Yo !

J'ai eu ma soirée de libre, j'en ai donc profité pour vous faire un petit chapitre qui, j'espère vous plaira ! Je suis plutôt contente du résultat, j'espère pouvoir compter sur vos avis sincères, c'est ceux qui me permettent d'avancer. J'ai remarqué que vous étiez de plus en plus nombreux à me lire, j'en suis ravie ! Merci de continuer à suivre le périple de ces deux énergumènes et leur entourage.


Dans six jours. Plus que six petits jours et ils auraient la certitude d'être acceptés par leurs Académies. C'était ce soir qu'ils devaient faire leur sélection, les assignant à la section de leur choix : soit les Forces de l'Ordre Rapproché, qui s'occupaient entre autre des quartiers les plus calmes de la région, soit la Police, qui réglait les petits délits et agressions mineures qui sévissaient dans la ville, servant surtout de surveillance permanente auprès des citoyens lambda, et enfin le Bataillon ailé, qui représentait réellement l'armée, la pure, la dure. Celle qui était sur le terrain et qui s'investissait dans les plus grosses affaires, qui menaçaient cruellement l'accalmie instable de la cité.

En premier lieu, Armin avait intégré les rangs pour devenir une part de la justice seulement parce qu'il ne voulait pas choisir une autre voie professionnelle que celle de Mikasa, sa seule et unique amie depuis qu'Eren était parti. En dépit de toutes ses tentatives pour lui faire changer d'avis, la grande brune s'était soustraite à le laisser maitre de ses choix. Durant ses années d'entrainements intensifs, Armin était parvenu à se forger un caractère différent : plus fort, plus vivace. Un esprit sain dans un corps sain, comme ils disent, hein. La vérité était que le sport avait réellement stimulé l'intellect (déjà surdéveloppé) du blondinet.

Et nous voilà déjà arriver à la remise des diplômes tant attendue. En soit, ça n'était pas vraiment une cérémonie comme on peut en rêver en regardant les films américains. Personne ne les attendait sur une estrade, un joli bout de papier en main, les félicitant chaleureusement de la réussite de leurs examens. Ici, seulement la réalité. Un homme, le teint brun, tirant légèrement sur le chocolat, patientait avec plus ou moins de constance sur son petit tabouret. Le manque de moyens les avait fait se regrouper sur le grand terrain où ils avaient l'habitude de s'entrainer chaque jour durant depuis plusieurs années. Il se racla la gorge et s'exprima enfin, l'air renfrogné :

- « Bon, si vous êtes encore là après toutes ces journées à vous rouler dans la merde et à vous foutre sur la gueule, c'est que vous avez réussit. Je vous aurais bien accordé mes félicitations mais je n'ai pas de temps à perdre en politesse inutiles, et les trois quarts d'entre vous ne les méritent même pas.

- Sacré Shadis, murmura Jean vers Marco. C'est dingue comme en trois ans, il n'aura jamais exprimé aucune sympathie envers l'un d'entre nous

- T'as quelque chose à dire Kirstein ? Tu veux peut-être terminer ton séjour parmi nous en me faisant des tours de terrains jusqu'au couché du soleil ? Techniquement j'ai encore le droit de te plier sous mes ordres avant que la journée ne se termine, s'exclama le plus âgé, une veine de colère ayant mystérieusement surgie sur son front durant sa tirade.

- Non, mon général ! rectifia le principal concerné, un poing sur le cœur.

- Quoiqu'il en soit, nous n'avons plus de temps à perdre. J'ai la corvée de devoir vous faire visiter les locaux des trois départements de la justice auxquels vous pouvez être affiliés. Si ça se trouve, y en a parmi vous qui auront des illuminations, et qui changeront d'avis au dernier moment. On se magne, bande de feignasses ! »

Il tapa dans ses mains et l'entièreté du régiment se rassembla en petits groupes, ne formant à la fin qu'une longue lignée. Ils étaient silencieux, et observaient avec attention tout leur entourage, cet endroit qu'ils avaient tant fréquenté. Les locaux principaux de chaque ordre étaient dispersés dans la cité, de manière à ce qu'ils bouclent un périmètre. Ils devaient donc prendre le bus pour se rendre à chacun des endroits différents, autant dire qu'ils y passeraient la journée. Ils se retrouvèrent bien vite dans l'autocar.

Leur première destination étant la base de la Police. Leur emblème était une paire de roses pourvues de ses épines ainsi que de ses feuilles et qui se croisaient comme le faisaient les épées de leur blason, indiquant qu'ils faisaient toujours partie des Brigades d'Entrainement. Un joyeux bordel faisait loi dans le bus, Keith y prêtait à peine attention. Bientôt, ces jeunes adultes rentreraient dans la vie active et ne seraient plus son problème. Alors qu'importe qu'ils fassent du bruit. Il se contenta de discuter brièvement avec le chauffeur tandis que le brouhaha s'intensifiait montrant à quel point chacune des recrues bouillait d'impatience de découvrir leur prochain lieu de travail.

- « Qu'est-ce que j'ai hâte, frémissait Connie secouant Sasha dans tous les sens. Je n'ai jamais douté une seule seconde de mon choix pour moi c'est carrément évident qu'en tant que véritable citoyen, nous nous devons de choisir les rangs du Bataillon Ailé !

- Tu connais mon point de vue, petite tête, clama t'elle en lui administrant une tape sur son crâne rasé. Moi, je te rappelle que je fais des stages une fois par semaine là-bas, et que par conséquent, je connais les locaux mieux que personne. Après tout, j'ai eu l'intime conviction qu'il fallait que je me batte pour eux dès mes 6 ans.

- C'est carrément injuste, siffla Connie, t'as de la famille qui fait partie de l'Escadron. T'es pistonnée comme c'est pas permis, ton affiliation est truquée !

- T'es juste jaloux parce que vu tes résultats médiocres aux tests pratiques, t'es même pas sûr de les intégrer ! Tandis que moi et mes talents innés, je suis certaine d'être acceptée, annonça t'elle avec fierté.

- Rassurez-vous, vu le peu de gens qui ont penché pour les Bataillons, n'importe quel imbécile a sa place parmi les suicidaires de base. Amusez-vous bien à clamser dans des histoires de terroristes, moi je serai entrain de ma la couler douce auprès des gens blindés de thunes.

- Jean, tu ferais mieux de fermer ta gueule, réprima Ymir. »

Le dénommé faillit flancher sous le ton, on ne peut plus sérieux et menaçant de la jeune femme. Il se rapprocha doucement de son voisin de siège et chuchota :

- « Tu sais ce qu'elle a ?

- La petite blonde avec qui elle traine tout le temps a loupé ses exams d'entrées sur le terrain, et elle doit redoubler, du coup elles ne sont plus dans la même promo. On m'a raconté qu'elle avait beaucoup de boulot ces derniers temps et qu'elle a du mal à joindre les deux bouts.

- Comment t'es au courant de tout ça ?

- Disons que… je me renseigne sur les potins environnants, rougit-il, comme prit sur le fait.

- Marco, t'es vraiment sournois, s'amusa Jean en pouffant d'un rire à demi étouffé. »

La visite des locaux de la Police fut plutôt rapide. En soit, il n'y avait pas grand chose à voir, la base se cantonnant à posséder une grande cour extérieure pourvue d'un terrain de jogging, d'un large open-space muni de centaines de bureaux se succédant tous et d'une cafétéria bien plus grande que nécessaire. Sasha avait bel et bien failli poser sa candidature pour rester dans cette filière rien que pour le bonheur quotidien que lui aurait procuré cette gigantesque cantine, mais elle avait été rattrapée de justesse par Connie qui dû employer toute sa force pour l'en empêcher.

Le trajet menant à la base des Forces de l'Ordre Rapproché fut plus silencieux que le premier, au plus grand bonheur de Keith Shadis, qui était presque à bout, à force de coltiner cette bande d'adolescents surexcités.

- « En tout cas, s'exclama Bertolt, je retire ce que j'ai pu dire à propos de la Police. Leurs locaux m'ont fait changer d'avis. C'est vrai quoi, j'étais persuadé de vouloir à tout prix être une recrue de ces types, mais après avoir vu à quel point ils sont mous, ça m'a fait me remettre en question.

- Alors tu vas intégrer le Bataillon Ailé ? demanda Reiner, plein d'espoir.

- Je suppose. Les Forces de l'Ordre Rapproché ne me tentent pas vraiment, c'est trop calme pour moi. Je ferai mon choix une fois toutes les bases visitées. Et toi Annie, qu'est-ce que t'as décidé ?

- Je verrai. »

Elle replaça, sans dire un mot de plus, son écouteur au plus profond de son oreille, voulant à tout prix se couper du monde. Bertolt parut affligé par la froideur extrême de son amie, et le blond lui murmura :

- « Tu sais comment elle est… Annie est angoissée quant à ses choix d'avenir et contrairement à nous, elle n'y avait pas vraiment réfléchi jusqu'à maintenant, c'est normal qu'elle veuille être un peu seule.

- Je sais, tu n'as pas besoin de me couver comme ça, fronça le grand. »

Armin n'avait pas dit un mot du voyage, assit seul contre la fenêtre. Il observait les grandes habitations se succéder et au fur et à mesure, il voyait le paysage se modifier. Les HLM médiocres se transformèrent en belles propriétés privées, les vieux arbres à moitiés séchés par le début de l'été laissèrent place à de beaux et grands platanes. Pas de doutes, ils arrivaient dans les quartiers chics de la cité. Ceux que l'on ne pouvait approcher à moins d'y habiter. Les gens paraissaient hautains, les rues étaient trop propres pour que ça soit naturel, personne n'avait l'air réellement heureux, tout paraissait tellement… faux. Armin en eut le cœur retourné. Il se souvenait avec précision de ce que lui répétait sans cesse Eren lorsqu'ils habitaient encore Ektyos.

« Nous vivons peut-être dans la crasse et l'insécurité constante mais nous, au moins, on est heureux. »

C'était vrai. À l'époque, Armin se faisait sans cesse tabasser par les brutes de leur cité, son logement était miteux, compte tenu du fait qu'il faisait partie de la même classe sociale qu'Eren (soit l'eau), mais à défaut de posséder tous les biens de la Terre, ils avaient le mérite d'avoir la joie qui les accompagnaient au quotidien. Dans un mouvement de nervosité, il repassa la pulpe de son doigt sur sa cheville, où la peau était exposée car il avait retroussé ses jeans. Le petit triangle renversé était bel et bien là. Lui rappelant pour toujours d'où il venait. Sa gorge se serra tandis qu'il pensait au fait que Mikasa et Eren devaient couler des jours heureux dans les locaux du Bataillon Ailé, alors que lui trimait depuis un an, tout seul, alors que son amie avait sauté une classe.

Le jeu en valait la chandelle. Définitivement. Il était certain que ses efforts paieraient. Cette certitude se confirma lorsque les portes de l'autocar s'ouvrirent sur le bâtiment. L'édifice était tout de verre serti, et les portes chromées reflétaient la silhouette floue des élèves foulant ce sol pour la première fois. Il y avait à peu près toutes les réactions possibles et imaginables. Certaines recrues étaient excitées comme des puces, ne pouvant résister à l'appel du luxe et se précipitaient vers les portes les menant au grand bâtiment. D'autres gardaient une tête indifférente mais quelque peu fascinée. Il n'était pas vraiment commun de croiser de pareils édifices, surtout que la plupart des recrues venaient des quartiers malfamés de la ville. C'était d'ailleurs pour ça que beaucoup désiraient intégrer les rangs des Forces de l'Ordre Rapproché, pour être logé à la même enseigne que tous les nantis qui vivaient ici.

Plus étonnant encore, certains préféraient rester en retrait, pour aucune raison visiblement valable. C'était le cas d'Armin, mais sa grande stupéfaction, ce fut également le cas de Jean. Lui qui se faisait une telle joie d'intégrer ces rangs, pourquoi diable ne rentrait-il pas avec les autres ? Armin se risque à lui poser la question :

- Jean ? Qu'est-ce que tu fous encore là ? Va voir à quoi ça ressemble à l'intérieur, je suis sûr que ça doit être merveilleux.

- Oh, ça je n'en doute pas. »

La soudaine réaction de son ami stupéfia le blondinet. Comment se faisait-il que Jean, le plus médisant de tous, lui qui était pourtant si sûr de ses choix depuis le début, soit à ce point mal à l'aise face aux locaux dont il rêvait il y a encore quelques jours ?

- « De prime abord, j'aurais pensé que tu étais si certain de ton choix, que peu importait le fait que tu entres ou pas, cela ne modifierais en rien tes réelles ambitions. Mais maintenant que je te regarde mieux, je comprends que j'ai tout faux. Tu n'es plus aussi assuré de vouloir faire partie de cet Ordre, n'est-ce pas ?

- T'es toujours d'une logique mordante toi, ragea t'il doucement.

- Les autres sont tous partis, tu peux me raconter si tu veux. »

Et comme s'il avait attendu le signal, il s'activa à exprimer le fond de sa pensée :

- « Depuis qu'on est arrivé, je me sens… bizarre. Marco m'a affirmé, après avoir regardé trente secondes à travers la vitre, que c'était l'endroit où il voulait vivre plus tard. Je te parie qu'il va opter pour intégrer cette zone. Mais moi, étrangement, dès lors que nous sommes parvenus devant les locaux, j'ai envie de vomir. Pourtant j'étais certain, j'avais cogité longtemps sur mon avenir, et maintenant que je vois tout ça je ne suis plus sûr de rien…

- Je croyais que tu désirais plus que tout au monde un futur stable et sécurisé. Et surtout que tu ne voulais pas mettre ta vie en danger dans ton boulot ?

- Faut croire qu'il n'y a vraiment que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Avant, je pensais que cette expression était juste une excuse pour ceux qui hésitaient sur tout et n'importe quoi, mais peut-être que j'avais tort.

- Bah, je ne peux rien te dire, Jean. Ce choix est très important et n'appartient qu'à toi. Personne ne doit te faire changer d'avis. Et puis ce n'est pas parce que Marco ira ici, que tu dois absolument le suivre, même si tu l'aimes beaucoup.

- Tu n'as pas souffert lorsque tu as été séparé de ton pote, là ? »

Un douloureux pincement au cœur sévit dans la poitrine d'Armin.

- « Tu veux parler d'Eren ? …Si, évidemment. Mais moi, ça n'avait rien à voir. Eren, c'était plus qu'un simple ami, c'était mon confident, mon frère. J'ai été arraché à lui tellement brutalement et… »

Sans vraiment le vouloir, l'adolescent retint avec peine un gros sanglot qui menaçait à tout moment de s'extirper de son lieu d'origine. Il laissa un petit temps de battement où on n'entendait que les cris hystériques étouffés des autres recrues qui se bousculaient dans le bâtiment.

- « Je suis désolé de t'avoir rappelé ces choses là, s'excusa sincèrement Jean.

- Ça va mieux maintenant qu'il est revenu. Mikasa aussi est soulagée, d'ailleurs, ça me fait penser qu'on ne va pas tarder à les rencontrer… »


Ils avaient tous fini de déjeuner. Hanji ne tenait plus en place, on avait carrément dû l'attacher à sa chaise dans le réfectoire pour éviter qu'elle ne parte à la poursuite des recrues qui ne tarderaient pas à arriver. Levi était passablement agacé par le comportement de son amie, mais la tête ailleurs, il se concentrait pour ne pas larguer ce qu'il avait sur le bout de la langue à tout l'Escadron. Il détestait plus que tout les nouveaux et les gamins braillards et indisciplinés. Le fait que le bâtiment serait rempli des deux dans quelques minutes l'emplissait d'aigreur, mais il se contenait, étrangement. Eren le reluquait sans vraiment faire attention. Alors que les supérieurs débarrassaient leurs plateaux, Hanji, toujours ceinturée fermement à sa chaise retint un rictus très déplacé en observant à quel point Eren se rinçait l'œil.

- « Tu sais que c'est très malpoli de fixer les gens comme ça ? »

Eren eut la peur de sa vie et faillit tomber de sa chaise lorsque la voix de la brune retentit dans ses oreilles. Il se rattrapa de justesse, s'appuyant sur la table, et Levi remarqua la chute improbable de son protégé. Le caporal s'était posté en bout de table, bien loin d'Eren et pour une fois, il n'avait même pas remarqué qu'il le matait depuis plusieurs minutes, trop préoccupé par le simple fait qu'il devait se concentrer pour ne pas péter un câble. Il se releva pour déserter les lieux avant l'apocalypse, et laissa Eren seul avec la jeune femme.

- « Tu m'as fait peur !

- Tu m'étonnes, éclata t'elle de rire. T'étais tellement obnubilée par la présence de notre très cher Ackerman que tu ne prêtais attention plus qu'à lui. Remarque, t'as de la chance : je crois qu'il n'a même pas remarqué que tu le reluquais tellement il se concentrait pour ne pas exploser de rage.

- Hein ? Pourquoi ?

- Levi exècre les gosses. Enfin, par gosses, j'entends les jeunots d'une vingtaine d'année. Et, vu que les prochaines nouvelles recrues vont débarquer incessamment sous peu… il est, un peu énervé.

- Pourtant, moi je suis comme eux.

- Toi, t'es différent. Levi ne t'a probablement jamais vraiment considéré comme un adolescent. Parfois il peut donner l'impression, mais je suis certaine qu'au fond, ta place est bien plus importante qu'il ne le laisse transparaitre.

- J'espère… chuchota Eren, légèrement désappointé.

- AH JE LE SAVAIS ! éclata Hanji. Alors vous êtes bien ensembles ?!

- Quoi ?! Non ! Je ne… Enfin, c'est ridicule… »

Eren cherchait ses mots, mais au fur et à mesure de ses dires, il s'enlisait dans son problème. La jeune femme le toisait les yeux grands ouverts, comme si elle tenait de lire à travers ses prunelles. Elle paraissait profondément concernée par cette histoire. Ne tenant plus, Eren avoua :

- « Oui. »

Hanji poussa un cri qui menaça de déchirer les tympans des gens aux alentours. Elle pantelait sous l'excitation d'avoir réussit à faire craquer Eren. Essoufflée, elle finit par hoqueter :

- « Erwin va être vert de jalousie quand il saura que je suis parvenue à te faire dire ça. Je suis trop forte !

- Oh non, s'il te plait, n'en parle à personne, supplia t'il en secouant ses mains. Levi me tuerait s'il venait à être au courant que tu le sais…

- Bof, tu sais, ça crève un peu les yeux, donc que tu l'annonce de vive voix ou non, ça revient au même. »

Un silence glacé remplit la cafétéria. Tout le monde avait déserté, ne restait qu'Eren et Hanji, toujours accroché à sa chaise. D'un geste machinal, il se passa la main dans les cheveux, cachant aussi bien qu'il y parvenait sa gêne. Quelques secondes passèrent et en se délogeant comme elle le pouvait de son étreinte, Hanji demanda, d'un ton un peu trop sérieux :

- « Hé, dis-moi… Qui de vous deux à fait le premier pas ? »

Un bruit de bus qui s'arrête se fit entendre depuis les fenêtres de la grande pièce. Les yeux de la scientifique s'arrondirent en même temps que sa bouche et elle s'exclama :

- « Ils sont arrivés ! Détache-moi de là, il faut aller les accueillir !

- Je ne suis pas sûr que ça soit vraiment une bonne idée…

- Enfin Eren ! Je savais que le caractère de Grincheux pouvait déteindre sur ceux qu'il fréquentait mais tu ne laisserais quand même pas ta supérieure ceinturée comme une vulgaire prisonnière, si ? »

Il laissa planer un doute en restant interdit, le visage renfrogné. Il se souvint avec discernement du comportement exubérant qu'Hanji il y a une quinzaine de minutes auparavant. Évidemment qu'il allait la libérer, mais le fait qu'il mette du temps poussa la jeune femme à lui quémander :

- « Si tu m'aides à me sortir de là, je promets de n'en parler à personne. »

C'est exactement ce qu'il voulait entendre. Il poussa un soupir de soulagement et délogea la ceinture en soulevant la sangle. Il remit entre ses mains le lien de cuir et lui envoya un regard rempli de pitié, il avait sincèrement peur de la réaction des gens, et surtout de celle de Levi. Ils avaient beau partager le même sentiment, ils ne se connaissaient pas assez pour savoir si l'autre était d'accord de révéler cette relation au grand jour.

- « Médite sur ma question. On y reviendra la prochaine fois qu'on sera que tout les deux. Et inutile de me fuir : je suis partout. »

Sa dernière phrase avait sonné particulièrement violemment dans l'organisme d'Eren, comme s'il s'agissait d'une menace. Enfin, peu importait, il comptait tout de même éviter de donner trop d'occasions à Hanji de lui tirer les vers du nez. Non, mais ! Il avait sa fierté quand même… (bien que celle-ci fut quelque peu piétinée ces derniers temps…)

Elle sautilla joyeusement jusqu'à la porte principal où toutes les recrues seraient rassemblées. On entendait un raffut en bas, Eren serra ses poings du plus fort qu'il le pouvait. Il avait pour habitude de fréquenter des gens plus âgés que lui depuis longtemps, et mis à part Armin et Mikasa, il n'avait jamais vraisemblablement eu d'amis et ne savait pas du tout comment s'y prendre pour s'en faire. Il était angoissé à l'idée de passer pour un taré (chose qu'il pouvait devenir en fonction de l'interlocuteur, un véritable tigre). Il respira un grand coup avant de descendre lentement les escaliers, sa paume volontairement placée sur la rampe pour éviter de tomber. Il tremblait.

Un troupeau de jeunes adultes du même âge qu'Eren se manifestèrent dans le hall principal. Ils observaient les alentours, en faisant un bruit assez agaçant. Presque tous les supérieurs étaient regroupés en ligne droite, les bras croisés dans les dos, et attendait le silence pour s'exprimer. Levi se plaçait juste à côté du major (qui lui était un peu mis en avant par rapport aux autres, ayant avancé d'un pas pour témoigner qu'il allait parler) et arborait une mine des plus désabusées. Il n'avait vraiment pas envie d'être là. Particulièrement en ce moment. Il jeta un coup d'œil à Eren qui se tenait en haut des escaliers et ce dernier s'empressa de rejoindre Mikasa derrière Hanji. Dans la foule, il reconnut Armin et sa traditionnelle coupe blonde qui lui permettait de se discerner par rapport aux autres. Eren lui adressa un large sourire accompagné d'un geste amical de la main que la recrue s'empressa de retourner. Levi leva les yeux au ciel devant le brouhaha toujours présent et siffla avec ses doigts pour faire taire l'assistance. Le bruit strident coupa net aux conversations et il s'écria :

- « Oï, la ferme !

- Du calme Levi, réprima Erwin, tu vas les effrayer.

- Nan va s'y Levi, fout leur la frousse de leur vie ! Qu'ils sachent à quoi s'attendre avec toi dans les parages !

- Je jure qu'un jour j'arriverai à te faire fermer ta gueule définitivement, quatr'yeux, menaça t'il.

- T'es si méchant… bouda la concernée.

- Soit ! rappela le major. Premièrement laisser moi vous féliciter pour l'obtention de vos diplômes ainsi que la bienvenue à toutes et à tous dans les locaux du Bataillon Ailé ! Vous savez évidemment que nous sommes ceux qui tentent d'instaurer la sécurité dans la cité, et l'élimination des pires criminels jamais enregistrés dans nos fichiers.

- Ah ouais ? Bah alors ils doivent sacrément mal faire leur boulot vu toutes les attaques terroristes qui ont eu lieu à Shiganshina… marmonna Jean un peu trop fort à Marco. »

Seulement le calme et la pause dans le discours d'Erwin avait fait qu'absolument tout le monde avait entendu ce qu'il avait chuchoté. Le major fut choqué par tant d'insolence et alors qu'il s'apprêtait à continuer son monologue sans prêter attention à cette pique lancée, Levi l'interrompit :

- « Voyez-vous ça… Un petit malin dans nos rangs ? Dis donc, l'équidé, j'ai hâte de voir l'état de ton froc suite à ta première intervention, parce que c'est pas dit que tu ne te chies pas dessus. Si tu penses pouvoir faire mieux que nous, je demande qu'à voir, en attendant t'a qu'à juste fermer ta gueule et à écouter ce qu'Erwin a à dire, pigé ? »

Jean sentit son cœur s'arrêter de battre. Il bafouilla quelques excuses et baissa la tête. Un silence froid et pesant sévissait dans l'assemblé tandis que certains poussaient des petits « oooh… » Erwin se racla la gorge :

- « Ahem… merci Levi pour cette intervention, particulièrement, classe de ta part. Cela étant dit, vous n'êtes pas sans savoir que nos responsabilités sont sans doutes celles avec le plus de conséquences. C'est pour cela que nous sommes si peu, beaucoup de recrues ont baissé les bras au bout d'une seule semaine d'entrainement à cause de la complexité de nos exercices et surtout de la pression constante qui pèse sur nos épaules. Notre travail n'est pas à prendre à la légère, ainsi je vous demanderais d'y réfléchir à deux fois avant de vous inscrire définitivement chez nous. Evidemment, si vous vous trompez de filière, vous pourrez toujours renoncer à faire partie de notre Escadron, mais vous êtes au courant que votre redirection vous affiliera à un choix qui se pourrait ne pas être le vôtre. Ainsi, il faudra être sacrément rigoureux quant à votre choix. Ne vous laissez pas influencer par vos amis, ils ont sans doute des raisons pour venir ici, et vous ne devez en aucun cas les suivre juste parce que vous avez une certaine affinité avec eux. En vous engageant, vous prêtez serment. Pensez-y bien. »

Un ange passa et des regards lourds de significations se posèrent sur les membres de l'Escadron. On remarquait bien qu'ils n'avaient pas la même allure que les autres commandants qu'ils avaient pu rencontrer à la Police ou encore chez les Forces de l'Ordre Rapproché. Leurs yeux montraient qu'ils avaient vécu des choses, qui avaient laissé des séquelles irréversibles. Des traumatismes, des chocs, de la terreur. Tout cela était écrasé par leur aura respective qui transpirait la considération. Même Hanji, qui jusqu'alors s'était montrée très empressée était particulièrement calme. Erwin remarqua les regards qu'on adressait à son Escadron et expliqua :

- « Vous allez vivre des choses qui pourront bien vous hanter. Vous mourrez peut-être lors de votre première expédition, car les attaques et menaces n'ont jamais été aussi présentes qu'elles ne le sont de nos jours. Je ne tiens pas à vous vendre particulièrement notre ordre, je connais sa réputation auprès des citoyens. On nous prend pour des imbéciles suicidaires et dégénérés. Cependant vous comprendrez sans trop de difficulté, que sans nous, l'ordre de la cité est rompu et qu'une guerre pourrait à tout moment éclater. Je tiens surtout à vous mettre en garde. Si vous ne vous pensez pas assez vigoureux mentalement, laissez moi vous indiquer le chemin le plus court pour rejoindre la Police ou les FOR. »

Le ton d'Erwin s'était voulu cassant. Il préférait que peu de recrues se présentent et donne leur vie pour protéger Shiganshina, plutôt que devoir se trimballer une myriade d'adolescents, prétendus héros mais qui finissent par se dégonfler au bout d'un mois.

Erd s'avança et se permit d'ajouter :

- « Je sais ce que vous êtes entrain de vous dire, je l'imagine bien, puisque j'ai pensé la même chose quand on m'a proposé de rentrer dans l'Escadron : comment est-ce que ces tarés pensent que je vais accepter de risquer en me montrant les Bataillons sous leurs plus mauvais angles ? »

L'assemblée pouffa, faisant redescendre un peu la pression accumulée. Hanji replaça ses cheveux avant de poser son coude sur l'épaule d'Erd. D'un ton calme mais amusé elle expliqua cependant :

- « Le truc c'est que voilà, si Erwin vous expose tous les mauvais côtés, c'est pour vous protéger. Nous avons perdu une grande partie de nos effectifs durant l'attentat de Shiganshina. Il ne veut pas perdre de temps à former des incompétents, alors il cherche à vous faire peur pour épargner votre vie et ses précieuses minutes.

- Ahem, Hanji, je ne crois pas que ça soit nécessaire, ils l'avaient déjà compris, fit Erwin.

- Ouais, mais sinon, être dans l'Escadron du Bataillon Ailé, c'est franchement bien, hein ! Vu le peu de personnes qui sont dans nos locaux, on peut avoir des putains de bureaux avec vue sur la ville : le pied total. Et puis on a une de ces cantines, je ne vous raconte pas les plats qu'on peut bouffer ! Quand c'est l'hiver, si on a bien bossé, ils nous font une raclette ! »

On entendit quelqu'un feindre de tomber dans les pommes suite à cette annonce. Tous les adolescents éclatèrent de rire, en sachant pertinemment qui avait tourné de l'œil.

- « Hanji, ils verront ça d'eux-mêmes, grogna Levi. Arrête de les exciter, tu vois bien qu'on en a une qui va nous claquer dans les pattes.

- Rooh, c'est Sasha. Je reconnais bien ma nièce : on se ressemble, tu ne trouves pas ? Ça ne m'étonnerais pas qu'elle suive mes traces plus tard, dit-elle, émue.

- Justement, ferme là, parce que si elle devient comme toi, ça veut dire que j'aurais deux Hanji à mes côtés tous les jours. Et crois-moi : une, c'est largement suffisant.

- Vous allez vous taire ? tonna Oluo. Ça vous plait de vous donner en spectacle devant nos prochaines recrues ? »

Il y eut un temps de battement, les deux s'observèrent et répondirent en même temps :

- « Ouais.

- …Vous m'exaspérez.

- Bon, trêves de divagations, reprit Erwin. Nous allons vous faire visiter en vitesse les locaux. »

Eren était resté en retrait pendant tout le discours, bien dissimulé derrière Mikasa, elle-même après Hanji. Ils suivirent le groupe, et la scientifique tenant trop à tout expliquer s'était placée en avant du cortège, présentant avec enthousiasme chacune des pièces, en passant du réfectoire jusqu'aux toilettes.

Une brune dévisagea Eren avec une fixation très mal-placée. Assez gêné, il fut rapide à détourner le regard, et suivit Armin qui avançait décidemment bien trop vite par rapport à d'habitude. Comme s'il fuyait quelque chose.

- « Dis, tu sais qui c'est ? demanda Eren en pointant du nez la fille.

- Oh, c'est Ymir. Je ne te conseille pas d'aller faire ami-amie avec elle, aujourd'hui. Elle est plutôt d'une humeur massacrante.

- Ça ne serait pas la serveuse du restaurant où on est allés la dernière fois ?

- Si, c'est bien elle ! Mais d'ailleurs, tu ne m'avais pas donné de nouvelles, c'est ce soir que tu dois t'y rendre n'est-ce pas ?

- Bah… pour être très honnête, je ne tiens plus à y aller. Je n'ai pas renvoyé de message pour dire que je serai de la partie.

- Hein ?! Mais pourquoi ? Je croyais que t'étais excité comme une puce à l'idée de pouvoir te payer ton propre appartement ! Ce n'est vraiment pas professionnel ça, Eren…

- Mais je n'y peux rien ! C'est Le… »

Il se plaqua une main sur la bouche pour s'éviter de ne dire une bêtise. Évidemment qu'il allait raconter à son meilleur ami que désormais, l'homme qu'il aimait était enfin totalement à lui, mais ce n'était ni le lieu ni le moment. Oh, ça non. Il rougissait comme ce n'était pas permis, honteux d'avoir pu, ne serait-ce qu'un instant, délivrer son secret alors qu'ils étaient entourés de monde.

- « C'est les ?...

- C'est les, prix, se rectifia t'il avec le plus d'adresse qu'il put. Ils sont beaucoup trop élevés pour le maigre salaire que je me serais choppé. Finalement, je vais attendre de devenir un soldat à temps plein, après mon apprentissage pour toucher mon salaire.

- Mais… je croyais que tu voulais absolument ne plus dépendre de Levi parce qu'il t'avait repouss… » il s'arrêta un instant, avant de se reprendre « Oh mon dieu, Eren ! Félicitations ! »

Sous l'étreinte du blondinet, il hoqueta de surprise.

- « De quoi ? Mais…

- Raaah, je me sens idiot maintenant qu'on en parle, j'aurais dû le voir venir de loin ! Je suis ravi pour toi, sincèrement. Il faudra que tu me racontes tout ! Et en détails ! …Enfin quoi que, si vous êtes allez aussi loin que ce que tes yeux ne semblent le vouloir, je ne pense pas vraiment vouloir savoir toutes les parties de cette fameuse soirée.

- Armin ! Arrête ! Tu parles trop fort ! bégaya t'il en cachant le visage de son ami dans ses mains. Et puis dis pas n'importe quoi, ils n'ont rien du tout mes yeux !

- Tu rigoles ? Tes yeux c'est comme la porte d'entrée à ton cerveau, on y décèle tout ce que tu peux penser avant même que l'information n'ait réellement circulée.

- T'es pas croyable, sérieux… »

Alors qu'il s'éloignait pour éviter de n'avoir à croiser encore le regard de son ami, ce dernier le retint par la manche et l'enlaça du plus fort qu'il put, écrasant de ce fait à moitié les poumons d'Eren. Il réprima une toux en s'étouffant et alors qu'il tentait de se déloger de l'étreinte forcée Armin murmura :

- « Mon meilleur ami qui a trouvé quelqu'un. Je suis tellement heureux pour toi… »

Attendri par le geste plein de sincérité du jeune homme, Eren tourna sa tête vers la sienne et frotta nonchalamment le côté de son crâne contre sa joue, signe qu'il avait noté la gentillesse de son ami. Alors que personne ne prêtait vraiment attention à ce qu'il se passait, trop obnubilés par les explications que fournissait Hanji sur la prochaine salle à visiter, Eren entendit un claquement de langue le faisant rappeler à l'ordre dès qu'il l'entendit. Il tressaillit, sautant presque, et se redressa d'un coup pour s'assurer que le petit bruit venait bien de la bouche de celui dont il présumait être le créateur.

En effet, Levi se tenait juste derrière eux et une lueur noire ombrageait ses iris déjà bien obscurcies par la faible luminosité qui passait à travers les vitres. Ses sourcils étaient plus froncés que d'habitude et Armin prit panique en remarquant le mécontentement sur le visage déjà bien intimidant du corporal.

- « Ahem… à plus Eren ! On se retrouve à la fin de la visite ! »

Il s'échappa alors de l'embrassade, et accourra rejoindre un gars, le laissant seul à l'arrière du groupe avec pour unique compagnie, un caporal à la mine encore plus renfrognée que toute à l'heure. Il tiqua suite à son regard dénué d'expression. Eren ne savais pas au juste comment réagir, est-ce qu'il fallait qu'il soit terrifié, ou plus exalté par le fait que son amant tout neuf lui attrapait la manche pour l'entrainer à sa suite dans une petite pièce précédemment visitée ? Il marchait d'un pas lourd mais rapide, pour lui montrer qu'il comptait lui parler d'un sujet plutôt important. Le plaquant, non sans violence contre la porte désormais close du petit bureau vide, il grogna :

- « Je te laisse trois minutes sans surveillance et tu batifoles déjà vers un autre gars ? Je ne suis pas du genre couple libertin, je ne partage pas mon pain avec les autres, alors…

- Hé, Levi… Armin est mon meilleur ami. Tu n'as pas à t'inquiéter.

- …Tch, se reprit-il. Comme si j'en avais quelque chose à foutre.

- Ta réaction possessive et impromptue à l'air pourtant de prouver le contraire, taquina Eren, ravi du réflexe que son petit-ami avait eut. »

Un petit silence prit place avant qu'Eren ne rétorque :

- « Dis donc, toute à l'heure tu aurais pu y aller mollo. Ça n'étais qu'une blague, hein… rappela t'il en sentant la douleur encore bien présente là où avait frappé son caporal un peu plus tôt dans la matinée.

- Si tu crois pouvoir me faire la morale devant mes hommes, tu te fourre le doigt dans l'œil, gamin… Je me suis juste contenté de te remettre les idées en place. »

Il glissa sa main libre contre la joue d'Eren et murmura :

- « Je m'assure seulement que des petits merdeux ne viennent pas fouler la terre qui m'appartient.

- Tu abuses, s'étrangla t'il. Je te ferais dire que je n'appartiens à personne ! bouda t'il faussement, attendant seulement sa réaction.

- C'est un peu tard pour me dire ça, fit Levi dans un soupir imperceptible tandis qu'il se rapprochait dangereusement d'Eren. Dès l'instant où j'ai posé mes lèvres sur les tiennes, ton sort était déjà scellé.

- Je crois que je pourrais bien m'en accommoder finalement… »

La main par dessus l'épaule d'Eren, s'appuyant contre le bois dur de la porte, Levi déposa un baiser rapide, faisant s'effleurer leurs nez respectifs. Mais l'odeur de l'adolescent lui ayant empli les poumons, il se réduisit à en lui donner un autre, bien plus profond cette fois. Il se risqua à entrouvrir les lèvres, laissant à le choix à son subordonné d'y glisser la langue ou non. L'appel fut bien trop tentant, et avant même de n'y avoir réfléchit, le plus grand s'aventura dans la cavité du plus âgé, découvrant un goût particulièrement capiteux, éveillant tous ses sens, lui hérissant le poil. Il passa ses mains autour de la nuque de Levi afin de s'y enfoncer un peu plus, cartographiant chaque recoin, chaque parcelle qu'il serait susceptible de sentir du bout de sa langue.

Malgré la flopée de sentiments et ressentis que pouvait éprouver le supérieur, il était particulièrement à l'affut. Son ouïe était encore plus développée que d'habitude, prête à enregistrer le moindre soupir, le moindre gémissement qu'il serait capable d'arracher à Eren. Il voulait être capable de le faire sentir comme il pouvait l'être actuellement. Lorsqu'il descendit sa main droite sur le flanc du plus jeune, relevant de ce fait le pan de son tee-shirt, un frisson des plus intense parcourut le corps d'Eren. Il se sentit indescriptiblement faiblir, le simple passage de la main puissante de Levi contre sa peau à nue lui avait fait perdre la tête (déjà qu'il n'en menait pas large avec le baiser). C'est comme si sa peau était en feu, un véritable brasier. S'approchant doucement de son oreille, Levi chuchota :

- « Je sens que je vais bien m'amuser avec toi…

- Le divertissement sera partagé dans ce cas… »

Ils s'embrassèrent ainsi pendant deux bonnes minutes, n'emplissant la pièce de bruit que ceux de leur échange et du froissement de leurs vêtements l'un contre l'autre. Levi avait callé son genou sous la poignée, faisant une pierre deux coups, puisque de ce fait il empêchait quiconque d'ouvrir la porte démunie de toute serrure, mais qu'également il emprisonnait Eren, l'empêchant ainsi de trop bouger. De toute façon, ça n'était pas son intention, quoiqu'on puisse en penser.

Après avoir suçoter avec avidité la peau fine des clavicules d'Eren, une tâche rougeâtre, tirant légèrement sur le brun apparut, signe indéniable de l'affection que portait Levi à son égard. S'empourprant très rapidement suite à ce geste, le jeune homme s'empressa de lui rendre la pareille en accompagnant son mouvement d'une main savamment placée. Et alors qu'il imprimait toujours la marque sur le cou de Levi, dont les plaintes se faisaient de plus en plus raques au fur et à mesure, Eren glissa sa main vers les reins de son bien-aimé.

Un cri aigu se fit entendre à l'autre bout du couloir. Ils sursautèrent lorsqu'on frappa à la porte avec une violence insoupçonnée, coupant court à leurs ardeurs.

- « Non mais dites donc, qui est-ce qui se permet de s'enfermer dans mon bureau comme ça ? »

Ils reconnurent la voix hystérique d'Hanji, cette dernière semblait au bord de la crise de nerfs. Levi ouvrit la porte dans un mouvement brusque. Lorsque la brune découvrit l'auteur (ici, en l'occurrence, les auteurs) de cette blague de mauvais goût, elle sursauta :

- « Mais ? Mais … ? Ne me dites pas que… s'exclama t'elle une étincelle dans les prunelles lourde de sens.

- Bon, premièrement, ce n'est même plus ton bureau puisqu'il est absolument vide de chacune de tes affaires et ce, depuis que tu as été mutée dans les offices de l'étage, et deuxièmement, c'est pas dans mon but d'être cassant mais tu es vraiment une emmerdeuse sur le coup, claqua Levi.

- Vous êtes bien trop adorables pour mon pauvre petit cœur, exagéra t'elle en s'empoignant la poitrine, comme si ledit organe ne pouvait s'empêcher de partir en tachycardie à la vue des deux tourtereaux (ce qui n'était pas totalement faux pour être très honnête). Il faut prévenir quand vous décidez de me mettre à l'épreuve comme ça. Ah, si seulement Erwin avait pu voir ça… Peu importe, j'étais ici à la base pour dire adieu à mon ancien bureau. C'était quand même mon tout premier, c'est ici que tout à débuté.

- C'est ici qu'un imbécile à décider un jour de refourguer d'énormes responsabilités sur les épaules d'une pauvre tarée, plutôt.

- Levi ! Ne sois pas aussi méprisant… C'est dingue j'aurais pensé que l'amour t'aurait rendu plus doux, faut croire que ça te rends encore plus hargneux, et pourtant je pensais que c'était impossible…

- Peut-être que si une certaine binoclarde ne m'avait pas interrompu dans ce que je faisais je serais plus détendu, oui ça peut-être ! »

Eren ne savait pas où se mettre. La chevelure en bataille, encore tout émoustillé par leur activité précédente, il n'arrivait pas à se concentrer sur la suite de la conversation. Il se sentait terriblement gêné qu'Hanji fasse preuve d'autant de voyeurisme sur leur relation à peine naissante. Le pire étant peut-être le fait que Levi réponde à ses provocations. Ne tenant plus, il quémanda :

- « La ferme Levi ! Tu vois bien qu'elle te fait tourner en bourrique !

- C'est bien ce que je pensais, jubila t'elle. Vous étiez donc bien sur le point de le faire ! Dis-donc vous êtes franchement des rapides, je n'aurais pas pensé ça venant de toi Eren ! Pour Levi, ça ce n'est un secret pour personne : il a une libido tellement imposante, si j'en crois ce qu'il me raconte parfois, que c'est à se demander comment il a fait pour rester célibataire aussi longtemps sans imploser…

- Je vais vraiment finir par te tuer un jour, tu le sais j'espère… tonna t'il, effrayant.

- Hanji, s'il te plait… Juste…

- Tu veux que je m'en aille ? Comme tu voudras mon petit chou ! Je venais juste saluer ce beau bureau puisqu'il sera bientôt l'heureux hôte d'une recrue ! D'ailleurs ils sont tous en bas, prêts à partir, un petit blond m'a chargé de te souhaiter la bonne fin de journée : un gamin très sympathique. »

Elle trottina jusqu'à l'ascenseur, apparemment trop flemmarde pour prendre les escaliers et laissa les deux en plan. Eren ne prit même pas le temps de placer un mot sur son action future et poussa la porte. Il s'enfuit en courant dans l'espoir de pouvoir apercevoir une dernière fois son ami. Levi allait l'interpeler, il voulait terminer ce qu'ils faisaient mais l'empressement de son amant lui indiqua qu'il allait probablement décliner son offre. Il haussa les épaules, un peu maussade, et tâta inconsciemment l'endroit où Eren posait ses lèvres un peu plus tôt. Il remarqua une différence de texture et en déduit qu'il était finalement parvenu à lui administrer la fameuse marque, dont la signification n'était inconnue de personne. Il avait envie de l'exhiber, de la montrer à tout le monde, ainsi que celle qu'il avait pu faire un peu auparavant, afin de prouver aux gens qu'ils étaient unis temporairement. Comme une promesse. Un lien.

Mais Levi avait bien remarqué à quel point Eren était gêné, à quel point il ne voulait pas que leur relation à peine débutante soit connue de tous. Soucieux de ce que pouvait penser son subordonné et désormais petit-ami (bien que cette appellation le dérange plus qu'autre chose) il se ravisa et recouvrit la tâche en réajustant le col de son long manteau noir avant de quitter la pièce, un étrange sentiment de frustration le tiraillant.


Ah, cette Hanji. J'adore très sincèrement ce personnage et je dois avouer qu'elle est arrivée au moment opportun. Qu'avez vous pensé de ce chapitre ?

La scène où on découvre un peu la vie d'Armin au sein des futures recrues ?

La caractère possessif de Levi ? (Seigneur, j'adore le voir comme ça *)

La scène dans le bureau ?

Et la réaction d'Eren face à Hanji ? Est-ce que vous commencez à comprendre ce qu'il va se passer prochainement ? Sinon, vous découvrirez ça prochainement...

Au plaisir d'avoir vos avis !