Salut, salut !

Me voilà avec un nouveau petit chapitre qui est venu beaucoup plus rapidement que le précédent, haha. On dit merci les vacances !

Ce chapitre est énormément accès sur Eren et Jean (putain, qu'est-ce que j'aime ce personnage ; c'est fou mais à chaque fois que j'écris sur lui, mes doigts pianotent tout seuls sur le clavier, c'est magique). Alors que Levi et Eren putain, je vous raconte pas la galère pour réussir à retranscrire les émotions de ces deux-là. C'est tellement dur !

La réponse aux Guests (que j'aime de tout mon coeur, vous êtes absolument géniaux à me laisser votre avis) et pour la troisième review (ShadeMYB) je t'ai répondu en MP, merci à toi aussi ! :

The Beast : Oh putain, à ce point ? Comment ça me touche trop ! C'est adorable ! Je te promets que quand j'ai lu ta review, mon coeur a fait un looping, haha. Tant mieux si ce chapitre t'as plu. Comme t'as pu le voir j'ai vraiment mis du temps à l'écrire, donc c'est un accomplissement que d'avoir ton avis. Exactement, le karma d'Eren est absolument merdique. Et le pauvre, ce n'est pas fini. En fait, je ne dirais pas vraiment que c'est un karma, puisqu'en vérité, il n'a pas fait grand chose pour mériter tout ce qui lui tombe sur la tête. Cependant, il se choppe tout dans la figure, ça tu peux le dire ! Merci milles fois pour toutes les jolies choses que tu as dites. C'est vraiment grâce à toi et aux deux autres reviews que j'ai été autant motivée à sortir mon chapitre. Alors merci pour tout. J'espère ne pas te décevoir avec ce chapitre, et si c'est le cas, je suis toute ouïe pour m'améliorer ;) eh, après tout, j'écris pour moi, mais aussi pour vous désormais ! Énormes bisous !

La bte : Ahhh ça serait tellement le style d'Erwin en plus ! Namasté, namasté (tu m'as fais beaucoup rire). Tu n'imagines même pas à quel point ce que tu dis est vrai. Perso, je serai Eren, j'aurais déjà craqué depuis une bonne dizaine de chapitres :') Wouah, vous êtes tellement gentils quand vous parlez de mes chapitres, je suis flattée, vraiment. J'ai le trac de poster ce chapitre du coup, j'ai peur de vous décevoir... bon ! on verra bien, hein ? Si tu le trouves un peu moins bien, n'hésite pas à me faire part de ce qui ne va pas toi aussi, comme ça je pourrais changer ça dans le futur :) et puis on ne peut pas plaire à tout le monde ! En tout cas, merci d'être toujours là, bonne lecture, et pleins de bisous !

Bon, sans plus tarder, je vous laisse avec ce chapitre d'un peu plus de 8k de mots, qui vous ravira, je l'espère !

On se retrouve en bas ;)


Mikasa se retrouvait seule dans l'appartement d'Armin. Ce dernier venait tout juste de claquer la porte avec empressement, se contentant de lâcher un sobre « merci, tu me sauves », et aussitôt dit, il s'était échappé sans même qu'elle n'ait pu avoir le temps de lui toucher deux mots.

Qu'est-ce qui lui avait pris d'accepter sa demande ? Elle avait des choses beaucoup plus urgentes à faire. La brune avait beau être en vacances, son programme n'en était pas pour autant moins chargé il était hors de question qu'elle se laisse rouiller pendant le mois de congé.

En plein milieu d'une séance de sport, Mikasa avait reçu l'appel. Ça n'était pas dans son habitude (surtout lorsqu'il s'agissait d'Armin) mais elle avait décidé de simplement l'ignorer. Il fallait qu'elle termine, qu'elle évacue tout son stress, sa frustration et son anxiété (qui étrangement, depuis la fête s'étaient accumulés).

Et alors qu'elle s'était promis de terminer son parcours sportif, de ne sortir de la salle que lorsqu'elle n'en pourrait plus de fatigue voilà qu'elle avait pris la fuite après une petite heure d'entrainement, à peine transpirante, son shaker encore aux trois-quarts rempli. En voilà du gâchis !

Tandis qu'elle déposait son sac de sport sur le sol, au milieu des affaires mal rangées d'Armin, elle s'arrêta sur la silhouette endormie de son ami d'enfance.

Assoupi, il n'en était que plus séduisant. C'était d'ailleurs plutôt insultant pour elle de limiter sa fonction à simple « ami d'enfance » puisque pour elle, il était bien plus que cela. Un confident, une source d'inspiration et d'admiration. Elle l'aimait fondamentalement pour qui il était, pour ce à quoi il aspirait.

Mikasa l'aimait.

Pour elle ça ne faisait aucun doute. Peut-être que c'était le destin qui l'avait forcé à répondre à cet appel, et qui l'avait encouragé à venir jusqu'ici pour veiller sur lui.

Oui, c'était décidé. Mikasa allait se confesser lorsqu'il se réveillerait.

Oh, évidemment, elle avait longtemps réfléchi à lui dire. Et ce n'était pas les occasions qui manquaient désormais. Déjà petite, elle l'adulait et vouait presque un culte à sa personne. Mais depuis leurs retrouvailles, cet amour avait eu le temps de grandir bien cacher dans son cœur. Tant pis pour Jean.

Jean était beau. Il ne tarderait pas à se trouver une petite-amie digne de ce nom, elle n'en doutait pas. Mikasa et lui étaient sortis ensembles, pendant deux années. Ils avaient rompu le jour même qu'Eren avait refait surface. Bien sûr, Mikasa avait coulé des jours heureux à ses côtés. Mais avec Eren, ce n'était pas pareil (du moins, elle en était persuadée).

Il était inenvisageable pour elle de tout lui avouer les cheveux en bataille, encore essoufflée et en eaux. Elle entreprit donc de prendre une douche rapide. Il ne lui faudrait pas plus de cinq minutes, après quoi, elle attendrait son réveil calmement comme elle avait l'habitude de le faire.

La salle de bain était vraiment minuscule trois mètres carrés à tout casser. Il n'y avait même pas de toilettes, ces dernières étant communes aux autres locataires de l'étage sur le pallier. Elle se déshabilla donc et laissa l'eau rouler sur sa peau. Son esprit embué allait de mieux en mieux grâce à ce remède limpide.


- « Wouah, c'est vraiment très impressionnant, s'émerveilla Armin devant le nombre incroyable de machines.

- N'est-ce pas ? répondit fièrement Hanji. Mon chou, je te présente Moblit.

- Ravi de faire votre connaissance, monsieur. »

Ce dernier se contenta d'hocher la tête de loin, trop occupé à lorgner dans son microscope.

- « Monsieur ? le refit-elle. Profites-en Moblit, c'est sûrement la première et la dernière fois qu'une recrue à une once de politesse pour toi.

- C'est sûr que ce n'est pas avec ta nièce que je vais me sentir respecté…

- Sasha est adorable, c'est juste que son humour est trop fin pour toi. »

Moblit leva une énième fois les yeux aux ciel, fatigué par les dires de son compère.

Une sincère relation de camaraderie s'était installée entre les deux, (en même temps, à force de passer autant de temps ensembles…) ils avaient donc pour habitude de se chamailler doucement entre eux. Il se replongea finalement dans son travail, profondément concerné par ce qu'il voyait.

- « Alors mon petit Armin, tu t'y connais un peu en sciences ?

- On va dire que je me débrouille…

- Allons, ne fais pas le modeste, le taquina-t-elle en lui donnant un coup de coude, j'ai entendu dire que tu étais excellent. Ma nièce m'en a touché deux mots l'autre jour. »

Au fur et à mesure que les minutes défilaient, Hanji se rendit compte que les paroles de Sasha étaient belles et bien véridiques. Armin n'était pas seulement intéressé par la biologie, il était brillant (et particulièrement avancé pour son jeune âge). Il savait des choses qu'Hanji ne connaissait que depuis quelques années, et encore, certaines données lui étaient encore inconnues. Elle était véritablement bluffée.

Ils en virent finalement à discuter d'Eren.

- « Depuis combien de temps est-ce que vous vous connaissez ?

- Enfants nous étions très proches il ne se passait pas un après-midi sans que nous ne jouions tous les deux. Il arrivait que Mikasa nous rejoigne et-

- Cette petite est une perle. Nous avons beaucoup de chance de la compter parmi les membres de l'Escadron. Si le reste de la future Escouade est aussi prodigieuse que vous trois, les criminels ont du mouron à se faire, tu peux me croire !

- Eh bien, je ne pense pas être au même niveau que mes amis, précisa le blond en clignant des paupières. Eren et Mikasa sont très forts physiquement. Et même si, en général, je parviens tant bien que mal à les suivre sur le terrain, je dois dire que j'ai plus de lacunes en la matière.

- Ne te dévalorises pas, va ! Tu n'as même pas eu l'occasion de faire proprement tes preuves. Et ne penses pas que les examens sur le terrain de Keith sont le miroir de tes véritables performances, ils ne représentent même pas le tiers de ton potentiel. Moi, je suis sûre que tu es promis à un bel avenir mon petit ! »

Elle lui ébouriffa les cheveux comme on peut le faire à un enfant. La discussion devenant muette, elle s'attela à feuilleter les quelques centaines de documents, scanners et radiographies qu'elle possédait d'Eren. Elle soupira, rêveuse :

- « Eren est vraiment particulier… »

Armin ne savait pas au juste comment il devait réagir à cette phrase. Devait-il simplement acquiescer ? À dire vrai, elle n'avait pas tout à fait tort : Eren était bel et bien unique et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il était particulier.

- « Ça me sidère qu'avec tout ce qu'il a pu traverser, il reste toujours souriant et continue à aller de l'avant.

- … si on omet le fait qu'il ait passé ses nerfs sur une pauvre tasse, c'est vrai qu'Eren canalise plutôt bien ses émotions pour n'en retirer que le meilleur.

- Comment ça ? Tu veux dire qu'il se cache en permanence derrière son sourire ? »

Hanji semblait vraiment préoccupée par tout ce qu'Armin avait à dire sur son meilleur ami.

- « Ça se pourrait. C'est même tout à fait probable. En temps normal, je dirais qu'Eren a toujours été quelqu'un d'heureux. Même lorsque nous étions dans les pires des situations, il trouvait ce qui était bon dans le mauvais. Mais… s'il est vrai que la joyeuseté est dans sa nature, j'ai encore du mal à analyser complétement son sourire. C'est comme s'il cachait quelque chose, une sorte de moue dissimulée… »

Armin supputait en se tenant le menton. Il s'était – sans même s'en rendre compte – accoudé au rebord du petit bureau d'Hanji cette dernière buvant chacune de ses paroles.

- « Tu penses que… commença-t-elle.

- Oui, coupa Armin sachant par déduction rapide de quoi le médecin voulait parler. Je pense que son inconscient se souvient d'absolument tout : la mort de sa mère, les souvenirs contenus dans l'émetteur, son enfance… Tout. Reste à savoir comment réussir à faire remonter tout ça. »

Moblit s'était avancé au fur et à mesure qu'Armin parlait. Il ne le considérait pas du tout comme une jeune recrue. Pour les deux, et pour beaucoup d'autres d'ailleurs, Armin ne faisait pas son âge. Il avait un résonnement bien plus développé et poussé que bien des scientifiques agrégés. Il demanda :

- « Peut-être qu'il ne le supportera pas, non ? Si son père s'est assuré de faire disparaître ses souvenirs, c'est qu'il y a une raison. On ne sait pas réellement ce que renferme cet émetteur. Si ce qu'il retient se voyait révélé à son porteur, ça pourrait être très dangereux et le détruire de l'intérieur, tu ne crois pas ?

- Eren est quelqu'un de fort, psychologiquement et mentalement. Il a vécu tellement de choses, malgré tout… c'est difficile pour moi d'émettre une opinion là-dessus. Surtout qu'en ce moment, il passe par une période compliquée. Pour ce qui concerne Grisha… et bien, je ne le connaissais pas beaucoup, mais du peu que j'ai pu le voir pendant ma jeunesse, il n'était pas du genre « père aimant qui rentre le soir pour embrasser ses enfants » mais plutôt « père absent qui fait des activités louches le soir ». Il faudrait sans doute opérer Eren ? Faire plus de tests ou d'analyses, je ne sais pas…

- En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'Eren a toujours eu plus ou moins des problèmes pour gérer ses émotions, n'est-ce pas ? »

Le petit blond hocha la tête trois fois. Hanji faisait les cent pas dans son laboratoire. Son coéquipier de longue date se leva et sorti sans dire un mot. La brune n'y prêta même pas attention, trop concentrée sur ses propres pensées. Il y aurait pu y avoir un tremblement de terre qu'elle serait restée à tourner encore et encore autour des machines qui l'entouraient chaque jour.

- « En tout cas, ce que tu viens de me dire explique un bon paquet de choses, murmurait-elle plus à elle-même qu'à Armin.

- Vous parlez de ce qu'il se passe entre le caporal et Eren ? Je suis bien d'accord avec vous. »

Elle sursauta presque :

- « Tu… tu as été mis au courant ?!

- J'étais au courant avant même qu'Eren ne m'en touche un mot, fit-il rieur. »

Tout à coup, sa question lui parût idiote. Évidemment qu'il était au courant, Armin était son meilleur ami, et d'après ce qu'elle avait pu voir, ils s'appréciaient vraiment. L'un comme l'autre.

Ils continuèrent ainsi à discuter, bavardant sur le futur d'Armin, sur le passé d'Hanji (enfin, ce qu'elle voulut bien divulguer, car même si elle faisait mine, cette curieuse femme avait un passé dont elle ne révélait les détails qu'à certains élus), et bien entendu sur Eren. Ils en virent à la conclusion suivante : pendant les vacances, Armin viendrait découvrir en amont, avec Sasha, les ficelles du métier. Il fallait dire que l'adolescent ne pouvait leur être que bénéfique et ça ferait une présence rassurante et familiale auprès d'Eren.

Armin remercia une énième fois la jeune femme avant de se rendre compte que le soleil déclinait de plus en plus à l'horizon il faisait presque nuit. Eren devait probablement l'attendre. Il se mordit la joue lorsqu'il passa la porte vitrée du grand bâtiment.

« J'espère que tout s'est bien passé pendant mon absence ».


Mikasa était sortie de la douche depuis dix minutes. Les cheveux droits, parfaitement peignés, une tenue plus appropriée que celle qu'elle portait précédemment qui dévoilait joliment ses clavicules.

Qu'était-elle supposée faire, maintenant ?

Devait-elle le réveiller, prenant le risque de le mettre de mauvaise humeur (ce qui serait plutôt fâcheux compte tenu de l'importante révélation qu'elle avait à lui faire) ? Peut-être était-ce plus prudent d'attendre simplement son réveil ?

Elle entra dans une colère indomptable. Mikasa n'avait pas l'habitude d'être celle qui se dévoilait. Durant toute son adolescence, une foule était passée, lui demandant à tour de rôle s'ils étaient assez dignes d'elles. Évidemment, fidèle à elle-même, la jeune femme les avait tous repoussés un par un. Non pas qu'ils étaient trop laids, ou pas assez forts pour elle, mais parce qu'elle s'était toujours gardée pour Eren. Désirant être aussi pure qu'un lys pour mériter son amour.

Elle détestait devoir avoir à faire entendre aux autres ses émotions et sentiments. Tout ceci était de l'ordre du privé et de toute façon, personne ne s'en intéressait.

Tout cela était trop compliqué. Elle se laissa glisser contre le mur, la tête entre les genoux, incapable de bouger. Ce n'était vraiment pas le moment ! La menace du clan H se précisait, Eren était en danger, et ça n'avait jamais été son genre de faire dans la guimauve. Elle était, dure et froide, implacable, une véritable force de la nature comme aimait l'appeler Hanji. Mikasa ne méritait pas tout cela. Jamais elle n…

- « Mikasa ? … Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Elle se redressa d'un coup, avant de se rendre compte qu'elle voyait flou. Elle avait incroyablement chaud aux joues, et elle sentait que si elle ouvrait la bouche, une bêtise monstrueuse sortirait au lieu d'un flot de paroles réfléchis.

- « Tout va bien ? » s'enquit Eren qui commençait à se lever pour se rapprocher d'elle.

On sentait une incroyable gène peser dans l'atmosphère, chacun d'eux faisait en sorte de ne pas trop le montrer, mais ils savaient tous deux ce que l'autre voulait exprimer. Mikasa avait déjà compris. Et de son côté, Eren savait ce qu'elle voulait lui dire. Pourtant, ils n'osaient pas faire un pas de plus. Comme si une ligne imaginaire les séparait et qu'il était impossible de la franchir. Le jeune homme se frottait le bras, signe évident d'un malaise palpable.

- « Tu sais je… commencèrent-ils en même temps.

- Excuse-moi, je t'en prie, dit-il en faisant un signe de la main pour qu'elle continue.

- Non, non, tu voulais dire quelque chose, lui rétorqua-t-elle. »

Eren se prit la tête dans les mains. Conscient que cette situation n'était pas chose normale, et qu'avec autant d'années derrières eux, ils ne devraient pas en être à ce stade de conversation et de politesse. Il ne savait pas quoi faire. Ils s'observèrent, longtemps, beaucoup trop longtemps pour que ça ne soit humainement sain. Et tandis que Mikasa rougissait bien trop par rapport à la candeur de sa peau habituelle, la tête d'Eren tournait beaucoup trop. Il ne savait pas quoi faire.

- « Mikasa… »

Il s'approcha d'elle et laissa glisser sa main contre sa joue, il devait tenter quelque chose. La profondeur avec laquelle cette dernière semblait le regarder aurait pu transpercer une cloison. Ne restaient que quelques centimètres qui les écartaient l'un de l'autre il pouvait presque sentir la respiration discrète de son amie contre ses lèvres. Mais il s'arrêta brusquement et laissa retomber sa main contre sa cuisse. Baissant la tête, il murmura :

- « J'en suis incapable. Je te jure. Je ne peux pas. »

D'une voix à demi-brisée, elle demanda :

- « Je te répugne tant que ça ?

- Quoi ?! s'écria-t-il en se redressant. Non ! Jamais ! Tu ne me répugneras jamais Mikasa ! C'est juste… que je n'arrive pas à te voir autrement qu'en mon amie. Tu rendras un homme fier, un jour, c'est certain. Il sera heureux de pouvoir te compter à ses côtés, et comme je le comprendrai.

- Dis-moi juste « non » Eren. Dis-le et j'arrêterai de t'aimer. Mais je veux pouvoir te l'entendre dire, sinon je ne suis pas sûre d'y arriver. »

Il prit une grande inspiration et souffla dans une voix à peine perceptible mais lourde de sens :

- Alors, c'est non. »

Mikasa sentit quelque chose se briser. Elle avait vraiment du mal à inhaler. Évidemment, rien ne transparaissait sur son visage ou encore sur sa façon d'être. Ce qui la trahi fut ce tremblement, juste au niveau de son menton. Eren se sentait responsable et incroyablement touché de savoir qu'il était celui qui avait déclenché cette réaction. Elle prit une grande bouffée d'oxygène avant de déclarer :

- « Bon je vais te l-

- Mikasa… s'excusa-t-il.

- Laisse-moi finir s'il te plait, le pria-t-elle en mettant une main devant sa bouche. Je vais te laisser, maintenant que tu es réveillé, ça devrait aller pour toi. Reste ici en attendant qu'Armin ne revienne.

- Mika-

- Eren. Je t'assure que ça ne changera rien à notre relation. Je suis une grande fille, capable d'assumer mes choix. Et il est évident que je respecte le tiens. Laisse-moi juste un peu de temps et je te promets que tout redeviendra comme avant, c'est d'accord ? »

Ça n'était pas logique. Eren était supposé être le méchant de l'histoire et voilà qu'il se retrouvait à être celui que l'on devait consoler. Il ne trouvait pas la force de la contredire, il se contenta de lui indiquer d'un hochement de tête qu'il lui accorderait tout le temps qu'il lui faudrait pour qu'elle se remette de ce rejet.

- « À plus, Eren. Et surtout ne fais pas de bêtises en mon absence. »

La porte claqua et le bruit résonna dans les oreilles d'Eren pendant une bonne cinquantaine de secondes comme le pire des acouphènes.


La brune dévalait les escaliers, contenant ses larmes.

« Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. Pleurer c'est pour les faibles. Si je pleure maintenant, je ne serai plus forte. Si j'abandonne tout de suite, je ne serai plus en mesure de protéger qui que ce soit. » se répétait-elle.

FLASH BACK –

- « Pourquoi tu pleures ? »

Mikasa releva le bout de son nez et renifla un bon coup. Elle dût s'essuyer les yeux, car elle était incapable de discerner qui lui parlait. Elle découvrit deux petits garçon du même âge qu'elle. Entre deux larmes, elle tenta un dialogue, chose ardue puisque le lourd chagrin qui lui pesait l'empêchait de parler correctement.

- « Ma maman – snif – m'a toujours dit – snif – de ne pas parler aux inconnus.

- Mais je ne suis pas un inconnu, je suis un petit garçon, se justifia-t-il.

- Ça ne fait rien, prononça-t-elle en reniflant de plus belle. Je ne te connais pas, je ne peux donc pas t'adresser la parole.

- Mais tu me parles, là. »

Mikasa fit comme si elle n'avait pas entendu. De toute manière, elle n'avait pas à se justifier quant à ses larmes. Et surtout pas à un garçon aussi intrusif. Est-ce qu'il s'intéressait vraiment à elle ou est-ce que c'était seulement et purement de la curiosité ? En fait, peu l'importait, elle s'en fichait éperdument et désirait seulement qu'on la laisse tranquille.

- « Eh, pourquoi tu pleures ? » demanda-t-il une seconde fois.

Devant l'absence de réponse de celle qu'il avait à côté de lui, le jeune homme s'assit.

- « Hé, tu m'entends ?

- Mais enfin, laisse-moi ! lâcha-t-elle, excédée.

- Tu sais, fit-il, moi, ma maman elle pleure tous les soirs. Elle pense que personne ne l'entend, mais c'est faux. Ma maman à moi, c'est une femme très forte, mais parce qu'elle pleure, elle devient faible. De plus en plus. C'est mon papa qui me le dit. Et mon papa, il a toujours raison. Moi je ne dois pas pleurer. Sinon ça fait trop de tristesse à la maison. Ce matin, je suis tombé dans les escaliers et je me suis ouvert le genou, regarde. »

Le petit brun souleva son bermuda jusqu'au milieu de sa cuisse et laissa entrapercevoir une croute maronnasse qui avait commencé à cicatriser depuis un bon bout de temps déjà. Mikasa était encore un peu méfiante, mais elle écoutait patiemment et attendait la fin de l'histoire :

- « Et bah, je n'ai même pas versé une larme. Parce que pleurer c'est pour les faibles, et que moi je ne suis pas faible. Pleurer c'est comme si tu abandonnais, et si tu le fais tout de suite, tu n'es plus en mesure de protéger personne. Il faut te battre. »

La fillette jouait avec un brin d'herbe qu'elle avait arraché. Elle s'amusait à l'enrouler autour de son doigt jusqu'à ce qu'elle ressente de picotement dans la pulpe, tout en écoutant cet étrange garçon.

- « Je m'appelle Eren. Et lui, c'est Armin. »

Elle leva finalement les yeux vers celui qui était un peu plus effacé et dont la chevelure gerbe de blé luisait au soleil. Il lui adressa un petit sourire. La petite finit par dire, sobrement et simplement :

- « Mikasa.

- Est-ce que tu veux qu'on soit fort tous les trois, Mikasa ? proposa Eren en lui tendant la main. »


Rien qu'au simple rappel de ce souvenir heureux, de cette rencontre qui avait changé sa vie, elle senti une grosse pointe se loger dans sa poitrine. Irrémédiablement, Mikasa était tombée en admiration pour Eren depuis ce jour là. C'était bien normal que cette admiration se soit muée en un amour inconditionnel au fur et à mesure du temps.

Il lui faudrait un peu de temps, mais Mikasa était forte, elle saurait gérer ses sentiments. Tête haute, comme si de rien n'était, elle sortit de l'immeuble, rencontrant au passage, une petite difficulté à ouvrir la porte (mais à vrai dire, rien ne résistait à la belle brune, pas même des ressors réputés trop rouillés).

Au coin de la rue, elle vit un Jean terrorisé et très chamboulé. Manifestement, il cherchait quelque chose ou quelqu'un. Elle décida promptement de l'éviter, sans même lui adresser un regard. Et alors qu'il traversait la rue qu'elle devait prendre, elle s'écarta et prit la ruelle adjacente. Rien n'était trop sûr, il fallait surtout qu'elle ne parle à personne, cela risquait de tourner au vinaigre, vu l'état dans lequel elle se trouvait présentement.

- « Mikasa ! s'écria Jean. »

La brune s'efforça de ne pas prendre en compte cet imbécile, elle se devait de l'ignorer. Elle risquait d'être incroyablement crue et violente dans ses propos. Non pas qu'elle avait pour habitude d'être gentille et avenante avec Kirstein, mais elle se mettait toujours des barrières quant aux choses qu'elle pouvait lui avouer ou même quand elle devait l'écouter.

Elle savait depuis longtemps que l'adolescent était, depuis toujours amoureux d'elle, et cette pensée s'était précisée et enragée depuis leur rupture, au retour incongru d'Eren. Et jamais, au grand jamais, elle ne voulait lui laisser croire qu'il aurait la moindre chance.

- « Mikasa ! répéta-t-il, persuadé que la brune finirait par lui répondre un jour ou l'autre. »

La force mentale de Mikasa équivalait celle d'un ancien soldat ayant fait mille et unes guerres. Même sous la torture, elle aurait été capable de défendre son point de vue, sans flancher. Mais lorsqu'il s'agissait de l'ordre des émotions et sentiments, il s'avérait qu'elle faiblissait bien d'avantage.

- « Mikasa !

- QUOI ?! mugit-elle finalement avec une voix d'outre-tombe. Qu'est-ce que tu me veux Jean ? Est-ce que tu ne veux pas me foutre la paix un jour ? Combien de fois faudra-t-il que je te repousse ? Combien de fois faudra-t-il que je te dise « non » avant que tu ne comprennes que je ne me remettrai plus jamais avec toi ? Combien ?! »

Jean s'était arrêté tout à coup seulement à quelques pas de la femme qu'il poursuivait depuis bien des mètres à présent. Comme prévu, Mikasa avait laissé franchir un taux de parole excessif par rapport à ce à quoi elle était habituée. Jean balbutia :

- « Je… mais-

- Jean, souffla-t-elle en se pinçant les arrêtes du nez. Pourquoi est-ce que tu m'as suivi ? Est-ce que tu as mis une puce dans mon téléphone ?

- Quoi ! s'insurgea-t-il. Me crois-tu capable de faire une telle chose ? Mais enfin, Mikasa : non, jamais je n'atteindrai à ta vie privée sans en avoir ton consentement.

- Ce n'est pas vraiment l'image que tu donnes de toi, si tu veux mon avis. »

Elle croisa les bras, se rendant compte, en jetant un simple coup d'œil, qu'elle s'était stoppée encore non-loin de l'appartement d'Armin. Appartement qu'elle voulait à tout prix ignorer, et faire disparaître de son champ de vision, histoire d'oublier tout ce qu'il venait de se passer. Cependant, elle mit cela de côté et demanda une nouvelle fois :

- « Alors ?

- Et bien, et bien… Je voulais simplement m'assurer que, tu allais bien.

- Et c'est la raison pour laquelle tu m'as suivi depuis ma salle de sport jusqu'à l'appartement d'Armin ? Non mais, Jean, il y a au moins une dizaine de kilomètres entre les deux. Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ?

- De base, je tiens à préciser que je faisais ma séance de sport comme tout bon athlète qui se respecte, expliqua-t-il, drapé dans sa fierté. En vérité, et par un concours de circonstances, il s'est voulu que j'ai effectué mon entrainement dans la même salle que toi et…

- Bah voyons. »

Un bruit de coulissement se fit entendre, comme un bruit sommaire et caché par le brouhaha de la ville. Pour n'importe quel passant, ce son aurait sonné comme le moins important de tous, mais pour Mikasa, il voulait tout dire. Elle ne s'était même pas retournée qu'elle savait qu'il provenait de l'appartement d'Armin. Elle savait que la tête d'Eren dépassait à présent de l'embrasure. Il ne faudrait pas attendre très longtemps avant qu'il ne-

- « Mikasa ! Je… »

La tête que tirait Jean à cet instant précis était impayable. Mais pour Mikasa, elle témoignait de toute la frustration qu'il emmagasinait elle était au courant et comprenait avec pertinence que la suite n'allait pas être jolie à voir.

- « Ne me dis pas que…

- Que quoi Jean ? demanda-t-elle sans prendre de pincettes. En quoi est-ce que cela te regarde ?

- Franchement je ne te comprends plus… fit-il en la regardant dans le blanc des yeux. Tu me fais croire depuis tout ce temps qu'il y a une infime chance, rien qu'une minuscule, et tu t'en va batifoler avec ce gros con dès que j'ai le dos tourné ?

- Eh oh ! Ça va oui ? s'exclama Eren du haut de sa tour. Je refuse de me faire insulter sans rien dire !

- Oh, toi… »

Jean semblait retenir sa colère. Il était très clairement entrain de bouillir de l'intérieur. Une gigantesque marmite de rage et de désespoir qui menaçait d'exploser à tout moment. Mikasa était tellement dévastée par tout ce qu'il se passait présentement elle se pensait incapable de faire quoique ce soit. Mais lorsque Jean avait prononcé la phrase de trop, elle lui attrapa les joues comme un enfant que l'on gronde et murmura dans un grognement significatif :

- « Écoute-moi bien Jean, ouvre bien tes oreilles une bonne fois pour toute, articulait-elle. Je ne me mettrai plus jamais avec toi, est-ce que c'est clair ? Tous nos instants passés ensembles depuis notre rupture, où je te supportais tant bien que mal ; tu les as tous pris pour des déclarations d'amour alors que tout ce que je faisais, c'était être polie. Alors maintenant tu me fous la paix et tu t'en vas, c'est bien clair ? »

Elle laissa volontairement une pause significative et finit par souffler, l'air plus noir que jamais :

- « Et si d'aventure il te prend d'en vouloir à Eren d'une quelconque manière, sache que je saurais très bien faire en sorte d'honorer tes attributs masculins en te les coupant au sécateur. Me suis-je bien faite comprendre ? »

Il hocha la tête une fois. Deux fois. Huit fois. Vingt-quatre fois. Dans un mouvement lascif et spasmodique. Au moins, il avait l'air d'avoir imprimé comme il se doit chacun des mots qu'avait prononcé sa dulcinée désormais éloignée définitivement de lui.

Finalement, elle le lâcha et s'éclipsa par une allée dérobée. Peut-être à cause de cette intervention fortuite, il lui faudrait encore plus de temps, la chose étant que Jean était laissé pour compte. Ce dernier jeta un regard terrifiant vers la fenêtre où était, juste avant, perché l'auteur de son malheur. Chose étant qu'il n'y était plus. Mais où était-il donc passé ?

Peu importait désormais. Jean se sentait plus seul et délaissé que jamais. Armin n'étant pas dans le coin, il commença à composer le numéro de Marco, une des rares personnes à pouvoir le supporter continuellement. Mais il se rappela qu'il s'était disputé avec lui récemment, et rebroussa chemin en replongeant l'objet au plus profond de la poche de son jean. Une histoire stupide encore une fois à propos de Mikasa. Marco ne comprenait pas pourquoi Jean s'accrochait encore à cette femme tandis qu'il y avait tant d'autres choix à sa portée. Évidemment, le châtain l'avait pris personnellement et l'évitait.

Reiner et Bertolt ?

Ils ne comprendraient pas. Ils resteraient pantois, un peu hébétés de n'avoir rien à dire, même pas une phrase de réconfort, et certainement un malaise s'installerait.

Quant à tous les autres : Connie, Sasha, et le reste de la bande… Ce n'était même pas la peine d'y penser. Ils s'en ficheraient. Ils ne seraient là que pour les potins, et il ne trouverait de véritable réconfort chez aucun d'entre eux.

Il n'avait bel et bien plus personne sur qui compter.

Plus seul que jamais, il s'échoua dans un coin de la rue, adossé sans trop savoir pourquoi contre un poteau. Un bruit de grincement se fit entendre, plus désagréable et douloureux que tous les autres.

- « Eh ! Face de cheval ! Ramène-toi, qu'on puisse discuter cinq minutes ! »

C'était Eren, évidemment. Il sortait une petite partie de sa figure de l'ouverture, ayant bloqué ladite porte de son pied.

- « Fous-moi la paix, abruti, fit-il à demi murmure.

- Hé, tu me traites comme le dernier des idiots devant Mikasa, et tu crois que je vais me laisser faire ? Allez, viens m'aider à ouvrir cette… Cette putain de porte ! s'écria-t-il.

- C'est bon, elle t'appartient toute entière maintenant t'es content de toi ?

- Hein ?! Qu'est-ce que tu racontes, là ? »

Jean se leva et tira la maudite porte. À deux, ils parvinrent à faire en sorte qu'Eren sorte de sa cage. Le châtain n'avait pas du tout la tête à rire, ou même à se battre. Il désirait seulement se morfondre, et qu'on lui fiche la paix. S'il n'avait pas aidé Eren à sortir, ce dernier l'aurait bassiné de toute façon, alors qu'il l'accompagne dans sa soudaine déprime, cela ne changeait pas grand chose. Il espérait juste – vainement, puisqu'il savait Eren comme étant une vraie pile électrique – qu'il aurait le tact nécessaire pour la boucler le temps nécessaire.

Eren s'attendait à une confrontation, même une minuscule, mais au moins une joute verbale. Pourtant rien. Jean se rassit, comme si de rien n'était, contre le poteau sur lequel il était quelques secondes plus tôt.

- « Attends, tu comptes en rester là ?

- Tu veux qu'on s'organise un meeting pour parler du fait que je trouve que t'es qu'un gros con ? Est-ce que ce n'était pas déjà évident ? Va donc la rejoindre, et fais pas chier.

- Je ne comprends rien à ce que tu me racontes, fit-il confus.

- Et bah connecte deux neurones, crétin !

- Hé, calmes-toi un peu, le sanguin ! Je n'ai rien fait moi, ce n'est pas ma faute si Mikasa t'a rejeté comme une… »

Jean se leva à la seconde même où Eren s'apprêtait à l'insultait ouvertement. Il était hors de question qu'il se fasse ridiculiser publiquement une deuxième fois à cause de lui.

Tel une fusée, Jean décocha une droite bien placée à l'autre. En plein dans la pommette pour être exact. Choqué et sonné par ce coup qu'il n'avait pas vu venir, Eren se releva quelques mètres plus loin. Aucun saignement ni ecchymose n'était visible mais vu la vitesse et la force qu'avait mis Jean dans son coup, il n'était pas difficile d'imaginer qu'Eren serait pourvu d'un beau bleu dès le lendemain.

- « Mais t'es complétement malade !? s'écria-t-il. Tu penses que je vais te laisser t'en tirer comme ça ? »

Le premier à avoir frappé réalisa véritablement ce qu'il venait de faire lorsqu'il vit la lueur dans les yeux de celui qui lui faisait face. Pour être tout à fait honnête, Jean en avait la chair de poule. Jamais il n'avait vu pareil regard. On aurait celui d'un fou. Un type dangereux, auprès duquel il ne valait mieux pas chercher des noises. Et alors qu'il reconsidéra l'option de la fuite, Eren l'assaillait déjà d'un uppercut en plein dans le sternum. Il en cracha une larme sanglante avant d'expier un juron difficilement dissimulable après cet affront. C'en était trop. Ni une, ni deux, Jean riposta d'une clé de bras effectuée non sans mal puisqu'Eren se débattait comme un fauve. Il tentait d'immobiliser sa proie, dans le but de la faire taire, de montrer enfin qu'il n'était pas une poule mouillée. Qu'il n'avait pas peur du grand Eren dont tout son entourage ne taisait les louanges. Il n'en pouvait plus.

Complètement essoufflé, et par une faute d'inattention, Jean se retrouva la tête collée contre le bitume tandis qu'Eren mâchonnait quelques insultes entre ses dents. L'adolescent ne reconnaissait plus celui qu'il haïssait. Il lui semblait qu'il était bien plus animal que d'habitude, qu'il n'avait même plus l'air humain une sorte d'hybride : mi fauve, mi humain.

Quelques passants furent interpellés par ce raffut, et il ne fallut pas attendre longtemps avant qu'une petite assemblée d'inconnus ne se rassemble en cercle autour du combat qui avait lieu. Des gouttes de sang perlaient sur le sol, de plus en plus nombreuses. Rien de bien grave, mais assez alarmant pour effrayer n'importe quel passant lambda. Du coin de l'œil, Jean aperçut un membre de la Police garer sa moto de patrouille pour voir ce qu'il se passait.

Il comprit rapidement que la situation tournait plus mal que jamais. Si cela continuait, il serait au poste en un rien de temps et la jeune recrue pourrait dire adieu à sa carrière en un claquement de doigt.

Sans trop réfléchir d'avantage, le garçon réussit à tirer son épingle du jeu en effectuant une prise que son vieux père lui avait appris avant qu'il n'entre à l'internat. Prise qui retourna Eren, inversant les rôles, et déboussolant le devenir de la partie. Un combat exaltant et palpitant comme il était rare qu'Eren en livre de tels. Mais Jean n'avait pas la tête à cela : tout ce qui lui importait, c'était de s'enfuir de ce guêpier.

Il attrapa Eren par le col (du moins, ce qu'il en restait) et se précipita vers l'éternelle porte rouillée de l'immeuble d'Armin. À deux, (s'en trop s'en rendre compte), ils l'enfoncèrent et ne tardèrent pas à entrer dans le minuscule appartement. Toujours dans la fougue du combat, Eren était en mydriase et haletant. Jean n'en déparait pas le lot :

- « Putain mais t'es vraiment trop con c'est pas croyable ça ! hurla ce dernier. »

L'interlocuteur ne comprenait pas où est-ce qu'il était. Si bien qu'il resta le regard dans le vide, à panteler comme un vulgaire canidé.

- « Tu continues de te battre coûte que coûte, hein ? La victoire aurait eu meilleur goût si on s'était retrouvés au poste ? Regarde un peu autour de toi quand tu te bats on était à deux doigts de se faire choper par les flics !

- Ferme ta gueule, Jean. »

Un frisson parcourra l'échine de Jean tandis que l'outrage d'Eren résonnait dans ses oreilles comme le plus douloureux des échos.

Ce n'était en rien la teneur de l'injure qui le fit trembler, mais bien la voix qu'il avait pris. Un grognement de lion. Comme un mâle alpha protégeant sa meute. Mais Jean n'eut pas le temps de riposter qu'Eren enjambait les affaires sales d'Armin pour s'approcher davantage :

- « Le premier qui frappe doit assumer les conséquences de ses actes. Que la bagarre prenne un mauvais tournant, que la Police se ramène, tout est la faute de celui qui commence. Alors ne t'avise pas de me faire porter le chapeau alors que tu es le responsable. »

Du revers de sa manche, Eren essuya le sang qui coulait de ses narines. Il franchit diligemment tout ce joyeux bordel et s'enferma dans la salle de bain, plus furieux que jamais.

À la recherche de coton pour aseptiser ses blessures, il ne trouva que du papier toilette. Ça ferait l'affaire pour l'instant, mais il fallait bien avouer qu'il allait falloir tout expliquer le lendemain auprès d'Hanji. Eren mesura l'étendue des dégâts en fixant son reflet dans le miroir. Son arcade sourcilière droite était fendue, de laquelle s'écoulait le liquide vermillon encore frais, un délicat œil au beurre noir prenait doucement place (ce qui expliquait pourquoi il voyait trouble depuis cinq bonne minutes) et pour couronner le tout, il sentait une douleur lancinante dans le bas de sa nuque.

« Nickel, se dit-il. J'ai l'air d'un taulard. »

Il se rinça le visage avec toute la difficulté du monde (la salle de bain devait avoisiner les deux mètres carrés en comptant la douche) et appliqua du savon sur ses lésions. De toute façon, avant qu'il n'ait le temps de réellement prendre en compte ses maux, son corps le guérirait : alors il ne se faisait pas trop de souci là dessus. Si ça se trouve, il serait déjà entièrement soigné avant le lendemain !

Lorsqu'il sortit de la salle d'eau, il découvrit un Jean en larmes. En vérité, il ne savait pas vraiment puisqu'il cachait sa figure entre ses mains, mais de par le tressautement de ses épaules et les légers reniflements qui se faisaient entendre, Eren en conclut qu'il pleurait. Hors de question de le consoler. S'il était fragile, il n'avait qu'à pas le provoquer en duel, non mais.

Enveloppé de toute l'arrogance du monde, Eren s'étala dans son fauteuil favori (le seul siégeant dans l'appartement à vrai dire) et ferma les yeux. Sa journée était déjà assez compliquée comme cela. Jean connaissait la sortie, inutile de l'inviter à prendre la poudre d'escampette.

Trois bonnes minutes passèrent et Jean n'était toujours pas parti. Plus aucune jérémiade n'émanait désormais, ne subsistait que le lourd son du silence. Eren s'était calmé lui aussi, et une certaine culpabilité de voir quelqu'un de son entourage aussi malheureux le taraudait (même si c'était Jean). Il avait beau le détester, Eren était humain tout de même. Il se décida finalement à partir dans la cuisine pour remplir un torchon de glaçons en formant un petit baluchon, de manière à ce que rien ne coule.

Jean était assis en tailleur, ses mains entourant ses tempes de telle sorte à ce qu'on ne puisse pas voir sa face. Il sentait que quelque chose se tramait dans son dos.

- « Dégage de là, Jäger. »

Le dénommé lui envoya le torchon glacé en plein dans les parties, ce qui ne manqua pas de lui arracher un petit rire tandis que l'autre se tordait de douleur.

- « Mais c'est pas possible d'être imbécile à ce point ! hurlait-il en se maintenant l'entre-jambe, formant une coquille de protection avec ses mains.

- Mets-toi ça sur la tronche, sinon tu vas ressembler à un ballon de baudruche. »

Trop occupé à essayer de récupérer le peu de virilité qui lui restait, Jean se mordait la lèvre inférieure pour garder prestance. Il ne manquerait plus qu'il gémisse de peine et c'était certain qu'Eren lui aurait ôté toute crédibilité. Ce dernier s'approcha et prit finalement l'arme du crime :

- « Quand on décide de se foutre sur la gueule, on doit savoir comment se prendre en charge seul. Dire que je suis obligé de faire la nounou…

- Hé, c'est bon, va voir ailleurs si j'y suis. Je suis tout à fait capable de m'occuper de panser mes blessures moi-même-

- La vache ! le coupa-t-il. Je t'ai pas loupé, si tu voyais ta tronche ! »

En effet, si Eren était quelque peu amoché, Jean était littéralement défiguré. Inutile de le décrire en détails : imaginez-vous seulement une face recouverte d'hématomes, les yeux si gonflés qu'ils en feraient pâlir de jalousie un boxeur pro, et tout un côté de la face râpés par le goudron. L'atmosphère était si intense peu avant, qu'ils se mirent à rire. Encore et encore, sans arrêt. D'abord seulement Eren, mais Jean ne tarda pas à le rejoindre.

Ils riaient aux larmes. Finalement, ils n'étaient pas si différents l'un de l'autres. Jean et Eren étaient même trop similaires pour se supporter trop longtemps. C'était sûrement la raison pour laquelle leurs deux caractères ne s'emboitaient pas correctement.

Après cette franche rigolade, Jean s'appuya contre le rebord de la cloison et laissa fondre un glaçon dans sa bouche qu'il venait de sortir dudit torchon.

- « Alors, l'énergumène, qu'est-ce que tu foutais avec Mikasa dans l'appartement d'Armin ?

- Ah, donc ça t'intéresse vraiment, ri Eren.

- Bah, mon ex se tape son ami d'enfance, qui est accessoirement mon ami-ennemi évidemment que sa m'intéresse. »

Jean avait lancé cette phrase avec tant de spontanéité qu'il réussi à tiré un pouffement de la part de son interlocuteur.

- « Ami-ennemi ?

- Et en plus il ne nie même pas les faits, ce con… souffla-t-il théâtralement.

- Je n'ai jamais confirmé tes dires, je me contente de les ignorer. Là est toute la différence.

- T'es vraiment un salaud, quand même…

- Hey !

- Non mais c'est vrai, tu te contentes de ramener ton joli petit cul et toutes les nanas sont à tes pieds. Ça ne m'étonnerai même pas que des mecs t'ai déjà proposé de coucher avec eux…

- Haha, t'imagine… ça serait louche sinon, fit Eren avec un ton ironique. »

Jean se retourna promptement, beaucoup trop alarmé par cette dérision, ce timbre de voix signifiant que cette situation avait déjà eut lieu :

- « Mais non ! s'écria-t-il. Et qu'est-ce que t'as répondu !

- Ça ne m'ait jamais arrivé, arrête de psychoter ! s'expliqua-t-il franchement. »

Et pour cause, Eren savait que ce qu'il disait n'était pas totalement juste, mais aussi que ça n'était pas totalement faux il ne comprenait pas vraiment tout ce qui était entrain de se passer et laissait son instinct agir par lui-même. Il ne pouvait évidemment pas lui raconter qu'il n'en savait rien. Mais il était certain d'une chose : une incontestable force le liait, lui et Levi. Et rien qu'à la simple évocation de son prénom, Eren se sentit faiblir.

- « Mon œil ouais ! Vu comment t'es foutu ça a dû t'arriver plus d'une fois !

- N'importe quoi, répondit Eren de plus en plus gêné. »

Il se grattait la nuque avec vivacité, comme si son malaise s'envolerait avec mais il se rendit bien vite compte que cela ne faisait que l'intensifier. Pire encore, Jean avait maintenant la puce à l'oreille : Eren cachait quelque chose.

- « Et à par Mikasa, tu te fais qui d'autre du groupe ? Armin, Marco, peut-être Sasha qui sait ? Tu feras gaffe, je crois que Connie envisage quelque chose avec elle, mais d'après ce que j'ai pu voir, c'est pas ça qui t'embête hein ?

- Dégueu, Jean ! Je ne me fais personne. Ni Mikasa, ni personne d'autre. Il te faut quoi comme preuve ? Je viens d'arriver il y a peine plus d'un mois, tu pense vraiment que j'ai la tête à me trouver un ou une petite amie ?

- Oh merde Eren, t'es bi ?

- Hein ?! Quel rapport ?

- Bah, tu viens de dire « un ou une », donc tu n'exclues pas le fait que les hommes sont une source potentielle d'amusement ?

- D'amusement ? Mais tu t'entends parler, sérieux ? s'étouffa-t-il. On dirait que tu parles des personnes comme si elles étaient tes vides-couilles personnelles ! Très franchement, je suis bien content que Mikasa t'ai rejeté aujourd'hui parce que si tu comptais la chérir comme t'as l'air de me le faire comprendre, tu ne vaux pas mieux que ce que je pensais que tu étais depuis tout ce temps !

- Eren. Tu ne sais rien de ce que je ressens pour Mikasa et comment est-ce que je l'aurais traité. Vu que t'as l'air de l'avoir oublié je vais te le rappeler : je suis sortie avec elle plus d'un an. Élitiste comme elle est, tu ne crois pas qu'elle m'aurait repoussé dès le début ?

- Je connais assez Mikasa pour savoir qu'elle ne serait pas passée par a b pour te montrer à quel point elle se fout de toi. Tu étais peut-être digne d'elle dans le temps, mais aujourd'hui tu ne vaux pas mieux que… qu'un…

- Qu'un ? Qu'un quoi Jäger ? Bah va-s-y ? Crache le morceau !

- Qu'un vulgaire tas de merde ! Voilà ! T'es content ? s'insurgea Eren, parfaitement en colère.

- Tu sais ce qu'il te dit le tas de merde ? menaça Jean, une moue rieuse et joueuse aux coins des lèvres.

- Non mais raconte-moi tout, un tas de merde qui parle : ça ne court pas les rues !

- Le tas de merde, il te dit qu'il embrasse comme personne n'a jamais embrassé ! Tu pourras demander à toutes mes conquêtes, elles te raconteront toutes la même chose !

- Toutes tes conquêtes, hein ?

- Parfaitement !

- C'est du grand n'importe quoi. »

Excédé de passer encore une fois pour l'imbécile de service, l'idiot incapable de tenir ses promesses et tout particulièrement parce qu'il n'en pouvait plus qu'Eren l'ouvre sans cesse, Jean décida, impulsivement et sans vraiment réfléchir, de l'embrasser pour lui prouver la bonne foi de ses paroles.

Et croyez-moi, ce n'était en rien un baiser doux.

C'était brutal.

Violent.

Urgent.

Décisif.

Eren n'en crut pas ses yeux. Il se rendit compte que les lèvres qui étaient posées sur les siennes étaient celles de Jean qu'après trois bonnes secondes tant il ne s'y attendait pas. Évidemment, l'embrassade ne dura pas, et quelques instants après, ils se décollèrent.

Le sang d'Eren battait dans ses tempes et une vitesse fulgurante, et Jean n'en menait pas large non plus. Un léger silence perdura dans le temps avant que Jean ne réplique :

- « Tu vois. Je te l'avais dit. »

Eren se sentait mal, presque fiévreux. Un désir irrépressible le ravageait tandis qu'il essayait de combler de lui-même le triste besoin d'affection qui lui tapait le système. Pourquoi est-ce que Jean venait de faire ça, au juste ? Dans quel but ? C'était trop étrange pour n'être qu'une simple démonstration de ses talents buccaux. Il y avait tellement d'autres manières de le faire !

Et tandis qu'un mal-être prenait place dans l'atmosphère, une certaine tension d'un tout autre ordre s'installa. Ils se regardèrent et Eren écarta toutes ses pensées noire d'un seul coup d'œil.

- « J'embrasse bien mieux, déclara ce dernier d'une voix plate. »

Les deux s'observèrent et il ne fallut pas plus d'une seconde avant que leurs lèvres ne se rencontrent à nouveau. C'était un baiser très douloureux. Un appétit incoercible, un manque d'affection des deux côtés que l'autre se contentait de combler comme il le pouvait. Ce n'était pas de l'amour, c'était une compétition. L'un devait faire mieux que l'autre. Et hors de question de repartir perdant après le match de tout à l'heure.

Ils se retrouvèrent finalement sur le fauteuil, aménagé en lit de fortune, sur lequel dormait Eren. L'un sur l'autre, se battant toujours pour obtenir la place qui surplomberait le second. Une lutte sensuelle sans merci. Ils s'arrêtèrent, pantelant, à se regarder dans le blanc des yeux. Tout à coup, Eren se sentit mal. Vraiment mal. Comme s'il était entrain de faire quelque chose de grave, pour se convaincre que tout allait bien, qu'il avait tourné la page. Mais quelle page ? Et pourquoi ? Quelle en était la raison ?

Trop de questions tournaient dans sa tête. Il repartit finalement à l'assaut de la bouche offerte devant lui. Eren suçota avec ferveur la langue de son amant soudain. Jean l'intérieur de sa joue comme pour s'empêcher de ne laisser sortir quelques murmures qu'il ne saurait contrôler. Une danse endiablée s'engageait où la loi du plus fort régnait. Un combat de lions, voraces et acharnés, dans une lutte pour le plaisir. Comment en étaient-ils arrivés là, déjà ? Peu importait.

De son côté, Jean ne savait plus également ce qu'il faisait. De toute façon, connerie ou pas, il était bel et bien entrain d'embrasser Eren. Alors autant en profiter sur le moment, les remords seraient pour le Jean du futur.

Mais alors qu'ils tentaient une approche encore plus directe, Eren s'arrêta promptement, incapable de bouger. Son cœur lui fit mal. Il se sentait serré, à l'intérieur de sa poitrine. Il repoussa Jean :

- « Attends. Stop. »

Mais Jean ne l'entendait pas de cette oreille. Il continua sa démarche sinueusement, caressant plus ou moins avec douceur les cuisses d'Eren. Un appétit dangereux le taraudait, il se sentait ivre d'une émotion trop puissante pour être manipulée. Il fit fi des interjections d'Eren descendant petit à petit le pantalon de cet homme qui lui faisait face.

- « T'es sourd ou quoi ?! J'ai dis stop ! s'écria-t-il. »

Eren avait de plus en plus de mal à respirer. Sa tête lui tournait et son esprit était complètement assombri. Jean s'arrêta net lorsqu'il vit la petite silhouette d'Armin trôner dans le coin de la porte, ses clés encore en main.


On se calme ! On se calme !

Je vois déjà vos petites mines dépitées (sauf pour celles comme moi qui adorent le EreJean). Je vous rappelle que c'est un Ereri, et ça le reste. C'est une passe, et comme c'est indiqué dans le mot : ça va passer (j'en reviens pas d'avoir à me justifier sur l'utilisation d'un mot putain, ahah).

Bon ! J'ai vraiment hâte d'avoir vos avis sur ce qui vient de se passer.

Comme je vous l'avais expliqué au départ, c'est vraiment beaucoup accès sur Jean et Eren, mais Levi reviendra bientôt, ne vous inquiétez pas. Et puis vous savez ce qu'on dit, n'est-ce pas ? Plus on l'attend, meilleur sera le retour !

Je vous raconte pas comment c'est dur de ne pas les faire discuter mes deux enfants alors que la fic est quand même basée sur eux. Mais pas le choix, ils sont disputés et la mémoire d'Eren ne va pas arranger les choses.

Passons au plus intéressant : j'adorerai avoir votre opinion sur ce chapitre. Premièrement parce que j'ai tout écrit très vite, (raison pour laquelle il y a sûrement une flopée de fautes, pourtant j'ai revérifié mais il est un peu 1:42, et je suis claquée) et ensuite parce que c'est vachement différent.

J'espère de tout mon coeur ne pas avoir fait OOC dans les caractères (c'est le truc sur lequel je me suis le plus concentrée, j'ai vraiment voulu retranscrire l'impertinence des deux et leur égoïsme et vanité à vouloir toujours faire mieux que l'autre). N'hésitez pas à me dire ce qui va et ne va pas, je peux toujours rectifier le tir comme ça ;)

Au passage, j'avance sur l'OS de l'entre chapitre 2-3 (oui, ça commence à dater un peu), ça fait du bien d'écrire dessus parce que ça parle d'Eren et Levi. Il sortira. Un jour peut-être :)

Ah oui, je voulais votre avis aussi. Je ne suis pas sûre de vouloir écrire de lemon pour plus tard dans l'histoire (si ça survient, ça ne sera pas tout de suite, j'en suis navrée). Est-ce que je me risque à en écrire un, (sur ErenxLevi bien évidemment) qui prendra place lorsqu'ils se remettront ensembles ou pas ?

Voilà, voilà. Merci pour tous les courageux qui ont pris la peine d'avoir lu jusqu'ici, et à la prochaine :)