Coucou ! Eh non, vous ne rêvez pas, j'ai décidé de fêter les NEUF ANS (omg le temps passe beaucoup trop vite) de cette fic en postant quelques chapitres. J'ai profité du confinement pour relire et corriger les chapitres précédents qui faisaient clocher toute la chronologie et qui me plaisaient pas trop au niveau de la cohérence. Genre ils sont peut-être bons, nos minots, mais une semaine pour se préparer à un concert, on est d'accord que c'est n'imp ?

Voilà donc si vous avez la flemme de relire les chapitres (ce que je comprendrais), y a pas grand-chose de changé, juste qu'ils ont passé leurs auditions au début des vacances d'octobre au lieu de les passer au mois de novembre (du coup niveau météo disons qu'on a eu une tempête de neige tout à fait exceptionnelle pour la saison...), que leur premier concert au Phoebe's Absinthe aura lieu fin novembre (ce qui leur laisse un peu plus d'un mois, c'est beaucoup plus raisonnable) et que le vrai concert au Music Hall reste maintenu fin décembre. Ils ont mis leur première semaine de vacances à travailler sur leur reprise de la chanson des Aber'dim et la deuxième sur leur première chanson. Et Rocket a réussi à éviter les soupçons de son père pendant deux semaines, chapeau. Et Tia est donc tombée malade juste avant la rentrée.

Voilà pour les modifs sur ce qui a déjà été publié. En fait depuis le dernier chapitre en janvier 2014, j'ai pas du tout laissé la fic en plan, j'ai continué pendant longtemps à écrire la suite, donc j'ai plus 80 pages word à relire et à découper en chapitres (ce chapitre en fait presque 20, donc y en a 4 ou 5 à arriver, quoi)... Par contre, c'est toujours pas fini évidemment, et ces deux dernières années, j'ai eu la bonne idée de créer ma librairie. Donc je ne suis plus seulement libraire mais également cheffe d'entreprise et j'ai donc zéro temps à consacrer à l'écriture U.U ça n'empêche pas qu'un jour quand même je finirai cette histoire, ce serait un cadeau pour vous, pour mes personnages et surtout on va bien se l'avouer pour moi d'enfin pouvoir poser un point final. Mais ce sera probablement pas le cas cette année encore.

Mais bon, vous voyez, j'abandonne pas =D

(Oh et donc en février 2014 je suis bien allée en Ecosse, c'était trop bien mais la ville la plus inintéressante c'était... Aberdeen. Les copines avec qui j'ai voyagé et que j'avais tannées pour passer par làs-bas se sont royalement foutues de moi. Et donc le Music Hall est, genre, sur la rue PRINCIPALE de la ville. En gros j'ai fait péter le centre-ville dans mon histoire haha.)

Date de publication originale : mars 2020

Playlist chronologique avec les morceaux mentionnés dans la fanfic sur youtube (à coller après l'adresse de ytb) : playlist?list=PLV0u523r8F3ci5SQckMYeAVBFRXLbpjJ7

Enjoy !

Le week-end s'est terminé plus calmement qu'il a commencé. Norata a quitté la Faculty avec Rocket quand il a émergé en fin de matinée avec une migraine carabinée. Sans aucune compassion, le père a annoncé à son fils que c'était sa punition pour sa fugue de la veille, et lui a à peine cédé un cachet d'aspirine avant qu'Aarch ne les ramène chez eux.

Mei a passé la journée dans son pyjama sur le canapé, incapable de s'en extirper et ne voulant pas déranger Tia en remontant dans sa chambre.

Quand les autres habitants se sont levés aux alentours de midi, Aarch était rentré et prenait sa troisième tasse de café, et Dame Simbaï préparait le déjeuner pour tout le monde. C'est ainsi qu'elle a été présentée à la maisonnée comme le médecin officiel du groupe. Tout le monde a pris ses coordonnées et elle les a encouragés à l'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour le moindre souci.

Tia n'est sorti de sa chambre en boitillant qu'à la fin de l'après-midi, et a discuté un peu avec Dame Simbaï, qui lui a donné quelques herbes et un baume pour le bleu sur sa hanche. Après ça, le médecin a quitté les lieux sous les remerciements d'Aarch, et la vie a repris son rythme à peu près normal. Mei est remontée dans la chambre avec Tia et a discuté avec elle plus que ce qu'elle avait jamais fait avant. Elles sont vraiment différentes, mais ce n'est pas si dérangeant, finalement. Et enfin, la brune est allée se délasser dans la baignoire pendant une bonne heure, profitant de son temps libre pour faire son masque capillaire hebdomadaire. Elle s'est même endormie dans le bain, pendant que Tia faisait quelques gammes à côté.

Elle a bien essayé de la dissuader de sortir son violon aujourd'hui, mais ça n'a pas été très efficace. C'est qu'elle est têtue dans son genre, elle aussi. Et appliquée. Mei a bien remarqué que le violon, c'était toute sa vie.

Bref, après une soupe légère préparée par Micro-Ice – Mei ne l'aime pas beaucoup, mais elle est forcée de constater que c'est un bon cuisinier, les deux filles sont retournées dans leur chambre pour se coucher. Pas question de louper encore des heures de sommeil, surtout avec la semaine de rentrée qui s'annonce. L'ambiance entre elles est beaucoup plus détendue et Mei sent venir le début d'une forte amitié. Et puis, comme l'a si bien dit Tia, elles sont les deux seules filles, alors il faut bien qu'elles s'entraident un peu !

°OoooO°

Le mois passe très vite, entre les cours et les répétitions. Le stress monte doucement, surtout quand l'équipe apprend que les Red Tigers, un groupe de fils à papa – d'après D'Jok – jouant les rockeurs de pacotille – d'après Micro-Ice – ont annoncé un concert au Saint Nicholas' en face du Phoebe's le même soir qu'eux. Les Golden Boys ont crié au complot, puisque les Red Tigers se réclament les héritiers des Aber'dim en touchant au pop rock. Selon Thran et Ahito, un poil plus objectifs que leurs amis, ils ont un matériel mortifiant à leur disposition et s'amusent simplement à arranger des reprises de classiques du rock. D'Jok de rajouter qu'ils n'ont aucun talent et Micro-Ice de renchérir qu'ils n'ont aucune imagination.

Aarch leur a ainsi fait remarquer plusieurs fois qu'ils n'ont donc rien à craindre d'eux, puisqu'eux ont le talent et l'imagination. Mais la tension continue de monter jusqu'à son apogée ce dernier vendredi soir de novembre alors que Sinedd essaie d'imposer un nouveau morceau à leur répertoire.

- On n'aura jamais le temps de le connaître parfaitement, s'insurge D'Jok à grands cris. C'est complètement absurde de faire une liste plus longue que le bras si on n'est pas capables de maîtriser nos morceaux.

- Ouais, bien sûr, et on fait quoi si le concert dure plus longtemps que prévu ? On joue quatre fois la même chanson ?

- On à qu'à le travailler au cas où, tempère Thran en coupant la poire en deux avec plus de froideur que d'habitude.

Lui aussi commence à stresser, et il en a ras le bol de jouer les casques bleus avec les deux têtes brûlées. Il lance un regard à son frère, qui ne semble pas saisir le message et continue à gratter sur sa basse avec calme.

- Moi j'ai une question, lance Micro-Ice. C'est quoi notre nom, à part "le groupe d'Aarch" ? Parce que c'est un bon coup promo, mais si on garde ça, c'est juste ridicule.

- C'est pas faux, fait Rocket.

- Quelqu'un a une idée ? demande Mei.

- Je pensais aux Silence Killers, répond Micro-Ice, l'air de n'avoir attendu que ça. C'est notre première chanson, après tout.

- Je vote pour, approuvent Thran, D'Jok et Ahito d'une même voix.

Rocket et les deux filles marquent leur accord également et Sinedd ne dit rien, ce qui se rapproche le plus d'un consentement chez lui.

- Adjugé vendu, alors, accepte Aarch avec un sourire. Ça me plaît bien à moi aussi. On rajoutera des banderoles avec votre nouveau nom demain matin sur les affiches qu'on a déjà mises, et je l'annoncerai au patron du Phoebe's. Sans vouloir vous mettre la pression, si vous avez plus de public que les Red Tigers, vous franchirez le premier pas vers le Glasgow Festival Contest.

- Sans vouloir nous mettre la pression, bien sûr, ricane D'Jok.

- Bon, maintenant que c'est réglé, on peut retourner au boulot ? interroge Sinedd, pressé de s'y remettre.

- En fait, il est l'heure de manger, interrompt le producteur en jetant un coup d'œil à sa montre. Rocket reste avec nous cette nuit, donc vous pourrez continuer à travailler après manger. Mais à minuit, tout le monde au lit, je vous veux frais pour demain.

La pause est accueillie avec soulagement par tout le monde et les musiciens posent leurs instruments pour s'étirer dans tous les sens. Ils ont commencé leur session sitôt revenus du lycée, enchaînant les chansons pour les parfaire et choisir le bon ordre. Ils les connaissent tous sur le bout des doigts, ayant passé le mois à composer des reprises de quatre classiques et deux autres chansons des Aber'dim en plus de Do you feel ashamed ?. Pour les compositions originales, à part Silence Killer, Sinedd, Thran et Rocket ont donné naissance à une nouvelle chanson dont les paroles ont cette fois été écrites par D'Jok et Mei. De l'avis de Sinedd, le texte n'est pas aussi bon que le premier, mais Micro-Ice n'a étrangement pas voulu s'en mêler.

Peu importe, la composition que propose Sinedd n'est pas compliquée. Au contraire, il a voulu s'essayer à quelque chose de plus simple, même s'il a fallu caser tous les instruments. Cette fois, il s'est également chargé des paroles. Tout est donc prêt pour les musiciens, il n'ont plus qu'à déchiffrer et jouer leur ligne. Ce sera la chanson de secours.

Thran, plein de bonne volonté, s'empare de la feuille que le plus vieux a posé sur un pupitre en prenant le chemin vers les escaliers avec les autres. Sinedd reprend sa guitare et s'apprête à continuer à travailler dans son coin, mais Aarch a perçu la manœuvre.

- Sinedd, se sustenter s'applique à toi aussi.

Soupirant et levant les yeux aux ciel, le brun capitule et repose sa guitare.

Quand ils arrivent en haut, ils ont la surprise de trouver Dame Simbaï autour de laquelle s'agglutinent déjà Tia et Mei. Un peu d'oestrogène leur fait du bien dans cette maison de mecs.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demande Aarch, étonné.

- Je voulais voir si tout le monde allait bien, et donner deux-trois trucs à certains pour qu'il soient en forme demain.

- On allait se mettre à table, tu veux te joindre à nous ?

- Parfait, je vais préparer le repas en fonction de leurs besoins.

- On ne part pas à la guerre non plus, plaisante Tia.

- Peut-être, mais vous allez avoir besoin de tenir le coup physiquement et mentalement. Ce n'est pas de tout repos que d'affronter un public.

- Si vous préparez à manger, on peut peut-être en profiter pour redescendre, suggère Sinedd, qui n'a pas perdu le nord une seule seconde.

- Non. Personne ne traîne en bas avant la fin du repas. Enfilez un survêtement et allez faire un ou deux tours du quartier en courant, ça va vous défouler un peu. Vous sentez le stress à trois kilomètres à la ronde. Quand vous reviendrez, vous irez tous prendre une douche et on mangera ensuite.

Chacun y va de son grommellement ou de sa protestation, mais finalement, tout le monde s'exécute. Simbaï n'a jamais eu de peine à être obéie. Quand ils reviennent vingt minutes plus tard, ils sont beaucoup plus frais et le fait de changer d'air leur a fait le plus grand bien. Même si en toute honnêteté, Tia et Ahito on juste marché dans le coin en discutant...

Thran est le premier à sortir de la douche et se retrouve dans le salon, affalé dans son fauteuil préféré, à décortiquer la partition de Sinedd. Il hausse des sourcils intéressés par le changement qui s'opère dans cette chanson, beaucoup plus mélancolique que les autres. Comme à chaque fois qu'il travaille sur un morceau de Sinedd, il cherche un stylo et commence à raturer et insérer des commentaires. Au bout de deux minutes, cependant, son stylo lui est arraché des mains, et Dame Simbaï le fixe avec un regard désapprobateur, les poings sur les hanches.

- Qu'est-ce que j'ai dit, Thran ?

- Vous avez dit "pas en bas", répond-il malicieusement. Je ne suis pas en bas.

- Laisse tomber la musique au moins jusqu'à l'arrivée des autres, s'il te plaît. Détends-toi, ferme les yeux, et imagine toi ailleurs, dans ton propre esprit. Repose-toi. Repose-le.

- Vous êtes un drôle de phénomène, Dame Simbaï, marmonne l'adolescent en fermant les yeux.

Sans trop chercher à réfléchir, il se détend et s'enfonce dans son esprit. Une mélodie au piano se fait entendre et il la suit, débarquant dans un salon blanc, éclairé par une fenêtre immense. Il se voit lui-même au piano à queue en plein milieu de la pièce. Il y a quelque chose de différent dans son reflet, et il s'approche pour mieux le voir, mais avant qu'il ait pu l'atteindre, il se demande ce qu'il fait, où il est, et tout s'efface. Il ouvre brusquement les yeux pour se retrouver en face de son propre regard et sursaute.

Ce qui a pour effet de surprendre son jumeau qui se tenait à quelques centimètres de son visage.

- Tu m'as foutu la frousse, s'exclame Ahito. Qu'est-ce que tu faisais ?

- Demande à Maître Simbaï, petit padawan, j'en ai aucune idée.

- C'est la deuxième fois qu'on me compare à un maître Jedi ce mois-ci, glousse le médecin dans le canapé à côté. Alors, tu as trouvé quelque chose ?

- C'était... bizarre, hésite Thran. Intéressant.

Les autres arrivent sur ces entrefaites, et la discussion est interrompue. Une fois que tout le monde est là, ils vont s'installer dans la salle à manger, où Simbaï leur sert une sorte de porridge étrange. Pas mauvais, mais plutôt différent de ce qu'ils ont l'habitude de manger. Mei, Sinedd et D'Jok – qui vont chanter aussi – ont en plus droit à une infusion au goût particulièrement complexe, qu'ils avalent en grimaçant. Une sorte de solution énergétique pour leur gorge.

Après le repas, ils retournent dans le salon sous les ordres de Simbaï, qui leur demande de réfléchir paisiblement à leur musique pour demain, sans leurs instruments. Ils soupirent mais s'exécutent encore une fois, accompagnés par le sourire moqueur d'Aarch. À une époque, c'était lui qui était à la merci de ce médecin tyrannique.

Thran s'installe à côté de Sinedd et commence à discuter avec lui du morceau qu'il a composé. La mélodie qu'il a entendu plus tôt lui revient à l'esprit, et il jette un coup d'œil à la partition : Oui, s'il rajoute quelques notes et change quelques accords, il retrouve le morceau de piano que son inconscient lui a chuchoté. Il montre les changements à Sinedd, qui les regarde en fronçant les sourcils, puis finit par approuver quelques minutes plus tard. Cependant, il leur faut faire quelques nouvelles modifications sur l'entièreté de la chanson pour qu'elle puisse coller au nouvel arrangement. Le plus vieux griffonne de son côté aussi, en écoutant d'une oreille les observations du pianiste. Au bout d'un quart d'heure, ils sont arrivés à bout de leurs changements et la musique se déroule dans la tête de Sinedd, bien plus pure. Il s'accorde un rictus de satisfaction et se lève pour aller imprimer les partitions de tout le monde avec les changements.

C'est le signal qu'attendaient les autres pour se manifester aussi, et Simbaï leur accorde le droit de retourner à leur répétition avec un petit sourire.

°OoooO°

C'est bientôt l'heure de leur concert, et la tension monte. D'Jok, Thran, Ahito et Micro-Ice sont déjà au Phoebe's Absinthe, profitant de leur pause pour discuter avec les habitués du pub, qu'ils n'ont pas vu depuis un moment. Les balances ont été faites en fin d'après-midi, et leur matériel attend bien sagement sur la scène aménagée dans un coin du pub. Rocket est retourné chez lui en attendant le moment où ils devront se réunir, et Mei a kidnappé Tia pour une virée shopping express, histoire de lui trouver des vêtements appropriés à leur premier concert.

Pour être honnêtes, les trois garçons n'ont pas vraiment fait d'efforts. Ahito porte un simple débardeur noir tatoué par un kanji blanc qui représente la force sous son habituelle veste en cuir et son frère jumeau a un t-shirt blanc avec le même kanji sur son jean de tous les jours. D'Jok, lui, a enfilé une chemise blanche au col relevé sur un bête t-shirt noir. Micro-Ice considère qu'il a fait un effort, puisqu'il a banni ses vieux t-shirts de groupes usés et décolorés pour mettre une chemise blanche dont il a relevé les manches sur ses poignets, recouverts par ses habituels bracelets de force. Il a laissé quelques boutons ouverts en haut, dévoilant ses clavicules et son collier fétiche en dents de loup qu'il a trouvé dans une brocante des années plus tôt.

Sinedd est quelque part, certainement, mais les garçons ne l'ont pas vu depuis un moment. Il portera sans doute pour l'occasion son éternelle tenue de cambrioleur, noire et passe-partout. En y réfléchissant, Micro-Ice se dit qu'il va falloir qu'ils se trouvent des tenues pour leurs prochains concerts, s'ils ne veulent pas passer pour des amateurs.

Rocket arrive à ce moment, suivi d'Aarch et vêtu d'un très simple polo noir à manches longues ouvert sur le haut de son torse. Il a toujours ses dreads, bien entendu, et les perles dans ses cheveux ressortent avec un joli contraste. Mais ils sont quand même franchement tous dépareillés. Avant que quiconque ait pu placer un mot, les gens autour d'eux s'écartent légèrement pour laisser passer Mei et Tia, qui, elles, ont fait un sacré effort. Apparemment, l'avis de Tia n'a pas vraiment été pris en compte, puisqu'elle porte une espèce de jupe étrange, courte et... bleue. Oui, voilà, elle est bleue. D'une sorte de bleu électrique qui pique les yeux, mais qui va très bien avec la carnation de la blonde. En haut, elle a un bustier noir aux bretelles assez épaisses qui mettent sa gorge et ses fines épaules en valeur. Mei s'est visiblement amusée à la maquiller avec le même bleu que la jupe. Étonnamment, la couleur se marie plutôt bien avec les yeux vert d'eau de la violoniste, les faisant ressortir autant que des phares dans la nuit. La blonde tangue d'un pied sur l'autre, autant d'embarras que d'inconfort, puisque, quand Micro-Ice jette un coup d'œil à ses pieds, il voit les plateform boots noires qui montent jusqu'à ses genoux. Il se disait bien que Tia n'était pas plus grande que lui, en temps normal...

Ensuite il se tourne vers Mei, ayant gardé le meilleur pour la fin, et la détaille avec délectation. Elle n'a rien fait à ses cheveux, les conservant en queue de cheval, certainement par manque de temps. Elle a juste enfilé dans l'élastique une rose d'un rouge profond presque noir. Continuant son inspection, il trouve une robe bustier sans manches du même grenat, qui rehausse son teint et lui fait une jolie poitrine. Une robe qui fait grand couturier, un truc de diva, pas très étonnant de la part de la chanteuse. Cependant, quand son regard descend, il constate qu'un côté de la jupe a été arraché, raccourcissant la robe de plusieurs dizaines de centimètres. Les lambeaux sont savamment arrangés pour donner un effet à la fois apocalyptique et élégant. La hauteur des talons qu'elle porte lui donne le vertige, lui qui n'y est pourtant pas sujet. Les chaussures sont des sortes de bottes victoriennes arrangées, très grandiloquentes, mais qui vont parfaitement avec le reste. Quand il lève les yeux, il croise le regard gris glacial de la chanteuse, entouré d'une bonne dose d'eye liner et de smokey noir.

- Je crois que je suis retombé amoureux, chuchote-t-il à son voisin.

- T'es pas le seul, marmonne D'Jok en lui donnant un coup de coude et en montrant Rocket d'un geste de la tête.

Le métis est absorbé dans la contemplation de Tia qui, elle, est toujours aussi mortifiée. Aarch passe sa main sur son visage pour masquer son hilarité devant l'attitude de son neveu, et décide de briser le silence qui commence à s'étirer.

- Vous êtes superbes, les filles. Vous allez briser des cœurs, comme ça.

- Je vois qu'on est les seules à avoir fait un effort, constate la brune avec un regard un poil méprisant vers les garçons.

- Pour tout t'avouer, répond Aarch, je n'ai pas du tout pensé à cette partie de la logistique...

- Sans vouloir tomber dans le cliché, intervient la voix de Dame Simbaï en faisant sursauter tout le monde malgré l'agitation qui règne dans le pub, t'es vraiment un mec. Heureusement que vous aviez Adim pour penser à votre identité visuelle.

Le producteur grimace comme s'il voulait lui tirer la langue, mais se retient avant de perdre toute crédibilité.

- Pour ce soir, ce n'est pas très important, finit-il par dire. Vous allez surtout être jugés sur votre musique, les gens vous connaissent déjà pour la plupart. Où est Sinedd ?

Devant le silence parlant de ses musiciens, il fronce les sourcils. Sinedd ne s'est certes pas aussi bien intégré que les autres, mais il a abattu un sacré travail avec ses compositions, et il avait espéré que le petit groupe serait plus soudé.

- Je suis là, répond une voix grave à côté de lui quelques secondes plus tard. Je suis allé faire un tour au Saint Nicholas', les Red Tigers étaient en train de s'installer. Il ne nous valent pas, mais ils ont des instruments du tonnerre... Et un bon public. Les gens commencent déjà à s'installer pour rester alors qu'il reste presque une demi-heure avant le début du concert.

- Je peux pas les supporter, renifle Micro-Ice avec hargne, lui qui est pourtant d'un naturel enjoué.

- C'est la jalousie qui parle, mon cher Mice, sourit Ahito en lui tapant sur la tête. On va leur montrer que nous sommes les dignes descendants des Aber'dim, et pas seulement parce que Aarch est notre producteur.

- Bien dit, acquiesce Aarch. Et puis vous aussi, vous allez avoir du public.

- C'est juste pas la même tranche d'âge, remarque D'Jok en jetant un coup d'œil alentour.

Effectivement, tous les habitués du pub se sont rassemblés pour les voir, mais il y a très peu de jeunes.

- Les garçons ! Retentit la voix de Patrick à quelques mètres de là, je compte sur vous pour mettre le feu !

Il lève sa pinte de Guiness à leur santé et tout le monde l'imite.

- Eh ben, vous avez déjà un paquet de fans, conclut Aarch en riant.

La mère de Micro-Ice leur apporte un verre de soda à tous, offert par la maison, et leur indique une table libre près de la scène qui a été réservée pour eux. Clamp installe son ordinateur dessus en prenant soin d'écarter les verres des jeunes. Il revérifie le matériel une dernière fois. La tension monte. Il n'y a plus rien d'autre à faire qu'attendre, et les musiciens commencent à stresser. Mei reste debout et descend son verre de coca en trois gorgées. Micro-Ice se ronge les ongles comme un damné, pendant que Rocket tape un rythme imaginaire sur ses cuisses. Il n'y a bien qu'Ahito pour être aussi nonchalant que d'habitude, affalé sur la table et à moitié endormi.

°OoooO°

Enfin, l'heure arrive et tous s'installent sur la scène sous les applaudissements de ceux qui les ont repérés. Chacun prend son instrument en main, Tia passant un coup d'archet pour vérifier son retour, les guitaristes grattant leurs cordes. Rocket appuie sans faire exprès sur la pédale de la caisse claire, mais personne n'y prête attention dans le brouhaha ambiant.

- Bonsoir, résonne la voix de Mei pour tester le micro. Merci d'être venu pour notre premier concert. Nous sommes les Silence Killers.

Les musiciens se calment et attendent le battement de Rocket qui leur indique le début de la chanson. Ils ont choisi de commencer avec Silence Killer, histoire de se présenter comme il se doit. Quand la musique commence, un silence curieux se fait car personne ne reconnaît le morceau, bien évidemment.

Les spectateurs se regardent surpris et impressionnés. Ils avaient pensé entendre des reprises, le fait de commencer par une composition fait bonne impression.

Aarch regarde sa petite troupe avec fierté. Ils sont encore meilleurs qu'aux répétitions, portés certainement par l'idée d'avoir un public.

I'm here beside you, and I'm yelling
(Je me tiens à côté de toi, m'époumonant,)
I'm here, just behind, to set ablaze your ears
(Je suis là dans ton dos, pour embraser tes tympans)

Les spectateurs sont de plus en plus impressionnés par la démonstration qui se déroule devant leurs yeux. La voix puissante de Mei arrache un frisson à bon nombre d'entre eux et les regards troublés s'échangent.

And I'll kill the silence, break the silence
(Et je vais tuer le silence, briser le silence)
I'll forget about indifference.
(Je vais oublier l'indifférence)
I'll murder (the) silence, destroy silence
(J'assassinerai le silence, détruirai le silence)
Which threaten to shatter my dreams
(Qui menace de briser mes rêves)

Le deuxième refrain en a fait sursauter plus d'un, l'arrangement est parfait, la guitare de Micro-Ice que Sinedd a rajouté apporte une certaine envolée qui accompagne très bien la voix de la chanteuse. Étant le seul son vraiment clair et non saturé, il ressort avec encore plus de force sur le fond d'apocalypse qui se déroule.

La foule bouge, laissant entrer de nouvelles personnes dans le bar, touristes curieux qui se sont trouvés attirés par la mélodie qui porte dans la rue. Mei les accueille avec un regard de braise et il ne peuvent quitter la scène des yeux, comme des lapins pris dans les phares d'une voiture.

Le nouveau couplet se déroule sur les lèvres de la chanteuse avec exactitude, les garçons penchés sur leur instrument, concentrés, ne voient pas ce qui se passe. Tia a fermé les yeux dès le début de la chanson et s'est transportée dans sa bulle musicale, comme à son habitude. Et même si Mei regarde le public dans les yeux comme si elle était prête à les mordre, elle n'est pas vraiment là non plus. Quand le troisième refrain commence, certains jeunes scandent les paroles avec la chanteuse en sautillant.

Mei ferme les yeux sur sa dernière note comme on éteint une lumière et Sinedd commence son solo avec exaltation. la chanteuse est agrippée à son micro comme si sa vie en dépendait et secoue la tête en balayant l'air de ses cheveux. Quand les autres musiciens accélèrent la mélodie et que Micro-Ice lâche sa guitare, la magie atteint son paroxysme : Tia s'avance d'un pas de façon complètement inconsciente et délivre ses mesures avec une virtuosité hors du commun. Elle semble s'élever au-dessus des autres, presque possédée par la musique.

- C'était pas un hasard, murmure Aarch.

- Quoi ?

Clamp s'est penché vers lui pour l'entendre, sans quitter son ordinateur des yeux.

- C'était pas un hasard, répète Aarch, plus fort. Pendant l'audition de Tia, il y avait un truc, un souffle, mais elle ne l'a plus vraiment exploité après. J'en étais venu à penser que c'était un hasard. Mais non. Elle a ce pouvoir.

- Tu vas finir par parler comme moi, remarque Simbaï en s'inclinant vers lui avec un grand sourire.

Quand la chanson se termine sur le chuchotement de Mei, un silence abasourdi s'étale avant d'être suivi par une marée d'applaudissements. Mais les musiciens remercient à peine avant de commencer une nouvelle chanson.

Les vingt premières minutes passent à une vitesse folle et depuis l'éclat de la première chanson, le public est retombé dans une écoute attentive et gourmande souvent interrompue par des conversations çà et là. Le pub est peuplé, certes, mais quelques aller-retours se font à l'extérieur et une bonne vingtaine de personnes est déjà partie. Aarch s'inquiète un peu de la tournure des événements, il sent bien que le groupe commence à sentir un coup de fatigue également. Plus qu'une chanson et il pourront faire un petit break avant de repartir de plus belle. En attendant, le producteur se lève pour aller jeter un coup d'œil à ce qui se passe dans le pub d'en face. En atteignant enfin la sortie et le froid de la rue, il découvre que la foule devant le Saint Nicholas' est purement hallucinante. Il y a beaucoup de jeunes devant les portes en train de fumer leur cigarettes sous les radiateurs extérieurs, mais il paraissent être passionné par la musique qui sort des amplificateurs installés dehors. Effectivement, les Red Tigers ont un sacré matériel. Et un... fan-club ? S'étonne-t-il en apercevant plusieurs t-shirts barrés du logo du groupe.

Il doit définitivement faire quelque chose sur l'identité visuelle des Silence Killers. En attendant, le nombre de spectateurs le laisse pantois. Par les enceintes, il entend lui aussi la musique du groupe et, s'il n'est pas mauvais, il ne l'enchante pas plus que ça. Le son en lui-même est très bon, dispensé par des appareils de pointe, mais les musiciens ne sont pas vraiment meilleurs que la moyenne. Cependant, pour la plupart des gens ça suffit et, sachant que les Red Tigers ont les moyens de faire leur promo à une échelle mille fois plus efficace, il n'est pas étonnant que leur public soit plus fourni.

Ça s'annonce plutôt mal pour ses musiciens. Les seuls spectateurs qu'ils ont sont les gens qui les connaissent, et il faut absolument qu'Aarch trouve un moyen d'attirer des nouvelles têtes au PA.

Quand il retourne à sa place, c'est presque l'heure de la pause. Il ne quitte pas la scène des yeux, essayant de réfléchir à ce qu'il pourrait imaginer pour faire venir des gens. Il entend à peine Mei remercier le public à la fin de leur chanson et donner rendez-vous dix minutes plus tard. Les musiciens reposent leurs instruments et descendent de la scène en se congratulant les uns et les autres.

- J'ai une de ces soifs, fait Micro-Ice en s'affalant sur un des tabourets.

- Qu'est-ce que je devrais dire, moi ? demande Mei sans pouvoir parfaitement cacher son euphorie.

Elle a vraiment apprécié ce moment de musique. Mais c'est vrai qu'elle sent sa gorge sèche comme du papier de verre. Dame Simbaï pousse une tasse vers elle, et elle se penche pour en renifler le contenu.

- Du hot whisky ? Vous vous êtes passé le mot ou quoi ? C'est votre réponse à tout ?

- Ça va te détendre les cordes vocales et te redonner un coup de fouet. Mais bois la moitié de cette bouteille, d'abord. Et la deuxième moité après, ça va te donner un peu soif avec le miel.

- Moi aussi, je veux bien un coup de fouet, quémande Micro-Ice avec des yeux de chien battu.

- Ne vous laissez pas avoir, s'impose Mme Ferguson en servant les verres des trois amis de son fils et des deux adultes. Il est toujours mineur et il est absolument hors de question que je lui serve de l'alcool. Qu'est-ce que tu veux prendre Sinedd ? Et toi, jeune homme ? Rocket, c'est ça ?

- Je voudrais un Bailey's, s'il vous plaît, répond poliment Sinedd.

Mme Ferguson l'a toujours bien traité du temps où il traînait avec Micro-Ice, et elle est une des rares adultes pour qui il a de l'estime. En plus, connaissant le travail qu'elle fait, il ne peut pas s'empêcher de ressentir un petit peu de solidarité.

- Un coca pour moi, et un autre pour Tia, ajoute Rocket avant de la remercier.

Quand elle revient, elle a en plus apporté une tasse de lait chaud-miel à son fils qui la regarde comme si elle venait de lui offrir la guitare de Bob Dylan. Sinedd prend son verre et se lève, sortant une cigarette de son paquet. Sans un mot, il se dirige vers la sortie, et Ahito et Micro-Ice échangent un regard.

- Je crève de chaud, moi, remarque le petit brun en se levant à son tour. Je vais aller faire un tour dehors.

- Je t'accompagne, ajoute Ahito. Je suis curieux de voir ce que donnent les Red Tigers.

Sans prendre la peine d'écouter les exclamations des autres ou quoi que ce soit, ils prennent leurs boissons et suivent le sillage de Sinedd, qu'ils retrouvent dehors, appuyé contre la façade et sa cigarette entre les lèvres. Sans lui adresser la parole, ils s'installent à côté de lui et Ahito sort son propre paquet de sa poche pour en donner une à son cadet.

Une fois qu'ils ont aspiré leur première bouffée – la meilleure, d'après Micro-Ice, ils se concentrent sur la foule en face. Le plus petit siffle de surprise :

- Ben dis-donc, t'avais pas exagéré, ils ont un monde de dingue, les fils à papa.

- Ils nous ont flingué notre premier concert, oui, marmonne Sinedd. On aurait eu deux fois plus de monde s'ils étaient restés chez eux à faire une de leurs soirées de riches. Je suis sûr qu'ils l'ont fait exprès.

- Pourquoi ils l'auraient fait exprès ? demande Ahito, interloqué.

- Le leader ne peut pas m'encaisser et c'est réciproque. On s'est déjà pris la tête plusieurs fois.

- Hahaha, rigole Micro-Ice un brin moqueur, Sinedd et sa théorie du complot...

- Pense ce que tu veux, Micro-Naze, ça n'empêche pas qu'ils nous foutent une pâtée de tous les diables.

- La soirée est pas encore finie, fait le petit brun en haussant les épaules. Les morceaux qu'on va jouer maintenant sont nos meilleurs, ça va faire une différence, je pense.

- Vous pouvez toujours rêver, ricane un jeune homme en venant à leur rencontre.

Il porte une tenue rouge et noir et un casque – ridicule, selon les trois garçons – blanc. Aucun doute possible sur son identité, c'est un des Red Tigers, aussi en pause pour le moment. En fait, les trois SK n'avaient pas fait attention, mais un cercle s'est formé autour du groupe qui prend l'air. Visiblement eux les ont remarqués.

- Qu'est-ce que tu veux Davis ? demande Sinedd en feignant une indifférence totale avec sa cigarette entre les lèvres.

- Te voir mordre la poussière pour commencer, MacFarlane. Mais ce sera seulement l'amuse-gueule. Vous voyez, mes potes et moi on apprécie pas trop que vous marchiez sur nos plates-bandes.

- Quelles plates-bandes ? crache le guitariste avec mépris. Vous vous êtes auto-proclamés représentants d'Aberdeen pour le prochain Glasgow Festival Contest, mais vous ne valez rien.

- N'empêche que quand on voit la différence de spectateurs, on est capable de faire le calcul. Votre popularité n'est pas franchement élevée, et vous avez cru qu'avoir le nom d'Aarch sur votre affiche pourrait vous payer un peu plus de notoriété.

Sinedd a jeté son mégot avec un geste rageur et s'approche du leader des Red Tigers jusqu'à se retrouver à quelques centimètres de son visage :

- La différence entre toi et moi, susurre-t-il, c'est que moi j'ai du talent et que toi tu as de l'argent. Et d'une manière ou d'une autre, c'est toi qui vas finir à genoux.

Davis se recule d'un pas en éclatant de rire, et se retourne vers ses coéquipiers qui se sont avancés au milieu de la route. Il ne voit pas que les autres SK sont sortis pour rejoindre leurs amis avant de reprendre leur concert.

Micro-Ice et Ahito, eux, s'en sont aperçu et ont discrètement jeté leur cigarette avant de prendre tranquillement une gorgée de leur boisson.

- MacFarlane veut nous mettre à genoux, raconte Davis en souriant de toutes ses dents à ses camarades.

Les fans autour du groupe sifflent la déclaration et font des gestes plutôt agressifs tandis que les Red Tigers s'esclaffent.

- Qu'est-ce qui se passe, ici, demande D'Jok en fronçant les sourcils.

- Oh, le fils de la voyante, ricane Davis en reprenant la parole avec la confiance de quelqu'un qui a un auditoire. Tu as demandé à ta maman la durée de votre petit groupe de ploucs ? Pas besoin d'être un charlatan comme ta mère pour savoir que vous allez vous ramasser dans les grandes largeur. Je parie ma Porsche que vous allez avoir personne à votre petite sauterie au Music Hall à la fin de l'année. Aarch est fini, et vous allez jouer dans une ruine pour illustrer ça. Comme c'est poétique.

D'Jok, que Thran et Rocket retiennent à grand peine, essaie de se jeter sur le jeune homme qui lui fait face.

- Vous êtes incapables de composer des chansons et vous nous faites la leçon ? remarque Mei de sa voix impériale.

Cela attire l'attention de Davis, qui se tourne vers elle avec un sourire carnassier.

- Vous avez de sacrées beautés, c'est déjà ça. Ça te dirait de quitter ton groupe minable pour écouter de la bonne musique ? Je te ferai visiter ma voiture après le concert, tu vas adorer, elle a plein d'options...

À la surprise de tout le monde, c'est Tia qui s'avance pour gifler le jeune homme. Elle frappe sur la mâchoire juste sous le casque, suffisamment fort pour que le claquement résonne dans le silence qui vient de s'installer.

Rocket lâche D'Jok pour se diriger vers Tia et prendre sa main avec inquiétude.

- Je n'ai rien, Rocket, soupire Tia en retirant ses doigts. Ne t'inquiète pas, rien ne risque de m'empêcher de mettre une raclée à un porc pareil.

Davis s'avance d'un pas, prêt à faire quelque chose qu'il risque de regretter, mais Rocket s'interpose.

- Tu en as assez fait, je crois, l'avertit-il. Peut-être qu'on a moins de moyens que vous, mais au moins, on a quelques notions de respect qui t'échappent. Si certains d'entre vous sont intéressés par nos compositions, faites-vous plaisir, ajoute-t-il en direction de la foule qui s'est faite plus compacte.

Les Silence Killers se sont rassemblés et font preuve de plus de cohésion que d'habitude face aux Red Tigers. Au bout d'une minute, Davis hausse les épaules et leur tourne le dos avec un geste à la fois nonchalant et insultant.

- Vous ne changerez rien à votre défaite, conclut-il en retournant au Saint Nicholas'.

- On rentre, ordonne Rocket en prenant les rênes de leur petite troupe. On a un concert à terminer.

Tous hochent la tête, encore plus décidés qu'avant. Ils partent en guerre.

Quand ils retournent à leur table, Aarch les regarde en fronçant les sourcils.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Oh, rien de grave, explique Micro-Ice avec un sourire. Un petit accrochage qui nous a remis les idées en place. Clamp, est-ce que tu aurais une enceinte ou deux en rab' ?

- Euh oui, dans la voiture, pourquoi ?

- Tu aurais besoin de combien de temps pour l'installer dehors ?

- Une dizaine de minutes, je pense.

- Je vais t'aider, propose Thran. Allons-y.

Aarch regarde les préparatifs se faire avec inquiétude, mais Dame Simbaï pose une main apaisante sur son épaule. Dans son autre main, elle lance une bouteille d'eau à Micro-Ice et une autre à Mei.

- Merci Dame Simbaï, il faut qu'on soit en pleine possession de nos moyens, on entre en guerre !

- Contre qui ? demande Aarch de plus en plus perplexe.

- Les Red Tigers ont eu la bonne idée de venir nous narguer, raconte Ahito avec un regard dur qui ne lui ressemble pas.

- Après avoir insulté Sinedd et D'Jok, ils ont eu une attitude déplorable avec Mei, rajoute Tia en serrant les points.

Elle est plutôt pacifique d'habitude, mais ce genre d'attitude lui donne la nausée. Heureusement qu'elle n'a pas vu le regard de Davis se perdre sur la silhouette de Mei, sinon elle aurait pu lui cracher dessus en plus de le gifler.

Mei est toujours sous le choc de la remarque du jeune homme. Elle sait qu'elle est jolie, elle le sait même parfois un peu trop, mais c'est la première fois que quelqu'un la considère comme un bout de viande aussi ostensiblement. Elle s'en veut de n'avoir rien dit ou fait sur le moment, elle s'est sentie tellement salie... Tia a eu la bonne réaction à sa place, et inconsciemment, elle s'empare de sa main pour la serrer. L'étreinte en réponse ne se fait pas attendre, et elle sent une vague de détermination la traverser. Si elle doit se battre, elle se battra en musique, et elle ne va pas faire de cadeau.

Constatant que les garçons finissent leur verre pendant que Thran et Clamp installent le nouvel amplificateur dehors, elle monte sur l'estrade sans lâcher Tia et s'empare du micro :

- Désolée pour le petit retard, on a un petit souci technique à régler. Vous avez encore cinq minutes de votre ancienne vie à apprécier. Après ça, quand on reprendra, votre univers va changer.

La certitude dans sa voix lui attire de nombreux regards interloqués et des sourires appréciatifs. Elle resserre son étreinte sur la main de Tia, cherchant du courage là où il y en a. Elle a toujours pensé, à tort visiblement, qu'elle était plus forte que Tia, plus solide. Mais malgré son silence et sa timidité, la violoniste est un roc, et elle le prouve ce soir. Mei, elle, n'est qu'une façade. Un être de papier qui se déchire à la moindre trace de pluie. Mais ça va changer. Ce soir.

Pour la soutenir dans son discours, les garçons à table délaissent leur boissons et remontent sur scène. Ils reprennent leurs instruments et se laissent quelques instants pour se remettre dedans. La liste des chansons n'a pas changé. Ils commenceront par Do you feel ashamed? puisune reprise de You give love a bad name de Bon Jovi, et une dernière reprise des Aber'dim. Après, leur deuxième composition prendra le relais, et il termineront par Silence Killer, une deuxième fois. Le meilleur pour la fin, c'est ce qu'ils avaient décidé.

Thran les rejoint enfin et Mei se penche à nouveau vers le micro :

- Vous êtes prêts ? C'est maintenant que votre vie va changer !

Sans attendre plus longtemps, sous les applaudissements du public, Rocket marque la pulsation et Ahito commence d'entrée son solo de basse. Reconnaissant la marque de fabrique des Aber'dim, les gens se mettent à siffler avec enthousiasme mais ne reconnaissent pas tout de suite la chanson. Ils se sentent rapidement un peu gênés par l'ambiance malsaine qui s'installe et échangent des regards mal à l'aise. Quand la voix de Mei s'élève en même temps que la mélodie joyeuse de Micro-Ice, ils se détendent un peu et écoutent les paroles.

She had shining eyes
(Elle avait les yeux brillants)
A smile on her lips
(Le sourire sur les lèvres,)
All the time
(Tout le temps)

Certains sourient avec allégresse. Ceux qui ne connaissent pas la chanson. Les autres se tendent, parce qu'il savent ce qui va suivre. Pourtant, tous sont attentifs dans ce pub où habituellement les gens vont et viennent pendant les live musics.

Sans plus leur prêter attention, Mei continue à servir son texte avec une pointe de nostalgie dans la voix. Quand le premier refrain arrive, les gens qui ne connaissent pas la chanson ne comprennent pas bien ce qui se passe. La tension monte.

Do you feel ashamed
(Ressens-tu la honte)
Of having lost the count
(D'avoir perdu le compte)
In a few days?
(En quelques jours ?
)

Le violon de Tia est prêt à leur arracher des larmes. Puis le deuxième couplet reprend de façon beaucoup plus sombre, et tout le monde redoute les paroles qui arrivent. Le public est complètement absorbé par l'histoire qui leur est contée. La porte du pub est désormais ouverte en continu pour laisser entrer les gens qui se pressent devant la scène.

Le silence que crée Micro-Ice en s'arrêtant à la fin du deuxième couplet augmente la tension et prend les spectateurs par surprise. Certains, qui avaient fermé les yeux pour mieux apprécier la musique, les rouvrent brusquement pour comprendre ce qui vient de se passer. Et il ne peuvent plus les refermer. La présence de Mei a pris toute la place et elle attire les regards comme la lumière attire les papillons.

Le refrain retentit à nouveau et la rage contenue qu'y met la chanteuse accompagnée par la tristesse de Tia arrache un frisson à la plupart des gens. L'arythmie créée par Micro-Ice dans le troisième couplet est presque désagréable, presque trop puissante avec les plaintes du violon. Trop vrai, trop profond, comme si les instruments sanglotaient vraiment.

Les accords rageurs de Sinedd ne font qu'augmenter le malaise et Aarch, en se retournant, constate que personne ne bouge, absorbé par la chanson.

Quand le quatrième couplet revient avec les accords joyeux de Micro-Ice et Thran, le public se détend ostensiblement. Jusqu'à comprendre le sens des paroles. Puis Ahito, Micro-Ice et Thran arrêtent brusquement de jouer, et la foule sursaute presque comme un seul homme. Ne restent plus que Tia et Sinedd pour la dernière partie du dernier refrain, et la rage exprimée par les accords du guitariste trouve son écho dans la voix de Mei.

Did you feel ashamed
(As-tu ressenti la honte)
When you saw your daughter's
(Quand tu as vu la tombe)
Grave?
(De ta fille ?)

Encore une fois, la gorge de la jeune fille s'est nouée au dernier mot. C'est plus fort qu'elle. Dans le silence d'à peine quelques secondes créé avant le dernier couplet, elle croit entendre un sanglot. Quand elle reprend son chant accompagnée par Tia, pourtant, rien ne laisse deviner sa surprise. Puis Tia abandonne la partie à son tour, comme si les sentiments n'existaient plus. Comme s'il n'y avait plus rien d'autre que les mots.

But her endless agony
(Mais son infini tourment)
Now belongs to me
(Est le mien à présent.)

Les deux derniers vers dispensés par la voix pure et puissante de Mei arrachent un dernier frisson aux spectateurs avant que le souffle d'un silence s'installe. Il faut une ou deux longues secondes avant que la vague d'acclamations se lève et secoue la salle. Et comme une vague contre la falaise, elle s'écrase sur la concentration des musiciens. Un frisson traverse Aarch et il se tourne vers la porte grande ouverte à travers laquelle il constate qu'une foule s'amasse dehors. Il se recentre sur ses protégés quand il entend les coups de baguettes de Rocket. Le groupe ne laisse pas l'énergie retomber et continue sur sa lancée d'une façon quasi professionnelle. Même Micro-Ice ne s'éparpille pas. You give love a bad name remet le public dans une ambiance plus festive, puis la dernière reprise d'Aber'dim est moins puissante émotionnellement, mais continue de scotcher le public et leur deuxième composition originale les maintient en haleine.

Les applaudissement fournis sont rassurants pour les jeunes qui commencent à fatiguer face à l'intensité de cette soirée.

- Et voilà, c'était nous, on vous laisse avec notre carte de visite, Silence killer !

Cette version live là est encore meilleure que la première et certainement moins bonne que la prochaine. Les jeunes qui sont restés tout le concert entonnent le refrain dès la première fois, tapant des pieds et marquant le rythme. Quelques flashs saluent la prestation, et quand la dernière note retentit, l'ovation de la foule agglutinée devant et dans le pub fait presque trembler les vitres. Les sifflements continuent jusqu'à ce qu'une voix se fasse entendre alors que les musiciens, ayant fini de saluer, s'apprêtent à commencer le rangement :

- Une autre !

Des cris d'approbation résonnent un peu partout dans la salle et même dehors, puis la foule reprend en cœur :

- Une autre ! Une autre ! Une autre !

Les Silence killers se regardent, se tournent vers Sinedd qui hausse froidement les épaules avec un air de "je vous l'avais dit". Mei consulte ses pairs du regard, hoche la tête et retourne vers son micro :

- Merci de votre présence et de votre écoute ! Nous sommes extrêmement reconnaissants de votre accueil si chaleureux. Puisque vous insistez, voici notre toute dernière composition en date, Faith.

D'Jok donne un coup de pied sur sa pédale d'effet pour changer la saturation qu'il a utilisé pendant tout le concert et passer sur un overdrive plus léger, Thran caresse son clavier, Tia remonte son violon sous son menton, Rocket pousse ses dreads derrière ses épaules et se rassied derrière sa batterie en s'emparant de ses balais au détriment de ses baguettes habituelles.

Seul Sinedd a gardé le fuzz sur sa guitare qui donne une saturation froide, plutôt vintage et un peu sale. Un peu comme à son habitude désormais, il entonne un court solo lancinant, rejoint par la guitare au ton plus léger de D'Jok et celle de Micro-Ice à douceur ronde. Rocket caresse ses peaux à l'aide de ses balais et Tia regrette son Néolin avant de commencer sa partie : Le violon électroacoustique aurait eu un meilleur effet sur cette mélodie moins agressive. Mei colle ses lèvres maquillées au micro au moment où Thran écrase sa première touche et entame d'une voix douce :

I wish I could believe in you
(Je souhaiterais croire en toi)
Know I should put my trust in you
(Je devrais avoir confiance en toi)
I have heard you're in all of us
(J'ai appris que tu étais en nous tous)
They say we suffer in purpose
(On dit que notre souffrance a un sens)

But I don't think
(Mais je ne pense pas)
No I don't think
(Non je ne pense pas pas)
I could've faith in you
(Pouvoir avoir foi en toi)

You expected too much of me
(Tu en attendais trop de moi)
Your trials were too much to me
(Tes épreuves étaient trop pour moi)
Some obstacles cannot be overcome
(Certains obstacles ne peuvent être surmontés)
Without fury, hatred and rage
(Sans une haine enragée)

And I don't think
(Et je ne pense pas)
No I don't think
(Non je ne pense pas)
I could feel trust in you again
(Que je pourrais encore avoir confiance en toi )

Faith!
(La foi !)
Easiest way to live a content life
(Moyen le plus simple pour être satisfait)
But I want more
(Mais je veux plus)
Oh I need more
(J'ai besoin de plus)

I wanna tear your life apart
(Je veux éparpiller ta vie)
I wanna hear the dawn cracking
(Je veux entendre l'aube chanter)
I take the bet and I choose to feel
(Je prends le pari, choisis de goûter)
Being amazed with little things
(M'émerveiller de ces détails)

Pascal was wrong
(Pascal avait tort)
Yeah Pascal was wrong
(Oui, Pascal avait tort)
I choose to make or break
(Je choisis le quitte ou double)

Faith!
(La foi !)
Easiest way to live a content life
(Moyen le plus simple pour être satisfait)
But I want more
(Mais je veux plus)
Oh I need more
(J'ai besoin de plus)

When you become a real player
(Quand tu deviens un vrai joueur)
Put everything on the table
(Etale tout sur la table)
Small wagers are just ridiculous
(Les petites mises sont juste ridicules)

Faith!
(La foi !)
Easiest way to live a content life
(Moyen le plus simple pour être satisfait)
But I want more
(Mais je veux plus)
Oh I need more
(J'ai besoin de plus)

I wanna feel freedom in my palm
(Je veux sentir la liberté au creux de ma main)
And if I have to, I'll sell
(Et si je le dois, je vendrai bien)
My soul to this beloved Satan
(Mon âme à ce bien aimé Satan)
I'd rather burn with passion
(Je préfère brûler avec passion)
Than living your dull life
(Plutôt que vivre votre vie insipide)

Faith!
(La foi !)
Perfect way to live a boring life
(Moyen le plus sûr de s'ennuyer)
And I want more
(Et je veux plus)
Oh I need more
(J'ai besoin de plus)

Cette chanson a un rythme et une intonation plus folk que les autres, ce qui étonne Micro-Ice à chaque fois qu'il travaille dessus : Sinedd est pourtant le genre à aimer la saturation, comme il l'a prouvé avec ses autres compositions. Pour autant, le texte est égal à Sinedd. Le benjamin du groupe se demande comment Mei a pu accepter de chanter cette chanson aussi blasphématoire. Mais après tout, il font du rock, non ? N'est-ce pas un des grands clichés du style que d'acclamer Satan ?

Et puis... songe Micro-Ice en saluant une nouvelle fois le public sans trop y faire attention, si Sinedd devait être un poème, il serait sans aucun doute « Les Litanies de Satan », de Baudelaire. Pas sûr que la référence au poète romantique français parle à ses compagnons, cela dit. Exceptée peut-être Tia.

Elle, elle serait aussi légère et pure que du cristal. Pour autant, s'il devait la comparer à une œuvre littéraire, Micro-Ice pencherait pour Des Fleurs pour Algernon, sans savoir trop pourquoi. Peut-être la terrible force qu'elle renferme, sa tendresse et son inéluctabilité. Peut-être que Tia a un petit côté bulldozer, après tout.

Le guitariste secoue la tête en rangeant son instrument et en aidant mécaniquement ses amis à débarrasser la scène. Il ne fait absolument pas attention à la bonne humeur de ses amis ou à la liesse de la foule qui essaie de les atteindre. Il ne voit pas Sinned sortir, ni Tia se jeter au cou d'un Rocket rougissant. Ça lui arrive régulièrement de s'absenter, comme ça, laisser les commandes à son corps et prendre son esprit sous le bras pour aller vadrouiller ailleurs.

« Je bats la campagne, tu bas la campagne, il bat la campagne à coup de bâton » récite-t-il en silence, malgré un accent français lamentable. Jaques Prévert est un sacré poète français, lui aussi. Beaucoup plus moderne. Pour autant Micro-Ice ne pense pas lui ressembler, ni à lui ni à ses œuvres. C'est un jeu qu'il fait régulièrement comparer les gens de son entourage à sa bibliothèque. Parfois c'est facile, comme avec Thran ou Ahito : Le premier serait Fondation d'Isaac Asimov, un chef d'oeuvre de hard SF, technique et scientifique, et son frère serait quasiment le contraire en la forme d'Alice au pays des Merveilles, un conte complètement fou, inventif, sans limites.

D'Jok était plus difficile à cerner, même s'il le connaît depuis longtemps. Il est passé par plusieurs nominations, de Anthony Horrowitz à JK Rowling, mais finalement, quelques semaines plus tôt il a trouvé sa place avec le dernier roman de John Green, Will et Will. Ce bijou d'écriture, c'est son meilleur ami. Sa bêtise, ses erreurs, ses maladresses mais surtout, surtout, son amitié.

Ledit rouquin le sort d'ailleurs de ses pensées d'une tape bien sèche dans le dos qui manque lui déclencher un pneumothorax.

- Eh Mice, tu viens ? On va voir dehors où en sont les fils à papa ! Je suis sûr qu'ils sont en train de pleurer sur l'humiliation qu'on leur a fait subir !

Interrompant son travail de comparaison, le petit brun hoche la tête et emboîte le pas à son ami, suivi par le reste du groupe. Mei a retrouvé sa fierté et tient son menton bien haut en signe de défi. La foule s'écarte sur leur passage, mais leur envoie des compliments ou des tapes sur l'épaule. Ils répondent par des sourires et des remerciements d'usage, la tête bourdonnant encore de leur succès et des décibels qu'ils viennent de manger.

Sinedd est adossé au Phoebe's et fume sa cigarette en fixant l'entrée du Saint Nicholas'. Sans ciller un seul instant, il recrache sa fumée et sa bile de sa voix sarcastique :

- Ils ne sont pas encore sortis. A mon avis, ils vont prendre la porte de derrière pour ne pas avoir à se mettre à genoux.

- On les a déjà mis à genoux, rétorque Tia d'un ton caustique qui ne lui ressemble pas.

Définitivement bulldozer, confirme mentalement Micro-Ice. Il jette un coup d'œil à la cigarette de Sinedd qu'il porte à ses lèvres. Il s'en grillerait bien une, lui aussi, après toutes ces émotions. Mais il y a trop de public pour ça. Ahito intercepte son regard et lui fait un signe de tête : il auront leur chance, plus tard.

A la surprise de tout le monde, Mei se lasse rapidement d'attendre et traverse la rue pour entrer dans le pub d'en face. Les fans des Red Tigers s'écartent avec ébahissement en la voyant arriver, et elle passe la porte avant que le reste de son groupe se remette de sa surprise. Ils s'empressent de la rejoindre avant qu'un quelconque massacre ait lieu, mais il arrivent à peine à temps pour entendre la fin de la tirade de leur chanteuse :

- ... l'insigne honneur de baiser mes chaussures. Fais gaffe, même toi tu aurais mal au portefeuille si tu me les abîmes.

Davis, qui fait face à Mei courageusement malgré la rage qui émane de la jeune fille, s'autorise un sourire narquois et un pas en avant. En dépit de sa carrure plutôt imposante, il est obligé de lever légèrement la tête pour continuer à regarder la brune dans les yeux. Faiblesse qu'elle lui laisse ressentir avec sévérité.

- Y a bien des choses à toi que je voudrais baiser ma belle, et ce n'est certainement pas tes chaussures.

D'Jok est aux côtés de Mei en un instant, Micro-Ice de l'autre peu de temps après, et Sinedd s'immisce à côté de Davis avec la vivacité d'un serpent.

- Je serais toi je m'arrêterais là, siffle-t-il d'un ton dangereux. Tu voudrais pas qu'on lâche notre tigresse, qui sait ce qu'elle pourrait te faire. Ta joue est encore un peu rouge.

Sa dernière remarque est accompagnée d'un geste doucereux et létal sur le visage du gaillard qui perd quelques couleurs et pose son regard sur Tia, maintenue avec douceur par la grande main de Rocket sur son épaule.

Les yeux de la blonde lancent des éclairs et promettent mille tortures s'il continue son petit discours.

Ses épaules s'affaissent, il jette un coup d'œil circulaire à la salle et découvre que son groupe s'est éparpillé dans la pièce pour parler avec des fans. Il est seul, entouré de cette espèce de gang hétéroclite qui ne paraît plus si inoffensif et décide que, pour cette fois, il n'y a pas de honte à choisir la retraite stratégique.

Il se défait de la présence étouffante de Sinedd toujours dans son espace vital et hausse les épaules avec mépris.

- Peuh, quand on vient chercher les ennuis, on ne s'étonne pas de les trouver. C'est cette sainte nitouche qui m'a cherché. Enfin avec elle, pas besoin de s'inquiéter pour trouver un producteur si Aarch vous largue. Un petit passage sous le bur...

Il n'a pas le temps de finir sa phrase. Tia a été plus rapide même que Sinedd qui était pourtant moins loin, et cette fois-ci, c'est son genou qui frappe. Très bon moyen de protéger sa main et de viser une zone visiblement plus importante.

- Tu aurais dû te contenter de perdre à la loyale, conclut-elle avec de l'acier trempé dans la voix. Ça t'aurait fait moins mal.

Alors qu'il est à quatre pattes en train d'essayer de retrouver sa respiration et sa virilité si chère à ses yeux, un flash éblouit les Silence Killers.

Heureusement, Aarch arrive à cet instant et surprend le photographe avant qu'il ait le temps de s'éclipser. Clamp de son côté évacue discrètement les jeunes gens au Phoebe's où il sont rejoints quelques minutes plus tard par leur producteur et manager.

- M. Anderson a bien gentiment effacé sa photo embarassante, mais il serait très heureux de prendre quelques photos du groupe pour parler un peu de la réussite de votre concert dans son journal lundi. Super, non ?