« Entre la vérité et le mensonge »
CHAPITRE 5
Empire de Jen – Capitale de Wu
Le soleil était radieux pour le dernier jour de la fête. Dans les rues de ville de Wu, non loin du centre-ville, se pressait un monde fou, venu observer le petit groupe d'invités qui accompagnait le roi, Oikawa Tooru. L'agitation était sans bornes. Les gens se bousculaient en hurlant tandis que les soldats tentaient vaillamment de les éloigner du groupe. Ainsi, les habitants, qui ne pouvaient ni entendre, ni les approcher, se contentaient de les admirer de loin. On pouvait entendre des phrases comme « La Reine Kiyoko Shimizu ! » « Elle est aussi magnifique que les rumeurs » « Le Roi Tsukishima Akiteru II » « Mais avez-vous vu sa sœur ? Elles ne se ressemblent pas ! » « Pas du tout même » « Vous avez vu comment ils sont habillés ? Comme c'est étrange ! ». Un soldat, du nom de Kunimi Akira, de son poste observation, regardait d'un œil amusé l'agitation propagée. Il ne pouvait voir ça qu'à partir d'un tableau éloigné - mais cela ne l'empêcha pas de deviner ce qu'il se passait.
Quelqu'un tapota soudainement son épaule. Akira leva les yeux – puis il salua la personne concernée, avec son ton naturellement nonchalant. C'était un jeune homme, un personnage sous le nom de Kindaichi Yutaro. Il était grand, les épaules droites et carrées, âgé à peine d'une vingtaine d'années et avait un caractère bien différent de son collègue. Il avait aussi la particularité d'avoir un visage exprimant constamment une colère peu commune – alors que celui-ci n'exprimait parfois justement rien. S'ajoutait à cela une coupe de cheveux incroyablement étrange, longiligne et droite - qui permettait à ses collègues de le reconnaitre partout où il allait.
Akira Kunimi le connaissait bien. Tous deux avaient commencé en même temps leur formation militaire au lycée Aoba johsai – un des prestigieux lycées de l'Empire – avant de devenir soldats de la garde royale. Ils avaient aussi fréquenté le même collège – Kitagawa Daiichi - qui lui aussi, était de renommée nationale. En plus de ces nombreux points communs qu'ils possédaient – était qu'ils avaient également fait tous les deux, connaissance de Kageyama Tobio – une élite fréquentant leur collège à cette époque. Ce dernier n'y resta pas longtemps, très vite invité à s'entrainer au lycée, puis par la garde royale. Kunimi se souvint avoir exprimé une certaine rancœur envers ce dernier – et ce sentiment était également présent chez Kindaichi. Cependant, n'ayant pas communiqué longtemps avec Kageyama – il l'oublia peu à peu – les examens de son cursus scolaire occupant son esprit et ayant presqu'adoucie ce qu'il ressentait. Lorsqu'il fut enfin admis à la garde royale, Kageyama l'avait déjà quitté – aussi, se rendit-il compte que ce n'était en vérité pas de la haine qu'il exprimait : mais de la rivalité. Kindaichi ressentait sûrement la même chose le jeune homme. C'était dur à admettre, mais ils ressentaient tous les deux, un respect incertain envers Kageyama.
« Alors, du nouveau ? »
La voix de coéquipier tira Kunimi de sa rêverie. Le menton plaqué dans une main, les yeux du jeune homme parcoururent lentement la ville avant de se rejeter une nouvelle fois sur le groupe. La capitale Wu, lui parut soudainement lointaine. Le soleil embrasait le haut de la ville. Un paysage magnifique, uniformément lumineux, qui s'étendait à perte de vue. Les habitants filaient dans les rues, en direction du vacarme, ou pour gagner leurs bureaux.
« Rien » souffla-t-il « Comme d'habitude, la visite de la ville tout ça… ».
« De quoi ? Oikawa ? Ouais, je les ai vu partir ce matin »
Kindaichi tomba sur sa chaise, épuisé – comme si quelque chose le secouait. A côté de lui, reposait une petite table, garnie de bouteilles d'eau. Le jeune homme tendit sa main pour en saisir une, puis avec son autre main, une seconde. Il lança cette dernière vers son collègue, qui l'attrapa en le remerciant. Tous deux se mirent alors à parler, de tout et de rien, comme à leur habitude, tout en observant attentivement les rues de la capitale. Leur conversation s'arrêta soudainement, avec l'arrivé d'un visiteur peu commun : le Conseiller Takahiro Hanamaki. C'était un homme grand, la peau blanche, avec des yeux en forme d'amande. Très intelligent et très actif, par d'instinct d'homme sage, il s'inclina devant eux en les saluant. Ce geste déconcerta d'ailleurs un peu ses deux subalternes, qui rougirent violemment avant de s'échanger un regard incrédule.
« Conseiller Hanamaki ! » hurla soudainement Kindaichi en se redressant.
« Oh bon sang » se disait-il « Mais qu'est-ce qu'il est venu ici ? » - ce n'était en effet pas commun de voir le conseiller dans les parages. Aussi avait-il une raison peut-être était-il venu les réprimander ? Mais contre toute attente, ce dernier pensait à tout autre chose : sa conversation en privée qu'il avait eue avec Matsukawa et le directeur de la prison de Wu. Sentant des regards posés sur lui, il donna des tapes amicales sur les épaules des deux concernés : ce respect et cet effroi qu'ils ressentaient envers lui, l'amusait presque. Puis il demanda s'ils n'avaient pas vu par hasard le soldat Kyoutani. Ces derniers répondirent qu'il était sûrement en pleine entrainement avec Shigure.
Shigeru jeta une nouvelle fois son regard sur son adversaire. Celui-ci était épuisé, le visage mutilé par ses nombreuses cicatrices. Le lieutenant soupira. Autant était-il heureux de voir son disciple commencer sérieusement son entrainement, autant celui-ci avait justement pris TROP les choses au sérieux. Ainsi, au lieu des habituelles armes en bois dont ils avaient affaire, Kyoutani demanda de s'entrainer avec de vraies armes – une requête que Shigeru refusa d'abord, avant de se rendre compte que son élève avait déjà saisie une épée. Le combat ne dura au final que quelques minutes – dû à l'expérience du lieutenant. Ce dernier n'hésita pas à sanctionner Kyoutani. Ce dernier fut consigné à rester toute la soirée dans sa chambre, surveillé par son camarade de chambre, qui accepta volontiers la tâche après avoir reçu la bénédiction du lieutenant.
Après avoir hurlé sur son disciple, Shigure rangea son arme, excédé, avant de se diriger vers un couloir du Palais. Celui-ci était en pleine activité : les domestiques ruaient de partout tandis que le lieutenant se contentait de regarder planté là, le spectacle sous ses yeux. Shigeru se mit alors à penser à la soirée de ce soir – celle-ci avait donc une si grande importance ? Le visage d'une jeune fille émergea soudainement dans sa tête. C'était celui de Yachi, qui l'avait intrigué la première fois qu'il l'avait rencontré. Shigeru secoua la tête, de toute façon, il n'était pas prêt de la revoir, la fête avait lieu ce soir, et n'était pas destinée à des soldats comme lui. Aussi, se dirigea-t-il vers sa chambre, pour un court repos, afin d'être en forme, pour assurer la sécurité de la soirée de ce dernier jour.
Sept heures du soir sonnait à travers la ville. Le soleil commençait doucement à se coucher. Les invités gagnaient lentement le château. Les fenêtres du palais, ordinairement éteintes, étaient ardemment éclairées – et les rues attenantes subissaient le même sort. Quelques minutes s'écoulèrent. Le hall était maintenant incroyablement encombré – on avait l'impression que tout le monde s'était rassemblé à la suite de l'installation du buffet. Les odeurs les plus alléchantes se propageaient à travers la pièce. Au fond de la salle de réception, une longue table où de merveilles gastronomiques se dressait. Des plats fumants de viande rouge, des légumes des champs, du poisson fumé, du poulet grillé, de la soupe, sans oublier les diverses variétés de pains, les plateaux de fromage, les fruits, les tartes, les gâteaux, le vin, de la bière, et pleins d'autres choses.
La princesse de l'Empire observait d'un air détaché, les mets entreposés.
D'ordinaire, la nourriture avait la fâcheuse tendance de l'intéresser, provoquant presqu'une seconde personnalité à la jeune femme. Par gourmandise, elle pouvait se jeter dessus et manger pendant plusieurs heures, sans faire attention à quoiqu'il ne puisse l'entourer (au grand dam de sa grande sœur). Mais aujourd'hui, rien ne l'attirait. Elle se contentait de regarder là, d'un œil calme, les plats inondés de saveur exquise.
Ce n'était pas le cas de ses deux camarades, qui salivaient – la mine tout de même discrète. Yachi, qui avait pressenti leur faim, ferma les yeux. En fait, une toute autre chose occupait son esprit – la récente conversation qu'elle avait eue, elle et les autres invités, avec Oikawa. Qui était Ushijima ? Ce nom ne lui disait absolument rien. Mais outre cela, c'était surtout la réaction étrange, qu'avait eu son fiancé. D'ordinaire celui-ci avait tendance à afficher une mine constamment impassible, mais cette fois-ci , pour la première fois, le jeune homme avait l'air complètement bouleversé.
Le regard de la jeune femme se posa machinalement sur Hinata et Kageyama. Peut-être étaient-ils au courant de quelque chose ? Mais non enfin, que racontait-elle ? Hinata et Kageyama se connaissaient à peine et Tsukki ne leur adressait presque pas la parole. Comme convenu, la présence des deux chevaliers altérait l'ambiance de la pièce – beaucoup se demandait comment – et pourquoi les deux soldats se trouvaient là, alors qu'ils en avaient l'interdiction. La princesse, qui était habituée du regard méprisant que lui jetaient certains membres de la cour – afficha une mine impassible. Le roi lui avait en effet accordé la participation de ses deux chevaliers, à condition de rester à l'écart, dans un coin de la salle. Aussi, la jeune femme leur demanda de faire la chose demandée.
Kageyama et Hinata s'exécutèrent. Aussitôt eut-elle dit ça qu'ils avaient déjà disparu, se tenant discrètement dans un couloir à proximité de la salle. La princesse soupira. Elle jeta ensuite de nouveau un regard sur le buffet. La faim faisait gargouiller son estomac. Elle se mit à jeter des regards furtifs autour d'elle. Dans tous les cas, que risquait-elle ? D'être perçue comme une gourmande ? Tant pis – et tant mieux, si les gens la laissaient tomber pour ça…. Cette réflexion lui fit serrer les poings. La jeune femme se souvint des propos de sa sœur, qui lui avait ordonné de bien paraitre devant les membres royaux des pays adverses.
Elle l'avait presqu'oublié. Peut-être était-ce parce qu'elle était trop bien entourée ? La jeune femme se sentait en effet, plus à l'aise dernièrement. Sans doute parce qu'elle était constamment accompagné de deux personnes de son âge ? Peut-être… en tout cas, c'était sûr : la jeune femme affectionnait leur présence. Ces derniers se tenaient toujours dans le couloir, sans cesser de la fixer, immobiles, dans l'attente de recevoir un ordre. Un nouveau soupir. C'était à peine leur premier jour et ces deux-là s'étaient déjà mis une pression déjà énorme. Bien entendu, la jeune femme leur avait part de ses sentiments mais tous deux se ravisèrent, trop peu habitués à la cour – Hinata surtout. La mine blêmie du jeune homme montrait parfaitement le malaise qu'il ressentait. Cependant il ne broncha pas. Bien au contraire, il pensait que cette fête serait une excellente expérience en tant que soldat d'élite. Kageyama, qui conspirait à ses côtés, se contentait de l'observer d'un œil morne : le jeune homme était habitué à ce type d'ambiance. Pire encore, il avait récemment retrouvé, quelques heures plus tôt, un de ses employeurs.
Plus loin, la princesse entendit davantage de bruit. Ce n'était pas vraiment un vacarme, mais les invités s'étaient empressés de voir quelque chose. La jeune fille s'avança, puis recula aussitôt de quelque pas lorsqu'elle comprit de quoi il s'agissait.
Sa sœur, Kiyoko Shimizu, une magnifique jeune femme de 23 ans – était le centre de l'attention.
Le regard de Yachi s'attarda sur les visiteurs. Les gentes dames et les seigneurs richement vêtus discutaient avec enthousiasme autour d'elle. La jeune fille croisa les bras, de gêne, se sentant soudainement mal à l'aise – son sourire s'exprimait cependant toujours sur son visage. La cour, les nobles, cette ambiance, elle devait la vivre chaque année, plusieurs fois par an (car elle ne pouvait pas fuir la totalité des soirées mondaines) – elle ne l'aimait pas. Yachi, déjà peu expérimentée, se sentit comme écrasée par les rires amusés des invités. Aussi, décida-t-elle de s'éloigner un peu…
Mais à peine avait-elle bougé que le duo était déjà à ses côtés. La princesse insista : « Ce n'est pas que je n'aime pas cette fête » avait-elle dit, « Mais j'ai vraiment besoin d'être un peu seule ». Mais à sa grande surprise, la réponse fut catégorique :
« Sa Majestée nous a demandé de veiller sur vous, Mademoiselle. »
« Mais… »
Elle tira une mine attristée, qui fit déstabiliser un peu les deux jeunes hommes. « Si on la fait pleurer, on est mort » se dit Hinata.
« Je m'inquiète…. A propos de Tsukki …»
Un silence pesant s'installa. Hinata balbutia, se souvenant du visage qu'avait exprimé jeune prince – à ce moment-là, il avait l'air énervé – choqué par ce nom que lui avait annoncé Iwaizumi. Saurait-il quelque chose ?
A peine eut-il pensé ça qu'une voix surgit derrière eux, les faisant presque sursauter :
« Ça parle de nous ? »
C'était Akiteru. Le jeune homme se tenait là, avec son habituel sourire radieux. Kageyama se redressa, Hinata en fit de même – étouffant un cri de surprise. Yachi fut la seule à faire le premier pas. La jeune fille s'avança, la tête timidement baissée.
« Oui…. On voulait savoir pourquoi Ts… Kei… avant votre frère… mon fiancé avait l'air autant affecté par Shiratorizawa. »
Akiteru écarquilla les yeux. Il était bien rare de voir Yachi ainsi. Le jeune homme n'était pas habitué à voir la jeune fille s'intéresser à Kei de cette manière – d'habitude, elle l'aurait regardé de loin, les mots aux lèvres, sans dire quoique ce soit. Une expression de tristesse assombrit son visage avant d'afficher un sourire adouci.
« Vous souhaitez vraiment savoir ? »
« Oui » fit-elle aussitôt en se redressant de nouveau.
Akiteru émit un petit soupir, avant de s'exclamer :
« Bien… par contre ce n'est pas une chose que je veux vous raconter ici » poursuivit-il en baissant la voix « Tenons-nous à l'écart ».
L'instant d'après le petit groupe disparut derrière une cour, à l'abri, loin des regards. Akiteru attendit un instant, puis voyant que personne ne soutenait la conversation, il engagea :
« Il y a quelques années, Kei et moi, vivons auprès de notre père et notre mère – qui étaient le Roi et la Reine de Fa. »
Il eut un rire nerveux, évidemment qu'ils étaient au courant. Aussitôt, il se racla la gorge puis reprit :
« Enfin ça, vous êtes au courant bien entendu bref, nous suivions tous les deux une éducation plus ou moins normale, pour les membres d'une famille royale – à la différence que moi, qui devait hériter du trône, eut une éducation un peu plus poussée que celle de mon frère, qu'on laissa derrière…. Ainsi, s'est développé en lui un caractère discret – il ne disait plus grand-chose, et il ne broncha pas lorsque père lui apprit ses fiançailles avec toi, Yachi. »
Yachi baissa les yeux, avant d'afficher une expression de tristesse elle éprouvait une certaine culpabilité. Cependant elle comprit tout de suite ce que ressentait Tsukki au sein de la cour : tout comme elle, le fait d'être le second et dernier de la famille lui assurait une certaine transparence.
« Enfin, ce n'est pas ta faute bien entendu ! (il dit cette phrase en la regardant dans les yeux) Nos parents avaient décidé les choses ainsi ! Kei était encore trop jeune pour comprendre … mais malgré son jeune âge, il passait son temps à la bibliothèque, dévorant à longueur de journée les ouvrages que possédait cette dernière. Nos parents, qui ressentaient l'intérêt qu'éprouvait mon frère envers les livres, décida de fournir davantage de livres – aussi intéressants que les uns que les autres. Kei s'est à la suite encore plus plongé dans ses livres….. Bon ce n'était que des livres pour enfants bien sûr, mais c'était déjà très bien pour quelqu'un de son âge ! Et Père en était très fier. »
Akiteru s'arrêta, la mine plus assombrie encore. Comme Yachi et Kageyama, Hinata sentait la tragédie arrivé. Le jeune homme leva alors les yeux, compatissant Akiteru. Visiblement, le jeune homme avait du mal à poursuivre la conversation – mais celui-ci prit une longue inspiration avant de poursuivre :
« Ainsi, nous avions tous les deux eut une excellente éducation. Que ce soit en art ou en combat. Jusqu'à ce tragique évènement. Je venais tout juste d'avoir seize ans et rentrais d'un entrainement. Il était tard, c'était la nuit. Il devait être minuit tout au plus. Mais seule la lune, Kei et moi, furent témoins de cet évènement… »
Akiteru sentit sa gorge se nouer. Il regarda un instant ses interlocuteurs. Ils étaient debout, la mine grave, l'écoutant et le regardant toujours en face.
« Je montais les escaliers alors que j'entendis soudainement… un énorme cri. Un cri d'effroi, d'horreur, ainsi que des pleurs…. C'était ceux de mon frère. J'ai alors dévalé les escaliers, à toute vitesse, pour voir ce qu'il se passait. »
Akiteru s'arrêta de nouveau. La peur le gagnait de nouveau. Aussitôt, il ferma les yeux, reprenant son souffle. Non ! Il devait dire les choses ainsi ! Il devait enfin raconter ce qu'il s'était passé. Seules, quelques personnes étaient au courant. Mais à part Kei, personne ne le croyait. Il avait beau raconter ce qu'il avait vu, Kei ne l'aidait pas sur cette affaire. Au contraire, le jeune homme évitait constamment de se focaliser sur ce sujet.
« Je suis monté. J'ai dévalé ces escaliers. Ce cri venait de la chambre de nos parents. Kei était à l'intérieur. J'ai alors baissé les yeux… et là, j'ai vu… les deux soldats qui surveillaient la chambre étaient étalés par terre, mort. J'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait. J'ai avancé et là… il y avait du sang qui s'écoulait hors la porte…. J'ai commencé à avoir peur. Mais j'entendais une respiration. J'entendais encore des pleurs. C'était ceux de mon frère. Il était encore vivant ! Alors j'ai ouvert… et… »
Akiteru s'arrêta, interdit, les yeux comme désorbités.
« Il y a avait quelqu'un. Quelqu'un tenant quelque chose dans sa main. Il l'a ensuite lâché. C'était le cou de mon père. Elle a roulé vers moi. »
Ses membres tremblaient de plus en plus. Des larmes commencèrent à perler ses joues. La tension ne décolérait pas. Yachi mit la main devant sa bouche. Hinata et Kageyama continuait d'écouter la mine grave. Hinata voulut dire quelque chose mais rien ne sortit. Comme si quelque chose bloquait le son de voix.
« J'ai regardé sur le côté… Kei se tenait là, par terre, il était couvert de sang. Notre mère….était également à ses côtés… elle était morte. Décapitée elle aussi. Kei venait… Kei a vu nos parents se faire assassiné sous ses yeux. »
Il eut un nouveau silence. Akiteru reprit son souffle, hors d'haleine. Une sueur froide enveloppait son dos.
« Et l'assassin se tenait dans cette pièce. Lorsque j'ai ouvert la porte, il s'est retourné vers moi… avec un sourire. Ce type…. Je n'ai pas pu l'arrêter. »
« Pourquoi ? » fit soudainement Kageyama.
Le Roi du Royaume de Fa baissa alors les yeux, rongés par la culpabilité.
« J'ai voulu bougé. Mais je me suis tenu là, immobile. J'avais peur. Alors que je me croyais prêt à accéder au trône, j'étais totalement tétanisé face à cela. »
« Vous aviez pu voir qui c'était ? » fit Hinata.
Akiteru marqua une pause. Il attendit que ses membres tremblent moins pour reprendre :
« Non. L'assassin m'a regardé un instant, après avoir jeté le crâne de notre père à mes pieds. Il a ensuite…souri. Puis il a sauté du balcon avant que je n'ai pu faire quoique ce soit… ».
« Et Shiratorizawa ? » s'écria Kageyama.
Akiteru leur adressa alors un regard grave.
« Nous y venons… après l'assassinat, lors de l'autopsie, un inspecteur se dirigea vers moi. D'après lui, c'est des membres de leur équipe qui a assassiné nos parents. ».
Oikawa hésitait. Il regardait la jeune femme, d'un œil légèrement troublé. Comment ce faisait-il que la Reine Kiyoko attirait davantage l'attention que lui, qui était l'hôte de la fête ? Un peu énervé, Oikawa se décida à boire un verre d'eau, histoire de se détendre. Autour de lui, les invités s'éclataient encore. Ils dansaient, des visages en sueur luisaient sous la lumière des lustres. La musique complétait, berçant à merveille l'ambiance de la salle. Bref, la fête battait son plein. Oikawa frémit avant de porter de nouveau son regard sur la jeune femme. Il fallait l'avouer oui, elle était resplendissante.
Elle était là, au milieu d'un groupe d'invités – qui bizarrement, gardait soigneusement une distance, comme s'il ne fallait en aucun cas la toucher. Oikawa ressentit une part d'admiration envers la jeune femme : « Comment se faire aduler sans se faire toucher » ricana-t-il intérieurement. Il prit un instant, pour mieux contempler la jeune femme. Elle était grande, avec de jolies courbes, le teint bronzé – de grands yeux noirs, des lèvres pulpeuses où en dessous se tenait un grain de beauté, qui entretenait parfaitement les traits froids de son visage. Aujourd'hui elle avait une fois de plus, opté pour une robe violette couleur qu'elle mettait toujours et qui se coordonnait parfaitement avec le reste de sa tenue. C'était une belle robe qui, comme d'habitude, la mettait parfaitement en valeurs. Oikawa, qui ne l'avait pas détaché du regard, commença à l'observer d'un œil jaloux. Quand soudain, une tape le frappa à la tête. Aussitôt se retourna-t-il vers son interlocuteur, visiblement habitué aux sautes d'humeur du roi :
« Si tu veux lui parler, vas-y » fit Iwaizumi d'un ton amer.
« Nan. Pas envie. »
« Bon sang, tu es vraiment un gamin. »
Il finit sa phrase en saisissant une carafe. Veiller à la sécurité de la fête demandait visiblement du travail. Il se versa ensuite un verre d'eau, avant de le boire d'une traite. Sentant Oikawa l'observer, il s'écria :
« Bon, t'y vas oui ? Je ne suis pas le roi à ce que je sache ! »
« Oui, oui, bon ça va… »
Il y avait des invités, donc Oikawa savait parfaitement qu'il pouvait échapper aux habituels coups de pied qu'il subissait. Le jeune homme se racla alors la gorge, puis doucement, s'avança vers la jeune femme. Le groupe d'invités, qui le vit arriver, commença à s'écarter étrangement, sentant qu'il ferait tâche, à côté de ces deux-là. Oikawa fit un pas vers elle, avant de s'incliner sérieusement. Il allongea ses lèvres d'un sourire béat avant de déclarer :
« Madame, alors, comment vous portez-vous depuis ?»
Kiyoko adressa un sourire réciproque. Aussitôt, répondit-elle :
« Monsieur, je me porte bien merci. Votre fête est une belle réussite. Et vous ? »
« Je vais bien… alors, est-ce que la nourriture est à votre goût ? »
« Ce ne sont pas les mets dont je suis habituée. Mais j'apprécie. »
« Je vois. Vous savez, je suis vraiment heureux de vous voir ainsi. Votre présence me comble de bonheur »
Kiyoko le fixa du regard, un regard blanc, qui mit soudainement mal à l'aise le jeune homme.
« Voyons, ne soyez pas ainsi Monsieur, je sais que ma présence est digne d'intérêt ici. »
Oikawa déglutit.
« Pardon ? »
« Ne vous en faites pas. Voyez-vous elle l'est pour vous comme pour moi. »
« Hein ? »
« Enfin, on m'appelle. N'hésitez pas à venir nous rendre visite au Palais un jour, je suis sûre que les habitants de mon pays seraient intéressés de vous apercevoir »
Elle finit sa phrase, en se dirigeant vers une autre masse d'invités, qui l'accueillit aussitôt. Oikawa, lui, demeura interdit. Elle le savait ? se disait-il. Elle le savait qu'il la considérait comme un excellent « avantage » pour la fête, parce qu'elle pouvait provoquer à elle seule, une hausse en bénéfice ? Oikawa voulut répondre s'adresser à elle, en essayant de dire quelque chose pour couvrir cet avis qu'il se faisait sur elle. Aussi ouvrit-il la bouche, mais absolument rien ne sortit. En fait, le jeune homme était juste beaucoup trop stupéfait par les paroles que venait de proférer la jeune femme. Il entendit ensuite derrière lui, un petit rire. Le jeune homme tendit l'oreille, puis détourna aussitôt les talons, afin de voir de qui il s'agissait. Oikawa recula de quelques pas. C'était Tsukki, le Prince du Royaume de Fa. Celui-ci se tenait juste devant lui, la main posé de la bouche, de manière à étouffer son rire. Un sentiment de rage et de honte envahit l'esprit du roi.
« Vous ! Depuis quand vous êtes là ? Vous n'étiez pas avec les autres ? » s'écria –t-il tout en gardant un ton relativement bas.
« Non. J'avais besoin de sortir un peu – je suis donc sortie et je suis revenu un peu après le début de la fête. Je suis arrivé juste au moment où vous aviez commencé à discuter avec elle. Aussi je me suis permis d'avoir entendu l'intégralité de votre conversation avec ma belle-sœur, Monsieur ».
« SALE PETIT C… »
Alors qu'il s'apprêtait à lui lancer de multiples injures, celles-ci furent soudainement interrompues par des cris. Les deux intéressés détournèrent soudainement leur regard, en direction du vacarme. Lorsqu'ils virent, ils se précipitèrent immédiatement en comprenant ce qu'il se passait.
Devant eux, gisait sur le sol, la Reine Kiyoko, les yeux clos.
A suivre …
Et voilà ! C'est sur cette note que je finis ce chapitre !
Alors qu'est-ce que vous aviez pensé ? Je pense définitivement rester sur cette longueur (de texte), qui n'est pas déplaisante à mon goût ! Bref, j'espère que vous aviez aimé, n'hésitez pas à faire part de vos avis (que ce soit sur le chapitre ou la globalité de la série) en commentant !
Sur ce, je vous dis à plus, on se retrouve dans le prochain chapitre !
