tout droit du futur.
Sinedd teste l'ampli et sourit avec ferveur en entendant le son magique qui en sort. Un micro est posé devant lui par le technicien, et il jette ses premiers accords.
Only you can see
The deep emptiness
Inside my eyes
Only you can hear
How painful are
My heartbeats
I will not let you go
Oh no, I won't let you leave
I won't let you forsake me
I won't let you forget me
I will lock you up
I will tie you to me
Somewhere you won't be able
To get away from me
La chanson ressemble à une ballade, mais pourtant, elle dégage quelque chose de malsain. Peut-être est-ce à cause des accords dissonants ou de la voix de Sinedd qui se fait caressante et violente à la fois. Les paroles renforcent le côté dangereux de la musique et un frisson s'empare de tous les spectateurs.
Même si son corps réagit à la chanson de façon négative, Mei se sent totalement attirée par Sinedd. Comme un lapin pris dans les phares d'une voiture, ou plutôt comme hypnotisée par le serpent qu'est devenu son coéquipier.
D'Jok, de son côté, considère qu'il a bien fait d'éloigner Micro-Ice de son aîné. Il y a quelque chose de pas normal chez Sinedd. De létal. Mieux vaut ne pas s'approcher de trop près.
Only you know my madness
All I have done
All that I'm thinking
Only you know my taste
For dark actions
And bloody things
I will not let you go
Oh no, I won't let you leave
I won't let you forsake me
I won't let you forget me
Enfin, Sinedd s'arrête, et chacun pousse un soupir soulagé en sentant la pression redescendre. Pourtant, Aarch sait qu'il va devoir reprendre la parole, commenter, demander leur avis à ses autres élèves, et cela risque d'être une étape délicate.
- Bien, commence-t-il sans vraiment savoir dans quelle direction il va bien pouvoir aller. Techniquement, c'était une sacrée performance, tu es vraiment très bon, Sinedd. Cela dit... C'était très spécial, et pour tout t'avouer, ce n'est pas trop le genre de ce que j'aimerais produire. Je voudrais faire quelque chose d'un peu plus grand public, pour commencer. Si on doit nous traiter de fous dangereux, autant que ça attende le deuxième single.
- Je n'ai jamais dit que je voulais que cette chanson soit reprise pour le compte du groupe, de toute façon, observe Sinedd d'une voix détachée où la colère perce pourtant. Vous m'avez demandé ce que j'avais composé, je vous ai fait écouter, c'est tout.
- Non, bien sûr que non, essaie de le rassurer le manager en secouant les mains devant lui en signe de non-agression, je n'ai jamais eu cette idée. C'était pour nous donner une base de départ, tu comprends. On sait déjà que vous êtes de très bons musiciens, mais je voulais aussi savoir si vous étiez capables de sortir des clous. Visiblement, tu as déjà tout un univers, et je suppose que pour nombre d'entre vous, c'est la même chose. Il va donc falloir que vous vous adaptiez les uns aux autres autour de quelque chose qui vous est commun. Trouver un terrain d'entente entre vous va être la partie la plus dure et ce qui va nous demander le plus de temps, je pense. Bon, qu'est-ce que vous en avez pensé, vous autres ?
- Les accords sont très audacieux, commente Thran en réfléchissant : il ne s'adresse plus à Sinedd, il s'adresse à un collègue de travail qui lui a proposé une idée passionnante. Mais je pense qu'ils le sont un peu trop. Enfin je veux dire... Peut-être que tu peux les garder pour le refrain seulement, par exemple, et faire quelque chose d'un peu plus commun et confortable pendant les couplets. Ça détournerait l'attention du texte et la surprise serait encore plus forte au moment du refrain. Enfin bref, on ne parle pas de retravailler le morceau, pardon. J'ai beaucoup aimé ton audace, mais je pense que pour un groupe, c'est un peu trop perso. Au niveau de l'atmosphère, je suis pas un super partisan du rock malsain. Mon univers de base, c'est plutôt le pop folk, donc forcément. Mais je pense qu'il peut y avoir des trucs très intéressants à travailler.
- Trop d'honneur, renifle Sinedd avec un regard désobligeant.
- Je suis d'accord avec Thran, reprend Rocket, avortant ainsi la dispute, tu as une façon de jouer un peu trop perso, mais je suppose que c'est pareil pour moi. C'est juste une question d'habitude.
- Moi ça m'a fascinée, avoue Mei en rougissant légèrement. Je pense que ça peut être cool, ce petit côté individualiste et malsain. Par contre, je n'aurais pas pu chanter sur quelque chose comme ça.
- Okay, partons de ça, reprend Aarch. Thran a évoqué quelque chose d'intéressant en parlant de son univers de base. Et le vôtre, c'est quoi ?
- Jazz et blues pour moi, annonce Ahito.
- Hard rock et heavy metal, enchaîne D'Jok.
- Rock folk, blues et steampunk, poursuit Micro-Ice.
- Metal symphonique, évidemment, continue Mei.
- Je ne connais pas vraiment autre chose que la musique dite classique et symphonique, mais j'aime bien le pop-rock, éventuellement, explique Tia avec un sourire un peu gêné.
- Heavy metal, neo-classique et avant-garde metal, grogne le plus vieux.
- Jazz et hard rock pour moi, conclut Rocket.
- On peut déjà constater que chacun d'entre vous a un univers à part, même si certains sont plus proches que d'autres, observe Aarch avec un petit soupir de dépit.
Il savait que ce serait difficile, mais honnêtement, là, ça dépasse ses espoirs les plus fous. Comment être optimiste avec autant de goûts et de références différentes ?
- On parlait de nos univers de base, remarque Micro-Ice, ça veut pas dire qu'on déteste le reste, juste qu'on est plus à l'aise avec celui-là. Bien sûr, j'aime les grands classiques de rock, mais ça ne m'intéresse pas vraiment de le mentionner, puisqu'on est un peu tous de ce cas-là. Ce qui fait nos différences m'intéresse beaucoup plus. Avec ce qu'on a dit de nos goûts, on a tous quelque chose de différent sur la base fade du pop-rock de grande distribution. Par exemple, Ahito, Rocket et moi, on doit avoir un côté un peu similaire dans notre façon de jouer puisque nos univers sont proches. Ça peut apporter un groove particulier à la musique générale du groupe. Et si Sinedd, Ahito et Rocket connaissent Diablo Swing Orchestra et qu'ils le mentionnent en tant que référence, c'est que ça doit être une musique qui leur parle. Donc ils ont aussi quelque chose de commun tous les trois. Le metal neo-classique qu'aime Sinedd se rapproche pas mal des sonorités classiques que Tia a apprises et du metal symphonique que Mei apprécie, donc ça peut être encore un atout. D'Jok aime le hard rock et le heavy metal, donc il est plutôt dans la liaison et la base.
- Euh je sais pas comment je dois le prendre, mais d'accord, remercie le rouquin avec un air dubitatif.
- Je vois ce que veut dire Micro-Ice, explique Thran, ton univers est finalement le plus neutre par rapport à ce à quoi on veut ressembler. C'est aussi celui qu'on peut le mieux "enjoliver" ou au moins modifier à l'envi. On veut être un groupe de rock, donc Rocket, Ahito, Mice, Tia et moi, on ne peut pas convenir à la musicalité de base. Sinedd et Mei non plus, parce que du coup, ils sont trop encrés dans un style très précis de metal. Par contre, si on greffe toutes nos caractéristiques à du Hard rock plutôt classique, ça peut donner un truc...
- Parfait.
- Intéressant.
- Inédit.
Micro-Ice, Ahito et Rocket ont terminé la phrase du claviériste avec un grand sourire. La séance de brainstorming commence à porter ses fruits.
- Donc si on veut composer, maintenant, continue Thran, il faut réfléchir aux autres instruments et à leur propriétaires. Par exemple, si je crée un morceau aux tonalités plutôt metal, il est évident que je ne vais pas écrire de solo pour Mice, ce serait trop bizarre. Et au contraire, avec des inflexions plutôt folk ou jazzy, je vais pas privilégier Sinedd ou D'Jok. Ça va demander pas mal d'ajustements au début, parce qu'on ne se connaît pas vraiment, mais ça va être marrant...
- Okay. C'est bien beau tout ça, fait Mei, mais ça veut dire qu'on ne va pas commencer aujourd'hui ?
- Ça risque d'être un peu compliqué de trouver un morceau qu'on connaît tous et qui permet tous nos instruments, commente D'Jok.
- Je peux faire une voix et pas forcément une partie de violon, remarque Tia, mais il faut que je connaisse la chanson ou que j'aie la partition sous les yeux...
- J'ai quelques partitions de Aber'dim dans mon bureau, si vous voulez. Mais il va falloir faire quelques arrangements, parce qu'on n'était que quatre, donc il va y avoir un peu trop d'instruments pour la même ligne mélodique si on laisse ça en l'état.
°OoooO°
Aarch a finalement descendu un exemplaire de la partition de Do you feel ashamed ? pour chacun des musiciens, qui l'étudient depuis maintenant plusieurs heures.
Thran échange de temps en temps quelques remarques avec Clamp, mais les autres restent dans un silence relatif. Dans leur bulle, du moins, puisqu'ils expérimentent les accords pour les adapter à leur jeu. Le claviériste a d'office annoncé qu'il allait composer une mélodie d'accompagnement pour ne pas surcharger une des lignes de guitare, et Tia a renchéri en laissant la partie chant d'Adim à Mei. Puisque leur chanteuse a une voix plus aiguë que celle des A'dim, la violoniste a choisit de se concentrer sur les graves et médiums pour accompagner et accentuer le texte. Le problème, c'est que c'est un de ses premiers exercices de composition et ce n'est pas ce qu'il y a de plus évident pour elle, qui est très scolaire et n'a jamais eu l'occasion d'encourager son côté créatif.
Tous raturent et soupirent, testant leurs accords et leurs enchaînements. Ils se sont mis d'accord pour garder le rythme d'origine, histoire de pouvoir s'adapter rapidement les uns aux autres une fois leur travail fini.
Rocket est retourné s'enfermer dans le studio d'enregistrement pour travailler sur la batterie d'Aarch. Il n'a pas grand-chose à changer, lui, surtout qu'il connaît plutôt bien le morceau de base étant donné qu'il a passé des heures à s'entraîner sur les chansons des Aber'dim. Il attend donc impatiemment que ses coéquipiers aient terminé, histoire d'assouvir sa curiosité. Et puis en plus, il n'a jamais joué avec quelqu'un d'autre. Jouer avec sept personnes, c'est à la fois un rêve qui devient réalité et un gros coup de pression...
Thran est le premier à émerger de ses partitions et de son clavier en poussant un gros soupir. Il s'étire, tourne la tête à droite et à gauche et constate que seul Sinedd est visiblement en train de mettre son point final. Le jumeau se lève pour aller chercher un casque et le brancher sur son clavier. Composer, c'est bien, parvenir à jouer sa partition, c'est encore mieux. Réglant son esprit sur le bon tempo, il se lance. Il lui faut deux essais pour pouvoir trouver une certaine fluidité, et un essai supplémentaire pour que Sinedd lève enfin la tête de ses feuilles.
Échangeant un regard, ils s'en vont rejoindre Rocket dans le studio, histoire de déjà voir ce qu'ils valent tous les trois ensemble. D'Jok a certainement bientôt fini de déchiffrer la partie guitare d'Artegor, de même que Micro-Ice pour celle de Norata. Ahito essaie depuis le début à se mettre au niveau d'Adim, mais il se trouve face à quelques difficultés par rapport au jeu de la jeune femme. Le fait qu'elle chantait en même temps affecte la partition de la basse, et Ahito veut conserver au mieux l'essence du jeu en rajoutant deux-trois détails personnels, ce qui est un peu prise de tête.
Mei, qui avait quitté la pièce pour pouvoir chanter à son aise, revient pour rejoindre les trois garçons déjà dans l'aquarium.
Elle arrive juste à temps dans le studio, d'ailleurs, puisque les garçons ont déjà entamé leur premier essai et la mesure suivante est le début du chant. Elle s'empare donc du micro et s'insère au bon moment, sur un accord de Sinedd.
Un couplet plus loin, cependant, Sinedd s'arrête :
- Y a un problème, dit-il d'emblée. On a gardé le même tempo depuis le début alors que là, il devrait accélérer. Tu dors, Rocket, ou quoi ? Et Thran, ça va pas, ton piano est beaucoup trop joyeux par rapport au texte. On dirait qu'elle parle d'aller cueillir des fleurs des champs avec Laura Ingalls, ça détruit tout le truc de Mei.
- On n'en est qu'au premier couplet, Sinedd, tempère le batteur. J'allais accélérer le tempo sur la prochaine mesure. Et moi j'aime bien la légèreté qu'apporte Thran.
- Ouais, musicalement c'est mignon, mais y a un texte à accompagner, grogne Sinedd.
- Tout le monde interprète le texte à sa manière. Moi je trouve que justement, le premier couplet est très léger par rapport à la suite, il crée un gros contraste, et c'est là-dessus que j'ai voulu jouer.
- De toute façon, tranche Mei, frustrée d'avoir été interrompue aussi rapidement, c'est évident que c'est pas parfait, il nous manque la moitié des instruments. On peut le refaire en entier, chacun jouant comme il l'entend, histoire qu'on connaisse déjà la partition entière des autres membres ?
Les trois autres haussent les épaules mais ne disent pas grand chose. C'est que Mei est impressionnante, quand elle s'y met, quand même.
Alors qu'il s'apprêtent à se lancer une nouvelle fois, Ahito entre, la démarche toujours aussi nonchalante. Il ne dit rien mais se met en place et branche sa basse à un des amplis. D'Jok entre à sa suite, et tous entendent clairement le reniflement exaspéré de Sinedd quand la porte est une nouvelle fois poussée, cette fois par Micro-Ice.
Ne manque plus que Tia, qui arrive trente secondes plus tard, alors qu'ils s'apprêtaient à commencer.
Rocket marque la pulsation pour qu'Ahito puisse commencer. En effet, une des marques de fabrique des A'dim était la présence originale de la basse : rares sont les morceaux qui ne commencent pas par un solo de basse.
L'ouverture de Do you feel ashamed? ne diffère pas. La ligne de basse est très simple, une noire, un mi grave, qui marque la pulsation à la fois comme une pendule, à la fois comme un électrocardiogramme. Après deux mesures, les balais de Rocket caressent les cymbales de façon légère, tout autant que la basse. On dirait presque qu'un cœur bat et qu'une respiration résonne. Cela dure quelques mesures encore, et on pourrait avoir l'impression de commencer un film d'horreur, l'angoisse au bord les lèvres. Le piano de Thran s'insère et amène une certaine légèreté. La pression retombe un peu, comme un chat qui vient se frotter aux pieds du passant égaré au milieu de la nuit. Et puis les accords dissonants de D'Jok et Sinedd s'introduisent brusquement, faisant sursauter l'auditeur.
Il y a quelque chose de déconcertant, d'inconfortable, dans la ligne musicale du piano. Oui, elle est légère, mais avec le reste de la noirceur, elle rend encore plus perplexe. Et si cette légèreté se retournait contre nous ?
Quand Mei commence à chanter, la partie de Micro-Ice débute également. Ce qui avait à l'origine un son saturé ou au moins électrique est ici pur et acoustique. Mei semble déstabilisée quelques dixièmes de secondes quand elle entend le côté chaud de la ligne musicale, mais elle se reprend rapidement.
She had shining eyes
(Elle avait les yeux brillants)
A smile on her lips
(Le sourire sur les lèvres,)
All the time
(Tout le temps)
La pause de Mei est accueillie par une petite ritournelle joyeuse au piano et à la guitare acoustique, comme le rire d'une petite fille qui s'égraine dans le vent. Quand elle reprend sa ligne de chant, Tia l'accompagne, cette fois, apportant une pointe de mélancolie au texte, qui s'assombrit malgré la gaieté des lignes mélodiques de Thran et Micro-Ice.
She had around her neck
(Elle avait autour du cou,)
A tiny dreamcatcher
(Un petit attrape-rêve,)
Against blows
(Contre les coups)
Cette fois, à la fin du couplet, Micro-Ice laisse sa dernière mesure en suspens, et Thran plonge dans les graves. Une plainte de violon accompagne le chant de Mei, tandis que la basse d'Ahito se fait plus agressive et la guitare de Sinedd devient violente. Le rythme marqué par Rocket est plus saccadé et souligné par la guitare de D'Jok.
It didn't prevent you
(Ca ne t'a pas empêché)
From trying to break her
(D'essayer de la briser)
Every day
(Chaque jour)
Puis, comme dans la version originale, les guitares s'arrêtent et la batterie se calme, mais le violon est toujours là, sanglotant la mélodie que Mei continue de chanter pour le refrain.
Do you feel ashamed
(Ressens-tu la honte)
Of having lost the count
(D'avoir perdu le compte)
In a few days?
(En quelques jours ?)
La dernière syllabe de Mei s'allonge avant que tous les instruments reprennent, mais la guitare de Micro-Ice ne semble plus aussi joyeuse, et Mei serait bien en peine d'expliquer pourquoi ou comment. Thran a choisi une octave en dessous celle du premier couplet pour continuer, et, si les accords sont toujours aussi légers, l'ambiance est alourdie.
She was thirteen
(Elle avait treize ans)
Laughing like a child
(Le rire d'un enfant)
She was my baby sister
(C'était ma petite soeur,)
'n I cradled her in my arms
(Et je la berçais contre mon coeur)
In the night, the monster was here
(La nuit, le monstre était là)
Hiding under her sheets
(Caché sous ses draps)
And her dreamcatcher
(Et son attrape-rêve)
Did never help her
(Ne lui apportait aucune trève)
Encore une fois, Micro-Ice s'arrête, et le silence qu'il crée semble prendre tout le monde au dépourvu, car un faux accord s'échappe des doigts de Thran et de D'Jok. Rocket continue de marquer son rythme presque martial et Sinedd sa ligne agressive, tandis que Tia, qui est la seule à rester concentrée, aide Mei à retrouver son chant, à contrepied cependant.
It didn't prevent you
(Ça ne t'a pas empêché)
From letting her smash
(De la laisser se casser)
To pieces
(En morceaux)
Do you feel ashamed
(Ressens-tu la honte)
Of having lost the count
(D'avoir perdu le compte)
In a few days?
(En quelques jours ?)
La syllabe que Mei a laissé s'allonger semble se remplir de rage, et Rocket suppose que ce n'est pas tant l'interprétation du texte que la colère de s'être laissée déconcentrer. Pourtant, tous ont repris leur rythme une fois remis de la surprise créée par Micro-Ice.
I was the one who licked her wounds
(J'étais celle qui léchait ses plaies,)
The one who dried her tears,
(Celle qui séchait ses larmes)
But in the dark, in secret
(Mais dans le noir en secret,)
I was wishing for weapons
(Je rêvais d'avoir des armes.)
Wishing to free her
(Je rêvais de la libérer,)
Dying to cast her chains
(Je voulais briser ses chaînes)
Dying to slay your power
(Je rêvais de terrasser)
With all my hatred
(Ton pouvoir avec ma haine)
Une fois encore, la mélodie de Micro-Ice a changé. Elle est presque absente, arythmique, s'accordant pourtant parfaitement aux plaintes du violon, comme des sanglots rentrés. Thran, lui, a gardé la même ligne de graves que pour la deuxième partie et pourtant, la légèreté n'est plus qu'un fantôme. C'est Sinedd cette fois, reprenant la partition d'Artegor, qui exprime la colère du texte avec des accords rapides hurlant dans les aigus.
It didn't prevent you
(Ca ne t'a pas empêché)
From going on to prove
(De continuer de prouver)
Your love
(Ton amour)
Do you feel ashamed
(Ressens-tu la honte)
Of having lost the count
(D'avoir perdu le compte)
In a few days?
(En quelques jours ?)
Cette fois, Mei ne s'est pas laissée prendre par la mélodie et dessert une interprétation parfaite du refrain. Quand sa dernière note le conclut, les mélodies de départ de Thran et Micro-Ice reviennent ponctuer le récit de notes joyeuses, marquant le contraste avec les paroles.
She had shining eyes
(Elle avait les yeux brillants)
Sobs in her throat
(Des sanglots dans la gorge,)
Over time
(Avec le temps)
She had around her neck
(Elle avait autour du cou,)
Large red marks
(De grosses empreintes rouges,)
From your blows
(Celles de tes coups)
Une fois encore, Micro-Ice déconcerte une grande partie des musiciens en s'arrêtant, mais cette fois, personne ne fait de fausses notes : Thran s'arrête aussi, ainsi qu'Ahito. Le rythme ralentit, et, si la guitare de Sinedd est toujours aussi agressive, celle de D'Jok est beaucoup plus calme et moins marquée.
This time it prevented you
(Cette fois ça t'a empêché)
From starting again to shatter
(De recommencer à casser)
Your family
(Ta famille)
D'Jok arrête sa guitare à son tour, sans que personne s'en rende vraiment compte.
Did you feel ashamed
(As-tu ressenti la honte)
When you saw your daughter's
(Quand tu as vu la tombe)
Grave?
(De ta fille ?)
La gorge de Mei n'est nouée au dernier mot, totalement inconsciemment, et pourtant, cela donne encore plus de force. Rocket s'est arrêté à son tour, de même que Sinedd, arrivé à l'apogée de sa rage. Seules restent la violoniste et la chanteuse pour reprendre les deux derniers couplets.
She was thirteen
(Elle avait treize ans)
Laughing like a child
(Le rire d'un enfant)
She was my baby sister
(C'était ma petite soeur,)
'n I cradled her in my arms
(Et je la berçais contre mon coeur)
In the night, she's still here
(La nuit, elle est toujours là)
Hidden under my sheets
(Cachée sous mes draps)
Le dernier accord de Tia résonne alors que la voix de Mei s'élève dans les aigus :
But her endless agony
(Mais son infini tourment)
Now belongs to me
(Est le mien à présent.)
Quand Mei ferme sa bouche, la mâchoire des autres est toujours décrochée. Le silence à cet instant a la qualité du plomb. Aucun des musiciens n'ose le briser, encore sous le choc de ce qu'ils ont accompli. Aarch, qui s'est installé avec Clamp dans le studio de mixage dès les premiers accords est tout aussi ébahi. De l'autre côté de la vitre, il regarde ses... élèves ? apprentis ? avec une émotion palpable. Il a presque envie de pleurer. Pour leur talent, mais aussi et surtout parce que la chanson lui a rappelé des souvenirs qu'il aurait aimé voir rester enfouis. Il se souvient du moment où Adim a écrit cette chanson.
C'était souvent elle qui écrivait les paroles, pour tout dire, et à leurs débuts ils avaient plutôt misé sur la musique, parce qu'Adim se censurait beaucoup. Ça, ils ne l'avaient su qu'après. Au départ, les paroles qu'elle écrivait leur semblaient plutôt pas mal. Assez impersonnelles et classiques, mais bien. Et une fois, après un concert, Aarch avait trouvé leur leader en train de pleurer toutes les larmes de son corps en tenant une photo dans ses mains. Elle avait fini par lui montrer l'image d'une petite fille à qui il avait donné une dizaine d'années et lui dire que c'était sa sœur. Qu'elle était morte, et qu'elle aurait dû avoir vingt ans ce jour-là.
Aarch, comme ça lui arrivait souvent à l'époque en face d'Adim, n'avait pas vraiment su quoi faire à part lui tapoter le dos. Alors il avait émis l'hypothèse d'écrire une chanson pour raconter son histoire. S'il avait su, il se serait peut-être tu. Cette chanson avait fait à la fois du mal et du bien à la musicienne, une fois qu'elle était sortie. Le single avait fait un tabac, et il était vrai que c'était leur meilleur morceau à ce moment-là, mais beaucoup de journalistes s'étaient emparés des paroles pour mettre le nez dans la vie privée du groupe. Ils avaient rapidement trouvé leurs réponses en Adim, qui leur avait fait comprendre que tout était dit dans sa chanson et qu'ils n'avaient pas besoin de creuser plus. La chanteuse avait ce charisme qui imposait le respect rapidement, et la plupart des journalistes étaient partis chercher le scoop ailleurs. Mais certains grattes-papiers avaient continué à creuser et avaient déterré de nouvelles histoires de famille qui n'avaient pas épargné Adim.
L'album suivant avait donc été plus engagé et plus personnel, la meneuse ayant décidé de s'investir plus avant dans son écriture. C'était aussi leur meilleur disque. Norata et Artegor avaient fait un très bon travail de composition pour accompagner les textes d'Adim, et même si la plupart étaient plutôt dépressifs, la musique était toujours bien rythmée. Evil Christmas était aussi sur cet album, qui avait cumulé les cent mille ventes à l'époque.
Un frisson traverse l'échine d'Aarch. Ces gamins ont les capacités d'aller tellement plus loin qu'eux. Bien sûr, ce n'était pas parfait, mais c'était bien au delà de ses espérances. Perdu dans ses pensées et ses souvenirs, il entend à peine Clamp féliciter les jeunes, qui se remettent eux aussi de leurs émotions.
Clamp qui a visiblement eu l'intelligence d'enregistrer leur morceau. Quand ils seront connus, parce qu'ils le seront c'est sûr, cet enregistrement se vendra à prix d'or. Pas que ce soit l'important pour lui, mais quand même.
Cela dit, pour être connus, il faudrait déjà qu'ils ne s'étripent pas avant de monter sur les planches. Sinedd est déjà en train de faire des remontrances à D'Jok alors que Mei se plaint après de Micro-Ice pour sa composition.
- Ta guitare est trop fade, rouquin, grogne le brun. L'électroacoustique, ça manque d'énergie.
- Eh toi, c'était quoi ce changement de rythme ? harangue la chanteuse sans laisser le temps à D'Jok de répondre. Tu m'as fait perdre le fil.
- Ah, on n'a pas été présentés, sourit Micro-Ice, charmeur face au regard de glace, tu peux m'appeler Mice, je sens qu'on va être intimes...
- Je me fiche de ton nom, je t'ai fait une remarque. Y a un passage où t'es complètement arythmique, c'est gênant.
- Ce n'est pas pendant l'arythmie que tu as perdu le fil, défend Tia.
Mauvaise idée, vu le regard furieux que lui lance Mei.
- J'avoue que ton arrêt m'a vachement troublé aussi, ajoute Thran, qui n'a pas fait attention au manège de la brune.
- C'était un peu le but, soupire Micro-Ice en levant les yeux au ciel. Pas de vous déconcentrer, mais de décontenancer l'auditeur avec un contretemps. Ça permet de focaliser l'attention, non ? Je trouvais que ça annonçait pas mal le refrain...
- Moi j'ai trouvé ça plutôt bien, lance Rocket. Le rythme est toujours là, c'est moi qui m'en occupe. On ne savait pas ce que les uns ou les autres feraient, donc forcément, c'était déstabilisant, mais une fois que vous vous êtes faits avoir, c'était bon. La deuxième fois, vous avez géré.
- Ouais, on pouvait pas être parfaits dès la première fois, approuve D'Jok. Je trouve qu'on s'est super bien débrouillés, moi.
- Pff, encore un partisan du moindre effort, renifle Sinedd.
Aarch débarque à cet instant dans le studio pour désamorcer la situation qui commence à se transformer en bataille rangée.
- C'était très bien pour une première fois. Vous avez réussi à faire le morceau en entier, et c'est déjà plus que ce que j'attendais de votre part. Et c'était plein d'idées superbes. C'est très étonnant d'avoir choisi ce morceau parmi tous ceux que vous auriez pu jouer. Il est très personnel pour Adim et pour les Aber'dim, alors en toute honnêteté, c'était étrange pour moi de l'entendre joué de cette manière. Je l'ai redécouvert. Merci pour ça. Maintenant, je suis désolé, mais la répétition touche déjà à sa fin. Le soleil est déjà couché et je crois que Rocket est en retard sur son planning...
A ces mots, le métis jette un coup d'oeil à sa montre et pousse un juron qui fait sursauter Tia. En deux temps, trois mouvements, il a quitté les lieux sur un vague au revoir. Aarch lui a emboîté le pas, pour le ramener en voiture, certainement.
- Ils se connaissent ? demande Micro-Ice à Clamp qui s'ébouriffe l'arrière de la tête dans un geste embarrassé.
- Ça, il faudra le demander à votre ami la prochaine fois. Bon, qu'est-ce que vous voulez faire, les jeunes ?
- Moi je prends qui veut à Guitar Hero, s'enthousiasme le plus jeune en allant ranger sa guitare à toute allure.
Les autres se consultent du regard et le reste du Quatuor d'enfer s'empresse d'aller rejoindre petit brun. Mei détourne la tête d'un air fier et, le menton haut, retourne dans sa chambre. Avec l'interdiction sous-entendu à Tia de l'y rejoindre. La blonde s'en moque un peu, de toute façon, elle doit encore travailler sur son Vuillaume, qu'elle va chercher.
Sinedd, lui, ne bouge pas. Cette séance lui a donné plein de nouvelles idées à mettre en œuvre. Et puis le morceau lui a quand même drôlement plu. Il est fort probable qu'ils l'utilisent pour leur prochain concert, de tout façon. Hors de question qu'il ne le retravaille pas.
Blabla final : Zut. J'ai oublié d'intégrer la traduction de la chanson de Sinedd. Je vous la mets ici, j'ai la flemme de refaire la mise en page... (et en fait, j'ai pas retrouvé ce que j'avais écrit à l'époque (oui, cette chanson date) du coup j'ai fait une traduction au pied levé)
Toi seul(e) peux voir
Le vide profond
Dans mes yeux
Toi seul(e) peux entendre
Combien les battements de mon coeur
Sont douloureux
Je ne vais pas te laisser partir
Oh non, je ne vais pas te laisser partir
Je ne te laisserai pas m'abandonner
Je ne te laisserai pas m'oublier
Je vais toi enfermer
Je vais t'attacher à moi
Quelque part où tu ne pourras pas
T'éloigner de moi
Toi seul(e) connais ma folie
Tout ce que j'ai fait
Tout ce que je pense
Toi seul(e) connais mon amour
Pour l'obscurité
Et le sang versé
Valààààà... Et pour rappel, oui, toutes les chansons des groupes imaginaires sont écrites par moi (vous comprenez peut-être mieux pourquoi je galère souvent) Et je constate malgré moi qu'elles ne sont jamais très gaies. J'essaie tant bien que mal de faire des choses différentes selon les auteurs fictionnels, mais bon. Pas évident. J'espère que vous avez apprécié, en tout cas !
C U in a while !
