Hello, hello.

Je redoute un peu cette partie de l'histoire, véritable tournant pour la trame de la fanfiction. J'espère que ça sera à la hauteur de vos attentes, je suis anxieuse de découvrir vos réactions... Cependant sachez que j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Sachez également que dans ce chapitre, la toile de fond ne sera pas du tout développée, mais Levi et Eren seront mis à l'honneur. Je n'en dis pas plus !

Bonne lecture :)


Levi était accoudé à sa tablée, là, à écouter les propos d'une femme complètement inintéressante. Il n'essayait même pas de faire mine qu'il portait de l'intérêt à ce que la belle rousse racontait. Ses lèvres étaient pincées dans un mouvement d'énervement et il ne daignait pas lui adresser un regard : il se contentait de lâcher quelques onomatopées une fois toutes les cinq minutes pour qu'elle continue son récit.

Elle finit cependant par remarquer le désintéressement profond du caporal et demanda :

- « Hé Levi, tu m'écoutes ? »

Le brun souleva le menton, et répliqua dans le plus grand des calmes :

- « Non. »

Lisa écarquilla les yeux. Elle ne s'attendait pas à ce que la réponse à sa question soit négative. Gênée, elle tritura les restes de sa nourriture de sa fourchette.

- « On s'en va ? proposa t-il, même si au fond, cela sonnait plutôt comme un ordre.

- Mais, nous n'avons même pas commandé les desserts..?

- Ça va faire trente minutes que je ne touche plus à ma bouffe. Libre à toi de prendre un truc.

- N… Non, non ça va aller ! bégaya t'elle. »

Il posa un billet de quoi largement payer les consommations sur le comptoir de l'accueil du grand restaurant et marmonna au maître d'hôtel :

- « Gardez la monnaie, on n'a pas le temps. »

Tandis qu'il s'éloignait de la réception, Lisa bredouilla quelques excuses pour le comportement de son compagnon :

- « Excusez-le, j'aimerais bien pouvoir vous dire qu'il n'est jamais comme ça d'habitude, mais il est vraiment toujours comme ça. Alors… bonne soirée ?

- À vous aussi, répliqua calmement l'hôte, visiblement habitué au comportement de Levi. »

Elle trottina jusqu'au brun faisant claquer ses talons contre le béton dur et froid. Il devait être dans les alentours de minuit quand il enfourcha sa moto.

- « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda timidement la jeune femme, s'appuyant aux hanches de Levi pour grimper sur la rutilante.

- À ton avis ? grogna t'il en s'allumant une cigarette. »

Lisa ne semblait vraiment pas savoir, tentant de déceler la moindre petite émotion ou indice dans les prunelles grisées de son compagnon de fortune.

- « Je vais te ramener chez moi. J'ai besoin de te faire un topo détaillé sur la suite des évènements ou tu peux te figurer ça toute seule ? »

Suite au silence de cette dernière, il souffla une grande bouffée de fumée et s'écria :

- « Je vais te baiser, quoi !

- Oui, bah ça va ! J'avais compris, pas besoin de crier ! clama t-elle, rouge de la tête aux pieds. »

Levi leva les yeux aux ciels, fatigué par la naïveté de cette inconnue. En soit, elle ne l'était pas : il la voyait depuis toutes ces années presque tous les jours et elle venait de lui raconter en long en large toute sa petite vie en passant de ses études jusqu'à sa famille. Mais le hic était que, Levi ne l'avait absolument pas écouté, bien trop préoccupé par…

Eren.

Maintenant qu'il s'en rendait compte il avait passé toute sa soirée à penser à lui. À ce trop bref mais bien trop intense baiser échangé à la fin de la journée. À l'arrêt cardiaque momentané que lui avait provoqué la vue de son protégé entrain de pleurer. À la méchanceté qu'il s'était efforcé de souligner lors de sa dernière tirade avant de sortir définitivement de l'appartement. Il avait voulu être brut, cassant et violent dans ses propos. S'il avait pu l'être davantage, il l'aurait fait. Levi avait vraiment essayé de l'éloigner de lui pour ne pas qu'il se retrouve dans la putain de situation dans laquelle il avait fini par plonger. Comment est-ce qu'un braillard pareil pouvait ne serait-ce qu'accaparer plus d'une trentaine de secondes son esprit ?

C'était déjà assez étrange qu'il ait fini par apprécier la compagnie d'un autre être humain, et ce, alors qu'il habitait avec lui ; alors là !

Raaah ! Quel idiot !

- « Levi ! Attention ! »

Il avait bien failli rentrer dans un camion à l'arrêt. Quel imbécile, c'était bien le moment de penser à ce genre de chose ! Surtout en ces circonstances ! Surtout avec lui ! Pourquoi est-ce qu'il avait fallut que ce soit Eren ? Ça aurait put être n'importe qui : Hanji, Erwin, même cette imbécile de Lisa. Mais pourquoi LUI ?

Ça rendait Levi fou de rage. Lui qui, pendant toutes ces années s'était forcé à ne ressentir d'affection un peu trop poussée pour personne de peur d'en souffrir, venait de ressentir une appréciation un peu trop intense pour qu'elle ne soit totalement chaste, de son subordonné de 7 ans son cadet. Quel con !

Non mais franchement, QUEL CON !

Il se gara à sa place de parking réservée et se répéta au moins une bonne vingtaine de fois : « Je vais coucher avec cette femme ».

Il tentait de se persuader qu'elle était la proie idéale : la gazelle rapide et volatile, pleine d'énergie. Celle que le lion poursuit pendant des heures et des heures pour n'en apprécier que davantage la chair exquise lors du tableau final.

Mais elle n'était que la pâle antilope, trop fatiguée et fade pour s'adonner à un quelconque jeu auquel au fond, il ne voulait même pas jouer. Sa saveur serait insipide, fade, ça il le savait. Malgré tout il ne s'écoutait pas penser et décida de poursuivre l'antilope, plutôt que la gazelle.

Mais son cerveau n'était pas de cet avis, et comme un disque rayé, il chantait encore et encore : Eren, Eren, Eren.

Levi était si énervé contre lui-même qu'il aurait clairement pu se foutre une droite si seulement Lisa n'avait pas été à côté de lui. Trop soucieux de faire disparaitre cette petite voix, il l'embrassa fougueusement contre un pilier du parking souterrain. Prise par surprise, elle laissa échapper un petit hoquet de surprise suite à ce contact si impromptu. Mais il se contenta de continuer à la serrer contre ses lèvres, désespérément comme s'il espérait que quelque chose allait se produire. Comme si l'antilope allait se révéler être finalement la gazelle. Mais, rien ne se fit. Et l'antilope se laissa dévorer par le lion, ne laissant aucune chair, car avide d'autre chose.

Lisa était sur le dos, roucoulant de sa joie post-coïtale tandis que Levi ne se sentait aucunement délivré.

Elle poussa un profond soupir d'extase, enfonçant encore plus sa tête dans l'oreiller moelleux mis à sa disposition. Elle roula sur le ventre pour se rapprocher un peu de son amant et lui posa un tendre baiser sur la tempe que celui-ci réprima par un grognement. Et alors qu'elle allait ajouter une maxime pour finir en beauté leur soirée avant de fondre dans les bras de Morphée, elle fut interrompue par la voix rauque de Levi :

- « Je vais fumer un coup. »

Désormais seule dans le lit de l'homme qui lui faisait tourner la tête, elle s'assura qu'il soit parti sur le balcon avant de dégainer son téléphone situé dans la petite pochette qui, quelques minutes auparavant avait été envoyée valdinguée sans vergogne. Elle pensait que Levi ne pouvait pas l'entendre, mais l'ouïe surdéveloppée de ce dernier perçue tout de même ses paroles malgré la porte vitrée close.

- « Allô, Katelyn ? Tu ne devineras jamais ce qui vient de m'arriver… »

Elle laissa un temps de battement. Levi attendit patiemment la suite du récit, il espérait qu'elle n'était pas ce genre de femme qui suite à…

- « Siiiiiii ! Oh, c'est un dieu, si tu pouvais le voir ! Ça a duré au moins trente minutes ! »

Levi écrasa le reste de sa cigarette avant même qu'elle ne soit terminée dans le petit cendrier prévu à cet effet.

« Pitoyable. » pensa t-il.

Il rentra dans la chambre, Lisa fut surprise de le voir et raccrocha aussitôt. Elle s'ébouriffa les cheveux et murmura tandis qu'il se posa sur le coin du lit :

- « Tu veux recommencer ? »

Elle avait essayé d'avoir une voix sensuelle, mais Levi décela un léger bégayement et se retint d'éclater de rire (chose foutrement rare) pour ne pas qu'elle perdre toute la prestance qu'elle tentait de se donner. Ok, parfois il pouvait vraiment être un connard, mais elle lui faisait plus pitié qu'autre chose.

- « Nan, je sors. J'ai besoin de prendre l'air. »

Il enfila rapidement un sweat gris, un jean et une paire de baskets de villes basiques. Il enfonça ses mains au plus profond des poches de son pull. Alors qu'il avait claqué la porte, et pénétra silencieusement dans l'ascenseur, le regard posé sur son téléphone. Il parcourait les applications : il avait reçu trois messages d'Erwin lui demandant de s'expliquer quant à son comportement lorsqu'il lui avait raccroché au nez et un d'Hanji qui lui donnait rendez-vous le lendemain pour discuter de « quelque chose ». Quelle casse-pieds celle là…

Il ne savait pas vraiment où aller. Peu importait, du moment que ses pensées étaient plus légères ensuite, c'était tout ce qu'il désirait. La douce nuit lui apportait beaucoup. Il se surprit à apprécier le contact frais du vent contre ses tempes. Depuis tout petit, il jouissait des petits plaisirs de la vie cette dernière lui ayant pris tellement de choses auquel il tenait plus que tout, il s'était toujours rabattu sur ceux-ci. Par exemple l'odeur du goudron après le passage d'une averse, le silence et l'accalmie des petites ruelles désertes, la tiédeur du filtre de sa cigarette lorsqu'il la tenait entre ses doigts… Toutes ses petites choses étaient son secret. Il n'avait jamais dit à personne qu'il portait de l'importance à ces plaisirs, de peur de passer pour un « pseudo-artiste-sensible » (chose qu'il n'était absolument pas).

Dans l'obscurité, une enseigne lumineuse attira son regard : un bar.

Bingo, c'était pile ce qu'il lui fallait.


La musique battait son plein. Le petit bâtiment n'était illuminé que par les néons colorés collés au plafond et sur quelques murs. Une odeur de fumée et d'alcool imprégnait les boiseries du comptoir et s'infiltra dans les narines des deux amis dès lors qu'ils pénétrèrent dans le bar.

- « On va bien s'amuser, sourit Eren, déjà tout excité.

- Tu es sûr ? s'étouffa Armin. L'air est irrespirable, et puis… »

Son attention fut attirée par un groupe d'amis qui riaient à pleine voix. C'est fou comme les deux garçons avaient des avis divergents sur la situation. Pour Eren, ces personnes avaient juste l'air de passer une bonne soirée alors que pour Armin, ils dénonçaient tout ce pourquoi les adultes qualifiaient leur génération de « bonne à rien ».

- « Détends toi… souffla t'il, amusé par la réaction de son ami. »

Il lui ébouriffa le sommet du crâne si promptement que le blondinet se retrouva tout décoiffé. Comme pour s'excuser, du plat de sa main, il brossa sa tignasse pour que les épis redescendent.

- « Bon, je veux bien qu'on prenne un verre pour te faire plaisir. Mais un seul, d'accord ? »

Eren acquiesça distraitement, un sourire narquois aux coins des lèvres et montra du bout de son nez le petit tabouret situé en face du bar.

- « Je vous ressers ? questionna le barman, astiquant avec soin un shooter sale. »

Ça faisait maintenant trois heures qu'Eren et Armin étaient accoudé au comptoir, une pile de verres usés gisant près d'eux. Ils se regardèrent pendant quelques instants, se demandant si c'était bien raisonnable. Et alors que le brun allait décliner avec politesse, malgré son taux élevé d'alcoolémie, la demande du serveur, Armin s'écria :

- « Évidemment ! »

Il déposa, sans trop faire attention, un billet de cinq euros (de quoi payer leur future consommation). Eren souffla :

- « Tu es bien enthousiaste pour quelqu'un qui voulait "juste un verre" à la base.

- Rooh… rétorqua t'il en lui tapotant le bras, comme pour lui demander d'arrêter de jouer les rabat-joie. »

Le garçon leur apporta alors, comme convenu, deux petits verres dont la contenance se rapprochait plus à de l'eau qu'à n'importe quelle liqueur compte tenu de la transparence du breuvage. Seulement vu la tête que tira Armin après son ingestion, n'importe quel idiot compris que ce n'était nullement de l'eau. Eren semblait tenir comme un champion face au petit blond, mais à dire vrai, il n'était pas non plus dans son assiette. Il reposa doucement sa tête contre la paroi dure et froide du comptoir. Armin quant à lui, avait la tête ailleurs. Il jeta un coup d'œil rapide à sa montre et s'affola :

- « Oh merde, je suis vraiment en retard… Je vais encore me faire disputer. Excuse-moi de te fausser compagnie, Eren. Je dois y aller. »

Il se redressa d'un seul coup, ignorant son état :

- « Je ne peux pas te laisser repartir tout seul, complétement saoul !

- Ne t'en fais pas pour moi, j'ai un ami qui passe me chercher. Il m'attend dehors depuis vingt minutes, se justifia t'il. »

Et comme pour appuyer ses propos, il dégaina son portable et fit apparaitre les multiples messages d'un certain Marco qui ne cessait de lui répéter qu'il s'impatientait.

- « Excuse-moi de te faire fausser compagnie Eren, tu sauras rentrer tout seul ?

- C'est fou Armin, même bourré, tu restes attentionné. »

Il lui envoya une claque dans le dos, qui, même si elle se voulait amicale, le fit trembler de douleur. Il se frotta le dos, et Eren, conscient de la violence de son coup (mais un peu tard) calqua son geste comme pour se faire pardonner.

- « Ne te fais pas de mouron. Je suis en pleine forme, marcher va me faire du bien. »

Armin était déjà loin lorsqu'il acheva sa phrase et lui adressa un dernier signe de la main avant de disparaître derrière la porte du bar. Eren souffla un grand coup et s'écrasa mollement, reprenant ainsi sa position de base.

Il se sentait bien, là. Il parvenait à faire abstraction du trop plein de bruit, qui pour, n'importe qui aurait été à peine supportable. La musique grunge mise à fond, lui faisait carrément vibrer les tympans. Les discussions agitées des jeunes complétement ivres il lui sembla d'ailleurs discerner une bagarre parmi l'amas de voix qui se mélangeaient. Sans parler de l'odeur constante de fumée et de sueur (était-ce la sienne ou celle des autres ?) qui n'était qu'une ombre supplémentaire au tableau déjà peu bucolique.

Mais, là, il parut apaisé. Bercé par toute cette cacophonie auditive et olfactive. Il s'octroya le droit de ne pas répondre au serveur qui lui demandait s'il comptait encore consommer. Il abaissa doucement ses paupières, ne tenant pas rigueur de sa présence et se laisser aller au rythme effréné de la musique en battant la mesure de ses doigts, les cognant les uns contre les autres.

Levi.

Maintenant qu'il était seul avec sa conscience, il comprenait que l'amour qu'il lui portait était bel et bien réel. Que ce n'était pas qu'un surplus d'hormones. Sa tête tournait rien que de songer à son caporal. Comment pouvait-il ignorer ce qu'il ressentait pour lui ? Le simple fait de se l'avouer lui fit beaucoup de bien. Il afficha un sourire radieux qui illumina carrément son visage. Il se redressa et chuchota dans un soupir :

- « Je l'aime tellement.

- Qui donc ? »

Cette voix grave, rauque, perçante et pénétrante. Il se retourna soudainement et faillit défaillir. L'objet de ses dires se tenait juste devant lui, poings sur les hanches. Une soudaine brûlure lui remonta le long de la colonne vertébrale pour venir se loger dans sa gorge. Malgré sa vision floue, il sut dessiner parfaitement les contours de sa silhouette parfaite.

Eren s'enfuit lui et ses sentiments trop exposés. Il se savait en position de faiblesse, alors il courut du plus vite qu'il le pouvait à l'extérieur, laissant Levi seul dans le bar. Eren priait le ciel pour ne pas qu'il tente de le rattraper ; ce qu'il fit, vous vous en doutez bien. Mais quelle ne fut pas la surprise du caporal de découvrir son protégé les larmes aux yeux et les joues rougies par l'alcool et le désir. Le plus jeune se concentra du maximum qu'il pouvait et tenta de repousser toute cette myriade d'amour qu'il ressentait pour son interlocuteur. Seule la colère contre lui même ressortait. Il était furieux de ne pas parvenir à se contrôler, que le caporal lui fasse autant perdre ses moyens. Il explosa :

- « Mais lâchez-moi à la fin, vous ne voyez pas que je n'ai pas envie de vous voir ?! Pourquoi est-ce que vous ne retourneriez pas avec l'autre pétasse pour me laisser tranquille ? »

Levi fut réellement choqué par ce que venait de lui dire Eren. Il ne sut pas quoi répondre. Mais il trouva anormal le fait que sa beauté fut autant soulignée par le fait qu'il soit imbibé d'eau-de-vie. Ses lèvres se mouvaient dans un valse pendant qu'il parlait, et une irrésistible envie de goûter à celles-ci une nouvelle fois lui prirent à la gorge. Il se rapprocha doucement de lui, faisait des petits pas quasi imperceptible (surtout pas pour Eren, dont les réflexes étaient carrément atrophiés).

- « Allez-vous en... allez-vous en... répétait-il. Pourquoi vous ne voulez pas partir... »

Le plus âgé l'attrapa doucement par le col et le plaqua de façon à ce qu'il ne bouge plus. Ce n'était pas brutal du tout, il se contentait de le retenir, il ne voulait pas qu'il se sauve. Le regard enfiévré, le caporal se déplaça jusqu'à ce que leurs bouches ne soient qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Eren ne voulait pas souffrir une nouvelle fois :

- « S… si c'est encore, pour vous assurer de quelque chose… balbutia t'il, presque incapable d'aligner trois mots les uns derrière les autres.

- Eren. »

Il le détailla. Ses iris ombragées le sondaient, il plongeait littéralement entre ses deux pupilles. Son cœur fut comme serré dans un étau tandis que sa main remontait nonchalamment aux creux de ses reins. Levi posa sa paume sous le haut du plus jeune et laissa balader ses doigts dans son dos.

- « Que…

- À quoi songes-tu ? Dis-moi de quoi tes pensées sont faites ?

- Pourquoi vous me dites tout ç…aaah ! »

Eren vibra lorsqu'il atteint ses omoplates. Il se crut atteint d'une maladie tant il frémissait. Levi nicha sa tête dans les clavicules du plus grand. Il y renifla non sans discrétion la fragrance de son protégé. Quel parfum…

- « Eren, dis-moi ce que tu as sur le cœur. Je t'assure que…

- N… non, coupa t'il.

- Pardon ? »

Eren s'effondra dans les bras de Levi, ne pouvant en supporter plus. Ce dernier le retint de la même façon qu'il avait rattrapée un peu plus tôt dans la soirée. Le corporal dût lutter corps et âme pour ne pas embrasser de toutes les façons possibles et imaginables la frimousse du jeune homme. Il tenta de reprendre pied :

- « Tu pues l'alcool, menti t-il »

Il en profita pour humer une nouvelle fois le doux parfum qui était mis à sa disposition. Il mima une expression de dégoût alors que secrètement, il fantasmait, rien qu'à l'idée de pouvoir imaginer quelle odeur pouvait émaner de sa peau cuivrée lorsqu'il était exposé à toutes sortes de situations. Ses paupières se refermaient toutes les secondes dans un mouvement spasmodique.

La hargne d'Eren s'était un peu calmée suite au reproche de Levi. Seul son amour débordant restait, et il ne pouvait passer outre le fait que se retrouver dans les bras de son sauveur une nouvelle fois dans la soirée, le remplissait littéralement d'allégresse. Il se serra auprès de lui, collant presque son oreille contre son torse. Les neurones à plat il murmurait ses pensées sans vraiment y méditer.

- « J… je ne, suis pas sûr. C'est tellement mélangé. Et puis il y a l'autre, qu'est-ce que je peux la détester, marmonnait-il. Toujours bien apprêtée, à faire des sourires faux, tout ça pour attirer l'attention. Je n'ai jamais eu besoin de faire ça moi, pourquoi elle se… mais oui. Je suis con. Bien sûr que c'est pour ça. Armin l'aurait tout de suite vu, lui. Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que je reconnaisse les choses des années après les autres. Quel imbécile je fais…

- Gamin ? »

Levi n'avait entendu que la dernière phrase de la longue tirade. C'est-à-dire qu'Eren murmurait tellement ses dires qu'on ne les percevait presque pas, comme un bruit blanc. Il claqua sa langue :

- « Eren, t'es complétement ivre. Laisse-moi te ramener à l'appartement, t'as besoin de sommeil.

- Je ne veux pas rentrer. »

Son intonation se voulait quémandeuse, presque suppliante. Il se frottait littéralement contre les pectoraux de Levi, alors que ce dernier le portait entre ses bras. Eren se délecta d'ailleurs de la délicieuse sensation qu'était la courbure des biceps de Levi sous ses épaules et ses cuisses. Son esprit se tannait à lui répéter qu'il fallait que ça cesse mais tout son corps tendait vers celui de Levi. Il prit tout de même la décision d'écouter sa tête (pour une fois).

- « Reposez-moi, s'il vous plait.

- Non.

- Mais… bouda t'il, pourtant ravi du refus du caporal.

- Parce que tu vas encore t'enfuir et qu'il est hors de question que je te laisse courir seul comme une gazelle égarée dans la nuit. Avec tous ces tordus et ton visage, tu ne tiendrais pas deux minutes. »

Eren indiqua à son cerveau de passer outre le compliment indirect que venait de lui faire son supérieur, bien que son cœur battant la chamade lui indiquait clairement qu'il avait bien reçu l'information.

- « Ça n'est pas vrai. Je me débrouille très bien aux combats. Vous auriez l'occasion de le voir si vous m'entrainiez un peu plus souvent, bougonna t'il.

- Bah alors, tu t'ennuies sans moi ?

- N… ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! »

Plusieurs minutes s'écoulèrent. Levi ne semblait pas le moins du monde affecté par la masse qu'il tenait entre ses bras. Ce qui lui pesait en revanche, était le poids de son cœur. Il était bien trop rempli. Contre toute attente, la plus belle des sensations de la journée n'était pas le baiser, mais cet instant. Il avait retrouvé Eren, et le maintenait désormais somnolant contre son torse. Il pouvait percevoir le battement effréné du cœur de l'adolescent qui pompait contre sa jugulaire. Levi se demandait si ce rythme était dû au fait qu'il soit saoul ou si c'était tout bonnement leur approche. Dans son cas…

- « On est quoi au juste, nous deux ? »

Levi fut extirpé de ses pensées de la plus douces des façons qui soient. La barrière de la gêne passée outre, les effets de l'alcool avalé refaisaient effet revenant comme un boomerang faire la zizanie dans l'organisme du plus jeune. C'était même encore plus puissant que tout à l'heure. Eren s'enroula un peu plus entre les bras de son gardien, l'obligeant à le serrer davantage.

- « Pourquoi vous flirtez avec moi ?

- Te voilà bien arrogant, gamin. Qui t'as fait croire ce genre de connerie ?

- C'est évident. Je vois bien comment vous vous comportez avec moi. »

Merde.

- « T'as craqué, morveux. Ne prends pas trop la confiance. Je suis sûre que c'est Hanji qui t'as… »

Dans ce moment d'absence de la part du brun, Eren se délogea de l'étreinte du corporal, mais ne souhaitant pas rompre tout contact, il enfonça son nez dans le cou de Levi.

- « Vous savez très bien l'intérêt que je vous porte, alors pourquoi vous faites semblant de ne pas pouvoir lire en moi comme dans un livre ouvert ? C'est mon ami Armin qui me répète toujours, qu'on peut… »

- Attends voir, quoi ?

- Je disais qu'Armin…

- Non, non, je m'en fous de lui. Qu'est-ce que tu disais avant de parler de ça ? »

Il y eut un temps de flottement et Eren éclata de rire après un petit bruit de bouche il répondit :

- « Je ne sais même plus ! »

Levi lui envoya une pichenette sur le front avant de marmonner :

- « Imbécile, t'es vraiment bourré.

- Donc, la voisine, c'est votre petite-amie ? » questionna Eren en trottinant devant Levi.

Sa voix transpirait l'amertume. Le brigadier poussa un soupir à fendre l'âme.

- « Probablement.

- Comment est-ce qu'on peut être "probablement" la petite amie de quelqu'un. Soit on sort avec la personne, soit ce n'est pas le cas !

- Ferme un peu ta bouche, Eren. Tu causes trop. Quand t'es saoul, t'es une véritable usine à parole. Faut que t'apprennes à arrêter de jacasser et à la fermer. Laisse-moi te dire que t'as un caractère très lunatique. Un coup t'es timide, un coup t'es téméraire et audacieux comme un putain de soldat. Faudrait que tu te décides sur ce que tu es concrètement.

- Je suis comme ça.

- T'es foutrement bizarre.

- Vous trouvez ? »

« Carrément » songea le caporal de toutes ses forces. « Qui d'autre qu'un mec complétement étrange pourrait réussir à me faire sentir ce que je ressens chaque fois que je t'adresse la parole, espèce de gamin ignorant. »

Il garda le silence, préférant le calme aux flots de paroles incessants. Ils reprirent cependant une discussion qu'ils avaient laissée sur le tas un jour, et parlèrent ainsi pendant une trentaine de minutes avant de se retrouver au pied de l'immeuble. La marche dans la nuit leur avait fait du bien, d'un côté Eren n'était presque plus saoul, et de l'autre, Levi avait l'intime conviction que le temps qu'il passait avec lui valait la peine et l'apaisait.


Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'appartement, la nuit était encore noire et la seule lumière avec laquelle ils parvenaient à se diriger était celle du téléphone portable d'Eren. Tandis que l'adolescent se dirigea vers son canapé fétiche, Levi se risqua à ouvrir la porte de sa chambre. Comme il le pressentait, Lisa était toujours là. Il n'avait vraiment pas envie qu'Eren la découvre. Il prit garde de ne pas faire de bruit (il ne manquerait plus qu'elle se réveille) et se glissa encore habillé dans ses draps, trop exténué pour parvenir jusqu'à son armoire et surtout désireux de ne pas réveiller Lisa dans des mouvement inutiles.

Et alors qu'il s'apprêtait à s'endormir, il entendit des petits coups discrets contre la porte. Il se releva d'un coup.

- « Excusez-moi, je peux vous embêter une minute ? Je n'ai plus de haut propre pour dormir. »

Levi ne savait pas quoi faire. Il ne pouvait pas interdire l'accès à Eren, (même s'il prétextait qu'il se changeait, le petit reviendrait à l'assaut par la suite), s'il faisait mine de dormir, cet arrogant trouverait quand même la force de se risquer à ouvrir la porte et obtenir ce qu'il voulait.

Il eut un éclair de génie.

- « Dors avec torse nu. Je suis dans mon lit, là.

- Mais enfin c'est ridicule, ce n'est qu'un haut. Je me permets juste de prendre ce qui m'appartient puisque je vous rappelle que vous avez refusez le fait que je puisse mettre mes affaires dans le salon alors… »

Il poussa la porte et Levi paniqua clairement. Il envoya donc un coussin qui trainait sur la tête de Lisa, espérant que dans le noir, Eren ne pourrait distinguer sa silhouette. Il s'avança vers le grand dressing qui se situait juste en face de la couche de Levi et lui tourna le dos. Il ne jeta même pas un coup d'œil vers lui. Eren cherchait alors un haut propre quand retentit dans la pièce une plainte étouffée :

- « Mmh, Levi … ? T'es revenu ? »

Eren se retourna brusquement et comprit alors que son caporal n'était pas seul. Il empoigna un tee-shirt au hasard dans sa rangée et marcha vite vers la porte :

- « Veuillez m'excuser. Je ne savais pas que vous receviez cette nuit, marmonna t'il en s'éloignant, la voix pleine de sous-entendus. »

Levi se maudit. Et tandis que son protégé refermait la porte avec une trop grande précaution, il s'élança hors de sa couette et ouvrit la porte sans prendre garde aux effets de sa sortie sur le sommeil de la femme qui dormait là. Il s'extirpa sur le balcon. Eren essuya furtivement une larme qui avait perlée sans demander son du et lorsque Levi le comprit il l'empoigna et le serra dans ses bras de toutes ses forces. Rien n'était plus douloureux que de voir s'écouler sur ses joues des flots incessants de larmes. Il s'était rarement senti aussi mal. Il tonna :

- « Arrête de pleurer ! Stop !

- Lâchez-moi. Retournez vous coucher, je n'ai pas envie de parler.

- J'en ai marre que tu pleures putain ! Arrête ça... arrête de chialer Eren. Ça me fait du mal. »

Eren éclata d'autant plus en larmes. Il renifla bruyamment dans l'épaule offerte et s'essuya dans trop prendre garde contre le revers de sa main. Ses sanglots étaient assourdissants, on les entendait retentir du fond de la cuisine.

- « Vous n'avez pas le droit de faire ça. Me donner l'impression de compter à vos yeux et dès lors que la vie reprend son cours m'ignorer comme vous le faites si bien. C'était déjà vrai lorsque vous m'avez embrassé toute à l'heure, ça l'est encore plus maintenant que vous êtes venu me chercher. Vous savez... j'ai, j'ai pris un travail, bientôt j'aurais un appartement et je n'aurais plus à vous côtoyer tous les jours. Ca sera terminé, et tout ira pour le mieux.

- Qui te dis que je veux que ca soit terminé ?

- Alors arrêtez d'agir comme ça ! s'exclama Eren, fou de rage. Vous ne pouvez pas vous comporter comme vous le faites ! Il est hors de question que je reste dans cette situation. Cette soirée m'a semblé durée une éternité pour tout vous dire. Je n'ai jamais été aussi malheureux. E…et je ne sais pas si jouez de votre pouvoir attractif et de vos charmes sur tout le monde, hommes et femmes comprise, pour qu'ils finissent par vous tomber dans les bras, mais sachez que je ne me laisserai pas faire !

- Eren, je ne t'utilises pas, et je ne t'utiliserai jamais.

- C'est pourtant ce que vous avez fait. »

Le silence qui suivit fut criant de vérité. Et alors que Levi s'apprêtait à réfuter ses dires, Eren cracha dans une vague de tristesse, sa tête reposant toujours sur l'épaule de son protecteur, car incapable de la faire tenir toute seule :

- « Je suis terriblement en colère. Contre moi-même, contre vous, et surtout contre elle. Je ne peux pas supporter le fait de vous voir ensemble. Et le pire c'est que ne sais même pas pourquoi.

- Tu crois ? »

Il prit son visage mouillé entre ses doigts et déposa un baiser chaste sur ses lèvres tordues par les pleurs. Eren laissa une plainte jaillir tandis qu'il lui attrapa le bas de sa nuque. Une larme glissa et se faufila entre leurs lèvres. Un petit goût salé s'ajouta à l'addition, et Levi lécha cette dernière dans un mouvement lent, finissant leur baiser par une pointe de sensualité. Eren avala un sanglot et rétorqua :

- « … je suis encore plus perdu.

- Perdu ? Tu sais ce que c'est qu'être perdu Eren ? ... C'est être un supérieur, plus âgé, se faisant brancher sans vergogne par un gamin impétueux qui ne pense qu'avec sa queue et qui n'imagine même pas les conséquences de la relation qu'il essaye de mettre en place. Tu crois être perdu Eren ? T'en as aucune putain d'idée. Le seul qui est perdu là, c'est moi. »

Levi avait décider de tout larguer. Peu importait les conséquences. Il avait beau faire des sous-entendu alambiqués, Eren ne semblait toujours pas comprendre où il voulait en venir.

Il entrelaça ses doigts avec ceux du plus grand et fit se coller leurs fronts pour que l'enivré se figure mieux ce dont il était entrain de parler. Levi le regarda droit dans les yeux. Ils étaient si beaux lorsqu'il pleurait, si innocents. On aurait pu croire qu'ils appartenaient à ceux d'un enfant.

- « Je n'ai jamais aimé personne. Ca n'est pas près de m'arriver de si tôt. L'amour c'est qu'une imposture que les vendeurs de chocolats essaient de nous faire gober pour nous refourger leurs merdes, une fois le 14 février venu. Je ne m'attache pas aux gens... je ne m'attache plus, dit-il en marquant une pause significative. Et toi, tu débarques comme un boulet de canon, battant des cils à la manière des midinettes et tu crois que tu peux balayer tout d'un coup ?

- Tu as couché avec cette femme ? lâcha-t-il promptement.

- On se tutoie maintenant ? ricana t-il d'un rire peu franc, tentant désespérément de changer de sujet.

- Tu m'as embrassé deux fois en une soirée. J'ai cru comprendre que le grand Ackerman ne laisse jamais les choses au hasard. Je peux me permettre une telle familiarité, non ?

- C'est ça, fais le malin. T'es moins bourré que ce que ton odeur ne laisse le croire.

- T'as toujours pas répondu à ma question... »

Ses pommettes remontèrent dans un délicat sourire avant que ses joues ne s'empourprent d'un joli carmin. Toujours aussi proches, Levi se permit de diriger la discussion sur un terrain qu'il maitrisait mieux et firent se frôler leurs nez dans un mouvement de rotation. Leurs souffles se mélangèrent pendant un instant, et Eren, trop soucieux de faire taire cette petite voix qui lui répétait de l'embrasser passa à l'acte et colla sa bouche contre celle de son amant. Levi mordit avec prévenance la lèvre inférieure qui lui était offerte arracha un petit soupir de satisfaction à Eren qu'il s'empressa d'enregistrer à tout jamais dans son cœur.

- « N'essaie pas de changer de sujet. Si tu es aussi amoureux de moi que je le suis de toi, pourquoi as-tu couché avec elle ?

- Amoureux ? L'amour, c'est surfait, gamin.

- Amour, appréciation, admiration... tout ça ce sont de biens jolis mots qui veulent tous dire la même chose dans le fond ! Si je l'emploie c'est pour...

- Pour calmer tes ardeurs, imbécile, finit-il par lui répondre avant qu'il ne parle davantage. T'es qu'un gosse, qui contrôle pas ses pulsions et qui a jeté son dévolu sur le premier imbecile venu. Le truc étant que... Un caporal ne se mets pas avec son subordonné. Et même si ta compagnie n'est pas des plus désagréables, tu n'en restes pas moins mon subordonné.

- Tu le fais exprès ou quoi ? sermonna Eren. On joue à la marée ?! Tu t'en vas et tu reviens ? Tu espères que je te laisse m'embrasser sans qu'il y ait de signification derrière ? Un baiser c'est supposé être sincère ! Tu vois bien qu'il se passe quelque chose, non ?

- Je suis pas aveugle non plus ! cracha-t-il. »

Eren l'attrapa par les épaules et le força presque à l'embrasser. L'échange était prompt, mais diablement douloureux. Ils souffraient tout deux du devenir de leur relation, entre l'un qui se creusait trop la tete et l'autre qui n'avait visiblement pas l'expérience nécessaire pour en juger correctement, ça n'était clairement pas une partie de plaisir.

Mais sur le moment, à chaque instant où leurs lèvres se rassemblaient, tout le monde autour s'étiolait, comme aspiré par les flots de leurs constants soucis.

Eren le repoussa et pointa son propre ventre :

- « Je sens, comme une boule. Juste là »

Alliant le geste à la parole, il attrapa la main de Levi et la plaça à l'emplacement précis. À travers le tissu, il ne sentait evidemment rien. Mais ce qu'il discernait avec précision, était la fermeté des muscles abdominaux d'Eren. Et pendant un instant, il crut comprendre de quoi voulait parler son protégé. Cette boule étrange, qui sévit pendant une demi-seconde en lui.

- « Pourquoi l'as-tu fais finalement ? souffla-t-il, caressant distraitement la main de Levi, toujours posée sur son ventre.

- Parce que... parce que, c'était compliqué. Tout ça. Dans ma tête. Et que, tu ne comprendrais pas.

- Je vois... quelle réponse, taquina t'il. »

Il lui administra une claque à l'arrière de la tête en guise de réponse. Et malgré le geignement de douleur qu'Eren émit, il pouffa d'un petit rire qui fendit un peu plus la superbe du caporal.

- « Tu es le plus improbable de tous les hommes au monde, chuchota Eren, replaçant avec difficulté une mèche derrière son oreille.

- Et toi tu es le plus chiant des gamins vivant sur cette planète, rétorqua t'il sur le même ton.

- Je peux savoir pourquoi ?

- Parce que tu me casses les couilles, la voilà la raison. »

Eh.

Levi était Levi.

Ce n'est pas parce qu'il avait fissuré un peu son masque qu'il commencerait à devenir tout guimauve...

Ils se posèrent le dos contre la porte vitrée menant au salon. Eren leva le bout de son nez et put apercevoir les étoiles malgré le toit surplombant le balcon. Une plante en pot suspendue tanguait sous l'effet de la petite brise. Le croissant de lune surveillant constamment la ville encore pleine de vie à cette heure tardive piquait du nez, et semblait ne plus tarder à laisser sa place au soleil. Dans une heure ou deux, un nouveau jour se lèverait. Mais pour l'instant, tout ce qui important pour Eren, était la main posée sur la sienne, balayant du pouce toute sa superficie. À chaque nouveau passage, un léger tremblement sévissait dans son organisme invisible vu de l'extérieur mais une véritable bourrasque de plaisir en son sein.

L'adolescent était épuisé. Il bailla avant de poser mollement sa tête contre l'épaule de son supérieur. Il ne fut pas long à trouver le chemin du sommeil et en quelques secondes à peine, il s'endormit.

Levi, attendri par la scène qui se déroulait sous ses yeux, se contenta de passer son bras autour du corps d'Eren pour ne pas qu'il ne glisse durant ses songes. Pour rien au monde, il n'aurait échangé sa place avec quiconque.

Le caporal eut un excès de panique lorsqu'il se rappela que Lisa était encore dans sa chambre, à dormir, sans se douter de rien. Comment allait-il se débrouiller lorsque le soleil se lèverait pour la mettre dehors et lui faire comprendre qu'il ne se passerait plus jamais rien entre eux ? Il se mordit la lèvre ne parvenant pas à trouver de solution qui puisse définitivement le débarrasser d'elle. Après plusieurs minutes d'intense réflexion, il fini par laisser tomber sa tête sur celle d'Eren, emboitant ainsi leur position dans une étreinte affectueuse. Il se répéta que ce problème était de l'ordre du futur, et que pour l'instant, le plus important était de profiter de la situation. Insomniaque qu'il était, Levi ne parvint à trouver le sommeil qu'une heure après l'assoupissement d'Eren. Il était bien trop occupé à songer à toutes les choses qu'il allait pouvoir expérimenter avec lui.

C'est vrai, il avait peut-être laissé tomber une partie de lui-même cette nuit, mais c'est avec une joie non dissimulée qu'il avait accueilli le bonheur d'avoir enfin Eren pour lui tout seul.


Enfin nous y sommes : le premier "vrai" baiser d'Eren et Levi. J'ai l'impression de ne pas être parvenue à vous faire ressentir tout ce que j'aurais voulu faire transparaitre. Je compte sur des lecteurs bienveillants pour qu'ils me donnent leurs avis, toute critique (constructive, bien sûr) sera volontiers acceptée. Et peut-être que suite à celles-ci je modifierai quelques lignes qui me paraissent vraiment faire tâche parmi le reste !

J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Je vous retrouve demain !

UPDATE DU 13/10/17 : Bon les p'tits potes, après procrastination, j'ai enfin retapé un peu ce chapitre poussiéreux (il était temps me diriez vous, et je suis bien d'accord). Ca correspond déjà plus à mes attentes après reste à savoir si ça correspond aux vôtres ! Le bisou.