Il est actuellement 03:23, et j'ai passé toute ma sainte soirée à vous écrire ce chapitre : je suis éreintée (mine de rien c'est vachement de boulot, entre l'écriture, la relecture, la correction, tout ça, tout ça...). J'ai eu vraiment la masse de travail ces derniers temps et avec ma soeur qui avait réquisitionné mon ordinateur, je n'ai rien pu taper depuis la dernière partie.

Je tenais vraiment à vous faire un truc propre, j'espère que ça sera à la hauteur. Etant donné que je n'ai eu aucun retour sur mon chapitre précédent je ne savais pas trop quoi faire pour m'améliorer, ni même quoi penser sur ce que j'avais écris, mais bon, on verra si l'histoire vous plait toujours.

Comme d'hab, blabla, vous pouvez laissez votre avis, je vous rabâche tout le temps la même chose. Vos reviews, fav et follow me font toujours extrêmement plaisir, parce que je vous avoue que c'est vraiment super perturbant de voir tous ces lecteurs silencieux suivre l'aventure mais ne pas savoir si mon travail leur plait réellement. M'enfin, si vous êtes là, c'est que ça vous convient normalement !

Bonne lecture à vous :)


On entendait encore les éclats doucereux qui retentissaient contre les maigres parois de la salle de réunion lorsqu'Eren rangeait ses affaires dans son sac. Le brainstorming avait été un fiasco, les plans pour la future mission n'avaient pas avancés d'un pouce, et Erwin s'en inquiétait fortement. La ville était dans un état critique, il ne fallait pas l'oublier. Les membres de l'Escadron ne pouvaient se permettre de perdre leur temps en palabres, et c'est pourtant ce qu'ils avaient fait.

Fébrile, il attrapa la hanse de son sac, s'effritant un peu à la friction de sa paume contre celle du vieux cuir recouvrant la bande de tissu. Il retint avec difficulté un tiraillement dans sa gorge, tira sur son col du mieux qu'il le pu pour pouvoir respirer davantage, comme si ça allait vraiment changer quelque chose. Levi débarqua près de la petite pièce et s'adossa contre le mur voisinant, laissant tout juste apercevoir la moitié de son visage.

« Te voilà bien pressé. Tu retournes encore travailler ce soir ?

- Non, rétorqua-t-il. J'ai une fête, tu te souviens ?

- Je ne crois pas qu'on ait parlé d'un truc pareil...

- Et bien… maintenant, tu le sais. »

Visiblement peu à l'aise et angoissé par la tournure que cette conversation semblait prendre, Eren s'approcha de l'ouverture donnant sur le couloir avant que Levi ne fasse obstacle. L'adolescent ne comprenait pas vraiment le pourquoi de ce geste et demanda silencieusement qu'il ne se dégage de son chemin. Après quelques secondes à patienter, scrutant la mine renfrognée qui prenait de plus en plus place sur le visage de Levi, Eren questionna :

« Il y a un problème ?

- Pas de bêtises, ce soir… ?

- Bah, non ? Pourquoi est-ce que – ce n'est qu'une petite soirée entre amis, tu sais, rit-il nerveux de voir Levi le chaperonner de la sorte.

- Eren, ne joue pas au plus con avec moi. Je connais très bien ce genre de ''petite soirée'', j'en ai déjà fait par le passé... Et à vrai dire, je les expérimente toujours de temps à autre quand l'autre timbrée veut se bourrer la gueule. Pour être franc, les gamins dans ton genre n'ont rien à faire là-bas.

- Pardon ? s'offusqua-t-il instantanément.

- Ce n'est pas comme ça que tu dois le prendre. Laisse-moi reformuler... Bien, tu n'as jamais fait de fêtes auparavant, je me trompe ? »

Toujours piqué au vif par l'insulte sous-jacente que lui avait adressé Levi, il répliqua, acide :

« J'ai l'air d'avoir eu une adolescence classique ? Les lavages de cerveau, la bataille continue pour survivre, seul avec mes responsabilités : tu penses que j'ai vraiment eu le temps de faire la fête ?

- Voilà, c'est exactement là où je voulais en venir. T'es naïf, t'es encore candide. Tu vas te faire bouffer tout cru par des ados débordant d'hormones. Surtout qu'à ce que j'ai compris, ils viennent d'avoir leurs diplômes, alors ils vont très certainement se mettre une race à ne plus se souvenir leur propre prénom.

- N'importe quoi...

- Eren, crois-moi, je sais très bien de quoi je parle, poursuivit-il. Tu retrouves encore tes souvenirs, ce n'est pas prudent. Personne ne pourra te surveiller une fois là-bas.

- Levi, laisse-moi passer je vais être en retard, fit-il, le ton glacé de sous-entendus. »

Levi semblait vraiment peser le pour et le contre. Est-ce qu'il laisserait ce gamin s'aventurer dans des terres inconnues avec des jeunes qu'il ne connaissait même pas (sauf quelques rares exceptions) ou est-ce qu'il allait le forcer à rester à ses côtés ? Il fronça les sourcils davantage, le bras barrant toujours le passage menant à la sortie. Eren s'impatienta :

« Tu ne vas pas me maintenir prisonnier quand même ?

- Non seulement je peux mais j'ai tout intérêt à le faire. Si ça veut dire t'empêcher de faire des conneries, alors je ne vais clairement pas me gêner.

- Là, tu deviens vraiment ridicule, c'est pathétique.

- Qu'est-ce qui te permets de croire que tu peux me parler comme ça ? tonna-t-il catégorique.

- Putain Levi, laisse-moi passer maintenant ! »

Il le poussa de toutes les forces qu'il possédait, furieux par les enfantillages du caporal. Il secouait son bras, jurant dans sa barbe, les joues rougies par l'effort que ça lui demandait. Et malgré tous ces coups lancés pour qu'il puisse enfin parvenir à traverser le véritable mur qu'était devenu Levi, le plus vieux ne vacilla pas. C'est à peine s'il semblait vraiment affligé par les dires et les tapes que lui infligeaient Eren.

Celui-ci finit par rendre les armes, profondément agacé par le caractère de son petit-ami. Sans même en avoir pleinement conscience, il grogna un juron dans une langue que Levi ne comprenait pas. Le brigadier croisa les bras sur sa poitrine, fier d'être parvenu à l'empêcher d'aller finalement pas à cette sauterie, c'est vrai qu'Eren lui en voudrait très certainement, mais il n'en avait que faire, tant que son petit ami était sous contrôle.

« T'abuses, franchement. Ce n'est pas comme si je t'avais dis que j'allais montrer mon cul dans les bars à strip de la bordure de la ville !

- Très franchement, je doute qu'un mec comme toi sois allé de lui-même dans ce genre d'endroits…

- Qu'est-ce que tu entends par là ? se méfia-t-il.

- T'es rien qu'un gosse Eren. Alors à part boire un bon chocolat chaud et te réchauffer sous une couette, je doute que tu fasses grand chose de tes samedis soirs. C'est déjà suffisamment impressionnant que tu saches ce qu'est un bar à strip... »

Eren vit rouge. De quel droit osait-il remettre en cause ce qu'il pouvait dire ? Comment pouvait-il se permettre de le mettre toujours plus bas que terre par ses petites remarques acerbes, tapant exactement là où il avait le plus mal ?

« Tu vois, c'est ça le problème avec toi, grogna-t-il, profondément vexé. Je suis un adulte, bordel ! Tu as beau m'appeler gamin et me traiter comme tel, je reste un adulte ! Je suis libre d'aller où je veux, peu importe ce que tu en penses. Et puisqu'on en est là, j'apprécierai sincèrement à l'avenir que lorsque j'essaye de te faire comprendre quelque chose, tu arrêtes de prendre tes grands airs supérieurs en me rabaissant !

- Je te demande pardon ? cracha Levi, un sourire aux lèvres qui ne présageait rien de bon.

- Ouais, tu m'as bien entendu !

- Ce sont des blagues Eren, des putains de blagues. Le second degré ça te dis quelque chose ?

- Non. Ça Levi, ce n'est pas du second degré. Tu sais aussi bien que moi que tu penses ce que tu dis. T'es juste incapable de faire preuve de tact. Tu t'en fiches pas mal de pouvoir blesser les gens. Tu ne sais pas faire preuve de gentillesse, t'en es tout bonnement incapable !

- Eren, je te conseille de faire gaffe à ce que tu dis... le menaça-t-il. Tu ne sais absolument rien de tout ce que t'es en train de raconter.

- Ça t'arrange bien d'être mon supérieur, poursuivit-il, montant le ton de plus en plus. C'est plus facile pour pouvoir me priver de ma liberté, hein ? Toi et ton... putain de visage toujours inexpressif ! "Eren tu n'as pas le droit !", "Eren, reviens là !". Bah tu sais quoi ? Eren il commence à en avoir sa claque !

- Eren... ça suffit maintenant.

- Je ne sais jamais si ce que tu me dis représente le fond de ta pensée ou si tu me prends pour un con ! Je commence sérieusement à en avoir marre de jouer les détectives pour savoir ce que tu cherches à me dire.

- Tu n'as pas à savoir ce à quoi je pense. Je t'ai exposé clairement les faits, je ne veux pas que tu ailles là-bas. Ta première fête, tu la feras avec moi, je veux pouvoir te surveiller, termina-t-il, ignorant tout ce qu'il avait pu dire.

- Sauf ton respect, Levi, j'ai une vie à côté de toi, tu ne peux pas toujours être collé à mes basques à m'épier comme un foutu gardien. »

Alors là, c'en était trop. Levi avait su faire preuve jusqu'ici d'assez de maîtrise de soi pour ne pas hurler tout ce qu'il pensait. Mais là... Eren ou pas, la façon qu'avait de lui parler son subordonné était tout bonnement irrespectueuse.

« Sauf ton putain de respect Eren, il me semble que c'est un peu mon job de te surveiller, d'accord ? Alors, un conseil à l'avenir, ouvre un peu moins ta gueule et un peu plus tes oreilles ; ça t'évitera de sortir un bon paquet de conneries. Et crois-moi bien que si je te reprends encore une fois, rien qu'une fois, à me parler comme ça, à dire des choses dont tu ne maîtrises même pas les limites, je te jure que tu vas finir par le regretter. Je suis ton supérieur jusqu'à preuve du contraire, pigé ? lâcha-t-il, une lueur terrifiante dans le regard. » Il avait vraiment l'air furieux. Plus qu'au début de leur discussion en tout cas. Mais Eren ne comptait pas se laisser impressionner. Il reprit, acide et vindicatif : « Ou est-ce que je vais devoir te le répéter pour que ça s'imprime ?

- Une fois de plus, très certainement. Tu penses vraiment que notre conversation actuelle est de l'ordre du travail ? T'en as rien à cirer de ça, tu prends ton boulot comme prétexte pour pouvoir me garder sous contrôle.

- Eren. Rentrons avant que je ne commence à m'énerver pour de bon.

- Non ! s'égossila-t-il. »

Il dégagea son poignet de l'emprise de Levi en criant de sa voix un peu cassée. Il s'effondra contre le sol laissant une moue dégoûtée sur son visage et se tenant avec fermeté l'endroit où Levi avait usé de sa force. Le plus vieux leva les mains au dessus de sa tête, les paumes tournées vers son interlocuteur comme s'il se rendait :

« Ok... D'accord. Très bien ! siffla-t-il. Va voir ailleurs si j'y suis. T'as qu'à aller te faire tringler par toute cette bande de petits cons !

- Exactement ! mugit Eren en se relevant.

- Et ne prends même pas la peine de revenir en pleine nuit complètement torché. À me sortir tes jérémiades, à t'excuser sur le pas de la porte pour que je vienne t'ouvrir ; parce que je te jure que je te laisserai dormir sur le paillasson, comme le foutu clébard que tu es.

- Ça risque pas d'arriver. Honnêtement Levi, tu passes tes journées à me traiter de gamin mais au fond, c'est toi le véritable gosse, lâcha-t-il. Et t'en es pleinement conscient.

- C'est moi le gosse ? C'est moi le gosse ? s'amusa-t-il. Attends, tu déconnes là, j'espère ? Eren... toi et moi on ne joue pas dans la même cour. J'ai eu une vie avant toi, des expériences. Toi ? Tu paniques au moindre contact, c'est pitoyable.

- Tu veux jouer à ça ? On est ensemble depuis quoi ? Une semaine ? Et toi, tu t'imagines que je vais me jeter dans tes draps ? Tu me prends pour qui ? Une pute ?

- Vu comment t'as l'air de tenir à aller à ta soirée, ça ne m'étonnerais pas que tu en sois une, claqua-t-il.

- Putain, t'es vraiment un connard. T'as qu'à aller encore te taper ta voisine... ou je sais pas, ajouter une nouvelle fille à ton tableau de chasse tiens ! Va vider tes couilles et disparais de ma vie. »

Sur ces mots il se déroba et enfonça la porte de service. Alors qu'il avait passé l'entièreté de la discussion à hurler à s'en casser la voix, il avait achever sa phrase étrangement calme. À l'identique d'un homme démuni de toute forces, préférant garder sa hargne bien cachée ; mais retardant de ce fait l'explosion imminente. Ça ne serait qu'une question de temps avant qu'il ne relâche tout.

Une étincelle s'était éteinte après avoir dit ces mots. Le verbe "disparaitre" était bien choisi. Il semblait le penser, ce n'était pas qu'une parole d'un homme à bout de nerfs. Et toute cette histoire autour de son attitude... au fond de lui, Eren pensait dur comme fer que Levi ne s'était mis avec lui que pour son physique, et ce qu'il pourrait en faire.

Bon…

à vrai dire, ça n'était pas totalement faux.

Bien sûr qu'il s'était avant tout engagé là-dedans parce qu'il avait été attiré par son physique. Mais, il y avait autre chose. C'était certain.

Mais comment pouvait-il parler d'amour après si peu de temps passé ensemble ? Pour être tout à fait honnête, Levi ne parlait jamais d'amour. Ou s'il en parlait c'était une hyperbole employée pour généraliser une émotion sur laquelle il ne trouvait pas de mot déjà existant pour la qualifier. Levi ne croyait pas en l'Amour. C'était fondamental. Pour lui, la vie ne s'amusait qu'à lui lancer des pierres, plus ou moins grosses, plus ou moins violemment, mais finalement cela revenait au même : il finirait par souffrir. S'il avait débuté cette relation, avec Eren d'autant plus, (ce n'est pas comme s'il s'était mis avec n'importe qui) ça avait été sur un véritable coup de tête. Il ne supportait pas cette sensation brûlante qui fourmillait en ses entrailles lorsqu'il le voyait. Il ne pouvait plus, alors il avait laissé son instinct fonctionner comme il l'avait toujours fait : tout seul et sans réfléchir assez aux conséquences.

Cependant la rechute fut particulièrement douloureuse. Si Levi n'était pas amoureux de ce gamin, il était certain qu'il ne le laissait pas indifférent. Il y avait un problème, une ombre au tableau, une inconnue à cette équation. Levi n'avait pas mesuré la gravité de la situation. S'il avait un passé tumultueux dont il n'osait même pas parler, et ce, même à ses proches, il était certain que celui d'Eren battait tous les records.

Lorsque l'on se met avec quelqu'un, on l'accepte pour son passé, on l'apprécie pour son présent et on veut devenir son avenir. « Une maxime de parfait abruti » fulminait Levi en faisant voler des dizaines de papiers qui avaient pourtant était classés et rangés peu auparavant.

Et il était vrai que Levi n'avait pas, mais alors absolument pas, pensé à tout ce que cela engendrerait que de sortir avec un jeune adulte de sept ans son cadet : lui et sa mémoire défaillante, ses sautes d'humeurs, son caractère de merde (ok, sur ce point là, Levi ne pouvait pas se plaindre compte tenu du sien), et surtout son histoire, dont Eren lui-même ne connaissait pas l'entière teneur. Il n'avait écouté que ce que son instinct lui avait dicté, et jusque là tout avait toujours bien fonctionner pour lui lorsqu'il le faisait.

Mais si son esprit l'avait poussé à franchir le pas, ce n'était certainement pas pour rien. Levi ne savait que trop ce qu'était ce prétendu amour. Et jamais il n'avait eu un tel bouleversement qui sévissait en son sein. Il s'était contenté de sauter sur l'occasion avant qu'elle ne lui échappe (même s'il avait tenté de repousser ce qu'il ressentait au fond).

Alors c'était fini ?

Déjà ?

Il avait fait tous ces efforts, il avait fait tomber son masque, il avait renoncé à ce à quoi il croyait avec ferveur depuis tout ce temps : pour rien ?

Ça ne pouvait pas se passer comme ça.

C'était impossible.

Levi se laissa tomber sur le vieux canapé molletonné du bureau, faisant voler un peu de poussière. Les pensées du brun étaient tellement concentrées sur les problèmes qu'il avait à gérer qu'il ne se rendit même pas compte de ce détail qui, s'il avait été dans son état normal, l'aurait répugné au plus haut point. La fine pellicule de saleté vint se redéposer avec nonchalance contre la paroi feutrée du sofa, recouvrant Levi avec elle, comme s'il faisait partie du décor.

Pourquoi est-ce qu'une simple discussion l'avait-il autant atteint ? Il se prit la tête dans les mains, vidé du peu d'énergie qui lui restait après cette journée. Une plainte se gardait de sortir de son habitacle, bien terrée au fond de son gosier, l'empêcher de respirer correctement, hachurant la moindre de ses inspirations.

Mike qui faisait le tour des bureaux pour vérifier que tout le monde était bien sorti, se retrouva les bras ballants et ne sachant pas vraiment quoi faire lorsqu'il découvrit son supérieur dans une situation où il semblait, étrangement faible, lui qui paraissait inébranlable.

« Levi ? »

Il ne prit même pas la peine de relever le bout de son nez et loua le Ciel pour que cet abruti le laisse tranquille. Heureusement pour lui, depuis tout ce temps, il s'était forgé une attitude de parfait con. Avec un peu de chance, s'en irait sans même qu'il n'ait à se justifier de l'état particulier dans lequel il se trouvait.

« Fous le camp. »

Merde. Sa voix n'avait pas sonné exactement comme il l'aurait voulu. Même le plus retardé de l'Escadron qui le connaissait un temps soit peu aurait comprit que quelque chose clochait. Ça mettait Levi dans une colère encore plus noire que la précédente, terrassant complètement la tristesse qu'il refusait d'accepter dans le panel de ses émotions possibles.

« Tout va bien ? s'enquit l'officier, visiblement troublé.

- Mike, c'est un ordre : casses-toi de ce foutu bureau avant que je ne t'aide à coups de pieds au cul ! »

Le principal concerné fila comme l'air, et referma la porte sur lui. Levi recula contre le bureau, restant ainsi, le derrière vissé sur la table pendant une durée indéterminée.

Ce laps de temps passa sans même qu'il ne s'en rende compte et c'est à peine s'il osa jeter un coup d'œil à l'horloge murale situé dans son dos. Son cliquetis agaçant ne faisait qu'accroitre son irritation. Le bois du bureau crissait sous ses ongles. Il s'y risqua cependant et découvrit que cela faisait une trentaine de minutes qu'il n'avait pas bougé.

Et alors que l'étage était aussi calme qu'une école un jour de neige, il entendit des pas pressés résonner dans le couloir. Et au fur et à mesure qu'ils approchaient, le caporal reconnut le rythme de marche de son ami et major Erwin. Il se savait présentement incapable de lui faire face. Son masque d'indifférence lui faisait faux-bond pour la première fois depuis longtemps. Il pria une quelconque divinité de faire en sorte que son blond de supérieur ne revenait dans l'office que pour récupérer quelque chose et qu'il ne s'aventure pas à le réconforter. Ses craintes fondées furent vérifiées lorsqu'il déboula en trombe dans la pièce où Levi résidait depuis un peu moins de trois quart d'heure. Il avait les cheveux en pagaille, la respiration courte (il ne fallait pas être un génie pour deviner qu'il avait dû courir).

« Qu'est-ce que tu fais encore là ?

- Je te retourne la question.

- Mike m'a prévenu par téléphone que tu avais un problème. Ton portable était éteint, je suis allé chez toi : tu ne répondais toujours pas. Ne m'a répondu que ta concierge qui m'a affirmée que tu n'étais pas revenu depuis ce matin que tu avais quitté l'immeuble. Je n'y croyais pas, mais je suis quand même venu vérifier si tu n'étais toujours pas ici. Je n'y comprends rien Levi, d'habitude tu es le premier à te plaindre d'être tout le temps coincé ici. Qu'est-ce qui te prends ?

- Ça te regarde ? cracha-t-il.

- Si ça me regarde ? Si... Évidemment, que ça me regarde ! Un de mes amis les plus chers souffre, j'ai de quoi me sentir mal non ?

- Je ne vois pas pourquoi.

- Levi, tu sais, un jour tu vas vraiment finir par être tout seul. Si tu repousses toutes les aides, toutes les mains que nous te tendons pour te sortir des mauvaises passes, tu n'auras plus personne pour te soutenir.

- Je n'ai jamais eu besoin de personne. Je m'en suis toujours sorti seul. Que je termine comme j'ai commencé ne me pose aucun problème, claqua-t-il, son masque finalement de retour à sa place.

- Certes... bon. Tu sais, tu peux me parler Levi. Je suis toujours là. Qu'est-ce qui te tracasses ? Tu as la chance d'avoir un job stable, des amis, et à ce que j'ai pu voir, un petit-ami qui t'aime autant que tu ne le mérites. Où est le problème ? Tu ne peux pas te morfondre éternellement sur ton passé Levi, il est grand temps de passer à autre chose…

- Ok, là stop, tu t'arrêtes. La chance, Erwin ? Sérieusement ? Mais tu vis dans quel monde ? Depuis quand est-ce que je suis né sous une bonne étoile ? Putain mais ouvre les yeux ! Ma vie n'est qu'une merde ! Du début à la fin ! On aura beau la recouvrir de paillettes, de doré ; on aura beau lui accorder toute l'attention du monde pour qu'elle change... Ma vie, Erwin, sentira toujours la même chose : la merde. Rien ni personne ne pourra y changer quoi que ce soit... » Il réalisa les dernières phrases que son ami avait pu prononcer : « Attends, sans déconner : un job stable ? Hanji t'as fait fumé ou quoi ? Je suis un foutu tueur obligé de saigner comme des porcs des abrutis tatoués qui suivent les idéaux moisis qu'on leur a dicté. Je suis qu'un meurtrier payé par l'État ! Et en ce qui concerne mes amis... Les seuls qui se considèrent comme tel m'ont fait plus chier qu'autre chose ces derniers temps. Entre l'autre tarée et toi qui agissez comme la justice, qui m'épiez sans arrêt pour déceler si je suis oui ou merde avec Eren ; et les autres qui se plient à votre volonté divine je ne vois pas beaucoup ''d'amis'' pour m'accorder un quelconque soutien moral. »

Il reprit son souffle, ainsi que son regard impassible.

« Et pour les années qui sont derrière moi, et les gens que j'y ai laissé, ce sont des choses dont tu néglige la quasi-totalité. Et tu n'as aucunement l'autorisation d'en parler, surtout lorsque tu es aussi ignorant. »

Décidant de passer outre les multiples piques lancées par Levi, les épais sourcils d'Erwin retombèrent sur ses paupières dans une moue.

« C'était donc à cause de lui. Pourtant toute à l'heure, ça avait l'air d'aller, non ?

- Laisse tomber.

- Levi, tu auras beau jouer le mystérieux tout ce temps, on sait beaucoup de choses sur toi. Plus que tu ne le crois.

- ''On'' ?

- Parfaitement ''on'' ! fit une voix féminine particulièrement reconnaissable. »

« Manquait plus qu'elle, tiens » songea t'il si fort que ça pouvait se lire entre ses traits fatigués. Hanji débarqua comme un boulet de canon dans la pièce exigüe et empoigna Levi l'emmenant à l'extérieur.

- « Qu'est-ce que tu branles la binoclarde ? T'as pas quelqu'un d'autre à aller emmerder ?

- Tu te tais et tu me suis. »


Serré.

Son cœur était serré comme il ne l'avait jamais été auparavant. Emprisonné dans l'étau douloureux qu'était sa cage thoracique bien trop mince pour contenir les pulsations désagréables qui cognaient contre la paroi osseuse. Ses larmes ne demandaient qu'à sortir de leurs canaux lacrymaux mais ne parvenait à franchir la barrière et toute l'attention qu'Eren portait au monde extérieur était celle qui lui mandait de sortir le plus rapidement de ce bâtiment de malheur. Mais qu'est-ce qui lui avait pris à celui-là ? De quel droit s'était-il permis de lui dire toutes ces choses ?

Pour Eren c'était inacceptable que quelqu'un, peu importe si cet impudent se révélait être Levi, se comporte de la sorte avec lui. On lui devait le respect, autant qu'à une autre personne, mais particulièrement vis-à-vis du fait que si on s'attaquait à lui, c'est qu'on en connaissait les conséquences. Cela faisait plus d'un mois qu'Eren n'avait pas ressentit une violence telle lui retourner les tripes, c'était viscéral, il fallait qu'il tape dans une surface dure de préférence, qui pouvait voler en éclat pour que la brutalité du coup se répercute en milliers de fragments.

Alors qu'il sortait du bâtiment plus coléreux que jamais, il parti en quête d'une vitre à briser, mais fut interrompu par la sonnerie de son téléphone.

- « Quoi, fut l'unique mot prononcé lorsqu'il décrocha sans avoir pris le temps de voir qui était l'auteur de cet appel.

- Eren ? »

La douce voix de Mikasa se rependit comme une pommade dans l'organisme à vif d'Eren. Le timbre de voix qu'il employa pour sa réponse sonna de la même façon qu'une excuse (bien que ça n'en soit pas une à proprement parler) :

- « Mikasa ? Est-ce que tu es rentrée de ta mission ?

- Pas encore, je suis en chemin. Tu es chez Armin ?

- La réunion a trainé en longueur, et j'ai eu un léger contretemps.

- Un léger contretemps ?

- …ouais, hésita t'il à répondre.

- Quel genre ?

- D'un genre particulièrement chiant, je te raconterai ce soir. Quel bus est-ce que je dois prendre pour me rendre chez Armin ?

- Tu vas être bloqué dans la circulation, et tu vas prendre trois plombes pour arriver à destination. Tu n'as qu'à descendre à la bouche de métro la plus proche, arrête-toi au terminus de la ligne 6 et prends la navette jusqu'au…

- C'est bon, je marcherai. De toute façon je n'ai pas assez d'argent pour m'acheter un autre ticket. Je te retrouve là-bas à ton retour, tu me diras comment s'est passée ta mission ?

- On verra, à plus tard Eren, fais bien attention à toi, ne te fais pas écraser entre-temps.

- Ça va Mikasa, jusqu'à preuve du contraire, je suis encore capable de regarder des deux côtés avant de traverser la route.

- On ne sait jamais. Avec toi, on n'est jamais trop prudent. »

Sur ces mots, elle coupa court à la communication, laissant résonner dans les oreilles d'Eren la tonalité de fin de transmission. Il ne comprit pas immédiatement que la conversation avait finalement prit le large, et resta comme un benêt, le téléphone à l'oreille, les yeux dans le vide et avança machinalement vers le panneau dont le M du métro se distinguait du paysage océanique. Car derrière les pâtés de maison, un bout de mer sur lequel le soleil se couchait laissait trainer ses rayons contre la paroi lisse et miroitante. C'était un joli spectacle, et Eren se mordit les doigts de n'être toujours pas parvenu à voir une telle beauté en compagnie de son meilleur ami. Il serait le seul enclin à réellement apprécier autant que lui un soleil couchant (peut-être que Mikasa serait admirative, mais ça ne serait qu'une façade). Quant à Levi, et bien… premièrement il détesterait probablement le fait de devoir patienter pour voir une boule de gaz décliner à l'horizon (ouais, totalement son style) et deuxièmement Eren, n'avait nullement envie de penser à lui maintenant.

Mais il ne lui fallut que quelques secondes avant de dépasser l'interstice des bâtiments dans laquelle le tableau plus vrai que nature avait prit place, et bientôt ne fut visible que la fade réalité et ses immeubles en terre cuite. Le quartier près de la mer avait au moins ça pour lui. Il avait délaissé les classiques et terriblement déprimants édifices gris pour faire place à la chaleur des briques et des tôles orangées.

Semblables aux maisonnettes du sud du pays, les quelques maisons rouges, dont la couleur se ternissait au même rythme que la pollution croissait, ces dernières laissèrent cependant un bout de mer visible à Eren qui laissa son cerveau capter l'intégralité de ce qu'il voyait et ressentait.

C'était lorsqu'il était au plus mal qu'il percevait d'autant plus les choses qu'il jouissait des paysages et connectait ses quelques neurones encore intacts pour enregistrer ces souvenirs et constituer la mémoire qu'il voulait se forger pour plus tard.

Eren s'engouffra dans la bouche de métro, et une désagréable sensation moite le colla.

Il se posa alors la question, comment pouvait-il être une personne à part entière alors qu'il n'avait pas (vraiment) de passé ? La mémoire est un témoin de qui nous sommes et reflète au monde entier notre profondeur. Comment se faisait-il qu'il veuille se fondre dans la normalité alors qu'il était loin d'être de cet abord là ?

Il finit par penser qu'il ne valait mieux pas se torturer l'esprit avec de telles questions existentielles alors qu'il s'apprêtait à vivre la première soirée de sa vie. Eren vint à se questionner quant aux activités qu'ils feront durant cette soirée. Est-ce qu'ils allaient danser ? Boire ? Ou peut-être rien de tout cela ? Le train arriva envoya une bouffée d'air chaud dans le visage des passagers. Une petite fille aux yeux pétillants de malices s'amusa du vent qui sévissait dans cet espace clos. Eren la fixa, fasciné par l'innocence de ses traits et sans le vouloir, ses pensées vagabondèrent encore vers des interrogations qu'il aurait été préférable de ne pas relever.

S'il était qualifié de gamin, de candide, de morveux, de…

Il hoqueta de souffrance au simple rappel de ces surnoms. C'était terriblement lancinant, la douleur ne cessait de buter contre sa poitrine, cognant également dans sa jugulaire, ses tempes, et ses poings qu'il serrait du plus fort qu'il pouvait.

Eren pénétra dans le wagon. Les qualificatifs de cette pièce mouvante auraient très probablement été : bruyant, bondé et crade comme le trou du cul d'un clochard, s'ils ne lui avaient pas autant évoqué les expressions Levi. Le pire dans tout ça, était que tout tendait vers cet homme. Et cela ne faisait qu'une petite semaine qu'ils étaient ensembles. Eren n'osa imaginer ce qui se serait passé dans son corps s'ils s'étaient disputés ainsi après une longue relation.

Il laissa retomber sa tête contre la vitre du métro, sur laquelle des milliers de passagers tous plus sales les uns des autres avaient dû poser la leur, mais sur le moment, ça lui était bien égal. Eren avait du temps à tuer, et il était hors de question qu'il ne soit seul avec ses pensées durant toute cette durée. Il était prêt à n'importe quoi pour pouvoir entretenir ne serait-ce qu'une bribe de conversati…

- « Excuse-moi, ça t'embêterai de décaler ton pied ? »

Eren souleva une paupière et découvrit un adolescent dont le visage lui était quelque peu familier. Il avait dû l'apercevoir pendant la présentation des locaux, mais c'était peu probable les jeunes qui s'engageaient, ça ne courrait pas les rues. Il retira son pied de la banquette devant lui et fit pleinement face au visage empreint d'arrogance qui lui était présenté.

- « On se connaît, non ? interrogea l'homme, avant même qu'Eren n'ait eu le temps de le formuler.

- Ouais, je me faisais justement la réflexion. »

La discussion semblait s'engager dans un terrain sinueux, ponctué de blancs et de moments de malaises. Eren avait cependant la nécessité de parler avec quelqu'un.

- « Tu étais à la visite des locaux du Bataillon Ailé, c'est là qu'on a dû se croiser.

- J'y suis ! clama t'il, prit d'une soudaine illumination. T'es Eren ?

- Comment est-ce que tu connais mon prénom ?

- T'as fait le tour des discussions chez les recrues. On était vert de jalousie de savoir qu'un gosse comme nous avais été admis dans les rangs d'Erwin sans trimer ne serait-ce qu'une seule année avec Keith.

- On peut dire que j'ai eu du bol, sourit-il. »

Tandis que le regard du jeune homme s'était allumé d'une certaine lueur de compréhension, ravi d'avoir compris qui était ce mystérieux inconnu, une ombre s'ajouta, obstruant tout à fait l'éclat auparavant surplombant. Il marmonna :

- « Du coup, c'est bien toi le fameux Eren…

- Ouais, comme je viens de te le dire, suspecta t'il. Et, tu es ? »

Ignorant absolument la question que lui avait adressé le brun, il se concentra sur toute la rage qu'il avait emmagasinée. La simple évocation du nom aurait dû le faire tiquer à l'instant même où il avait été prononcé mais ça n'avait été que maintenant que tout s'éveillait.

- « C'est donc toi le grand Eren, accapareur de pote, voleur de meuf, insupportable sujet de discussion auquel j'ai eu le droit tout le mois durant ?

- Je ne suis pas sûr de comprendre… »

Il laissa un silence planer (qui n'annonçait rien de bon si vous voulez mon avis) avant que l'amnésique ne fut frappé par la même foudre divine que son interlocuteur.

- « Toi, tu dois être l'équidé, pas vrai ? C'est vrai qu'avec ta tronche j'aurais pu m'en douter mais…

- Jean. Je m'appelle Jean. Tâche de t'en rappeler, bouffon.

- Ouah. T'es vachement agressif pour quelqu'un que je connais à peine, et crois-moi je m'y connais dans ce domaine… »

Eren fit vite de balayer cette divagation propre à son intellect pour continuer sa phrase :

- « Je peux savoir ce que j'ai fait pour mériter cette haine si soudaine ?

- Ce n'est pas soudain, cracha Jean. Je médite sur le ressentiment que je porte à ton égard depuis des semaines que j'entends parler de toi.

- Mais c'est que je suis une véritable célébrité parmi le petit peuple de futures recrues dis-moi, taquina Eren, s'amusant clairement de voir la corde sensible de son locuteur de plus en plus tendue.

- Je dois dire que je m'attendais à ce que tu n'ais pas autant la gueule de l'emploi. Mais c'est définitif, ton visage colle parfaitement avec le statut de connard auquel je t'ai directement affilié…

- Sympa. »

Jean scrutait chacune des infimes parties du visage d'Eren. Pendant cette inspection peu discrète, la victime de cette consultation oculaire laissa trainer son œil vers la carte indiquant les stations auxquelles s'arrêtait le métro. Les petits points lumineux s'éclairaient au fur et à mesure de l'avancement du train et il ne restait plus que deux cavités auxquelles les diodes ne brillaient pas encore. Le temps avait passé étrangement rapidement. C'est fou comme lorsque notre esprit est occupé, il ne se préoccupe pas des autres problèmes. Jean avait terminé de toiser et Eren et confirma ses dires précédant :

- « Ouais, c'est exactement ça, t'as la tête de l'emploi.

- Et donc, pour toi, c'est quoi la tête du ''parfait connard'' ?

- Disons, qu'ils correspondent au genre de mecs au facies avantageux ravisant les nanas des autres, et que leurs faux-sourires et leurs yeux beaucoup trop révélateurs attisent la curiosité des autres, faisant croire au reste du peuple qu'ils sont le centre du monde. Le connard ne se préoccupe pas des petites gens et n'a que faire de savoir la quantité de liquide séminal répandu à la simple évocation de leur nom.

- Putain, mec, c'est dégueu.

- Tu m'as compris, finit Jean, pas le moins du monde ébranlé par le flot de paroles qu'il venait de débiter.

- Et en plus simple ?

- En gros t'es un beau mec qui le sait et qui en joue pour attirer l'attention.

- Est-ce que je dois prendre ça pour un compliment ? ricana Eren.

- Tu prends ça comme tu veux. Tu m'excuseras mais c'est mon arrêt.

- C'est le terminus, on est tous censés descendre, abruti. »

Ils se levèrent de leurs sièges respectifs sans s'adresser un regard tandis que la voix dans le haut parleur ordonnait à tous les passagers de descendre du wagon. Jean était plutôt pressé de quitter ce gars, pour lequel il n'avait absolument aucune sympathie. Il accéléra le pas, dépassant les tourniquets alors qu'Eren en était encore à l'escalator.

L'air frais vint fouetter le visage du châtain. C'était agréable de pouvoir respirer correctement après avoir été entassé avec tous les autres dans la rame. Le crépuscule ne daignait même pas pointer le bout de son nez.

Jean marcha une dizaine de minutes, ne prêtant attention qu'au paysage où les habitations se faisaient de plus en plus rares ne laissant place qu'aux larges champs qui bordaient la ville.

C'était une de ces belles soirées d'été en campagne, qui sentent bon l'herbe et le blé, et sur lesquelles le soleil ne se couche jamais. En effet, le métro s'était arrêté en bordure de la ville, c'est à peine si l'on percevait les larges buildings du centre-ville d'ici. Une nationale passait non-loin de là, et on entendait les dernières voitures rentrer du travail.

La plus douce des mélodies étant très certainement le frottement des épis les uns contre les autres de même que le chant des dernières cigales qui laisseraient bientôt place aux croassements des crapauds qui avaient élus domicile dans les lacs près de ces larges plaines. On pouvait voir quelques maisonnettes ici et là mais celle d'Armin était bien plus loin que Jean n'osait l'espérer. Il scrutait son téléphone, ce dernier lui servant de GPS et l'heure d'arrivée était pour dans une trentaine de minutes, il avait encore pas mal de marche à faire. Il fut bien étonné lorsqu'il découvrit que, non loin de lui, il pouvait percevoir des bruits pas, semblables aux siens, mais qui se voulaient plus lassés, plus lents.

Jean fit volte-face à découvrit Eren qui observait avec une certaine tristesse dans le regard le champ doré qui s'étendait à perte de vue. Il s'offusqua :

- « Est-ce que tu me suis ?

- Est-ce que j'ai que ça à faire ? répliqua t'il du tac-au-tac. »

Les bouteilles, dont le contenu s'apparentait davantage à du sirop de menthe qu'à autre chose mais qui n'en était absolument pas, tintèrent dans le sachet plastique que tenait Jean du bout de ses doigts. Il jeta un coup d'œil aux alentours : ils étaient dans un chemin tortueux qui longeait une autoroute, entourés par de grandes tiges jaunes dont le bout duveteux et tressé flottait sur le faible zéphyr de cette fin de journée.

- « Mec, on est en plein champ, alors à moins que t'ailles chasser les taupes je vois mal ce que tu fous ici. Remarque, t'es peut-être à la recherche de ta famille ? osa Jean, un sourire narquois remontant les commissures de ses lèvres. »

Ce type le connaissait depuis voilà trente minutes et il se mettait déjà à associer ses géniteurs et potentiels frères et sœurs inexistants à des taupes ? Quelle était la foutue ressemblance ? Ce n'est pas comme s'il était myope, et un peu plus tôt, il lui avait fait remarquer que son visage n'était pas désagréable à regarder alors, quel intérêt ? Eren prit ça pour de la provocation pure et simple et rétorqua :

- « Connecte trois neurones et dis-toi que je me dirige peut-être également à la fête d'Armin, tronche de cheval. Pour ce qui est de ma famille, c'est vrai que puisqu'elle est enterrée elle peut s'apparenter à des taupes mais c'est un peu osé comme insulte pour quelqu'un que tu connais depuis si peu de temps, non ? Est-ce que tu étais au courant et tu as médité sur cette vanne pendant ce long mois à penser à ma personne chaque soir avant de t'endormir comme tu sembles me le faire comprendre ou est-ce que c'était juste une gaffe ? »

Jean déglutit avec difficulté. C'est comme si Eren lui avait coupé l'herbe sous le pied, il se sentait fortement déstabilisé.

- « D… désolé mec, je – c'était une vanne et…

- C'est bon, je m'en tape. Allez donne-moi ça, ordonna t'il en lui prenant le GPS des mains, on est déjà assez en retard comme ça. »

Se comporter comme un véritable enfoiré sans ressentiment était assez plaisant. Il devait bien cela à Levi. D'habitude, Eren aurait continué la provocation sans prendre en compte l'évocation indiscrète de ses parents, parce qu'en parler n'était pas chose aisée pour lui. Mais se disputer avec Levi avait éveillé la fibre bornée et égoïste d'Eren et pour ne pas avoir à faire face à ses sentiments écrasant il préférait se cacher derrière le masque qui seyait parfaitement au visage de son caporal.

Jean, encore prit de cours par les évènements décida de ne plus dire un mot du voyage, de peur de raconter encore une idiotie comme il savait les enchainer avec doigté.

Eren songeait.

Levi avait été si brusque dans ses propos, si cru. Il n'empêche que sa possessivité maladive avait faillit faire rester Eren de son propre chef. Ça avait réveillé les instincts primaires de l'adolescent, le plongeant dans un profond dilemme, le tiraillant entre ses amis et son caporal et accessoirement petit-ami. Mais dès lors qu'il avait évoqué le fait qu'il n'était pas normal, qu'il n'avait jamais fait de soirée et que ce n'était après tout qu'un ''gamin'', Eren avait été piqué au vif, impossible à calmer.

Il fallait qu'il sorte de la pièce, qu'il échappe aux menottes que lui enfilait Levi en lui disant toutes ces phrases (comme quoi c'était dans son intérêt… etc), l'entrave qu'il plaçait sur sa liberté déjà restreinte était de trop.

Il ne parvenait plus à respirer.

Eren se laissa tomber de toute sa hauteur sur le sol terreux avant que Jean ne crie :

- « Gars ? Tu te sens mal ?

- … nan. Juste une baisse de tension. Laisse-moi juste reprendre un peu mes esprits et on y retourne.

- Poses-toi deux minutes si tu en as besoin ? »

Cela ressemblait plus à une recommandation qu'à une véritable question, ce qu'Eren réprima d'un geste de la main, le portable de Jean toujours dans celle-ci :

- « Ça va je te dis ! »

Il se releva une dizaine de seconde après sa chute impromptue, et avança sans jeter une œillade à son nouvel ami. Leur relation naissante était assez, insolite, comme Eren n'en n'avait jamais eu avant. Jean n'avait pas l'air d'être un mauvais bougre mais une animosité sous-jacente était toujours présente lorsqu'ils se parlaient. Pour Jean, c'était assez évident mais Eren ne s'était pas encore décider quoi trouver de fondamentalement agaçant en la personne qu'était Jean Kirstein. Il le découvrirait probablement un peu plus tard dans la soirée.

En tout cas, ce qui était positif dans toute cette affaire était que, la peur jadis maitre dans l'organisme d'Eren avait totalement laissé place à l'indifférence. Cet air que se donnait naturellement Levi et qu'Eren copiait pour s'empêcher de montrer ce qu'il ressentait présentement. C'était assez idiot, je le conçois parce qu'une telle attitude similaire aurait pu lui remémorer davantage son caporal, alors que le but principal était de l'oublier pour une soirée (et pourquoi pas plus, mais c'était de l'ordre du futur). Mais finalement cela fonctionnait. Eren se sentait mieux, en se donnant cette impression arrogante et hautaine. Jean n'y prêtait même plus attention d'ailleurs.

Le petit chemin dévoilait enfin son bout, et l'adolescent reconnut directement la maison d'Armin précédemment visitée, il y a une semaine environ. Il était soulagé de voir enfin le bout de la route, les Converses noires d'Eren étaient usées jusqu'à la semelle et il ressentait une douleur qui le lançait drôlement sur le gros orteil droit. Nul doute, la prochaine fois qu'il aurait un peu de temps, il irait s'acheter une nouvelle paire.

La maisonnette avait été décorée à l'occasion. De jolis ballons colorés, semblables à ceux d'une fête pour enfants, ornaient la devanture du bâtiment exilé. Armin, en fuyant Ektyos s'était séparé à tout jamais de ses parents, et avait rejoint son grand-père dont la jolie demeure était extirpée de la ville.

Son tuteur lui avait accordé la maison pour la nuit à condition « qu'il ne fasse pas trop de bêtises » et était sorti rejoindre des connaissances sur la presque-île paradisiaque non très loin de Trost (une ville voisinant Shiganshina et sa campagne). En bref, ils avaient la maison pour eux seuls ce soir et, cela risquait d'être une soirée mémorable.


Je suis juste, trop contente d'avoir introduit Jean dans l'histoire, c'est un personnage que j'apprécie tout particulièrement et ça me fait plaisir d'enfin l'avoir sous le bras ! Vous verrez, son évolution sera assez intéressante, c'est un perso que je ne veux pas laisser de côté.

J'ai longuement hésité à faire un autre ship à côté de notre classique Ereri/Riren, et je ne suis toujours pas décidée (enfin il y en aura un, mais sachez que je ne le porte pas du tout dans mon coeur et qu'il sera là seulement pour faire jaser Levi... vous verrez, vous verrez).

Bref. Il est grand temps pour moi d'aller dormir, je crois que je vais tomber de fatigue sur mon clavier. Il faut quand même que je tienne sacrément à tenir un rythme de parution correct pour vous écrire un chapitre en une nuit (j'ai dû passé grosso modo quatre-cinq heures à l'écran, mes yeux vont fondre). Sachant que j'ai découvert il y a peu une fanfic juste, merveilleuse et que j'ai encore toute la suite à lire... j'ai tellement de choses à faire, c'est un calvaire d'avoir à choisir les priorités, haha :)

Je vous souhaite une bonne nuit, et à la prochaine !