Coucou tout le monde ! Merci pour vos reviews, encore, contente de voir que mon histoire plaît toujours ! Et aussi plus ou moins sadiquement satisfaite que le petit cliffhanger vous ait interpelés ! :)
J'espère que le Père Noël vous a tous bien gâtés et que vous avez bien fêté la nouvelle année hier soir (personnellement, j'émerge tout doucement. La nuit au pub, c'est dur !) Comme promis, vos étrennes sont là, et ça annonce aussi la "mauvaise" nouvelle du "J'ai plus de chapitres en avance, donc il va se passer un temps indéterminé avant le prochain post". Désolée !
Bonne année à tous en tout cas, j'espère qu'il va vous arriver plein de trucs cools en 2014 ! A bientôt !
Date de publication originale : janvier 2014
Edit texte : mars 2020
Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube (à coller après l'adresse de ytb) : playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7
Enjoy !
- Alors, du nouveau ? demande Thran quand il voit Micro-Ice et D'Jok revenir.
Le jumeau venait juste de se débarrasser de son manteau quand les garçons ont passé la porte. Ils secouent tous les deux leurs blousons sur le seuil avant de se dépêcher de fermer le battant. Le temps ne s'est pas amélioré, au contraire, et la neige tombe drue dehors.
- Avec les bourrasques, on voit pas à cinq mètres, fait Micro-Ice. Je suis rentré dans D'Jok sur le chemin de la Faculty, et pourtant avec ses cheveux orange, il est facile à repérer.
- Les recherches n'ont rien donné pour moi non plus, déplore le fameux rouquin. J'espère qu'il est à l'abri, parce que sinon, il va crever de froid. T'as eu des nouvelles, Ahito ?
- Non. Et Tia n'est pas revenue non plus.
- Alors on a deux disparus dans la nature, soupire Thran. Génial. J'espère qu'elle l'a retrouvé et qu'ils sont ensemble, au moins.
Le brun se dirige vers le téléphone pour appeler Aarch. Peut-être que lui a eu plus de chance. En composant le numéro, il ne peut pas s'empêcher de penser qu'il n'imaginait pas Rocket si dramatique.
- Aarch ? C'est Thran. On a quadrillé le quartier autant qu'on a pu, mais on a rien trouvé. Et le temps se dégrade.
- Merci Thran. Je suis avec Norata en voiture, mais on ne voit pas grand chose non plus.
- Ah, Tia manque à l'appel aussi.
- Génial. Manquait plus que ça... Bon, restez à la Faculty, pas la peine que vous attrapiez tous une pneumonie. C'est l'heure du dîner, en plus. Essayez de faire sortir Clamp de sa grotte et préparez à manger. J'essaie de revenir avec nos deux fugueurs dès que je les trouve.
Le déclic qui signifie la coupure de la ligne résonne comme un "si je les trouve à temps" aux oreilles de Thran.
- Alors ? interroge D'Jok.
- On attend. Et on prépare le repas. Ahito, tu voudrais aller chercher Clamp ? Il ne doit pas être au courant.
- Des pâtes carbo, ça vous va ? Demande Micro-Ice en se dirigeant vers la cuisine et en se retroussant les manches.
Se sentir inutile, très peu pour lui. En plus, il adore cuisiner.
°OoooO°
- Alors ? demande Norata dès qu'Aarch a raccroché.
- Mauvaise nouvelle. Les garçons sont rentrés bredouille et une de mes musiciennes qui était partie à la recherche de ton fils est absente aussi. Espérons qu'elle l'a retrouvé et qu'ils sont ensemble, je n'aimerais pas avoir à la chercher en plus. Et je n'ai jamais vu ses parents, alors j'aimerais autant éviter de les prévenir d'une nouvelle pareille.
- Tu crois qu'on devrait appeler la police ?
- Ils ne vont rien faire avant la fin de la tempête, et ça risque de s'ébruiter auprès de la presse. Je t'avoue que l'idée ne me tente pas trop...
Le silence retombe dans l'habitacle de la voiture, accompagné du bruit des essuie-glaces à pleine puissance qui peinent à chasser la neige. Si les deux hommes ne connaissaient pas aussi bien la ville, ils auraient pu quitter la piste sans s'en rendre compte, tellement la couche de neige sur la route est épaisse.
- Peut-être qu'on devrait attendre, nous aussi, déclare Norata au bout d'un moment. Pas que ça m'enchante, mais on ne voit rien, et à ce rythme, on va finir par rester coincés dans la neige.
Aarch ne répond rien. Il sait que ce n'est pas raisonnable, mais il ne veut pas abandonner. Pas cette fois. Ils sont dans une zone industrielle désaffectée qui n'a pas servie depuis plus de trente ans. Quand ils étaient jeunes, ils avaient l'habitude de traîner dans les environs. Ils avaient même installé leurs quartiers dans une vieille usine au bout de la route, avant que la police les en déloge.
Secouant la tête, il chasse ses vieux souvenirs et s'apprête à faire demi-tour. Ce n'est pas ici qu'ils les trouveront. En espérant qu'ils soient ensemble, fait une petite voix dans sa tête.
°OoooO°
Rocket cherche une issue pendant que Tia sautille sur place en essayant de se réchauffer. La panique monte de son côté aussi, et il a du mal à penser clairement. Il a essayé plusieurs fois de se jeter contre la porte, mais elle n'a quasiment pas bougé, se refermant dans un claquement cynique, comme si elle se moquait de ses efforts.
- I-Il... d-doit bien-en... y a-a-avoir une iss-ssue de... sec-cours, marmonne Tia en claquant des dents avec un bruit effroyable.
- La porte va être coincée par la neige aussi, répond sombrement Rocket.
Il se passe une main sur le visage et lève les yeux au ciel, s'adressant à il ne sait trop quel dieu pour qu'il lui vienne en aide. Répondant à son appel ou non, l'illumination lui vient. Pris par son épiphanie, il ne prend pas le temps de parler à Tia et se dirige vers des caisses métalliques qui s'amassent contre un mur.
- Q-Qu'est-ce q-que tu-u fais ? Demande la blonde en le regardant s'agiter.
- Aide-moi à déplacer les caisses sous la fenêtre. On va essayer de casser un carreau pour sortir par là.
La jeune fille hoche la tête, pas rassurée, mais c'est leur seule solution d'évasion. Et puis bouger un peu ne lui fera pas de mal, au contraire, elle sent ses bras s'engourdir.
Les caisses sont lourdes, mais à eux deux, ils parviennent à les empiler assez haut pour atteindre la fenêtre. Rocket en pousse encore trois histoire de leur aménager un escalier et trouve une clé anglaise toute rouillée par terre. Utile pour casser le carreau.
- Je monte en premier, dit-il. Quand la vitre sera cassée, rejoins moi.
Tia ne répond rien. Elle s'est un peu réchauffée, mais l'effort l'a épuisée. Elle n'ose pas penser à ce qui les attend après. Rocket semble avoir oublié que sortir de l'usine n'est pas leur seul problème. Certes, c'est le plus urgent, mais ce ne sera pas fini après ça. Il leur faudra encore marcher dans la tempête. A l'idée, la jeune fille sent ses jambes la lâcher. C'est quand Rocket appelle son nom qu'elle se rend compte qu'elle est tombée à genoux par terre.
- Allez Tia, on y est presque, me lâche pas, supplie-t-il. Protège-toi, je vais casser le carreau.
Mettant son bras gauche en travers de son visage, le garçon donne un grand coup dans la vitre qui explose en mille morceaux.
Les éclats partent dans toutes les directions et Tia se recroqueville au sol. Quand elle ose relever la tête, Rocket est en train de déblayer le rebord de la fenêtre à mains nues. Il donne de nouveau quelques coups de clé pour éliminer les derniers morceaux de verre sur le montant, et il appelle la jeune fille, qui s'empresse de le rejoindre sur la caisse. Un sentiment de vertige la prend et elle se concentre une nouvelle fois sur la musique pour ne pas perdre pied.
- Je vais sauter en premier, annonce Rocket en jetant un coup d'œil à l'extérieur. La neige va amortir notre chute et je te rattraperai, d'accord ?
Sa voix est douce, comme s'il s'adressait à un petit animal apeuré, ce qu'elle est sans doute. Elle fait un petit bruit pour assurer son accord et il lui caresse le visage inconsciemment. Quand il s'en rend compte, il ôte brusquement sa main en rougissant.
- Bon, j'y vais, la prévient-il en se raclant la gorge.
Prenant garde à ne pas se cogner sur les fragments qu'il n'a pas pu enlever, il se jette dans le vide. La chute est moins haute qu'il pensait. Quand il parvient à s'extirper du tas de neige qui le retenait prisonnier, il lève la tête. Il peut à peine percevoir la chevelure blonde de son amie. Mettant ses mains en porte voix, il lui hurle de sauter. Pour être honnête, il n'est même pas sûr qu'elle l'ait entendu, mais il attend en croisant les doigts.
Finalement, elle tombe juste à côté de lui et il l'aide à sortir de la neige.
- Maintenant, il faut qu'on trouve la route.
Tournant les talons, il avance tant bien que mal dans la neige qui lui arrive presque à la taille. Il déblaie le chemin pour Tia, mais elle semble peiner derrière lui. Une pointe de culpabilité le traverse. Tout ça, c'est de sa faute.
Chassant ses pensées, il se laisse guider par l'adrénaline qui le maintient debout et continue d'avancer.
Une éternité plus tard, quand il se retourne, il constate qu'ils ont à peine progressé d'une dizaine de mètres, et Tia est de plus en plus fatiguée. Il s'empare une nouvelle fois de sa main gantée et la serre fort. Reprenant sa marche, il la tire plus qu'autre chose. Il doivent trouver cette foutue route. Et une voiture, éventuellement. Mais qui serait assez fou pour braver une tempête pareille ?
°OoooO°
- Il faut faire demi-tour, Aarch. La neige va finir par nous coincer.
- Je sais, je voulais juste...
Aarch ne finit pas sa phrase. Il ne sait pas exactement ce qu'il voulait. Il ne sait même pas pourquoi ils se sont dirigés vers la zone industrielle, en premier lieu. Qu'est-ce que Rocket aurait bien pu faire ici ? Stoppant le 4x4 et se bénissant pour avoir investi dans un engin pareil, il entame sa manœuvre de demi-tour. Une fois en face des traces qu'ils viennent de laisser, il s'engage dessus. Il faut qu'ils profitent des rails avant qu'ils s'effacent.
°OoooO°
Rocket s'inquiète de plus en plus quand il sent le poids de Tia s'accentuer. Malgré le bruit de la tempête, il entend ses dents claquer et il pense qu'elle va finir par se casser la mâchoire. Sa main paraît plus molle, il la serre encore plus fort.
- Rocket, je vois une lumière.
- Déconne pas, Tia, t'es pas encore morte. Pas si je peux y faire quelque chose.
- Mais non, il y a de la lumière là-bas, je crois que ce sont des phares.
Le garçon plisse des yeux pour distinguer quelque chose devant lui, et voit effectivement deux points rouges, qui semblent s'éloigner. Plein d'espoir, il reprend des forces et accélère du mieux qu'il peut, traînant Tia dans son sillage.
Il sent quand il atteint enfin la route : La neige est plus meuble et moins haute, et il peut se mouvoir plus facilement. Pas beaucoup plus, mais cette constatation lui remonte le moral. Il se débat plus rapidement et suit les lumières des yeux. Quand il comprend que les phares s'éloignent, il se met à hurler, accélérant encore.
°OoooO°
- Tu n'as rien entendu ? demande brusquement Norata.
- Non, quoi ?
- Je sais pas, j'ai eu l'impression d'entendre quelqu'un crier...
- Avec ce temps, ça m'étonnerait qu'on entende même un ours devant le pare-brise.
- Je ne sais pas... Oui, tu as raison.
Le silence retombe, mais les deux hommes tendent l'oreille et Aarch ralentit. Norata fixe le pare-brise arrière comme s'il voulait un mettre le feu par la force de son regard.
Puis ils entendent tous les deux un bruit ténu. Ils échangent un regard.
- Tu as entendu, cette fois ?
Aarch hoche la tête, et avant qu'il ait pu dire quelque chose, Norata s'est rué dehors, laissant le vent et la neige s'engouffrer dans l'habitacle. Le producteur reste au volant, prêt à repartir dès que Norata sera remonté. Norata et les gosses, ne peut-il s'empêcher d'espérer.
°OoooO°
- La voiture s'est arrêtée, observe Rocket avec un grand sourire. Quelqu'un sort, on est sauvés, Tia !
Son sourire s'efface quand il voit l'état de son amie. La neige dans ses cheveux et collée à ses cils et sa peau translucide ne font plus ressortir que ses lèvres violettes. Elle est à bout de force, et ses paupières sont quasi closes. Il la prend dans ses bras et continue à avancer vers la voiture. Une silhouette court dans les rails qu'a créé la voiture, criant son nom. Le garçon reconnaît la voix de son père malgré le vent et le soulagement qui le prend lui donne envie de pleurer.
- Papa ! hurle-t-il en avançant le plus rapidement possible avec son précieux chargement.
Quand Norata le rejoint enfin, il ne parle pas, le regarde à peine, trop inquiet quand il voit qu'il porte son amie. L'homme prend l'adolescente dans ses bras et fait demi-tour pour rejoindre la voiture au plus vite, certain que son fils le suivra.
Une longue minute plus tard, ils sont enfin tous dans la voiture, et Aarch enclenche le chauffage au maximum. Le vrombissement de la ventilation apaise Rocket sur le siège passager. Norata est monté derrière avec Tia, et il a retiré son manteau trempé pour pouvoir la frictionner et la réchauffer. L'adolescent a très envie de s'endormir, rassuré et soulagé par la fin heureuse de leur aventure, mais il est inquiet pour son amie, et ne peut pas la quitter des yeux. Il l'appelle doucement, espérant qu'elle est toujours consciente.
Finalement, la jeune fille papillonne des yeux et se redresse légèrement.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-elle avec une voix rauque.
- Aarch et mon père nous ont retrouvés. On rentre à la maison.
- Où on va pouvoir vous passer un savon, termine Norata avec une voix qui ne signifie rien de bon.
Une fois le soulagement d'avoir retrouvé les enfants passé, les deux adultes, surtout le plus vieux, ont retrouvé leurs moyens. Pas question que Rocket s'en sorte impunément, et là-dessus, Aarch n'a rien à redire. Ceci dit, pour l'instant, le plus important est de rentrer au chaud pour que Tia puisse prendre un bon bain et un comprimé d'aspirine, qui ne sera pas de trop. Il est plus que probable qu'elle attrape une grippe carabinée.
Aarch tire son téléphone de sa poche et le tend à Rocket :
- Appelle la Faculty, s'il te plaît, tu vas pouvoir rassurer tout le monde sur ton état et celui de Tia.
- Quoi ?
- Tu pensais quoi, en disparaissant comme ça ? Tout le monde est en émoi là-bas, les garçons sont allés te chercher. Je suis sûr qu'ils attendent de nos nouvelles depuis une éternité.
- Mais je...
- Je n'appellerai pas, je conduis, déclare Aarch d'un ton sans appel. Et puis considère ça comme une partie de ta punition. Assume tes bêtises.
Rocket fixe un instant le profil impassible de son oncle, puis voyant qu'il ne changera pas d'avis, il se penche sur le téléphone. Certes, il l'a bien mérité, mais il ne voit pas trop ce qu'il pourrait dire aux autres... Il ne pensait pas qu'ils s'inquiéteraient, après tout, ils ne sont pas vraiment proches. Appuyant sur le petit téléphone vert, il écoute la tonalité retentir à son oreille.
- Aarch ? répond une voix jeune à son oreille. Ahito ou Thran, sans doute. On n'a toujours pas de nouvelles, vous les avez trouvés ? Clamp se fait un sang d'encre depuis qu'on l'a prévenu. Mei a fait couler un bain pour Tia et on a mis la cheminée en route... La tempête a encore forci. Si vous ne les retrouvez pas maintenant...
Rocket ne sait pas comment interrompre son camarade, son... ami ? Et se sent de plus en plus mal.
- Aarch ? appelle la voix de plus en plus inquiète.
- C'est...
Le garçon s'interrompt pour racler sa gorge nouée.
- C'est Rocket.
- Rocket ? Ah génial ! Tia était avec toi, j'espère ?
- Oui, elle... elle est dans la voiture avec nous.
- Les gars, lui parvient la voix étouffée à l'autre bout du fil, comme si on essayait de boucher le micro, c'est Rocket. Tia et lui vont bien, il sont en chemin !
Des exclamations feutrées retentissent et il entend même vaguement la voix de Micro-Ice – ça ne peut-être que lui – annoncer que ça tombe bien puisque le repas est prêt.
- On vous attend, alors, reprend le jumeau qui lui a répondu. Faites attention sur la route !
Rocket garde le téléphone contre son oreille bien après que la ligne a été coupée. Un sentiment chaleureux s'empare de lui, vite remplacée par une honte cuisante. Il jette un coup d'œil à son oncle, qui fixe toujours la route, puis se retourne pour voir son père discuter à voix basse avec Tia. Il ne sait pas de quoi ils parlent, mais il comprend la manœuvre : Tia ne doit pas s'endormir tout de suite. Elle doit se réchauffer de façon efficace avant. Et changer de vêtements. La culpabilité le submerge un peu plus. Il a vraiment fait une sacrée connerie.
°OoooO°
Quand Thran raccroche, tout le monde improvise une petite danse de la joie. Sauf bien sûr Mei et Sinedd, pour changer. Mais tous voient bien que la jeune fille est soulagée. À sa manière, elle aussi s'est inquiétée pour ses partenaires, surtout Tia. Même si ce n'est pas la grande amitié entre elles, elles sont arrivées à un stade d'entente cordiale et d'habitude. Tia n'est pas quelqu'un de particulièrement embêtant, elle est même plutôt facile à vivre.
Sinedd, qui a été prévenu en même temps que Mei quand il est remonté du sous-sol, reste plutôt froid. Bien sûr, il n'a jamais souhaité de mal au batteur ou à la violoniste, mais sincèrement, il s'en fiche un peu. Après tout, il n'avait qu'à pas faire sa diva. Enfin, avec un peu de chance, d'ici une demi-heure, ils pourront manger. Il commence à être affamé, et le fumet qui s'échappe de la cuisine est terriblement alléchant. Il ne savait pas que Micro-Ice était doué en cuisine...
°OoooO°
Enfin arrivés dans le garage, Aarch coupe le moteur de la voiture, pendant que Norata tapote l'épaule de Tia. Il l'a finalement laissée s'assoupir quelques minutes, certain qu'elle était assez réchauffée. Elle a repris quelques couleurs aux bons endroits et en a perdu aux mauvais. Ses lèvres ne sont plus aussi bleues et sa peau a repris sa teinte normale.
- Terminus, tout le monde descend, soupire Aarch, pris de fatigue, lui aussi.
Norata détache la ceinture de sa voisine qui a du mal à émerger et s'extirpe de l'habitacle, tout comme Aarch qui va ouvrir la portière à sa musicienne. Seul Rocket reste figé à sa place, toujours attaché. Il est mortifié pour tout ce qui a pu arriver par sa faute. Quand Tia geint, il sursaute et s'active enfin. Il sort brusquement prenant à peine le temps de décrocher sa ceinture et fait le tour de la voiture pour voir ce qui ne va pas.
Tia a du mal à marcher, prise d'une douleur à la hanche. Quand elle soulève son t-shirt, tous peuvent voir l'immense ecchymose d'un bleuâtre à vomir.
- Comment tu t'es fait ça ? demande Aarch, inquiet.
- Je crois que je me suis cognée, mais je n'avais pas mal avant...
- Le froid a dû servir d'anti-douleur, observe Norata, mais comme tu t'es réchauffée rapidement, c'est revenu d'un coup. Tu vas prendre un bain et te changer pour être sûre d'être bien au chaud, et après, on mettra de la crème et de la glace, okay ?
- D'accord. J'avoue que je ne suis pas contre le fait de faire trempette.
Tous les quatre quittent le garage pour enfin entrer dans la maison dans laquelle il règne une chaleur confortable. Les autres occupants ont entendu la voiture et attendent impatiemment de voir leurs survivants. Quand enfin ils se présentent devant eux, tout le monde applaudit et s'en donne à cœur joie, sans même remarquer que Tia s'appuie lourdement sur Rocket.
- Vous arrivez au bon moment, les salue Micro-Ice, j'allais mettre les pâtes à cuire. Il vous reste vingt minutes pour prendre une douche.
- Je t'ai préparé un bain, Tia, ajoute Mei avec un petit sourire.
- Rocket, tu n'as qu'à utiliser notre douche, propose Thran. Tu sais où c'est.
- Je viens avec toi, je vais te prêter des vêtements, on doit faire à peu près la même taille.
D'Jok, qui a parlé, ouvre le chemin aux deux rescapés, et Aarch leur emboîte le pas pour aller chercher la trousse de secours.
- Vous nous avez flanqué une sacré frousse, avoue le rouquin avec désapprobation. Si je peux me permettre, c'était franchement stupide de partir comme ça, surtout par ce temps.
- Ouais, je m'en suis rendu compte. Heureusement que Tia est venue me chercher... Enfin, elle ne se serait pas blessée sans ça.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demande D'Jok en constatant enfin que la jeune fille boitille douloureusement.
- Je me suis cogné la hanche contre je ne sais trop quoi. Je pense qu'avec l'adrénaline, je n'ai rien senti sur le coup, mais maintenant, ça fait franchement mal.
- J'espère que tu vas te remettre sur pieds rapidement, on a besoin de toi !
- C'est gentil D'Jok, sourit la blonde, mais ne t'inquiète pas, je peux toujours manier mon archet.
- Ouais, mais c'est mieux si tu tiens debout, plaisante-t-il.
Rocket laisse son amie à la porte de sa chambre et traverse la chambre de Micro-Ice et D'Jok qui lui passe des vêtements et une serviette pour qu'il puisse utiliser leur salle de bain commune.
Quand il descend dix minutes plus tard dans un confortable survêtement blanc et bleu un poil trop grand pour lui, tout le monde l'attend, installé autour de la grande table de la salle à manger. Il s'assoit sur un des deux sièges restés libres, et Clamp pousse vers lui une grande tasse fumante en lui ordonnant de boire. Au visage désapprobateur de Norata, ce n'est certainement pas de la médecine traditionnelle. Et son nez le confirme quand l'odeur de whisky chaud lui parvient au cerveau. Sans un mot, il gobe l'aspirine que lui tend son père et boit une première gorgée de hot whisky. Les agrumes lui agressent les papilles, mais le miel lui fait un bien fou à la gorge.
- C'est un remède qui a fait ses preuves, justifie Clamp. Y a que ça de vrai pour lutter contre une infection. Et si tu ne choppes ni la grippe ni une pneumonie, ce sera un miracle. J'ai préparé une tasse à Tia aussi, apparemment, elle n'a pas très bien résisté à la tempête.
- Heureusement qu'on est samedi, observe Micro-Ice avec un sourire, demain vous allez pouvoir rester au lit pour vous remettre.
- En espérant que ça suffise, grogne Norata à l'autre bout de la table.
- Votre fils peut rester ici si vous le souhaitez, offre Clamp. Il y a une chambre de libre.
- Je ne crois pas, non, répond abruptement le père de Rocket. On a des choses à se dire tous les deux, et j'aimerais autant le faire en privé.
- Rocket nous avait pas dit qu'il était le fils de Norata, au fait, intervient Micro-Ice en mettant les pieds dans le plat dans les grandes largeurs.
- Techniquement, si, objecte Thran. Il n'a juste pas extrapolé sur le fait que vous étiez le frère d'Aarch et un des guitaristes des Aber'dim.
- Sans doute parce que je ne souhaite pas en parler. Il aura au moins respecté un de mes souhaits.
L'ambiance s'est considérablement rafraîchie avec la tirade glaciale de Norata. Cette fois, tout le monde a compris qu'il ne fallait pas insister. Ça va certainement barder dans la chaumière des Johnstone ce soir... Heureusement, Tia arrive à ce moment-là suivie d'Aarch, qui s'installe en bout de table comme à son habitude. Tia se glisse donc à la dernière place disponible à côté de Rocket, qui observe avec joie qu'elle a bonne mine. Meilleure mine qu'une heure auparavant, en tout cas.
A son tour, elle reçoit l'ordre de boire la mixture de Clamp et s'exécute avec une grimace. Vu l'éducation qu'elle semble avoir, pas un ne doute que c'est la première fois qu'elle ingurgite une goutte d'alcool. Pourtant elle fait bonne figure, même si ses pommettes se colorent rapidement d'un rosé soutenu.
- Bon, fait Micro-Ice en bon préposé à la cuisine. Ça doit être prêt. Je ramène l'auge tout de suite.
Quelques minutes plus tard, il revient avec une casserole immense qu'il est obligé de tenir à deux mains.
- T'en as fait assez pour un régiment, rit Thran.
- Mais on est une armée ! Prêts à partir au front ! Notre premier live est dans un mois, ne l'oublions pas ! Il faut prendre des forces tant qu'on peut. Et puis y en a certains qui ont bravé les éléments, aujourd'hui. Personnellement, je suis affamé. Je me réserve la moitié du plat.
Sur les dires du petit brun, tout le monde éclate d'un rire bon enfant et l'ambiance se détend largement. Chacun tend son assiette à Micro-Ice, qui s'applique à servir une large portion aux survivants.
Une fois tout le monde servi, ils commencent à manger et arrêtent toute discussion pour savourer la cuisine. Ce ne sont que de bêtes spaghettis à la carbonara, mais ils ont un goût délicieux.
- Tu devrais jouer les cuistots plus souvent, Mice, finit par dire Ahito. Pas que la cuisine de Clamp est mauvaise, hein, mais bon.
- Espèce d'ingrat, grommelle Clamp sans lever les yeux de son assiette : Après tout, c'est vrai que c'est bon.
Une fois tout le monde rassasié, les discussions reprennent avec vigueur. Sinedd a demandé quelques renseignements à Rocket à propos d'un nouveau morceau qu'il voudrait composer, et Mei discute école avec Tia. Thran est encore parti dans une grande discussion informatique avec Clamp, pendant que ses trois amis complotent à voix basse dans leur coin. Aarch, lui, observe tout son petit monde avec un sourire satisfait.
Norata n'a pas pris la parole de tout le repas et regarde son fils interagir avec le grand brun à l'allure sombre qui est à côté de lui. Il doit bien avouer qu'il voit Rocket d'une façon différente, maintenant qu'il se retrouve confronté à la réalité. Le garçon a tellement l'air dans son élément, ici. Il resplendit dans son débat enflammé sur telle ou telle technique, tel ou tel rythme. Il se revoit avec vingt ans de moins, quand il avait ce genre de discussions avec son frère jusqu'au bout de la nuit. Combien de fois leurs parents, lorsqu'ils habitaient encore chez eux, se levaient la nuit pour les trouver devant la cheminée, exactement à l'endroit où ils les avaient laissés en allant se coucher.
Il se rappelle le discours de leur propre père quand ils s'étaient lancés dans l'aventure Aber'dim. Un discours pas si différent de celui qu'il a sorti à son fils, en fait. Et il se souvient de sa propre réaction, sa colère contenue, son désir d'accomplir ses rêves malgré tout. Aarch l'avait aidé à prendre sa décision, aussi. Étonnamment, quand ils étaient jeunes, Aarch était beaucoup plus impulsif que lui. Privilège du cadet, sans doute. Quand son petit frère s'était jeté à corps perdu dans la musique, il l'avait suivi, histoire de garder un œil sur lui pensait-il hypocritement.
Rocket a eu du courage pour s'opposer à lui de cette manière. Et il est passionné, plus encore que lui, certainement. Comment aurait-il pu lui cacher son goût pour la musique aussi longtemps, sinon ? Malgré toutes les remarques qu'il a pu faire, malgré toutes les barrières qu'il a pu mettre en travers de son chemin, il les a toutes surmontées. En voyant son fils aussi heureux, il est enfin convaincu qu'il ne pourra rien faire pour l'arrêter. Et il ne sait même plus s'il en a envie.
- Ça vous dit de faire écouter notre reprise à Norata, les gens ? propose Micro-Ice avec enthousiasme.
C'est donc ça qu'ils complotaient dans leur coin... Rocket jette un coup d'œil anxieux à son père, qui sourit en se levant.
- Une autre fois, peut-être, dit-il avec moins de froideur dans la voix, mais ce soir j'ai une discussion à avoir avec mon fils et certains devraient aller se coucher.
Tous suivent son regard pour découvrir une Tia avachie sur la table, marmonnant des réponses de plus en plus incompréhensibles à sa colocataire. Cette attitude lui ressemble tellement peu que tous s'autorisent un sourire avant de se lever. Mei secoue l'épaule de la blonde et l'aide à se lever pour l'accompagner à leur chambre, souhaitant une bonne nuit à tout le monde.
Le quatuor s'empresse de débarrasser la table, aidé par Clamp et Aarch, alors que Sinedd a disparu.
- Tire au flanc, marmonne Micro-Ice, sachant que son ennemi est descendu au sous-sol pour composer.
Norata serre chaleureusement la main de son frère, puis s'apprête à partir... Avant de se souvenir qu'il n'a pas de voiture, et que la tempête fait toujours rage.
- Euh... En fait, on va peut-être rester là, remarque-t-il, embarrassé.
Aarch additionne deux et deux et comprend aussitôt. Une hilarité irrépressible le traverse de part en part et il éclate de rire. Clamp le regarde d'un air étonné avant de saisir à son tour. Pris de pitié pour le pauvre homme qui se balance d'un pied sur l'autre avec un air gêné, il prend la parole :
- La proposition tient toujours. Il y a une chambre libre à l'étage avec des draps propres et ce qu'il faut pour la nuit. Vous pouvez y rester jusqu'à demain.
- Merci Clamp. Rocket, debout. On a une conversation en attente.
Le jeune homme rentre la tête dans ses épaules et se dirige à l'étage avec l'air d'un condamné qui part à l'échafaud. Arrivé dans la chambre, il s'assoit sur un des deux lits et attend le juge qui viendra lui annoncer sa sentence. Intentionnellement ou pas, Norata le fait cruellement attendre.
Quand enfin son père arrive, Rocket s'est relevé et a commencé à faire les cents pas. Il regarde Norata fermer soigneusement la porte et s'arrête en fermant les yeux, attendant que la tempête se déchaîne. Au bout de quelques secondes, pourtant, rien ne se passe, et il s'aventure à desserrer les paupières.
Son père est toujours là, mais il s'est assis sur le deuxième lit, penché en avant, les coudes sur ses genoux, en proie à un visible conflit intérieur.
- J'avais peut-être tort, finit-il par admettre.
- Quoi ?
- J'avais tort de t'interdire de faire de la musique. J'aurais dû me rendre compte à quel point ça te tenait à cœur. Je n'ai fait aucun effort toutes ces années, et j'en suis désolé.
- C'est... inattendu. Ça veut dire que tu es d'accord pour que je continue ?
- Ça veut dire que tant que c'est un bonheur pour toi, alors je n'ai pas le droit de t'empêcher de t'épanouir.
Rocket s'affale sur le matelas en face de son père et le regarde avec des yeux ronds. Le revirement de situation le laisse pantois.
- Cependant, reprend Norata, tu dois bien comprendre tout ce que ça implique. Maintenant, tu es engagé dans un projet qui te dépasse, et il y a des choses que tu ne pourras plus maîtriser. Tu vas être obligé de faire des concessions, et tu vas sans doute te retrouver dans des situations délicates plus qu'à ton tour. Tu devras y faire face. Ce n'est plus seulement un jeu.
- Je sais...
- Tu sais peut-être, mais tu ne comprendras pas tout de suite. Quand ça te tombera dessus, tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu.
- D'accord.
- J'accepte que tu fasses partie de ce groupe. C'est tout ce que je peux t'offrir pour l'instant. Je ne t'encouragerai pas.
- C'est déjà plus que ce que j'osais espérer.
- Encore une fois, tu dois bien comprendre que des épisodes comme ta petite fugue d'aujourd'hui ne doivent plus se reproduire. Jamais. Si on avait dû faire appel aux autorités ou si ton amie avait été blessée, l'image du groupe en aurait pâti avant même de s'être construite. Et je t'assure que ce n'est pas comme ça que vous voulez entrer dans le milieu.
- Je n'y ai pas pensé, je...
- C'est ça que je te reproche, Rocket. Tu n'as pas pensé. Tu n'as pas réfléchi. Tu as mis la vie d'une autre personne en danger et tu as failli saboter ton avenir et celui de tes camarades.
- Je...
- Il n'y a rien à ajouter. Tu resteras à la maison jusqu'à nouvel ordre et tu n'en sortiras que pour les répétitions et le lycée. C'est ta punition. Et crois-moi, je fais preuve d'une clémence extrême, parce que je sais que tu te puniras suffisamment tout seul.
- Je suis désolé.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire. J'aimerais éventuellement que tu t'excuses auprès de tes coéquipiers, mais je pense que tu l'aurais fait de toi-même. Je sais que tu es quelqu'un de responsable, j'ai confiance en toi. J'ai aussi ma part de responsabilités dans l'incident de ce soir et je ne m'y soustrairai pas. Mais je te mets en garde : Si jamais ce genre de chose se reproduit, j'irai moi-même faire une déclaration à la presse, et vous pourrez dire adieu à votre carrière. Tous.
- D'accord. Très bien.
- Maintenant, on va dormir, parce que honnêtement, je suis épuisé, et tu as aussi besoin de repos, en espérant que tu ne tombes pas malade.
Rocket hoche la tête et se lève pour préparer son lit. Il s'estime plutôt heureux de la tournure de la conversation, même si son père n'a pas été très tendre. Au moins, il lui a parlé comme a un adulte. Il lui a accordé sa confiance. Peut-être qu'un jour il viendra le voir à un concert, qui sait ? Maintenant, il y a de l'espoir.
°OoooO°
Mei se retourne dans son lit, peu certaine de savoir ce qui l'a réveillée. Une chose est sûre, cependant : le soleil n'est certainement pas levé et on est dimanche matin, donc elle risque d'égorger l'importun. Elle met sa tête sous son oreiller et s'enroule dans sa couette en espérant se rendormir, mais bien entendu, rien ne vient. D'autant plus qu'elle est de plus en plus énervée, ce qui n'arrange rien à l'affaire. Et puis maintenant, c'est sa vessie qui se manifeste. Soupirant, elle se redresse en jetant son oreiller à l'autre bout de son lit. Elle se dirige vers la salle de bain au radar, sans prendre garde à ce qui l'entoure. En ressortant, pourtant, elle est beaucoup plus alerte et comprend que Tia ne va pas bien. Elle se rapproche du lit de sa colocataire qui gémit et semble cracher ses poumons. Posant une main sur son épaule, elle la trouve chaude et essaie de la réveiller sans succès.
La jeune fille commence sérieusement à s'inquiéter quand elle allume la lumière et constate que Tia est suante et délirante de fièvre. Une nouvelle fois, elle tente de la réveiller sans y parvenir. Complètement éveillée maintenant, elle se précipite vers l'interphone au fond du couloir et y appuie plusieurs fois de toutes ses forces. Au bout d'un temps qui lui semble infini, la voix pâteuse d'Aarch finit par répondre.
- Aarch, il faut que tu descendes, Tia est malade comme un chien, je n'arrive même pas à la réveiller.
- Quoi ? bredouille le producteur toujours dans les brumes du sommeil. J'arrive, prépare une bassine d'eau fraîche.
Mei retourne dans sa chambre, où Tia a à peine bougé et va dans la salle de bain pour récupérer un gant propre et un récipient qu'elle remplit d'eau froide. Vu la fièvre que se paye sa colocataire, il faudrait carrément la mettre dans un bain glacé, et la brune considère qu'elle a déjà assez pris l'eau pour l'année. Sans tergiverser d'avantage, elle tamponne le front de la blonde en croisant les doigts pour qu'elle ne soit pas à l'article de la mort.
Quand Aarch débarque, elle a fait dériver le gant froid dans le cou et la nuque de sa camarade pour essayer de la rafraîchir au maximum. Le producteur insère un thermomètre dans l'oreille de la malade. Quelques secondes plus tard, le verdict tombe : trente-neuf degrés largement passés.
- Il faut qu'on l'emmène à l'hôpital ! s'inquiète Mei.
- Il faudrait que j'appelle ses parents, pour ça...
- Alors appelle-les ! Ils ne verront pas d'inconvénient à ce que leur fille soit soignée, bon Dieu !
- Tia ne m'a pas donné leur numéro. Elle a dit qu'elle le ferait, mais j'attends toujours. Je vais chercher dans l'annuaire. Qu'est-ce que c'est son nom ?
- Qu'est-ce qui se passe, ici, interrompt la voix grave de Norata en passant la porte.
- Tia est malade à crever, résume crûment Mei.
- Rocket n'est pas en super forme non plus, je lui ai donné un nouvel aspirine.
- Je doute que ce soit pire que Tia, ricane la brune. Elle a plus de trente-neuf de fièvre et elle ne se réveille pas.
- On ne peut pas l'emmener à l'hôpital, grimace Aarch en jetant un regard sombre à son frère, qui hoche la tête.
- Alors l'hôpital va venir à elle. Il n'y a un téléphone qu'en bas ? Je vais passer un coup de fil, je reviens.
- On ne peut pas juste lui donner deux aspirines et attendre, s'énerve Mei. Elle va choper la mort si on attend trop longtemps.
- Norata s'en occupe, Mei, calme-toi, tempère Aarch en lui prenant le poignet.
La jeune fille s'apprête à tempêter, mais la poigne de l'homme se resserre sur son bras et elle croise son regard sérieux. Ce n'est pas une requête, c'est un ordre.
- On va essayer de faire en sorte que sa température n'augmente pas plus en attendant le médecin. Je vais chercher de la neige dehors, ce sera plus efficace que l'eau du robinet. Pendant ce temps, tu lui enlèves les couches de vêtements en trop, d'accord ?
Mei acquiesce plus calmement et Aarch la lâche doucement avant de se lever et quitter la pièce avec la bassine. En bas, il entend Norata raccrocher et va aux nouvelles.
- La tempête est terminée, ce qui est une bonne nouvelle, commence Norata. Cependant, les routes sont complètement enneigées, alors Dame Simbaï risque d'en avoir pour un moment. Elle avait tout ce qu'il fallait chez elle, donc elle fait aussi vite qu'elle peut, mais je doute qu'elle soit là avant une demi-heure.
- Dame Simbaï ? Ça fait une éternité que je ne l'ai pas vue. Je ne pensais pas que tu aurais gardé contact avec elle.
- Elle m'a beaucoup aidée avec ma main, et franchement, c'est un des meilleurs médecins que je connaisse.
Aarch sourit à son frère avant de retourner à sa tâche première. Lorsqu'il ouvre la porte d'entrée, il prend trente secondes pour s'émerveiller du paysage. Il fait encore nuit noire, il ne doit pas être plus de cinq heures du matin, et pourtant, il fait presque aussi clair qu'en plein jour. La surface blanche et brillante réverbère chaque rayon de lumière. Secouant la tête, il se penche pour récupérer une poignée de neige et referme la porte. Il faut parer au plus urgent.
°OoooO°
Une demi-heure plus tard, Mei est intenable. La fièvre de Tia a encore augmenté malgré leurs efforts et elle commence à délirer sérieusement. Elle semble s'arracher les poumons à chaque fois qu'elle tousse, ce qui rend la brune folle d'angoisse. Elle est à un doigt de charger sa colocataire sur son dos pour l'emmener elle-même à l'hôpital. L'attitude d'Aarch ne lui semble absolument pas responsable, et elle est prête à appeler ses parents. Sa mère est peut-être spéciale, mais elle ne laisserait pas une adolescente souffrir le martyr.
En fait, elle a descendu les escaliers à moitié sans s'en rendre compte quand elle constate l'agitation dans l'entrée. Norata est en train d'aider une femme à décharger un pick-up garé devant la maison.
- C'est pas trop tôt, accueille la jeune fille sans pouvoir s'en empêcher. Dépêchez-vous de monter, je vais aider Monsieur Johnstone à sortir vos affaires. Sa fièvre a encore monté.
La femme est d'abord très surprise par l'agressivité dont fait preuve l'adolescente en face d'elle. Mais elle comprend rapidement son anxiété. D'après Norata, la petite est brûlante de fièvre. Pour avoir souvent travaillé avec le milieu de la musique, Simbaï connaît bien son fonctionnement. En dehors d'histoires internes, il y a aussi une priorité absolue : Tout ce qui concerne les membres des groupes doit rester secret. Et vu comme Aberdeen est en émoi depuis le début de cette histoire avec Aarch, il est très probable que la nouvelle d'un membre à l'hôpital tourne en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "téléphone arabe".
Avec toutes les conjectures qui vont avec, bien sûr. Elle a eu une overdose, elle est enceinte ou d'autres horreurs dans le genre. Les gens ont une imagination fertile quand il s'agit de salir des réputations.
Le médecin grimpe donc les marches quatre à quatre et se dirige vers la seule chambre dont la porte est entr'ouverte.
- Simbaï, la salue Aarch avec soulagement. Enfin ! Je pensais que tu n'arriverais jamais !
- Je suis là, maintenant. Tu peux aller m'ouvrir la fenêtre, s'il te plaît ? Il faut absolument renouveler l'air de la pièce. Et rafraîchir, aussi. Elle est vraiment bouillante. Vous auriez dû m'appeler dès hier soir, j'aurais pu empêcher ça. Vous vous doutiez bien qu'elle allait tomber malade.
- Je ne pensais pas que ça allait être si terrible...
- Aarch, glousse-t-elle. Tu est toujours aussi naïf. Et un poil irresponsable. Je vais pouvoir la remettre sur pieds, mais ça va prendre du temps. Pourrais-tu aller aider ton frère à monter mes affaires ? Je vais en avoir besoin dans peu de temps.
Aarch se lève et quitte la pièce rapidement après avoir ouvert la fenêtre en grand. Il a toute confiance en Simbaï, surtout si elle lui promet qu'elle est capable de faire quelque chose. La docteure a toujours été une source de plaisanteries entre les membres des Aber'dim, parce que Adim était persuadée que la femme avait des pouvoirs magiques. Et elle défendait sa thèse avec ferveur.
Quand Aarch voit à quel point elle est toujours la même, sans aucune ride de différence, paraissant toujours avoir une petite quarantaine, il se dit que peut-être Adim avait raison. La femme pratique une médecine naturelle qu'elle a apprise aux quatre coins du monde, auprès d'ethnies et de cultures différentes. Elle a un savoir monstrueux sur la botanique et le corps humain qui n'a jamais cessé d'étonner les Aber'dim. Ils avaient d'ailleurs parié sur l'âge qu'elle avait véritablement, pour avoir autant de connaissances, mais ils n'ont jamais eu leur réponse. Maintenant qu'il est adulte, Aarch se demande si il aurait l'audace de lui demander son âge...
- Dame Simbaï a pris le relais, annonce-t-il à Norata quand il le croise dans les escaliers, suivi de près par une Mei chargée. Elle a dit qu'elle remettrait Tia sur pieds.
- Elle a plutôt intérêt, grogne la brune en accélérant le pas.
Aarch sourit en secouant la tête. Malgré les airs qu'elle se donne sa chanteuse est une grande sensible ! Il descend chercher les dernières affaires qui restent dans la voiture : Les plantes que Simbaï traîne toujours avec elle. Il en reconnaît une, qui doit être aussi vieille que lui et que le médecin avait déjà quand elle s'occupait d'eux. Les deux autres ont certainement été fournies par Norata et entretenues avec soin.
Quand il remonte avec ses précieux paquets, son frère et Mei attendent devant la porte, et vu l'air revêche de la jeune fille, ils ont certainement été chassés de la pièce. Sans perdre plus de temps, il entre dans la chambre et constate que Simbaï a poussé les lits dans un coin pour étendre Tia par terre sur un tapis. La docteura lui donne les indications pour qu'il dépose les plantes au bon endroit, et il est congédié comme les autres.
- Aarch, appelle Simbaï avant qu'il ferme la porte. Fais une infusion de ces plantes et donnes-en à la petite qui a porté mes affaires. A Rocket et Norata aussi, et fais-en une tasse pour toi. Ça devrait repousser la fièvre.
Le producteur attrape le sachet qu'elle vient de lui lancer.
- Met-les à bouillir pendant cinq minutes. Pas plus, pas moins.
Sans poser plus de question, Aarch referme la porte emmène ses comparses dans le salon. Ils n'ont plus qu'à attendre.
°OoooO°
Quand Simbaï descend trois heures plus tard, elle découvre Norata et Aarch en train de discuter doucement sur un canapé autour d'une tasse de café. La grande brune est affalée sur le deuxième sofa et somnole à moitié. Pourtant elle se redresse dès qu'elle la voit entrer dans la pièce.
- La fièvre de Tia est partie, annonce-t-elle avec un petit sourire. Elle a besoin de repos, maintenant. Je suis allée faire un tour dans la chambre de Rocket aussi, histoire de vérifier comment il allait. L'infusion que vous lui avez donné a fait baisser sa température, ça devrait aller.
- Merci Dame Simbaï. Désolé de t'avoir dérangée en plein milieu de la nuit.
- Oh, fait-elle avec un geste nonchalant, je m'ennuyais, si tu veux tout savoir. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu à faire à vous. Je me demandais quand est-ce que j'allais avoir de tes nouvelles, Aarch.
- Écoute, si tu veux reprendre du service dans le milieu, y a une place pour toi.
- Tu prévois d'abîmer encore tes musiciens ? sourit-elle.
- Pas vraiment, mais avec ces ados, on ne peut pas savoir...
Rassurée sur le sort de son amie, Mei s'est rallongée sur le canapé et se laisse bercer par les voix des adultes qui chuchotent à côté d'elle. Il est seulement huit heures et elle a eu une nuit beaucoup trop agitée pour son propre bien. Le sommeil la prend gentiment dans ses bras et l'emmène ailleurs.
- Elle est passionnée, cette petite, observe Simbaï en jetant un regard attendri à l'adolescente qui vient de glisser dans l'étreinte de Morphée.
- Oui, soupire le producteur. Mei est un drôle de spécimen, mais quand elle chante...
- Tu as toujours eu un faible pour les chanteuses, taquine le médecin avec son sourire doux habituel.
Aarch a la décence de rougir et de paraître embarrassé alors que Norata part d'un petit rire discret et lui met un coup de coude dans les côtes.
- Je suis contente que ça se soit arrangé entre vous, remarque Simbaï avec chaleur.
L'ambiance se calme d'un coup, et la femme sourit.
- Allez, bande de bêtas, il va falloir passer au-dessus de tout ça et avancer. Vous avez plein de bons souvenirs, il n'est pas nécessaire de ressasser les mauvais. Je te l'ai déjà dit, Norata : le jour ou tu laisseras ton passé là où il est, tu auras bien moins mal au bras. Le corps n'est qu'une enveloppe réceptive à chacune de nos faiblesses.
- Simbaï, un jour, ta peau va flétrir et devenir verte, et on t'appellera Yoda, plaisante Aarch.
- C'est mon modèle, déclare-t-elle très sérieusement.
Les deux hommes échangent un regard et partent dans un fou-rire mémorable, tentant tant bien que mal de ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller Mei.
