Toujours hyper en retard...
Vous commencez à être habitués maintenant !
Qu'est-ce que j'ai à dire pour ma défense ?
Bah... franchement j'ai de bons arguments !
Bon, premièrement, si mes activités extra-scolaires sont quasi inexistantes par rapport au mois de novembre, c'est par rapport aux cours que ça coince pas mal. J'ai mon TPE à fignoler, et pour ne pas couper à la règle : je suis ultra en retard. Du coup plus beaucoup de temps pour écrire tout ça, tout ça.
Je m'énerve parce que je m'étais promis de publier rapidement cette fois fois (comprenez moins de deux semaines) mais faut croire que j'y arrive pas, ahah :')
Mais il ne faut pas croire que je n'ai rien fait hein, mon OS de l'entre chapitre 2-3 (il me semble) est en préparation. Il compte à peu près 8k de mots, donc ça avance doucement mais sûrement. Je vous tiens au courant ;)
Merci pour tous ceux et toutes celles qui sont là, même si vous ne dites rien, je vous vois tous et ça me fait plaisir.
On se retrouve à la fin du chapitre ! Bonne lecture !
Les colonnes se succédaient les unes les autres. Des dizaines de milliers de petites lumières se chevauchaient dans la roche, dans les airs (maintenues par des longues guirlandes de fil), dans les becs de gaz mais aussi dans les foyers. C'était un joyeux festival d'éclats : tout resplendissait.
Vu de loin, cette ville atypique pouvait sembler presque attrayante.
Seulement, lorsque l'on se penchait un peu pour y voir plus clair, tout devenait limpide comme de l'eau de roche. La vérité reprenait la place qu'elle avait toujours eu, les mensonges se dissolvaient.
Cette ville était, en vérité, plus noire que les mains d'un ramoneur.
Ektyos était une cité sans âme, souterraine, dénuée de la lumière produite par le Soleil l'on tentait de reproduire les rayons de l'Astre à l'aide de lumignons, de bougies, parfois de lampes à huile mais en vain. Le résultat en était que la plupart des habitants souffraient énormément de leur manque de vitamine D, développaient de l'arthrite, et une perte de la notion du temps. S'immisçait dans le quotidien des locaux une vision constante de la folie, et il n'était pas rare de tomber dans la spirale de la maladie mentale.
Le progrès ? Personne ne le connaissait enfin, si : peu. Il était réservé aux élites, et dissimulé de manière à ce que seuls ceux-ci soient capables d'en jouir. Le reste des habitants de la ville souterraine étaient restés au point mort, avec des connaissances avoisinants les zéros et presque aucune notion du monde extérieur. La plèbe n'avait pas conscience d'être enfermée. Et les plus fortunés, ne faisant pas forcément partie de l'élite s'entretenaient dans le mensonge, encore et toujours, en se convaincant qu'il valait mieux être bourgeois dans cette vie, qu'inconnu dans l'autre.
Régie par le clan Hakai-teki, ces élites ne se limitaient pas qu'aux Hommes aux poches bien remplies l'on comptait parmi les partisans : des bandits, des femmes au foyer, des aristocrates, des fervents croyants… bref, ils pouvaient venir de tous les horizons, ce qui comptait principalement étant leur intégrité au sein du groupe. Si l'on se mettait à dos le clan, c'est toute sa vie que l'on remettait en question. Mieux valait y réfléchir à deux fois avant de faire ce genre de chose.
Régnait dans la cité souterraine une ambiance de peur, de crasse et de claustrophobie grandissante. Plus le temps avançait, et plus le « petit peuple » se posait des questions. Comment se faisait-ils qu'ils n'avaient pas l'autorisation d'avoir accès à certains endroits ? Pourquoi tant d'inégalités ? Comment se faisait-il que les hautes sphères ne faisaient rien pour faire avancer la situation ?
Des manifestations prenaient places un peu partout. On fermait les commerces déjà peu investis dans leur travail. Même le marché noir tournait au ralentit. Cela devenait compliqué de trouver de la nourriture.
Au détour d'une petite ruelle, un groupe de malfrats se reposait. Tous avaient ce fameux delta tatoué sur une partie de leur corps. Un petit trapu (dont son appartenance se manifestait par le triangle dans le sens commun, sous son œil) se releva de la caisse en bois sur laquelle il était assis et demanda avec intérêt :
- « Et s'y prendrait comment ?
- On passera par l'escalier.
- Mais il est gardé de tous les côtés, comment est-ce qu'on est supposés faire ?
- Imbécile, dit un costaud en lui assenant une tape sur le crâne, tu oublies qu'on a l'appui de Reiner et de tous les autres.
- Ils nous aideront ? C'est certain ? se méfia un autre, qui était entrain de jouer avec son couteau et qui s'était promptement arrêté lorsque l'on avait évoqué le devenir de leur mission.
- Puisque je te le dis. C'est même Zeke qui me l'a répété ce matin. Nous n'étions pas censés être mis au courant avant demain matin, alors si on vous demande… »
Le jeune voyou mima un mouvement de fermeture éclair par dessus ses lèvres. Ses coéquipiers et amis acquiescèrent pour montrer leur accord, sans pour autant se prononcer. L'un d'eux recommença à jouer avec son couteau, le plantant et replantant sur le caisson, qui comportait déjà de nombreuses traces çà et là, témoins de précédents coups sur le meuble.
- « On se fait quand même sacrément chier ici…
- Quand je pense qu'avant nous avions le droit de bouger et d'aller où bon nous semblait. Maintenant, se lamenta l'un d'eux, on reste ici, on prend racine, et c'est à peine si on a de quoi bouffer. »
Le plus robuste de tous se redressa en tapant avec colère ses poings sur la moitié de table qui se trouvait devant lui. L'allure masculine, le menton carré et surtout, une énorme balafre lui recouvrant la moitié du visage (une entaille profonde qui partait du menton jusqu'au sourcil, l'ayant rendu de part ce fait borgne) il imposait le respect, et ce n'était pas compliqué de deviner qu'il était le leader de la petite bande.
- « Écoutez-moi bien attentivement bande de sous-merdes : on a accepté cette mission, ça va faire cinq ans. Lorsque l'on s'est soumis à la bonne volonté du clan H, on en connaissait les tenants et aboutissants. C'est vrai ou c'est pas vrai ? »
Les autres s'écrasaient tout à fait face à l'autorité du chef de groupe, et se contentaient d'hocher la tête une fois de temps en temps. Cette réponse n'étant pas jugée satisfaisante de la part du borgne, il hurla :
- « C'EST VRAI OU C'EST PAS VRAI ?
- Oui, oui, c'est vrai ! répétèrent-ils tous en chœur, apeurés.
- Bon. Alors, arrêtez de la jouer meneurs de révolution et obéissez aux ordres. On fait partie de ce clan, non ? Comment ça se fait que vos petits cerveaux n'aient toujours pas réussis à intégrer ça ? On dirait que vous êtes bloqués dans le passé. Si vous continuez, je vous livre en pâture aux superviseurs, et Dieu seul sait à quel point ils en ont gros en ce moment…
- Non ! Non ! N'en parle surtout pas à Zeke ! supplia un homme.
- Oh, ce n'est pas à Zeke que je pensais… ricana-t-il.
- … tu ne veux pas dire que – tu comptes vraiment lui dire ?
- Ça se pourrait… »
Un bruit résonna au coin de la ruelle. Pourtant, personne ne venait jamais mettre les pieds ici. Les habitants de la cité savaient les endroits à éviter et cette petite impasse était leur propriété privée, les gens étaient au courant. Alors que viendrait faire un passant averti sur leur territoire ?
- « Reiner ? »
Le grand blond était en eau, sa petite nièce, bien connue du quartier, à bout de bras elle aussi semblait souffrir de leur course précédente. Les quelques voyous se redressèrent sur le champ, droit et sérieux, les bras croisés dans le dos, la mine toute à coup renfrognée par la considération. C'est la respiration haletante que Reiner demanda :
- « C'est bon… Vous n'avez pas vu Zeke ?
- Non. Il n'est pas ici, peut-être au bâtiment principal ? répondit le leader.
- Il n'y est pas, je viens d'aller vérifier. »
Le blond mit un genou à terre pour se mettre à la hauteur de sa nièce et prit le menton de la petite Gaby entre ses doigts :
- « Bon, Gaby. Je vais te raccompagner chez toi, et continuer cette histoire tout seul. Ça ne te regarde plus à présent, c'est compris ? Souviens-toi bien ce que tu m'as promis en haut.
- Quoi ?! éclata-t-elle, profondément énervée. Tu ne vas pas me laisser toute seule alors qu'on a fait la découverte ensembles ? Et puis d'abord, si je ne l'avais pas réveillé, tu n'aurais jamais su que c'était lui l'émetteur !
- C'est quoi cette histoire ? s'intéressèrent finalement les vauriens, se rapprochant d'eux. Vous avez retrouvé l'émetteur ?
- Mêlez-vous de ce qui vous regarde, tonna Reiner. »
Il les remercia sommairement d'un hochement de tête pour le coup de main (bien que simpliste) sur la position de Zeke (ça faisait au moins un endroit de plus où il n'était pas) et s'éloigna d'eux, un regard méfiant peint sur la figure.
Gaby se débattait, tentant d'échapper à la poigne de fer de son oncle sur son poignet. Ne bougeant pas d'un millimètre et ne réduisant en rien son emprise, Reiner marchait vite et droit de manière à terminer leur discussion dans un endroit plus calme et sans vis-à-vis. Gaby hurla :
- « Mais lâche-moi enfin ! Je ne suis plus une gamine !
- Oh que si tu en es une ! s'énerva Reiner de son ton autoritaire. Si tu n'en étais plus une, tu aurais compris que lorsque l'on est encline à parler d'un sujet top-secret, on prend garde à fermer son clapet ! »
Se rendant compte de la bêtise qu'elle avait failli faire, elle plaqua ses mains sur sa bouche, comme pour excuser son erreur. De petites larmes parurent sur les coins de ses yeux, et une grosse boule de culpabilité se forma aux tréfonds de sa gorge.
- « Allez, ne fais pas cette tête, on a évité la catastrophe. Mais tu comprends maintenant pourquoi je ne peux pas t'en révéler plus sur l'avancement de la mission ? »
Honteuse et confuse, Gaby se contenta d'opiner du chef et de rejoindre son domicile dans lequel sa mère l'attendrait probablement avec un bon bol de chocolat chaud (cet aliment étant une denrée rare parmi les habitants de la plèbe, Gaby ne pouvait que se réjouir de faire partie de cette association qui « contribuait pour son bien et celui des siens » disait-elle).
- « Mais non ! Tu déconnes ! s'écria Oluo.
- Si, si ! Je t'assure : on y était avec Nanaba, et je peux te garantir que ça foutait vraiment la trouille. Le caporal avait sa tête des jours « je vais exterminer ces enfoirés, les rayer de la surface du globe », sauf que ce regard nous était adressé contrairement à d'habitude…
- J'en ai encore la chair de poule, marmonna Nanaba qui serrait sa tasse de café comme le plus précieux des récipients, se délectant de la chaleur qui émanait de la faïence.
- En attendant, c'est Eren qui trinque ! tonna Erwin. Vous devriez être mort de honte d'avoir fui vos responsabilités à cause de lui : un de vos associés qui-plus-est !
- Mais enfin, se justifia Mike en baissant un peu la tête, Levi est bien celui qui est à la charge du gosse, pas vrai ? Nous n'avons que…
- Eren n'est pas un objet enfin ! coupa-t-il, furieux. Il est l'une de nos plus jeunes recrues, il est fragile et indispensable : comment pouvez-vous tout remettre sur le dos de Levi ? Je vous signale que si c'est lui qui a pour but premier d'en prendre soin et de faire attention à ce qu'il ne se fasse pas capturer par inadvertance, c'est de votre devoir de faire en sorte qu'il ne soit pas dépassé par la tournure des évènements ! Non mais on croit rêver ! »
Le major faisait les cent pas autour des membres de l'Escadron présents. Ils avaient les yeux vissés à la moquette grise du petit espace. Seul Oluo se moquait de son modèle aliéné, qui avait, encore une fois, fait preuve de bien trop d'audace face à ses confrères. Que mangeait-il le matin pour être aussi puissant dans ses coups de gueules ? Très honnêtement, il n'en savait rien mais ça valait franchement le coup de…
- « Il y a quelque chose qui te fait rire ? »
La voix d'Erwin fendit l'air et un silence de mort reposa sur la pièce pendant une dizaine de secondes. Le blond n'avait pas pour habitude d'élever autant la voix face à ses subordonnés. D'ordinaire, ils savaient être obéissants et appliquaient les plans à la lettre. Le supérieur passait souvent l'éponge sur leurs écarts peu matures, mais il fallait bien souffler entre deux interventions alors c'était compréhensible. Mais là, la situation était critique. Eren devenait fou, incapable de gérer le trop plein d'émotions qui le ravageait et eux ne le comprenaient pas. Comment se pouvait-il qu'il soit hilare dans un moment pareil ?
- « Non.
- Non ?
- Non, monsieur le Major. »
Oluo mit son poing sur le cœur dans un geste plein de patriotisme et fini par relever la tête afin de regarder son supérieur dans le blanc de l'œil :
- « On s'assurera qu'Eren sera en de bonnes conditions sociales désormais pour qu'il puisse continuer sa formation.
- J'espère bien, acheva Erwin. »
Il scruta sa petite assemblée, et s'écarta de ces derniers en seulement quelques pas. Avant de sortir définitivement du large espace de repos, il demanda d'un ton sévère :
- « Lorsque vous revoyez Levi, envoyez-le dans mon bureau. »
Ce que l'Escadron ignorait bien évidemment, Erwin compris, c'est que cela faisait une bonne dizaine de minutes qu'Eren avait déjà pris la poudre d'escampette. Sans que personne ne s'en rendent compte, les portes avait été franchies, et la jeune recrue gambadait librement dans la nature, comme une gazelle dans la savane. Et personne ne soupçonnait un seul instant qu'Eren se trouvait autre part qu'avec Levi.
Ils avaient donc repris un semblant de conversation, essayant de ne pas trop prêter attention à ce qui venait de se passer. Petra lorgnait Oluo depuis lors, impressionnée par l'avantage qu'avait pris la situation à son égard. Elle savait bien qu'il était quelqu'un de bon au fond. Et si, lorsqu'il avait pouffé, elle était devenu écrevisse de par la honte et la colère qu'elle restreignait en son sein, Petra avait dès lors, retrouvé une teinte plus naturelle. Fière qu'il ait mis sa fierté de côté pour s'excuser publiquement de sa faute.
Peut-être que dans quelques semaines, il se comporterait enfin comme le petit-ami exemplaire qu'il avait promis de devenir lorsqu'ils s'étaient mis ensemble ?
Elle n'en doutait pas une seule seconde.
Cette simple constatation la fit sourire.
Petra, c'était la bonté même. La plume sur l'amas de cendre, (si encore nous pouvions nous permettre de comparer le reste de l'Escadron comme tel), le rayon de lumière qui transperçait les stores. Elle caressa du plat de sa main l'avant-bras d'Oluo, heureuse de pouvoir le compter à ses côtés désormais, et surtout pleine d'allégresse de par le choix qu'elle avait fait il y a un peu plus d'une semaine auparavant.
Pendant que Mike racontait encore une fois à Erd la façon qu'il avait eu de mettre ce terroriste à terre, les discussions fusaient. Seule Nanaba se murait dans un silence de plomb que rien, ni même les blagues vaseuses d'Oluo ne semblait interférer. La porte de la salle s'ouvrit d'un coup sec.
Levi sentit le regard tout l'Escadron sur lui lorsqu'il franchit la porte de la salle commune. Tout le monde s'était arrêté de parler, avait essayé de contacter ses pupilles dévastatrices dans l'espoir d'avoir une explication (car évidemment, chaque personne avait eu vent de la dispute précédente grâce aux récits détaillés des deux témoins, mais aussi de par les suspicions quant à l'attitude des deux depuis la veille) mais le brigadier n'en avait cure. Ce n'est même pas s'il avait daigné laisser reposer un œil sur le coin d'une table, il se contentait d'avancer, d'aller de l'avant, jusqu'à son bureau. Ses mains toujours à moitié recouverte du sang de son protégé.
Oluo, bien décidé à mettre de côté son égo pour l'instant, trop soucieux de remplir sa part du contrat, l'appela :
- « Hé... le major il te cherche.
- Tu lui diras que j'ai une tonne de boulot à faire. Qu'il m'appelle s'il veut causer, en attendant… »
Sans prendre le temps de terminer sa phrase, car la fin paraissant évidente, Levi s'avança davantage de manière à quitter la pièce par laquelle il avait été obligé de traverser pour accéder au reste des locaux. Erd se risqua à demander :
- « Levi ?... Il est où le gamin ? »
Le concerné prit un certain temps avant de répondre, cherchant ses mots.
- « Dehors, dit-il finalement.
- Dehors ?! s'exclama Petra. Mais c'est extrêmement dangereux ! Que se passerai-t-il si le clan l'attrape ?
- C'est un grand garçon, il saura se débrouiller.
- Tu ne sais plus ce que tu dis ! Et s'il rencontrait un inconnu, et si…
- Ne t'en fais pas, ce morveux ne fait pas confiance aux gens alors aucun risque, railla-t-il. Qu'il aille souffler un coup, loin des membres de notre équipe, ça lui fera du bien. Et toi qui me reprochait de le couver comme le lait sur le feu. Laisse-le donc faire son expérience dehors, on verra ce qu'il en résulte. Sur ce. »
Il n'en dit pas plus et décida de s'enfermer dans son bureau (le bruit du glissement du morceau de métal dans son encoche indiquant à tout le reste du groupe à quel point il désirait se terrer sous la masse de paperasse qui l'attendait). Chose diablement étrange vu comment Levi ne cessait de se plaindre à propos du caractère « fonctionnaire de la Poste » que son travail commençait à prendre. Il exécrait par dessus tout les dizaines de feuilles sans intérêt dont le contenu devait être approuvé, paraphé par ses soins et par le sceau du Bataillon (manifesté par un joli tampon qui, une fois sur le papier, laissait découvrir une paire d'ailes).
Suite à la venue inattendue, et au départ encore plus surprenant que n'était l'aller de Levi, Erd murmura :
- « Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais sur ce coup là : on a besoin d'Hanji. »
Le karma était vraiment une belle merde.
Dès lors que Nanaba avait osé lui raccrocher au nez de la manière la plus brutale qu'il fut, Hanji s'était retrouvée frustrée, prostrée, et incrédule sur son canapé. Encore blafarde de sa cuite de la veille, il ne lui fallut pourtant pas plus d'une demie minute pour revêtir une tenue digne de ce nom (autre que l'espèce de pyjama trop grand qu'elle portait à peu près les trois quarts du temps qu'elle se retrouvait dans son appartement) et pour enfoncer dans un mouvement théâtral comme elle savait si bien le faire, sa porte déjà bien meurtrie par ses précédents passages.
Hanji se rongeait les sangs d'une manière indécente. Sa boite crânienne, déjà un peu étroite pour accueillir toutes les idées et pensées qui fusaient chez Hanji, était vraiment douloureuse ce matin. D'autant plus maintenant qu'elle savait Eren dans un état pareil. Chaque foulée semblait un supplice qu'elle dissimulait sous une grimace peu gracieuse.
Il fallait que le Ciel lui en veuille sacrément pour qu'elle soit sujette à une pareille ironie du sort. Voilà que pendant son seul jour de repos, depuis bien des semaines maintenant (puisqu'Erwin, comme à Levi, lui accordait très peu de congés) avait dû être celui où l'une des rares recrues dont ils disposaient s'ouvre littéralement les paumes. D'autant plus que la recrue en question était Eren !
Déjà Hanji tenait tout particulièrement à ce petit, plus qu'à n'importe quel jeune adulte qui avait foulé le sol de l'Escadron. Mais en plus de tout cela, elle lui portait un intérêt biologique et médical si poussé qu'on aurait pu considérer cela comme de l'obsession voir de l'harcèlement pour certaines fois (il lui était arrivé de l'appeler en plein milieu de la nuit pour lui demander comment se portait son corps s'il se mettait dans telle ou telle position). Elle ne comptait plus les heures passées à interpréter chaque petite divergence qu'elle trouvait sur son corps. Ce tatouage si étrange, son cœur qui n'en était qu'une moitié, ses capacités au combat…
La scientifique en avait fait des insomnies pour découvrir les mystères du corps de sa précieuse erreur de la nature. Même un millier d'heure de sommeil en moins ne suffirait pour trouver tout ce que cachait Eren. Elle n'avait ni les moyens (bien que les labos des locaux soient pourvues avec des appareils qualitatifs) ni le temps, et encore moins l'autorisation pour dépecer ce cher Eren. Et puis au fond, elle n'en avait plus autant envie qu'avant. C'est vrai quoi… Comment savoir par quel miracle ce semblant de cœur réussissait fonctionner comme n'importe lequel avec un ventricule en moins remplacé s'il s'avérait que son hôte était décédé ?
Encore quelque chose qu'Hanji aurait regretté d'avoir fait si elle avait cédé à ses pulsions curieuses auparavant. Elle nota dans un coin de sa tête qu'elle devait remercier Levi pour l'en avoir dissuadé (par la force, soit, mais dissuadé quand même) un de ces quatre.
- « Et merde ! J'ai oublié mon téléphone ! »
Elle tâta sa poche avec ennui. Elle n'avait définitivement pas le temps de remonter tout en haut alors qu'elle était arrivée au pied de l'immeuble (manquant de s'étaler de tout son long au détour d'un escalier un peu trop escarpé). Tant pis pour son mobile, elle connaissait le chemin.
Hanji avait la chance de ne vivre qu'à quelques minutes des locaux, et puis de toute façon, elle n'avait même pas le permis de conduire. Elle avait bien essayé une fois, mais après avoir failli faucher la vie d'une vingtaine de passants, l'examinateur l'avait sommé de sortir du véhicule et de ne plus jamais y remettre les pieds.
Il lui arrivait de prendre les rennes lorsque Levi se retrouvait indisposé à conduire. Appelé « le danger ambulant », il fallait vraiment que ce dernier soit ivre pour qu'il lui confie sa vie ainsi. Et encore, ça n'était arrivé que quelques fois…
Le chose étant, qu'Hanji se retrouvait à courir comme si sa vie en dépendait (quoique si ce n'était pas la sienne, elle craignait clairement pour celle d'Eren). Elle bousculait des dizaines de passants, il y avait foule sur le trottoir aujourd'hui. À croire que les beaux jours de ce début d'été faisaient sortir les gens de chez eux. Mais c'est vrai que le quartier était particulièrement bondé.
Dans sa course folle, Hanji en bouscula plus d'un mais elle fini par donner un coup d'épaule plutôt violent dans celle d'une autre femme qui se contentait de tracer son chemin, son sac à la main. Elle grogna un juron :
- « Non mais dites-donc ! Faites un peu attention !
- Oui, bah ! Hein ! Désolée ! Je suis pressée ! »
À court de mots, et de souffle, Hanji détourna à nouveau le regard pour reprendre son parcours menaçant de faire chanceler un grand-père qui fusillait du regard la scientifique. Crispée, elle se plaint à voix haute, comme si ça allait arranger tous ses problèmes :
- « Non mais sans rire, c'est le marché ou quoi ? Pourquoi y a autant de monde ?! »
Hanji ne savait plus où donner de la tête, elle se retrouvait acculée au coin d'un mur voisin. Lorsqu'elle aperçut au coin de la rue un bus arriver, elle se prit pour Moïse et sépara la foule en deux.
… en fait si elle était arrivée à faire un tel miracle alors que deux minutes auparavant, même avec toute la bonne volonté du monde elle n'était pas parvenu à faire deux pas sans bousculer quiconque, c'est parce qu'elle arborait une de ses faces laides à faire peur. Celles qui traduisaient littéralement entre les lignes plissées de ses sourcils « osez vous approcher et je vous mords ».
C'était Levi qui lui avait tout appris sur ce sujet là. Elle ne pouvait lui être que redevable.
Finalement les portes du car s'ouvrirent et Hanji faillit embrasser le conducteur de lui avoir laisser accéder à cette terre promise. Et même si elle n'allait rester que pour un arrêt, ça faisait tout de même la différ…
- « Et bien mademoiselle, on peut savoir où est votre titre de transport ? »
Ah bah nickel, il ne manquait plus que ça.
- « Héhé, vous allez vous marrer, mais dans la précipitation ce matin je l'ai, comme qui dirait oublié, plaisanta-t-elle en se grattant la nuque. Et puis, mon porte-monnaie aussi, haha… »
Le contrôleur tirait une de ces têtes… Il était clair qu'il avait envie de tout, sauf de rire. Il commença à sortir son calepin d'intervention envers les fraudeurs, une belle amende gratinée allait l'attendre, sans aucun doute.
- « Non, mais ! Monsieur, je viens vraiment de passer un début de journée plutôt difficile, s'il vous plait n'en rajoutez pas une couche ! Je vous jure que je…
- Dites-donc ma petite dame, on paye tous le bus ici ! s'immisça une vieille femme dans la conversation. Qu'est-ce que vous dites à l'inspecteur des impôts quand vous avez du retard sur votre loyer ? Chacun paye sa part, et tout le monde est content !
- Non mais de quoi je me mêle ? ricana Hanji, aberrée par l'intrusion soudaine de cette inconnue.
- Pardon ? s'étouffa la plus âgée. »
Hanji préféra ne pas répéter ce qu'elle venait de dire de peur de partir dans ses tours comme elle savait le faire lorsque le moment était propice. Mais voilà qu'un autre s'y mettait.
- « C'est injuste ! Si cette femme ne paye pas, je ne vois pas pourquoi je paierais moi aussi. »
La brune se retourna vers la voix et entrevit un jeune d'une quinzaine d'années, la peau recouverte d'irrégularités, le regard circonspect.
- « Je t'en prie petit, ne rends pas les choses plus difficile, lui chuchota-t-elle.
- Mademoiselle, vous vous rendez bien compte que je ne peux pas faire d'exceptions, vous voyez ce que ça engendre ?
- Non mais regardez je descends maintenant si vous voulez, c'est mon arrêt de toute façon, allez au revoir monsieur le contrôleur !
- Ah, ne pensez même pas fuir ! Ça ne fonctionne pas comme ça !
- C'est bon, je lui paye son ticket. »
Les bras en l'air, prête à protester davantage, elle resta dans cette position en observant ce monsieur de dos entrain de biper une de ses multiples cartes magnétiques. Le contrôleur ainsi que tous les autres passagers lancèrent un regard méprisant à la brune qui ne retint que le geste plein d'empathie de cet inconnu.
- « Allez venez, je descends ici aussi. Allons-nous en avant que cette vieille ne nous achève à coups de canne. »
Hanji remercia son ange gardien de s'être manifesté à ce moment là.
- « Merci, vraiment j'ai cru que j'allais… Di – Dita ?! »
Elle s'était interrompu en découvrant le visage de son sauveur impromptu.
- « Dita Ness, c'est bien toi ?
- Hé, tu m'as reconnu, fit-il amusé de voir qu'elle ne le remarquait que maintenant.
- Je ne t'aurais jamais reconnu sans ton bandeau autour de la tête ! Tu n'as pas changé pourtant… Putain, mais qu'est-ce que tu fais ici ! Je croyais que tu avais été muté hors du pays pour une expédition rapprochée depuis… ça va faire cinq ans maintenant ! »
Sans prendre le temps d'attendre une réelle réponse, Hanji l'enlaça de toutes ses forces. Encore dans l'embrassade, elle continua :
- « Tu ne donnais plus de nouvelles, t'informateur ne nous répondait plus. On pensait tous que tu étais mort…
- Je sais, je suis désolé…
- Tu étais bien en mission d'intégration ?
- Ouais, impossible d'utiliser mon téléphone pendant que je me fondais dans la masse du clan Sanzoku, tu imagines bien… Je me suis fait faire prisonnier après la première année à cause d'un imposteur dans le groupe, je me suis retrouvé obligé à faire un de ces travaux avilissants ordonné par mes guides aliénés.
- Nous avons eu l'information grâce à Erd qui avait fait le déplacement, il nous a expliqué t'avoir cherché pendant des jours sans succès, même après le démantèlement du clan S. Où étais-tu ?
- Je me cachais dans les ruines des bâtisses. Nous étions recherchés de partout dans toute la région, des divergents extrémistes du clan S voulaient notre peau pour avoir tué leurs guides…
- … en tout cas ravie de voir que tu es bel et bien vivant ! Tu vas pouvoir réintégrer les Bataillons ! Tout le monde va être si heureux de te revoir.
- J'en serai ravie, mais je prends une pause ces temps-ci. Je dois filer… Bonne journée Hanji, j'ai été ravi de te revoir ! »
Sur ces mots, il lui envoya une tape cordiale et amicale sur l'épaule avant de s'éloigner de la femme qu'il avait aidée un peu auparavant.
Cette dernière en resta pantoise. Combien de personnes avait-elle perdu ces quelques années précédentes ? Beaucoup trop pour qu'elle ne puisse les compter. Elle les avait tous plus ou moins porté dans son cœur. De savoir que Dita était encore en vie lui faisait plaisir. Vraiment plaisir. Elle devait s'empresser d'aller en toucher deux mots à son ami et supérieur Erwin.
C'est vrai qu'ils manquaient cruellement de personnel. Et qu'une aide, qu'importe laquelle serait de bon aloi. Elle se languissait l'arrivée des nouvelles recrues. Même si elles seraient peu nombreuses (voire quasi inexistantes), elle espérait qu'elles seraient à la hauteur. Les exigences d'Erwin ne faisaient que croitre. Beaucoup de courageux prendraient bien vite la fuite, sans aucun doute.
Elle soupira.
Ayant bien pris le temps d'expirer tout l'air logé dans ses poumons.
pfiouuuu
Dieu que c'était agréable.
C'était comme si tous les soucis qui tapissait ses parois internes s'étaient évaporés dans un cheminement, biologiquement peu probable. C'était l'une de ses petites techniques.
Après tout, c'est inhumain de rester joyeux et compréhensif en toute circonstance. Surtout avec la vie que menait Hanji. En étant confrontée à la mort, au chagrin et à la perte constante, qui aurait cru qu'il puisse être un caractère aussi exubérant et insouciant que celui qu'elle arborait chaque jour comme le plus naturel des visages ? Pourtant, c'est ce qu'elle s'efforçait d'être : disponible et socialement plus ouverte que la plus grande porte du monde.
Hanji était comme ça : la joyeuseté dans l'âme, c'était sa nature.
Si elle n'apportait pas la gaieté là où il n'y en avait pas… Qui le ferait ?
Alors tous les jours, elle s'adonnait à cet exercice de relaxation. Peu importe où. Peu importe quand. Hanji inspirait à fond et relâchait tout l'air contenu dans ses poumons, ses soucis s'envolant avec cette bouffée quotidienne.
Oh, évidemment, ça elle n'en parlait à personne. Il était rare de voir Hanji triste ou fatiguée. De voir Hanji désemparée et chagrinée. Le fait étant que sans cet exercice, elle aurait sûrement perdu la boule (encore plus que ça ne l'était déjà).
D'une secousse douloureuse, elle se rappela tout à coup la nature de son déplacement.
Eren.
Bon Dieu, mais qu'est-ce qu'elle foutait encore là ?
Hanji se mit à détaler comme un lapin dans les rues de sa petite bourgade, l'arrêt de bus se trouvant à proximité de son lieu de travail, et parvint à franchir les portes vitrées des locaux avant même que sa montre ne sonne les midis.
- « Où est Eren ? Où est Levi ? » gueulait-elle en ouvrant les portes de chaque bureau qui lui passait sous la main.
Objectivement, Hanji faisait peur. Ses yeux scrutaient chaque pot, retournait chaque porte-manteau (comme si l'un des deux pouvait s'y cacher… quoique la taille de Levi puisse tout lui permettre). Le petit personnel (qui ne venait là-bas que quelques jours par mois, se contentant de travailler sommairement en faisant le tri des informations que leur donnait Erwin) peu habitué aux cris stridents de la scientifique, sursautaient à chaque beuglement. Tandis que les autres, dont le bâtiment se rapprochait plus d'une deuxième maison que d'un véritable lieu de travail, se contentait d'expliquer : « ce n'est rien, c'est Hanji ».
Erd passa une tête à travers la porte de son bureau et fut pris d'un spasme :
- « Mon dieu Hanji, enfin te voilà ! »
Les yeux de cette dernière pétillaient de folie.
Et par folie, j'entends la folie propre, au terme que nous pouvons trouver dans le dictionnaire. Ses pupilles dilatées et sa respiration discontinue auraient pu faire frémir n'importe lequel des sains d'esprit. La bestialité de son comportement ressortant d'autant plus avec ses cheveux hirsutes dressés maladroitement en une queue de cheval brouillon eurent le don de foutre un sentiment d'incertitude chez Erd pendant un dixième de seconde.
Est-ce que c'était vraiment Hanji, sa collègue et brune d'amie qui se trouvait devant ses yeux ?
Et après avoir bel et bien reconnu cette dernière comme étant celle qu'il suspectait d'être, il se redemanda une nouvelle fois, reformulant sa question en quelque chose de plus intéressant :
Qu'avait-elle fait pour être dans un état pareil ?
- « Qu'est-ce que… fit-il, en cherchant ses mots. Dans quel état tu es ?
- T'occupes, rétorqua-t-elle. Eren. »
Elle était essoufflée. Il fallait limiter le temps de parole, chaque seconde était précieuse. Elle espérait simplement que Erd aurait suffisamment de jugeote pour comprendre ce qu'elle voulait dire.
- Quoi ?
- OÙ EST EREN BORDEL DE MERDE ! mugit-elle dans un râle puissant. »
Erd frissonna. Ses poils se dressèrent littéralement.
C'est dans ces moment précis qu'il reconnaissait et comprenait pourquoi Hanji et Levi étaient si proches. Ils se ressemblaient beaucoup plus que les gens semblaient le penser… Enfin d'une certaine manière – car il avait tout de même de sacrées divergences – mais sur ce point-ci : de véritables jumeaux. La même façon de hurler, la même aura aveuglante. Et pourtant, Erd n'était pas le dernier des froussards.
- « On sait pas ! répondit-il apeuré et excédé qu'on pose sans cesse cette même question.
- Comment ça « on sait pas » ?
- Il est dehors, quelque part !
- Et vous n'allez même pas à sa recherche ? »
Hanji n'en revenait pas. Qu'est-ce qu'ils faisaient plantés là ?
- « Bah… Erwin n'est pas au courant, et on veut pas vraiment qu'il le soit… Et puis Levi nous a dit que…
- Mais je m'en fous de ce qu'à pu dire Levi, répliqua Hanji, brandissant ses poings en l'air. Eren est en danger bordel, et vous êtes là, à vous tourner les pouces sans rien faire parce que Levi vous a dit que « ça irait pour lui, qu'il saurait se débrouiller tout seul » ?
- ...
- Il a vraiment dit ça ?... »
Erd acquiesça gravement :
- « Putain je le connais vraiment par cœur.
- Mais ne reste pas planté là, gros imbécile ! tonna-t-elle. Appelle l'Escadron, on part tout de…
- Salut Hanji. »
La dénommée se retourna vivement, de quoi s'en péter les rotules et tomba nez-à-nez face à Eren (comme par hasard), les mains recouvertes de sable, de sang et de petit gravier le tout se mélangeant en une mélasse noirâtre immonde. Il semblait tout ce qu'il y a de plus normal, arborant la figure qu'il avait d'habitude, mais avec un elle-ne-savait-quoi de différent.
« Évidemment, se dit-elle, il a les mains complétement détruites : évidemment qu'il a une lueur différente dans les yeux. »
- « Viens là, je vais te soigner comme il se doit. »
Plaçant l'une de ses mains au niveau des ses reins pour l'aider à avancer, elle marmonna, dans un chuchotis bruyant :
- « Et bien entendu, il faut que toutes les merdes tombent le jour où je suis à semi-consciente. C'est bien ma chance. »
Eren la questionna du regard. Il ne comprenait manifestement pas ce qu'elle avait dit (cela tombait bien puisqu'elle se parlait plus à elle-même qu'à qui que ce soit), cela dit, elle lui répondit :
- « Rien. »
Hanji était vraiment peu bavarde ce jour là.
Eren ne savait pas comment est-ce qu'il était revenu. Il avait juste eu ce profond besoin de se faire soigner, sur l'instant. Peu importait la raison pour laquelle il avait fuit l'Escadron, la douleur dans ses mains l'avait dirigé vers les locaux.
L'adolescent pressentait qu'il avait fait un bêtise en quittant les lieux. Une chance qu'il ne se soit pas fait repéré par un des membres du clan H. Si ça avait été le cas, il n'osait même pas imaginer les répercutions sur l'avancement du plan en préparation.
- « Rassure-toi, je ne te demanderai pas pourquoi ni comment tu t'es fais cette vilaine blessure. »
Pourquoi s'aventurer dans une discussion sinueuse alors que Nanaba lui avait déjà tout raconté et qu'elle avait eu le temps de déduire à cause de qui (ce n'était pas vraiment sorcier d'ailleurs) Eren avait volontairement éclaté une tasse entre ses doigts.
Mieux valait mettre Eren en confiance.
- « Oh ça ? C'est – ce n'est rien.
- Bien sûr, fit-elle en levant les yeux au ciel. On en reparlera quand je te désinfecterai.
- Je crois que ça a déjà été fait. »
Il avait dit ça, comme s'il se posait une question à lui-même.
- « Quoi ? interrogea le médecin.
- Il me semble…
- Si ce que tu dis est vrai, celui qui t'as soigné a vraiment fait un travail de cochon. Regarde-moi ça : il y a du sable partout ! »
Hanji appliqua une grosse noisette de gel antibactérien avant d'enfiler une paire de gants stériles qu'elle avait sorti d'un paquet bleu.
Elle fit avancer Eren jusqu'au lavabo du laboratoire, la machine derrière lui émettant toujours ses ondes en continue ainsi que ses petits bruits qui devenaient familiers. L'eau coulait entre les plaies, arrachant des grimaces au blessé. La mélasse noire se fana, comme une mue, et laissa découvrir une peau déjà bien guérie. Les gouttes ruisselaient, faisant couler avec elles les grains de sable et les croûtes déjà formées, délivrant le plasma de son enveloppe teintée.
Alors qu'Eren s'étonnait du calme plat qui régnait dans la pièce depuis qu'ils y étaient rentrés (il se trouvait en compagnie d'Hanji tout de même ! d'ordinaire, il ne se passait pas une seconde sans que la brune ne parle et si d'aventure, elle venait à se taire, ça ne durait jamais bien longtemps puisqu'elle chantonnait, sifflotait ou marmonnait des formules, ses pensées passant outre ses cordes vocales sans vraiment qu'elle n'y prête attention), il retrouva le sourire en voyant à quel point elle retenait son excitation.
En effet, les plaies étaient brûlantes, et de la pulpe de son doigt elle sillonnait sa ligne de vie lui demandant si elle lui faisait mal oui ou non. Ce à quoi Eren répondait :
- « Un petit peu. Mais ça va.
- C'est vraiment merveilleux. »
Cette fois-ci, ses yeux pétillaient de passion.
Il s'avérait que les deux énergumènes ici présents avaient des yeux traduisant plutôt facilement leurs émotions (surtout quand il s'avérait que l'une des deux se fichait éperdument que ses pensées et états d'âmes soient lisibles sur sa face tant qu'elle n'en ressentait les sensations que plus fortes).
Hanji se comportait comme une gamine découvrant les nouvelles fonctionnalités du jouet qu'elle avait reçu à Noël. S'amusant à tripoter tous les recoins de l'objet en question pour en découvrir de nouveaux secrets. Elle rayonnait littéralement, façon supernova. Le sourire était communicatif et Eren ne ressentait plus la douleur de l'eau contre sa peau à vif. C'en était presque agréable. Un chatouillis imprécis, s'immisçant sous son épiderme, titillant et tiraillant les dernières parties encore difficilement cicatrisées.
- « Et depuis combien de temps est-ce que tu t'es fais ça ?
- … trois quarts d'heure je dirais ? Un peu plus peut-être.
- Ton corps est fabuleux. »
Hanji enleva ses gants et rangea les produits désinfectants et diverses lotions antibactériennes qu'elle avait sorti préalablement. Eren fronça les sourcils d'incompréhension :
- « Tu ne comptes pas me soigner ?
- Tu n'as aucunement besoin de mon aide. Regarde-toi ! Tes mains sont presque guéries ! »
Elle se précipita vers son ordinateur, remplaçant comme il fallait ses lunettes sur le bout de son nez.
- « C'est époustouflant, murmurait-elle alors que tu devrais à peine être en phase de bourgeonnement, il s'avère que le tissu de granulation est déjà formé depuis longtemps. »
Ses doigts s'activaient sur le clavier, Eren ne comprenait rien à ce qu'elle disait. Déjà parce qu'elle parlait à voix très basse, comme si la brune pensait à voix basse, incapable de retenir son étonnement pour elle-même, mais en plus parce que ses dires employaient des termes bien trop scientifiques pour qu'il n'en capte la teneur.
Il zieutait l'écran, les bras croisés dans le dos dans une position inconfortable de manière à ce qu'il ne dérange pas la scientifique dans l'espace étriqué qui constituait son bureau (elle avait eut la brillante idée de le mettre dans l'angle du mur entre des énormes machine, alors que ce n'était absolument pas un bureau, que dis-je, une petite table, prévue à cet effet). L'excentrique avait refusé tout financement de la part de l'Escadron pour avoir de nouvelles fournitures. Elle aimait cet objet « pour sa valeur sentimentale et non son aspect physique » répétait-elle chaque fois que Levi lui proposait de passer au magasin de meuble.
Sans qu'il ne s'y attende, Hanji lui attrapa les poignets et reluqua ses mains comme on vérifie l'état d'un fruit laissé là depuis trop longtemps : à la recherche de la moindre petite trace difforme.
- « Tu as déjà entamé ta phase d'épidermisation, la maturation de tes cicatrices va à une vitesse fulgurante… Seigneur, tu es vraiment brûlant ! »
Elle relâcha les mains d'Eren, celui-ci ne se rendant même pas compte de la chaleur volcanique qui s'en émanait. Comme elle connaissait chaque recoin de ce laboratoire, elle farfouilla parmi les diverses étagères d'une petite bibliothèque (qui était dans le même état que son bureau d'ailleurs… raison pour laquelle Levi évitait du plus qu'il pouvait cette pièce qu'il qualifiait de « foutoir bordélique »).
Charmants termes me diriez-vous.
Levi Ackerman vous répondrais-je.
- « Rien qu'au toucher, je dirais que tu avoisines les soixante degrés, si ce n'est beaucoup plus… Raaah, nom d'un chien il fallait que ce soit Moblit qui range le thermomètre laser hier soir, où l'a t-il foutu cet abruti… »
Eren palpait ses nouvelles cicatrices (qui ne tarderaient pas à disparaître) en distinguant une irrégularité douloureuse qui signifiait qu'un bout de faïence devait encore être caché sous sa peau. Hanji était trop occupée à fouiller les moindres recoins de sa pièce en poussant des petites interjections çà et là pour exprimer son mécontentement.
Erwin poussa la porte du laboratoire dans un grincement.
- « Eren ! Je te cherchais comment te sens-tu ? »
Le major n'avait visiblement pas eu vent de sa petite escapade interdite et foutrement dangereuse, l'adolescent ne pouvait être plus soulagé.
- « Bien.
- Cesse un peu tes idioties, on m'a dit que… »
Comme preuve de ce qu'il avançait, Eren montra ses paumes encore rougies par quelques croûtes et cicatrices (seule une plaie demeurait béante, suintait du liquide vermillon). Pour quelqu'un qui s'était « vidé de son sang » (c'est vrai que Mike avait tendance a légèrement exagérer ses descriptions), il avait l'air en pleine forme. Et toujours ce sourire radieux. Erwin en était perplexe, demandant alors une explication :
- « Hanji ?
- Ouais, alors j'ai pleins de théories mais ça va nécessiter encore plus de tests et de matériaux qu'on a pas.
- Je te donne carte blanche sur ce point là. »
Un rapace.
Hanji venait de pousser un cri de rapace.
Très franchement à la limite de l'ultrason.
- « Oh putain Erwin ! Je te promets que tu ne le regretteras pas ! Je vais tellement travailler que tu n'auras même plus besoin de fermer à clé le soir. Avec Moblit nous ferons des recherches jour et nuit, bien-sûr ça impliquera qu'Eren reste avec nous puisque…
- Justement non.
- Mais… fit Hanji, frustrée qu'on l'ait coupée dans son élan.
- Je veux Eren avec nous le plus de temps que possible. Il doit atteindre un niveau physique irréprochable, de manière à ce qu'il puisse faire bonne figure et ne pas être un boulet lors des interventions. Il serait inutile de perdre des vies parce qu'il n'a pas assez été entrainé.
- Bon... je vais voir comment on peut se débrouiller, bouda Hanji. »
Eren se sentait pris dans un étau. Et dire qu'il y a un peu plus d'un mois, il rechignait capricieusement le fait que s'il s'engageait, sa liberté en serrait entravée. Il ne savait visiblement pas de quoi il parlait à l'époque.
- « Je t'écoute. De quoi voulais-tu me parler ?
- Monsieur le Major, je sais que vous tenez absolument à ce que je sois parrainé par Lev… par le caporal Ackerman, mais serait-ce trop vous demandez pourquoi est-ce que vous tenez tant à ce que je cohabite avec lui ? »
Erwin recula sa chaise pour pouvoir mieux l'observer. Il n'était pas doué pour savoir ce à quoi pensait les gens, il ne l'avait jamais été. En même temps, ses amis étaient Hanji et Levi. Soit l'alpha et l'oméga en ce qui concerne la lecture des sentiments.
Le visage d'Hanji était si expressif que le moindre petit dérangement se caractérisait en un sourcillement, une moue, un grognement. Le moindre débordement de joie faisait office d'un sourire éclatant, d'un cri strident (comme elle avait pu le montrer) ou d'une danse de la joie.
Le visage de Levi ? Une porte blindée. Non : un mur. Toujours la même expression ennuyée, les mêmes sourcils froncés (c'est à se demander s'il n'avait jamais eu de crampes à force de les maintenir arqués ainsi tout le temps), la même bouche avec cette expression irritée. Pour lui, aucune nuance n'était visible, et cela faisait bien longtemps qu'il avait abandonné l'espoir de pouvoir le réconforter dans une quelconque situation.
C'est pour cela d'ailleurs qu'il avait décidé de le ménager un peu plus tôt. Cela ne servait à rien de le caresser dans le sens du poil. Peu importait : Levi était revêche et indiscipliné. Il avait beau le considérer comme son meilleur ami, il était avant tout son major.
Le travail primait sur l'amitié pour Erwin.
Surtout en ces circonstances atténuantes.
- « Bonne question. »
Il croisa ses bras pour obtenir une quelconque expression de la part d'Eren.
Force était de constater que ce mois passé en la compagnie de Levi avait porté ses fruits. Eren ne bougea pas un muscle, même si dans ses yeux dansait une myriade d'incompréhension face à cette réponse inattendue Eren s'efforça de rester le plus stoïque possible.
Une question titillait cependant la curiosité d'Erwin. Et malgré sa volonté d'être plus sérieux quant à ses relations professionnelles, il se conforta dans l'excuse qu'Eren n'était qu'un subordonné, et qu'il pouvait se comporter plus librement avec lui qu'avec les plus anciens.
- « Comme se fait-il que tu veuilles à ce point te défaire de Levi ? »
Eren n'en avait aucune idée.
Du moins, sur le moment, il se sentit vide d'explication. Son cerveau savait machinalement qu'il était en colère et très meurtri à cause de son supérieur, mais il ne savait pas pourquoi et une étrange sensation de tiraillement au cœur prenait place lorsqu'il y pensait avec trop d'insistance.
Comme lorsque l'on se retrouve face à sa feuille, en examen, incapable de répondre à une question pourtant évidente, sur un sujet potassé et révisé.
Le trou noir.
Il malmenait sa lèvre inférieure à la recherche d'une réponse adéquate et préféra jouer la carte de la colère déguisée en indifférence.
- « Je ne comprends juste pas pourquoi je dois lui infliger le fardeau qu'est ma présence alors que je pourrais très bien me débrouiller seul.
- Et bien, c'est vrai qu'au début, je voulais que tu crèches chez Levi, parce que d'un certain point de vue : c'était beaucoup plus facile et pratique. Tu venais d'être gravement blessé et s'il t'arrivait quelque chose pendant la nuit, Levi aurait pu intervenir. Et puis tu ne connaissais personne… mais maintenant…
- Maintenant ?
- Ça te dérange tant que ça ?
Eren détourna le regard et déglutit bruyamment.
- « Je vois, fit Erwin. Écoute, je pense que nous pouvons faire un écart sur ce point là, si ça signifie une qualité irréprochable lors de tes entrainements. »
Le visage d'Eren s'illumina. Il se sentit soulagé. Le plus frustrant était de ne plus vraiment savoir pourquoi. Mais il se sentait profondément soulagé, et c'était tout ce qui comptait.
Ils passèrent les quinze minutes suivantes à discuter des directives à suivre afin d'assurer une protection maximale à l'adolescent tout en essayant de lui laisser une certaine liberté. Celle à laquelle il tenait tant. Enfin sortit du bureau de son Major, Eren composa immédiatement le numéro de son meilleur ami qu'il commençait à connaître par cœur à force de l'appeler.
- « Oui ?
- Armin, je peux te demander un petit service ? »
Eh bah. Putain !
Je suis cla-quée (oui, je suis en fatigue constante, et alors ?).
Je croise les doigts pour que ce chapitre vous plaise. Il doit subsister quelques fautes d'orthographe, n'hésitez pas à me le faire remarquer. Hâte d'avoir vos avis, si avis il y a !
Énormes bises, les enfants :)
