Salutations aux petits lecteurs et petites lectrices toujours vivants malgré ma lenteur à publier :')

Oui, j'ai changé de pseudo, mais c'est toujours la même personne, pas d'inquiétude !

Je suis assez contente de vous présenter mon chapitre 17, qui diffère de par son caractère plutôt violent. Il est très, voire totalement accès sur Levi parce que je trouve ce personnage absolument fascinant.

Si vous avez cliqué, c'est que, comme moi, le sang et les fractures ouvertes ne vous font pas trop frémir (en même temps je me demanderai bien ce que vous foutriez là puisque SNK est... comment dire, totalement violent ?). Enfin, peu importe ! Cela me tenait juste à coeur de vous le préciser :)

La réponse aux Guest ! (je précise à toutes les reviews "non-Guest" que je vous réponds en MP directement) :

La bte : Tu es toujours làààà ! Tes commentaires me font toujours bondir de joie :) Erwin est un petit con, on est d'accord, mais écoute il doit bien faire le major une fois de temps en temps. Comme t'as pu le remarquer d'ailleurs, les évènements l'on bien fait changé ! Il est passé de fangirl à major, c'est plutôt une amélioration qu'on ne peut pas se permettre de négliger haha ! Namasté petite bte, tu me fais plaisir en m'écrivant cela. Il n'y a rien de plus gratifiant qu'un lecteur qui dit que tu t'améliores, alors namasté à toi ! *fais une petite révérence* Tu me fais tellement rire avec ton punch que tu pressens arriver, haha. Ca depend de ce que tu appelles "punch", mais pour moi ce n'est pas encore le tournant de l'histoire ;) tu me diras ! OH MON DIEU, JE SUIS TELLEMENT HONORÉE *essuie une larmichette* je ne pense pas du tout être la meilleure, mais c'est a-do-rable, et ça me touche vraiment *fais un câlin virtuel* Owww... tiens alors ! pour te remercier à ton tour *te donne une photo de Levi & d'Eren* c'est cadeau ;) n'hésite pas encore une fois à me dire ce que tu as pensé de mon chapitre, je trouve Levi particulièrement badass, tu me diras ! Gros bisous !

Note : pour qui aime bien lire en ayant un fond musical, je vous conseille d'écouter Soon will wake up et Cognitive Shift de Roger Goula pendant ce début de chapitre assez sanglant (jusqu'à la ligne qui coupe un peu mon chapitre. Je trouve qu'elle met vraiment dans l'ambiance. Il n'y aucune parole donc aucun risque de se déconcentrer. Bisou !


Erd contemplait les ruines qu'étaient devenus les alentours de la gare de sa cité. Il n'y a pas deux heures, tout était encore intact. Et voilà que maintenant, les colonnes qui jadis s'élevaient majestueusement pour soutenir le plafond carrelé de verre se retrouvaient fissurées pour quelques chanceuses, réduites en poussières pour la majorité. Du sang, du sang, partout. Des flaques, des trainées, quelques gouttes : jusque dans les moindres recoins, l'hémoglobine et son odeur nauséabonde se répandait. Il avait rarement vu un tel spectacle.

Nanaba avait sonné l'alerte depuis une bonne trentaine de minutes, et s'occupait tant bien que mal d'une jeune femme aux cheveux dorés dont la jambe disloquée était coincée (et probablement broyée) sous les restes d'un pilier. Sa cadette, aux boucles blondes similaires, pleurait sans s'arrêter et hurlait à s'en casser les cordes vocales. Un homme, d'une quarantaine d'années accourut pour épargner son âme d'enfant de cette scène terrifiante.

Quant à Petra, elle tremblait de terreur. Chacun des membres de l'Escadron en avait vu passer des horreurs, mais chaque couche ajoutée revivifiait les souvenirs passés, ravivant un peu plus les couleurs des missions précédentes. Le noir de la fumée, le vert de leur uniforme, le marron-grenat des croûtes séchées.

Son fusil d'assaut en bandoulière, elle redirigeait les ambulanciers et autres urgentistes vers les blessées les plus graves. Parmi eux, un garçon qui ne devait pas dépasser les dix ans, aveuglé par ses cheveux longs collés par le sang et dont la fracture ouverte lui empêchait de se mouvoir. Tendons et muscles à l'air libre.

Le carnage était tel qu'on ne s'entendait plus discuter. Entre les larmes, les cris, les interjections des quelques forces de l'ordre présentes : le chaos était maître du jeu, et les victimes de l'attentat n'en étaient que ses vulgaires pions.

Levi arriva avec un peu de retard. La circulation était complétement bouchée à cause de l'explosion précédente. Des dizaines de rues avaient été barré, et les caméras des télévisions locales bloquaient le passage aux médecins, qui ne demandaient qu'à sauver des vies en faisant leur métier. Cela rendait le brigadier fou de rage d'autant plus lorsque les questions fusèrent davantage à son arrivée :

- « Monsieur Ackerman ! Avez-vous vu ce qu'il s'est passé ?

- Étiez-vous dans les parages lorsque l'attentat s'est produit ?

- Avez-vous identifié les assaillants ?

- Encore un coup du clan H ?

- À combien sont évaluées le nombre de victimes ?

- Monsieur ! Monsieur ! Les habitants ont le droit de savoir ! »

Un bourdonnement sourd résonnait dans le crâne de Levi. S'il n'avait pas cette capacité à ignorer les gens, il aurait probablement collé une droite ou deux dans la figure de ces journalistes. Mais mieux valait éviter les scandales pour le moment. L'instant était tragique. Il poussa donc avec dureté les reporters du plat de sa main, les écartant du mieux qu'il pouvait et reconnu la silhouette féminine et familière de Petra un peu plus loin. Du coin de l'œil, elle l'aperçut :

- « Oh mon Dieu Levi, tu es là !

- J'ai été mis au courant de toute la situation, fit-il rapidement, l'empêchant de continuer à parler. Je vais m'occuper de rediriger les ambulances et les civières va aider Nanaba et trouve de l'aide. Retrouve-moi les recrues qui sont censées être présentes : j'en veux vers les quais, près de l'aile gauche et à côté des colonnes brisées. Il faut qu'ils fassent évacuer les endroits dangereux, que personne ne reste près du toit fissuré. Aussi, demande s'il y a des personnes qui ont des notions de médecine et si des civils ne sont pas blessés, qu'ils apportent du soutien aux autres ou qu'ils me rejoignent.

- Compris, hocha-t-elle la tête. »

Elle s'activa à l'instant même, et partit dans le sens opposé. Une dizaine de minutes plus tard, dans la foule, Levi reconnu l'insigne des vestes des jeunes recrues. Malgré le fait qu'elles ne fassent plus partie du Bataillon d'Entrainement de Keith, puisqu'elles avaient été diplômé tout récemment il était écrit dans les règles que les jeunes soldats qui n'appartenaient pas encore à une faction distincte se devaient de remplir leur fonction et d'apporter aide physique à chaque brigade si la situation était grave et ce, à n'importe quelle période de l'année.

Ainsi, une fille blonde et svelte se présenta devant Levi, le poing sur le cœur en signe de reconnaissance, et surtout l'air terriblement sérieux :

- « Annie Leonhart, à vos ordres.

- Pas le temps pour les formalités. Évacue les civils, soigne les blessés et évite le sur-accident.

- L'escouade 104 a reçu vos ordres, je me présente devant vous pour vous apporter mon aide.

- Alors éloigne les caméras de l'entrée de la gare, ils bloquent le passage aux camions de pompiers et aux ambulances.

- Entendu caporal. »

En effet, si c'était plutôt discret à cause des grandes portes, un brasier incandescent flambait les murs abimés de l'aile gauche. Des cadavres cramoisis dont la face ressemblait plus à une miche de pain brûlée qu'à un véritable visage, gisaient près du feu. Une chaleur de bête calcinait tout ce qui se trouvait sur son passage. Et si des pompiers étaient déjà sur l'affaire, les lances puissantes ne suffisaient pas et il fallait plus d'eau.

Heureusement, l'incendie était maitrisable, et sauf quelques pauvres malheureux peu avaient été touché directement par la déflagration.

En quelques enjambées, Annie parcourut la moitié de la gare qui n'était plus qu'une masse frémissante de monde et de débris. On pouvait distinguer sa voix puissante ordonner à ces oiseaux de mauvaise augure de déguerpir. Mais, certains journalistes ne l'entendaient pas de cette oreille, repoussant toujours plus loin les limites déontologiques de l'éthique et voulant absolument obtenir de vidéos et photos sans prendre en compte l'avis de la recrue. Bientôt, Armin arriva pour lui prêter main forte, et surtout maintenir la colère montante de la jeune femme qui elle, contrairement à Levi, ne savait retenir ses coups lorsqu'ils étaient mérités.

Et alors qu'il redirigeait un urgentiste qui, visiblement ne savait pas faire son travail Levi fut attiré par les pleurs d'un petit garçon. Personne n'était autour de lui, il semblait perdu, abandonné. Sans omettre la plaie grande ouverte sur sa cuisse. Il pleurait à peine, quelques larmes roulaient de çà de là, mais si peu comparé à la douleur qu'il devait ressentir. Il avait juste l'air choqué, comme si on lui avait fait une mauvaise farce et qu'il en comprenait seulement maintenant la chute.

Levi n'avait jamais été doué pour parler avec les êtres-humains, et encore moins avec les enfants. Et même alors qu'il en était un, il exécrait devoir converser avec ceux-là, préférant la solitude aux joies incompréhensibles dont ils semblaient tous épris.

- « Petit, où est ta mère ? fini-t-il par lui demander. »

Le garçonnet ne répondit pas. Il était assis, presque accroupi : cette position faisant jaillir encore plus de sang de sa plaie. Il réitéra sa question :

- « Oï, tu entends ?

- Magazines, murmura-t-il.

- Quoi ?

- On devait aller rejoindre papa, expliquait-il les yeux recouverts d'un voile de larmes. Il a acheté une jolie maison près de la mer mon papa. Même qu'il a construit une balançoire à côté de la véranda, juste pour moi, parce qu'il sait que j'aime beaucoup ça moi, la balançoire.

- Eh, petit, l'interrompis Levi, si tu veux qu'on retrouve ta maman, il faut que tu me répondes.

- On allait rater notre train pour voir papa, reprit-il, l'ignorant. C'est long le train. J'aime bien le train mais c'est trop long je trouve, déblatérait-il avec un débit incessant, toujours comprimant sa blessure, sans sembler en souffrir pour autant. Alors je voulais un magazine. J'aime bien les magazines moi, surtout ceux avec le canard, il est rigolo. Mais il était l'heure du train. Et… j'ai fait un capice.

- Un… ?

- Un capice, répéta-t-il en omettant le ''r''. Maman elle aime pas quand je fais des capices. Mais je le voulais mon magazine. Elle était drôlement énervée maman, elle m'a dit : ''Bon, je vais le chercher tu ne bouges pas''. »

Il ne fallait pas être un génie pour comprendre. Levi tiqua. Il avait rarement pris le train lorsqu'il le faisait, il lui arrivait d'acheter des revues pour Hanji, afin qu'elle lui fiche la paix pendant le trajet. Ils se dirigeaient toujours vers…

Son regard se posa vers l'aile cramoisie, fermée par un épais rideau de fumée étouffé par les portes closes protectrices. Les pompiers éteignaient encore les quelques flammes qui en jaillissaient.

- « … y a eu un grand boum, expliquait-il avec ses mains, mimant l'hécatombe.

- Petit, viens avec moi.

- Mais maman a dit-

- On verra plus tard pour ta mère. Pour l'instant, on doit s'occuper de toi. »

Il le souleva avec la moindre difficulté. Ses muscles sculptés à la force de sa volonté ne tremblaient pas sous le poids plume de l'enfant. Levi ressenti une pointe d'empathie envers ce garçon. Il se souvenait avoir perdu sa mère à peu près au même âge, à la seule différence que personne n'avait eu à lui mentir puisque le brigadier l'avait découvert de lui même. Un matin glacé alors qu'ils avaient pour habitude de dormir ensemble pour se réchauffer. Comme feraient deux bêtes se frottant l'une contre l'autre pour se tenir chaud. Malgré tout cela, le froid de l'hiver l'avait attrapée comme on attrape un mauvais rhume de nos jours. Sa mère avait juste eut un peu trop froid. La mère de cet enfant, un peu trop chaud. Ils n'étaient pas si différents.

Mais ce n'était pas pour autant que Levi ploya sous le poids de sa tristesse, au contraire, cela lui donnait du courage. Ce petit avait encore son père, et s'il avait de la chance, les médecins de Shiganshina feraient correctement leur travail et soignerait ce petit.

- « Dis Monsieur, on va où ?

- Je vais te confier à un de ces messieurs là-bas, lui dit-il en pointant de son menton les brancardiers arrivant par dizaines.

- Non, je veux pas ! s'écria-t-il, écarquillant ses yeux. Je veux rester ici ! Je veux voir maman ! »

Cela lui paraissait étrange aussi. Un enfant n'était pas vraiment un enfant s'il ne réclamait pas sa mère dès lors qu'elle avait le dos tourné. Levi s'étonnait tout de même de son calme quant à l'impressionnante blessure qui lui rongeait la cuisse. Pas un cri, seulement des larmes qui coulaient, comme si elles savaient déjà ce qu'elles avaient à faire pour soulager la douleur de l'enfant.

- « Tu n'as pas mal ?

- Si. »

Levi ne sachant que répondre, il préféra se taire. Les cris adjacents se taisaient et se faisaient plus rares. L'évacuation portait belle et bien ses fruits. Même si cela le rendait bien plus qu'irrité de savoir que les membres du clan H s'en étaient allés comme si de rien n'était alors qu'ils avaient ôté la vie à une myriade de personnes, il tentait de voir le verre à moitié plein pour une fois, et de se focaliser sur le sauvetage de ces personnes. Et en particulier de ce garçon qu'il tenait dans ses bras.

Une large trainée rouge coulait de son tee-shirt blanc immaculé, trace qui depuis dégoulinait de la cuisse à moitié inerte du gamin et qui avait ricochée sur la surface la plus proche. Levi avait horreur du sang sur ses vêtements. Cela mettait une plombe à partir à la machine, et l'odeur était pire que tout et généralement le tissu était bon à jeter à la poubelle. Mais il saurait pardonner à ce petit cette tâche.

Un professionnel de la santé remarqua la blessure du garçonnet et se précipita pour le récupérer des mains du brigadier, le reconnaissant immédiatement. Il courba la tête, presque comme s'il était face à une divinité.

Mais l'enfant ne se laissait pas faire. Il ne voulait pas quitter les bras de son sauveur et pour la première fois, poussait des cris bien trop aigus à l'oreille de n'importe quel être humain (et particulièrement Levi).

Apparu Mikasa, qui avait été alerté par les cris et surtout par la silhouette parfaitement reconnaissable du brigadier. Mikasa avait beau ne rien trouver de séduisant chez lui (et elle était bien la seule puisque chacune des midinettes de cette ville fantasmait sur lui), il fallait avouer que son physique atypique était reconnaissable entre mille, même de dos.

- « Je m'en occupe, affirma-t-elle de sa voix monocorde. »

Levi ne la portait pas non plus dans son cœur. Elle pouvait être forte, dépasser les recrues, voire même ses propres coéquipiers : elle restait une bleue, dénuée d'expérience. Cependant, elle lui était d'un grand secours présentement. Son regard toisant de haut, similaire à celui de Levi, et le fait qu'elle soit une femme, remplaçant sur l'instant la mère de l'enfant attira l'œil du plus jeune et il se calma aussitôt. Il bondit presque dans ses bras, se collant davantage, le visage enfouis dans son cou et se laissa aller à la tristesse. Il pleura sa blessure. Sa mère. Ce qu'il venait de voir. Enfin ce petit rouquin pleurait comme une véritable enfant le faisait.

Levi souffla de soulagement. Il pourrait enfin diriger les autres pour que ce carnage prenne fin. Il fallait évacuer. Il glissa trois mots à propos de ce qu'il venait de se passer à la brune avant que Mikasa ne monte dans l'ambulance avec le garçon.

Il soufflait de soulagement mais aussi de lassitude. Excédé de voir de telles horreurs arriver à nouveau. Quelles étaient les réelles motivations de ces fouteurs de merde ? À quel point étaient-ils désireux du pouvoir pour réduire à néant la vie de ces citoyens ?


Le lendemain de l'attentat, la cité toute entière était en deuil.

Levi était rentré tard aux locaux. Il avait fallu qu'il reste sur place tout le reste de la journée pour vérifier que toute la zone était bien déminée avec des professionnels. Aussi, il avait mis du temps à rendre la gare vide de monde.

Hanji, quant à elle, avait passé une journée des plus fatigantes. Si elle avait naïvement pensé n'avoir qu'à s'occuper d'Eren, et laisser le travail à ses suppléants, elle s'était trompée sur toute la ligne. Les malades arrivaient en masse dans la salle des urgences de l'hôpital, et malgré les ordres d'Erwin, elle avait été obligé de descendre, laissant Eren seul, pour pouvoir soigner les victimes de l'attentat. Heureusement qu'elle avait été là d'ailleurs.

L'adolescent avait été ingérable. Il disait – plutôt hurlait – ne plus souffrir, vouloir sortir, être capable d'aider les autres recrues à sauver des vies. Mais la personne en charge de le faire rester dans sa chambre (puisqu'Hanji ne pouvait décemment pas le laisser seul) avait la main lourde, et était habituée à gérer de pareils cas. Elle lui avait administré une dose presque létale de calmants pour qu'il se tienne enfin tranquille. De quoi assommer un éléphant : Eren s'endormi en un claquement de doigt et ne se réveilla qu'au petit matin.

Il était fou de rage. On l'avait sanglé pendant son sommeil, pour qu'il ne puisse pas s'enfuir, car plus personne ne pouvait le surveiller pendant la nuit il y avait bien trop de patients dans l'hôpital. Ils avaient même dû en transférer à la clinique de Trost, loin de Shiganshina. Hanji avait été de garde toute la nuit et n'avait pas pu fermer l'œil un seul instant, étant la responsable du bâtiment.

Levi ne trouvait pas le temps de penser à lui et ce qu'il ressentait tout au fond. La rage le guidait, il était dans un état de transe. Son teint porcelaine se morcelait, cassé par les rides de son éternel froncement de sourcils mais en cette matinée, les plis de colère étaient plus marqués, ses arcades encore plus arquées. Il se réveilla dans son bureau. La tête écrasée sur son plan de travail. Il avait dormi une heure et demie. Le brigadier se craqua sommairement la nuque, endolorie par la position dans laquelle il s'était assoupi.

Comme on peut se souvenir d'un visage ou d'une émotion particulière au réveil, Levi lui, se remémora avec exactitude le regard des soldats des Forces de l'Ordre Rapprochées, aux limites des arrondissements de la cité, bien en sécurité, alors qu'ils n'avaient pas levé le petit doigt pour les aider à gérer un tel chaos. La lèvre inférieure du brun se figea de colère et ses muscles sterno-cléido-mastoïdiens se congestionnèrent plus que jamais. Il ignora la montagne de travail qu'il avait sur les bras : la seule et unique chose qu'il avait à faire sur l'instant était d'aller adresser deux-trois mots bien choisis à cet enfoiré de Naile Dork, responsable des FOR.

Une quinzaine de minutes suffirent à Levi pour arriver dans le faste quartier des petits bourges qu'il exécrait. Tout ce luxe piaffant de babioles et d'ornements inutiles lui donnèrent le tournis.

Levi gagnait bien sa vie. Très bien même. Mais il y avait un tel gap entre lui et ces gens. Mis à part son allure fière lorsqu'il enfourchait sa moto, on ne pouvait pas vraiment deviner que Levi était riche. Ses vêtements ne ressemblaient à rien : on aurait dit un civil témoin, aux habits aussi simples qu'ennuyeux. Il ne prenait pas soin de lui, dormait peu (mais ce n'est pas pour autant qu'il n'en était pas séduisant, bien au contraire : ce côté je-m'en-foutiste et simple mettait davantage en lumière les dons que lui avait donné Mère Nature).

Mais ce calme, cette propreté poussée à l'extrême… Son oncle - du peu qu'il avait pu vivre avec lui - lui avait toujours répété qu'un lieu trop propre cachait forcément quelque chose.

Il en vint à pousser les portes exagérément polies de l'office. Les gardes qui était en charge de la sécurité (au moins trois fois plus nombreux qu'aux locaux du Bataillon) lui barrèrent la route à l'instant même où il franchit l'enceinte.

- « Halte-là. C'est un bâtiment privé, vous ne-

- Levi Ackerman, brigadier du Bataillon Ailé, déclara-t-il en sortant son badge.

- Oh ! Excusez-nous, c'est juste qu'après cet inci… »

Levi se dégagea comme s'il était exposé à du fumier. Ils osaient prendre des précautions de confinement et de sécurité alors qu'ils avaient assisté en direct live à l'attentat, bien cachés dans leur prison dorée. « Non mais quelle honte » mugit intérieurement Levi.

Il devait voir Naile. Cela faisait trop longtemps que sa main lui démangeait de lui coller une belle droite dans le nez. Avec un peu de chance, il cognerait assez fort pour le lui casser et il se retrouverait ainsi défiguré. Comme cela, chaque matin, en se regardant dans le miroir, il se rappellerait son égoïsme.

Tout le monde connaissait Levi. En particulier les membres des FOR. En particulier Naile Dork. Ces deux-là avaient une relation plus qu'envenimée et depuis leur fameuse querelle (et le mot est bien faible pour toute la rage qui était sortie de cette conversation) d'il y a deux ans, ils ne s'étaient plus revus et la réputation du Bataillon Ailé s'était drastiquement vu affublée de toutes les tares des FOR.

Il talonnait le sol marbré de l'open-space, à la recherche de la porte à la pancarte dorée et sur laquelle siégeait majestueusement le nom de Naile Dork. La roche métamorphique produisait un bruit terriblement agaçant aux oreilles du gradé : il devait s'empresser de trouver cette foutu porte avant qu'il ne perdre la tête.

Il observait les recrues ne rien faire. Rires et blagues de mauvais goûts fusaient, on se serait cru dans un tripot. Certains dormaient. « Quelle honte. » se répétait Levi, se retenant de toutes ses forces de ne pas user de sa discipline pour les remettre dans le droit chemin.

Finalement, il trouva ce qu'il cherchait ; et enfonça, à grand coup de pied (littéralement), cette dernière.

Naile sirotait son café, l'air passablement fatigué. Il en renversa la moitié sur sa chemise immaculée lorsque Levi entra. Dork était accompagné par un jeune homme, une recrue qui entamait sa bientôt sa deuxième année à en juger par son âge, qui avait l'air de prendre note de ce qu'il était précédemment entrain de dire.

Une étincelle sembla jaillir de leur échange pourtant simplement visuel. Cela faisait deux ans qu'ils ne s'étaient plus revus. Et lorsqu'ils s'étaient quittés, le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'étaient pas vraiment en bon terme. Et le temps n'avait fait qu'envenimer les choses.

Naile savait pourquoi Levi était là. Cela se voyait dans ses yeux. Et le caporal comprenait de lui-même que son interlocuteur avait déjà tout figuré dans sa tête, et était bel et bien au courant de ce qu'il se tramait tout autour d'eux. Tout en demandant d'un signe de la main une serviette pour s'éponger à sa recrue, il posa la question rhétorique suivante :

- « Que fais-tu là ?

- Il me semble que tu le sais.

- Non, menti-t-il. Il va falloir éclairer ma lanterne. Quelque chose ne va pas ?

- Oh, ne joue pas à ça Dork. Tout est entrain de péter autour de nous. On s'en prend plein la gueule de tous les côtés comme une actrice porno coincée entre trois mecs et vous êtes là à vous tourner les pouces en sirotant vos cafés ! Alors oui, il y a quelque chose qui ne va pas !

- Charmante comparaison. Dis-moi, ton vocabulaire ne s'est pas amélioré depuis la dernière fois… expia-t-il plein de dédain. Je dirai même qu'il a empiré… »

Il prenait un de ces airs pincés que l'on affiche lorsque l'air est pestilentiel. Les jointures de Levi se blanchirent d'autant plus ses poings déjà bien rongés par la hargne avec laquelle il se retenait de ne pas lui en coller une, là, tout de suite. Le plus jeune franchit à nouveau le pas de la porte, une petite serviette venant de la cafeteria entre ses doigts. Il semblait totalement à la botte du major. Le genre de petit collabo trop propre sur lui. Levi ne supportait pas les ados dans son genre.

- « Ferme ta gueule Dork, tu sais très bien de quoi je parle, ne tente pas de dévier le sujet. Qu'est-ce que vous foutiez hier quand on avait besoin de vous ?

- Erwin n'est-il pas censé s'occuper de venir me voir dans de tels cas ?

- Il est occupé, et je voulais me charger personnellement de cette tâche. »

Le grand brun se leva de son siège capitonné, et jeta un coup d'œil vers la gare, que l'on pouvait voir de son bureau. Il marqua une pause, enlevant sa veste pour pouvoir mieux enlever le café de ses vêtements. Finalement, il raconta :

- « Tu connais les règles Levi, les Forces de l'Ordre Rapprochées se consacrent au bon fonctionnement des quartiers de sa majesté et ses plus fervents sujets.

- Les péteux pleins de fric, ouais.

- Les habitants de la ville qui vivent aisément, reprit-il, faisant mine de ne pas avoir véritablement entendu. Nous avons beaucoup à faire de notre côté, une partie de la ville à garder sous notre aile. La gare ne fait pas partie du territoire que nous protégeons, tout cela est inscrit dans la Constitution.

- Je m'en branle de ta putain de Constitution. Je te parle de principes, de règles humaines. Dans votre district, c'est le calme plat. Pas un meurtre. Pas un cambriolage. Même pas un excès de vitesse. Et tu viens me dire que vous avez beaucoup de travail ? Mais regarde un peu la tronche de ton open-space, tes recrues se branlent de leur travail. Il y en a qui dorment. Qui dorment Dork ! Parce que j'imagine que dans vos lits à quinze mile balles, vous enquillez insomnies sur insomnies ?

- Mes recrues sont libres de faire ce qu'elles veulent de leur temps libre, Levi.

- Un temps libre ? Alors que la ville est à feu et à sang ? La Police et les Bataillons travaillent ensemble, continua-t-il, et n'hésitent pas une seule seconde à s'aider l'un l'autre. Et même lorsque vous avez eu besoin d'aide, nous nous sommes investis pour vous proposer nos services. Résultats ? Vous nous l'avez mis bien profond !

- Et allez… c'est reparti ! Tu ne peux pas faire table rase du passé et te concentrer sur les problèmes présents ? Surtout qu'ils sont plutôt nombreux d'après ce que j'ai pu voir, c'est une belle explosion qui s'est produite là. »

Il avait toujours cet air détaché et prétentieux. Levi sentait son sang bouillir, il devait se calmer impérativement. Mais même lui connaissait l'issue de cette discussion. Il avait beau être aussi calme qu'il le pouvait, un être tel que Naile Dork avait la capacité de se comporter avec autant d'animosité qu'une paire de Rangers dans la gueule.

- « Table rase du passé ? répéta-t-il choqué par ses paroles. Tu te fous de ma gueule j'espère ? Tu espères que j'oublies toutes les merdes qui se sont déroulées entre nos deux factions parce que tu... me le demande ? » Levi éclata de rire. Cela faisait froid dans le dos. Si bien que la recrue prit peur. On l'aurait presque négligé celui-là. Il se recroquevilla, la tête enfoncée dans ses épaules, dans un coin de la pièce tandis que l'un des plus impressionnants combats de coqs prenait place juste là, devant ses yeux. Levi reprit, tentant de garder son rire narquois pour lui : « Non… non. Je vais bien te les foutre sous les yeux, chaque fois que j'en ai l'occasion pour bien te faire voir quel enfoiré tu es. Que tu te rendes compte de tout ce que tu fais s'abattre sur la ville, en préférant te secouer la bite au lieu de sauver des vies.

- Je ne fais que mon travail. Et mon équipe également. Le Roi n'a jamais rien eu à redire sur notre protection. Seul votre Bataillon d'incapables trouve toujours des réprimandes à faire pleuvoir sur mon équipe. Lorsque vous réussirez à faire quelque chose de bien pour la cité, vous pourrez venir nous sonner les cloches. Tu peux disposer.

- Vous êtes vraiment une belle bande de branleurs ici, cracha-t-il en prenant une pause entre ses respirations. Tous autant que vous êtes. Vous me donnez envie de gerber, à barboter dans votre faste et vos pièces d'or à dormir pendant le service pendant que toute la ville est au bord du précipice ; à être les antipodes du service pour la vie des autres. »

Il se retourna pour partir. Levi avait bien pris le temps de laisser la porte grande ouverte, pour que tout l'open-space entende la joute verbale des deux qu'ils voient à quel point leur patron était une personne abjecte, s'ils n'étaient pas comme lui. A implicitement les inviter à virer de bord, et à rejoindre les rangs des Bataillons. Alors qu'il s'apprêtait à claquer la porte – s'étonnant lui-même du calme de la conversation par rapport à ce qu'elle devait être dans ses pensées – Naile l'interpella dans une ultime phrase :

- « Tu penses la jouer finement, être dans le camps des gentils et suivre tes principes. Mais crois-moi bien que lorsque vous crèverez tous la gueule ouverte dans votre misère, votre sang et vos larmes les membres de mon équipe ne lèveront pas le petit doigt. Il fallait choisir le bon camps Levi, réfléchir à ton avenir.

- Bordel, t'es encore pire que je ne le pensais. Parce qu'en plus d'être un enfoiré, tu entraines les autres dans ta chute.

- En attendant, j'assume mon statut. Je ne joue pas les gens du peuple quand je roule en Harley Davidson.

- Pardon ?

- Tu m'as bien entendu. À faire mine de comprendre la misère humaine, de se ranger du côté des faibles pour les aider à mieux remonter alors que de ton côté tu coules une vie bien meilleure que la moitié des gens du quartier. Qu'est-ce qui t'empêche de venir t'installer ici ? »

Levi s'approcha aussi vite qu'il le put et décocha une droite bien méritée en plein dans la pommette du chef des FOR.

S'il y avait quelque chose qu'il ne pouvait pas supporter, c'est qu'un de ces abjects personnages le considère comme l'un des leurs. Le fait qu'il gagne sa vie n'était en rien synonyme du caractère de ces gens.

La recrue se colla encore davantage au mur, incapable de bouger. Naile le regarda droit dans les yeux, tentant de faire de même mais Levi était rapide, et avait bien plus d'entrainement que lui. Il ne lui fallut pas plus d'une demi-seconde avant de l'immobiliser sur le bureau en verre devant lui. Les documents étalés étaient désormais tachetés de sang, le coup l'ayant fait brusquement couler du nez. Naile tenta d'attraper son taser mais Levi l'intercepta. Il avait les réflexes d'un lion en chasse.

- « Regarde-toi. Incapable de m'en coller une, alors que t'en meures d'envie. Tu sais pourquoi je ne rejoindrais jamais ce quartier de bourges ? C'est pour ne jamais finir comme vous. »

Il tourna la tête et éclata à nouveau de rire. Et quand Levi riait, en général, ce n'était vraiment, mais alors vraiment pas bon signe.

- « Mate un peu tes recrues, ordonna le brun en pointant du nez celui qui n'osait pas bouger, des froussards incompétents, qui ne sont même pas capables de se mettre entre nous pour venir te sauver. Mes recrues ont des couilles que même les plus hauts gradés de ta faction n'auront jamais. Eux n'hésitent pas à donner leur vie pour en sauver d'autres. Et ils ont à peine la vingtaine. Toi ? » Il rit à nouveau : « Toi, tu as dix ans de plus qu'eux et te voilà à te débattre sous ma poigne pour pouvoir attraper ton taser. Parce que sans armes tu ne vaux rien Dork, tu vaux que dalle et que t'es tout bonnement dépendant, de ton taser comme de ton roi. Si tu n'étais pas protégé, si tu ne versais pas chaque mois un chèque bien gras à tes patrons, tu serais déjà crevé, Dork. Tu le sais, n'est-ce pas ? Mais avouer une vérité aussi abrupte ne doit pas être facile, alors mieux vaut rabaisser les autres incessamment, c'est bien cela ? »

Il le relâcha. Levi balança le taser dans les mains du jeune homme, replié sur lui-même, toujours à la même place.

- « Va falloir te bouger un peu mon gars, sinon tu finiras comme ton bon à rien de major. »

Ainsi Levi s'en alla. Il avait eu sa vengeance, il avait pu prendre de revers celui qui l'avait tant humilié deux années auparavant.


Deux jours avaient passés. Deux longues journées. Rien ne s'était amélioré. Erwin avait passé un savon à Levi pour être aller rendre justice et redorer le blason de leur faction sans son autorisation. Paroles auxquelles le brigadier avait répondu par son plus beau dédain, signifiant indirectement, juste par le regard, qu'il n'avait aucun blâme à recevoir d'un « pseudo-major qui n'est pas foutu de prendre les choses en main ».

Oh, évidemment, Levi avait gardé cela pour lui et été allé décharger sa colère contre Hanji lorsqu'elle lui demanda le motif de son mécontentement. Il savait qu'à son major, peu importe qui il était et ce qu'il faisait, il ne pouvait pas se comporter en loup sauvage, sous peine de perdre la meute à ses côtés. Car toutes les jeunes recrues aussi peu nombreuses soient-elles le suivaient diligemment dans ses choix. Et il était hors de question qu'il reprenne le flambeau d'Erwin. Alors il se taisait, mais pour autant, il ruminait sa rage.

Tout ses dires étaient, bien entendu, purement subjectifs, car en réalité, Erwin faisait son travail comme il le devait. Mais de l'angle de Levi, chacun de ses mouvements était superficiel et il n'allait jamais à l'essentiel, perdait du temps.

- « C'est cet après-midi qu'a lieu la dispersion des recrues dans les factions ? questionna Nanaba en passant une tête dans le laboratoire. »

Hanji se retourna vers elle et à la vue de ses pupilles dilatées, Nanaba comprit qu'elle disait vrai. La scientifique tenait tout juste en place impossible pour elle de réfréner ses tremblements d'excitation alors qu'elle prenait encore une fois, une prise de sang au jeune Jäger.

- « Han… Hanji. Tu me fais mal. »

Cette agitation avait bien failli rompre l'aiguille encore enfoncée dans la chair de l'adolescent. Il avait bonne mine : les joues à nouveau roses, le teint mordoré et les yeux pétillants d'envie de découverte. Elle s'excusa sommairement, partant à la recherche d'un coton pour désinfecter la petite plaie.

- « Tu as l'air plus en forme, constata Levi en l'observant. »

Eren hocha de la tête.

- « Vous êtes arrivés il y a longtemps ?

- Absolument pas, s'amusa-t-elle, Eren rentre à peine de l'hôpital.

- Comment est-ce que tu es parvenues à le faire rester aussi longtemps ? s'étonna Levi.

- Des sangles. Je l'ai sanglé à son lit, sinon il tentait de s'échapper par la fenêtre alors qu'il était au troisième étage. »

La brune lui lança un regard mauvais. Il se défendit comme il put avec les arguments qu'il avait :

- « Est-ce normal ? Vous m'avez même bâillonné !

- Bah, tu criais, il y avait d'autres patients au très mauvais point et qui demandait un peu de calme, près de ta chambre… tenta-t-elle de se justifier.

- Je veux dire, ça devrait être interdit de museler un humain !

- Tu avais besoin de repos, renchérit Levi, même si les mesures prises par Hanji étaient drastiques elles étaient nécessaires.

- Ah ! s'écria celle-ci. Tu admets que mes techniques sont bonnes !

- Certaines peuvent se révéler moins mauvaises que d'autres, là est la nuance. » Le caporal reprit contact visuel avec sa recrue : « Mais puisque tu es pleinement guéri, je présume que tu vas pouvoir être à nouveau libre.

- Les médecins ont fait du bon travail, c'est vrai… avoua-t-il penaud.

- Penses-tu, se moqua-t-elle, tu t'es soigné comme un grand, comme tu en as l'habitude maintenant. Tu n'as aucunement besoin de nous. Mais l'on devait te garder à l'œil pour que tu puisses pleinement te rétablir, et empêcher que tu ne te blesses à nouveau alors que tu étais plus faible. Et puis, ta crise était spéciale, et nous n'avions jamais été exposé à une telle chose alors on était bien obligé de te garder en observation. Tu comprends ?

- Était-ce nécessaire de m'attacher comme une bête ?

- Si tu n'avais pas tenté de t'enfuir trois fois : non, ça n'aurait probablement pas été nécessaire ! Maintenant, tiens-toi tranquille j'ai presque fini. »

Elle plaça un coton stérile à l'endroit où elle avait piqué précédemment et le colla contre sa peau meurtrie à l'aide d'un scotch.

- « Mais à quoi ça va me servir si je me soigne tout…

- T'occupes, laisse-moi faire. »

Il fini par se relever. Une larme à l'œil elle commenta :

- « Je n'en reviens pas comme il grandit vite mon petit Eren va devenir une recrue.

- Techniquement il en est une depuis plus d'-

- Raaah, mais est-ce que vous êtes obligé de gloser tout ce que je raconte ? » Un silence se fit : « Merci. Ciel, aujourd'hui, Eren et toute la promotion de Mikasa vont enfin choisir leur faction. Est-ce que tu crois qu'il y en a qui vont intégrer nos rangs malgré l'attentat ? Ah lala, je ne tiens plus en place ! »

En effet, si leur affectation aurait dû s'effectuer dans deux mois, après les vacances qui devaient leurs être attribuées les représentants de la cité avaient jugé important de déplacer cette date, afin qu'ils puissent intégrer les différentes forces de l'ordre le plus rapidement possible. Car Shiganshina traversait une période noire, et toute aide apportée aux protecteurs de la ville était la bienvenue.

Dans quelques heures, les recrues allaient donc se rassembler sur la grande place sur laquelle ils s'étaient exercés tout ce temps pour se voir remettre leur assignation. Peu d'entre eux avait la possibilité de choisir ce qu'ils voulaient. En vérité, les vingt premiers pouvaient partir dans la faction de leur choix. La plus prisée étant évidemment celle des Forces de l'Ordre Rapprochées puisque la sécurité de l'emploi leur assurait un salaire bien plus élevé que dans les deux autres factions et surtout une protection. Surtout qu'après les attentats (celui du centre commercial et plus récemment celui de la gare).

Eren se préparait avec l'aide d'Hanji. Elle voulait à tout prix l'assister pour mettre sa chemise, mais Eren était gêné et n'avait nullement besoin de toutes ses attentions puisqu'il était pleinement guéri. Mais elle insista, arrangeait son col, et refermait les boutons dans leurs encoches avec une précision infinie.

Il regardait ailleurs, les recoins du laboratoire qu'il quitterait juste ensuite, puis distraitement Levi, de loin. Au début, ce n'était qu'un incident. Il avait simplement laissé trainer ses yeux sur les reliefs l'environnant. Mais finalement il resta fixé sur la jeunesse qui semblait éternelle de Levi. Son cœur se mit à battre un peu plus rapidement quand l'œil de celui qu'il épiait transperça le sien. Il avait beau avoir toujours cet air circonspect et lointain, il n'avait rien à voir avec la manière avec laquelle il toisait le monde. Comme s'il le connaissait particulièrement bien.

Évidemment, les deux se connaissait depuis… depuis combien de temps déjà ? Eren ne s'en souvint plus. Lui, ne savait de l'autre brun que son nom ainsi que ses prouesses légendaires. Rien d'intime. Rien de particulier.

Tandis que Levi avait l'air de le mettre à nu rien que par le contact visuel. De même que s'il l'avait vu dans des situations délicates, dans la vie de tous les jours. Mais une telle chose ne s'était jamais produite, Eren s'en souviendrait.

De par cela, il baissa le regard intimidé par cette proximité.

Au contraire, Levi maintint son inspection rapide. Il remarqua d'abord ses mains. Plus aucune trace ne demeurait du dernier accident. Quelle chance ce gosse avait. Aucune cicatrice pour se remémorer ce qu'il avait fait.

On dit que l'on grandit en apprenant de ses erreurs. Mais Eren ne pourrait jamais véritablement apprendre s'il oubliait tout de ses erreurs passées. Cette mémoire semblait encore plus volatile que le mois dernier. Peut-être sa crise avait-elle un lien avec tout le reste ? Il fallait que Levi creuse là dessous.

Son regard remonta jusqu'à ses épaules, recouvertes désormais d'une belle chemise comme il lui était rare d'en porter. Pourtant son teint halé allait de paire avec la candeur du vêtement, il était dommage qu'Eren n'ait pas plus d'occasion de montrer comment il pouvait être séduisant.

Mais au fond, Levi ne voulait pas vraiment qu'il soit séduisant. Lui, le préférait au naturel, sans chichi, sans maquillage ni accessoires. Eren était de ses personnes qui n'avait pas besoin de quelques manières que ce soit pour être charmant. Tout au fond de lui, une petite voix hurlait, mais le brun ne l'écoutait que d'une oreille et eut bien vite fait de la faire taire.

De toute façon, Levi se moquait bien qu'il soit séduisant ou pas. Quel intérêt. L'apparence était une perte de temps, et ce n'était certainement pas cela qui le fera mieux combattre ou avoir le sens des responsabilités.

Il se détourna finalement, désintéressé de la scène qui se produisait devant ses yeux. Hanji avait bientôt fini de l'apprêter et allait l'amener jusqu'au stade aménagé pour la journée. Erwin, en temps que bon représentant qu'il était, allait présenter sa faction aux jeunes recrues (bien qu'elles la connaissent déjà toutes). C'est vrai que ces derniers jours il ne respirait plus tant il avait de vérifications et travail à produire, mais c'était soit y aller quand même et prendre du retard (encore plus qu'il n'en avait déjà) ou ordonner à Levi d'y aller à sa place.

Vous vous rendez bien compte que le dilemme fut vite résolu. Levi avait le potentiel de dégoûter quatre générations les unes derrières les autres rien qu'en montant sur l'estrade. Il était certes charismatique mais dès lors qu'il devait s'adresser à une bande d'adolescents qui n'étaient pas directement sous ses ordres : il avait plutôt du mal.

Ainsi Erwin s'occuperait de présenter et recruter du mieux qu'il le pouvait les futures élites de son Bataillon. Cela allait s'avérer dur et non sans embûches mais il était prêt à relever le défi pour protéger la cité du mieux qu'il le pouvait.

Eren se laissa disparaître par la porte du laboratoire, accompagné d'Hanji qui le suivait sur ses talons, presque lui tenant la main.

Levi avait fait son rapport au reste de l'Escadron quelques jours auparavant, alors qu'il était sorti de la chambre dudit garçon. Et tandis qu'une bonne partie s'apprêtait à aller épauler leur major et montrer de quel bois ils se chauffaient face aux autres factions, (car même s'ils formaient une « famille » il n'en était pas moins qu'ils étaient en constante compétition que les FOR remportaient chaque année) d'autres se devaient de faire avancer la mission avec Levi aux locaux. Ils ne pouvaient pas se permettre de prendre du retard sur l'avancement du démasquement de la cachette du clan H.

Ainsi, alors que Petra, Hanji, Moblit, Oluo et Erwin partaient défendre leurs couleurs et recruter un maximum de personnes parmi les toutes jeunes recrues Erd, Mike, Nanaba, Levi et les autres discrètes recrues des années précédentes allaient batailler bec et ongle pour pouvoir enfin trouver une issue à cette impasse.

Eren se sentait… bizarre en poussant les portes des locaux. Il lui semblait qu'il avait quelque chose à dire à Levi. Sans savoir pourquoi, ni comment, il se déroba de l'œil aguerrit d'Hanji et parti à la recherche de son supérieur.

Pourquoi devait-il le voir ?

Il n'en savait rien.

Pourquoi courrait-il avec autant d'empressement ?

Il n'en savait rien.

Qu'avait-il à lui dire de si urgent ?

Il n'en savait vraiment rien.

Mais ce dont il était certain c'est qu'il devait fondamentalement le voir. Son cerveau lui commandait d'aller le voir. Tout son corps tendait inconsciemment vers lui. Ainsi il ne peina pas à le retrouver et le vit, planté dans le couloir, sa tasse à café dans la main. Levi fut choqué de le voir devant lui, il gronda :

- « Qu'est-ce que tu fous là ? C'est vraiment pas le moment de faire l'école buissonnière, gamin. » Voyant qu'il ne bougeait pas, il le menaça : « Retourne vite voir Hanji avant que je te colle mes Rangers au cul pour te faire avancer.

- Caporal ! cria-t-il presque. »

Levi fronça ses sourcils encore d'avantage. Cela faisait longtemps qu'Eren ne l'avait pas regardé ainsi. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas mit autant d'intonation dans sa voix lorsqu'il l'interpellait. Pas si longtemps que cela quand on se penchait un peu sur la question. Une semaine environ. Mais pour Levi, une semaine avait été similaire à une éternité. Tant de choses s'étaient passées pendant cette semaine. Une semaine… depuis… Il écarquilla grand les yeux, cela surprit Eren :

- « … Caporal ?

- Qu'est-ce que tu veux, Eren ? »

Lorsqu'il avait prononcé son prénom, Levi avait si bien roulé le r (qu'il l'ai fait exprès ou non, d'ailleurs l'adolescent doutait fortement que ce fut son intention) qu'il en frissonna.

Encore qu'un simple frisson aurait été euphémisme comparé à la réelle sensation qui faisait rage en Eren. Le garçon frémissait, il en grelottait presque. Tous les poils de ses avant-bras s'étaient dressés à l'unisson. Son cœur avait fondu, coulant le long de ses côtes pour s'échouer dans son bas ventre, le faisant battre, encore mou dans une sensation aussi dérangeante qu'elle n'était agréable.

Levi n'était pas en reste. Son cou se contracta, faisant rouler sa pomme d'Adam qu'Eren suivit tout le long du regard, comme hypnotisé. Levi retrouva ce regard empli de désir (dont il savait qu'Eren ne contrôlait absolument pas) que son subordonné avait posé sur ce même organe un peu plus d'un mois auparavant lorsqu'il l'avait invité chez lui pour la première fois.

Le silence se faisant beaucoup trop pesant, Levi se racla la gorge pour que son interlocuteur se réveille :

- « J'ai pas ton temps. Et tu n'as pas le mien non plus. Alors soit tu largues ce que tu as à dire dans le français le plus compréhensible possible, soit tu fermes ta gueule et tu retournes te faire assigner à ta faction.

- C'est que… je voulais vous dire… »

Pendant un tierce temps, Levi avait espéré, rien qu'un instant, que la mémoire d'Eren était revenue. Mais lorsque cette lueur si spéciale s'éteint dans ses yeux, il se retourna en crachant :

- « Je m'en doutais. »

Eren se sentit blessé. Regardant son supérieur s'éloigner, il resta seul pendant un moment de flottement. Comme s'il avait redémarré, il cligna des yeux rapidement. Une bonne dizaine de secondes plus tard il murmura :

- « Qu'est-ce que je fous ici moi, déjà ? »

Il entendit Hanji hurler son prénom.

- « Ah, c'est vrai, se rappela-t-il. »

Eren courut vers la voix qui l'interpellait. Parfois sa mémoire pouvait lui jouer de ces tours…


Je pense ne pas être la seule à vouloir secouer Eren en mode "mais bordel réveille-tooooiii" mais c'est l'effet voulu !

Chapitre terminé ! Merci à vous de l'avoir lu !

Vous êtes les meilleurs, vraiment. C'est tellement un honneur que d'être lu par vos petites têtes ! Même si vous ne dites rien, mes statistiques pour vous, c'est comme si vous étiez avec moi haha !

Alors qu'en avez-vous pensé ?

Ca faisait longtemps que je voulais faire un Levi badass-sexy-violent-protecteur, et putain j'adore le mettre en scène comme ça ! Le prochain chapitre devrait faire grandement avancer la trame de l'histoire :) vous verrez !

Bonne chance à tous ceux qui passent leurs partiels, ou qui préparent des examens !

Je vous embrasse tous chaleureusement chers lecteurs :)

Bisou et mandarines