Eren dévalait les escaliers, se tenant à la rampe pour éviter de se casser la figure. Il ne manquerait plus que ça, tiens. Il se sentais mal, horriblement handicapé par ce qu'il avait pu faire avec Levi, mais aussi par la présence parasite d'Hanji à ce moment pourtant si important. Il s'était senti en sécurité dans ses bras, comme invulnérable, et le fait que Levi l'ai marqué de ses lèvres jusqu'à ses clavicules, où il restait encore le cadavre gisant du baiser si particulier, se manifestant sous la forme d'un afflux sanguin au niveau de la partie embrassée, lui avait procuré une sensation délicieusement atroce. Une espèce de torsion de ses boyaux, quelque chose qui avait ravagé son organisme pour ne laisser place qu'à l'amour débordant qu'il portait à l'égard de son caporal.
Le truc était que, voilà. Eren était timide, contre toute attente. S'il se donnait cet air si confiant devant Levi, c'était pour ne pas avoir à montrer le terrible tourment qui faisait rage en lui. Cette situation le plongeait dans une confusion totale : entre la volonté d'explorer chaque recoin de son nouvel amant et celle de vouloir s'échapper et ne jamais avoir à revenir. Il aimait Levi. C'était certain. Même si techniquement il n'avait pas l'expérience nécessaire pour juger s'il était réellement amoureux de son supérieur, ce sentiment était celui qui se rapprochait le plus de ce qu'il ressentait au fond de lui. Il se demandait si tout n'allait pas trop vite, contre toute attente. S'il ne valait mieux pas…
Le fil de ses pensées fut interrompu lorsqu'il vit le groupe se diriger vers la sortie principale du bâtiment. En un coup d'œil, il reconnut Armin, avec sa petite tête blonde, et automatiquement ses commissures se relevèrent en formant un sourire radieux. Typiquement le genre qui faisait tourner la tête à plus d'un(e).
- « Eren ! Content que tu sois là ! Où étais tu passé ?
- En fait c'est un peu compliqué… commença t'il en se grattant la nuque, prenant bien garde à relever le col de son tee-shirt pour ne pas que l'ecchymose soit visible.
- Ah ! Eren ! s'écria furieusement une voix féminine qui s'avançait brutalement, poussant à l'occasion plusieurs personnes qui n'avaient rien demandé.
- Heu, oui… ? »
Lorsque le jeune homme se retourna pour voir son interlocutrice, il reconnut avec frayeur la serveuse du restaurant auquel il était censé se rendre la veille au soir. Un remord remonta dans sa gorge et se traduisit par une plate phrase d'excuse :
- « Je voulais te parler justement…
- Ah, tu permets, j'en ai gros sur la patate et il faut que ça sorte ! mugit-elle. Ça t'arrives souvent de prendre un job et de ne pas valider le fait que tu viennes ? Pixis était furieux, et c'est encore moi qui ait dû m'occuper de tout toute seule ! T'es vraiment un incapable ! Je pensais que tu étais malade ou un truc du style, et que tu finirais par nous appeler d'une minute à l'autre ! Mais aucune réponse, et je suis à bout, à force de ces conneries ! On est à deux doigts de fermer le restau et tout ça parce qu'un petit con ne s'est pas bougé le cul !
- Mais de toute façon mon service ne devait commencer que ce soir ! Alors que je vienne ou pas, pour l'instant rien de bien grave...
- Je m'en doutais bien. Ce n'était donc pas juste un oubli de ta part ! Tu as délibérément laissé ta candidature en suspens, histoire de nous faire poireauter et de ne même pas chercher à te remplacer en pensant que tu viendrais malgré tout. T'es vraiment qu'une sombre mer...
- Oï détends-toi la lionne, stoppa Levi qui était arrivé sans faire de bruit. C'est moi qui lui ai dit de ne pas y aller.
- Ah … ? » se calma t'elle en découvrant le regard intimidant du caporal elle ne se laisser pas démonter totalement non plus et reprit avec vigueur. « Vous serrez d'accord avec moi pour dire que les promesses doivent être tenues, et qu'une fois formulées elles ne peuvent être brisées ?
- En effet, acquiesça Levi, mais Eren n'a plus de raison valable à venir à cet endroit.
- Tu aurais pu prévenir au moins ! rugit-elle de nouveau en s'adressant au plus jeune. Comment oses-tu me laisser tout gérer ?
- Mais je ne te connais même pas, se justifia Eren, qui louait la présence de Levi à ses côtés.
- Peu importe ! Ce soir, je ne plaisante pas, si je ne te retrouve pas au Go Down Roses, je viens te chercher moi-même par la peau du c… »
Elle entendit un grondement qui ressemblait en tous points à celui d'un félin et croisa les pupilles dilatés par l'autorité, de Levi. Qu'elle essaye seulement de l'approcher, elle verrait de quoi est-ce qu'il est capable. Après avoir avalé sa salive avec difficulté elle s'éloigna un peu de son interlocuteur. Elle avait du cran de s'attaquer à Eren, en sachant qu'il était aussi bien gardé par Levi. Et tandis que ce dernier se retourna, empoignant le gamin par la manche, elle labialisa :
« T'as intérêt à te ramener, sinon je t'étrangle, avec ou sans ton garde du corps. »
Eren frissonna. Qu'est-ce que cette femme pouvait être intimidante…
Et alors que la joyeuse bande sortait du bâtiment pour retourner dans le bus, Eren se maudit de ne pas avoir eu le temps de sympathiser avec les amis d'Armin, il devrait donc être patient et attendre la fameuse fête dont la date approchait de plus en plus.
La fin de cette journée de travail fut annoncée par le soleil qui commençait à décliner à l'horizon. Hanji n'avait cessé de rabattre les oreilles à tout le monde en répétant à quel point les recrues étaient adorables et qu'elle les voulait toutes à ses côtés lors de la rentrée en septembre. Eren et Levi n'avaient eut le luxe de continuer leur activité récente puisque le plus jeune avait dû partir en mission de reconnaissance avec Erd et Oluo.
- « Tu sais quand Eren revient de sa petite expédition en ville ? demanda Levi en rangeant ses affaires.
- Aucune idée, répondit Gunther qui savourait son café dûment mérité, accoudé au comptoir de l'office. Il ne devrait plus trop tarder, il est bientôt 19h.
- S'il revient ici… »
Levi interrompit sa phrase lorsqu'il distingua son téléphone bomber la poche de son manteau. Il se ravisa et acheva :
- « En fait, laisse-tomber, je vais lui envoyer un texto.
- Comme tu voudras, sourit Gunther. »
Le caporal s'échappa par la porte des escaliers, et marmonna un au revoir à son collègue. Ledit collègue, désormais seul dans le hall laissa échapper un gloussement trop longtemps retenu et déclara :
- « C'est bon, vous pouvez sortir, il est parti. »
Comme par magie, de derrière une plante verte se releva Hanji ; et Erwin, qui s'était caché derrière le comptoir posa sa tête sur celui-ci, renfonçant sa nuque dans le creux de ses épaules.
- « Tu en es certain ? s'assura la major.
- Puisque je vous le dis. »
Erwin s'avança vers Hanji, et absolument en même temps, ils se mirent à hurler :
- « Tu as bien vu ce que j'ai vu !? »
Gunther fut surpris par ce cri tout du moins impromptu. Il était déjà au courant pour Hanji, mais voir son major se comporter comme une fille de douze découvrant que sa meilleure amie est en couple le surprit. Ils continuèrent à crier comme des fans hystériques pendant une bonne minute :
- « Il était tellement soucieux ! Est-ce que tu as remarqué le regret dans son regard quand il a annoncé qu'il devait rentrer sans lui ? s'extasia Hanji.
- Et comment ! Oh, et puis il faisait le timide, en essayant de dissimuler combien il l'aime devant Gunther, on aurait dû le prendre en vidéo… regretta le blond qui observait son cellulaire.
- Vous êtes sûrs de ne pas en faire un peu trop ? Je veux dire… moi je n'ai rien remarqué du tout, il paraissait tout à fait normal. Enfin, on ne peut jamais vraiment parlé de normalité, surtout pas avec le caporal mais...
- C'est parce que tu ne le connais pas autant que nous le connaissons, rétorqua Hanji. Si tu savais, il avait le regard tellement différent… rien que le timbre de sa voix était plus doux. Et puis, en temps normal, Levi ne se serait jamais inquiété de personne, et surtout pas d'une recrue.
- Mouais, ça se tient, fit-il, un peu méfiant. »
Tandis que les deux agités tournaient en rond en se tenant la main, comme de vraies élèves de primaire, Gunther laissa échapper un soupir et en s'en allant, il dit :
- « Erd avait raison, vous êtes vraiment tarés… »
Eren serrait son fusil d'assaut comme un enfant son doudou. Il se sentais fier d'avoir fait partie de cette petite mission de reconnaissance. C'est fou comme c'était grisant de voir le regard éblouis des passants lorsqu'il marchait devant eux. Ils avaient été chargé de voir comment la vie reprenait doucement son cours dans le quartier bombardé de Shiganshina. Malgré tous les édifices retournés, les habitants avaient rapidement recommencé leurs activités quotidiennes. Seul le centre commercial et la place étaient encore victimes de l'attentat. On aurait pu penser que le clan H se serait un peu calmé après une aussi grosse riposte, mais ils continuaient leurs méfaits, enchainant les agressions. Alors le Bataillon Ailé était parti en surveillance pour déceler les gens aux attitudes un peu trop étranges.
Malheureusement ils ne découvrirent rien. Pas le moindre indice. Ils pédalaient dans la semoule, c'en devenait insupportable. Malgré tout, pour Eren ça avait été une belle journée. Il avait passé du temps avec Levi et avait rempli ses devoirs de soldats en protégeant sommairement Shiganshina pour un temps.
Il jeta un coup d'œil à son téléphone qui trainait dans la poche de son pantalon cargo et remarqua qu'il était déjà 18h30. Il devait se rendre à son travail à 19h pétantes, Eren ne voulait pas risquer de s'attirer les foudres de la serveuse, qui l'avait bien rappelé à l'ordre un peu plus tôt. Ils furent arrivés un peu plus tôt dans les locaux et Eren chercha son caporal des yeux : il n'était nulle part probablement encore cloitré dans son bureau. Il en profita pour prendre ses affaires et s'éclipser sans dire un mot. Il savait que Levi ne voulait pas qu'il aille à ce travail mais dans un sens, il en avait besoin : pour pouvoir voir d'autre gens que les éternels membres de l'Escadron. Non pas qu'il ne les appréciait pas, mais, il fallait qu'il rencontre d'autres personnes de son âge. Cela contribuerait grandement à son épanouissement.
Une quinzaine de minutes plus tard, Eren se retrouva devant le Go down Roses, un petit peu angoissé. C'était sa première journée après tout. Il poussa la porte en bois sombre scindée par des petites vitres qui permettaient d'apercevoir l'intérieur du restaurant. Dès l'instant qu'il posa le pied sur le velours rouge de la moquette, Ymir le héla :
- « Ah, te voilà ! Ramène ton cul ! »
Tous les clients se retournèrent suite à l'appel puissant de la brune et Eren s'avança en baissant la tête, gêné d'avoir pu déranger ces gens pendant leur repas.
- « Je pensais vraiment que tu ne viendrais pas. Heureusement, t'as l'air d'être un peu plus qu'un petit freluquet incapable de se défendre tout seul. Sans déconner, c'est l'impression que tu me donnais à te recroqueviller sous les ordres de ton maitre.
- Pardon ?!
- Excuse-la… elle dit des choses qui vont au-delà de sa pensée parfois. Ou alors, elle les pense très fort et ça sort d'un coup… expliqua une petite blonde qui sortait des vestiaires. »
Elle était vraiment très belle. Une frimousse d'ange et des cheveux blond comme les blés : une véritable princesse Disney. Eren demanda :
- « Et, tu es ?
- Oh, pardon, je ne me suis pas présentée, je m'appelle Christa : enchantée. »
Et tandis que la prénommée serrait la main d'Eren, un sourire radieux aux lèvres, Ymir poussa un grognement de mécontentement. Il la lâcha immédiatement, et tandis que la blonde s'éloignait pour refermer son casier (apparemment habituée à ce que ce genre de situation se produise) Ymir le choppa par la manche et prévint :
- « Écoute-moi bien le bleu, si tu as le malheur d'importuner ma Christa, je t'enfonce la tête tellement fort dans ton fondement qu'elle ressortira par ton cul, compris ? »
Eren, un peu décontenancé par les propos de la jeune femme se sentit obligé de reculer. Mais il n'avait pas pour autant perdu son sang froid, et toisa Ymir pour qu'elle comprenne qu'il n'était pas du genre à se laisser menacer sans raisons. Pixis passa sa tête dans les vestiaires et clama :
- « Allez les jeunes, dépêchez-vous, on a beaucoup de clients. Ce n'est pas le moment de roupiller ! »
La plus grande s'activa et devança Eren et Christa, s'empressant de prendre son calepin et de noter les futures commandes. La petite blonde tapota à l'épaule de l'adolescent et lui fit signe de s'abaisser à sa taille pour qu'elle puisse lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Eren trouva le geste adorable. C'est vrai qu'elle était vraiment minuscule.
- « Je suis vraiment désolée pour le sale caractère d'Ymir, elle peut avoir l'air d'une peste rigide mais je t'assure qu'en réalité elle est bien plus que ça. Laisse-lui un peu de temps, tu comprendras. »
Elle avait l'air sincère, et réellement soucieuse de l'avenir social de son amie. Eren hocha de la tête, et lui rendit le sourire qu'elle lui adressait.
La soirée battait son plein. Il y avait tellement de monde dans le Go down Roses que les trois serveurs ne savaient plus où donner de la tête. Une commande par ci, une autre par là, ils avaient tant à faire qu'ils étaient comme imperméables à toute autre distraction. En plein rush, Eren ne sentit même pas sa poche vibrer, lui indiquant que quelqu'un souhaitait le joindre par téléphone. Il n'avait même pas jeté un coup d'œil à son mobile lorsque son service prit fin, dans les alentours de minuit. Le jeune homme était exténué : jamais il n'avait vécu une sensation comparable. La fatigue était plus mentale que physique, ce qui était bien pire pour Eren, qui était habitué à être corporellement sollicité.
Tous ces maux étaient dus à des clients tous plus insupportables les uns des autres. Entre celui qui tergiversait sur le devenir de sa commande, mandant avec précision qu'il voulait son plat sans oignon, et le bambin de la table 3 qui ne cessait de brailler, Eren avait vraiment les nerfs en pelote. Il se massa les tempes d'un geste habile, et découvrit en ouvrant un œil que sa coéquipière était dans le même état que lui. De petites poches pendaient sous ses yeux, lui donnant un air harassé. Elle souffla :
- « C'était encore pire qu'un entrainement en plein hiver avec Keith…
- Qui ? demanda de répéter Eren, toujours à se triturer les tempes.
- Un enfoiré, cracha Ymir qui se changeait non-loin d'eux.
- En réalité, c'est notre entraineur durant l'année d'internat. Il est plutôt pointilleux, et peut vite se révéler assez sévère. Avant Keith Shadis faisait partie des Bataillons Ailés, c'était même le major, mais j'ai cru comprendre qu'il s'est destitué de lui-même pour devenir le gérant de l'internat. Il a l'air d'être gentil au fond malgré le fait que…
- Gentil ? hurla presque Ymir en claquant la porte de son casier. Gentil ?! Mais tu as perdu la tête ma pauvre Christa ? C'est un putain de sadique qui prend plaisir à pousser à l'épuisement des bandes d'adolescents !
- Techniquement nous ne sommes plus vraiment…
- Il t'a fait redoublé ton année d'internat parce que, je le cite ''tu n'avais pas les compétences requises'' ! Tu as été excellente tout le semestre et à cause d'une bourde lors de l'exam, il t'a infligé le fait de revivre l'enfer une deuxième année ! Dis-toi bien que, même si on me payait, je ne remettrais jamais les pieds sur ce terrain de malheur : j'y ai laissé tellement de sueur qu'on pourrait en remplir une marmite ! Tu vas te retaper les épreuves sous la neige, les entrainements interminables, les surveillances de couloirs, les nuits blanches à réviser, et tout ça à cause de lui ! Et tu oses me dire qu'au fond : il est gentil ?! »
Ymir haletait. Elle avait sorti sa tirade en un souffle, n'écoutant que sa colère, ne pouvant pas supporter une telle injustice. Elle dût se retenir contre les cases en fer pour ne pas chanceler tant l'air lui manquait. Christa se releva et lui soutint l'épaule, geste que la grande brune réprima d'un sifflement entre ses dents. Effrayé par l'attitude pleine de hargne de sa camarade, la blonde se réfugia immédiatement dans les bras d'Eren ; ce dernier ne comprenant pas grand chose à ce qui était entrain de se passer.
- « Je t'aime beaucoup Christa, mais parfois, tu dis de ces conneries… expira t'elle, en hachurant chacun de ses mots.
- Ce ne sont pas des conneries ! s'écria la plus petite, se dégageant un peu de l'étreinte d'Eren. Il avait raison ! Keith est un entraineur qualifié, s'il avait jugé bon de me faire passer je suis sûre qu'il l'aurait fait ! Tu es toujours si méchante… »
Sa petite voix fluette s'était brisée à la fin de sa phrase, comme si elle avait profondément touché par les mots d'Ymir. Elle était essoufflée, épuisée et par dessus tout énervée par le comportement de la blondinette. Puisqu'elle avait fini de se changer, elle s'empara de son sac (un vieux, tout rapiécé, qui semblait avoir vécu beaucoup de choses) et poussa la porte, la tête crispée par la colère.
Christa s'effondra en larmes sur le sol en lino tout blanc. Elle vint tâcher l'immaculé de ses pleurs qui s'écroulaient à une vitesse monstrueuse. Ils dévalaient ses joues d'une rapidité étonnante, et collaient les quelques mèches couleur vanille qui venaient devant ses yeux. Eren se sentait mal à l'aise. Il n'était pas du genre à réconforter les gens : en temps normal il n'y arrivait pas. Il ne comprenait juste pas qu'on puisse exposer ses sentiments les plus enfouis à de parfaits inconnus, leur révélant ainsi une faiblesse sous-jacente. Il est vrai, qu'il s'était écroulé devant Levi. Qu'il avait été réduit au rang de moins-que-rien sous ses iris métallisées. Mais c'était dans d'autres circonstances… et ce n'était sûrement pas le moment et l'endroit pour y penser. Il s'agenouilla donc près de Christa et lui murmura :
- « Allons, ne pleure pas… ça n'en vaut pas la peine. Une dispute entre amies, ça arrive de temps en temps.
- Elle m'a ignorée. J'ai tenté de lui faire comprendre que j'étais désolée, mais elle ne m'a pas écouté…
- Tu n'avais pas à t'excuser ! s'exclama Eren. Je dirais même que tu ne devrais jamais avoir à te faire pardonner lorsque tu exprimes ton opinion sur un sujet. Tu penses que Keith Shadis est sévère mais que son comportement est justifié ? Alors libre à toi de le dire ! Ymir croit que c'est un abruti qui ne mérite pas le statut d'entraineur ? Grand bien lui fasse ! Mais jamais, tu ne dois te justifier sur tes impressions, d'accord ? »
Christa s'accrocha à lui pour se relever et secoua son nez en trompette dans un mouvement vertical. Du revers de sa main, elle essuya les larmes aux coins de ses yeux et fit :
- « Tu as raison… c'est juste, que… l'avis d'Ymir compte beaucoup pour moi, et que je ne voulais pas risquer une dispute avec elle. C'est une des premières fois que je sers ici, c'est elle qui m'a convaincue de lui venir en aide pour servir ses clients. J'avais vraiment envie de lui faire part de mes impressions, et maintenant elle est rentrée…
- Il n'est peut-être pas trop tard ! Va la rattraper, elle doit sûrement être dehors, à t'attendre, encouragea Eren du dos de sa main. »
Christa s'échappa des vestiaires comme une ombre et s'aventura dans le froid de la nuit, le cœur palpitant à l'idée de pouvoir mettre fin à cette querelle. Mais une bourrasque lui gela l'organisme lorsqu'elle se rendit compte qu'Ymir s'en était allée par le dernier bus. Eren la rejoignit en prenant garde à souhaiter la bonne soirée à Pixis qui était encore dans son bureau à signer de la paperasse administrative.
Il comprit bien vite qu'Ymir s'en était allée. Il caressa doucement le dos de la blonde, qui reniflait sans vergogne, désormais inconsolable. Et alors que le dernier des employés, le cuistot, qui se faisait appeler Thomas, s'éloignait de la porte du restaurant, les deux se retrouvèrent dans un silence des plus pesants. Le climat de mois de juin se voulait frigorifiant, bien que l'été pointait déjà le bout de son nez. Eren se frotta les mains et souffla dedans avec l'intime conviction de se réchauffer. Il se souvint soudainement qu'un gros sweat-shirt reposait bien gentiment dans le fond de son sac à dos. Il s'apprêtait à l'enfiler lorsqu'il découvrit la pauvre petite gelée, frictionnant ses pommettes du revers de sa manche (tant d'ailleurs, qu'elles en étaient doublement rougies : par le froid et par le geste). Eren lui tendit son pull et chuchota :
- « Tiens. »
Christa planta ses yeux dans ceux d'Eren, essayant de trouver une réelle motivation à ce geste plein d'attentions. Incapable de rétorquer quoique ce soit d'autre, et complétement morte de froid, elle le remercia en acceptant le présent :
- « Tu es gentil. »
Elle l'enfila, engouffrant ses bras frêles dans les grandes manches du sweater. Il devait être au moins trois fois trop grand pour elle, recouvrant carrément ses cuisses et ne laissant apparaître que le début de ses genoux. Sous cette apparence ridicule, elle gloussa. Le rire fut communicatif puisque qu'à peine quelques secondes plus tard, Eren explosa de rire, trop heureux que la tension redescende enfin.
Après cet éclat, ils bavardèrent un petit peu près de la devanture vitrée du restaurant. Eren se décida enfin à jeter un œil à son téléphone. Christa lui racontait une anecdote sur ses dernières vacances, ne tarissant pas d'éloges son merveilleux petit chien, qui faisait les quatre-cent coups dès qu'elle avait le dos tourné.
Il perdit le fil de son récit, les yeux braqués sur son appareil, mortifié par la peur. Il avait au moins dix appels manqués de la part d'Hanji, et une bonne trentaine de la part de Levi. Il se risqua à aller regarder ses SMS et distingua seulement des messages de la part de son petit-ami.
Reçu à 19h12 :
Levi : Dis, tu rentres bientôt ?
Reçu à 20h01 :
Levi : T'es où ?
Reçu à 20h44 :
Levi : Eren, réponds à tes appels.
Reçu à 21h06 :
Levi : Bordel, Eren, réponds !
Reçu à 21h12 :
Levi : Je ne plaisante pas, si tu ne me rappelle pas d'ici quinze minutes, je vais te chercher, où que tu sois.
Reçu à 21h13 :
Levi : Écoute, je ne sais pas si c'est parce que tu es en colère, mais au moins rappelle-moi, qu'on en discute.
Reçu à 21h32 :
Levi : Je pars.
- « Eren ? Quelque chose ne va pas ? »
Il avait le teint cireux. Son cœur pulsait au travers de sa carotide, comme s'il réclamait le besoin de d'échapper de son enveloppe de chair. Il ne prit même pas la peine de répondre à la question de Christa et composa de toute urgence le numéro de son protecteur. La tête lui tournait, d'une minute à l'autre il sentait qu'il pourrait s'évanouir. Il n'avait fallu que retentisse une seule sonnerie avant que Levi ne décroche :
- « Eren ! hurla l'interlocuteur. Tu vas bien ? Où es-tu ?!
- Du calme… du calme… je vais parfaitement bien, je suis devant le restaurant dont je t'avais parlé. Tu sais, le Go…
- Bouges pas, le coupa t'il. »
Levi lui raccrocha au nez brusquement. Eren avala sa salive avec grande difficulté, il aurait dû le prévenir. La chose était qu'il avait redouté le fait qu'il lui refuse l'accès à son travail qu'il avait préféré se taire quant à ses activités nocturnes. Et Eren voulait ce job. Christa tentait de déchiffrer ce qui pouvait tarauder son ami, d'une main avenante qu'elle posa sur son épaule, elle chuchota de peur de le sortir trop brusquement de ses pensées :
- « Eren, il y a un problème ?
- Je suis dans une de ces merdes… »
Elle baissa la tête, assez perspicace pour savoir qu'il ne voulait pas en parler. Un bruit de moteur retentit dans la rue déserte qui leur faisait face. Eren reconnut tout de suite la moto de Levi. Sa silhouette se mouvait avec une rapidité déconcertante et avant même qu'il n'ait pu esquisser le moindre geste, le brigadier déplia la béquille et retira son casque. Son teint était encore plus blanc que d'habitude, et ses pommettes d'habitudes plutôt saillantes s'affaissaient pour venir s'échouer sur ses joues. Il était furieux.
- « Excuse-moi, j'aurai dû te prévenir… »
Levi lui assigna une claque sur le sommet du crâne d'une violence non-maitrisée. Le coup était parti tout seul. Eren se frotta l'arrière du crâne, mais ne broncha pas, il l'avait bien mérité.
- « Petit con. Grimpe, que je te ramène à l'appart. »
Il acquiesça distraitement et monta sur la moto. Il se rendit compte que Levi n'était pas venu avec lui, resté raide comme un piquet à toiser Christa, la transperçant littéralement du regard. La petite blonde perdit ses moyens et se contenta de bredouiller :
- « Je d… je devrais rentrer chez moi, il est tard. À la prochaine Eren, a-au, revoir, monsieur Ackerman. »
Elle s'échappa comme si elle avait fait quelque chose de mal, et ne fut pas bien longue à rejoindre le coin de la rue, et disparaître dans la nuit. Levi fixa l'adolescent de son regard le plus noir, le dévisageant de toute sa longueur. Eren s'attendait à recevoir une deuxième tape et ferma les yeux par réflexe. Il sentit que la moto accueillait un deuxième occupant et lorsqu'il entrouvrit un œil, il découvrit Levi assit à l'envers de ce comment il devrait être, lui faisant face.
Tout doucement, le brigadier se rapprocha de lui et déposa un tendre baiser sur ses lèvres. Le cœur d'Eren parti au galop, entrainé dans une course folle, le faisant tambouriner comme un fou contre sa poitrine. Levi murmura en collant son front contre celui d'Eren.
- « Ne me fait plus jamais de frayeur pareille.
- Je ne voulais pas t'inquiéter, j'ai juste oublier de te prévenir que finalement j'allais travailler.
- T'es sûr d'avoir oublié ? grogna t'il.
- … ok, il y a une probabilité pour que j'ai agis consciemment et que je ne t'ai rien dit de peur que tu ne m'y refuses l'accès.
- Borné comme tu es... si tu m'avais prévenu, j'aurais au moins su où tu étais en me désobéissant. J'ai dû rassembler Erwin, Hanji et Erd pour te retrouver. Résultat, je me sens idiot de ne pas avoir songé une seule seconde que tu sois allé ici malgré les indices évidents de la journée... j'étais certain que tu étais parti dans un bar médiocre à te bourrer la gueule avec tes amis.
- Hé ! À t'entendre on pourrait croire que je suis un alcoolique ! Je ne bois quasiment jamais… et la dernière fois n'était qu'une exception qui confirme la règle, rectifia t'il.
- Une exception qui s'est avérée drôlement utile… »
Eren gloussa doucement tandis que Levi frôla l'arrête de son nez contre sa tempe. D'une voix grave et brûlante il chuchota, posant chacun de ses mots :
- « Par contre, je ne déconne pas : la prochaine fois que tu décides de ne pas me répondre quand je t'appelle, ou t'envoie des messages, je t'enfonce ton téléphone dans la gorge et le met sous vibreur. Qui sait, peut-être que comme ça t'entendra la sonnerie ?
- Pourquoi est-ce qu'il faut que tu gâches les beaux moments par des phrases pareilles ?
- Histoire que ça s'imprime dans ta petite tête. Imbécile, que tu es. »
Il lui envoya une pichenette sur le front et s'installa convenablement sur la moto. Eren était exténué, dénué de toute forme d'énergie. Il se laissa sombrer dans un profond sommeil réparateur, empoignant Levi de toutes ses forces, n'écoutant plus que les battements rassurants de son cœur contre ses oreilles et le ronronnement caverneux de la moto.
La semaine passa à une vitesse fulgurante.
Entre les missions de surveillance, les nuits blanches à élaborer les plans de la future intervention, les recherches approfondies sur le clan H, Eren et l'Escadron n'avait pas eu le loisir de se reposer. Mikasa avait disparu avec Hannes dans une intervention d'investigation. Elle devait revenir ce soir, juste à temps pour faire partie des invités de la fête d'Armin. Eren était très anxieux à ce propos. Il redoutait de devoir se retrouver entouré de tous ces jeunes, il avait peur d'être un fardeau pour Armin. Il ne voulait pas lui coller aux basques, gâchant de ce fait la nuit de son ami.
Ses pensées étaient bien trop occupées à s'égarer dans les parties futures de la soirée. Eren n'écoutait absolument pas ce que disait Erwin. Ils se trouvaient dans une petite salle de conférence, une table au milieu de la salle encerclée par d'une multitude de chaises sur lesquelles se trouvaient les quelques figures importantes de l'Escadron. Ils discutaient à propos de la prochaine mission de terrain, qui risquait de faire beaucoup de dégâts. Chaque détail (même mineur) était capital, afin de tout savoir et de ne pas commettre la moindre erreur. Cependant l'esprit d'Eren était mystérieusement focalisé sur le devenir de sa journée, et lorsqu'Erwin s'adressa à lui, il ne l'entendit même pas.
- « Eren ? »
Le major n'eut de réponse que le silence résonnant de l'adolescent, ce dernier paraissant obsédé par ses mains, à tel point qu'il les fixait avec une incompréhension, comme s'il cherchait à lire les lignes dans le creux de ses paumes. Dans un claquement de doigt, Oluo rappela :
- « Hé, minus, le major te parle. »
Toujours aucune réponse de la part du concernée. Il devait être sacrément inquiet et plongé dans les limbes de sa pensée pour ne pas avoir remarqué les regards pesants qui le toisaient. Levi ne comprenait pas le mutisme soudain de son petit-ami et tonna :
- « Oï. Eren. »
Finalement, suite au ton particulier qu'avait employé le caporal, Eren sortit enfin de son étrange transe et parut complétement désemparé lorsqu'il se rendit compte qu'on lui parlait, et que ça devait faire une bonne trentaine de secondes qu'il ne répondait pas vu les tronches qu'ils tiraient.
- « Je… excusez-moi, j'étais un peu perdu…
- Putain Erwin, siffla Hanji les paupières tombantes, je t'avais dis d'abréger tes explications, déjà que je peine à me maintenir éveillée, tu m'étonnes qu'Eren ait décroché.
- Quoi ?! Non ! Pas du tout ! s'affola t'il. C'est juste, que, je suis un peu préoccupé… Je ne me serai jamais permis, vos explications sont toujours très claires et je tiens à m'excuser pour mon manque de professionnalisme. Je vous en prie, continuez.
- Pas besoin de faire le lèche-botte mon chou, Erwin peut s'avérer très compréhensif, tu sais. En tout cas, si tu ne portes pas tes couilles assez haut pour lui dire, je vais le faire : Erwin, je m'excuse mais t'es vraiment barbant.
- ''Dit-elle'', marmonna Levi. »
Le chuchotis retentit aux oreilles de la scientifique et elle ne sentit tout à coup, plus du tout les effets soporatifs du discours interminable du major. Elle se retourna pour pouvoir s'insurger comme bon lui semblait face à celui qui avait prononcer ces deux petits mots.
- « Je te demande pardon ?
- Et c'est repartiiii… s'exaspéra Gunther, écrasant de ce fait son front contre le bois de la table.
- Tu m'as bien entendu, gronda t'il.
- Moi ?! Barbante ? T'es sûre de bien connaître la signification de ce mot ?
- Si j'en crois le dico, une personne est qualifiée de barbante quand elle est ennuyeuse, assommante. Alors, autant je suis d'accord pour dire qu'avec toi, on ne risque pas de s'ennuyer. Mais sache, ma chère Hanji que tu es très certainement l'être-humain le plus assommant que je connaisse.
- Pour une fois, je suis d'accord avec Levi… fit Moblit doucement.
- Je suis d'avis également, souffla Oluo ayant calqué la position de Gunther et se retrouvant lui aussi face contre la table.
- C'est une coalition contre moi ! Vous n'avez aucune preuve de ce que vous avancez ! se désespéra t'elle, s'empoignant des mèches de cheveux. Eren, dis quelque chose ! »
Et tandis qu'Erwin était retombé sur sa chaise, ayant perdu tout espoir de finir son explication, tous les regards se braquèrent sur le jeune homme. Ne sachant quoi dire, il finit par rétorquer :
- « Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt laisser le major terminer ses explications ?
- Oh, pour l'amour du ciel Eren, ça fait trente minutes qu'il tourne en boucle comme un disque rayé. Réponds à ma question !
- Je ne sais pas quoi dire…
- T'as qu'à faire comme moi, lui chuchota Erd en lui donnant un discret coup de coude. Tu fais semblant de ne pas avoir entendu et tu attends que ça passe. En général, ils finissent par se lasser. »
Le problème était qu'Eren était bien plus touché par les taquineries et piques lancées par les autres. Et il n'était vraiment pas du genre à attendre l'accalmie. En général, il réglait tout sur le tas. Si une quelconque situation le mettait dans l'embarras, il prenait soin de faire en sorte que la source de sa gêne ne puisse plus l'embêter. Mais rester là, à ne rien pouvoir dire, laissant couler, comme si rien ne le touchait était clairement hors de sa portée. Il nota dans un coin de sa tête qu'il devait vraiment demander à Levi de lui apprendre comment cacher ses émotions, lui qui était un véritable gamin, incapable de mentir puisque sa face révélait la plupart du temps tout, avant qu'il n'ait pu inventer un mensonge.
Eren suivit cependant le conseil avisé d'Erd, et se mura dans un silence qu'aucun ne pourrait briser en apparence. La bouche d'Hanji se tordit dans une grimace de tristesse.
- « Eren ! Tu ne vas pas me laisser toute seule contre ces idiots, si ?
- Il faut te faire une raison, lâcha Levi, visiblement fier de lui puisqu'il esquissait un maigre sourire relevant les commissures de ses lèvres. Le fait qu'Eren ne réponde pas est la plus cinglante des répliques qu'il aurait pu te donner. Le fait est là : t'es clairement barbante. Je dirais même plus, t'es épuisante. »
Hanji chercha un regard sur lequel se reposer mais chacun des visages acquiesçait aux dires de Levi. Pour être tout à fait honnête, il n'avait pas tort. Passer une journée à côté de cette pile électrique était équivalent à se retrouver à la charge d'un môme de cinq boosté au sucre.
La peau du menton d'Hanji se plissa, formant de petites bosses irrégulières sous sa lèvre inférieure, comme si allait pleurer. Une petite goutte fit son apparition, perlant mystérieusement de ses glandes lacrymales, et menaça de rouler sur sa joue. Eren ne s'attendait vraiment pas à ça. Cette soudaine action le poussa à sortir de son silence :
- « Oh non ! Hanji ! Ne pleure pas, c'était une blague : évidemment que tu n'es pas barbante, tu es une scientifique brillante qui ne recule devant aucun obstacle pour avancer et je t'admire beaucoup ! »
Les larmes de crocodiles furent tout à coup absorbées, et folle de joie, la concernée sauta sur sa chaise, se surélevant tout à fait par rapport aux autres.
- « AH ! Je vous l'avais dire, bande de nazes ! Je suis brillante et sûrement pas barbante ! Si c'est Eren qui le dit, ça vaut toute la vérité du monde.
- Il fallait te taire Eren ! mugit Oluo. On y était presque !
- Tu parles d'une manipulatrice : lui forcer à dire ce que tu veux entendre avec le chantage des larmes, c'est vraiment petit de ta part Hanji, fit le caporal, drapé dans sa fierté.
- Moooh, n'importe quoi. Je ne l'ai pas forcé, je l'ai juste un peu poussé, nuance ! »
Eren ne savait plus où donner de la tête. Il venait de se faire berner par une pro. Il ne la savait pas capable de feindre la crise de larme comme la crise de rire : une véritable actrice née. C'est à se demander ce qu'elle faisait auprès de l'Escadron avec des talents de comédienne pareils. L'adolescent avait quand même eu l'impression d'avoir été prit pour un imbécile et exprima son mécontentement en croisant brusquement les bras sur son torse. Erd ricana :
- « Je t'avais prévenu : avec eux, mieux vaut rester silencieux. Sinon tes paroles te reviendront à la gueule comme un putain de boomerang. Regarde, c'est ce que j'ai toujours fait, et il n'y pas un seul mot que je ne prononce qui ne soit pas nécessaire.
- C'est pas ce que tu disais à la soirée du nouvel an, Erd, sifflota Petra, qui jusque là était restée silencieuse.
- Que… Petra t'abuse, on a dit que cette nuit restait dans le cercle privé, et qu'on n'en parlerait plus jamais…
- OH C'EST VRAI ! hurla Hanji au bord de l'apoplexie. Je me rappelle…
- Non, tu ne te rappelle de rien ! Putain les gars !
- Qu'est-ce que c'est que cette fameuse soirée ? répliqua Eren, amusé de voir qu'Erd, qui se voulait toujours très moralisateur, se retrouve en position de faiblesse, en proie à ses propres mots.
- Oh, fallait y être. C'était mémorable, éclata de rire Moblit.
- Je n'ai jamais vu Erd aussi torché, compléta Gunther.
- Les mecs, sérieux ! Pas devant le petit ! Je vais avoir l'air de quoi face à lui, maintenant !
- Mais justement, fit Levi, un demi-sourire sur la face, il va voir ton vrai visage. Toi qui fait toujours le père de l'Escadron, à sucer Erwin comme ça ne devrait pas être permis, il faudrait que le gamin sache qu'en vrai t'es loin d'être comme ça…
- J'avais bu, on n'est pas soi-même quand on boit, se justifia Erd.
- Mon cher, tu apprendras à tes dépends que c'est précisément quand on est bourré, que l'on révèle notre vraie nature. »
Touché.
Coulé.
Eren reçu les mots prononcés en plein coeur. Levi jeta un coup d'œil savamment glissé vers celui-ci, et ce dernier s'empourpra d'un carmin très prononcé, oubliant soudainement comment respirer. Sans vraiment y prêter attention, il rejeta sa tête en arrière pour combattre avec peine la délicieuse sensation qui lui emplissait le thorax. Et alors que la situation semblait tourner à l'avantage d'Erd, puisque la discussion partait vers un autre sujet Erwin, qui jusqu'alors été resté silencieux par soucis de crédibilité (il était le major tout de même, il avait beau être en compagnie de ses amis, il ne pouvait pas se permettre de revêtir son habit de personnage lambda alors qu'à la base ils étaient en réunion) ramena le sujet sur le tapis. Malgré cela, il changea de position et rien qu'à son aura qui avait totalement changée de tonalité, l'atmosphère des environs se modifia, laissant le temps aux autres de comprendre qu'Erwin allait tout lâcher. Il attira l'attention d'Eren en un claquement de doigt et fit :
- « Il avait tellement bu qu'il s'est mis à tous nous embrasser en nous répétant qu'il nous aimait beaucoup trop pour que son cœur ne puisse le supporter. Victime des cocktails d'Hanji, il s'était risqué à tenter le coup et à offrir un baiser à Levi. Tu vois la cicatrice qu'il porte près de son arcade sourcilière ? C'est le souvenir qu'il lui a laissé : plutôt agréable, n'est-ce pas ? »
Erd avait enfouit sa tête entre ses bras, rouge comme une pivoine. Eren éclata de rire et observa la réaction de Levi. Ce dernier haussa un sourcil et gronda, visiblement encore pleinement satisfait de ce qu'il avait fait :
- « En même temps quelle idée…
- C'est vrai qu'embrasser Levi alors qu'on est ivre est vraiment la chose plus stupide qu… »
L'écho de sa propre voix résonna dans son organisme, et il se détesta dès l'instant où ces mots avaient franchi sans son accord la barrière de ses lèvres. Pour la première fois depuis… un temps indéterminé : Levi se mit à rire. D'un éclat franc et sincère qui lui retourna les tripes. Une mélodie douce et grave, ne manquant pas de faire d'autant plus vibrer l'assistance, complétement choquée par un tel spectacle. C'est dire, qu'ils ne se souvenait pas avoir vu un jour leur caporal et ami partir en fou rire. Eren n'arrivait pas à détourner le regard, vissé sur sa chaise et désireux de voir Levi garder son hilarité. Il se cacha la bouche dans sa main, ayant parfaitement compris que la stupéfaction générale n'était due qu'à son rire précédent. Il garda cependant un rictus aux coins des lèvres, ses pommettes remontant délicatement.
L'adolescent se sentit fondre. Le simple fait d'avoir pu voir cette scène de vie, qui d'apparence pouvait sembler banale, l'emplissait d'une joie indicible, un bonheur indomptable qui ne cherchait qu'à croitre et prendre toute la place dans son cœur.
Il voulait d'autres moments comme celui-ci. D'autres facettes à découvrir. D'autres instants où il sentirait son organe vital se gonfler de bonheur de part les petites choses que lui offrait la vie. Parce qu'il n'y avait pas à dire, mais malgré tout ce que sa chienne d'existence avait pu lui faire braver, toutes ces épreuves qu'il avait essuyées non sans en ressentir les conséquences, même longtemps après, il restait radieux. Grâce à Levi, surtout. En fait, seulement grâce à Levi : sans lui il ne serait qu'un cadavre en putréfaction.
Seulement, avec la maigre expérience qu'il possédait, il avait compris que lorsque la vie lui offrait une fleur ce n'était que pour mieux la lui reprendre par la suite. Pour étouffer ce petit espoir, cette lueur qui l'avait maintenu vivant.
Mais l'amour qui l'aveuglait à cet instant se gardait bien de lui faire monter cette information jusqu'au cerveau. Et lorsque l'on est aussi haut, lorsque l'on a oublié ce que c'est que de souffrir, la chute n'est que plus rude.
Tadaaaaa !
Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
J'espère que vous avez compris toutes les petites subtilités que j'ai glissé dans le récit, si ce n'est pas le cas, je vous donne rendez-vous au chapitre prochain :)
Je n'avais absolument rien à dire en intro, alors au lieu de vous polluer avec des informations inutiles qui n'auraient fait que ralentir la venue du chapitre, je me suis ravisée. Autant ne rien mettre, plutôt que d'écrire n'importe quoi :')
Bon, on commence à rentrer dans le vif du sujet (même si on y était déjà depuis un petit moment), là ça va vraiment commencer à partir en steaks... J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, parce que je ne compte pas être tendre avec nos deux petits.
C'est avec une tristesse non-dissimulée que je vous annonce que mes chapitres d'avances se sont épuisés. J'écrirai donc au jour pour le jour. Donc si j'ai un peu de retard sur les publications, c'est parce que, premièrement j'ai pas mal de boulot qui m'attends (j'ai préféré peaufiner cette partie plutôt que de travailler...) et qu'en plus je voudrais du contenu de qualité. Est-ce que la longueur vous va ? Si c'est trop ou pas assez long, je peux essayer de tenir en compte vos avis dans les prochains chapitres.
Si vous avez des idées pour la suite, n'hésitez pas à m'en faire part. Ca sera avec joie que je les intégrerai au récit !
Je vous souhaite à toutes et à tous (si garçon il y a !) une très belle soirée, et vous donne rendez-vous prochainement pour la chapitre 10 !
