Bonjour à toutes (et à tous ?).
Je m'excuse pour le petit retard que j'ai pris, je n'ai pas eu le temps de sortir ce chapitre avant aujourd'hui alors qu'il était prévu pour hier. Enfin, peu importe puisque désormais, le voilà :)
Il est relativement court, mais le prochain devrait vous ravir quant à son longueur. Je tenais à vous avertir du fait que je vais un peu ralentir le rythme de parution. Je ne prévois rien de bien concret, de peur de ne pas m'y tenir, mais j'essaierai de produire environ un à deux chapitre par semaine. J'espère vous voir toujours aussi nombreux, ça me fait plaisir de vous découvrir tous. Malgré le peu de review que je reçois, merci beaucoup à ceux qui prennent le temps de m'en écrire, c'est un réel moteur, et ça me permet clairement de m'améliorer. Cependant, je tenais également à remercier chaleureusement tous ceux qui ont pu mettre en favori ou même suivre mon histoire. Y compris les lecteurs silencieux. Bref, merci à tous, vous êtes adorables :)
Je ne parle pas plus, promis, et voici votre chapitre 7.
Le rayon du soleil vint toquer à la paupière de l'endormi. Dans un plissement, il ouvrit lentement un œil, et fut rapidement aveuglé par la lumière un peu trop éblouissante. Sa pupille se rétracta laissant toute la place à son iris verte. Ce matin, elle était particulièrement belle : de petits reflets ambrées se frayaient un chemin entre les particules de bleu. En toile de fond, le vert pastel, tirant un peu sur l'opaline reflétait l'éclat du jour contre la rétine de ce dernier.
Eren se cacha derrière sa main pour ne pas avoir à affronter le début de cette journée. Dieu seul savait à quel point il avait mal au dos. Il est vrai que le rebord d'une baie-vitrée n'était pas l'endroit le plus adapté pour passer une bonne nuit de sommeil, et à vu de nez, il ne s'était assoupi que deux ou trois heures. Son cœur se figea lorsqu'il sentit contre lui bouger le corps de son caporal. L'alcool avait déformé ses souvenirs (déjà peu en bon état) et il ne se rappelait que de quelques bribes de la soirée (surtout la fin, à vrai dire, c'était le moment où ladite substance s'était le plus diluée). Il s'écarta avec diligence de ce dernier et frissonna lorsqu'il entendit la voix si rauque et si sexy de son supérieur :
- « Déjà debout ?
- On va dire que le rebord d'un balcon n'est pas très confortable, dit-il en tentant d'articuler le plus possible.
- Je comprends ton point de vue. »
Levi lui attrapa la main et l'entraina sans lui demander son avis vers sa chambre. Avant toute chose, il lui chuchota d'attendre quelques secondes avant d'entrer. Encore endormi, Levi s'approcha de sa voisine et murmura :
- « Lisa, il est tard, réveilles-toi.
- Mmh… quelle heure ? bredouilla t'elle.
- Presque sept heures. »
D'un seul coup, elle ouvrit les yeux.
- « Je suis en retard !
- Tu dormais.
- Oui, oui. Dans un sens tu as bien fait, affirma Lisa en enfilant à la va-vite ses habits de la veille. »
Elle recoiffa ses cheveux roux dans un chignon qu'elle malmena pendant une trentaine de secondes avant d'annoncer :
- « Bon et bien, on reparle de tout ça plus tard ? Tu sais, c'était absolument génial et…
- T'es en retard, lâcha le principal concerné.
- Très jute. À ce soir ! »
Elle s'empressa d'atteindre la porte palière et envoya un baiser à Levi avant de finalement laisser la planche de bois se refermer sur elle-même. Dans sa précipitation, elle n'avait même pas remarqué Eren tapis dans un coin du hall reliant le salon à la chambre. Levi lui indiqua le lit d'un coup de nez avant de se poser lui-même dedans. Ses muscles avaient été un peu trop sollicités cette nuit, il ne sentait presque plus ses bras et son derrière était tout ankylosé. Ce fut donc sans plus de cérémonie qu'il lâcha un bâillement.
- « Qu'est-ce que tu comptes faire avec elle ? »
S'il s'attendait à ça ! Il regarda Eren avec des yeux d'incompréhension avant de littéralement se prendre une flèche dans la poitrine suite à l'expression figée sur le visage de son gamin. Il semblait réellement touché. Son égoïsme avait conduit au fait qu'Eren était désormais malheureux, et tout ça par sa faute. Parce qu'il avait cru bien faire en repoussant ses émotions et en les étouffant d'une autre. Il avala sa culpabilité et lâcha :
- « Plus rien à présent.
- Tu ne peux pas l'ignorer désormais alors que vous avez couché ensemble ! Elle a dû s'imaginer que…
- Rien du tout, l'interrompit brusquement Levi le forçant à le regarder dans les yeux. Lisa savait à qui elle avait à faire. Ça fait dix ans qu'on se connaît, et si elle n'est pas aussi conne que son physique peut le suggérer elle se ravisera bien vite.
- Mais t'es un connard ! »
C'était sorti tout seul. Eren hoqueta de surprise après sa réaction et se justifia avant que le caporal ne le dévisage comme il savait si bien le faire, ce regard lui faisant perdre tous ses moyens.
- « J… je veux dire… Lisa s'est livrée à toi, elle t'a confié la part la plus intime d'elle, et tout ce que tu lui rends c'est une porte close et un ''t'avais qu'à réfléchir à deux fois avant de t'attaquer à moi'' ?
- Ça s'appelle un plan cul Eren. C'est bien plus fréquent que ce que tu ne peux imaginer.
- Et je suis logé à la même enseigne, moi ? rétorqua t'il, brisé.
- Mais, es-tu idiot ? Tu crois vraiment que je serais avec toi à discuter si tu n'étais qu'un simple mec que je voudrais me taper ? Tu penses que je me serai confié à toi comme je l'ai fait hier ? »
Il n'avait pas tort. Eren baissa la tête comme pour s'excuser de son attitude. Il savait que Levi ne confiait jamais ce qu'il pensait à personne. Et rien que le simple fait qu'il ait pu douter de lui, lui fit mal. Malgré les immondices que lui avait fait le caporal, son honnêteté le rattrapait. Il plongea sa tête dans le creux de son cou avant de le renifler discrètement, en signe d'excuse. Excuse qui fut d'ailleurs, sur-le-champ acceptée puisqu'il lui rendit la pareille, déposant de ce fait, son nez dans les cheveux châtains du plus jeune.
Eren roula un peu plus vers lui et s'enveloppa dans les draps avant de glisser sa tête contre le thorax de Levi. Sa respiration et le mouvement de son torse suite à ces dernières lui firent la plus douce des berceuses et il ne fit pas long à ressombrer quasi-immédiatement dans un sommeil des plus profonds. Et alors qu'il dormait comme une bûche, Levi se permit de coiffer ses épis chocolats le sourire aux lèvres, et il murmura de manière à ce que, même s'il était réveillé, il ne puisse l'entendre :
- « Quel imbécile… »
Comme l'avait prévenu Levi, une heure plus tard, il se permit de le réveiller. Il n'avait pas bougé et avait passé tout ce laps de temps la main dans son cuir chevelu. Quelle était plus douce sensation à ses yeux ? Rien au monde, il s'empressa d'ajouter celle-ci en top de la liste de ses petits plaisirs. Est-ce qu'il avait d'autres choses à faire ? Évidemment que oui. Mais il s'en fichait et avait préféré son bonheur à celui des autres (et qu'est-ce que c'était bon d'être égoïste une fois de temps en temps).
- « Eren, lève-toi, lui susurra t'il à l'oreille. »
Ne recevant aucune réponse de sa part, il haussa le ton :
- « Oï, on se réveille ! »
Toujours rien. Il s'exaspéra de devoir opter pour la solution la moins orthodoxe mais ses principes avaient été carrément chamboulés depuis hier soir, alors au fond : qu'importait ? Il se délogea, sans gestes superflus, regrettant amèrement la position dans laquelle il était quelques instants auparavant et alla dans sa salle de bain attraper un sceau qui trainait au fond d'une armoire encastrée dans le mur. Il le rempli d'eau et le balança sans plus de cérémonies sur le corps de l'endormi. Eren poussa un cri qui aurait pu être enregistré comme un ultra-son tant sa tonalité était haute. Son épiderme réagit directement et il se mit à grelotter en l'espace d'une seconde seulement après l'assaut glacé.
- « Mais ça va pas ?! hurla t'il, la voix encore éraillée par le sommeil.
- Dépêche-toi, on va finir par ne pas arriver à l'heure.
- Tu aurais pu me réveiller en douceur ! s'exclama Eren, toujours mort de froid à en juger ses tremblements.
- Bof, au moins t'as pas à prendre ta douche.
- Je te déteste, à cause de toi je suis trempé ! »
L'adolescent était vraiment en colère contre Levi, ses sourcils trempés se rejoignaient et sa bouche pris une position inconfortable, tordue et mettant en avant sa lèvre inférieure, comme s'il boudait. Mais pour se faire pardonner, Levi lui déposa un baiser léger comme une plume (c'est à peine s'il l'avait réellement touché) et chuchota :
- « Ne t'énerve pas, ça te rends terriblement mignon, et je n'ai pas le temps… »
Eren râla en poussant un cri rauque perdu entre désir et colère : une véritable contradiction. Il rougit furieusement et s'en voulut d'être autant atteint par une simple phrase que lui avait adressé son amant (le considérer comme tel désormais était désemparant, il fallait l'avouer). Levi ricana que son pouvoir de séduction marche autant avec lui et garda en mémoire qu'il se devait de l'exploiter dans un futur proche.
Alors qu'ils se retrouvèrent sur la moto traditionnelle sur le chemin menant aux locaux des membres de l'Escadron, Eren prévint :
- « Ce soir, je travaille. Je rentrerai assez tard, vers minuit à peu près.
- Depuis quand est-ce que tu as un boulot, toi ? fronça Levi qui essayait de se concentrer sur la route mais qui paraissait clairement piqué au vif de savoir qu'une telle information ne lui avait pas été délivrée.
- J'ai été embauché hier, au Go Down Roses, répliqua Eren platement.
- Dans ce restaurant de merde ? Tu vaux mieux que ça, franchement. À quoi ça te sert d'aller servir des cons alors que maintenant nous sommes ensemble ? Cet argent était pour ton futur appartement, c'est ça ? T'as plus besoin de bosser. »
Levi avait dit ça sur un ton autoritaire, comme s'il imposait à Eren le fait que désormais, il vivait avec lui et que de toute façon il n'avait plus d'autres choix que de rester avec lui. Cette soudaine possessivité lui allait plutôt bien. Il manifesta son contentement en s'appuyant davantage contre son dos alors qu'il accélérait.
- « Je vais quand même prendre ce job. Je veux pouvoir avoir le luxe de m'offrir des choses et de ne pas vivre à ton crochet. Et puis, ça me permettra de te rembourser toutes les consommations que j'ai engendré et que tu as dû me payer.
- Eren, je crois que t'es le mieux placé pour savoir que je suis pété de thunes et que j'ai de l'argent à ne plus savoir quoi en faire. Autant qu'il serve à quelqu'un qui en a besoin.
- Ça ne fais qu'un peu plus d'un mois que l'on se connaît et même pas vingt-quatre heures que nous sommes… enfin, tu vois… »
Sa voix s'était comme éteinte à la fin de sa phrase. Il avait encore du mal à s'admettre que l'objet de ses pensées était enfin à lui. Même s'il ne s'était avoué être réellement épris de lui, il y a seulement un jour, son inconscient, lui, le savait dès le premier jour : et cela devait faire un mois qu'ils s'envoyaient des signaux comme quoi l'un et l'autre était en accord à ce niveau mais qu'ils étaient trop aveuglés pour réellement le voir.
Ils arrivèrent au grand bâtiment, s'échangèrent un commun regard et comprirent en silence, qu'évidemment ils allaient faire comme si de rien n'était. Avant de pénétrer dans l'édifice, Levi embrassa une dernière fois Eren et lui chuchota :
- « Pour la journée. »
Leurs baisers étaient chastes et rapides, ils n'osaient pas vraiment les approfondir, de peur que ça ne recommence comme leur premier échange. C'est vrai que l'un comme l'autre ne savait pas vraiment se contrôler en présence du second, même Levi (qui avait une grande maitrise de lui-même en toutes circonstances) ne réussissait pas à garder les pleins pouvoirs sur ses actes lorsqu'Eren était dans les environs. On aurait dit que, dès lors qu'il avait été nommé son protecteur, il avait l'intime conviction qu'il devait en prendre soin (d'autant plus maintenant qu'Eren était sien).
Il comptait bien le surveiller comme un chien son os. Il n'était pas question qu'une personne, peu importe qui, l'approche d'un peu trop près. Ils n'avaient pas mis longtemps à comprendre que leur sentiment était réciproque mais la nuit dernière, à lui courir après, avait été une très mauvaise expérience. Enfin, peu importait maintenant qu'il avait ce qu'il voulait.
- « Eren ! Mon chaton ! »
Levi reconnu à l'instant même, la voix de sa coéquipière de toujours, j'ai nommé Hanji. Elle sauta littéralement dans les bras de l'adolescent, qui, complétement désemparé, ne savait réellement quoi lui répondre. Il se contenta de rétorquer dans une voix mi gêné mi joyeuse :
- « Hanji !
- Oooh, toi aussi tu es ravie de me voir, n'est-ce pas ? C'est réciproque ! Tes informations nous ont fait faire un bond de géant, plusieurs missions d'observations désormais inutiles ont été annulées et tout ça… c'est grâce à ta petite tête !
- De quoi tu parles ? fronça Levi qui arriva à leur hauteur.
- Levi ! Mon Grincheux préféré ! »
Elle abandonna le plus jeune pour empoigner les épaules du caporal. Elle le secoua et déclara, une bribe (si ce n'était que ça…) d'hystérie dans son regard :
- « Erwin va tout t'expliquer ! Hier, Eren s'est remémoré son passé et nous a tout raconté ! »
Eren s'était senti obligé de mentir un peu hier, car même si Mikasa n'avait pas révélé ce qu'elle savait, elle ne méritait pas de se faire expulser du Bataillon pour non-respect à son serment. Il avait donc préféré faire croire que ses souvenirs étaient revenus comme par magie. Levi se débarrassa de l'emprise de l'excentrique et grogna :
- « Hier ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? lâcha t'il d'un ton cassant, s'adressant à Eren.
- Disons que, j'ai voulu, mais vous aviez d'autre priorités, ce soir là, ajouta t'il avec sarcasme. »
Le fait qu'il soit soudainement passé du tutoiement au vouvoiement avait quelque peu secoué l'inébranlable. Il fallait qu'il s'y fasse, pour ne pas que tout le monde soit au courant. Leur amour pourrait, après tout, s'arrêter d'une minute à l'autre : Eren n'était qu'un gamin, il avait beau avoir l'air adulte, au fond il ne l'était pas encore vraiment. Il manquait clairement d'expérience. Mais malgré cela, un silence glacé s'installa tandis que Levi se remémora la façon avec laquelle il avait fait fermer son clapet à Eren hier au soir avant qu'il ne parte au restaurant. Hanji leur lança des coups d'œil rapides comme si elle observait avec attention un match de tennis. Un large sourire s'étira sur ses lèvres et elle s'exclama :
- « Ooooh ! Vous ! Vous avez des choses à me raconter, pas vrai ?!
- Ça ne te regarde absolument pas, marmonna Levi.
- Je m'en doute ! Je sais bien que toi, tu ne me dirais jamais rien, surtout si ça parle de tes véritables histoires de cœur. Mais Eren, ce n'est pas exclu qu'il succombe à mon interrogatoire ! Allez viens mon chou, raconte tout à tata Hanji. »
Elle l'empoigna avec force à l'intérieur du bâtiment et Eren lança un regard de détresse à son caporal, qui se contenta de lui labialiser « Ne lui dis rien ». Et d'un haussement d'épaule, il lui répondit silencieusement qu'il ferait de son mieux mais que son aide aurait été la bienvenue. Le principal concerné esquissa un rictus avant de s'engouffrer dans les locaux du bâtiment, à la suite des deux.
Erwin le prit de cours, il n'eut même pas le temps de poser ses affaires sur le sol de son bureau que le grand blond s'interposa dans l'embrasure de la porte. Il avait un regard autoritaire, ses épais sourcils faisaient mine de se rejoindre, ne formant qu'une ligne touffue. Il garda cependant son calme olympien et justifia son attitude d'une voix (un peu trop) calme :
- « Dis-moi Levi, y aurait-il quelque chose qui te taraude ces derniers temps ?
- Plus désormais, non, se contenta-il de souffla un petit sourire aux lèvres.
- Ah ! s'exclama Erwin, s'étalant de tout son long sur une chaise mise à disposition. Enfin, vous êtes ensembles : ça n'est pas trop tôt !
- De quoi tu parles, sérieux ?
- Tu sais bien, avec Eren. C'est à dire que commençais à m'impatienter ! Je jure qu'avec Hanji nous étions sur le point de vous organiser de petites rencontres faussement fortuites dans votre dos. Enfin peu importe, puisque maintenant l'affaire s'est réglée d'elle-même. Je dois avouer être un peu curieux… qui de vous deux a fait le premier pas ? Hanji était certaine qu'Eren allait se manifester le premier mais moi…
- Ça suffit ! Non mais qu'est-ce qui te prends, Erwin ! Faut vraiment que tu apprennes à tourner ta langue dans ta bouche avant de dire des conneries pareilles : Eren est mon apprenti et je te rappelle que c'est toi qui m'a administré le dur labeur qu'est de devoir surveiller son cul jour et nuit. Alors cesse de me prendre la tête comme ça, sinon je jure que toi et la binoclarde, je vous coule dans du béton et après solidification je vous balance dans la mer : c'est clair ? rugit-il, l'air sérieux.
- Ouah, répliqua t'il avec un air faussement choqué, après un petit moment de silence, Hanji m'avait prévenue que tu pouvais avoir l'air menaçant parfois, mais j'admets être un peu effrayé. Ce n'est pas une façon de parler à son major !
- Un major ne poserait pas ce genre de questions personnelles. Et j'en conclus que si tu t'es permis d'allégrement franchir la barrière de courtoisie : je peux très sincèrement te donner mon ressenti quant à ton intrusion dans mon espace privé. »
Hanji passa sa tête par la porte de la petite pièce et roucoula :
- « Il a craché le morceau ?
- Pas encore, toujours en phase de déni, comme nous nous y attendions. Et pour le petit ?
- Je suis entrain de le passer à tabac mais il résiste le bougre.
- Vous êtes vraiment tarés, marmonna Levi en rangeant ses papiers. À quel point votre vie est inintéressante pour vous préoccuper de nos affaires, sans déconner ? »
Erwin et Hanji s'échangèrent un regard complice et sans tergiverser davantage, Levi attrapa son supérieur par l'épaule et l'entraina vers la sortie de son office. Il esquiva avec diligence une plante verte que quelqu'un avait déplacé par inadvertance et claqua la porte dans un soupir. Le grand blond retrouva son sérieux et somma Hanji de faire de même en lui tapotant gentiment l'omoplate, signe qu'ils commençaient à aller trop loin. Mais n'écoutant que son entêtement, la femme chuchota :
- « Allez, Eren. Tu peux me le dire à moi. Je promets que je ne charrierai Levi qu'un mois ou deux… peut-être trois si ses réactions sont à la hauteur. Mais pas plus… »
Le jeune homme n'osait même pas avaler sa salive, de peur que la scientifique n'interprète cela comme une réponse. Il inspira un grand coup avant de déclarer, l'air déterminé et profondément posé :
- « Je suis désolé mais il ne se passe rien entre le caporal et moi. Notre rapport est purement de l'ordre professionnel et je ne me permettrais pas de franchir cette relation.
- Quel petit sournois… rumina t'elle, un air vicieux plaqué sur le visage. Erwin, le cas est plus grave que je ne le pensais.
- Peut-être qu'ils ne sont tout simplement pas ensemble, dit Gunther qui passait par là, une pile de dossier absolument gigantesque à bout de bras.
- Ou peut-être qu'ils aimeraient tout simplement que leur relation se solidifie avant de l'annoncer à tout le monde, lança Petra accompagné par quelques collègues bien connus d'Eren.
- Oh tu peux parler toi ! s'écria Hanji à la limite du hurlement. Tu m'as appelé huit fois en l'espace de deux jours pour savoir si quelque chose s'était passé entre eux ! Tu n'es pas obligée de nous soutenir mais ne te mets pas de leur côté, s'il te plait ! Déjà qu'ils sont coriaces…
- Ce n'est même pas vrai d'abord, rougit Petra en se cachant derrière ses courts cheveux. C'est juste que depuis cette fameuse soirée, j'ai des doutes sur les réelles intentions du caporal à son égard, alors je m'assure juste qu'il n'a pas de mauvaises pensées.
- Il ne faudrait pas que le petit Eren se fasse bouffer tout cru par le grand méchant loup, se plaint Oluo qui arriva comme un cheveu sur la soupe dans la discussion. Tu ne crois pas que je ne t'ai pas vu quand même ? Pendant chacun de ses entrainements tu t'assures d'être là, pour le coacher comme une mère ou un mentor abusif !
- Oluo ! Cesse de faire l'intéressant ! brailla t'elle en lui donnant une tape sur la tête. »
Ils se disputèrent à voix basse ensuite mais leurs chuchotis résonnaient dans la grande pièce qu'était le hall qui reliait les bureaux et des petites têtes avaient fait apparition entre l'embrasure de chacune des portes. Moblit ricanait de voir à quel point Hanji n'obtenait pas ce qu'elle voulait tandis que Nanaba et Mike attendaient avec patience leur café à la grande machine publique et se délectaient de la scène qui avait lieu devant leurs yeux. Erd arriva pour calmer le jeu, véritable figure paternaliste de l'Escadron :
- « Vous avez fini vos enfantillages, oui ? Stoppez votre curiosité maladive et remettez-vous au boulot. On a beaucoup de travail, et Eren n'est qu'un apprenti. D'ailleurs en parlant de ça, je m'occupe de toi aujourd'hui mon gars, suis-moi, on n'a pas de temps à perdre. »
Il l'attrapa par le bras et l'adolescent remercia du regard son sauveur improbable. Hanji poussa un soupir à fendre l'âme et lança un regard rempli de déception à Erwin. Ce dernier ne lui rendit, cependant, pas la pareille et s'exclama :
- « Vous l'avez entendu ? Tout le monde à son poste ! Nanaba, je voudrais que tu partes avec Moblit vers le commandant Hannes, faites-en sorte de le rejoindre en le géo-localisant grâce à la puce dans son portable. Gunther, va à la salle d'entrainement avec Levi, je voudrais qu'il t'apprenne ses techniques de combats : tu es un peu faiblard au corps à corps. Quant à toi, Hanji, je veux que tu fasses des recherches sur Eren lorsqu'il aura terminé son entrainement.
- Mais Erwin, je l'ai déjà examiné de toutes les façons qui soient, de la radio jusqu'à la coloscopie… et Dieu seul sait que ça n'a pas été une partie de plaisir. »
Il s'approcha d'elle en prenant garde à ce que tous ses compères se soient un peu répartis et qu'ils ne puissent l'entendre et il murmura :
- « Mais non enfin, je veux que tu décèles qui de lui ou Levi à fait le premier pas, et s'ils sont vraiment ensemble oui ou non ! Parce que même si ça crève nos yeux, ils nient les faits. Je te rappelle que notre parie est toujours en vigueur…
- Erwin ! Espèce de Popeye intrusif, tu sais que tu commences de plus en plus à me plaire !? »
Il lui adressa un sourire doublé d'un clin d'œil et retourna à son office sans dire un mot de plus. Et malgré le manque total de professionnalisme dont furent preuve les deux compères, ils ne tardèrent pas à retrouver leur sérieux. Après tout, leur travail était fruit d'une grande concentration, même lorsqu'ils n'étaient pas en mission, alors ils devaient se montrer à la hauteur du job.
- « Plus de hargne ! Tu ne dois pas te laisser faire ! Il faut que tu montres à ton adversaire que peu importe à quel point il est fort, tu pourras toujours le mettre à terre ! »
Eren travaillait son crochet et son jeu de jambes seul sur un ring avec pour unique opposant, un sac de frappe qui avait été suspendu là. De l'autre côté du gymnase, (qui avait une taille absolument titanesque) combattaient Levi et Gunther. Le caporal ne parlait pas beaucoup et à chaque fois qu'il ouvrait la bouche c'était pour réprimander son coéquipier : comme quoi ses uppercuts avaient la puissance de ceux d'une fillette de huit ans, ou encore que sa garde aurait été mieux faite si elle avait été l'œuvre d'un manchot. Charmant langage dans la bouche d'un homme… Malgré la présence constante de son supérieur, Eren savait rester terre à terre. Parce que, contrairement à beaucoup, lorsqu'il s'entrainait, il prenait ça très au sérieux, et il en fallait beaucoup pour le déconcentrer. Il remarqua évidemment les regards appuyés de Levi lorsqu'il prenait sa pause, la façon qu'il avait de le reluquer sans vergogne en toute circonstance. Et même si Eren se gardait de lui hurler d'arrêter ses œillades qui le mettaient terriblement mal à l'aise (même si elles avaient plutôt la conséquence de lui créer une envolée de papillons dans l'estomac), cela n'empêchait pas le fait qu'il soit focalisé sur son but premier : s'entrainer. Jusqu'à ce que ses poings saignent, peu importait. Tout ce qui comptait était son apprentissage, qu'il devienne assez puissant pour pouvoir réduire à néant quiconque oserait se mettre en travers de son chemin.
C'est ce qui avait plu à Erd : cette lueur dans son regard, cette violence et cette détermination qui semblaient être à toute épreuve. Il avait tout de suite compris qu'Eren était un cas à part, et qu'il pouvait lui enseigner tout ce qu'il savait puisque cet adolescent en était probablement capable. Peut-être qu'à la fin, ça sera lui qui aura des choses à lui apprendre ?
Tandis que le jeune homme frappait avec vivacité le sac, Erd sentit son thorax se gonfler d'un sentiment bien particulier : la fierté. Il était fier de se dire que son subordonné (car après tout, Eren n'était qu'un apprenti, il ne faisait pas officiellement partie de l'Escadron, même si tout portait à croire que si) était aussi doué, et qu'il mettait en pratique ses propres techniques de combat aussi bien.
- « Très bien mon garçon, c'est du bon boulot. On va s'arrêter là pour aujourd'hui. »
Les tympans obstrués par son désir de s'améliorer et de vaincre ce maudit sac, Eren n'entendit pas tout de suite ce que dit Erd. Il cognait fort, ses poings s'encastrant parfaitement avec la dureté du cuir qui recouvrait l'objet d'entrainement. De légères contusions s'étaient formées, et durant son exercice, il n'avait pas vraiment fait attention à ses ongles qui avaient peu à peu percés la fine peau qui recouvrait sa paume. Ce n'est que maintenant qu'il s'était arrêté qu'il prêta attention à la douleur lancinante dans ses mains. Erd examina rapidement ses blessures, d'un geste expert et certifia :
- « Il faut que tu apprennes à y aller mollo, ce n'était qu'un entrainement. Va voir Hanji, elle te règlera ça en deux minutes.
- Je… je ne tiens pas vraiment à aller la voir. Et puis ce n'est rien, je peux me soigner tout seul après tout, si l'exercice est terminé je n'ai plus à me servir de mes poings.
- Comme tu veux, mais la prochaine fois, tu banderas tes mains avant, je ne veux plus que cela se produise. Tu as beau avoir des capacités de régénérations impressionnantes, tu feras comme je dis, compris ? »
Eren acquiesça, et se sentit idiot d'avoir refusé les bandages qu'Erd lui avait proposé en début de séance. Il pensait que seuls les faibles nécessitaient une protection, mais il s'avérait qu'il avait eu tort. Comme le grand blond remarqua le moment d'absence du plus jeune, il lui frotta le dos avec bienveillance et clama dans un sourire chaleureux :
- « Détends-toi mon gars ! Tu t'es beaucoup appliqué, tes efforts porteront bientôt leurs fruits quand tu partiras en mission avec nous ! Ton jeu de jambes est superbe, mais il faudra à l'avenir que l'on retravaille un peu tes coups : certains manquaient de précision. La prochaine fois, on délivrera un combat ensemble ; ça sera l'occasion de te montrer ce que ça fait de se battre en vrai.
- Oh, il le sait déjà, lança Levi qui s'était avancé silencieusement en compagnie de Gunther.
- Comment ça ? questionna Erd, qui ne comprenait pas bien la subtilité avec laquelle il avait prononcé sa phrase.
- Et si tu lui expliquais Eren ? chuchota presque Levi de sa voix grave. »
Il avait profité de cette phrase pour se rapprocher du principal concerné. Il lui glissa dans un souffle un petit rictus accompagné de la phrase suivante :
- « Tu te souviens ? La nuit où je t'ai trouvé.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, mon caporal, rougit Eren de cette proximité et du ton suave qu'employait le brun.
- Puisqu'il ne semble pas décidé à assumer ses actes, je vais vous le dire, moi. La nuit où je l'ai récupéré, il a décoché une droite d'une violence plutôt inouïe à un tocard complétement saoul. T'étais pas obligé d'y aller à pleine puissance tu sais, ricana t'il en s'adressant de nouveau à son subordonné, une pichenette aurait suffit à le faire vaciller : il tenait à peine debout. »
En médisant sur ses aptitudes au combat, Eren avait clairement été piqué au vif. Même si Levi était son petit-ami désormais, et avant toute chose son supérieur il rétorqua d'un ton insolent :
- Premièrement, je me suis contenté de lui faire reprendre ses esprits en lui administrant une sanction justifiée puisqu'il m'avait cherché alors que je m'étais contenté de m'éloigner de lui. Secondement, vous ne savez rien de ma puissance, j'en déduis que malgré vos divers dons, celui d'identification ne vous a sûrement pas été octroyé. »
C'était sortit tout seul. Eren avait appris, grâce à Armin, lorsqu'ils étaient plus jeunes, à répondre aux adultes/supérieurs, en utilisant des termes qui se voulaient gracieux mais qui en réalité n'était que des critiques et insultes déguisées. On peut donc clamer haut et fort qu'Eren venait d'être terriblement impertinent avec son caporal. Tête brûlé qu'il était, il ne se rendit compte de sa bêtise que cinq secondes après qu'il ne l'ait déclamé. Un ange avait largement eu le temps de passer, et la quiétude qui régnait dans la pièce n'était que le calme avant la tempête. Erd et Gunther se regardèrent, paniqués, battant des paupières. La dernière fois que quelqu'un avait fait preuve d'autant d'audace devant leur capitaine, il avait fini vautré sur le sol, incapable de bouger, Levi lui ayant littéralement broyé les os de sa mâchoire en lui administrant de sa poigne de fer un coup droit qui avait suffit à lui faire cracher la moitié de sa dentition (en exagérant à peine).
Le brigadier s'approcha lentement de sa proie, il évaluait sans doute la dureté avec laquelle il devait le frapper pour qu'il retienne la leçon sans pour autant perdre conscience. Eren ne vacilla point, se positionnant bien droit sur ses jambes. On comprenait qu'il regrettait un peu ses paroles mais qu'il ne flancherait pas, dans son regard dansaient un flopée d'émotions, toutes plus indistinctes les unes des autres. Levi se risquait à déchiffrer chacune d'entre elles, mais n'y parvint pas et arriva vers sa cible un peu trop rapidement qu'il ne le voulut réellement. Comme deux aimants, leurs figures se rapprochèrent, Levi força Eren à le regarder dans les yeux en empoignant son visage.
- « …gamin impertinent. T'es vraie une calamitée, c'est à peine croyable que personne ne t'ai encore foutu un bon coup de pied au cul avant moi.
- Mais, vous ne… »
La fin de sa phrase ne parvint jamais puisqu'elle fut interrompue par un cri des plus rauques. Le caporal avait profité de son temps d'absence pour le faire chanceler et le bloquer à terre, s'asseyant précisément sur lui en saisissant encore une fois sa face entre ses mains.
- « Sache que jamais plus tu ne seras autorisé à me prendre de haut, c'est clair ?
- Plutôt, oui, réussit-il à articuler, non sans difficulté. »
Il se redressa et se laissa submerger par la luminosité aveuglante en sortant du dit gymnase. Erd aida tout de suite Eren à se relevé, Gunther anxieux de la santé du plus jeune :
- « Ça va ? demanda justement celui qui, jusque là, était resté en retrait.
- Je pourrais aller mieux, souffla t'il en s'époussetant, mais globalement, oui. Merci.
- Tu es un peu inconscient de tenir tête ainsi à Levi, répliqua Erd. Tu devrais le savoir, pourtant : toi qui vis avec lui depuis plusieurs mois ! Il n'est pas le genre de personnes avec qui on peut être taquin, surtout pas lorsqu'il a revêtu son habit de brigadier. En fait, de manière générale, ne tente pas trop de choses avec lui, il n'aime pas vraiment les mauvaises surprises d'après ce que j'ai pu constater, surtout lorsque ces dernières touchent directement à son égo.
- Entendu. La prochaine fois, j'apprendrai à me la fermer un peu plus.
- Crois moi, ça vaut mieux pour toi, conseilla gentiment Gunther. Un groupe de petits nouveaux était arrivé vers Noël, il se sont fait bouffer tout cru par cette bête noire. Dès la deuxième semaine, ils ont complétement déserté les locaux pour intégrer les Forces de l'Ordre Rapproché. Tu sais, celles qui s'occupent des classes sociales, disons… plus aisées.
- Je ne peux pas les supporter. Pour moi ça ne sont que des flemmards qui cherchent le confort et la stabilité de l'emploi juste pour obtenir le prestige de l'uniforme et se la péter devant les petites universitaires qui pensent qu'ils sont des héros, fulmina Eren.
- Ouh là… du calme, mon bonhomme ! Tu es d'accord avec moi : il faut bien que quelqu'un fasse ce travail. Et même si nos recrues se font un peu rares ces derniers temps, j'ai entendu dire que dans quelques mois, en septembre, nous accueillerons un large panel de nouveaux arrivants ! s'excita Erd.
- C'est exact, rétorqua Erwin qui venait de débarquer dans le gymnase. L'ancienne promotion de Mikasa avant qu'elle ne soit mutée en classe supérieure pour nous rejoindre, intégrera nos rangs dans peu de temps. D'ailleurs, ils viennent visiter les locaux cet après-midi. J'espère de tout cœur qu'ils seront aussi compétents qu'on me l'a raconté. »
Et voilà !
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser une review à l'occasion. Je vous souhaite une bonne fin de journée, et à la prochaine !
