Oh mon dieu.

Là pour le coup, je ne sais vraiment pas quoi vous dire...

Je me sens honteuse de ne vous livrer ce chapitre que maintenant.

Je ne sais pas pourquoi j'ai mis autant de temps à dire vrai (bon, en fait, si je sais : la flemme, la fatigue, la déprime de l'automne, le boulot immense que on lycée m'impose et mes représentations de théâtres sont très probablement les causes pour lesquelles j'ai été absente si longtemps).

Mais ! Je n'ai pas chômé ! Et je compte, maintenant que mes représentations sont terminées (je n'en ai plus jusqu'en février) essayer (j'ai bien dit essayé) d'être un peu plus présente. Il va sans dire que je ne peux pas imposer un rythme de parution, parce que, énorme procrastinatrice que je suis, je suis tout bonnement incapable de m'en tenir à mes dates butoirs.

Ah, je voulais vous prévenir que j'ai ENFIN retapé le chapitre 4 et 6, (y a pas mal de changements donc je vous invite grandement à aller jeter un petit coup d'oeil), le caractère de Levi change pas mal et on en apprend un peu plus sur ce qui a pu se passer durant cette mystérieuse ellipse.

LES ENFANTS, petite nouvelle : j'ai fait pendant mes cours d'SVT, (héhé, FFNET dirige mes pensées jusque pendant mes cours) le brouillon de l'OS qui était prévu. Donc, je ne vais pas tarder à mettre cette petite annexe en plus. N'hésitez pas à voir à quoi ça ressemble quand il sortira !

Sur ce, après mes plus plates excuses, je vous laisse avec ce chapitre. J'ai eu un mal fou à l'écrire, j'étais dénuée de toute inspiration, complètement victime du syndrome de la page blanche que beaucoup d'entre vous doivent connaitre je pense. J'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes, même si notre couple va en prendre pleins la gueule dans les prochains chapitre :)

Ne m'en voulez pas trop, c'était soit ça, soit une relation trop rapide. On me dit souvent que je n'arrive pas à faire la part des choses haha.


Christa serrait le bras d'Ymir comme si sa vie en dépendait. Son regard céruléen scrutait la pièce à la recherche d'un endroit pour s'asseoir elle était visiblement enivrée et supportait mal son maigre poids sur ses jambes flageolantes. La grande brune la soutenait et ne semblait pas le moins du monde embêtée par le poids qui reposait sur son cubitus. Elle ricana :

- « Si je m'attendais à ça… je vois qu'on dérange, on repassera plus tard.

- Non Ymir, attends ! héla Eren. »

Armin resta à terre, un peu débordé par la succession des évènements. Franchement, il ne manquait plus que Mikasa les rejoignes. Eren était parvenu à se hisser jusqu'à l'adolescente et il lui réclama d'un ton sans appel, quoique désespéré :

- « Qu'est-ce que tu as entendu ?

- À peu près tout ce qu'i savoir, certifia-t-elle un sourire moqueur et résolument taquin aux bords des lèvres. »

Eren ne sachant pas quoi rétorquer à cette constatation s'octroya le droit de garder le silence.

Que dire de plus de toute façon ? Il n'y avait rien à faire. Ymir allait probablement tout divulguer au reste du groupe dans les secondes qui venaient ou pire encore, le faire chanter dans le but d'obtenir ce qu'elle voulait. Il se résigna dans un soupir mal dissimulé.

- « Donc monsieur Eren se tape son supérieur ? Est-ce que c'est pas un peu cliché ? pouffa-t-elle.

- Je ne me…

- Mais bien sûr, coupa-t-elle, tu vas me dire que votre relation se résume purement et simplement à du platonique ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dit…

- De toute façon vous étiez bien trop proches pour vous cantonner à un simple rapport professionnel, j'aurais dû m'en douter. Dis, ça doit être un sacré numéro au pieux l'Ackerman, non ? »

Si la honte pouvait tuer, Eren serait probablement déjà six pieds sous terre. Il resta interdit, trop gêné par les paroles de la grande brune. Il fallait dire qu'Ymir n'arrangeait pas les choses. Devant l'absence de réponse, elle lui tapa le dos en s'écriant :

- « Fais pas cette tête enfin ! T'es entrain de réaliser le fantasme de toutes les pucelles du pays, tu devrais plutôt te réjouir de l'avoir attrapé dans tes filets. Quoique vu le personnage qu'il est, je dirais plutôt que c'est l'inverse, m'enfin je ne détiens pas la vérité absolue, hein. »

Il amenuisa ses dernières ressources en terme de force mentale et rétorqua :

- « Je, ne couche pas avec le caporal, Ymir.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle. C'est bien dommage. »

Christa ne prenait pas part à la discussion. Elle semblait ailleurs dans un autre univers (où tout semblait très gai vu le sourire qu'elle arborait). Ymir lui fit reprendre appui convenablement sur son avant-bras en lui caressant les cheveux et mugit dans un grognement :

- « Je venais dans la cuisine pour la rafraichir : un abruti a cru malin de la faire boire. Je soupçonne Reiner d'être l'auteur de cette histoire. Dès que j'en ai fini avec vous deux, je m'en vais lui foutre une beigne. Mais je suis tombée de haut en vous entendant discuter… alors comme ça Eren est une pédale ?

- En quoi ça t'avance de dire ça ? sermonna Armin qui s'était relevé depuis lors.

- Oh, en rien, je me contente d'énoncer les faits : mais c'est amusant de le voir ainsi, recroquevillé sur lui-même lui qui est toujours si sûr de ce qu'il fait.

- Je te conseille de garder cette information pour toi… menaça le blondinet en la toisant du regard le plus sombre qu'il pu avoir.

- Sinon quoi ? explosa-t-elle de rire. Ce n'est pas comme si tu allais me faire quelque chose du haut de ton mètre soixante. Regarde-toi, t'es à peine plus grand que Christa ! »

Outré, Armin la regarda d'un air médusé. Il se fichait pas mal de la pique qui venait de lui être lancée et ses pitreries ne l'amusaient guère : il ne supportait pas que quelqu'un comme Ymir s'attaque à son meilleur ami. Elle était si imprévisible, c'était presque impossible de prévoir ce qu'elle pourrait faire et cela plongeait Armin dans un sentiment de profonde frustration. Eren tenta le tout pour le tout et marmonna le torse bombé :

- « Va donc le répéter à tout le monde puisque ça t'amuse.

- Oh, je vois, se moqua-t-elle. On veut jouer les durs ? »

La gêne passée outre, Eren se contenta de la dépasser et voulut rejoindre l'extérieur. Cette cuisine bien que spacieuse, lui semblait être de plus en plus exigüe depuis les dernières minutes. Ymir lui souffla :

- « Je saurais tenir ma langue, arrête de faire cette tronche Jäger. Mais on en reparlera, crois-moi. »

Il se retourna et lui adressa un sourire peu confiant. Comment croire une fille pareille ? Il ne rétorqua cependant rien, pas même un merci, et s'en alla en quête d'air frais suivit de près par Armin.


S'il était humainement possible de boire comme un trou, Hanji serait sans aucun doute affiliée à la plus profonde des crevasses sur Terre : un puit sans fond. Elle s'adossait à son ami, dont l'apparence s'apparentait plus à celle d'une plante verte qu'à un véritable être-vivant sur l'instant. En effet, Erwin n'en menait pas large non plus. Levi poussa un soupir à fendre l'âme. Résolument sobre, il rangeait les bêtises que semait Hanji au fur et à mesure qu'elle déambulait dans le living.

Elle trottinait de joie, comme à son habitude, en relevant à quel point les nouvelles recrues étaient adorables, et que si elle en avait le droit, elle n'hésiterait pas une seule seconde à tous les séquestrer chez elle. Pendant une de ses pirouettes, celle-là manqua de faire tomber un vase qui avait tout l'air d'être onéreux (ses ornements dorés lui assignant ce titre d'office). Heureusement pour elle, Levi qui la suivait de près, rattrapa de justesse l'objet avant qu'il ne s'explose en mille morceaux.

De ses doigts cireux, il reposa l'objet sur son piédestal et empoigna Hanji par le col comme une mère le ferait pour punir son chaton :

- « Tu vas me faire le plaisir de poser ton cul ici et de ne plus bouger jusqu'à ce que le dernier gramme d'alcool se dissolve dans ton sang, c'est clair ? »

Il la jeta carrément sur le fauteuil avoisinant, et dans un cri strident, on devina qu'elle se cogna la tête contre l'accoudoir. Il calqua son geste précédent en poussant Erwin (aka la plante verte) sur ce même sofa. Levi tapa dans ses mains pour attirer leur attention mais il constata qu'Hanji était entrain de verser quelques larmes. Il leva les yeux au ciel et demanda :

- « Allons bon, qu'est-ce que t'as cette fois ?

- C'est que, pleurnicha cette dernière d'une voix chevrotante, nous étions venus pour parler de ce qui te tourmente et nous n'avons pensé qu'à nous en buvant et en oubliant de te délivrer de tes problèmes.

- Nous sommes vraiment de mauvais amis, lâcha Erwin d'un ton plat et grave. »

Il s'approcha des deux et répliqua dans un demi-sourire narquois :

- « C'est vrai que pour le coup, vous avez bien merdé mais… »

Suite à cette phrase, les pleurs d'Hanji se muèrent en véritable cris de souffrance et de détresse. Elle bégayait des plaintes et excuses qui ressemblaient plus à un mélange grossier de paroles incompréhensibles. Le pire étant qu'Erwin n'en déparait pas le lot et se contentait d'opiner du chef aux dires d'Hanji, comme s'il comprenait réellement ce qu'elle tentait d'expliquer. Levi se massa les tempes, et attendit une dizaine de secondes qu'elle se calme. Mais l'accalmie ne venant pas, il stoppa le flot de paroles de son amie en lui plaquant la main sur la bouche. Ne retentissait désormais dans la pièce que les tressautements de son buste qui conservaient les pleurs retenus par Levi.

- « … mais d'un côté je n'avais pas spécialement envie d'en parler. Je m'en fous, et vous avez suffisamment fait les cons pour m'occuper alors c'est tant mieux. »

De lourdes larmes (probablement mélangées à un semblant de morve) coulèrent sur la main de Levi et s'immiscèrent dans les plis de ses doigts. Il la retira d'un coup sec et se précipita dans la cuisine :

- « Putain, je ne t'ai pas demandé de me chialer dessus… raaah, c'est dégueulasse. Mouche-toi au moins !

- Tu penses vraiment ce que tu dis ? fit-elle les yeux embués.

- Va donc essuyer ton pif plein de morve, c'est répugnant. Sache que si je retrouve une seule de tes merdes sur mon canapé, je te le fais récurer avec ta langue.

- Mais non, je ne te parle pas de cela ! mugit-elle, retirant ladite substance du revers de sa manche.

- Oui, répondit-il avant qu'elle ne précise de quoi elle voulait réellement discuter. Sinon je ne vous l'aurais pas dit. Réfléchis deux minutes quatr'yeux, est-ce que j'ai pour habitude de parler pour ne rien dire ? »

Elle baissa la tête dans l'objectif de lui faire comprendre que ce qu'il avançait était loin d'être faux.

Après des heures de nettoyage, l'appartement retrouva la splendeur dans laquelle il avait l'habitude d'être. Levi jeta un coup d'œil au radioréveil posé en évidence sur le plan de travail : il était très tard, et hors de question pour lui de jouer les auberges. Il tapa dans ses mains dans l'espoir d'attirer l'attention des deux loques qui résidaient sur son canapé lorsqu'il constata qu'ils s'étaient endormis (dans des positions bien trop étranges pour qu'elles ne soient œuvres de personnes normales). Il vint les tirer de leurs songes en secouant le canapé du bout de son pied.

Hanji retira le filet de bave qui la liait à celui-ci en espérant que leur hôte temporaire n'eut rien remarqué mais peine perdue, vu le regard meurtrier qu'il lui lançait, elle se contenta d'un sourire chancelant pour se faire pardonner.

- « Tirez-vous de chez moi, maintenant. »

Malgré l'ordre, sa voix s'était voulu moins aigre que d'habitude. Il ne savait tout simplement pas comment s'exprimer sans être un temps soit peu cassant. Tout ce qu'il voulait, c'est être seul pour pouvoir réfléchir.

Un minimum soucieux de l'état de ses amis, il leur demanda :

- « Comment est-ce que vous rentrez ?

- À pieds. Ma maison n'est qu'à quelques rues d'ici, je me débrouillerai, chuchota la seule femme présente dans l'appartement.

- Je vais appeler un taxi, moi. »

Sa maigre politesse lui obligeant, l'hôte de maison se retrouva à adresser de maigres au revoir à ses compagnons de travail sur le pas de sa porte. C'est lorsque les portes du monte-charge se refermèrent qu'il glissa jusqu'à son lit, s'enfonçant dans ses draps qu'il murmura :

« Putain. »


Cela faisait dix minutes qu'Erwin était parti par le premier taxi. Hanji zigzaguait entre les rues de sa petite bourgade. Un lourd sentiment lui pesait sur la poitrine : c'était extrêmement désagréable. Lors d'une de ses premières expéditions, elle s'était déjà faite poignardée au niveau du flan et lui restait de cette escapade comme souvenir : une belle cicatrice qui recouvrait une partie de son côté droit. La douleur qu'elle ressentait présentement se rapprochait dangereusement de celle qu'elle avait pu éprouver ce jour là.

Contrainte et forcée, elle s'effondra sur les escaliers d'un immeuble un peu délabré en s'empoignant la partie concernée et responsable de son mal-être présent. Faisant suite à ce geste, elle vérifia son pouls en palpant avec difficulté sa jugulaire (son taux d'alcool dans le sang, bien que diminué depuis sa petite sieste, n'aidant pas vraiment) et se surprit à découvrir un rythme cardiaque qui jouait aux montagnes russes : tantôt palpitant avec vigueur, tantôt pulsant lentement et avec si peu de puissance qu'elle avait du mal à le ressentir. Elle trépigna, mais dénuée d'énergie, son énervement se caractérisa par le tremblement de ses jambes l'une contre l'autre, faisant claquer ses genoux dans un bruit sourd.

Hanji replaça ses lunettes et rejeta ses cheveux en arrière.

Elle s'en voulait terriblement, se prenant pour seule responsable de la tristesse de Levi.

Elle s'en voulait parce qu'elle n'avait pas été capable de porter secours à son coéquipier et accessoirement plus vieil ami alors qu'il avait plus que jamais besoin d'elle.

Elle s'en voulait parce qu'au fond de son cœur, elle ressentait la nécessité de savoir le pourquoi du comment de cette dispute. Sa curiosité lui hurlait de retourner chez Levi ou de lui envoyer un quelconque message afin de s'assurer de connaître le motif de son attitude.

Mais Hanji savait pertinemment qu'il ne fallait pas aller le chercher actuellement, elle ne trouverait que le courroux de Levi. Et même si ça ne lui faisait pas peur de se frotter au fauve indomptable qu'était le caporal Ackerman, elle se retint, comme retenue par une force irréelle.

Ce n'est pas en une soirée que la douleur qui sévissait en son ami se calmerait. Et même si de ses conseils avisés, elle lui manderait de se réconcilier avec Eren, il ne l'écouterait probablement pas. Le temps arrangerait peu à peu les choses, avec difficulté, certes, mais il l'arrangerait.

Du moins, elle l'espérait de tout cœur.


Le lendemain matin, Levi se leva avec une migraine fulgurante, comme il lui était rare d'en avoir. Son encéphale venait s'écraser contre son front, comme un marteau-piqueur dont chaque coup était plus douloureux que le précédent. Il fut même obligé de prendre un anti douleur, procédé auquel il n'avait recouru depuis bien longtemps.

La petite pilule était dans le creux de sa main, elle et ses couleurs trop vives cette capsule qui allait neutraliser son mal-être. Il releva la tête et s'observa dans le reflet du miroir de sa salle de bain.

Depuis quand avait-il besoin d'une aide quelconque pour arrêter de souffrir ? Il jeta un coup d'œil vers son armoire à pharmacie juste derrière et décela les deux seuls paquets de comprimés qui se discernaient du fond blanc. Il laissa le granulé qui tomba sur le carrelage dans un bruit discret, mais qui résonna dans le crâne du caporal comme le glas. Et c'est en s'empoignant le crâne à deux mains qu'il attrapa l'une des boites.

Sa poitrine s'affaissa en un froncement de sourcil. Il serra le contenant, déboitant de ce fait l'enveloppe cartonnée. Le paquet était vieux, limite poussiéreux. Chose incroyablement étrange puisque Levi avait pour habitude de ne pas laisser un grain de saleté. Cela faisait vraiment longtemps qu'il n'avait ni vu ni touché cet emballage.

Une boite banale. Blanche. Avec des raies jaunies séparées entres elles par une maigre trainée du même colorie que le fond. Les écritures, avait été effacé par les années, mais un simple coup d'œil avait suffi à Levi pour se remémorer de tous ces souvenirs, douloureusement enfouis dans le plus profond de son être. Tel un fil conducteur, cette boite, était responsable de son actuelle difficulté à respirer.

PROZAC.

Voilà le nom de ce que contenait ce petit bout de carton. Les petites pilules vertes et blanches s'égrainèrent sur le sol, se déboitant naturellement sous la poigne de Levi.

Ses mains se mirent à trembler. Et tandis que les antis dépresseurs roulaient partout dans la pièce, le sol sembla se dérober sous ses pieds. Comment avait-il put laisser une telle chose dans son petit placard ? Ils attendaient là, patiemment, depuis voilà plus de deux ans. Sans vraiment s'en rendre compte, Levi était à terre, ne faisant qu'un avec le carrelage froid de sa salle de bain. Il n'avait plus envie de bouger. Plus envie de respirer.

Il ne se souvenait même plus pourquoi est-ce qu'il avait continué à se battre après une telle horreur.

Comme celles d'un film, les images passaient devant ses yeux. Le souvenir sépia des photos de sa mère, que le cancer avait emporté sans même le prévenir, laissant ses cheveux ternis dénués de parfum sur un oreiller froid. Le souvenir de son vieil ami Farlan, fauché dans un accident de la route avec Isabel et son petit nez retroussé. Celui de l'odeur du sang quand Kenny était mort juste devant lui, criblé de balles dans la poitrine comme une vulgaire passoire.

Hanji l'avait forcé. Hanji savait qu'il allait faire une connerie ce jour là. Elle l'avait examiné contre son gré et ordonné de prendre ces médicaments. Chaque soir, elle demandait un appel vidéo pour s'assurer que son ami suive bien ses prescriptions. Sur le coup, Levi trouvait ça ridicule. Il n'avait clairement pas besoin de ça. Des placebos, voilà ce que ces petites pilules, vantées ''miracles'', étaient réellement.

La peau diaphane des phalanges de Levi se blanchir d'autant plus lorsqu'il se saisit de ces capsules bicolores. Il ne cessait de répéter « c'est fini, c'est fini », persuadé qu'en réitérant ces petites phrases, il se convaincrait qu'il avait bien fait son deuil de toutes ces horreurs. Il noyait les antis dépresseurs dans le flot incessant des WC, ne s'arrêtant pas une seule seconde d'appuyer sur le bouton de la chasse d'eau.

Il n'en avait plus besoin.

Il n'en aurait plus jamais besoin. Tout ça, c'était dans la tête.

Même le simple cachet de doliprane était parti rejoindre les égouts, et c'est en poussant la porte qu'il balaya son mal de crâne en posant la question difficile à poser. Pourquoi avait-il aussi mal au crâne, alors qu'il n'avait pas bu une goutte d'alcool la veille ? Le truc étant que…

Que…

Eren n'était pas rentré.

Le palpitant de Levi se stoppa pendant une demi-seconde, court-circuitant encore une fois son système. Pourquoi fallait-il que ses paroles aient autant de conséquences ! Et si le gang H l'avait retrouvé ? Il n'avait même pas pris le temps de vérifier avec qui la fête avait lieu. Il l'avait juste envoyé bouler.

- « Eren ? »

Aucune réponse.

Au moins il avait essayé.

Levi enfila avec rapidité une tenue sobre (luttant une bonne dizaine de seconde contre la fermeture éclair de son blouson) et en attrapant son casque, il referma la porte de son appartement.

S'il était arrivé malheur à Eren, il ne se le pardonnerait jamais. Il s'inquiétait, mais en enfilant sa protection, et son masque d'indifférence il entendit une voix bien trop familière :

- « Levi ? »

Oh putain.

Lisa le toisait de ses yeux clairs. Une douce mèche retombait sur ses yeux, elle avait l'air de vouloir lui parler.

- « Je… J'ai pas le temps, fit-il fébrile.

- Non, attends s'il te plait ! »

Il se jura qu'il entretiendrait cette discussion avec elle. Celle qui mettrais fin à la connerie qu'il avait faite. Mais pas maintenant, et sûrement pas en ces circonstances. La priorité était de savoir où se trouvait présentement Eren. Et dans cette effervescence, il ne pensa même pas à appeler Erwin ou Hanji, et se contenta d'enfourcher sa moto.


Levi débarqua dans l'office avec une énergie qui ne lui était pas identifiable. On aura dit un fou : quiconque aurait le malheur de se trouver en travers de son chemin en paierait les conséquences. En parlant de ça Oluo, qui était entrain d'ajouter un peu de lait à son café osa lui demander alors qu'il voyait très clairement que ce dernier n'était pas dans son état habituel :

- « Levi ? Où tu vas comme ça ? »

Le dénommé semblait imperméable à toute question. Alors qu'il s'apprêtait à partir dans les bureaux de l'étage, il se ravisa et retourna voir son interlocuteur :

- « Il est où le gosse ?

- Tu l'as encore perdu ? se moqua-t-il gentiment.

- Réponds, à ma putain de question ! ordonna-t-il d'une voix qui en aurait fait feindre plus d'un. »

Incapable de rétorquer, ne serait-ce que la moindre onomatopée, le collègue pointa du doigt l'office du major Erwin. Levi s'envola presque jusqu'à l'endroit indiqué et la main sur la poignée, il s'arrêta décidant d'écouter un peu avant d'entrer. Il reconnut la voix étouffée de son subordonné, et petit-ami et un incroyable sentiment de soulagement le traversa. Eren était bien présent et en sécurité. Il fut étonné lorsqu'il perçut des éclats de voix.

- « …non, c'est non Eren. Je ne t'affilierai en aucun cas à une autre personne que Levi.

- Mais pourquoi ?! Puisqu'Hanji veut bien me prendre sous son aile ! Je ne comprends pas pourquoi je dois rester avec lui. Il ne veut pas de moi et je ne veux pas de lui !

- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé pour que tu en arrive à une extrémité pareille, mais en tout cas, le problème étant qu'ici, c'est moi le major. Hanji serait incapable de concilier son boulot tout en t'offrant une réelle protection. Levi est une des rares personnes parvenant à faire les deux.

- Mais … !

- Il n'y a pas de ''mais'' qui tienne, claqua Erwin d'une voix autoritaire. Tu es n'es même pas formé Eren, tu dois obéir aux règles de l'Escadron, un point c'est tout. »

Incapable de rester spectateur aveugle de cette pièce ridicule, Levi enfonça la porte et se retrouva juste devant Eren qui semblait partir de l'office. Ils croisèrent le regard et le fer pendant une fraction de seconde, et avant que Levi ne puisse se prononcer, l'adolescent s'en alla dans un fulminement. Désemparé au plus profond de lui, mais une simple moue d'incompréhension apparente sur le visage, il jeta un coup d'œil à Erwin. Le plus carré des deux tapota le bureau du plat de sa main pour lui indiquer qu'il devait s'asseoir. Laissant planer un moment de flottement, il finit par se prononcer :

- « Alors c'était bien lui le problème ?

- Oh la ferme.

- Levi, je suis ton ami, mais je te parle en tant que major. C'est sérieux cette affaire : Eren est quelqu'un de sensible émotionnellement parlant, ne foire pas tout en faisant n'importe quoi. Regarde dans quel état tu l'as mis. Que se passera t-il s'il décide de nous laisser tomber ?

- Tu pars dans tes tours avec Hanji quand je suis avec lui et tu décides de revêtir ta casquette de major quand ça t'arrange ? Ça marche pas comme ça la vie, Erwin. Et tu crois que je ne suis pas déjà au courant de tout ça ? C'est quoi le problème ? Tu vois bien que je suis toxique pour lui, quel est l'intérêt de me le laisser ? Donne-le à Hanji, qu'elle fasse joujou avec et arrête un peu ton cirque. Il n'a pas besoin d'habiter chez moi ça, c'est toi qui me l'a imposé pour que soit disant "on tisse des liens''…

- Ça a plutôt fonctionné, non ? »

Un ange passa. Moment durant lequel la colère de Levi ne fut que s'intensifier davantage.

- « Oui, mais quel résultat ! ironisa-t-il blasé, en fermant les yeux pour se contrôler du mieux qu'il pouvait.

- … sérieusement, Levi, qu'est-ce que tu lui as fait pour qu'il te haïsse autant ? »


Le monde d'Eren semblait tourner depuis le début autour de celui de Levi. Il n'avait pas envie de le voir, ni de lui adresser la parole et voilà qu'il se retrouvait une nouvelle fois devant lui. Déjà que la soirée de la veille l'avait bien fatigué à cause du peu d'heures de sommeil qu'il avait eu, il se trouvait qu'il avait dû utiliser son seul jour de congé de la semaine pour en finir avec cette histoire. Il avait cogité toute la soirée, toute la matinée. Lorsqu'il avait observé le soleil se lever, il se rendit compte qu'il ne pouvait pas entretenir cette relation.

Pourquoi donc ?

Il n'en avait pas la force. Cette simple dispute avait réduit ses forces à zéro. Il s'était déjà imaginé Levi repartir coucher avec sa voisine le soir même de leur querelle, de ce même regard dénué de toute expression qu'il adressait à Lisa lorsqu'il la voyait. Lui avait déjà dû tourner la page, et la seule raison pour laquelle il était encore entrain de le chercher, était qu'il ne voulait probablement pas perdre le prestige qu'il forgeait depuis des années.

Levi avait réussi à le casser.

À lui faire mal.

Pas physiquement, car aucune ecchymose que celles témoins de ses caresses ne résidaient sur sa peau, et encore. Mais bien mentalement. Il se sentait désarmé, désœuvré, et bien trop d'adjectif pouvant qualifier son état actuel. Il fonçait tête baissée dans un mur et Levi l'y entrainait.

Dans ses pensées, il ne fit pas attention et percuta de plein fouet Nanaba, une de ses supérieures qu'il voyait rarement trainer dans le coin. Elle s'enquit de son état et lui lança :

- « Hé, ça va mon grand ?

- Oui, oui. Je vais bien. Je suis en pleine forme ! Je suis radieux ! »

Le trop pleins de gaieté de son discours ne s'alliant pas du tout à son visage puisqu'il était tordu par une grimace entre le sourire et la moue, alarma la jeune femme. Eren était déjà reparti, plus vite qu'une flèche avant qu'elle n'eut le temps de lui attraper le bras afin d'en savoir un peu plus sur son état.

Les rumeurs allaient bon train dans l'Escadron, mais celle du semblant de guerre entre le caporal et Eren n'avait pas encore, apparemment, fait de bruit. Nanaba savait cependant que le jeune adulte avait un réel problème mental, il était tout bonnement incapable de gérer ses émotions à une époque de la vie où c'est déjà compliqué de le faire correctement.

« Pauvre gosse » songea-t-elle en repensant à sa propre adolescence.

Le soldat composa le numéro d'Hanji, dans l'espoir qu'elle l'aide à résoudre ce problème, qui, même s'il semblait anodin, s'avérait bien plus grave que ça. Heureusement que Nanaba avait le flair pour repérer les changements comportementaux des jeunes. Ce n'est pas pour rien qu'avant d'intégrer l'Escadron elle faisait comme petit boulot, surveillante dans un lycée de banlieue où on lui avait appris à déceler les inhabitudes physiologiques chez les jeunes adultes comme Eren.

Décidemment, Erwin avait vraiment un don pour trouver les personnes qui formeraient son Escadron.

Trois sonneries retentirent avant qu'une très faible voix ne lui réponde :

- « … oui ? »

Si la jeune femme ne travaillait pas avec Hanji depuis autant de temps, elle aurait réellement eu du mal à reconnaître son timbre de voix. D'habitude excentrique jusque dans les sons qu'elle produisait, cela lui fit étrange de la découvrir si calme. Elle s'assura de sa santé en demandant, les sourcils froncés :

- « Tout va bien ?

- Énorme gueule de bois. Je ne boirai plus jamais de ma vie. Dis-moi, pourquoi tu m'appelles ?

- Ah, je m'excuse, mais j'ai pensé que c'était important : Eren se comporte de façon étrange et je voulais avoir ton appui pour savoir si ce n'était pas grave, mais puisque…

- Étrange comment ?

- ... difficile à dire. Il a l'air profondément affligé par quelque chose. » Elle parut réfléchir pendant quelques instants, et continua : « Quand il est seul, il a le regard vide, mais lorsqu'on lui demande ce qu'il a, il affiche un sourire encore plus rayonnant que d'habitude. C'est évident qu'il cache ses réelles émotions, mais vu l'état de son cerveau d'après les rapports, j'ai peur que ça surchauffe de trop là-dessous.

- Je vois. Tu as bien fait de me prévenir. Comment va Levi ?

- Est-ce que ça a un rapport avec l'attitude du petit ? s'étonna-t-elle.

- Non, ne te mêle pas de ça, ordonna-t-elle très sérieuse. Je te demande juste si le caporal agis différemment aujourd'hui.

- Ah, ça. Je ne sais pas. Je ne l'ai pas encore… »

Un bruit de verre qui se brise retentit dans tout l'étage. Nanaba faillit en lâcher son téléphone de stupeur. Mike surgit d'un bureau non-loin et s'approcha un peu de sa coéquipière pour savoir d'où le son provenait. Hanji réagit :

- « Qu'est-ce que c'était que ça ? »

Les deux s'approchèrent de l'endroit où l'éclatement s'était produit, et Hanji, toujours au téléphone, plus à l'écoute qu'à n'importe quel moment attendait de nouvelles informations quant au bruit survenu un peu plus tôt.

Mike et Nanaba découvrir Eren, droit comme un i avec une tasse de café éclatée dont quelques morceaux restaient entre ses doigts, les paumes ensanglantées et accessoirement ébouillantées le liquide chaud et marron s'écoulant entre les joints du sol, contournant les morceaux de la tasse.

Les gouttes de sang tombèrent, dans un plic-ploc assourdissant. Sur le visage d'Eren persistait un sourire dévoilant toutes ses dents mais sur lequel s'immiscèrent quelques larmes. Se mêlèrent au breuvage, l'hémoglobine fraichement versée et qui ne cessait plus de couler.

Nanaba ne put contenir un :

- « Oh putain. »

Ils étaient là, tous les trois (quatre, avec Hanji, qui ne comprenait toujours rien et qui s'énervait des réponses inexistantes de Nanaba) à se regarder, incapable de bouger un muscle. Tandis que la jeune femme balbutiait une explication à son interlocutrice, Mike se précipita finalement vers la recrue.

- « Merde, merde, merde, merde. Le caporal va nous buter… »

Il prit soin de ne pas réduire encore plus en miettes, les morceaux de tasses qui gisaient dans une flaque maronnasse aux teintes pourpres, en ne marchant pas sur ces derniers. Mike prit les poignets d'Eren en prenant garde de ne pas lui faire davantage de mal et le questionna du regard quant à cet acte maladroit.

- « J'ai voulu me faire du café, dit-il, un sourire douloureux aux bords des lèvres et le visage figé.

- Je sais, Eren. »

C'était bien entendu faux, il n'en avait pas la moindre idée. Mais, il lui semblait que c'était la meilleure chose à rétorquer à un gamin dont les paumes ressemblaient davantage à celle d'un homme qui s'était battu avec des barbelés.

- « J'ai pas l'habitude d'en boire pourtant, expliquait-il.

- On commence bien un jour. Tu sais, évite de trop parler, on va…

- C'est marrant… On m'a souvent répété que la douleur physique était similaire à celle qu'on a à l'intérieur. Mais c'est incomparable. »

Mike commença doucement à comprendre et lâcha ses poignets pour le regarder droits dans les yeux. Toute la tristesse qu'il ressentait s'y exprimait dans un chaos entrelacé douloureusement avec la couleur de ses iris. Sa pomme d'Adam vrillait, retenant les sanglots qui se voulaient bruyants mais qui restaient, malgré tout silencieux.

- « Tu l'as fait exprès ? »

Eren observa l'étendu des dégâts en perdant peu à peu le sourire figé qu'il portait depuis tout à l'heure et sembla seulement sur l'instant commencer à ressentir sa blessure. Ses sourcils se froncèrent pour tenter de garder son calme.

- « Oui. »

Derrière eux, Nanaba éloignait le combiné de son oreille. En effet, Hanji lui hurlait littéralement dessus pour qu'elle lui passe Eren.

- « Mais puisque je te dis qu'il est incapable de tenir le téléphone ! Il a les paumes pleines de…

- Nanaba fais fonctionner ton cerveau ! Tiens-le pendant que je lui parle, je ne sais pas, fais un truc : mais passe-le-moi ! »

Désireuse de faire taire la femme qui piaillait dans ses tympans, elle décida donc de jouer les porteuses. Trop fatigué pour faire quoique ce soit, Eren, qui entre temps s'était mis à genoux, se contenta de tendre l'oreille vers le combiné.

- « Hanji ?

- Eren ! Oh ciel, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Rien de grave, vraiment. J'ai juste brisé une tasse de café et me suis un peu coupé.

- Un peu ?! cria Mike. Tu déconnes là ! Faut pas rester planter dans ce couloir, t'as besoin d'être désinfecté, et je suis sûr qu'il y a des tonnes de bout de faïence dans ta paume. Gars, tu pisses le sang, je ne vois même pas pourquoi on est encore là, à discuter ! Allez, lève-toi, on va bien trouver un moyen de…

- C'est quoi ce bordel ? »

La voix caverneuse de Levi sonna comme un coup de feu dans l'organisme de tous les êtres présents. Mike craignait clairement pour sa vie, tandis qu'Eren aurait tout donné au monde pour avoir été moins stupide et réussi à garder un temps soit peu son calme. Pour ce qui concerne Nanaba : peureuse, elle rattrapa le téléphone, raccrochant à Hanji et se dépêcha bien vite de le ranger dans sa poche. Elle baissa les yeux, transperçant le sol de ses yeux, se soumettant tout à fait à l'aura terrifiante du caporal.

- « C'est à dire… je vous jure qu'on a rien fait ! se dédouana Mike en levant les mains en l'air.

- Oui, c'est juré ! acquiesça la jeune femme, pétrifiée. »

Eren se releva avec difficulté, et décida de tourner les talons, comme si de rien n'était. Comme le Petit Poucet, il se mit à semer au fur et à mesure qu'il avançait, non pas des petits cailloux, mais bien son propre sang qui s'écoulait de ses plaies béantes et venait s'écraser mollement sur le sol.

Levi écarta ses deux coéquipiers tout en sachant pertinemment qu'il avançait droit vers le nœud du problème, et que pour le résoudre, il allait falloir se salir les mains.

Il voyait le sang d'Eren ruisseler le long de ses doigts tremblant, la hanse de la tasse toujours enroulée autour de son pouce. Avait-il réellement explosé la tasse avec ses mains ? Vu le bruit que cela avait fait, ça ne l'aurait pas étonné.

Il ne lui fallut pas plus que quelques secondes pour le rattraper. Harassé, désespéré mais surtout au fond, sans se l'avouer, réellement avide de l'attention de Levi, Eren se laissa emporter vers l'infirmerie, endroit vers lequel son supérieur l'emmena sans prononcer un mot.


Bip.

Bip.

Bip.

Bip.

On n'entendait plus que la drôle de machine d'Hanji dans le coin du laboratoire, tandis que Levi enlevait avec minutie chaque particule de faïence susceptible de se cacher parmi les lambeaux de chair qu'était devenu la paume d'Eren. Après un long moment de silence tout aussi pesant qu'il n'était gênant, il souffla :

- « Ça ne sert à rien. »

Levi leva le menton vers lui pour lui indiquer qu'il l'écoutait.

- « Ce que tu fais. C'est inutile, tu le sais bien en plus : je me soigne tout seul.

- Tu as beau te soigner, tu ressens quand même la douleur. Autant faire en sorte que ça ne soit pas trop pénible. »

Eren allait lui rétorquer un truc du style « Depuis quand est-ce que tu te préoccupes de ce que je ressens ? » mais les souvenirs de Levi, le cherchant partout dans la ville, le retrouvant dans le bar, s'occupant de lui malgré tout, lui revinrent alors il se ravisa, et décida que la meilleure des réponses dans ces cas là était le silence.

Pourquoi est-ce qu'il l'ignorait, déjà ?

Il ne s'en souvenait presque plus, c'était brumeux tout ce qu'il ressentait à l'instant était l'hémoglobine séchée sur toute la base de sa main et les morceaux coupant que Levi retirait un à un avec un silence presque religieux. Il le tenait fermement, pas assez pour lui faire mal, mais suffisamment pour qu'il reste en place.

Ses doigts épousaient parfaitement les contours de son poignet. Entièrement hydratées, les ongles coupés avec soin, il le souillait avec son propre sang, et Levi n'avait pas l'air de s'en préoccuper le moindre du monde (ou s'il le faisait, il feignait drôlement bien celui qui s'en moque).

Ouais, aucun doute, ça lui correspondait bien plus.

Eren se sentit nauséeux, et se dégagea de son étreinte avec toute la force qui lui restait. Levi ne comprit pas cet acte :

- « À quoi tu joues, là ? J'ai pas fini.

- Je n'ai pas besoin de toi. Je peux m'en occuper tout seul.

- Bah non justement. Tu t'es écorché les deux mains, alors sauf si tu es contorsionniste au point de pouvoir utiliser tes pieds, quoique j'en doute vu ta dextéri…

- C'est bon je te dis ! rugit-il. »

Il s'était levé, renversant de ce fait les quelques cotons encore inutilisés qui résidaient sur ses jambes quelques minutes plus tôt. Levi grogna :

- « Bon, assez rigolé maintenant. Eren, s'il t'en faut aussi peu pour te mettre dans des états pareils, très franchement va falloir grandir.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre que je mette fin à notre semblant de couple sérieusement ? Tu as Lisa, alors fous-moi un peu la paix !

- Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de cette fille Eren ? T'es vraiment bouché ma parole, tu ne comprends rien.

- Non ! Je ne comprends rien, et c'est bien ça le problème ! Comment est-ce que je sais que tu ne feras pas la même chose avec moi, quand tu auras obtenu ce que tu veux ?!

- Tu fais chier à la fin, arrête de geindre et laisse-moi finir ce que j'ai commencé.

- NE ME TOUCHE PAS ! »

Levi sursauta, comme ça lui arrivait rarement. La voix qui était sortir aurait clairement pu être celle d'un fauve en cage. Pourquoi fallait-il qu'ils s'y prennent aussi mal l'un que l'autre pour entretenir une relation (amicale ou amoureuse) « normale » ?

Il fallait qu'il prenne sur lui pour faire avancer l'histoire pas question de compter sur Hanji, et encore moins sur Erwin pour les rabibocher. Il soupira :

- « Eren, j'ai pas le temps de jouer, alors décide vite si tu me crois ou non. Il faut que tu apprennes à faire confiance aux autres. »

Levi se mordit la joue après cette parole c'était bien ironique de sa part de sortir un truc pareil. La dernière fois qu'il avait entendu de tels propos ça avait été de la part…

Sa tête se mit à tourner, si fort qu'il en eut presque un haut-le-cœur. Il revit en un instant le visage ovale de sa défunte amie, ses cheveux roux, toujours hirsutes et coiffés en deux couettes basses. Son regard vif rieur, dénué de toute forme d'antipathie et ses orbes profondément vertes lui rappelant définitivement le jeune homme devant lui. Il se remémorait encore très bien du timbre qu'il avait prit alors qu'il lui avait répondu…

- « Je ne fais pas confiance aux gens, vrombit Eren. »

Levi s'étouffa avec sa propre bile, qui remontait le long canal qu'était sa gorge. L'acidité se propagea dans toute sa bouche avec moue de dégoût.

Eren lui avait répondu avec une voix bestiale, semblable à celle d'un insulaire qui découvrait pour la première fois de une vie humaine autre que la sienne sur son île, et qui faisait tout pour se protéger. Levi se gifla mentalement il réalisa quelque chose de flagrant : s'il avait autant de mal avec Eren, c'était parce qu'il se retrouvait beaucoup trop en lui. Il se revoyait, insouciant, bercé par les rires de ses amis avec un bagage lourd, bien trop lourd (celui de son passé) à porter. Mais la vision d'un Eren aussi inconnu, terrifiant lui fit presque prendre peur pendant un court instant avant qu'il ne se remette de ses émotions.

Comment avait-il pu penser un seul instant que ça allait fonctionner ?

Comment avaient-ils pu être aussi insouciants ?

Ça bouillonnait. Depuis hier, ce matin, tout à l'heure, ça affluait sous sa peau, ses muscles le démangeaient, à l'étroit dans son propre corps il voulait se soulager, que ce sentiment de claustrophobie s'efface. Eren, dans son absence de réaction, déclara d'une voix plate et grave :

- « Je crois qu'on n'a plus rien à se dire. »

Il se déroba sous ses paroles et enfonça la porte du labo.


Ses paroles auraient dû le détruire. Elles auraient dû le fouetter en plein vol, l'envoyant s'étaler contre le mur voisin. Ça aurait très certainement été le cas si Levi n'avait pas été aussi entrainé à cacher ses sentiments. Mais voilà. S'ajoutant à cela, Levi avait réalisé qu'il n'avait peut-être pas tort qu'il était bien plus important que tout s'arrête maintenant avant qu'ils n'aillent plus loin. Et il ne pouvait qu'acquiescer platement dans le vide du labo aux derniers mots d'Eren.

Ce n'était pas pour autant qu'il abandonnerait son statut de protecteur. Désormais, plus de perte de contrôle, plus de dispersion. Il était temps que Levi redevienne celui qu'il avait toujours été (du moins, celui qu'il s'était toujours persuadé être). Plus de rapprochements inutiles. Plus de cohabitation continuelle. Ils se cantonnerait à une relation professionnelle.

Farlan et Isabel n'auraient pas voulu qu'il s'abandonne à ses états d'âmes pour une futilité pareille (c'est faux, ils lui auraient très certainement dit de suivre son instinct… mais à cet instant n'importait à Levi que la survie de leur district et l'éradication totale de ce putain de clan).

Il était temps de remettre les points sur les i. Il lui suffirait de redevenir le mur blindé qu'il avait l'habitude d'être.

Dans sa conviction de rendre l'avenir du Bataillon Ailé encore plus radieux, Levi omit le simple détail, mais pourtant qui pesait son poids dans la balance, qu'il ne pourrait plus jamais être le même peu importe les efforts qu'il fournirait. Le fait étant que ce mois passé, ces baisers volés, cette semaine ensembles, avait altéré un, je-ne-sais-quoi, dans son métabolisme qui changerait sa perception des choses pour toujours.


Poum-poum-poum-poum-poum-poum.

Tel était le rythme cardiaque de l'adolescent lorsqu'il poussa la porte.

Un rythme effréné que rien ne pouvait sembler ralentir.

Plus rien ne semblait importer autour de lui. Son sang circulait et venait s'écouler un peu à chaque fois de ses mains à demi-aseptisées. Il ignora le regard inquiet de la dame de l'accueil lorsqu'il passa devant son bureau. Il ne prit pas garde à la plante dans le coin du couloir qu'il faillit renverser en cognant dedans. Il ne se préoccupa pas le moins du monde du couinement que faisait la porte lorsque l'on passait à travers et enfin : il se retrouva à l'air libre.

Il ressentit le souffle chaud des matinées ensoleillées sur sa peau que pouvait-il désirer de plus ? Il avait si peu dormi. L'adolescent était dénué de toute force mentale, ou physique. Pendant quelques instants, il chercha un endroit où s'abreuver. Ses besoins primaires devançant tout, il lapa avec avidité l'eau de la petite fontaine (dont la liquidité était probablement peu potable, mais peu lui importait).

Le jeune homme se comportait différemment de d'habitude. Sa peau mordorée luisait d'autant plus au soleil, on aurait dit qu'il transpirait (si ce n'était pas le cas). Son attitude effraya une petite fille qui s'était posée non-loin de son abreuvoir, et dans un bond elle partit se réfugier derrière une femme qui s'apparentait à être sa mère vu les traits familiers qu'arborait cette dernière.

Eren songeait dans une langue qu'il n'était pas censé comprendre. Pourtant il semblait saisir chacun des mots qu'il formulait silencieusement, sans vraiment s'en rendre compte. Son expression faciale en témoignait d'ailleurs. Les sourcils arqués pour se rejoindre en un point imaginaire, le dos voûté, la main en coupole pour recueillir l'eau dont il avait tant besoin : il ressemblait davantage à un primate, ou un fauve, qu'à un véritable être humain.

Il était semblable à ces animaux apeurés mais terriblement féroces, qui seraient prêts à tout pour sauver leur butin. D'ailleurs, personne ne voulait plus s'approcher de ladite fontaine, ne serait-ce que pour se prélasser près du coin d'eau.

L'éclair solaire manifesté en rayon l'ébloui, et l'aveugla un moment. Sonné, il s'arrêta de boire et s'essuya machinalement du revers de la manche le coin de ses lèvres, duquel découlait un filet de bave. Soudainement, Eren prit conscience de l'étrange position dans laquelle il se trouvait, et se remit à penser en une langue qu'il comprenait.

Que s'était-il passé ?

Il écarquilla les yeux et bafouilla :

- « Je… suis désolé. »

La foule matinale légère avait afflué, regroupée autour de lui, pour observer ce spectacle inédit. Ils mettaient tout de même une distance non-négligeable entre eux et cette bête qui buvait. La place était entourée par une masse humain chuchotant, effrayé par Eren.

Comment s'était-il débrouillé pour arriver ici ? N'était-il pas dans le laboratoire avec Levi ?

La dernière chose dont il se souvenait était les paroles de celui-ci résonnant contre son crâne qui lui sommait sa volonté à finir ce qu'il avait commencé, c'est-à-dire, désinfecter correctement les plaies d'Eren.

Les plaies.

Ses mains lui brûlèrent dès l'instant où il resongea à ses blessures. Il les observa avec attention et découvrit avec dégoût la mélasse rougeâtre, mélangée à l'eau sale de la fontaine publique. Une vieille dame devant lui s'étreignait dans un châle marron chocolat. Ses petits cheveux gris retombèrent comme une visière devant ses yeux et il l'entendit murmurer à son compagnon à côté d'elle :

- « Tu as vu ? Le pauvre garçon… Regarde ses mains. »

Son palpitant s'excita et Eren se mit à paniquer.

- « Non ! Je vous assure ! N'ayez pas pitié de moi ! Tout… tout va bien ! Je ne ressens presque pas la…

- Ne vous avancez pas plus ! ordonna une trentenaire qui s'affolait à la vue du liquide bientôt noir qui s'échappait des paumes meurtries d'Eren.

- Mais…

- Faites quelque chose enfin ! Vous voyez bien qu'il se vide !

- C'est répugnant.

- Oh mon dieu…

- Ne regarde pas ma puce.

- Éloignons-nous. »

Eren n'entendais presque plus rien, tant les chuchotis se regroupaient devenant petit à petit un mélange de paroles dont il ne percevait que les plaintes et timbres effrayés des passants. Eren se sentait acculé, coincé au bas du mur. Tout le monde l'observait avec de grands yeux ronds, certains restaient muets comme des carpes, incapables de déclamer leurs états d'âmes, mais le scrutait avec une curiosité malsaine et maladive.

Terrifié, Eren se fraya un chemin dans la foule (bien qu'il n'eut pas vraiment à le faire puisque les gens s'écartaient d'eux-mêmes). Il ignora la douleur lancinante dans ses doigts et encore en dessous et les fit se rejoindre en prière, faisant pression et garrot naturel : cela limiterait la perte de sang.

A vrai dire, il n'en perdait pas autant que ça ce n'est pas comme s'il s'était tranché une artère, mais il avait suffi d'une erreur de sa part, d'une émotion un peu trop forte, pour que l'hémoglobine afflue vers l'endroit en question et fasse repartir de plus belle l'écoulement.

Comme une de ces feuilles à la fin de l'automne, il s'étala sur le sable de la plage sur laquelle il avait fini par se retrouver finalement. Un des seuls avantages de là où il travaillait, c'était bien sa localisation.

Exténué, et endolori, il ne lui fallut que quelques secondes pour qu'il s'endorme, le roulis des vagues en fond sonore.


- « Hé ! Toi ! Fais attention un peu, tu crois que la plage est à toi ? »

Eren se releva, encore engourdi par les brumes du sommeil. Combien de temps avait-il dormi ? Pas beaucoup, le soleil s'était à peine levé davantage, il devait être dans les alentours de midi. Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, puisque la petite voix se manifesta de nouveau derrière lui.

- « Ouais, c'est à toi que je cause le maigrichon ! »

Il se retourna et découvrit une petite fille, des yeux verts perçants, une frimousse résolument adorable mais avec une lueur trop adulte dans le regard pour qu'elle appartienne réellement à une gamine. Ses petits cheveux fins étaient rassemblés en une petite couette sur le haut de sa tête, laissant virevolter une partie trop courte pour être attachée au vent.

La jeune fille le toisait avec deux yeux méchants, qu'avait-il fait pour mériter qu'une inconnue lui parle comme ça ?

- « Gaby ! »

L'interpellée fit volte-face, et rencontra un homme qui n'était pas méconnu des souvenirs d'Eren (quoiqu'il en reste), ce dernier tenant un étrange objet qu'il s'empressa de ranger au fur et à mesure qu'il accourait pour récupérer la petite.

- « Laisse donc ce pauvre monsieur se reposer tranquille ! Ne t'ai-je pas déjà assez répété de ne pas adresser la parole aux… »

Il s'interrompit lorsqu'il finit par être assez proche pour reconnaître le visage d'Eren. La montagne de muscle qu'était Reiner écarquilla les yeux à la vue de son nouvel ami. Un peu secoué par ce réveil brutal, il n'osa rien dire tandis que le blond caressait l'arrière de sa nuque :

- « Tiens, Eren… qu'est-ce que tu fais ici ?

- … je dormais, je crois ? hésita le concerné.

- Il dégueulassait la plage avec son sang, oui ! Regarde tonton ! Ses mains sont toutes sales ! »

Elle désigna de son index l'objet de ses dires, tandis qu'Eren reconsidéra la douleur toujours présente dans ses paumes. Ses plaies s'étaient recouvertes de plasma (et de sable, accessoirement) désormais sec, et on voyait toujours les traces de ses actes bien visibles. Si les lésions ne saignaient plus, il constata qu'il avait en effet laissé une trace sur le sol.

- « Qu'est-ce que tu t'es fais ? s'enquit Reiner.

- J'ai explosé une tasse de mes mains, expliqua-t-il d'une voix plate, comme s'il s'agissait d'un acte tout à fait normal.

- …ah ? Tu ne devrais pas rester là, il faut te soigner.

- Reiner, je… ça va.

- Tu veux que j'appelle Armin ?

- C'est bon, je t'assure que tout va bien. Tu peux continuer ta route. »

Reiner était perplexe. Il ne bougeait pas d'un millimètre, tandis que Gaby, qui semblait être sa nièce le toisait en fronçant les sourcils.

- « C'est lui, tonton ? »

Le grand plaqua sa large main dans le dos de la petite comme pour la sommer de se taire silencieusement.

- « Oui, c'est lui, tu sais, l'ami d'Armin.

- Quoi ? Non, je ne voulais pas dire…

- Bon, coupa-t-il, on ne va pas déranger Eren plus longtemps, allons-y. »

Le blessé, interloqué l'interpella :

- « Hé Reiner !

- Quoi ?

- Tu t'es remis de la soirée ? Ymir ne t'a pas trop fait une tête au carré pour avoir osé faire picoler Christa ? »

Comme soulagé, il expira et indiqua à sa nièce le chemin à suivre pour qu'il puisse discuter un peu plus avec Eren. Gaby trottina vers l'avant :

- « Haha, cette fille est une véritable hyène. Elle a débarqué comme une furie alors que je discutais tranquillement avec Connie, et a essayé de me foutre une claque sans même me demander si j'avais vraiment faire boire Christa.

- Elle t'a fait mal ?

- Peuh, elle ne m'a pas touché. J'étais assez conscient sur le moment pour esquiver son coup : c'est Connie qui a tout prit.

- Le pauvre… ricana tout de même Eren.

- Tu l'as dit. »

Un petit silence régna sur l'instant avant que Reiner n'y coupe court :

- « Écoute, t'as l'air exténué, je vais te laisser tranquille. Et puis, j'ai promis à ma nièce qu'elle pouvait m'accompagner pour… me balader. Alors je me dois de rester le bon oncle que j'essaie d'être.

- Ça marche, à plus, termina-t-il.

- Au fait… Eren. Tu, devrais pas rester là. Rentre chez toi, tu risquerais de te faire emmerder.

- Emmerder ?

- Ouais, enfin, c'est une possibilité parmi tant d'autres. Fait juste attention à toi.

- D'accord… »

Reiner lui adressa un sourire peu confiant avant de se retourner. Le soleil redessinait les contours de ses cheveux ambrés et de son profil masculin. La petite avait couru jusqu'à la berge, laissant dans le sable mouillé, les empreintes de ses pieds. Il ne fallut pas longtemps à Reiner pour arriver jusqu'à elle. Ce qu'Eren trouva touchant, fut la façon avec laquelle l'oncle se déplaçait : lorsqu'il faisait un pas, on voyait sur le sol qu'il en avait fallut six à la petite pour parcourir la même distance. Et en un rien de temps, il se retrouva à ses côtés, ébouriffant le crâne de cette dernière.

Eren soupira de consternation. Reiner ignorait tout de la situation mais pour autant, il lui avait donné un conseil qu'il allait suivre à la lettre. Il allait profiter de l'absence de Levi à l'appartement pour récupérer les quelques affaires qui lui appartenaient.

Son cerveau lui jouait des tours. Il ne savait pas s'il fallait qu'il soit fondamentalement triste ou s'il fallait être heureux de son état actuel. Du plus loin qu'il se souvienne, il avait toujours été en quête de liberté et de découvertes. Il se défaisait de ses chaines, pourquoi n'arrivait-il pas à être pleinement satisfait ?

Quelque chose l'interloqua cependant.

Comment se faisait-il qu'il n'avait pas pu obtenir cette indépendance avant ? Il en oubliait les différents avec Levi, jusqu'à l'existence de ce dernier et de tout l'Escadron. Il se retrouvait à nouveau dans la situation dans laquelle il avait été un mois auparavant. Comme s'il se réveillait d'une énorme gueule de bois : le regard trouble, une immense douleur à la tête et un oubli total de la dernière soirée.

Sauf que présentement, sa mémoire sélective triait les souvenirs sur le volé. Et ce n'était pas d'une simple soirée dont il ne se remémorait pas, mais bien du mois entier. Certains partir dans les limbes de sa mémoire, et d'autres restèrent : telle était la politique du tri aléatoire des souvenirs d'Eren. Beaucoup trop d'informations partir à la trappe et ne restait en Eren qu'un puissant sentiment de volonté de liberté.

Sans prendre garde à quoique ce soit, il mit en place un certain plan : après son maigre baraquement sur le dos, une fois qu'il aurait tout récupéré : il demanderait asile auprès d'Armin le temps de réunir assez d'argent pour avoir son propre appartement.

Il allait enfin être libre.


Reiner lançait des coups d'œil préoccupés vers là où il avait laissé Eren. Nerveux, il triturait les quelques galets du bout de son pied tandis que Gaby lui demandait :

- « Pourquoi tu as rangé la drôle de machine quand tu as vu ton ami ? Il n'est pas au courant ?

- Je t'ai déjà dit et redit de ne pas parler de ce genre de choses lorsque l'on est à la Surface tu n'écoutes donc jamais ? chuchota-t-il, presque menaçant.

- Ce que tu peux être vieux jeu, soupira-t-elle. Maman me laisse tout savoir sur l'avancement de la mission, elle. Toi, il faut toujours te tirer les vers du nez pendant des heures.

- Et tu sais bien le faire, hein : petite coquine ! »

La fillette lui tira la langue et éclata de rire en voyant la mine faussement choquée de son oncle de substitution. Après avoir calqué son état, Reiner reprit un peu de son sérieux :

- « Mais je ne plaisante pas Gaby, il faut que tu apprennes à te faire discrète.

- Oui, je sais tout ça, leva-t-elle les yeux au ciel, n'empêche que tu ne m'as pas répondu !

- C'est lui. »

Un temps.

Gaby ne sembla pas réaliser sur le moment de quoi Reiner voulait parler. Elle en lâcha le coquillage qu'elle tenait dans les mains. Et après s'être assurée qu'ils soient bien seuls sur ce coin de la plage, elle lâcha un :

- « C'est vraiment LUI ?! Oh mon dieu ! Il faut prévenir Zeke tout de suite ! Il va être fou de joie qu'on a réus…

- Tup, tup, tup, fit Reiner en lui plaçant diligemment un doigt sur la bouche. Tu ne diras rien du tout, tu es tenue au secret-défense.

- Mais heuuuu ! Maman allait tellement être fière de moi !

- Elle le sera quand le temps sera venu de lui dire. Pour l'instant c'est trop tôt, beaucoup trop tôt. Laisse-moi faire, tu veux bien ? »

Il savait visiblement lui parler, puisque résigné, elle fini par promettre :

- « Bon… d'accord.

- Croix de bois, croix de fer ?

- …croix d'bois, crois d'fer. »


Et bah putain, j'ai cru que je n'en verrai jamais le bout :')

J'apprécierais beaucoup d'entendre tous vos retours sur ce chapitre.

Que pensez-vous de cette fin ? :)

Pour ce qui concerne l'état d'Eren lorsqu'il se désaltère, c'est assez compliqué, je ne veux pas vous spoiler, mais sachez que la détérioration de son état mental ne fait que commencer. C'est d'ailleurs très dur de décrire ses pensées puisque c'est un regroupement d'incompréhension et de faux-souvenirs parfois. D'autant plus qu'il agit ainsi parce qu'il se sent en danger... écoutez, je vous laisse attendre un peu : je vous expliquerai tout ça plus tard, en temps voulu, c'est promis ;)

Si par contre, certains ou certaines d'entre vous ont des théories, je suis toute ouïe.

Je stresse à l'idée de poster ce chapitre... j'ai peur d'avoir fait n'importe quoi, d'avoir perdu tout mon lectorat. De toute façon, pour en être sûre, il n'y a qu'une solution, hein ?

Je vous embrasse très fort, et vous dit à bientôt j'espère !