Un petit interlude avant la suite de la guérison d'Aramis (Joëlle étant plongée dans son Triangle).

Contrairement au reste de la fic, ce chapitre est pour public averti uniquement... On accusera le confinement de m'avoir ainsi pervertie.


Aramis était d'une humeur exécrable. En réalité, elle était maussade depuis deux mois, une semaine et cinq jours… Mais ce soir en plus, il était fort tard, la pluie déversait des trombes d'eau dans Paris et elle était encore plus fatiguée que d'habitude. Avoir enchaîné ainsi les tours de garde alors qu'elle dormait peu et mangeait à peine plus n'était pas des plus avisé, elle en convenait… Si elle n'avait tant voulu retarder le moment fatidique où elle allait passer la porte de sa demeure, morne, froide et vide, elle n'aurait pas tant insisté pour les faire. Elle aurait grandement préféré festoyer dans une taverne… Malheureusement, les traîtres qui lui tenaient lieu d'amis étaient bien trop occupés pour cela !

Un an plus tôt, Porthos avait convolé avec une riche héritière et ils s'étaient installés tous deux au village de Chaillot. C'était vraiment aux portes de Paris, mais il s'attardait de moins en moins dans les remparts de la capitale une fois la nuit tombée. Cela n'allait guère s'arranger, car la jeune madame du Vallon était grosse depuis maintenant six mois et Aramis ne doutait guère que Porthos serait complètement dévoué au petit enfantelet à venir. Quant à Athos, c'était encore plus lamentable ! Presque deux ans plus tôt, il avait annoncé qu'il venait d'avoir un fils. Il n'avait jamais voulu dire qui était la mère. Aramis soupçonnait qu'il s'agissait d'une riche aristocrate ayant mis au monde en secret le fruit de son adultère avec le beau mousquetaire… Une femme sans doute assez peu avisée pour se faire engrosser de la sorte ! Il fallait souhaiter que le jeune Raoul tienne plus de son père que de cette bécasse inconnue !

Elle savait qu'elle était amère et méchante. En temps normal, elle se réjouissait du bonheur de ses amis. Mais depuis plus de deux mois, l'angoisse qui lui tordait le cœur menaçait à chaque instant de la transformer en une piteuse créature larmoyante. Il valait toujours mieux qu'elle fût odieuse que pitoyable.

Elle tenait à peine sur ses jambes et ses yeux menaçaient à chaque instant de se fermer alors qu'elle attachait son cheval. Elle passa la porte de sa maison. Seule sa lassitude l'empêcha de la claquer. Elle jetait ses bottes au sol quand une odeur fleurie frôla ses narines. En un instant, son corps se tendit et retrouva sa vigilance. La pièce n'était pas aussi fraîche qu'elle aurait dû l'être. Un feu, maintenant éteint, avait été allumé… Mais surtout, à la faible lueur de la bougie, elle voyait se dessiner la forme d'un grand baquet. Une main tremblante effleura l'eau d'où émanait ce doux parfum de lavande… C'était froid. Les battements de son cœur tambourinaient follement dans sa poitrine oppressée… Elle n'osait y croire… Est-ce que… Sans sommation, son corps se mit en mouvement et gravit quatre à quatre l'escalier qui la séparait de sa chambre.

Là, quelques flammes brûlaient dans l'âtre et déposaient une lumière orangée sur les murs gris. Elle les remarquait à peine. Figée sur le pas de la porte, elle fixait son lit… Il était là… Allongé sur le dos, le drap négligemment rabattu au niveau de sa taille, il dormait paisiblement… Il était totalement nu… Il avait même ôté le cache-œil qui recouvrait la profonde cicatrice barrant sa paupière droite… Cette cicatrice qu'il ne montrait qu'à elle… Il était rentré… Comme si elle craignait qu'il ne fût qu'un mirage qui disparaîtrait dès qu'elle le toucherait, elle n'osait bouger… Son visage devenait flou et elle réalisa que des larmes coulaient sur ses joues. Elle les essuya vivement. Elle n'était pas une petite braillarde, que diable !

Il étira son corps puissant entre les draps et posa sur elle un œil endormi.

- Vous rentrez bien tard, ma mie… Je vous avais préparé un bain, mais il doit être…

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Une mousquetaire échevelée lui avait sauté dessus et l'embrassait avec ferveur…

- Vous m'avez manqué, reprit-il quand elle dut reprendre son souffle.

Elle ne répondit pas. Il s'y attendait… Il la connaissait bien maintenant. Plus tard, ils parleraient. Pour l'heure, elle avait d'autres projets et il était tout disposé à la laisser les réaliser. Ses mains et ses lèvres étaient partout sur lui… À chaque fois qu'il revenait de mission, elle procédait à ce type d'examen. Elle avait caressé, léché et mordu chaque parcelle de sa peau, aucun grain de beauté ni aucune cicatrice ne lui était inconnu. Aucune égratignure n'échapperait à son contrôle… Elle avait besoin de cela pour réaliser qu'il était bien vivant après leur séparation... et c'était bien trop délicieux pour qu'il songeât à s'en offusquer. Il brûlait de la déshabiller à son tour, de sentir son corps nu contre le sien. Cela viendrait en temps utile. Quand on épousait une guerrière, il fallait se laisser conquérir.

Après un temps qui lui parut infini tant ses caresses le mettaient au supplice, sa langue s'arrêta sous son nombril avant de suivre le sentier de poils qui menait à son sexe déjà dur comme de la pierre. Se calant entre ses cuisses, elle le prit dans sa dextre et releva vers lui ses beaux yeux bleus.

- Je vous ai vraiment manqué ?

- Vous le savez bien, grogna-t-il.

- Je ne sais rien. Je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis deux mois…

Elle n'ignorait pas qu'il pouvait difficilement communiquer avec elle, mais ça ne changeait rien à la frustration et à l'angoisse qui l'avaient accompagnée durant son absence. Quant à lui, malgré le désir qui le tenaillait, il devinait que cette mission avait été bien plus pénible pour elle que les précédentes tant par sa durée que par sa nature.

- Je vous aime, Aramis, répondit-il simplement.

Il lui sembla apercevoir un éclat brillant scintiller dans ses paupières avant que son visage ne disparût dans un flot de cheveux blonds. Même s'il s'y attendait, il ne put contenir un tressaillement quand il sentit sa bouche l'engloutir… Oh, seigneur, qu'elle était douée !

Vu la singularité de leur relation qu'ils devaient cacher au reste de la société, elle n'avait jamais attendu de lui une fidélité de corps. Au contraire, quelques mois après le début de leur histoire, elle lui avait dit qu'il serait plus sage pour tous les deux qu'il s'affichât avec des femmes. À intervalles réguliers, il courtisait donc des demoiselles aussi insignifiantes qu'elle était exceptionnelle. Elle vivait depuis trop longtemps au milieu des hommes pour ignorer qu'une nuit de débauche ne signifiait rien. Il aurait pu se rouler dans le lit de toutes les femmes du Louvre, elle n'en aurait fait aucun cas… Mais ce soir, dans la façon dont elle avait de maintenir ses hanches contre le matelas, de faire jouer sa langue sur sa verge, de caresser sa peau, il y avait quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu chez elle… On aurait dit qu'elle marquait son territoire… que chaque geste ne visait qu'à affirmer sa possession sur son corps… Elle était jalouse… Oui, elle n'avait cure des femmes qui lui tournaient autour. Il n'y en avait qu'une qu'elle craignait vraiment. Elle n'avait pas seulement eu peur pour lui ces derniers mois, elle avait craint qu'il ne retrouvât la seule femme qu'elle considérait comme une rivale… Il leur faudrait parler de cela… Pourtant quand elle manifestait ainsi sa jalousie, il n'avait guère envie de la détromper… De toute façon, il était incapable de dire autre chose que son prénom qu'il répétait comme un chapelet entrecoupé de gémissements.

Sans cesser de dévorer son sexe, elle fit glisser ses longs doigts entre ses fesses. Il eut un sursaut, et malgré lui, s'empourpra. Elle n'avait encore jamais rien accompli d'aussi obscène… Il ne pouvait même pas énoncer mentalement ce qu'elle était en train de lui faire… C'était tellement indécent… honteux même… et si abominablement bon… Aramis… Si une pensée cohérente avait encore pu se former dans son esprit englouti par les vagues d'extase qui montaient de son bas-ventre, il aurait compris que ses gestes disaient : « Vous n'êtes qu'à moi… »

Il agita frénétiquement ses mains sur le sommet de sa tête, dans son épaisse chevelure… Elle n'avait aucune intention de le lâcher… Un long cri guttural s'échappa de ses lèvres et il lui sembla que son corps explosait littéralement.

Il n'aurait su dire combien de temps s'était écoulé quand il réalisa qu'il reposait amorphe sur le matelas alors qu'elle était remontée au niveau de l'oreiller et le contemplait avec un mélange de gêne et de triomphe.

- Vous avez beaucoup trop de vêtements, mon ange, lâcha-t-il d'une voix encore enrouée.

- Qu'attendez-vous pour remédier à cela ?


Le bruit de la pluie qui tombait abondamment sur le toit résonnait dans la petite chambre. Quelques gouttelettes coulaient dans un coin du mur mal isolé. Elle aurait eu terriblement froid si elle n'avait pas été enveloppée dans la chaleur de ses bras. Le lit de Rochefort était plus spacieux et éminemment plus confortable que le sien, mais tant qu'elle était avec lui, elle aurait pu tout aussi bien être sur un vulgaire tas de foin. Ils étaient tous deux allongés sur le côté et il déposait de petits baisers sur ses épaules et massait tendrement sa poitrine, lui arrachant de petits soupirs de volupté… Comme cela lui avait manqué !

Au début de leur relation, il s'était désolé du bandage oppressant dans lequel elle dissimulait ses rondeurs féminines. Elle lui avait répondu qu'un corset était bien plus inconfortable. « La seule chose qui devrait emprisonner vos jolis seins, ce sont mes mains, avait-il répondu en joignant le geste à la parole. » Plus que jamais, elle lui donnait raison. Ces deux derniers mois, comme pour protester contre l'absence des paumes chaudes du comte, ses mamelons avaient été presque douloureux. Je ne veux plus que vous partiez aussi longtemps

Il s'immobilisa et la retourna pour qu'elle lui fît face alors qu'elle réalisait qu'elle avait exprimé ses pensées à voix haute. Tout en la maintenant serrée contre lui, il effleura délicatement ses joues… Dieu qu'il aimait cette femme… Sa femme… Deux mois, une semaine, cinq jours et près de six heures sans elle… Ça avait été une vraie torture. Le Cardinal l'envoyait de plus en plus souvent en mission dans les cours étrangères, mais là, en plus, il devait rester à la cour de Charles VI, duc de Lorraine, cousin du duc de Chevreuse et amant de la duchesse de Chevreuse… Rochefort savait que plus que le reste, ce détail avait mis sa mousquetaire au supplice, et lui-même n'avait guère été enthousiaste à l'idée de revoir son ancienne flamme. Après la démonstration qu'elle lui avait faite tout à l'heure, il se demandait si Aramis avait été inquiète que la passion meurtrière qui avait animé Marie ne la reprît ou si elle avait craint davantage une tout autre passion…

En fait, il n'avait même pas aperçu la duchesse. Quelques jours après son arrivée, il avait entendu qu'elle s'était retirée pour se reposer à la campagne. Un court instant, il s'était même demandé si elle cherchait à l'éviter. Pour lui, cela n'avait aucune importance. S'il éprouvait peut-être une vague tendresse pour le souvenir de la jeune fille qu'il avait aimée, il ne ressentait rien d'autre pour elle depuis longtemps. Il avait déjà vu les deux femmes de sa vie face à face et il n'y avait eu aucun doute sur l'inclinaison de son cœur… et depuis, son amour pour sa belle mousquetaire n'avait fait que grandir. Il devrait le lui dire… En vérité, jusqu'à aujourd'hui, il n'avait pas pensé qu'elle puisse en douter. N'avait-elle pas eu mille preuves de ses sentiments depuis plus de cinq ans ? Ni lui ni elle n'étaient friands de déclarations passionnées ou de mots tendres. Pourtant, parfois, les actions ne suffisaient pas et il fallait des mots, réalisait-il. Il lui dirait… Mais pas maintenant… Là, il n'y avait qu'eux et il ne voulait pas amener l'ombre de Marie sur leurs retrouvailles. Il avait bien plus important à dire.

Il caressa longuement son visage et ses si doux cheveux comme pour se donner du courage. C'était comme sauter du haut de la plus haute falaise d'Etretat en espérant qu'elle accepterait de sauter avec lui… C'était encore plus effrayant que de la demander en mariage.

- La prochaine fois, vous pourriez venir avec moi.

Ses beaux yeux clairs s'écarquillèrent… Elle était sans conteste surprise, mais il ne parvenait à deviner aucune autre émotion.

- À quel titre ? finit-elle par répondre, toujours aussi insondable pour le pauvre homme qui lui faisait face.

- Vous pourriez vous faire passer pour mon écuyer, dit-il avec un sourire sarcastique pour se donner une contenance.

Pour toute réaction, elle lui pinça doucement le flanc.

- Rochefort !

- Vous pourrez être qui vous voulez : mon compagnon d'armes ou ma femme.

Elle ne savait comment réagir. Aurait-elle dû s'y attendre ? Après tout, il souffrait sans doute autant de leurs séparations qu'elle et il semblait que le Cardinal n'allait pas cesser de l'envoyer loin de Paris… L'accompagner ? Cela signifierait ne plus être mousquetaire… Cela faisait plus de dix ans qu'elle portait la casaque et était sous les ordres du capitaine de Tréville. C'était un miracle qu'elle ait tenu si longtemps sans être démasquée… Un miracle qui avait plusieurs visages : Athos, Porthos et D'Artagnan. Ils avaient toujours été là pour elle, formant un bouclier invisible qui l'avait protégée toutes ces années, mais elle ne pourrait vivre éternellement sous ce masque. Très longtemps, elle avait cru – et peut-être même un peu espéré – que la mort viendrait la faucher l'épée à la main. Mais plus les années passaient, plus son amour pour l'homme qui la serrait dans ses bras s'intensifiait, et plus elle avait envie de partager encore de longues années avec lui.

Elle ne perdrait jamais Athos, Porthos et D'Artagnan. Même si Athos était dévoué à l'éducation de Raoul, si Porthos avait sa jeune épouse, si D'Artagnan poursuivait ses ambitions qui semblaient en faire le futur capitaine et si elle accompagnait son époux dans ses missions, au fond, rien ne changerait vraiment entre eux… Le bonheur qu'ils avaient à être ensemble et leur indéfectible fidélité étaient toujours les mêmes. Mais aujourd'hui, Athos et Porthos semblaient avoir perdu le goût de l'aventure, des chevauchées effrénées, des folles querelles et du danger… C'était loin d'être son cas. Et si, contre toute attente, son amour pour cet homme qui avait été si longtemps son ennemi lui permettait de continuer à mener cette vie qu'elle n'avait pas souhaitée mais qu'elle avait appris à adorer.

Le silence de la jeune femme mettait Rochefort au supplice. Cherchait-elle une échappatoire ? Une façon gracieuse de refuser sa proposition ? Il n'osait espérer qu'elle lui répondrait favorablement, la déception serait trop rude. Pour ne pas se torturer davantage, il s'abîma dans la contemplation du corps dénudé de sa belle épouse. Il était toujours soucieux quand il partait, car il savait qu'il la retrouverait amaigrie. Même si elle tentait de le lui dissimuler, elle se nourrissait fort peu quand il était en mission… Et elle n'était déjà pas bien épaisse quand elle mangeait de bon appétit… Étonnamment, ce n'était pas le cas aujourd'hui. Il lui semblait presque qu'elle avait pris un peu de poids. C'était peu probable évidemment… Cependant quand il avait caressé ses jolis seins, il avait cru percevoir des arrondis plus prononcés… Bah, il avait dû partir trop longtemps et…

- Je serais au service du cardinal ? fit-elle soudain, le coupant brutalement dans le fil de ses pensées.

Un instant, il ne sut s'il devait s'amuser ou s'agacer. Certaines choses ne changeraient jamais. Toutefois, elle avait prononcé ces mots sans le dégoût qu'elle y aurait mis quelques années plus tôt.

- Vous seriez au service de la France, répliqua-t-il. Je sais que ce concept est un peu obscur pour les mousquetaires, mais vous êtes plus brillante de la plupart de ces soudards, vous devriez comprendre.

Elle eut un petit rire. C'était tellement lui d'enrober ses compliments dans des sarcasmes.

- Ne craignez-vous pas que nous finissions par nous entretuer, mon tendre amour ?

- Je n'espère rien tant que de mourir dans vos bras, mon ange… Si ça doit être de votre main, je…

Elle interrompit ses sottises par un long baiser. Mais il n'avait pas l'intention de la laisser s'en tirer à si bon compte. Maintenant qu'il était sur le bord de la falaise, elle devrait lui dire si elle accepterait de sauter avec lui.

- Alors, qu'en pensez-vous ? reprit-il en emprisonnant tendrement son visage entre ses mains.

Elle se mordit la lèvre inférieure, puis ses lèvres s'étirèrent dans un sourire quand elle répondit : « Pourquoi pas ? »