Chapitre 2
« Encore une fille ?! »
« Elle est morte ? Sa peau est aussi pâle qu'un linge. »
Je pouvais sentir quelque chose de dur s'enfoncer dans mon dos, on aurait dit un rocher. C'était presque aussi insupportable que les multitudes de voix aux alentours. J'ai roulé sur le côté et me suis recroquevillée pour plus de confort.
« Non, elle est en vie. Elle doit seulement être pâle au naturel. Elle vivait peut-être dans une grotte. »
… Si ce n'était pas un rêve, de quoi s'agissait-il ? Mes yeux s'ouvrirent d'un coup et je me levai droite comme un piquet, regardant sauvagement autour de moi. J'étais assise dans une clairière à l'orée d'une forêt sombre. Les arbres se balançaient lugubrement dans une brise légère et tout à proximité était à l'état sauvage, des plantes sauvages aux côtés de buissons sauvages. Une ambiance tout droit sortie d'un film d'horreur.
J'étais encerclée par une douzaine de garçons, chacun habillés comme des minis Robin des Bois. Tous vêtus en marron et vert foncé, tenant des arcs et des épées. Ils étaient alignés selon leurs âges, cela allait de douze ans jusqu'à, à peu près, mon âge. Ils avaient tous l'air de ne pas s'être lavés depuis plusieurs semaines. Leur visage était couvert de saletés et leurs vêtements étaient tout déchirés.
Disposée à me remettre sur pied, je fus tout à coup saisie d'un haut-le-cœur. Je m'abandonnai une nouvelle fois au sol et glissai une main dans mes épais cheveux noirs. « Bon sang, qu'est-ce qui m'arrive ?! »
« On a rien fait. » Je haussai un sourcil à l'intention du garçon qui venait de parler. Il avait une capuche, mais je pouvais voir des mèches blondes dépasser. Je remarquai aussi une cicatrice lui barrant le visage. Sa voix était profonde et un peu effrayante.
Je plissai les yeux. « Oh vraiment ? Pourtant, la dernière chose dont je me souviens, c'est que je- » je m'arrêtai brusquement.
Le plus âgé de tous croisa les bras. « Que tu quoi ? »
Je fronçai les sourcils essayant désespérément de me souvenir. Malgré tous mes efforts, je ne pus reconstituer ce qui s'était passé la veille.
« Cela n'a pas d'importance, » ai-je finalement lâché. « Ce qui importe, c'est que je ne devrais pas être ici. »
Un autre garçon aux cheveux noirs se moqua. « Ça, c'est sûr. »
« Silence, » lui chuchota l'autre garçon. « Laissons Pan se charger de ça. Il doit savoir qu'elle est ici. »
« Pan ? » ai-je demandé septique. « Qui est-ce ? »
« Notre chef, » répondit fièrement un des plus jeunes garçons.
Pan. Ces gamins avaient vraiment besoin d'une bonne coupe de cheveux. Une minute... ça ne pouvait pas être ça. Je les dévisageai un par un et sentie les coins de ma bouche se contracter.
« Attendez, Pan ? Comme dans Peter Pan ?! » je fis un gros effort pour me tenir droite, m'efforçant de ne pas dégobiller. Sérieusement, qu'est-ce qui s'était passé la nuit dernière pour que je me sente aussi nauséeuse ?
Je les ai dévisagés beaucoup plus attentivement avec leurs armes et leurs tenues. « Les mecs, vous vous prenez sérieusement pour les Garçons Perdus ? »
« Nous sommes les Garçons Perdus, » rétorqua le garçon à la cicatrice. « Tu es à Neverland, fillette. »
Je jetai un rapide coup d'œil autour de moi, réprimant un rire. Il était vrai que cet endroit donnait le sentiment d'être magique quand on y regardait de plus près, mais c'était invraisemblable que je me sois retrouvée à Neverland. Pour l'amour du ciel, cette île sortait tout droit d'un conte de fées !
J'ai joint mes mains entre elles et les ai dévisagés avec une once de pitié. « Écoutez, je comprends très bien que vous soyez tous très, très malade. Mais si vous m'aidez à rejoindre la ville la plus proche, je pourrais vous aider à rentrer chez vous, ou bien, vous emmenez dans un hôpital, ou probablement en prison. Qu'est-ce que vous en dites ? »
Chacun leurs tours, ils ont éclatés de rire. Ce n'était pas bon signe, vraiment pas bon.
« Tu ne trouveras aucune ville ici, fillette, » m'annonça le garçon aux cheveux bruns. « De plus, nous désirons tous rester ici avec Pan. »
J'ai roulé des yeux. « Eh bien, le petit Peter pourra nous suivre s'il le souhaite. » Je me suis mise à pouffer. « Mais s'il me propose de jouer au papa et à la maman avec vous les gars, ça posera problème. Je suis loin d'être une petite fille comme Wendy. »
« Mais rassure-toi, ce n'est pas une honte, » une voix traînante s'éleva derrière moi.
Mon sourire se figea sur mon visage tandis que tous les garçons se redressèrent d'emblée, comme si un roi venait d'entrer.
Je me détournai lentement et aperçus un jeune homme mince mais musclé me sourire d'un air goguenard. Il avait de courts cheveux blonds, sales et coupés juste au-dessus des oreilles. Ses yeux étaient d'un profond gris-bleu. Je me sentis faiblir sous son regard.
« Peter Pan, je présume ? » demandai-je d'un ton embarrassé, espérant qu'il passe inaperçu.
« Le seul et l'Unique, » répondit-il avec un regard malicieux.
Je hochai posément la tête. « Je vois. Eh bien, dans ce cas... »
Ni une ni deux, je pivotai et piquai un sprint en direction de la clairière. L'effet de surprise me fut d'une grande aide. Alors que j'étais loin devant eux, je pouvais tout de même les entendre se quereller derrière moi.
Ignorant les nausées, je m'enfonçai à travers les immenses plantes tout en esquivant de mon mieux les arbres. Je faillis trébucher lorsque mon pied se prit dans une racine, mais me rattrapa du mieux que je pus. Je ne pouvais plus m'arrêter de courir, du moins pas quand j'étais poursuivie par une bande de gamins sauvages.
Une fois que je fus assez loin et hors de portée, je me réfugiai derrière un buisson qui se trouvait sur ma droite et me mise en boule derrière. Mon plan marcha à merveille. Je les vis me dépasser un par un. Bande d'idiots.
Tandis que le bruit de leur pas s'estompait petit à petit, je me redressai et sortie de ma cachette pour reprendre ma course à contre-sens.
« Et maintenant où penses-tu aller comme ça ? »
Je m'immobilisai brusquement, tombant nez à nez avec le regard amusé de « Peter Pan ».
« Qu'est-ce que je fabrique ici ? » demandai-je en grinçant des dents.
Il soupira. « Eh bien, malheureusement mon ombre t'as ramassé la nuit dernière pour une raison que j'ignore. Il est reparti avant que je ne puisse lui poser la question. »
« Si ma place n'est pas ici, pourquoi ne me laisses-tu pas partir ? » ai-je presque supplié.
« Je ne peux pas, du moins pas tant que mon ombre ne soit revenue, fillette, » rétorqua-t-il en roulant des yeux.
Sans que je ne puisse l'en empêcher, mes yeux vacillèrent de droite à gauche à la recherche d'une issue de secours.
Bien sûr, il le remarqua. « Je ne voudrais pas que tu essayes de t'échapper de nouveau, » dit-il avec une pointe d'avertissement dans la voix. « Auquel cas Neverland te mangera vivante. »
Ses mots déclenchèrent quelque chose en moi. Je posai une main sur mon front et essayai de me souvenir.
« Tu te feras bouffer là-bas ! »
Mes yeux s'agrandirent. Les événements d'hier inondèrent brusquement mon esprit. Je me vis quitter la maison de Paul, alias mon « tuteur », puis m'envoler pour le Maine.
« Au fait, d'où est-ce que tu viens ? » demanda-t-il d'un ton désinvolte.
« Je me suis enfuie, » ai-je lâché. « Et puis... » j'ai creusé plus profondément dans mon esprit. Mon avion avait atterri dans le Maine et j'étais entrée dans un motel, puis...
Je hoquetai. « Ce fils de pute m'a drogué ! » Ce qui expliquait pourquoi je me sentais si mal.
Mes jambes flageolaient alors que je me rappelais petit à petit de ce qui s'était passé par la suite. Ce mec, Brandon, m'avait presque violé parce que j'avais réagi bêtement durant la soirée.
Mais je décidais de garder cette partie de l'histoire pour moi. À présent, je regardais Peter Pan les yeux écarquillés. « Ton ombre m'a sauvé, » ai-je chuchoté. « C'est vraiment toi. »
Pour seule réponse, il continua de me sourire malicieusement.
Doucement, je fis marche arrière. « Quelque chose me dit que tu n'es pas réellement le petit garçon espiègle qui passe son temps à s'amuser, j'ai raison ? »
« Ne te méprends pas, j'adore m'amuser. » Il fit un pas vers moi. « Bien que ce ne soit pas toujours très agréable pour les autres, » dit-il, une lueur sombre dans les yeux.
Je refis un pas en arrière. « Tu ferais mieux de garder tes distances ou je hurle. »
J'ai aussitôt regretté mes paroles lorsque je vis sa mâchoire se crisper et ses yeux se plisser. Durant quelques minutes, il garda le silence, braquant son regard méprisant sur moi. Je décidai de le fuir jusqu'à ce qu'il m'agrippe la mâchoire m'obligeant à le regarder. Ses yeux bleus-gris se verrouillèrent automatiquement sur mes yeux marron.
« Tu ferais mieux de ne pas commencer à me donner d'ordres, fillette, » dit-il dangereusement. « Neverland est sous mon contrôle. Les Garçons Perdus sont sous mon contrôle. » Il resserra sa prise. « Et toi aussi par la même occasion. »
« Va te faire voir ! » ai-je craché, essayant de dégager ses doigts de mon visage. « Je ne suis pas juste une « fillette » figure-toi. J'ai un nom et des sentiments. Et j'en ai marre qu'on essaye toujours de me dominer. De plus, j'ai horreur d'être touchée par n'importe qui ! »
Il me regarda pensivement tandis que je continuais mes pitoyables efforts pour enlever sa main de mon visage, puis me lançant un de ses regards furieux, il retira sa main et me demanda.
« Dans ce cas, quel est ton nom ? »
« Amy » ai-je répliqué amèrement, frottant ma mâchoire. Mieux vaut pour lui qu'il ne m'ait pas laissé de marques.
« Juste Amy ? » questionna-t-il, haussant les sourcils. Il n'avait plus l'air énervé. Seulement, effrayant. Et un peu curieux.
« Juste Amy, » ai-je affirmé. Il n'avait pas besoin d'en savoir plus. « J'ai laissé tomber mon nom l'an dernier. »
Il laissa échapper un rire sombre. « Tu es vraiment perdue, n'est-ce pas ? »
« Je ne suis pas perdue, » ai-je cassé. « J'ai été kidnappée ! Mais je me sens mieux toute seule, merci. »
Il me considéra pendant un moment en hochant la tête. « Je vois ça. Te voilà séparé de chez toi depuis quelques heures maintenant et déjà, tu profites de tes nombreux avantages. »
Je grinçai des dents. « Ce ne sont pas tes affaires. Tu as juste à demander à ton ombre affreuse de me ramener chez moi, comme ça, tu ne m'auras plus dans les pattes. »
« Je ne pense pas non, » ajouta-t-il en se rapprochant doucement de moi. « Tu vois, de nombreuses filles sont déjà venues ici avant toi. Mais aucune d'entre elles n'a réellement « collé ».»
J'ai senti mon cœur battre de plus en plus vite. Il n'allait pas dire ce que je pensais qu'il allait dire, si ?
« Mais toi, » continua-t-il tout en s'avançant, tandis que je continuais de reculer, « Tu es différente. Tu corresponds. »
Je secouai rapidement la tête en reculant davantage. Du moins, jusqu'à ce que mon dos heurte un arbre. Peter mit ses mains de chaque côté de ma tête.
« Bienvenue à Neverland, Améthyste. »
C'est à ce moment-là que je compris. Il avait parlé à son ombre. Il savait tout de moi. Son ombre m'avait sûrement espionnée durant des semaines pour ce que j'en savais. Mon arrivée avait été préméditée par Pan pour des raisons que j'ignorais. Toute cette conversation faisait sans doute partie de son jeu pour savoir si je serais assez divertissante pour lui. Et j'étais tombée dans le piège. Paul avait eu raison, j'avais été incapable d'y arriver toute seule. La seule pensée que l'ex petit ami de ma mère ne s'était pas trompé me plongea dans une colère noire.
Je serrai les poings, luttant contre l'irrépressible envie de lui foutre mon poing dans la face. « Salaud ! » ai-je craché, furieuse. « Je te le redemande, qu'est-ce que je fais ici ? »
Il afficha un sourire narquois. « Tu seras très utile dans ce qui est à venir, Amy »
Je suis restée bouche bée. « Qu'est-ce que ça veut DIRE ?! »
« Tu comprendras bien assez tôt, » promit-il malicieusement. « Mais maintenant, il faut dormir. »
Et avant que je n'aie pu lui balancer une réplique sarcastique, je sentis mes jambes se dérober sous mon poids et ses bras se refermer autour de moi. Et sans que je ne puisse faire quoique ce soit, je fus plongée dans un sommeil profond.
