Que je suis contente de vous retrouver !

Vous n'imaginez même pas à quel point je voulais poster ce chapitre, mais la fin des cours engendre les oraux blancs et diverses révisions, et j'imagine que je ne suis pas la seule alors j'espère que vous pourrez pardonner ce retard.

Malheureusement le chapitre que vous avez devant les yeux n'est pas celui que j'attendais de faire depuis si longtemps mais juste le prochain, j'ai déjà commencé à l'écrire je vous promets d'essayer de le sortir aussi vite que possible (oh ne vous attendez pas à grand chose, hein, seulement, c'est le rapprochement d'Eren et Levi OUI ENFIN SEIGNEUR).

En bref, vous m'avez couvert de gentils commentaires je ne sais comment vous remercier et c'est pourquoi je m'excuse autant de ne pas vous sortir le chapitre escompté. Si je fais cela c'est aussi et surtout parce que je ne veux pas skipper des détails qui me paraissent important dans l'histoire ! J'espère vraiment que vous comprendrez !

Maintenant les réponses aux Guests *vous envoies pleins de câlins téléguidés pour vous remercier de votre gentillesse* :

Clophe : Coucouuuu ! Ah merci, c'est très aimable à toi :) On lui aurait tous foutu une baffe, je me suis juste permise de faire passer notre volonté dans les petites mains d'Armin haha ! Ça me fait très plaisir ce que tu me dis ! Je m'efforce de donner une personnalité un peu différente du manga original tout en n'étant pas trop OOC ! Pour ce qui est de Levi qui découvre tout ce qu'il s'est passé avec Jean ne t'en inquiète même pas pour ça *sourire narquois* Tu es tellement adorable toi ! Merci et encore mille fois merci (je ne te le dirai jamais assez on dirait haha) ! En tout cas j'ose prier pour que tu ne sois pas trop déçue par ce chapitre ! À bientôt !

Gloria : Bienvenue au club Gloria, installe-toi bien confortablement et laisse-moi te remercier pour ton adhésion à ce petit monde de fous :) Plus sérieusement ça me procure toujours un plaisir fou que de découvrir une nouvelle lectrice ! Surtout quand cette dernière prends comme toi le temps de m'écrire une review : je ne peux pas être plus heureuse ! Oh il m'a gavé moi aussi, tu n'as pas idée ! J'ai déjà tout planifier de comment et quand est-ce que tout allait remonter jusqu'au conscient : j'ai hâte de vous faire voir tout ça ! Levi est à gifler mais personnellement je le comprends d'agir ainsi, quand on a une personnalité comme la sienne on ne peut pas se permettre de tout montrer comme ça, alors il fulmine dans son soi intérieur. Les FOR sont des petites merdes, ils me font penser à ces bobos bourgeois dans notre monde qui en branlent pas une mais qui se plaignent de tout ça me dégoûte (du coup je déverse ma rage ici haha). Tu en sauras bien plus sur l'émetteur avant que tu n'ai le temps de dire "ouf" pas de soucis là dessus *wink wink ça arrive bientôt* Les moments qui calment la frustration sont les meilleurs : on ne les savoure que davantage je trouve. Je m'excuse mais tu devras attendre le prochain chapitre ;) Je l'écris du plus vite que je peux et tu me donneras ton avis ! En tout cas je suis absolument enchantée de t'avoir parmi mes lectrices, gros bisous et à bientôt !

Neko : Yes ! Et ça c'est positif haha ! Eh oui, au moins c'est à plat, c'est dit, c'est écrit : tout le monde a bien enregistré. Jean, mon dieu :3 Adorable cet enfant. Je l'avoue je le fais paraitre un peu batard ces derniers temps mais il aura son heure de gloire, c'est promis, pour nous deux en tout cas ;) Je ne perds pas ma motivation pas d'inquiétude à ce sujet ! Hâte de pouvoir te relire également, à plus !

La bte : *retire sa main de peur de se la faire bouffer avec le biscuit* Tant d'amour dans cette review je me sens voler haha ! Pas de problème, tant que tu montres signe de vie ! Écoute je ne me suis pas décidée à regarder les nouveaux épisodes de Tokyo Ghoul n'ayant pas du tout apprécié la tournure brouillon que la saison 2 avait pris (même si je sais que le manga est génial et n'a rien à voir, je ne l'ai pas lu du coup pas le temps) je te comprends totalement : courage pour tes exams ! Gros bisous !

Je vous laisse à la lecture de ce chapitre 19 et je retourne à mon écriture, moi !


Son problème de mémoire toujours présent et persistant, Eren avait passé la semaine à faire semblant, n'écoutant que son instinct pour le guider. À redécouvrir les personnes avec qui il avait pu discuter quelque temps auparavant, à différencier les simples connaissances des véritables amis, à apprendre des choses sur lui-même qu'il n'aurait pu supposer sans qu'on le lui rappelle.

C'était très éprouvant.

Autant pour son entourage que pour lui-même. Il lui avait donc été accordé une journée de libre où il pourrait se reposer avant qu'il ne parte en mission qu'il puisse se ressourcer avec son soi profond. Hanji était également de congé et avait bien l'attention de lui venir en aide.

En vérité, avant qu'ils n'aillent pour négocier avec les Forces de l'Ordre Rapprochées (Erwin employant déjà le terme de « négociation » tant il savait que sa requête de fouille du quartier serait tout de suite réfutée), les membres de l'Escadron allaient partir un jour entier (de l'aube jusqu'au crépuscule) pour une rapide expédition dans la montagne. En effet, les reliefs du repaire Hakai-teki se rapprochaient de ceux que l'on pouvait trouver sur la chaine montagneuse bordant la ville (se basant sur les dires de Nikolaï qui, de toute façon étaient leur seul plan pour cartographier ce désordre Levi refusant de faire de plus amples recherches sur une possible faille dans ladite montagne).

Pour sûr, tous les membres ne partiraient pas en expédition – puisque certains devaient continuer le travail et la protection de la cité – mais il était vital pour toutes les nouvelles recrues de se familiariser avec ce terrain qui, pour beaucoup, leurs était inconnu. Ils avaient si peu de temps : les hauts gradés se débrouillaient pour les former comme ils le pouvaient. Seulement, ces entrainements intensifs avaient un prix. Voilà la raison pour laquelle Eren, et tous les autres bleus avaient été invité à prendre un jour de repos (repos que chacun d'entre eux accepta avec joie).

Sauf Eren bien évidemment.

Il se disait « en retard » par rapport aux autres, n'ayant pas bénéficié des années d'entrainements auprès de Keith Shadis. Il ne voulait pas perdre une minute pour être encore meilleur, toujours désireux de perfectionner ses mouvements qu'il décrivait comme « trop fouillis ». Mais rien à faire, il avait été contraint et forcé à rester alité tout du moins, à se reposer avant que cette expédition ne prenne belle et bien place. Et pour ce faire, Hanji l'avait enfermé dans sa chambre et avait littéralement barricadé ses fenêtres et sa porte.

Ce matin donc, Eren ouvrit les yeux. L'un, puis l'autre, avec une lenteur qui ne lui était pas propre. Il se sentait groggy, incapable de remuer ses lèvres, empâtées qu'elles étaient. Mais il retrouva bien vite ses esprits lorsqu'il reconnu avec un petit temps de latence sa pièce confinée.

Hanji n'avait pas fait les choses à moitié… Un cadenas à la porte, aux fenêtres et de grosses lattes en bois maintenait l'ensemble, le tout grossièrement cloué au mur. Cela ne serait probablement pas sans suites pour la bâtisse, mais Hanji faisait partie de ce genre de personnes qui ne réfléchissait pas vraiment aux conséquences de ses actes.

Il ne lui serait même pas venu à l'esprit de s'enfuir, à vrai dire. Toute cette effervescence l'avait empêché de comprendre à quel point est-ce qu'il était exténué. L'adrénaline envolée pour la journée, il se félicita tout de même d'avoir un entourage qui le forçait à reprendre ses forces. Cependant, une urgence d'un tout autre ordre le tarauda. Il embrassa l'idée d'entendre Hanji se préparer un café puisqu'il était neuf heures, et en effet, on pouvait entendre ses petits chaussons frotter le parquet.

- « Hanji ? demanda-t-il.

- Non Eren ! s'exclama-t-elle théâtralement à travers la cloison, la main sur le buste. Je savais que tu m'interpellerais dès lors que tu en aurais l'occasion, mais il est inutile de jouer de tes charmes avec moi, cela ne prends pas ! Je ne te ferai pas sortir de cette chambre avant demain matin !

- Mais, Ha-

- Non non non ! recommença cette dernière, en mimant une surdité enfantine. Ce n'est pas la peine, je te dis !

- Hanji, il faut vraiment que-

- Tu te fatigues pour rien mon bon ami, je ne-

- HANJI ! JE VAIS ME PISSER DESSUS ! mugit-il. »

Il se laissa glisser contre le mur voisin, honteux d'avoir eu à crier si fort une situation aussi gênante. Laissant le temps faire comprendre à son interlocutrice que sa vessie s'apprêtait présentement à imploser. Mais il n'y avait pas trente-six solutions, et s'il avait appris quelque chose en vivant avec cette femme, c'est qu'il valait mieux ne pas passer par quatre chemins pour se faire comprendre et exprimer le tout dans le français le plus direct possible. Ainsi, elle sembla avoir finalement compris :

- « Ow. Je n'étais pas parée à cette éventualité, fit-elle doucement en se grattant le menton.

- Oui, et bien…

- Ce n'est pas encore un de tes stratagèmes pour me faire tourner en bourrique, hein ?

- Non, je te le promets !

- Bon, c'est à charge de revanche. Je t'ouvre la porte et tu urines dans un verre.

- Pardon ?!

- Ça sera toujours intéressant de voir la consistance de tous tes fluides corporels. Après le sang et l'urée, je pourrais peut-être tenter le sp…

- Ça va ! Ça va ! l'interrompis Eren en beuglant comme une vache sortie de son pré. On va se contenter de ça pour le moment… en attendant je te serai très reconnaissant si tu pouvais ouvrir cette porte, avant que je ne me fasse dessus ! »

Elle ri à sa propre blague, commençant à connaître le petit, elle se doutait bien que son visage devait être écrevisse à l'heure qu'il était et elle se délectait à chaque fois de ce curieux spectacle. Le marteau à sa portée, Hanji décrocha les clous un à un, finissant par juste casser les dernières planches (non sans y laisser des traces sur la peinture blanche de la porte).

Libéré de sa geôle, il se précipita aux toilettes les plus proches, prenant garde à ne pas croiser le regard de la scientifique lorsqu'il passa mais attrapant néanmoins le verre qu'elle lui tendit bien gentiment. Il était encore trop déboussolé par ses dires précédents. Celle-ci s'amusa encore davantage de cette situation et continua la sacro-sainte préparation de son café matinal.

Son affaire terminée, il vint s'asseoir à ses côtés pendant qu'elle mâchait bruyamment ses tartines beurrées (dont la moitié se répandait sur la table en milliers de miettes qu'elle se garderait bien de ramasser). Eren ignora tant bien que mal cette voix qui lui chuchotait de jeter le contenu répugnant du verre qu'il cachait derrière son dos et laissa glisser la mixture sur le rebord de la table :

- « …voilà…

- Splendide ! s'extasia-t-elle en le brandissant bien haut.

- Attention ! s'inquiéta-t-il. Tu vas tout renverser !

- C'est vrai que ça serait bien dommage… murmura la scientifique en inspectant les moindres particularités du liquide. »

Eren retint une moue de dégoût et réprima cette furieuse envie de vomir. Une pareille odeur à table devrait être prohibée et pourtant, elle ne semblait pas gêner le moins du monde la jeune femme qui tournoyait de bonheur à l'idée d'avoir une chose de plus à inspecter dans le corps d'Eren. Elle le décrivait comme « une source intarissable de recherches » mais elle savait pertinemment que viendrait un jour où il n'y aurait rien de plus à découvrir en son cher petit cobaye. Alors Hanji s'accordait le plaisir de jouir de ces petits instants qu'elle ne connaitrait plus un jour.

- « Tu ne vas pas me reprocher de m'extasier devant mes recherches ? C'est l'essence même de mon être !

- Je sais bien, mais tout de même…

- Tu ressembles à Levi, bougonna-t-elle en emportant l'échantillon dans un tube stérile et hermétique.

- Je ne vois pas pourquoi, dit-il incrédule. Nous ne nous ressemblons en rien le caporal et moi… » Eren courba l'échine très simplement en triturant une miette : « Nous sommes incomparables, ça serait comme… confronter une miche de pain à du caviar.

- Oui, mais quelle miche ! le taquina-t-elle. »

Ses joues d'adolescent s'empourprèrent gracieusement. Il souffla, concerté et se versa un peu de café dans le mug à sa disposition. Eren n'était pas disposé à parler ce matin, il n'en avait pas vraiment la force. Mais Hanji souhaiter creuser dans cette direction. Elle n'osait jamais aborder le sujet de Levi avec lui, craignant une nouvelle crise ou un truc dans le genre, mais puisqu'il avait lui même enclenché la discussion, elle le réconforta d'une caresse dans le dos :

- « Il ne faut pas que tu te dévalorises comme cela, Eren. Certes, le caporal est doué, et tout ce que tu veux mais…

- Il est doué ? l'interrompis-t-il. Il est plus que doué ! Il est… ! Il est impressionnant ! J'ai lu des dizaines de rapports à son sujet : il a réussi à démanteler un réseau de trafiquants de drogues à lui tout seul ! Il réussit toujours à tirer le meilleur de lui-même dans toutes les missions sans tuer de civils et ne réduisant que les ennemis en poussière ! Il est le symbole du Bataillon Ailé, celui qui apporte la liberté à notre cité ! Ce n'est pas pour rien qu'il est la coqueluche de tous les médias, que même les journaux people en parlent. Tu en connais beaucoup des magazines qui parlent de figures emblématiques de l'armée ? Non, et c'est bien pour ça qu'il est si particulier. Je… » Il reprit sa respiration, essoufflé : « Le caporal est… il est tout ce que je voudrais être. Je ne suis qu'une petite recrue de rien du tout. Comment est-ce que l'on pourrait me comparer à lui Hanji ?...

- T'as fini de dire des bêtises, oui ? ordonna-t-elle, lui assénant une tape sur la tête.

- C'est que-

- Je déteste la fausse modestie, c'est une forme d'hypocrisie. » Elle secoua la tête et se plaça bien devant lui, comme une mère, les poings sur les hanches : « Eren, tu es doué et tu le sais. Alors oui, d'accord, tu n'es peut-être pas aussi bon que Levi et tu ne lui ressembles pas trait pour trait – d'ailleurs remercie le Seigneur d'avoir la taille que tu as – mais tu es excellent dans ce que tu fais ! Pourquoi toujours vouloir être semblable à ton idole ?

- Mais je ne veux pas être-

- Tu ne veux pas juste essayer d'être toi-même ? Cesse de vouloir toujours te donner à deux cent pourcent, et profite un peu de ta journée de libre ! Tu n'en auras pas beaucoup à l'avenir. Même les plus grands héros ont le droit à un peu de repos, tu sais. »

Il se tut. Il ne pouvait que donner raison à Hanji. Et même si certaines palabres n'étaient pas tout le temps véridiques, elle s'avérait avoir le plus clair du temps raison. Alors il ne dit rien et avala dans un déglutis silencieux sa boisson.

L'excentrique brune savait que l'orgueil du plus jeune le conduisait rétorquer quelque chose mais qu'il se retenait pour ne pas se mettre en colère : ses traits étaient froncés bien plus que nécessaire. D'ailleurs, quand venaient les discussions à propos du caporal cela tournait au vinaigre, et ce à chaque fois. Elle en avait rapidement conclu que l'inconscient d'Eren lui en voulait toujours ou tentait désespérément de faire remonter quelques souvenirs à la surface, histoire de mettre tout le monde d'accord.

Mais au fur et à mesure que le petit déjeuner se déroulait, ses traits crispés s'adoucirent, comme s'ils avaient oublié pourquoi est-ce qu'il était si en colère au point qu'il retrouva le sourire, cinq minutes plus tard. Hanji le remarqua sans trop de difficulté et demanda :

- « Tu en es où avec tes problèmes de mémoire ? Est-ce que tu as commencé ce que l'on avait dit hier ? »

Eren se mordit la joue il ne voulait pas aborder ce sujet : cela le faisait passer pour un fou, pour quelqu'un de différent. Il marmotta :

- « Non, je n'ai pas eu le temps…

- Tu veux qu'on aille le faire ensemble ? »

Il hocha sobrement la tête.


Avec Eren, un bon nombre de sujets étaient à proscrire pour éviter une éventuelle nouvelle crise : il ne fallait pas parler de sa mère, ne pas évoquer sa vie passée avec trop d'insistance en général, et ne pas évoquer la relation qu'il avait eu avec Levi.

Hanji avait voulu lui révéler cette dernière prohibition. Elle considérait que ce n'était pas juste qu'il ne soit pas mis au courant, et qu'il valait mieux pour Levi et pour lui qu'il soit averti, qu'ils puissent avoir une finale discussion qui remettrait de l'essence dans le moteur ou au contraire qui détruirait tout une bonne fois pour toute. Mais le taciturne lui avait formellement interdit, la menaçant et qui-plus-est mettant Erwin de son côté, en expliquant que cela engendrerait un autre évanouissement, qui leur feraient peut-être perdre Eren une bonne fois pour toutes.

Malgré tout, Hanji restait persuadée qu'une discussion de ce genre aurait un déclic en Eren qui huilerait tous les engrenages de sa mémoire et délivrerait enfin pleinement le pouvoir de l'émetteur.

Mais l'interdiction étant, elle ne préférait pas se risquer à une telle catastrophe : perdre Eren serait la fin de leur cité, il était leur espoir.

Tout récemment, ils avaient pensé à mettre en place un système pour qu'Eren puisse vivre convenablement. Sa mémoire se faisant la belle de plus en plus, ils ne devaient pas risquer une perte de ses souvenirs récents. Hanji avait donc eu une brillante idée.

Ils poussèrent la porte à moitié fracassée de la chambre d'Eren et sortirent des tiroirs ce dont ils avaient besoin des crayons, des feutres, des feuilles, un cahier et des post-it : des milliers et des milliers de post-it. Les mains d'Eren se tendirent sur les bouts de papiers colorés, nerveux qu'il était. Seulement Hanji ne le remarqua pas et elle s'attela à récapituler leur discussion d'hier soir (dans l'éventualité où Eren en aurait oublié la teneur) mais avec bien plus de détails :

- « Bon, alors je répète. Nous allons te faire des pense-bêtes, d'accord ? » Il hocha la tête, et elle continua : « On va les disséminer un peu partout dans la maison et plus particulièrement dans ta chambre, pour que lorsque tu te réveilles tu puisses les lire et les voir, expliqua-t-elle en pointant les divers endroits possibles. Tu vas marquer sur tes post-it… les choses les plus importantes, les choses les plus primordiales dont tu te souviennes : et ces post-it là, tu les colleras juste devant ton lit et sur la poutre de devant. Ainsi, en te les remémorant chaque matinée à ton réveil, tu seras incapable de les oublier et ce, même si ta mémoire se barre un peu plus chaque jour. »

Rien que la répétition de cette dernière affirmation rouvrit un peu plus la douleur lancinante qui lui brûlait le torse. Comment une personne pourrait-elle prendre bien et calmement une telle déclaration, même si elle l'entend et la comprend ? Non, Eren en était incapable. Ses souvenirs étaient déjà si moindres, il s'en voudrait terriblement de ne pas pouvoir pleurer la disparition des détails de sa petite vie.

- « Hey, ça va aller. Grâce à tout cela, ça n'arrivera pas Eren, le rassura-t-elle. Tu aurais du souci à te faire si nous ne faisions aucun effort !

- Tu… Tu as raison.

- Nous disions donc, quels sont les souvenirs les plus chers à tes yeux ?

- Déjà… »

Il se pencha et écrivit lisiblement sur une grande feuille blanche : « Tu es Eren Jäger », qu'il glua et apposa au plafond (ce moyennement le fait qu'il se mette sur son lit sur la pointe des pieds).

- « C'est un bon début, acquiesça-t-elle.

- Comme cela, à chaque fois que je m'endormirai je me le répèterais.

- Continuons. »

Ils passèrent leur matinée à terminer cette besogne. Ainsi figuraient parmi les post-it « importants » le fait qu'il était membre du Bataillon Ailé, tous les noms et prénoms de ses amis et compagnons (avec une photo à l'appui), où il se trouvait et ses obligations quotidiennes. Finalement, la pièce se retrouva bien vite ornée de belles couleurs vives qui en feraient pâlir de jalousie n'importe quelle chambre d'enfant.

Pour éviter un surplus d'informations qu'Eren finirai par ne même plus lire à l'avenir, Hanji insista pour qu'il tienne un journal. Dès qu'il en aurait l'occasion, il était sommé de rédiger une courte synthèse de sa journée ponctuée par les moments les plus marquants et qu'il se devait de retenir.

- « Bon, là ça a de la gueule ! constata la grandiloquente.

- Je suis épuisé… souffla Eren, la respiration hachurée. »

Hanji sourcilla face à ce propos. Ce qu'il venait de dire était tout bonnement invraisemblance. Ce garçon pouvait sortir frais comme un gardon d'une intensive journée d'entrainement mais il finissait éreinté après une matinée de rangement et de découpage ?

À midi, Eren et Hanji dégustèrent une côte d'agneau que la jeune femme cuisit avec beaucoup d'attention. Il s'agissait de bien remplir l'estomac des troupes pour finir sur une note légère en soirée afin de pouvoir tout donner le lendemain. Eren n'était jamais parti en expédition, il allait probablement être stressé à n'en plus pouvoir : Hanji redoutait déjà la soirée.

Elle lui avait formellement interdit de sortir voir ses amis, comme un marmot puni. Il ne bronchait pas pour autant, trop fatigué pour rétorquer quoique ce soit. Ils avaient donc larvé tout le reste de l'après-midi, alternant des films d'actions affalés sur le divan ou des films d'amour qui terminaient en eau de boudin, les faisant verser bien des larmes en geignant.

Finalement sonna vingt et une heure. De son plein gré, Eren s'en alla prendre une douche. Et tandis que les gouttelettes épousaient son grain de peau, il songea au lendemain et toutes les aventures qui lui arriveraient bientôt.

Il ne fallait pas être très futé pour comprendre que tout allait devenir plus compliqué pour lui à présent. Qu'il se fasse tuer ou capturer, ou encore qu'il se blesse, Eren s'en moquait pas mal. Mais il ne voulait pas perdre encore une fois sa mémoire : c'était bien la seule chose à laquelle il pouvait se rattacher encore. L'adolescent avait déjà tout oublié. Les moments heureux comme les plus tristes. Comment pouvait-il avancer dans la vie sans son passé ? Il en était hors de question.

De plus en plus ces temps-ci, il remarquait qu'il devait se rappeler de quelque chose. Évidemment, toute l'histoire autour de l'émetteur le fascinait et il voulait comprendre, mais quelque chose manquait. Un souvenir récent, douloureux, mais plein de douceur aussi. Et pourtant : il était incapable de mettre le doigt dessus.

Eren coupa l'eau et toisa son reflet dans le miroir le confrontant alors qu'il se séchait avec singularité le sommet de son crâne. Il cherchait avec désespoir le moindre indice sur sa peau, la moindre cicatrice autre que son tatouage (dont Hanji lui avait touché deux mots récemment) pouvant lui faire remonter un ou deux souvenirs. Une marque, un signe, n'importe quoi !

Mais rien qu'une peau dénuée d'imperfection, un torse sec et bâti comme il avait pu. Rien à voir avec celui de… celui de…

Celui de qui déjà ?

...

Oh, aucune importance.

Eren se dépêcha de se mettre au lit, s'enroulant dans ses draps frais. Il était pressé : demain allait être un grand jour. Première expédition, première véritable mise en situation. Mais tout le stress qu'il emmagasinait sans s'en rendre compte depuis le début de la journée se propagea soudainement dans son corps. Ses jambes le brûlait, et le contact pourtant si agréable de la couverture l'irrita au plus haut point. Il sentait son cœur hurler dans sa poitrine de le laisser se libérer. Eren avait l'impression que son enveloppe corporelle était beaucoup trop étroite pour tous les sentiments qui mutaient en son sein.

L'adolescent se mit à tourner nerveusement au milieux des papiers colorés, et comme un lion en cage il faisait le même chemin, incapable de rester assis.

Hanji, alertée par les bruits de pas suspects, de là où ne devrait résonner que les ronflements de son protégé, s'empressa de rentrer dans la chambre (et sans prendre la peine, évidemment de toquer) :

- « Hé, p'tit chat… » Elle lui posa une main délicate sur son épaule (du plus doux qu'elle pouvait) et s'humecta les lèvres avant de poursuivre : « T'en fais pas…

- J'ai peur de tout faire de travers. Je suis tellement imprévisible, et si je me remettais à faire une crise en plein milieu de l'entrainement ?

- On saura te gérer comme il se doit Eren, tu ne dois pas t'en préoccuper. Tout ce sur quoi tu dois te focaliser et sur ta concentration et ton endurance. Une telle marche dans un terrain pareil, ce n'est pas une petite ballade tu sais ? D'autant plus que je pense qu'Erwin vous fera tester les équipements tridimensionnels, et ça ne risque pas d'être une partie de plaisir…

- Les… équipements tridimensionnels ?

- Ouais, des trucs supra serrés, mais on vous expliquera tout demain. La première fois qu'Erd l'a essayé, commença-t-elle à rire, il nous racontait qu'il avait bien failli perdre son statut d'homme, explosa-t-elle de rire.

- …je ne suis pas sûre qu'il veuille que je sois mis au courant, et très honnêtement, je ne suis pas sûr non plus de vouloir savoi-

- Bref, reprit-elle, tout cela pour te dire que, ce genre de source d'anxiété n'est vraiment pas ton problème. »

Elle s'apprêtait à lui souhaiter finalement une bonne et heureuse nuit mais elle se rendait que quelque chose le taraudait. Le pire étant qu'elle savait pertinemment ce qui tournait dans la tête du jeune homme. Le pire étant qu'elle le savait, et lui non. Ce n'était pas sorcier d'ailleurs. Mais Eren était évidemment incapable de mettre un doigt sur la raison pour laquelle il se sentait si creux, si faible.

Foutue mémoire en emmental.

Elle avait interdiction de soulager sa conscience : elle se sentait si inutile… Elle finit par ne rien dire et le laissa seul avec ses jérémiades.

Eren s'installa dans son lit, le cœur battant la chamade, pour une raison toujours inconnue. Son regard se fixa dans le vide et il se concentra sur une couleur apaisante pour le distraire. En définitive, il trouva un coussin bleu ciel qui trônait non loin et son cœur se serra davantage. Trop d'ailleurs : il s'attrapa la poitrine, douloureux, et sa respiration s'hachura.

- « Bordel de merde… »

Regarder son environnement ainsi n'était peut-être pas la meilleure des idées pour se détendre finalement. Il éteint donc la lumière, convaincu qu'il arriverait bien à un moment ou un autre à trouver un état de conscience stable. Il s'allongea sur ses draps en fixant le plafond, une main tendue hasardeuse, cherchant manifestement l'interrupteur de sa lampe de chevet. Il contempla les poutres du mur juxtaposé jusqu'à ce que son regard s'éternise sur le papier qu'il avait collé un peu plus tôt dans la matinée.

- « Je suis Eren Jäger, lisait-il, en s'aidant des lettrines minutieusement calligraphiées sur l'affichette. » Il laissa un temps de flottement, ayant déjà atteint le disjoncteur du bout de ses doigts. Il réitéra l'expérience, sa voix lui semblant trop indécise : « Je suis Eren Jäger ! s'écria-t-il, cette fois-ci sûr de lui ». Mais rien. Toujours cet effet indécis, comme si une partie de son être mentait. Il soupira, la voix à demi brisée : « Je n'en sais plus rien du tout… »

Fatigué qu'il était, son index enclencha le circuit et il se retrouva complétement dans le noir, prêt à enfin recevoir cette douce nuit de sommeil qu'il avait tant mérité.

Noir.

Il aimait bien cette nuance.


Il n'était pas six heures qu'Eren et toute la petite bande de joyeux drilles se tenaient, impatients aux limites de la ville. Toute trace anthropique avait disparu : de larges plaines arides s'étendaient là, devant leurs yeux, et à peine plus loin (une heure de marche à tout casser) se dressait le large massif montagneux, protégeant gentiment la ville des vents violents de l'Est.

Eren en eut le souffle coupé. Comment est-ce que Shiganshina pouvait regrouper tant de reliefs aussi différents les uns des autres soient-ils ? Tout simplement bluffant. Sasha sautilla d'excitation :

- « Ahhhh, je suis tellement impatiente !

- On a comprit, réprima Connie en attrapant sa tête entre ses mains, tu nous le répète depuis l'aube !

- Tu sais Connie, je pense qu'à ce stade un « ta gueule » serait bien plus efficace, marmonna Mikasa en roulant des yeux.

- Qu'est-ce qu'elle me veut l'autre tige ? tiqua Sasha, le ton résolument agressif.

- Ouah, allez les filles, calma Armin en levant les bras, vous n'allez pas vous crêper le chignon aussi tôt, si ?

- « Crêper le chignon » ? répéta Eren amusé en se penchant vers Jean. Tu penses que cette expression est encore admise dans le dictionnaire ?

- Peut-être pas, mais je suis certain que ta gueule, elle, n'est pas homologuée, rétorqua-t-il aussi froid qu'il n'était distant. »

Le visage d'Eren se mua en quelques secondes à peine. Il passa de l'étonnement d'un tel champ lexical pour le qualifier, à la tristesse d'entendre des mots aussi durs alors qu'il était à peine réveillé et peu apte à riposter et finalement à la colère : la pure et dure. Ses sourcils se froncèrent et une veine apparut sur son bras lorsqu'il le contracta :

- « Je ne pense pas que tu ais franchement les prédispositions à commenter mon physique quand on a un visage comme le tien.

- Eren, c'est bon, ne rentre pas dans son jeu, siffla Mikasa, déjà mise en colère de si bon matin.

- Attends mais sans déconner, claqua-t-il, clairement excédé, il se permet de l'ouvrir alors qu'on dirait clairement le gosse hybride d'un homme et une jument ! Y a un problème dans le code génétique là !

- Mais tu vas te la fermer, sale amnésique ?! hurla-t-il le rouant de coups. »

Eren n'en tarit pas d'éloges puisqu'il fit de même, les autres autour incapables de les retenir sans se prendre un poing qui ne lui était pas destiné. Il reprit la joute verbale, lui attrapant le col pour le maintenir au sol :

- « Ouais, je suis bien amnésique, ouais et tu sais quoi ? Tant mieux ! Ça me permettra d'oublier ta sale tronche plus facilem- »

L'adolescent se retrouva coupé dans son discours alors que Levi l'attrapa par la peau du coup comme une mère féline le ferait à son petit.

- « Ça suffit les gamineries, putain vous avez quel âge ? Vous trouvez ça intelligent de vous battre maintenant ? Vous avez besoin de toutes vos forces pour cette journée. »

Et comme s'il s'était brûlé, il relâcha Eren en s'époussetant.

- « Tch, vous n'êtes pas croyables. On vous laisse trente secondes pour remplir le camion et vous réussissez encore et toujours à faire de la merde : on ne peut pas laisser notre regard trainer ailleurs sans que vous ne fassiez une connerie.

- Cette fois-ci, ce n'est vraiment pas… commença Eren.

- Tu sais Jäger, ton avis sur la situation je m'en fous pas mal, le fit-il taire. »

Le plus jeune se sentit profondément blessé, encore plus que lorsque Jean lui avait dit ces mots si violents un peu plus tôt. Avait-il vocation pour être la tête de turc aujourd'hui ? S'étaient-ils passés le mot ? Il se tut finalement, heurté, et surtout ignorant ce sourire satisfait qu'arborait Jean.

- « Aujourd'hui on m'écoute et on la ferme. Je vous préviens, vous n'avez pas intérêt à vous plaindre. Oui, cette journée va être dure, mais vous ne serez pas les seuls à souffrir alors pensez à vos coéquipiers : on se la boucle question d'esprit d'équipe, de tact. Compris ?

- Oui mon caporal, acquiescèrent-ils à l'unisson d'une même voix monocorde.

- Malheureusement, reprit Erd, il risque de pleuvoir, mais rien de très contraignant. On n'était tout bonnement incapable de changer la date de cette expédition.

- C'est bon Erd, tu n'es pas leur mère, les capes du Bataillon feront amplement l'affaire, cracha Levi, apparemment très peu enthousiaste à l'idée de briefer ces jeunes recrues. Allez la marmaille, on bouge son cul ! Je veux qu'on soit au pied du mont là-bas avant huit heures. »

Ils s'activèrent tous, pressant le pas sans broncher. Levi et Erd ouvraient la marche, discutant (enfin, en l'occurrence, plus Erd parlant tout seul) sans trop prêter attention aux jeunes derrières. Sur le côté droit Petra trottinait, ses petites jambes suivant avec peines les grandes de ces adolescents pleins de vivacité tandis qu'à gauche Oluo zieutait l'horizon, se préparant à n'importe quelle attaque en embuscade. Finalement, Hanji se retrouvait bonne dernière, protégeant de son œil aguerrit le groupe. Les adolescents étaient encerclés, couvés comme des poussins à peine sortis de leur œuf : en même temps la mise en garde était légitime après l'attentat.

Le camion les talonnait, embarquant avec lui tous les équipements tridimensionnels dont les recrues avaient tous entendus grand dire. Ils étaient excités comme des puces à l'idée de tester ces étranges harnais, se sentir libre de bouger au rythme du vent. Il était évident que ça allait être beaucoup de travail, mais une fois la journée achevée ils seraient enfin en mesure de maitriser avec perfection leurs déplacements.

Levi lorgnait Eren avec insistance. Du coin de l'œil, il s'assurait de son état. Il le semblait morne, triste : la mine résolument abattue. Pourtant, Levi ne déparait pas le lot, puisqu'il tirait une tronche de six pieds de longs, mais lui avait pour avantage de faire passer cela pour de la fatigue ou tout simplement du ras-le-bol. Et puis personne n'oserait lui demander la raison de ses cernes.

Cela lui tournait de plus en plus dans la tête mais il songeait profondément au fait que tout deux ne pourraient jamais véritablement être en paix s'ils ne discutaient pas. Néanmoins, borné que son conscient était, jamais ce genre de conversation ne verrai le jour à moins d'une crise révélatrice de la part d'Eren.

Et aux tréfonds de son âme il priait pour que ce jour arrive, qu'il soit enfin libéré. Il n'espérait même plus qu'une relation puisse ressurgir, mais il suppliait le destin de lui ouvrir la porte de sa geôle.

Il n'espérait plus rien et pourtant… pourtant il ne retenait pas son regard lorsqu'il détaillait la silhouette effilée de son subordonné. Merde, fallait-il qu'il soit aussi bien foutu !


- « Merci Moblit ! hurla joyeusement Hanji, en faisant des signes de la main au conducteur du camion d'équipements alors qu'il repartait dans le sens inverse vers la ville. Il est quand même sympa ce petit gars !

- Il est tellement sympa que t'en es toute rouge, souligna Levi, attachant son harnais.

- La ferme Grincheux ou je t'embrasse ! »

En effet, la moindre menace de la part de la scientifique sonnait comme la plus amusante des blagues or, elle avait trouvé un moyen beaucoup plus efficace de le faire reculer lorsqu'il s'aventurait dans les eaux troubles de sa vie sentimentale et amicale : les marques d'affections.

- « Raaaah, dégage, tu me dégoûtes, tonna-t-il en éloignant du mieux qu'il pouvait les lèvres que l'excentrique lui tendait en cul de poule. »

Toutes les recrues se retrouvèrent face aux équipements qui gisaient par terre, entre les cailloux et la terre sèche. Le climat de la montagne avait le mérite d'être glacial, et les nuages qui tournaient autour desdites montagnes ne présageaient rien de bon pour la suite de la journée.

- « Bon, on ferait mieux de se dépêcher avant qu'il ne pleuve définitivement ! appela Erd d'une voix autoritaire et forte afin qu'il puisse se faire entendre de tout les jeunes. Je sais que les harnais de tridimensionnalité peuvent faire peur à première vue mais, vous vous rendrez bien vite compte que ce n'est pas si compliqué que cela !

- Tu parles, on dirait des harnais de sado-maso… chuchota Connie. »

Erd sourit face à cette constatation, se souvenant avec distinction qu'il s'était murmuré la même chose la première fois qu'il avait vu ces véritables instruments de torture.

- « Il n'y a pas plus pratique pour se déplacer rapidement dans des terrains inaccessibles, continua Petra qui rentra la dernière sangle dans sa boucle de fermeture. Et une fois que vous serez bien au point nous rentrerons, il n'y a pas de raison pour que l'on s'éternise sur place. En attendant, enfilez-moi ces harnais, le caporal va vous montrer comment procéder. »

Ce n'est pas sans lever les yeux au ciel que Levi s'avança pour se mettre en scène devant une armée de jeunes adultes inexpérimentés. Et après une bonne heure à recommencer les mouvements expliquant tout dans le français le plus calme et compréhensible qu'il avait dans son vocabulaire, les recrues étaient briefées. Enfin, plus ou moins : ils avaient saisi les actions principales.

Jean fut le premier à se lancer à l'assaut de la montagne, blême : leur but commun était de monter jusqu'en haut en se servant des parois les environnants. Malheureusement la roche était friable et le grappin qui devait s'agripper au matériau se désagrégea en feuilles minces, ce qui manqua de le faire dégringoler l'entièreté du petit mont. Heureusement pour lui, Levi se jeta à sa poursuite et le rattrapa de justesses comme si une plume venait de tomber entre ses bras.

- « Putain Kirstein, t'es con ou quoi ? vociféra-t-il entre ses dents. On n'enclenche les gâchettes que lorsque la roche est dure, sinon on se casse la gueule ! Bordel c'est pas croyable… »

Ils se posèrent sur une butte tranquille qui débordait un peu de la falaise abrupte, coupant le relief. Jean explosa :

- « Et comment est-ce que je suis censé savoir lorsqu'elle est friable et lorsqu'elle ne l'est pas ?! hurla-t-il encore sous le choc de la chute qu'il venait de faire, toujours s'accrochant aux bras de son caporal.

- La couleur Jean ! La putain de couleur de la roche ! Je vais finir par croire que t'as rien écouter toute à l'heure ! »

Et pour cause, Jean n'avait eu de cesse qu'il avait fixé Eren tout le long de l'explication. Son attitude le dérangeait : comment pouvait-il réellement faire comme si de rien n'était ? Il ne parvenait pas à passer outre. Ainsi, il avait préféré ruminer sa colère dans sa barbe plutôt que d'écouter les conseils de son caporal. Ce dernier le rappela à l'ordre d'un coup sur la tête résonnant plus que nécessaire.

- « Tâche de faire attention maintenant. » Il fit un signe de main à Petra pour qu'elle les rejoigne et en quelques secondes à peine, voilà qu'elle atteint le niveau escompté. Il reprit en s'adressant à sa vieille coéquipière : « Aide-le à monter jusqu'en haut, cet abruti n'a rien écouté. »

Jean voulut riposter et rétorquer quelque chose prouvant le contraire (même si son supérieur n'avait pas totalement tort) mais Petra l'en empêcha :

- « Allez, l'encouragea-t-elle en frictionnant l'épaule de Jean, ne fait pas cette tête, je vais te montrer. »

Ce dernier grogna une parole que lui seul comprit et s'envola auprès de Petra.


Quelques recrues passèrent après Jean, Levi les voyait tous défiler sous ses yeux : la nièce d'Hanji se débrouillait, et du peu qu'il connaissait ses futurs coéquipiers, les seuls qu'il vit circuler devant ses yeux ne se démarquèrent pas par leur performance incroyable mais plutôt par leur capacité à hurler : ses tympans ne tenaient plus qu'à un fil.

Il s'étonna de voir qu'Eren ne voulut pas faire ses preuves en premier – probablement une pointe d'angoisse lié au fait qu'il n'avait pas l'air très attentif lorsqu'il expliquait le tout – mais finalement il décela dans son regard, après les trois personnes qui venaient de s'essayer à cet art avant lui, une lueur d'excitation. La peur trépassée, des pépites de lumières se reflétaient dans ses orbes aux couleurs estivales, et il savait qu'il allait vouloir tenter le coup.

Eren se lança, appréhendant la suite : il avait travaillé si dur ses appuis pendant cette semaine précédant l'expédition, il avait tant donné de sa personne qu'il lui était impossible de songer ne serait-ce qu'une seule petite seconde qu'il pouvait échouer.

Il enclencha les gâchettes et s'envola sans plus de cérémonie. Pas un cri : juste un large sourire crispé qui témoignait de son inquiétude quant au vol prémédité, mais aussi de sa joie. Levi l'examina, vérifiait si ses mouvements ne requéraient ne serait-ce qu'une seule remontrance mais tout était parfait.

« Étonnant » songea-t-il d'ailleurs.

L'adolescent se déposa, tout en haut de la montagne, bien plus haut que Levi et enlaça Sasha de ses bras tremblotant :

- « T'as assuré ! Même Levi avait l'air impressionné, gloussa-t-elle, sincèrement fière de son ami.

- Je suis mortifié, c'est bien plus haut que ce que j'imaginais !

- Hé, c'est la chaine de montagnes de Shiganshina mon gars, plaisanta Sasha en lui assénant une tape sur le dos à la manière d'un vieux sage, tu nous prends pour qui ?

- En tout cas je suis heureux d'être arrivé jusqu'en haut, je n'espérais pas me dépatouiller aussi vite.

- Patience morveux » réprima Levi qui s'était hissé en silence, Oluo prenant sa place, un peu plus bas pour vérifier le bon fonctionnement et la bonne méthode de chacun. Il reprit : « On compte vous emmener dans les gorges de Trost, plus au Nord. Là tu auras le droit de faire le fier si tu parviens à rester vivant.

- Vous ne comptez pas nous tuer, si ? s'étrangla une petite recrue un peu en retrait.

- Oh, si on pouvait on le ferait bien volontiers, ricana le misanthrope, le danger de mort forge le caractère. » La jeune adolescente hyper ventila quelques secondes avant que Levi ne se reprenne, comprenant qu'elle allait lui tomber dans les bras s'il ne se justifiait pas explicitement. Petra l'incita à répondre d'un grognement désapprobateur : « Mais non, c'est globalement sécurisé, fini-t-il par avouer en levant les yeux au ciel. Le périmètre est bouclé et l'Escadron est là pour vous épauler : il n'y a aucun risque pour vous.

- Tant mieux ! claironna Eren d'un grand sourire. »

Levi se retourna, un peu plus exaspéré, tonnant au reste du groupe de se dépêcher en vue du temps qui se gâtait. Et en effet : des masses difformes noires et grises tachèrent le ciel, de plus en plus, et des minuscules gouttes vinrent s'écraser sur les têtes de certains qui ne manquèrent pas de le faire remarquer à leurs supérieurs :

- « Est-ce que c'est très prudent de les faire s'entrainer pendant une tempête ? chuchota Petra à Levi tandis que les derniers soldats se pressaient de monter jusqu'en haut.

- Les matériaux sont étanches et les cordages ne rouillent pas, fit remarquer Levi. On ne va pas retarder un entrainement vital pour quelques gouttes de flotte.

- Mais ils sont encore si jeunes et inexpérimentés…

- Justement, s'ils débutent avec des conditions aussi compliquées, l'antre du clan H semblera beaucoup plus facile pour eux.

- Levi…

- Petra, on ne va mettre fin à l'expédition pour si peu d'accord ? Si une véritable tempête se déclenche : évidemment que nous rentrerons mais il n'y a aucune raison pour que nous le fassions présentement d'accord ? »

La susnommée hocha la tête en de larges mouvements. Si elle commença à paniquer, le reste de l'équipe serait dans un bien pire état qu'elle dans les minutes suivantes. Ce n'était que de l'eau.

Que de l'eau.


- « ON SE DÉPÊCHE ! ordonna Hanji de sa voix rauque en essuyant les gouttes qui ruisselaient sur ses lunettes. JE VEUX TOUTES LES RECRUES AU SOL ! »

Des trombes d'eau fuyaient le ciel et s'aplatissaient sur les malheureux. Un bruit d'orage terrifiant résonna dans les gorges de Trost. Le groupe avait finalement réussi à atteindre l'objectif mais s'était retrouvé coincé par le mauvais temps arrivé sur place. Ils se posèrent dans un endroit un peu abrité par les reliefs naturels mais aucune grotte en vue. Hanji compta les recrues et se mettant une main au dessus de ses yeux, comme pour se protéger du soleil (malgré le fait que pas un rayon ne siégeait dans ce cadre) :

- « Douze, treize, quatorze… Il en manque une ! cria-t-elle à Levi qui était un peu plus en hauteur.

- Recompte-les ! vociféra-t-il de plus belle, sa voix obstruée par les coups de tonnerre.

- Levi je te répète qu'il manque une recrue ! »

Les membres de l'Escadron se regardèrent en chien de faïence, absolument pétrifiés à l'idée d'avoir perdu un bleu par ce temps.

- « C'est Eren ! s'époumona Armin. Il était derrière moi toute à l'heure !

- Et tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?! disputa Oluo.

- Je t'en prie ! glapit Petra. Ce n'est vraiment pas le moment de reprocher notre manque d'attention aux recrues ! Si Eren a disparu c'est uniquement notre faute !

- Putain c'était bien le seul qu'on ne devait pas perdre, marmonna Levi, se maudissant intérieurement. Bon, reprit-il avec une voix plus forte et s'adressant à l'Escadron, je vais le chercher : quoi qu'il arrive, il est clair que vous devez ramener le reste du groupe à la base, on ne peut pas rester ici.

- Mais tu disais il y a une heure que-

- Je sais pertinemment ce que j'ai pu dire il y a une heure Petra ! hurla-t-il, luttant contre le vent qui se faisait de plus en plus fort. Mais les circonstances sont différentes n'est-ce-pas ? »

Il ne voulait pas admettre que Petra avait vu juste toute à l'heure. Le crachin recouvrait la vaste étendue qui se développait sous leurs yeux embrumés et les rares trous dans la roche débordaient tant ils étaient emplis. Le vent venait fouetter les joues déjà rosies par l'effort des soldats : toute l'équipe était plus qu'exténuée d'avoir à lutter contre la météo.

- « Je me magne de rattraper ce morveux par la peau du cul et on se retrouve aux locaux, s'empressa Levi de hurler à ses compères.

- Attends, je viens avec toi, ajouta Hanji, décidée.

- Pas question, toi tu restes aider et protéger les autres : perdre un membre du Bataillon est déjà suffisant, je ne veux pas avoir à te chercher partout toi aussi.

- Mais enfin Levi, nous faisons équipe à chaque fois, balbutia-t-elle, réellement touchée. C'est nous qui avons trouvé Eren, ensemble, tu t'en souviens ? Nous devons le retrouver à nouveau tous les deux… Et si tu ne le voyais pas ? À deux nous pourrions-

- Fous-moi le camp d'ici, tu penses vraiment qu'on a le temps pour la jouer mélodramatique là ? Je te délègue la charge du reste du Bataillon. Petra, Oluo et Erd te prêteront main forte, je suis parfaitement capable de me débrouiller tout seul.

- Il fait froid, il pleut à verses, tu n'as presque aucune vivre, aucune couverture pour passer la nuit, au cas où tu-

- Hanji, fit-il, grave. C'est un ordre. »

La scientifique resta bouche bée. Levi se montrait rarement aussi catégorique lorsqu'il formulait une parole qui se voulait disciplinaire. Le plus souvent, cela restait de l'ordre du travail, mais en général, il accordait à Hanji le droit de venir. Elle aurait dû lui désobéir et venir malgré tout. Elle l'aurait fait si seulement elle ne l'avait pas regardé dans les yeux.

Hanji changea d'avis d'un regard, d'un acquiescement visuel commun. Les iris du même anthracite clairsemé que les nuages qui crachaient leur rage en attestaient : Levi était inquiet.


- « Mais où est-il ce con ? Où est-ce qu'il est parti ? se répétait Levi. »

Des litres d'eau lui tombaient dessus, il craignait pour le mécanisme de l'équipement tridimensionnel : s'il se mettait à ne plus marcher, il lui serait impossible de retrouver Eren. Le temps était désormais compté et chaque minute qui s'écoulait sans Eren à ses côtés rajoutait une décimale aux chances de le perdre définitivement.

Levi ne se le pardonnerait jamais.

Il embraya sur une partie de leur cheminement qu'il n'avait pas encore vérifié scrutant chaque endroit, chaque lopin de terre retourné, chaque ouverture dans la falaise dans l'espoir d'y déceler la moindre trace de son subordonné.

Pendant une fraction de seconde, il crut apercevoir Eren fendre les cieux mais ce n'était qu'un oiseau de proie qui cherchait un abri.

Il devait réfléchir comme cette tête brûlée d'adolescent le ferait. Eren n'attendrait résolument pas l'arrivée des secours, il tenterait donc de retrouver son chemin par lui-même. Il n'irait pas non plus se cacher dans une quelconque grotte. Eren devait avoir bougé et être partit à la recherche du reste du groupe.

Levi devait faire vite et bien. Il ne devait pas crier, il ne pouvait pas se permettre d'alerter un éclaireur du clan H mis au courant de leur expédition qu'ils avaient perdu leur maillon fort. Il-

Le cours de ses pensées fut interrompu par une énorme masse qui venait de le percuter de plein fouet. Une caverne cisaillée dans la roche par l'érosion et le temps accueillit le caporal qui se retrouva complétement désorienté. Il vit noir pendant l'espace d'un instant (se rendant compte juste après coup que cette durée d'égarement était dû au sang qui s'écoulait de son arcade droite) avant de reprendre ses esprits.

Prêt à en découdre, il dégaina les lames de son équipement. Il était clair qu'il ne venait pas de se faire sonner par un quelconque animal mais bien un être humain. La masse informe ne se releva pas tout de suite, il fallait lui porter un coup fatal bien placé dans l'abdomen. D'un coup de pied, le caporal retourna la silhouette et découvrit son protégé à demi conscient et résolument endommagé.

- « Quel con, souffla-t-il plein de rage mais surtout soulagé.

- Caporal... gémit Eren avant de sombrer dans les vapes.


Pardon pardon pardon !

C'est juré je vais tout donner dans le prochain chapitre !

En attendant, je vous remercie d'être arrivé jusqu'en bas, il m'en a fallut du temps pour le produire ce chapitre mais enfin le voilà !

Je vais bientôt passer des examens alors je risque de prendre un peu de retard (mais très franchement vous êtes tellement habitués maintenant, est-il vraiment nécessaire que je le précise haha).

Bonne chance à toutes celles et ceux qui sont dans le même cas que moi, et pour les petits chanceux qui peuvent déjà se la couler douce, profitez !

Plein d'amour sur vous, et à très bientôt (restez connecté *wink wink*)