Ravie de vous retrouver pour ce quatrième chapitre !

J'ai passé beaucoup de temps à le corriger, parce que malgré le fait que je l'ai écrit il y a bien deux mois et qu'il attendais patiemment dans mon ordi depuis lors, j'ai essayé de prendre en compte les avis des reviewers (d'ailleurs merci à vous d'avoir pris le temps d'en rédiger une), qui disaient que Levi exprimait trop ses sentiments rapidement.

Il ne faut pas oublier qu'il y a eu une ellipse d'un mois (j'ai bâclé, j'avoue : j'aurais clairement pu introduire des scènes de vie pendant cette durée, mais impatiente que j'étais, j'ai préféré écouter ma tête). Le sentiment a eu le temps de germer, même s'il ne se l'avoue pas à lui même ça n'empeche pas qu'il tient à Eren ; petit un : parce qu'il doit le protéger et petit deux : parce qu'il s'est vraiment habitué à sa présence.

Faites un peu travailler votre imagination ;)

J'espère en revanche que le fait que ça aille un peu vite, ne vous dérange pas trop, mais nous vous inquiétez pas... au final, même si tout semblera très (voire trop) rapide, finalement, ça risque d'être bien plus long...

Je ne vous en dit pas plus, et vous laisse à la lecture de ce chapitre (qui est d'ailleurs un peu plus court que les autres, mais très axée sur la relation entre Eren et Levi.


Le soir même, Petra se surpris à observer les images qu'elle avait capturé au cours de cette délicieuse fin de journée. Elle s'était étalée sur son lit, l'appareil entre ses mains et souriait à chaque nouvelle photographie. C'est vrai qu'Eren était très mignon avec ses grands yeux verts et son air faussement négligé. Après tout, Petra n'avait que 25 ans et quatre années d'écart n'était rien en soit…

- « Raaah, mais à quoi est-ce que je pense… marmonna-t-elle. »

Elle se remémora avec mélancolie cette longue… beaucoup trop longue période où son cœur s'était violemment épris de son caporal. Un amour qui était voué à l'échec puisqu'elle avait perdu plus de trois ans de sa vie à s'imaginer un futur avec lui, alors qu'il ne lui retournait absolument pas ses avances. Elle pensait à son supérieur nuit et jour, et lui collait aux basques 24h/24. C'était assez pitoyable maintenant qu'elle s'en rappelait d'un œil neuf. Qu'est-ce que l'amour rend idiot !

Et désormais elle commençait doucement à succomber au charme d'un jeune adulte de quatre ans son cadet qui venait tout juste d'arriver et qui, apparemment était propriété privé du corporal. Ah, ça pour se mettre dans des situations pas possibles, Petra était championne toutes catégories confondues.

Elle s'arrêta volontairement sur la toute première photo qu'elle avait prise : celle où Eren était entrain de sortir le couteau de sa poche. Il arborait un sourire à la fois radieux et gêné, une jolie mèche noisette tombant sur son sourcil faisant ressortir l'éclat qu'il avait dans les yeux. Un cliché bien innocent mais qui remuait les entrailles de Petra lorsqu'elle le voyait.

« C'est idiot, je ne le connais même pas, ça doit juste être de l'attirance, se persuadait-elle silencieusement. »

C'est alors que son téléphone vibra elle ne savait pourquoi mais elle supplia le très-haut, où qu'il soit, que cette vibration était signe qu'Eren l'appelait (chose idiote, puisqu'il n'avait pas de mobile et qu'il ne connaissait même pas son numéro). Elle fut très déçue lorsqu'elle vit en toute lettre que c'était son camarade de combat Oluo qui cherchait à la joindre. Elle laissa la sonnerie retentir trois fois avant de répondre :

- « Qu'est-ce que tu veux ? cracha t'elle de sa petite voix douce qu'elle essaya de rendre la plus méprisable que possible.

- Dis donc, tu pourrais au moins faire comme si tu étais heureuse de m'entendre, non ? bougonna l'homme à l'autre bout du fil, apparemment gêné. Je sais qu'il est un peu tard mais…

- Je n'ai pas le temps, j'ai beaucoup à faire, alors sois bref, ordonna-t-elle.

- Hum, très bien, dit-il se raclant le fond de la gorge. Écoute Petra, demain nous sommes en congés et je me demandais si tu voulais… à tout hasard, hein… venir manger un truc… »

Il était vraiment nerveux, la rouquine le remarqua et plissa :

- « Je vois où tu veux en venir et ça aurait été avec plaisir mais… »

La jolie jeune femme observa avec plus d'attention la belle image d'Eren sur son appareil. Une décharge électrique se diffusa dans son corps tout entier lorsqu'elle se remémora le regard foudroyant que lui avait lancé Levi lorsqu'il avait récupéré le garçon. Elle répondit finalement :

- « En fait, tu sais quoi ? Je veux bien aller manger un bout avec toi demain. Et puis même si tu veux on pourra aller à cette affreuse salle d'arcade dont tu me parles tout le temps, seulement si nous n'y allons que tous les deux, c'est d'accord ?

- P… Petra ? s'étrangla Oluo, le souffle coupé par les avances de l'objet de ses convoitises.

- Tu ne veux pas ? s'étonna Petra, dont le timbre de voix volontairement durci s'adoucit tout à coup.

- Evidemment que si ! Je te récupère à midi devant chez toi ! s'exclama-t-il.

- Parfait alors. »

Elle raccrocha. Oluo avait toujours été un bon ami. Il était plutôt beau garçon et s'il arrêtait de tout le temps vouloir ressembler à Levi, il pourrait même être admirable. Elle s'étonna cependant d'avoir réagi ainsi, c'est vrai, la jeune femme était plutôt de nature pudique et timide lorsqu'il s'agissait de la gente masculine, et prendre les devants n'avait jamais été son domaine. Petra regarda une dernière fois les images qu'elle avait prises et se convint :

- « T'es très mignon, mais je ne fais pas le poids face à une force de la nature comme le caporal. »

Oluo était brave. Il avait toujours été là pour elle lorsqu'elle ressentait du mal-être, et il recevait toujours sans broncher ses plaintes sans en demander davantage, la jeune femme se sentir mal un instant ; se rendant compte d'à quel point elle lui donnait de perpétuels faux-espoirs, se servant de lui un peu comme d'un mouchoir.

Elle resserra son emprise sur son coussin, gênée d'avoir pu causer du tord à celui qui l'aimait sans relâche depuis plusieurs années maintenant.

Sans dire un mot, d'un battement de paupières, elle remercia Eren de lui avoir ouvert les yeux.

Il fallait savoir tourner la page.

Demain, elle demanderait à Oluo de sortir avec lui (s'il ne le faisait pas avant elle). Demain, Petra respirera vraiment depuis longtemps. Elle goûtera a une sensation de liberté dont elle n'avait jamais joui. La rouquine s'endormi avec un sourire satisfait aux lèvres.

Levi avait Eren sous son bras, comme un enfant que l'on était entrain de punir. Il poussait des petits gémissements de mécontentements demandant plus ou moins gentiment à son protecteur de le lâcher.

- « Cesse donc de geindre… et arrête de gigoter, tu vas finir par te blesser. »

La situation vu d'un œil extérieur était très comique à regarder. Levi était comparable à un marchand et Eren à un pauvre sac de riz que l'on tenait sans plus de cérémonie. Ses pieds ne touchaient même pas le sol et malgré le fait qu'il se débâtait dans tous les sens, le caporal ne semblait pas pour le moins du monde réellement embêté par les tentatives vaines de fuite de son subordonné.

- « Mais enfin lâchez-moi, je peux marcher tout de même ! répliqua-t-il, courroucé. »

Levi souffla un bon coup et déposa le garçon par terre. Celui-ci défroissa son tee-shirt tout blanc dénué de tâches et s'avança vers son supérieur, une lueur entre la malice et la véritable colère dansant au fond de ses iris vertes.

- « Et si on allait se promener un peu ? demanda le plus âgé.

- Je vous demande pardon ? Ça n'est pas vous qui, quelques minutes plus tôt, m'avez dit qu'il était dangereux que je me promène comme un chien en liberté ?

- Quand tu es avec moi c'est différent. Je ne doute pas des facultés de Petra, mais dès lors que tu n'es plus en ma compagnie, tout ce qu'il t'arrive est ma faute. Je te rappelle que je dois te surveiller et que je suis sous les ordres de la justice.

- Vous prenez votre rôle très à cœur pour quelqu'un qui n'était pas consentant à la base…

- Je m'assure seulement de remplir correctement ma part du contrat sans que ça ne soit trop pénible pour nous deux, rectifia-t-il. »

Bien qu'Eren ne soit pas véritablement satisfait de sa réponse, il décida de ne rien rétorquer. Un petit silence agréable s'installa. Finalement il pourrait s'y habituer, à cette relation de chamailleries mais de sincère appréciation. Seulement il ne fallait pas en abuser, toutes les bonnes choses avaient une limite à ne pas franchir pour ne pas transgresser les codes et faire fuir son interlocuteur.

- « C'est d'accord, allons donc nous promener. Est-ce que je serai vraiment obligé d'être tenu en laisse ? plaisanta t'il.

- Si tu continues à me provoquer, ça se pourrait. »

Ils longèrent sans bruit la ville, dont les lumières s'allumaient progressivement, le bleu caractéristique de la voûte se ternit laissant place dans le ciel à une magnifique lune et à des dizaines de milliers d'étoiles toutes plus scintillantes les unes des autres. Eren leva le bout du nez pour mieux profiter du spectacle :

- « Que c'est beau…

- Et encore, nous sommes en plein dans la ville, la pollution lumineuse nous empêche sûrement d'en voir la moitié. Un jour, je t'amènerai à la campagne, tu verras ce que c'est qu'un vrai ciel étoilé. »

L'adolescent ne répliqua rien, mais sa réponse silencieuse était un grand oui. Levi se sentait bien à ses côtés. C'est drôle, lui qui était d'ordinaire si silencieux et solitaire se plaisait à être en compagnie d'un autre humain.

Ça.

Ça n'était pas quelque chose de banal.

Eren de son côté tentait tant bien que mal de dissimuler sa joie débordante. Il se sentait comme une coupe et chaque parole que lui adressait son supérieur était comme la meilleure des liqueurs qui l'emplissait. Eren se contenait de ne pas le remercier encore et encore de l'avoir sauvé de cet amas de roches ce jour là. Il lui suffit d'un regard cordial et d'un franc sourire à son égard pour que Levi se pose des questions :

- « Pourquoi tu me regardes comme ça, gamin ? »

« Parce que je suis heureux à vos côtés. Plus heureux qu'avec n'importe qui d'autre. » allait-il rétorquer. C'est tout ce qui tournait en boucle dans sa tête depuis quelques instants. Mais il se contenta de répondre :

- « Oh, pour rien. Un moment d'absence. »

Au fond, Eren ne mesurait pas vraiment ce qu'il pensait. Il était profondément touché par les attentions de plus en plus fréquentes du caporal.

Durant ce mois en sa compagnie, ça avait été très léger. Des attentions infimes mais ça avait suffit pour faire croisser ce sentiment de plénitude lorsqu'il se retrouvait aux côtés de son protecteur.

Ce mois n'avait pas été de tout repos.

La première semaine avait été la plus difficile. Levi était plein de ressentiments et d'animosité envers Eren, et il ne cessait de le reprendre sur chacun de ses faits et gestes. Ça avait été très pénible : autant pour l'un, qui devait lutter contre vents et marrées pour ne pas envoyer l'autre hors de chez lui à grands coups de pieds au cul ; que pour l'autre, qui devait batailler corps et âme afin que son caractère ne prenne le dessus et qu'il manque définitivement de respect envers celui qui l'hébergeait.

À cette époque, bien sûr, Levi avait supplié (et c'était bien la première fois d'ailleurs) Erwin d'administrer la lourde tâche qu'était de surveiller Eren, à quelqu'un d'autre. Mais le major était catégorique : soit Levi acceptait la mission, soit il était destitué de ses fonctions.

Et il était hors de question qu'une telle chose se produise.

Heureusement pour eux deux, la situation s'etait arrangée. Levi avait cessé de se plaindre en prenant sur lui-même (qu'y avait-il de mieux à faire de toute façon ?) et Eren s'était calmé, allant même à rendre des services (oui, oui) en acceptant les ordres et règles quasi militaires concernant la propreté de l'appartement.

Ils allaient mieux. Bien mieux. Ça avait été une victoire incontestée pour Erwin, qui ne cessait de se vanter d'avoir réussi à dompter le fauve auprès d'Hanji qui ne croyait pas une seconde au spectacle qui s'étendait sous ses yeux : Levi avait l'air d'apprécier côtoyer un autre homme que lui-même.

Ils continuaient à marcher, le coeur de l'adolescent tambourinant toujours aussi violemment contre sa poitrine. Cela le rendait mal à l'aise. Pourquoi diable son organe décidait-il de partir en tachycardie maintenant ? Y-avait-il un danger proche ? Il tourna la tête vers Levi et apprécia ce qui se passait sous ses yeux : son caporal était apaisé. Les rides perpétuelles résidant entre ses sourcils ne se voyaient presque plus ; la poitrine d'Eren se bomba dans un souffle satisfait.

Cependant, voilà. Le jeune homme ne parvenait pas à comprendre quel était cette émotion qui lui ravageait (dans le bon sens du terme) l'organisme. Était-ce de la joie ?

Très certainement.

Il décida de procéder par élimination.

Pourquoi donc était-il si heureux ?

La réponse lui parut évidente. Levi à ses côtés, le surplombant malgré sa taille minuscule (autant le penser puisqu'il n'aurait probablement jamais l'audace de lui avouer en face, tout du moins s'il ne voulait pas s'en prendre une) était la cause de son allégresse.

Et que ressentait-il exactement à son égard ?

Il était définitivement admiratif. Franchement, qui ne le serait pas ? Levi Ackerman avait tout pour lui (sauf un caractère avenant, mais encore, il fallait passer outre cette barrière qu'il mettait et l'on y découvrait un homme profondément engagé).

Mais est-ce qu'il n'y avait pas un petit quelque chose en plus ?

Un truc différent.

Quand Eren parlait du caporal, ou revoyait sa silhouette dans sa tête, le soir, avant de trouver le sommeil, il avait cette boule etrange au niveau de l'estomac. Elle migrait parfois jusqu'à sa gorge. Une émotion curieuse qui méritait d'être observée de plus près et qui avait naquit le soir de la troisième semaine chez son caporal, lorsqu'il avait prit le temps de lui montrer les archives du Bataillon Ailé alors qu'il rentrait d'une grosse journée.

Eren avait découvert un Levi jeune. Mais malgré ses traits plus fins, il avait l'air plus triste, plus dur que maintenant (si c'était possible). Ils avaient été bien cette soirée, Eren avait senti une barrière se briser, et ils avaient été definivement plus complices.

Mais alors, s'il n'y avait pas que de l'admiration. Qu'y avait-il d'autre ? De l'amitié ?

Non, Eren n'était pas l'ami de Levi. C'était plus etrange que ça. Il n'osait même pas y penser, comme si c'était un interdit. Une grosse bêtise.

Peut-être était-ce de l'amour ?..

Difficile à dire.

C'est compliqué de parler d'amour apres seulement un mois de cohabitation. D'autant plus que la première semaine n'avait pas été des plus attrayantes ni pour l'un ni pour l'autre donc, cela réduisait encore plus la maigre durée de leur complicité commune.

Et puis, surtout, Eren n'aimait pas les hommes. Pas de cette manière en tout cas. Et puis, à proprement parler, il n'aimait personne, (ni femme, ni homme). Il n'avait jamais pensé aux gens de son entourage ainsi.

Alors, pouvait-on vraiment parler d'amour ?

Eren ? Ce n'était qu'un gosse de vingt-et-un ans, qui n'avait aucune expérience et qui, de surcroit développait une admiration un peu trop excessive. Il ne savait rien de l'amour.

Et en ce qui concernait Levi, il n'était pas très avancé non plus. À part quelques histoires d'un soir (sa curiosité pubère d'antan l'ayant amené à tester qui de la gente féminine ou masculine lui apportait le plus) : il n'y connaissait rien. Et il croyait foncièrement que l'amour, "c'était de la merde".

Or là, il avait passé plus d'un mois aux côtés d'un gamin, se surprenant à remarquer la moindre petite chose le concernant depuis quelques jours : lui et ses pensées bien trop lisibles mais son caractère si complexe à cerner ; lui et sa capacité à le calmer le soir quand il le savait endormi dans le salon ; lui et et sa façon particulière de déambuler dans l'appartement lorsqu'il se réveillait. C'est avec toutes ces petites choses qu'il avait compris petit à petit. On lui en avait déjà parlé. Une lointaine amie, dont il préférait ne pas se remémorer le prénom lui avait répété que le jour où il aimerait quelqu'un, il le comprendrait.

Levi avait compris.

Du moins, croyait avoir compris.

Ils continuèrent à marcher en silence, s'arrêtant de temps à autres à quelques échoppes encore ouvertes. Le croissant de lune était maintenant haut dans le ciel et ils pouvaient entendre les vagues faire des roulis sur le sable froid. En effet, le bâtiment où se regroupait le bataillon n'était qu'à quelques pâtés de maisons de la plage. Plus on avançait vers celle-ci, plus le parterre se transformait. On passait du béton gris et froid à des planches de bois qui sentaient bons les coquillages. Les grains de sables se confondaient aux moutons de poussières qu'envoyaient les vieilles grands-mères en tapant leurs tapis de leur fenêtre. Les derniers marchands de poissons criaient leur marchandise vantant leur mérite aux petits acheteurs habitués.

Ils se rapprochèrent doucement de la plage et automatiquement, Eren envoya valser sa paire de Rangers pour se prélasser dans l'eau. Il plongea dans ces flots salés jusqu'à ce que l'eau lui recouvre les mollets. Levi l'observait de loin, un air amusé aux coins des lèvres. Le plus jeune plissa les yeux pour mieux voir malgré l'obscurité de plus en plus écrasante, mais il lui semblait bien que Levi souriait. Quel joli tableau. C'était la première fois, lui semblait-il, qu'il le voyait arborer une aussi belle frimousse en sa compagnie. Cela voulait sûrement signifier qu'il se sentait bien en sa compagnie ? Savoir que ces sentiments de bien-être pouvaient être réciproques lui enflait le cœur comme un ballon de baudruche que l'on gonfle. D'un petit signe de la main, il lui intima de s'avancer jusqu'à l'océan comme il l'avait fait. Levi refusa poliment, une once d'ironie dans la voix :

- « C'est pas trop mon truc, l'eau salé… tout ça.

- Ça n'est que de l'eau, rétorqua sans vraiment comprendre Eren.

- Estime-toi heureux que je daigne salir ma paire de pompes sur ce sable. Et puis tu oses appeler ça de l'eau ? Dans une piscine il y a de l'eau, de mon robinet découle de l'eau. Ça ? C'est de la merde liquide. »

La vulgarité soudaine de Levi fit éclater de rire Eren. Cette tonalité cristalline, la blancheur de ses dents, la façon qu'avait sa gorge de se mouvoir. Le brun se reprit, depuis quand est-ce qu'il prêtait attention à des détails aussi insignifiants ? Peut-être depuis un peu moins d'un mois en fait. Une grande partie de lui, écrasante, lui sommait de cesser ses actes ridicules et de se remettre ce masque rigide et froid qu'il portait depuis si longtemps. Mais une part, infime, si minuscule qu'on aurait eu du mal à la discerner du reste, lui hurlait de continuer à le sonder de haut en bas, savourant chaque nouvelle spécificité de son corps. Fort heureusement pour sa fierté, Levi reprit de sa prestance et pesta :

- « Oï, Eren. On rentre, il se fait tard. »

Son ton se voulut glacé. Le jeune homme ne comprit pas cette soudaine contradiction : lui qui avait été si gentil et qui l'avait rendu si joyeux cette soirée se voulait à nouveau horripilant et froid, comme lors de la première semaine de cohabitation. Un ange passa alors que l'adolescent s'empressa d'enfiler ses bottines d'assaut. Elles étaient très confortables, et Eren se permit un petit sprint pour s'éloigner de Levi. Si en un mois il avait pu apprendre quelque chose à propos du corporal, c'est que dans ses excès d'énervement, il fallait le laisser tranquille.

Il s'avança donc et dépassa les boutiques fermantes. Il débarqua dans un coin sombre de la ville où les lampadaires ne semblaient pas fonctionner correctement. Eren ressentit quelque chose, comme une alerte interne lui disant de courir retrouver Levi. Comment avait-il fait pour courir aussi vite ?

Rien ne bougeait dans la ruelle. Une odeur très prononcée piqua au vif les narines d'Eren. Il se sentit mal, observé, pris dans un étau. Il sursauta après l'intervention d'une voix derrière lui :

- « Bah alors, mon mignon, t'es perdu ? »

Une vulgaire femme s'était approchée de lui, à une distance que seuls les amoureux devraient être autorisés à franchir. Elle avait les cheveux blonds peroxydés, et son visage n'était qu'une face recouverte grossièrement de maquillage. Un large trait saccadé d'eye-liner recouvrait quasiment l'intégralité de sa paupière droite tandis que le deuxième venait mourir entre ses pattes-d'oie. Son rouge à lèvres rose bonbon peinait à recouvrir l'intégralité de ses (trop) fines babines et son teint orangé semblait cacher de douloureuses balafres. Son accoutrement piquait les yeux et recouvrait trop peu d'espace sur le corps frêle de cette dame.

- « Non, ça va aller…

- Tu es sûr ? questionna t-elle gentiment de sa voix grave. Je peux peut-être me rendre utile… »

Eren cherchait désespérément des yeux une manière de refuser poliment les paroles de cette femme... Que faisait Levi quand on avait besoin de lui ? Ce n'est pas comme s'il avait couru tant que ça… si ? La femme prit en ses ongles maladroitement vernis, les joues du pauvre innocent.

- « Tu m'as l'air tout déboussolé, laisse-moi t'aider… »

Eren, bien que passé maître dans l'art de casser des mâchoires ne voulait pas avoir à taper cette dame pour se débarrasser de son emprise. Bien qu'elle avait clairement dépassé les limites de son espace vital, en soit, elle ne lui avait rien fait. Et pendant son entrainement, Petra lui avait enseigné qu'il ne fallait utiliser la violence que lorsqu'elle était requise. Et il tentait de se sevrer quant à ses excès d'agressivité.

- « Eren ! pantela Levi. »

Jamais le susnommé n'avait été si soulagé de le retrouver. De son côté, Levi avait encore une fois cru qu'il s'était finalement fait attrapé par le clan H, et sous sa surveillance en plus. Quel affront cela aurait été. Il avait cherché ce maudit gamin dans chaque recoin du quartier avant de le retrouver entre les mains d'une prostituée dans une partie sombre de la ville, pourtant non très loin de la plage. Mais qu'est-ce qu'il mangeait le matin pour s'enfuir hors de son champ de vision toutes les trois minutes ?

- « Du vent, va chercher des clients ailleurs, claqua Levi. »

Cette dernière grommela quelque chose d'incompréhensible et s'évada aussi vite qu'elle avait prit d'assaut Eren. Levi se rapprocha et l'adolescent se vit projeté mécaniquement, sans même avoir à y réfléchir contre le torse de son sauveur. Il passa ses bras autour de l'abdomen de Levi faisant se rejoindre ses mains dans son dos. Eren ne parut pas gêné le moins du monde par sa position, trop apeuré par ce qu'il venait de se passer.

- « Est-ce que les gens sont tous aussi intrusifs ?!

- C'était une prostituée, dit-il en marquant une pause. Ne me dis pas que tu n'en n'as jamais entendu vu ? »

Eren releva son nez du cou de Levi et fit non de la tête. Levi voulu éclater de rire.

Comment est-ce qu'Eren ne pouvait pas connaître cela ? Il n'était pas idiot pour autant, comme se faisait-il qu'il avait réagi ainsi ?

Mais il oubliait trop souvent que les trois-quarts de la mémoire de son protégé s'étaient barrés en même temps que son père. Il en déduit de manière assez habile qu'en plus de lui avoir retiré ses souvenirs d'enfants, il s'était permis de retirer sa jugeote. Non pas qu'Eren était devenu idiot, mais qu'il n'avait sûrement pas la vivacité d'esprit pour refuser les avances d'une inconnue.

- « T'es vraiment candide, gamin… »

Et c'était ça qui plaisait tant à Levi : sa naïveté. Il avait le mental d'acier d'un soldat mais dès lors qu'il se retrouvait hors des sentiers battus, il paniquait. La preuve en était qu'il avait été apeuré par le simple contact physique de lui même avec une autre femme. Il en soustrait donc que l'adolescent ne devait jamais avoir eu de petit copain ou de copines. Cette simple affirmation fut comme une bourrasque de bonheur en Levi. Ça lui était tellement inhabituel d'être aussi heureux qu'il se sentit presque nauséeux.

- « Est-ce qu'on peut rentrer ? demanda gentiment Eren, le visage enfouis. »

Levi acquiesça et dut ramener le corps somnolent à son appartement. Pas un seul mot ne fut échangé durant tout le reste de la soirée, puisque lors de leur trajet en moto, Eren s'était nonchalamment endormi contre le dos du conducteur empoignant sa taille de toutes ses forces. Levi dut se retenir de ne pas pousser un soupir d'aise lorsqu'il ressentit le souffle apaisé de celui-ci contre son épaule. Le savoir proche le calmait indéniablement.

Cette nuit, ce fut différent. Levi prit d'une certaine empathie, déposa Eren dans son lit au lieu de son canapé habituel. Cette fois, il allait profiter du confort de son matelas, après tout il l'avait bien mérité. De toute façon le caporal n'avait vraiment pas envie de dormir. Il se posta à la fenêtre et décida de veiller sur Eren pendant qu'il dormait. « On ne sait jamais » se répétait-il pour se persuader que ce qu'il faisait n'était pas juste un prétexte pour pouvoir avoir le plaisir de le toiser toute la nuit durant. Il s'installa donc en gardien, fermant doucement la porte vitrée, et s'asseyant dans un coin de son balcon avec pour seuls accompagnateurs un paquet de cigarettes et une tasse de thé fumante.


Eren se leva et ne reconnut pas son environnement habituel. Lui qui avait pour quotidien de s'endormir sur le canapé du salon se vit embarrassé lorsqu'il comprit qu'il se trouvait dans le lit de Levi. Il se figea de frayeur cherchant en tâtant la couette le corps de son protecteur. Fort heureusement pour lui il n'était pas là.

« Il a dût dormir sur le canapé »

Eren inspira alors une grande bouffée d'air frais se remettant les idées en place mais ça ne fit que le troubler d'autant plus. L'effluve mat de Levi était dans toute la pièce comme le plus beau des arômes qu'il n'avait jamais pu humer. Il s'en prit la tête à deux mains pour éviter de ne chavirer avant de renfoncer sa tête au plus profond de l'oreiller. Il posait sa tête là où Levi l'avait posée. C'était un petit peu un contact indirect, il en était tout retourné. Pourquoi diable la seule odeur de son caporal était aussi enivrante ?

Il se souvint quelques instants après la fin de soirée d'hier. Ç'avait été une journée plutôt longue pour Eren. Après son long entrainement, Levi avait insisté pour se promener avec lui, alors qu'il était exténué. Mais comment refuser quelque chose que lui demandait son supérieur ? C'était impossible pour lui. Alors malgré lui, il avait continué la journée. Et la fin de soirée fut des plus éprouvantes. Il devait constamment lutter contre le fait de vouloir se rapprocher encore davantage de son corporal. Tout tendait vers lui, ses muscles se raidissaient en sa présence, son cœur s'emballait. Comment se comporter face à un homme que l'on adule ? Hier il avait réalisé quelque chose d'extrêmement important : il aimait Levi.

Mais il ne l'aimait pas comme on affectionne le fait de regarder des films, ou encore comme on peut apprécier l'odeur du pain chaud au matin. Il s'était épris de lui. Comme si à ses côtés il se sentais plus alerte, plus lui-même, comme si tous ses sens étaient en éveil lorsqu'il s'en approchait. Et même temps tout était si flou à ses côtés. Il ne comprenait rien.

Ce qui était le plus terrible dans l'histoire était qu'avec la société majoritairement hétérosexuelle, il était pratiquement impossible que Levi puisse un seul jour lui retourner ses sentiments.

Il était fatigué de trop penser à ce genre de choses et entreprit de se lever pour le retrouver. Il eut comme un sursaut lorsqu'il remarqua que pendant tout ce temps, Levi était accoudé à la petite table devant la vitre de sa chambre. Est-ce qu'il l'avait vu cogiter pendant ces dernières minutes ? Il lui adressa un timide bonjour de la main quand il se releva pour partir dans le salon. Levi le suivit tout en restant sur le balcon qui coïncidait avec le living.

- « Bien dormi ? demanda t'il en ouvrant la fenêtre

- Oui… »

Eren tenait un objet entre ses doigts et le faisait tourner nerveusement entre ses paumes. Il essaya de le regarder dans les yeux mais à peine eut il relevé le bout de son nez que les deux iris polaires lui firent l'effet d'une flèche dans le cœur. Il s'empoigna la poitrine d'un geste instinctif, et Levi pencha la tête incrédule suite à ce geste :

- « Tu vas bien ?

- Je… oui, ça va. »

« Cet homme est dangereux pour ton cœur Eren » se répétait-il encore et encore. Il valait mieux éviter de croiser son regard alors qu'il était encore embrumé par les nuées du sommeil.

- « Je vais m'habiller.

- Fais donc. »

En prenant bien garde de s'enfermer dans la buanderie Eren se retourna et replaça une mèche timide derrière son oreille. Il était bien plus aisé de discuter avec lui lorsqu'il n'y avait pas de contact visuel.

- « Merci d'avoir prêté votre chambre. Vous n'étiez pas obligé… »

N'entendant aucune réponse de la part de Levi, il se calma, et s'habilla avec des habits propres qui trainaient dans le bac à linge.

Lorsqu'Eren revint habillé avec sa tenue d'entrainement, à savoir un pantalon cargo kaki, un tee-shirt blanc dont l'emblème de la brigade reposait dans le coin à droite de son haut et des bottes de combat noires il signifia à Levi qu'il était prêt pour partir. Ce dernier lui envoya un petit appareil qu'il rattrapa de justesse. Eren fronça les sourcils :

- « Un téléphone ? En quel honneur ?

- Détends toi, petit. C'est Erwin qui m'a demandé de te le donner. Chaque membre de la Brigade doit pouvoir être joignable en tout temps. Puisque tu es des nôtres, il t'en faut un. J'ai pris la peine de noter tous les numéros de ceux de l'Escadron. »

Il le remercia d'un hochement de tête. Sans lever le nez de son journal, Levi continua :

- « La moitié de l'Escadron est en congé aujourd'hui, et j'en fais partie. Tu passeras ta journée avec Hanji.

- Est-ce que je dois prendre un moyen de locomotion particulier ?

- Penses-tu, elle est en bas de l'immeuble depuis trois quart d'heure. »

Il passa sa tête dans l'embrasure de la fenêtre et, en effet la petite silhouette de la jeune femme l'attendait. Elle perçut sa présence et releva sa tête pile à ce moment là, faisant de grands signes à Eren, et malgré les vingt étages qui les séparaient elle s'agitait dans tous les sens pour qu'il le voit.

- « Effectivement. Bon, je n'ai pas une minute à perdre ! Bonne journée caporal ! »

Il claqua la porte sans rien ajouter de plus. Inquiet des sentiments étranges qui le taraudait depuis hier soir déjà, Levi composa le numéro de portable de son supérieur, mais également grand ami Erwin.

- « Allô Levi ? Il y a un problème ?

- Plus ou moins…

- Oh… je reconnais ce timbre de voix, il y a quelque chose qui ne va pas. C'est à propos d'Eren ?

À vrai dire…

- Je sais, Hanji m'a déjà tout raconté.

- Quoi ? s'exclama t-il. Je vais vraiment finir par l'étrangler celle là…

- Écoute, Levi. Je suis ton supérieur et ami depuis bien longtemps maintenant, et tu es celui qui se rapproche le plus d'un frère pour moi. Alors je sais très bien quand il y a quelque chose qui te hante l'esprit. J'en ai parlé avec Hanji lorsque tu as… kidnappé Eren hier. Nous nous étions bien rendu compte que tu avais des soucis… »

Levi ne savait plus où se mettre c'est comme si le masque de personne froide et sans sentiments qu'il se donnait depuis toujours était tombé à tout jamais à l'instant même où il avait prononcé ces quelques phrases. Son cœur se gela. Comme si tout ce qu'il avait emmagasiné s'était pétrifié et qu'il avait retrouvé sa raison.

- « Alors dis moi… c'est Eren, n'est ce pas ?

- Pourquoi est-ce que ce gamin provoquerait en moi ce genre de sentiments ? Je sais que, dans ta jeunesse tu as eu l'occasion de taper toute ta promo dès qu'une personne se détachait un peu du lot, mais je ne suis pas de ce penchant là moi, rectifia Levi.

- Ah bon ? fut interloqué Erwin. Alors, si ce n'est pas Eren, qui est-ce ?

- Personne. À vrai dire, j'avais un coup de blues, j'ai sympathisé avec ma voisine et maintenant nous sommes ensemble. »

Erwin faillit en faire tomber ton téléphone :

- Ta voisine ? Lisa ?! Mais je croyais que tu la détestais ? Tu nous as même dis une fois qu'elle était l'incarnation de tout ce qui était insupportable en une personne !

- Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis, je ne dépare pas le lot. Je ne vois pas pourquoi je t'ai appelé, je n'ai pas à partager ma vie sentimentale avec toi.

- Mais enfin, je suis ton meilleur ami, c'est normal que tu me parles de ce genre de chose. Moi-même je t'ai toujours expliqué lorsque j'avais des problèmes de cœur. Levi, je sais que tu me caches des choses, et tu n'iras pas mieux tant que tu n'en auras pas discuté avec…

- Tu m'excuseras, mais je passe sous un tunnel. »

Levi n'attendit pas plus longtemps avant de raccrocher le combiné. Il s'observa dans le reflet brun de sa tasse de café. Quelque chose avait changé, comme si une infime partie de lui même s'était recroquevillée pour laisser à l'autre le loisir de s'étendre. Il but tout son breuvage d'une traite avant de partir chez sa voisine. Tout était bon pour parvenir à l'oublier.

DING DONG !

Comme le glas, la sonnerie retentit dans l'habitacle.

La douce femme répondit presque immédiatement en ouvrant délicatement sa porte, prenant garde à laisser trainer un œil au judas.

- « Monsieur Ackerman ?

- Levi. Je m'appelle Levi, rétorqua t'il.

- ..? Entrez donc, je vous en prie… »

Lisa ne comprenait pas vraiment l'attitude de son voisin aux habitudes pourtant si froide. Il fallait le dire, elle n'avait pas été insensible au fait qu'un aussi beau garçon toqua à sa porte, d'autant plus qu'il était Levi Ackerman, le grand soldat dont tout le monde vantait les exploits. Sa carrure droite se posa dans un fauteuil, elle le suivit, un verre de jus d'orange à la main.

- « Que me vaux cette visite ?

- Bah, écoute, déblatéra t'il d'un air totalement désabusé, ça va faire dix ans que j'habite à côté de ta porte et jamais on ne s'est réellement parlé, je me trompe ?

- C'est… c'est à dire que, je n'ai pas ménagé mes efforts pour tenter d'entretenir un dialogue mais vous ne me rendiez pas vraiment la pareille, fit-elle remarquer.

- Tu. Dis-moi "tu", je ne suis pas encore assez vieux pour être vouvoyer par une femme de mon âge. »

Il s'étira et admira la vue par la fenêtre. La jeune femme se rendit compte de la situation. L'homme que toutes les femmes rêverait d'avoir à leurs côtés était devant elle. Il fallait qu'elle tente le tout pour le tout qu'elle essaye. Elle se rapprocha et lui envoya un regard de velours qu'elle ne se connaissait pas. Levi comprit son petit jeu dès l'instant même où elle releva un pan de sa robe en s'asseyant.

- « C'est d'accord.

- ... d-d'accord de quoi ? dit-elle un peu honteuse d'avoir été interrompue.

- On va commencer à se voir un peu plus fréquemment. Et d'un peu plus près.

- Vous... Vous pensez que je suis de ce genre là ? Je ne couche pas avec n'importe qui même si la personne se révèle être Levi Ackerman ! fit-elle avec un air faussement outrée et innacessible. »

Levi roula des yeux suite au vouvoiement et au faux spectacle qu'elle mettait en scène. S'il y avait quelque chose de pire que les filles faciles, sur le plan moral, c'était les fausses pures. Celles qui prétendent être dénuées de tout mais qui possèdent le plus.

- « Ce n'est pas pourtant ce que t'essayais de me faire comprendre ? J'ai du me tromper, je ne tenais pas à t'embarquer dans une... »

Et alors que Levi partait dans l'espoir d'aller trouver une fille qui accepterait une relation purement charnelle, elle le retint.

- « Non ! Vous... tu as bien compris !

- Bien, poursuivit-il. Alors quil en soit ainsi. Tu ne devras parler de notre relation à personne, c'est compris ? Je ne tiens pas à ce que la presse à scandale se délecte de notre petite idylle, d'accord ?

- Attends… Arrête moi si je me trompe, ce n'était pas une plaisanterie ? On va vraiment ? »

Elle avait laissé sa phrase volontairement en suspens, pour ne pas dire quelque chose qui ne fallait pas.

- « Ouais, je vais sortir avec toi, pourquoi ?

- Pardon ? s'étouffa la jeune femme.

- Écoute, j'ai besoin d'une petite amie. Je frôle la trentaine, c'en est ridicule. Alors je tente des trucs. Estime toi plutôt heureuse que ça tombe sur toi et ne pose pas trop de questions. Je passe te prendre ce soir pour aller dîner. »

Sur ces mots, il ouvrit la porte dans un fracas assourdissant. Avant de la claquer, il déposa un petit bout de papier sur la table dans l'entrée et murmura :

- « Au cas où il faudrait que tu m'appelles. »

Lisa se laissa retomber sur le canapé, complétement choquée par la situation. Qu'est-ce qui venait de se passer ? Est-ce que l'homme dont elle avait secrètement rêvé dans des songes tous moins chastes les uns des autres depuis toutes ces années, le grand caporal venait de l'inviter à un rencard ? Toutes ces paroles n'étaient pas le fruit même de son imagination ? Elle ne put s'empêcher de pousser un petit cri de joie qui résonna dans l'entièreté de son loft. Elle envoya valser ses talons aiguilles, lui retirant tout à coup une dizaine de centimètres et chantonna :

- « Ce soir je sors avec Levi Ackerman ! Ce soir je… oh ! il faut que j'appelle Katelyn ! »

Elle se précipita au combiné de son téléphone fixe et passa le reste de sa matinée à glousser au téléphone, son amie enviant plus qu'autre chose sa situation.

De son côté, Levi ne semblait pas le moins du monde affecté par la situation. Il soupira en pensant que cela repousserait totalement les petites attentions que lui accordait Eren, et ils se cantonneraient à une relation de franche camaraderie, sans pour autant aller plus loin. Levi savait qu'il avait bien fait. Que s'il avait continué, ne serait-ce qu'une seule journée à jouer à ce petit jeu de séduction (parce qu'il l'avait bien compris) avec son subordonné, tout aurait probablement déraillé.

Mais est-ce que c'était vraiment ce qu'il voulait ?


Mes fins me font vraiment rire, on dirait le climax d'une série pourrie :')

Enfin ! J'espère que vous aurez apprécié ce petit chapitre ! Le prochain devrait sortir demain (ce soir si je suis motivée à le corriger, mais je ne promets rien). Je vous souhaite une bonne fin de soirée, et à bientôt !