Note : Hello tout le monde ! Le Christmas Challenge est maintenant bien entamé, je vais mourir, mais je me suis dit que je pouvais m'accorder cinq minutes pour vous poster un nouveau chapitre. (Avant qu'on m'enterre...)
En plus, honnêtement, ça me remonte tellement le moral de lire vos reviews super sympa que je fais ça très égoïstement (alors n'oubliez pas le petit mot à la fin :P ) J'ai pas le même succès avec ma fic de décembre. Les lecteurs du fandom GFC, c'est bien les meilleurs ! :)
Bref, faites-vous plaiz' avec ce nouveau chapitre, je vous en prie ! (Et un jour, je reprendrai tous mes chapitres pour donner un nom à chacun. Et aussi un jour je serai millionnaire. On peut toujours rêver !)
Date de publication originale : décembre 2013
Edit texte : mars 2020
Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube (à coller après l'adresse de ytb) : playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7
Have fun !
Micro-Ice se réveille avec peine ce matin-là. Pas qu'il se soit couché vraiment tard, Clamp et Aarch y ont veillé en imposant un couvre-feu à vingt-deux heures, non, mais il a très mal dormi. Malgré sa place près de la fenêtre, il n'a pas vu grand chose du clair de lune ou des étoiles cette nuit-là. D'Jok a soigneusement tiré le rideau avant d'aller se coucher, et le petit brun se voyait mal lui avouer qu'il n'aime pas le noir. Il y a des choses qu'on ne dit pas, même à son meilleur ami. Ayant trop peur de faire des cauchemars, il s'est réveillé pratiquement toutes les heures, avec l'impossibilité de dormir du sommeil du juste. Et puis avec l'hiver, le soleil se lève beaucoup trop tard pour éclairer la chambre avant six heures.
Son camarade de chambre lui, tient visiblement une forme d'enfer. Dormir dans un endroit inconnu n'est pourtant pas à la portée de tout le monde... Enfin, vu le chambardement qu'il fait, Micro-Ice n'a pas d'autre choix que d'émerger de sous ses couvertures.
°OoooO°
Dans la chambre d'en face, ce n'est pas mieux non plus. Tia est prête depuis un moment, habillée de pied en cap, alors que Mei est toujours cachée sous ses draps. La blonde s'agite d'un pied sur l'autre, ne sachant que faire. Elle a deux certitudes, à l'instant présent : Si Mei ne se lève pas maintenant, elle va être en retard sur le planning de vacances qu'elle s'est fixé, et si elle la réveille, elle va se faire agonir d'insultes. La violoniste avait raison, sa colocataire n'est pas quelqu'un de facile à vivre.
Prenant son courage à deux mains, elle s'approche du lit et appelle la chanteuse. Voyant que ce n'est pas plus efficace que si elle avait pissé dans un violon - la référence la fait sourire toute seule, elle secoue doucement son épaule.
Elle sursaute quand la brune se lève en sursaut, les cheveux en pagaille et se met à crier en s'agitant dans tous les sens.
- Pourquoi tu m'as pas réveillée avant, Yuki ? Oh là là, j'aurai jamais le temps de me lisser les cheveux et de me maquiller. Tu aurais du mettre la musique et...
Aussi brusquement qu'elle a commencé, elle s'arrête en voyant que la jeune fille en face d'elle n'est pas la rouquine à laquelle elle est habituée. Elle se racle la gorge en rougissant légèrement, et se détourne pour s'enfermer dans la salle de bains. En claquant la porte, elle espère peut-être faire oublier à la blonde qu'elle s'est ridiculisée.
Haussant les épaules, Tia ne s'appesantit pas plus là-dessus et sort de la chambre pour aller prendre son petit déjeuner. Il lui reste vingt minutes avant que son professeur particulier vienne la chercher pour ses cours classiques. Elle a une pensée affectueuse pour l'homme qui la soutient aussi inconditionnellement.
Dans la cuisine, elle retrouve les jumeaux qui semblent avoir du mal à décoller leur paupières, surtout celui aux cheveux longs. Ahito ou Thran ? Ce n'est pas qu'ils se ressemblent, mais comme ils sont toujours ensemble, elle a du mal à les distinguer, à les séparer. Ce n'est pas comme si elle avait eu à faire des efforts de socialisation avant. Elle sait que celui au piano est Thran, l'autre Ahito, mais sans leurs instruments...
Elle les salue tout de même timidement, du bout des lèvres. celui avec l'étrange bouc lui répond avec un sourire chaleureux, l'autre ne semble même pas s'être aperçu de sa présence et parait vouloir se noyer dans son chocolat chaud. Ça doit être Ahito, décide-t-elle. Le bassiste a toujours l'être endormi. Celui qu'elle suppose être Thran délaisse sa tasse de café pour lui montrer où sont rangées les affaires.
- Aarch n'a pas l'air d'être levé, Clamp non plus, et Sinedd est déjà parti, alors on a fouillé un peu, explique-t-il. Tu prends quoi au petit déjeuner ?
- Une tasse de thé et des toasts.
- L'eau est chaude, dit-il en lui tendant un sachet de thé et une tasse. Le pain est ici, le toaster doit être quelque part...
- Là, fait-elle en trouvant l'appareil.
- Super, sourit-il encore. Je pense que tu pourras trouver du beurre et de la marmelade dans le frigo. Je te laisse chercher.
- Merci... Thran ?
- C'est ça. On ne se ressemble pas trop avec Ahito, tu ne devrais pas avoir trop de problèmes à nous différencier.
- Je suppose que ce sera plus facile avec le temps, plaisante-t-elle timidement.
- Hahaha oui, tu as raison. On est toujours avec les mêmes personnes, alors personne ne nous confond plus, mais c'est vrai que nous sommes quand même jumeaux...
- Pour tout t'avouer, je ne suis pas très douée avec les relations sociales, alors j'ai du mal à retenir les prénoms.
- Tu vas vite t'y faire, ici, la rassure Thran. On est tous dans la même galère, maintenant. On est un peu une famille.
- Disons que ça va être plus facile avec certains qu'avec d'autres...
- C'est sûr. Mei et Sinedd sont de drôles de numéros. Eux aussi ont des progrès à faire, en matière de socialisation. Mais tu as l'air de très bien t'entendre avec Rocket, déjà !
La jeune fille rougit, ce qui ressort très bien sur sa carnation pâle, et Thran émet un petit rire taquin. C'est quelqu'un de bien, décide la blonde. Gentil et doux.
Pendant que les toasts cuisent, Tia apprécie la compagnie discrète des jumeaux. Aucun d'eux trois n'est vraiment bavard au premier abord, mais le silence est amical et confortable. Chacun se prépare mentalement à la journée à venir et Tia se sent plus calme qu'elle ne l'a jamais été. D'habitude, elle prend son petit-déjeuner dans un silence absent ou ponctué de réflexions de son père sur l'actualité du moment, et elle s'apprête à passer une journée tout aussi glaciale, mais aujourd'hui, quelque chose lui réchauffe le cœur.
Alors que les tranches de pain sautent du toaster, D'Jok et Micro-Ice débarquent en furie dans la cuisine, le petit brun suit son camarade à l'aveuglette étant donné qu'il est toujours en train d'enfiler son pull quand il trouve la table. Le calme est définitivement brisé, et Tia retient un soupir qui s'échappe par la bouche de Thran.
- Mice a mis trois heures à se lever, je te jure ! Est-ce qu'il y a des céréales dans le coin, je crève de faim !
Sans attendre une quelconque réponse, D'Jok fouille dans les placards avec fracas.
- Du calme, il vous reste trois quarts d'heure avant de partir. Le club de foot n'est pas si loin, on aura largement le temps d'y être. Comment tu pars, Tia ?
- Quelqu'un doit venir me chercher vers sept heures et demie.
- Un chauffeur ? demande Micro-Ice en versant son lait dans une tasse. La classe !
- Oh, ce n'est pas un chauffeur, c'est juste... un ami.
Le dire à voix haute rend les choses plus réelles. Oui, Gordon est un ami, maintenant.
- Qu'est-ce que tu fais, Micro-Ice ? interroge Ahito devant l'étrange mixture que prépare le brun.
- Du lait chaud et du miel. J'entretiens ma voix de cantatrice, tu comprends ?
Les garçons rient légèrement à la réflexion idiote du plus jeune. Ce n'est pas comme si Micro-Ice chantait.
Tia croque avec enthousiasme dans son toast en regardant le quatuor se mettre en branle joyeusement. L'énergie est très positive, et la blonde ne peut s'empêcher de penser qu'elle va vite s'habituer à cette atmosphère.
Jetant un coup d'œil à la pendule, elle constate qu'il ne lui reste plus que dix minutes avant l'arrivée de Gordon. Mâchant rapidement sa dernière bouchée, elle termine sa tasse et se lève. Jetant un regard alentours, elle se demande un instant que faire de sa vaisselle sale, mais Ahito répond à sa question informulée :
- Laisse tes affaires dans l'évier, on s'en occupe.
La blonde s'exécute avec un hochement de tête pour le remercier et monte à l'étage pour se brosser les dents. Dans les escaliers, elle croise Mei, qui lui lance un regard réfrigérant et dévale les marches comme si elle avait le diable à ses trousses. Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée claque avec un bruit de tonnerre.
°OoooO°
Rocket a expliqué à son père que le club de foot maintenait les entraînements pendant les vacances l'après-midi, ce qui n'est pas vraiment faux. Il donne donc un coup de main à la boutique le matin, aidant notamment Norata avec les réceptions, puis révise en début d'après-midi avant de rejoindre ses partenaires... de musique. Norata a levé un sourcil suspicieux, mais puisque Rocket ne s'absente que quelques heures, il ne s'est pas plus penché sur la question.
Sur le chemin du Music Hall, Rocket a croisé Sinedd et le quatuor d'enfer qui revenaient d'il ne sait où. Il a essayé d'adresser la parole au plus vieux, mais celui-ci n'a pas semblé vouloir lui rendre la pareille. Si le métis avait pensé pouvoir creuser la carapace de son aîné, il s'est trompé dans les grandes largeurs. Il est beaucoup plus facile de discuter avec les quatre autres, même si on a facilement l'impression d'être exclu de leur petit groupe. Pas qu'ils ne soient pas amicaux, juste qu'ils fonctionnent en cercle fermé depuis longtemps. Le fait qu'il n'habite pas avec eux complique évidemment les choses.
- Comment ça se fait que tu ne dormes pas à la Faculty ? demande soudain D'Jok, curieux, en utilisant le nom que Micro-Ice a inventé plus tôt dans la journée.
- Euh... Rocket hésite.
Il a moyennement envie de leur confier qu'il est le neveu d'Aarch ou le fils de Norata. D'abord parce qu'il ne veut pas qu'ils pensent qu'il ne mérite pas sa place dans le groupe, ensuite parce qu'il ne veut pas avoir à raconter ce qu'est devenu Norata. L'homme aigri qu'est devenu son père ne concerne que lui, et ils voudrait vaincre ses propres démons avant d'avoir à rougir de son histoire.
- Mon père a besoin de moi pour la boutique, décide-t-il finalement, choisissant le demi mensonge à la triste réalité.
- C'est pas cool, ça, compatit Micro-Ice avec une tape sur son épaule.
- C'était le deal.
Pas vraiment, mais bon. Aarch a accepté de garder le secret alors il ne va pas se plaindre. Il aurait pu tout aussi bien chercher quelqu'un d'autre avec moins de bagages que lui.
- Ton père a une boutique de quoi ? s'enquiert Thran avec intérêt.
- Il est fleuriste, rien de très palpitant. Mais il a quelques problèmes de santé, alors je lui donne un coup de main.
- Ah, c'est Norata ? demande D'Jok en souriant. Ma mère achète souvent ses fleurs chez lui, il fait un travail d'orfèvre à ce qu'il paraît !
- Il a une bonne clientèle, en tout cas, acquiesce Rocket, mal à l'aise.
La pente est très glissante.
- Norata... Répète Ahito. J'ai déjà entendu ce nom là...
Trop glissante.
- Vous pensez qu'on va continuer à travailler sur Do you feel ashamed aujourd'hui ? demande le métis pour changer de sujet, et vite.
Heureusement, la musique est un bon moyen de détourner leur attention. La conversation dévie complètement, et tout le monde y va de son commentaire. Rocket laisse échapper un soupir soulagé.
Tout le monde ou presque, en fait. Quelques mètres derrière les autres, Sinedd n'a évidemment rien dit mais il a suivi l'échange, et, comme Ahito, le nom de Norata fait son chemin dans sa tête. Il lui démange le crâne, à la frontière de sa pensée consciente. Il connaît Norata, c'est une certitude. Mais d'où ? Pas des fleurs, il n'y a jamais prêté attention. Vu l'embarras de Rocket, il y a un lien avec la situation actuelle, mais il n'arrive pas à le trouver.
La frustration le fait serrer la mâchoire. Il déteste les énigmes sans réponse, surtout quand elle est devant ses yeux, sur le bout de sa langue.
C'est quand Aarch les accueille à leur arrivée au manoir que l'idée devient plus claire. Quand il voit le regard du producteur sur leur batteur. Quand il les voit côte à côte. La ressemblance n'est pas flagrante au contraire, elle est même si ténue que tout le monde passe à côté. Mais il y a quelque chose... La couleur de peau, oui, mais aussi quelque chose dans les pommettes. Le nez peut-être.
Sans un mot, il descend au sous-sol et fouille dans les partitions qu'ils ont laissées en plan la veille. La sienne passe rapidement, il sait qu'il a celle d'Artegor, il a lu son nom une quinzaine de fois en travaillant dessus. Il la jette par terre, de même que celles de Micro-Ice, Tia et Rocket. Il s'empare enfin de celle de D'Jok. Celle de Norata devrait-il dire. Et dire que ce crétin de rouquin n'a pas calculé. Encore une preuve pour accréditer sa thèse comme quoi D'Jok est un abruti fini. Sinedd se demande encore une fois comment Micro-Ice a pu lui préférer ce guignol.
Peu sûr de l'information qu'il vient de découvrir, il la range de côté dans son esprit si bien compartimenté et va chercher sa guitare dans le vestiaire. Il vient de passer sa première journée sans gratter son instrument, l'ayant laissé ici, et il est physiquement en manque. Il a cru qu'il allait quitter son service en plein milieu pour retrouver sa guitare tellement il en avait besoin. À la place, il s'est essayé à la composition d'un morceau polyphonique pendant les accalmies sur un bord de comptoir, ce qui l'a bien aidé à passer la dernière heure.
Alors qu'il s'apprête à quitter le vestiaire, Tia y entre pour déposer un des nombreux instruments qu'elle a disposés dans la vitrine. Sans plus s'en préoccuper, il quitte la pièce et rejoint le studio pour accorder sa guitare. Elle, apparemment, a eu la chance de pouvoir jouer aujourd'hui. Mais elle va probablement simplement changer de violon.
Encore une fois, il ne faut pas être un génie pour comprendre que cette fille est une acharnée du travail. Et si on ne comprend toujours pas à sa posture, à ses silences et à son jeu, il suffit de jeter un coup d'œil à ses doigts. Même lui, qui pourtant passe des heures sur sa guitare depuis des années, n'a pas autant de cals. On dirait presque qu'il a fait une manucure, à côté d'elle.
Et effectivement, elle revient avec son violon le plus futuriste, s'apprêtant à l'accorder quand elle se rend compte de sa présence.
- Excuse-moi, je...
- T'es là pour jouer, non ? la coupe abruptement le brun. Alors joue. Tu ne me dérangeras pas et je ne te dérangerai pas non plus.
La blonde hoche la tête d'un air à moitié tétanisé, mais Sinedd ne s'essaie pas à un sourire pour la rassurer. Ses sourires, ses rictus plutôt, ressemblent plus ou moins à des menaces de mort lente et douloureuse, alors...
°OoooO°
Les Golden Boys prennent joyeusement leur goûter dans la cuisine, continuant à discuter de tout et de rien avec Rocket. Ils n'ont pas vu Tia descendre les escaliers ni Mei rentrer de sa journée d'ils ne savent trop quoi. Rocket culpabilise un peu, ils ne sont pas vraiment en vacances ici, mais Micro-Ice dissipe ses angoisses d'un geste de la main en lui disant qu'ils méritent bien une pause, non ?
D'ailleurs, il se lève, s'attirant les grognements de D'Jok, qui n'a pas fini son chocolat chaud.
- Ça va, je vais pas me perdre je sais où est la chambre, le rassure le petit brun d'un sourire.
Thran pose une main apaisante sur le poignet du rouquin et Ahito se lève :
- Je vais le conduire, on sait jamais, plaisante-t-il.
Les deux bruns s'éloignent bras-dessus bras-dessous, laissant leurs amis à leur débat footeux.
- J'ai cru que j'y arriverai jamais, murmure Micro-Ice, j'ai vraiment envie d'une clope !
- Ouais, moi aussi. Mon balcon ? Thran va descendre directement, je pense.
- Ça marche. Je t'en paye une ?
- T'as encore volé le paquet de Sinedd ?
- Ça fait un moment, il a toujours rien remarqué. Pourtant il a un sens de l'observation plutôt développé d'habitude.
Ahito renifle sans rien ajouter. Quand il est question de son cadet, Sinedd est plutôt aveuglé par la rage et la jalousie.
Le bassiste s'est d'ailleurs toujours demandé comment Micro-Ice et Sinedd avaient pu être amis. Même dans une autre vie ou dans une réalité alternative, ça paraît absurde. Le jour et la nuit, la lune et le soleil. Si Micro-Ice a des fêlures, Sinedd est, lui, une fêlure à lui tout seul. Une grande faille qu'il essaie de compenser par la musique.
Ahito n'est pas devin, mais s'il avait osé demander à la mère de D'Jok ce que deviendrait leur aîné, il aurait pu parier avoir une histoire effrayante. Tant que Sinedd resterait avec eux pour le groupe, ce ne serait pas forcément un problème, mais s'ils devenaient connus, et Ahito avait de grands espoirs là-dessus, Sinedd se frotterait d'une manière ou d'une autre aux travers de l'industrie musicale. Le bassiste ne serait pas étonné si dans quelques années, les tabloïds se régalent de scandales impliquant le guitariste et la drogue.
Mais qu'importe. Ce n'est pas vraiment son problème.
Pour l'instant, tout ce qu'il veut, tout comme Micro-Ice, c'est sa dose de nicotine.
Quand il sortent dans l'air froid, Ahito regarde son cadet allumer sa cigarette, puis lui en tendre une, ainsi que son briquet. Micro-Ice a les gestes sûrs de l'habitude et ça paraît toujours bizarre à Ahito, pour le peu de fois qu'ils ont fumé ensemble. Il considère Micro-Ice comme un petit frère, sa petite taille n'aidant pas, et il ne peut s'empêcher de se sentir gêné par l'assurance qu'il a avec une cigarette entre les mains. Comme s'il fumait depuis des lustres. L'assurance du désespoir aussi, comme si la nicotine lui servait de béquille.
Ahito n'est pas vraiment accro. Il aime s'en griller une de temps en temps, se détendre avec la fumée qui lui traverse les poumons, mais Micro-Ice semble éprouver un réel besoin, cette cigarette semble faire partie d'un rituel bien huilé, comme le prouve son attitude détendue. Après quelques secondes de silence encore, il se perche sur la rambarde, dos au vide, et son regard se perd là où Ahito et rien de ce monde n'existent. Jetant un rapide coup d'œil par-dessus le balcon, Ahito sent son ventre et toutes ses entrailles faire un salto arrière. Pas que ce soit si haut, mais quand même, lui n'a jamais aimé le vide. Il s'apprête à dire quelque chose et ouvre la bouche, mais fini par la refermer sans avoir rien dit. On raconte qu'il ne faut pas réveiller un somnambule dans une situation dangereuse, et Micro-Ice correspond plutôt bien à la description. Il est... Absent.
Ahito s'étonne toujours de voir à quel point le petit brun peut être perpétuellement tendu seulement quand il est dans cet état. Quand il a ses "moments de faiblesse", comme il les appelle, il semble vraiment être détendu, et c'est seulement à ce moment-là qu'Ahito se rend compte que tout le reste, les gaudrioles et les blagues à trois sous, est du vent. Ces moments sont rares, bien cachés, et le jumeau doit être un des rares à avoir le privilège d'en être témoin. Même le meilleur ami D'Jok ne sais rien de ça. Parce qu'il ne saurait que faire, et que Micro-Ice ne veut pas lui demander de faire quelque chose, certainement. La présence d'Ahito est apaisante, il le sait lui-même, et il n'est pas doué en psychologie comme son frère. Il préfère se taire. C'est ce qu'apprécie Micro-Ice. Être seul avec lui, partager sa solitude avec son silence, c'est reposant, facile.
Ahito se concentre sur la fumée de sa cigarette pour empêcher la nausée de parvenir à ses lèvres. Voir son ami dos au vide avec une telle nonchalance n'est pas vraiment une partie de plaisir. Il est un peu fatigué aussi, et il se sent coupable pour ça, de servir de pilier sans savoir quel est le problème, sans pouvoir rien faire d'autre que regarder.
- Je voulais vraiment pas être là, tu sais, avoue Micro-Ice au bout de leur long silence.
Si Ahito n'avait pas une nature aussi apathique, il aurait pu sursauter, mais au lieu de ça, il détache juste ses yeux de la fumée pour les poser dans ceux de son ami. Les yeux bleu foncé l'ont toujours intrigué par leur couleur singulière. Aujourd'hui, c'est comme si des voiles de brume se profilaient dedans. Puis il attend. Encore une fois, il offre son silence et son oreille.
- Je comprends que vous ayez envie de participer, c'est hyper stimulant, et c'est génial, mais moi, j'ai pas envie de me confronter au regard des autres. Avoir une image gravée dans la pierre par les journaux, créer un personnage qui n'a rien à voir avec ce que je suis, c'est pas mon truc.
- Pourtant, remarque le plus vieux malgré lui, tu fais ça à longueur de temps.
- Il y a une différence, explique le petit sans le détromper. Être comme ça me permet d'oublier qui je suis. Je veux pas faire l'inverse, je veux pas oublier qui je suis et devenir ce que les autres veulent que je sois. Je sais pourquoi Aarch m'a pris. Je sais que je suis un instrument marketing. Et même si ça m'a permis d'être pris, même si c'est ce en quoi je suis le plus doué, je pense pas que ça durera des siècles. Je pense qu'à un moment, je vais plus pouvoir le supporter. Et je pense pas que ce sera beau à voir.
Ahito n'a rien à dire, encore une fois. Écouter, c'est vraiment ce qu'il fait de mieux. Pourtant, il est étonné de la franchise de son ami. C'est plutôt rare pour être noté. Il est aussi fragile qu'un nouveau né, cet après-midi, sur ce balcon. Ahito entraperçoit les milliers de fêlures qui scintillent dans les yeux foncés. Il avait tort. Sinedd est une fracture nette et honnête, Micro-Ice est un vase de cristal brisé en mille morceaux recollés tant bien que mal. Il ne reste plus grand chose de solide à l'intérieur.
- Sinedd et moi, on se ressemble pas mal, confie le petit brun comme s'il avait compris les pensées de son aîné. Mais on a réagit de manière différente. Lui, il porte sa rage et son deuil en bandoulière, il préfère sa solitude et ses démons. Moi, j'ai choisi d'effacer les miens, d'oublier ma substance pour continuer à tenir debout, et être entouré me permet d'y arriver plus facilement. Dans un sens, je l'envie. Je crois qu'il est plus fort que je le serai jamais. C'est ça qui fait que j'adore le rendre dingue, entre autres.
Ahito répond au sourire crispé de son ami, qui descend de son perchoir et écrase sa cigarette.
- Faudrait qu'on se trouve un cendrier, on va pas jeter les mégots par-dessus bord.
- Pour l'instant, on peut les laisser là, répond le plus vieux en se détendant un peu et en montrant un petit trou dans un coin du balcon. Avec le temps, Thran ne sortira pas sur le balcon.
La pause est terminée, et Ahito ne s'en plaint pas vraiment. Au moins, il peut retourner à des réponses qu'il connaît.
- On descend ?
- Deux minutes, j'arrive. Fais-les patienter, j'en ai pas pour longtemps.
Un hochement de tête et le bassiste est retourné au chaud. Micro-Ice, lui, s'accoude à la balustrade et laisse son regard se perdre au loin. Des fois, il aimerait juste être ailleurs. Être quelqu'un d'autre dans une autre dimension. S'effacer. Ne plus être. Sur un dernier soupir, il part rejoindre les autres.
°OoooO°
- Bon, la répétition était pas mal, je pense qu'on pourra mettre cette reprise dans le concert, ça nous fait déjà un point de départ. Est-ce que l'un d'entre vous a commencé à réfléchir à un morceau qui pourrait vous servir pendant cette première semaine ?
- Moi j'ai écrit un truc, mais il n'est pas fini, intervient Sinedd. J'aimerais pouvoir écouter ce que ça donne, pour l'instant.
- Clamp va te montrer son ordinateur pour faire les simulations, si tu veux. Tu as écrit une partie de guitare ?
- Ouais, j'avais déjà une base, mais j'ai aussi mis la batterie, la basse et le piano. Je ne savais pas trop comment m'occuper du violon, alors je l'ai laissé de côté.
- Peut-être que je peux te donner un coup de main, propose timidement Tia.
Sinedd acquiesce en quittant la pièce sur les talons du technicien, et Tia puis le reste des musiciens suivent.
Thran est très intéressé par l'ordinateur de Clamp et jette un coup d'oeil par dessus son épaule pour voir comment il fonctionne.
Une fois que le technicien a terminé ses explications, il laisse la machine à Sinedd qui ne perd pas une seconde à sortir une liasse de feuilles pliées grossièrement.
Tia et Thran restent autour du guitariste, impatients de savoir ce qui va en sortir, tandis que les autres commencent à discuter plus loin.
- As-tu des idées de paroles, Mei ? demande Aarch avec curiosité.
- Pas vraiment, je préfère attendre la musique pour voir si elle m'inspire.
- Moi j'ai deux-trois trucs qui me sont passé par la tête.
Quand tout le monde se tourne vers lui, surpris, Micro-Ice se rend compte que c'est lui qui a parlé, et il est aussi étonné que les autres. Il avait décidé qu'il n'interviendrait pas dans l'écriture et la composition des chansons, mais visiblement, son inconscient n'était pas d'accord.
- Euh c'est rien, juste quelques idées, balbutie-t-il avec un malaise flagrant.
- Je savais pas que tu écrivais, observe D'Jok.
- Haha, il y a tellement de choses que tu ignores sur moi, plaisante le petit brun en retrouvant un univers connu.
Mais son meilleur ami ne sourit pas, au contraire, il se renfrogne. L'ambiance devient un poil pesante, ce qui ne convient pas à Mei. Les problèmes de couple des deux musiciens ne l'intéressent pas plus que sa première bouteille de shampooing.
- Peu importe, de toute façon, il vaut mieux attendre de voir la partie instrumentale pour y coller les paroles au mieux. Et je ne veux pas chanter n'importe quoi.
- Bien sûr, princesse, sourit Micro-Ice en prenant son air le plus charmeur, tu n'auras droit qu'au meilleur.
Mei lève le nez avec une attitude fière, sans qu'aucune des personnes présente puisse dire si elle a pris la réflexion de Micro-Ice au premier degré ou non. Avant qu'elle puisse ajouter quelque chose, une mélodie s'échappe des enceintes de l'ordinateur et tous se retournent vers la machine.
Thran a fermé les yeux pour mieux se concentrer, tandis que Sinedd et Tia fixent l'écran comme s'il allait leur apporter une réponse aux problèmes de cohérence qui se posent déjà.
La musique est désincarnée, comme une voix de GPS, jouant les notes de façon juste, mais sans y mettre aucune intention.
Pourtant, il y a quelque chose de très intéressant dans la partition. Il manque quelque chose, plusieurs choses, même, et il est évident que Sinedd avait bien réfléchi aux autres instruments. Tia se lève avant la fin, déconcentrant ses voisins, qui la regardent partir chercher son instrument. Thran finit par mettre sur pause pour jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule et voir les autres attentifs.
- J'ai quelques modifications à proposer pour la partie du piano, commence-t-il en se tournant vers Sinedd, mais pour ce que tu as déjà écrit, je trouve ça super. Tu as une idée pour les deux autres guitares ?
- Ouais, quelques unes, mais j'ai pas l'habitude de travailler avec de l'électroacoustique. Si vous avez une proposition, les deux inutiles, c'est le moment.
Alors que D'Jok ouvre la bouche dans l'intention d'agonir le brun d'insulte, Thran prend la parole pour éviter le désastre diplomatique.
- J'ai quelques idées, et je connais plutôt bien la façon de jouer de D'Jok et Mice. Tia, ça t'a inspirée ?
- Euh oui, plutôt, mais je ne sais pas encore comment orienter mon violon. Est-ce que ce serait possible de... d'attendre que le chant soit mis en place ?
- Oui, pourquoi pas, intervient Aarch en se tournant vers la chanteuse. Des idées, Mei ?
- Oui, un peu.
- Qu'est-ce que tu fais Micro-Ice ? demande D'Jok en fronçant les sourcils.
En entendant l'interrogation, tout le monde se tourne vers le petit brun qui s'est assis par terre, un carnet à la main, et écrit frénétiquement. Il ne semble pas avoir entendu son meilleur ami, puisqu'il barre un mot pour le remplacer par un autre. Ahito se penche légèrement pour lui tapoter l'épaule, et il sursaute, levant la tête.
- Quoi ? Désolé, il faut que je... Sinedd, tu peux remettre la musique ?
Sinedd, interdit hoche la tête machinalement et se tourne vers la console sur laquelle tapote Thran.
- Deux secondes, l'interrompt le pianiste, je fais mes changements pour voir ce que ça donne.
Ça ne semble pas perturber Micro-Ice qui s'est repenché sur son carnet. Une minute plus tard, la musique reprend avec quelques modifications d'accords sur la ligne du piano, qui sont plus intéressantes.
Au bout de quelques mesures, les musiciens entendent le petit brun fredonner tout en raturant et grattouillant sur sa page. Il faut tendre l'oreille pour capter le son, et visiblement, le guitariste ne se rendre pas compte de ce qu'il fait.
Quand le silence se fait, Micro-Ice n'a pas levé la tête de son carnet, et Thran est retourné sur le logiciel avec Sinedd pour ajouter les partitions de guitare. Tous les deux débattent énergiquement et oublient aussi le public qui les entoure. On n'arrête pas un processus de création. Aarch et Clamp échangent un regard surpris et enthousiaste. Ces gamins les étonnent à chaque fois...
Enfin, Micro-Ice se lève et tend son carnet à Mei, qui le fixe de son air toujours hautain. Elle finit par le prendre et jette un coup d'œil sur les lignes brouillonnes devant elle. Au fur et à mesure de sa lecture, ses sourcils se soulèvent, et elle finit par regarder Micro-Ice d'une toute autre façon. Sans plus attendre, elle se dirige vers la table au fond de la pièce avec un signe au petit brun qui la suit docilement.
Inconsciemment, Rocket, Ahito et D'Jok suivent le mouvement, curieux de connaître les fameuses paroles qui semblent avoir surgi du cerveau de Micro-Ice. Mei s'est emparée d'une feuille qui traînait sur un coin du bureau, et commence à recopier les paroles en échangeant avec le guitariste :
- J'aime pas trop le "enchanting timber" ici, je trouve ça un peu trop agressif, et vu le début du morceau, j'aurai plutôt vu quelque chose de plus... Envoûtant dans la sonorité... "captivating" ? Non, ça va pas...
- Enthralling ? C'est plus dans la séduction, mais...
- Oui ! Enthralling timber... Non, c'est trop technique, on pourrait juste dire "voice" ?
- Oui, pourquoi pas... enthralling voice, ça sonne pas mal.
Mei écrit les nouveaux mots de sa belle écriture avec passion. Plus loin, elle s'arrête encore.
- J'aime pas trop "slaughter", pour le refrain, ça me parait pas très musical, "murder" serait mieux.
Sans vraiment attendre le hochement de tête, elle modifie le mot, puis continue de recopier les paroles.
- "More powerful", c'est beaucoup trop long, ça casse le rythme.
- Ouais, c'est pas faux. "Stronger", alors ?
Mei marmonne deux secondes, comparant les rythmes des vers et des deux versions.
- Oui, carrément. "Stronger" est parfait.
À la fin, il ne reste plus rien à corriger, mais elle ne semble pas satisfaite.
- Il manque quelque chose, ça finit trop abruptement, avec le refrain. Peut-être qu'on pourrait rajouter...
- Et si on insistait sur la cible, encore une fois ?
- Oui, le morceau augmente en intensité et vitesse à la fin, on pourrait ajouter quelque chose de plus saccadé, plus...
Micro-Ice la coupe en s'emparant de son stylo et de son carnet. Il est courageux, mais pas au point de salir la reproduction toute propre de sa collègue. Il griffonne un nouveau couplet aux vers beaucoup plus courts, que Mei lit à l'envers en marmonnant.
- "What I want" d'abord, What I'm thinking" à la fin, je pense, observe-t-elle en recopiant. Okay, ajoute-t-elle en levant la tête vers les autres. Je pense que c'est bon.
Elle tend la feuille à Aarch, qui la parcourt avec un regard surpris, lui aussi. Ce n'est pas vraiment ce qu'il imaginait comme premier texte, mais il ne devrait plus être aussi étonné, avec ces énergumènes. Sans un mot, il passe la feuille à son voisin, qui s'avère être Rocket et qui, comme lui, lève les sourcils. Ahito a une réaction plus calme. En fait, il ne réagit pas du tout, puisque le texte de Micro-Ice ne le surprend pas vraiment. D'Jok a la réaction la plus bruyante : Il s'étouffe à moitié avec sa salive et regarde son meilleur ami comme s'il ne l'avait jamais vu.
Le petit groupe retourne vers les compositeurs qui paraissent avoir quelques divergences d'opinion sur la partie de Micro-Ice. Tia, à côté, a pris une feuille et commence à composer, sans trop savoir où elle va.
- On a les paroles, annonce Mei de sa voix autoritaire, ce qui fait cesser le débat entre Sinedd et Thran.
- On a la deuxième guitare, répond froidement le plus vieux.
- Vous pouvez repasser la bande, que j'essaie de voir comment insérer mon chant ?
Sinedd hoche la tête avec rigidité et clique sur le bouton pour démarrer l'enregistrement.
Quelques mesures plus tard, Mei commence à chanter, en lisant ses paroles.
Malgré quelques problèmes de tonalité et des balbutiements, tout le monde commence à percevoir l'idée finale de la chanson. Tia, sans avoir branché son violon électrique, joue quelques notes pour accompagner Mei, qui lui envoie un regard noir en loupant une note.
A la fin de l'épreuve, Tia est penchée sur sa partition et rature à tout va, essayant quelques accords sans prendre garde à ce qui se passe autour d'elle, comme Micro-Ice avant elle. Sinedd et Thran, qui ont découvert les paroles pendant le chant regardent Mei et Micro-Ice avec surprise. Sinedd arrache le papier des mains de la chanteuse pour lire les paroles, certain qu'il a mal compris.
Mais quand il relève la tête, il y a une lueur de respect dans ses yeux. A vrai dire, les paroles correspondent parfaitement au sentiment qu'il avait quand il a composé le morceau. Il est pratiquement sûr que Micro-Ice a écrit la plus grande partie du texte, et il est surpris qu'ils soient à ce point sur la même longueur d'ondes. Enfin, ils ont été amis avant, c'est bien qu'ils avaient des points communs...
Sans un mot de plus, il secoue la tête et se lève de son fauteuil derrière l'ordinateur. Tout le monde le regarde partir vers le studio, où il va récupérer son instrument et commencer à jouer sa partition.
- Micro-Ice, t'aurais une idée pour ta partie ? on est un peu coincés avec Sinedd.
- Ouais, je pense, mais j'y connais rien en écriture de musique.
- Bon écoute, le mieux, c'est que tu essaies en direct, hein...
- Ça va plaire à Sinedd, ça, renifle D'Jok avec moquerie.
- On verra, tempère Ahito. De toute façon, il faut bien qu'on essaie, on va pas réussir du premier coup.
- Tia, tu as fini ? Demande Thran en se tournant vers la violoniste, qui s'essuie le front.
- Je crois que j'ai une bonne base, oui. Mais il va falloir essayer aussi.
- Pour moi, c'est bon, en tout cas, dit Rocket, la partie de batterie me parait très bien comme ça, je pense que la différence avec la composition de Sinedd va être dans ma façon de jouer.
Les jeunes musiciens ont complètement oublié les deux adultes qui suivent la conversation comme un match de tennis, légèrement démunis. Puis, Rocket semble se souvenir de leur présence et se tourne vers Clamp pour lui demander s'il est possible d'imprimer leur partition, ce que le technicien s'empresse de leur montrer.
Chacun avec leur liasse de feuilles fraîchement imprimées, il s'en vont rejoindre Sinedd. Et chacun lit et relit, joue et rejoue sa partition pour pouvoir l'avoir en tête.
Un quart d'heure plus tard, Rocket siffle brusquement pour avoir l'attention de tout le monde :
- Peut-être qu'on pourrait essayer de commencer, maintenant qu'on a tous à peu près notre mélodie en tête ?
Comme un seul homme, ses partenaires acquiescent et se mettent en place. Seul Micro-Ice est resté avec Clamp et Aarch du côté de la salle de mixage, puisque sa partie n'est pas encore définie. Avec le claquement des baguettes de Rocket, le rythme est donné, et le violon de Tia commence doucement, en même temps que le battement léger de Rocket et la guitare de Sinedd. Comme à son habitude, Sinedd disperse une ambiance à la fois malsaine et caressante, et la mélodie de Tia accentue le côté un peu daté et mélancolique.
D'Jok entre en scène, sa guitare au son acoustique ajoute un peu de douceur à la mélodie, puis Mei commence à chanter.
