Coucou les coupains ! Pour fêter les vacances, je vous offre un petit cadeau de Noël en avance en la présence de ce chapitre... Vous allez enfin avoir LA chanson des SK (vous comprendrez leur nom un peu plus tard, si vous le devinez pas tout de suite =) ). Pour la petite anecdote, ma coloc irlandaise l'a relue, donc l'anglais est bon, j'en suis sûre. =)
Date de publication originale : décembre 2013
Edit texte : mars 2020
Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube (à coller après l'adresse de ytb) : playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7
Enjoy !
Colouring the wind
(Colorer le vent)
With my enthralling voice
(De mon timbre envoûtant)
It's what I've always wanted
(C'est ce que j'ai toujours voulu)
Painting my breath
(Peindre mon souffle)
With colours I've never seen
(Avec des couleurs que je n'ai jamais vues)
My dream is coming true
(Mon rêve se réalise)
La voix de Mei est basse et rêveuse, comme si elle chantait pour elle même sur le rebord de sa fenêtre. Un frisson passe sur le flanc d'Aarch, comme s'il pressentait le talent sous-jacent de la jeune fille. Ce n'est pas encore parfait, il leur manque encore un petit rien qui fait la différence, cette sorte de souffle que Tia a montré quand elle a joué pour les auditions. Les accords de Tia se font plus ronds et plus répétitifs, et Micro-Ice, à côté de Clamp insère sa guitare pendant la pause du chant en suivant la mélodie de Tia. La partie musicale est enfin complète. Quand Mei reprend la parole pour le refrain, elle chuchote presque, comme si elle se faisait une promesse :
And I'll kill the silence, break the silence
(Et je vais tuer le silence, briser le silence)
I'll forget about indifference.
(Je vais oublier l'indifférence)
I'll murder (the) silence, destroy silence
(J'assassinerai le silence, détruirai le silence)
Which threaten to shatter my dreams
(Qui menace de briser mes rêves)
Le rythme augmente tout doucement, grâce à la basse d'Ahito qui joue en tapping, et Rocket bat ses peaux plus fort. Sinedd enchaîne des accords complexes et le violon fait une envolée lyrique.
Do you see my persistant grin ?
(Vois-tu mon sourire tenace?)
Listen how I'm laughing.
(Écoute ma façon de rire)
Do you hear my tears behind?
(Entends-tu mes larmes derrière?)
I won't let you hurt me again.
(Je ne te laisserai pas me blesser une fois de plus)
La rage dans la voix de Mei est revenue, la colère se lève comme un vent d'orage qui souffle, et Micro-Ice, une fois encore suit la partition de Tia à sa manière. Le piano de Thran est presque à contretemps, lancinant et dérangeant par sa lenteur étrange.
I'm here beside you, and I'm yelling
(Je me tiens à côté de toi, m'époumonant,)
I'm here, just behind, to set ablaze your ears
(Je suis là dans ton dos, pour embraser tes tympans)
La voix de Mei monte très haut, de façon presque lyrique, elle aussi, arrachant un nouveau frisson aux spectateurs.
Sur sa dernière note, tous les instruments prennent un rythme soutenu et violent, et le refrain commence à nouveau, déversant toute sa colère :
And I'll kill the silence, break the silence
(Et je vais tuer le silence, briser le silence)
I'll forget about indifference.
(Je vais oublier l'indifférence)
I'll murder (the) silence, destroy silence
(J'assassinerai le silence, détruirai le silence)
Which threaten to shatter my dreams
(Qui menace de briser mes rêves)
La dernière phrase a été crachée, mais la musique ne retombe pas, au contraire, elle a gagné en puissance, et le dernier couplet est hurlé au visage du public restreint.
I'm singing over the crowd's shouts
(Je chante par-dessus les cris de la foule)
My voice is stronger than yours
(Ma voix est plus puissante que tout)
So you can only hear me,
(Alors tu ne peux que m'écouter,)
You can only see me.
(Seulement me regarder)
I will not let you go,
(Je ne vais pas te laisser partir,)
I won't let you forget me.
(Je ne te laisserai pas m'oublier)
Un silence plein d'expectative suit le dernier mot. Tout le monde s'accroche à son instrument quand Mei reprend doucement, d'une façon contenue :
And I'll...
(Et je vais...)
Et tous de reprendre aussitôt la mélodie du refrain.
Kill the silence, break the silence
(Et je vais tuer le silence, briser le silence)
I'll forget about indifference.
(Je vais oublier l'indifférence)
I'll murder (the) silence, destroy silence
(J'assassinerai le silence, détruirai le silence)
Which threaten to shatter my dreams
(Qui menace de briser mes rêves)
Sinedd commence son solo de guitare aussitôt la fin du refrain, accompagné par les autres, tandis que Mei s'accroche à son micro. Quand le solo se termine, la mélodie accélère encore et Micro-Ice arrête de jouer alors que Tia, elle, démontre sa maestria en jouant à une vitesse folle, suivie par Thran et Sinedd. La voix de Mei s'élève à nouveau, une dernière fois, martelant ses mots aussi fort que si elle était à la batterie :
You'll be forced to listen
(Tu seras obligé d'écouter)
What I want,
(Ce que je veux,)
What I love,
(Ce que j'aime,)
What I'm thinking.
(Ce que je pense.)
Tout s'arrête brusquement, et sur le son persistant du dernier accord de Tia et Sinedd, Mei chuchote.
I promise. I'll kill the silence.
(C'est une promesse. Je tuerai le silence.)
Clamp, revenu de sa surprise, appuie sur le bouton pour arrêter l'enregistrement. Aarch tape dans ses mains, parce que qu'il n'a rien à dire, rien à faire à part ça. Bien sûr, ce n'était pas parfait, il y a eu quelques fausses notes, quelques problèmes de rythme et pleins d'erreurs qu'il faudrait rectifier petit à petit, mais pour une première, c'était... époustouflant. Le producteur a juste l'impression d'être passé dans le tambour d'une machine à laver puis sorti et lâché pour qu'il puisse applaudir.
Les jeunes dans le studio se regardent avec l'air de ne pas en revenir. Des sourires timides s'échangent, même Sinedd et Mei se détendent un peu pour adresser un hochement de tête à leurs voisins. L'expérience était intense. Dans le bazar émotionnel, personne ne voie Micro-Ice s'éclipser avec sa guitare, et Rocket se lève brusquement en regardant sa montre, s'attirant l'attention de tout le monde.
- Je dois y aller, j'ai déjà une demi-heure de retard ! s'écrie-t-il.
Aarch consulte sa montre à son tour et hausse les sourcils, effectivement, le temps est passé beaucoup plus vite que prévu. Sans un mot, il fait un signe à Rocket et quitte la pièce avec lui.
- C'était super, conclut Clamp, un peu mal à l'aise par la position qu'il doit prendre. Je pense que Aarch vous en parlera plus en détail, mais honnêtement, pour un premier jet, c'était impressionnant. Cependant, il y a pas mal d'erreurs à corriger. On verra ça demain à tête reposée. Pour aujourd'hui, vous pouvez vous arrêter sur cette victoire.
- Est-ce que tu as fait un enregistrement du morceau ? demande Thran avec curiosité.
- Bien sûr, il est sur la console. Je peux vous le mettre sur clé avec chaque piste isolée et tout regroupé. Il y a une chaîne dans chaque chambre et dans le salon si vous voulez l'écouter.
Sinedd suit le mouvement et rejoint le technicien et le pianiste qui s'entendent comme deux larrons en foire.
Il ne s'éternise pas avec les deux geeks, et s'éclipse dès qu'il a la clé dans les mains. Ceux-là seraient capable de passer la nuit à parler clavier, tonalité et logiciels. A ce niveau, c'est de la physique et de l'informatique, pas de la musique.
Et puis sincèrement, là, maintenant, tout de suite, Sinedd aspire à un peu de calme et une cigarette pour écouter leur morceau en toute quiétude. Il a entendu ses erreurs et les a remarquées, mais il n'a eu qu'une vue d'ensemble sur la chanson, évidement. Il a besoin de la décortiquer en détail, voir où ça cloche, et rectifier le tir. Lui et son amour du travail bien fait. Son obsession, même. Quand il monte dans sa chambre, cherchant en vain son paquet de cigarettes dans ses poches, il entend la guitare de Micro-Ice. Il la reconnaîtrait entre mille. Et encore une fois, il entend un morceau qui lui est étranger et familier à la fois. Curieux, il reste là, à écouter la mélodie mélancolique qui s'échappe des doigts de son ancien ami. C'est sa guitare, et en même temps, ce n'est pas lui. On dirait que quelqu'un d'autre joue. Micro-Ice n'est pas comme ça, normalement. Oui, bien sûr, il a toujours su qu'il était fragile, c'est d'ailleurs pour ça qu'il l'a pris sous son aile quand ils étaient plus jeunes, mais ça semblait lui avoir passé...
Haussant les épaules, il entre dans sa chambre. Après tout, ça ne le regarde plus. Il fouille dans son sac et en sort un paquet de cigarettes neuf. Il fume trop, en ce moment il n'a même pas remarqué qu'il avait fini son dernier paquet. Branchant la clé sur sa chaîne, il l'allume et met le morceau, assez fort pour chasser de son esprit la mélodie qu'il vient d'entendre. Puis il s'accoude à la fenêtre et allume sa cigarette en inspirant une grande bouffée. Il ferme les yeux et se laisse absorber par la musique. Encore une fois, il se laisse emporter par les paroles de Micro-Ice. La voix de Mei les magnifie tellement, c'est parfait. Cependant, quelques problèmes de justesse se posent sur quelques mesures. Sinedd suppose que Mei sera capable d'ajuster ça, et essaie de mettre la partie chant de côté, mais il s'est laissé emporter, et la chanson en est déjà à sa dernière partie. Décidant qu'il est de toute façon trop tard pour se concentrer sur les autres parties, il apprécie la fin de la musique sans chercher à l'analyser. Mais quelque chose le titille.
Après le dernier chuchotement de la chanteuse, un silence s'installe, mais Sinedd n'y prend pas garde, concentré cette fois sur la prochaine écoute. Le replay se met en marche, et il isole attentivement sa propre partie. En plus des erreurs qu'il avait déjà constatées et qui sont des erreurs techniques, il découvre que quelques accords ne collent pas parfaitement à la mélodie. Les rangeant dans un coin de sa tête, il continue son étude. Sa cigarette est finie à la deuxième fin, et, laissant la fenêtre ouverte pour faire courant d'air, il s'installe à son bureau pour retravailler sa partition. Quelques secondes plus tard, cependant, la musique reprend, et cette fois, il sort la partie piano de Thran. Le jumeau a comme lui fait quelques fausses notes, mais sa partition est très bien telle qu'elle est. Nouvelle écoute, nouvel instrument, Tia, cette fois, qui a écrit ses accords toute seule. Elle a fait du bon travail, même si quelques mesures, qu'il surligne, sont à revoir.
La basse d'Ahito manque d'agressivité, mais il ne sert à rien de demander à cette chiffe molle d'en faire plus, c'est ce qu'il avait prévu. Et Rocket donne un bon coup de main niveau rythme, avec sa batterie. Un peu plus de cymbales peut-être, il faudra que Sinedd voie avec lui.
C'est D'Jok qui a fait le plus d'erreurs, même si ça ne s'entend pas vraiment. En même temps, dégrossir un morceau qu'on ne connaît pas, ce n'est pas donné à tout le monde... Et Thran et Sinedd ont écrit sa partie avec un peu de difficulté. Le brun réécrit quelques passages, considérant que la guitare du rouquin peut être plus agressive, étant donné que... C'est donc ça qu'il a oublié ! Micro-Ice. Pas sûr qu'il soit capable d'écrire sa partition, mais enfin, après le texte dont il vient d'accoucher, Sinedd ne peut plus jurer de rien.
Se levant, il va éteindre la chaîne, qui diffuse toujours la musique à l'écœurement. La mélodie qu'il a entendu lui revient en tête, et pris d'un moment d'inspiration ou de lucidité, il ne saurait dire, il l'écrit. Quand il la superpose aux autres partitions, il se rend compte que c'est la ligne mélodique que Micro-Ice s'est réservée pour leur chanson. Bien entendu, il n'en a entendu qu'un bout, mais avec son sens de la musique et le travail que Micro-Ice a déjà fait, il devine le reste.
Pressé de savoir ce que ça pourra donner demain à la répétition, il s'empare du papier et se lève brusquement pour quitter sa chambre. Traversant le couloir, il entre dans la pièce d'en face sans prendre la peine de frapper.
- Eh Micro-Naze, voilà ta partition pour demain, puisque t'es pas capable de faire le boulot tout seul.
Le petit brun assis sur son lit avec sa guitare dans les bras a sursauté quand la porte s'est ouverte brusquement. Il ouvre la bouche prêt à riposter, mais constate que le coup de vent a déjà refermé la porte, laissant sur le bureau de D'Jok une feuille de papier.
Micro-Ice se lève en soupirant et prend la feuille pour ne lire que des notes qui ne lui parlent absolument pas.
- Je sais lire que les tablatures, marmonne-t-il, et merci mais j'ai déjà mon morceau pour demain.
°OoooO°
Une semaine passe encore dans cette ambiance studieuse, les jeunes musiciens sont de plus en plus capables de se concentrer et de progresser. Le morceau Silence Killer est complètement terminé depuis à peine quelques heures, la soirée s'annonce joyeuse. Nous sommes samedi soir, les vacances se sont plus ou moins bien passées selon les musiciens, mais en règle générale ils se sont plutôt bien adaptés à leur nouvel environnement. Ils sont prêts pour reprendre les cours.
Tia a quelques angoisses quant à sa capacité à participer aux auditions du Conservatoire, mais son professeur, qu'elle a vu aujourd'hui pendant deux heures, l'a rassurée avec un déluge d'éloges. Il l'a apparemment sentie beaucoup plus détendue face à son jeu et, mis à part encore quelques petites erreurs techniques d'inattention, il la sent tout à fait prête à passer le concours.
Ceci dit, la pression n'est pas moins pesante, puisqu'avec la rentrée approchent aussi les examens de milieu d'année et les A-level blancs. Et pour ça non plus, elle n'a pas le droit à l'erreur. L'avantage et le désavantage de vivre désormais à la Faculty, c'est qu'elle n'a plus cette chape de plomb sur les épaules qui la paralyse. Elle commence à comprendre qu'elle vaut quelque chose, mais commence aussi à se détendre, et elle ne peut pas se le permettre.
Ces deux dernières semaines, elle s'est aussi rapprochée de Rocket qui semble comme elle cacher quelques secrets dans ses tiroirs. Ils se comprennent très bien comme ça, et c'est la première fois qu'elle se sent aussi proche de quelqu'un de son âge. Parfois ça la remplit de bonheur, d'autres fois, comme aujourd'hui, ça l'effraie au plus haut point. Elle ne sait pas quoi faire avec lui, ou comment se comporter. Il y a des moments où elle a envie de prendre sa main, de toucher sa peau, histoire de voir si elle est douce, ou si son bouc pique... C'est particulièrement angoissant.
°OoooO°
Rocket, de son côté, n'en mène pas plus large puisque la timidité est un de ses plus grands défauts. Être avec Tia lui semble reposant et naturel, c'est avec elle qu'il a le plus d'affinités dans le groupe. Mais sa vie aussi est compliquée avec le double-jeu qu'il a instauré avec son père. Norata est de plus en plus méfiant et lui pose de plus en plus de questions à propos du club de foot, ce qu'il ne faisait pas avant. Comme il est majeur, le garçon ne s'inquiète pas que l'entraîneur appelle son père pour lui faire part de sa défection, mais si Norata demande des comptes au professeur, il n'y aura plus d'issue. Il a réussi à s'échapper de la boutique pour les après-midi, se permettant ainsi de travailler à la Faculty avec les autres, mais le temps lui est compté avant que Norata découvre le subterfuge.
Aarch les a informés que les journalistes commençaient à fouiner, et Rocket s'étonne en fait qu'ils aient mis autant de temps. Le nouveau groupe d'Aarch va bien finir par faire la première page, surtout que le producteur leur a proposé de faire un live au Phoebe's Absinthe à la fin du mois prochain. Micro-Ice en a parlé à sa mère et visiblement, le patron du pub est plus que partant sachant qu'il connaissait bien les Aber'dim il y a vingt ans.
Il reste donc encore un peu de temps à Rocket pour annoncer à son père qu'il a outrepassé ses ordres. Du bonheur en perspective. En plus, Sinedd lui jette souvent des regards suspicieux, qui prouvent qu'il a certainement tout découvert. Le batteur se demande pourquoi il n'a rien dit aux autres. Pas qu'il soit proche d'eux, mais quand même...
- Qu'est-ce que tu as fait de ton après-midi ? l'accueille Norata d'un ton plus froid que d'habitude.
Soupçonneux, oui.
- Tu sais, j'avais mon entraînement de foot.
- Du côté du Music Hall ?
- Euh... Non, au lycée... pourquoi ?
Son hésitation l'a trahi. Les traits de son père se ferment et il sent le sermon arriver à grand pas.
- C'est bizarre, parce qu'un de mes clients m'a dit t'avoir vu là-bas. En fait, il m'a même félicité parce que visiblement, tu t'entraînes dur avec les autres musiciens choisis par Aarch.
- Comment il peut s'imaginer ça ? Questionne Rocket avec plus d'assurance qu'il n'en a réellement.
- Peut-être parce qu'il habite dans le quartier d'à côté et qu'il te voit régulièrement traîner là-bas avec le fils Ferguson et ses copains. Leah est serveuse au Phoebe's et tout le monde sait que son fils et ses amis font partie du nouveau groupe d'Aarch.
Rocket ne répond pas, il n'y a rien à répondre. Mais il ne baissera pas les yeux, pas pour cette histoire. Norata se retourne avec un dernier regard déçu et s'affaire sur la plante qu'il était en train d'entretenir. C'est ce silence qui fait le plus mal au garçon. Se raclant la gorge, il décide une nouvelle fois de défendre sa cause.
- Écoute, Papa, j'aime vraiment ce que je fais en ce moment. Je me sens beaucoup plus épanoui qu'avant, et je travaille dur. Ce n'est pas un coup de tête, j'ai vraiment envie de réussir. Je t'ai toujours laissé décider de mon avenir, de ce que j'allais faire, parce que je pensais pas avoir une chance de percer. Maintenant, la chance a frappé à ma porte et je veux pas lui tourner le dos.
Norata soupire et pose ses mains tremblantes sur le comptoir, puis il se retourne une nouvelle fois et croise le regard suppliant de son fils.
- Je ne peux pas te laisser faire ça, fils. Tu ne peux pas comprendre parce que tu es encore jeune et plein d'enthousiasme, mais ça va te détruire. Je sais que je n'ai pas le beau rôle mais je suis ton père, et je suis là pour te protéger. Je ne veux plus que tu participes à ces répétitions. Je suppose que tu as quitté le club de foot, alors je t'attends dès la fin des cours à la boutique à partir de lundi.
- Tu ne peux pas m'enfermer, grince Rocket en serrant les dents et retenant sa colère.
- Non, mais je peux déménager, si tu n'es pas capable de prendre mes recommandations au sérieux.
- Arrête, tu ferais jamais ça, la boutique marche trop bien ici.
- Justement, j'ai de l'argent de côté, je peux toujours installer le magasin ailleurs, à Édimbourg ou Glasgow, par exemple.
- Non mais tu t'écoutes parler ? On dirait la prohibition, c'est complètement ridicule ! Et puis tu peux me donner des conseils à deux balles, c'est l'hôpital qui se fout de la charité !
- C'est bien parce que je sais de quoi je parle que je t'interdis de faire la même erreur que moi.
- Et c'est pas parce qu'il t'est arrivé un problème qu'il va m'arriver la même chose, je suis pas comme toi.
- Pas comme moi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Je ne suis pas un raté, que même sa femme a quitté.
- Tu vas trop loin Rocket, je suis toujours ton père. Monte dans ta chambre.
- Ouais, tu es mon père, j'aurais peut-être eu plus de chance si ça avait été Aarch.
La gifle part avant que Norata ait pu l'empêcher ou Rocket l'éviter. Le claquement qu'elle fait résonne dans le silence de plomb. Norata regarde son fils avec un mélange de terreur et de culpabilité. Toute trace de colère a disparu, ce qui n'est pas le cas du regard de Rocket. Il se penche lentement pour récupérer son sac, et sans un mot, quitte la boutique pour s'enfoncer dans la nuit précoce.
Cinq minutes plus tard, Norata est toujours debout, dans la même position, fixant la porte par laquelle son fils est parti.
°OoooO°
Le téléphone de la Faculty sonne pour la première fois dans le salon, et les quatre fantastiques qui paressent sur les canapés sursautent de façon synchronisée.
- Je savais pas qu'il y avait un téléphone, remarque bêtement D'Jok.
Thran hausse les épaules et va décrocher le combiné machinalement. La voix paniquée d'un homme résonne, demandant Aarch comme si sa vie en dépendait.
- Calmez-vous, monsieur, essaie de tempérer le jeune homme. Puis, cachant le micro : Mice, va chercher Aarch.
- Qui es-tu ? Demande la voix au téléphone.
- Thran Laing, monsieur, je suis un des musiciens d'Aarch. On est parti le chercher. Qui doit-on annoncer ?
- Rocket est avec vous ?
- Non, il est reparti aider à la boutique il y a une heure... pourquoi ?
- Il... Il faut que je parle à Aarch, dites-lui que c'est son frère.
Aarch arrive sur ces entrefaites et arrache le combiné des mains du brun.
- Norata ? Oui... Non... Je suis désolé, écoute... Attends, tu parles trop vite... Quoi ? Non, il n'est pas revenu... Merde. Tu as une idée... Oui bien sûr... Non... Oui, je vais chercher. Je te tiens au courant.
Aarch raccroche le téléphone avec le teint blême et se retourne vers les garçons :
- Rocket a disparu.
Un silence étonné lui répond.
- Il ne devait pas rentrer chez lui ? intervient Ahito avec un froncement de sourcil.
- Il est rentré, répond machinalement Aarch en commençant à faire les cent pas. Mais mon frère s'est disputé avec lui et il est parti.
Les quatre garçons échangent des regards interdits.
- Votre frère ?
- Norata lui a interdit de faire partie du groupe, et...
Aarch s'interrompt avec embarras.
- Vous ne sauriez pas où il aurait pu partir ?
- On ne le connaît pas très bien, désolé, déclare Micro-Ice, mais on peut vous aider à le chercher.
- Chercher qui ? interroge Tia, qui vient de descendre de sa chambre, attirée par la sonnerie du téléphone et l'appel de Micro-Ice.
- Rocket a fugué, résume brutalement D'Jok.
- Quoi ? Il faut le retrouver !
La blonde va s'emparer de son blouson et de son écharpe sur le porte-manteau et quitte la maison en courant.
- Ils annoncent une chute de température exceptionnelle pour la saison et une tempête de neige cette nuit, il faut absolument retrouver Rocket avant.
- Tia est celle qui a le plus de chance de le trouver, remarque Thran. On va vous aider à chercher dans le coin.
- Il faut que quelqu'un reste ici au cas où il rentrerait.
Ahito se lève :
- Moi je resterai. Vous avez un numéro de portable ?
Aarch prend un post-it à côté du téléphone et note son numéro et celui de Norata.
- Je vais voir Norata, je vous laisse ratisser le coin.
Sans un mot de plus, Aarch enfile son manteau et se dirige vers le garage.
D'Jok, Micro-Ice et Thran se partagent le secteur, se donnant rendez-vous à la Faculty une heure plus tard. Enfilant leurs manteaux, il prennent deux minutes pour débattre de ce qui vient de se passer.
- Rocket est le neveu d'Aarch, c'est dingue ! Vous y croyez ? s'enthousiasme le plus jeune.
- Visiblement, c'est pas la joie entre les frangins, constate D'Jok.
- Maintenant ça me revient ! s'exclame Thran, vous vous souvenez, la mère de Mice l'a mentionné une fois. Il a été blessé pendant la Catastrophe.
- C'était le guitariste, précise Ahito. Le deuxième, celui dont on n'a plus jamais entendu parlé après.
- Wow, les histoires de famille ont l'air sympa, conclut Micro-Ice, mais on creusera plus tard. Pour l'instant, on a un disparu sur les bras.
Tous acquiescent et, sur un dernier au revoir à Ahito, quittent la Faculty.
°OoooO°
- Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ? S'enquiert Aarch auprès de son frère, avachi derrière son comptoir.
- J'ai découvert qu'il... que vous complotiez dans mon dos, et je lui ai encore dit que je ne voulais pas qu'il perde son âme dans l'univers de la musique. Il ne m'a pas écouté, on s'est disputé et... et... J'ai fini par le gifler. Je ne pensais pas que je perdrais mon sang-froid comme ça...
- Écoute, ce n'est pas si dramatique...
- Oh si. Tu aurais vu son regard. Je ne sais pas comment je vais pouvoir réparer ça.
- Le plus urgent, c'est de le retrouver, après on avisera.
- Si tu n'étais pas revenu, tout ça ne serait pas arrivé.
La phrase a moins d'énergie que prévu. Norata est trop las pour s'énerver encore contre son frère.
- Tu n'y crois pas toi même, raisonne le plus jeune. Rocket est beaucoup trop passionné par la musique. Même si je n'avais pas mis mon grain de sel, il aurait fini par t'échapper.
- M'échapper, répète Norata en riant tristement. Ouais, le mot est drôlement bien choisi. La musique m'a tout pris : mon frère, ma main, ma femme, et maintenant mon fils... Tu ne peux pas t'attendre à ce que ça me remplisse de joie.
- Ton fils n'est pas perdu. Pas encore, du moins. Si tu acceptais ce qu'il fait, ce qu'il est, il n'y aurait pas de problèmes entre vous.
- C'est trop dur. J'ai trop peur pour lui. Et peut-être... Peut-être aussi que je suis jaloux.
- Pour ce qui est de l'inquiétude, je peux le comprendre, mais si ça peut te rassurer, je serai là pour le protéger. J'ai choisi des jeunes, parce que je voulais faire éclore une nouvelle génération, mais je ne les laisserai pas livrés à eux-mêmes comme on l'a été. Je n'ai jamais voulu te priver de ton fils, Norata. Honnêtement, s'il n'avait pas été aussi bon, je n'aurais même pas pensé le prendre dans le groupe, sachant que ça te rendrait fou. Mais il... Il est génial. Plus encore qu'on l'a jamais été, j'en suis sûr. Tu as élevé un gosse en or. Je suis fier d'être son oncle, même si on a gardé ça secret pour l'instant.
- Ce serait mieux pour lui, mais de toute façon, je pense que c'est rêver que d'espérer que les journalistes ne le découvrent jamais.
- Oh oui. J'ai réussi à les freiner pour l'instant, mais ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils mettent le nez dans nos affaires. Ça veut dire que tu vas reconsidérer la participation de Rocket ?
- Ai-je seulement le choix ? Il est plutôt déterminé.
- Aussi têtu que son vieux père, sourit Aarch.
Norata se détend. Tout n'est pas redevenu comme avant avec son frère. Rien ne sera certainement jamais comme avant. Mais pour l'instant, il a envie de mettre sa colère de côté et de laisser le temps faire son travail. Il a macéré dans cette rage pendant trop longtemps. Et l'inquiétude qu'il ressent pour son fils lui permet paradoxalement de voir les choses de manière plus claire.
- Bon, reprend Aarch en se raclant la gorge. As-tu une idée d'où il pourrait être ?
- Non, absolument aucune. Je ne sais même pas le nom de ses amis. Il n'est pas très bavard.
- On prend ma voiture, on va ratisser le secteur, il faut absolument qu'on le retrouve avant la tempête qui s'annonce.
Comme s'il avait attendu ces mots, le vent se lève et la chute de neige redouble d'intensité.
°OoooO°
- Rocket !
La voix de Tia résonne entre les parois de l'entrepôt désaffecté. Il fait sombre et froid, et la jeune fille ne sait pas si les frissons qui lui échappent sont dus à l'air glacé ou à l'atmosphère glauque de l'endroit.
Rocket lui a montré cette ancienne usine la semaine passée alors qu'ils avaient une pause. Il lui a avoué qu'il vient là de temps en temps pour évacuer sa colère. Avec le noir, cependant, la blonde n'est pas sûr de retrouver son chemin au travers des nombreuses machines. Les silhouettes se dressent de façon effrayante, et Tia s'insulte d'être partie sans réfléchir. Elle est presque certaine de trouver son ami ici, mais elle aurait dû au moins s'équiper d'une lampe torche. Et de gants. Elle ne sent plus ses doigts. Traverser la ville en courant sous la neige pendant une bonne demi-heure l'a peut-être réchauffée, mais maintenant, sa transpiration se glace dans son cou.
Le vent s'est levé et il fait vibrer la tôle avec un bruit angoissant. Elle doit trouver Rocket, sinon elle va finir congelée. Après avoir traversé deux salles gigantesques et tourné autour de nombreuses machines pendant un long moment, elle est incapable de retrouver son chemin vers la sortie. Alors elle continue d'avancer, se prenant les pieds dans des chaînes qui traînent ça et là et sursautant quand les bourrasques se font plus fortes.
- Rocket !
Son cri est inquiet. Pour elle comme pour lui. Elle doit bien s'avouer qu'elle est aussi perdue que lui, maintenant. Et elle aimerait bien le voir arriver avec une cape et sur le dos d'un cheval blanc pour la sauver.
Continuant à marcher puisqu'elle n'a que ça à faire, elle essaie de répéter les partitions qu'elle a travaillées aujourd'hui. C'est une technique qui lui a toujours permis de se calmer avant, et elle doit avouer qu'elle se sent un peu mieux. Perdue dans son inconscient, elle n'entend plus le vent qui cogne contre la tôle. Elle n'entend pas non plus tout de suite le bruit beaucoup plus fort qui commence à s'élever de façon régulière.
Quand il passe sa bulle mentale, cependant, elle sursaute encore plus que les autres fois. Et puis un intense soulagement la traverse. Si intense qu'il lui coupe les jambes. C'est lui. Ça ne peut être que lui. Pourvu que ce soit lui. Sans plus faire attention aux silhouettes menaçantes qui l'entourent, elle se précipite vers l'origine du son. En chemin, elle se cogne la hanche sur un bras mécanique qui dépasse, mais tout à son soulagement, elle ne prend pas garde à la douleur.
- Rocket ! hurle-t-elle une nouvelle fois en poussant la porte face à elle.
La lumière qui illumine ce qui devait être un ancien bureau la prend par surprise, et elle ferme les yeux. Elle entend un ballon rebondir sur le mur à côté d'elle et se fige. Le bruit de surprise que fait Rocket au moment où il la voit lui fait ouvrir les yeux. Il la regarde comme si elle était sortie de nulle part – ce qui n'est pas vraiment faux.
- Tia ? demande-t-il, à moitié certain d'être sujet à une hallucination. Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je suis venue te chercher, bougre d'idiot !
L'insulte le fait hausser les sourcils. Depuis qu'il la connaît, il n'a jamais entendu la jeune fille jurer.
- Pourquoi ? fait-il bêtement, toujours surpris.
- Parce que tout le monde s'inquiète, qu'est-ce que tu pensais ? On doit rentrer maintenant, ou on va être coincés, la tempête se lève.
- Hein ? Quelle tempête ?
- Tu ne regardes jamais les informations ? Ils annoncent une tempête de neige exceptionnelle depuis au moins trois jours ! Ton père se fait un sang d'encre. J'ai l'impression d'avoir mis des heures à te trouver !
Le débit de Tia a sensiblement augmenté avec l'inquiétude. C'est la première qu'elle parle autant, et si vite. Il s'approche d'elle pour lui poser une main apaisante sur l'épaule avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Ça fait effectivement plusieurs heures qu'il tape dans sa balle.
- C'est bon, ça va aller. Je prends mon manteau, et on y va. Comment tu es venue ?
- A pieds, bien sûr.
- D'accord, on sort d'ici et on avise. Je ne pense pas que les bus vont passer, si ce que tu dis est vrai.
- Je suis gelée, il faut qu'on se dépêche de rentrer.
Effectivement, maintenant qu'elle le dit, Rocket constate qu'elle claque des dents et que ses lèvres sont bleues. Quand elle pose sa main sur la sienne, il sent qu'elle est glacée.
- Tu n'as pas pris de gants ?
- Je n'y ai pas pensé, j'ai juste...
- Tu vas t'abîmer les doigts.
- Ce n'est pas le moment d'y penser.
Le jeune homme la lâche pour aller récupérer son manteau, puis fouille dans une de ses poches et en sort ses gants, qu'il lui tend. Sans s'appesantir sur la signification de ce geste, qui n'en a peut-être même pas au demeurant, Tia enfile les gants et tourne les talons pour quitter la pièce.
Une fois dans la pénombre de l'usine, elle se ravise. Les hommes d'abord, pour changer. Rocket la devance, mais s'empare de sa main au passage. Autant la guider, puisqu'il connaît l'entrepôt comme sa poche. Le temps de traverser l'usine est considérablement réduit, et Tia se demande comment elle a pu passer autant de temps à chercher son chemin.
Arrivés devant la grande porte en tôle, Rocket lâche la main de son amie et appuie sur la poignée pour l'ouvrir... mais rien ne se passe. Pesant de tout son poids sur le battant, il parvient à le faire bouger de quelques centimètres, mais un poids le fait se refermer immédiatement.
- La neige s'est amoncelée devant la porte, constate Tia. On ne va pas pouvoir sortir...
Sa voix sort tout bas, comme si elle était trop paniquée pour la faire porter. Rocket se doute que si ça avait été une toute autre fille, elle aurait déjà commencé à pleurer et crier. Mais Tia a toujours été dans la retenue. Ça ne le rassure pas, pourtant. La jeune fille tremble de partout et elle est pâle comme la mort. Il doit trouver un moyen de les faire sortir avant qu'ils aient trop froid.
Héhéhé voilà voilà, donc vous avez un cliffhanger tout pourri pour cette fin d'année. J'aurais pas le temps de poster avant le premier janvier, donc mon cadeau d'étrennes sera le prochain chapitre... Et vous savez quoi ? En février, j'ai une semaine de vacances que je vais passer à faire le tour de l'Ecosse ! En conséquence, c'était obligé, je m'arrête à Aberdeen, C'EST TROP COOL ! Je suis trop excitée, vous pouvez pas imaginer. Va falloir que je prenne plein de photos, que je prenne des notes, que je marche partout que je dorme dans les trains que je vais prendre pour avoir ma dose de sommeil, mais ça va être super génial. Ouhouhou !
Passez de bonnes fêtes de fin d'année, les copains, on se retrouve l'année prochaine !
