Salut à tous !

Je vous avais promis un retour rapide : c'est le moins que l'on puisse dire !

J'ai tout donné pour ce chapitre, mais malgré tout, je le trouve répétitif et il doit y avoir pleins de fautes par-ci par-là, n'hésitez pas à me le faire remonter. C'est un chapitre décisif, presque le tournant de l'histoire je dirais mais pas tout à fait. Il s'y passe beaucoup de choses soyez bien attentifs ;)

Enfin mesdames et messieurs : le (presque) retour du ErenxLevi ! *applaudissements* (raison pour laquelle ce chapitre est arrivé si vite, c'est fou comme quoi lorsqu'on se reconcentre sur mon OTP les doigts pianotent comme des grands sur le clavier hahaha !

La réponse aux Guests (des bisous sur vous, toujours) :

Neko : Ouais ! Le petit chapitre est arrivé (contente que ça t'enchante d'en voir un nouveau haha). Tu peux toujours vérifier ce que tu avais dis en allant dans les reviews précédentes mais c'est vrai que le fait que j'écrive à des intervalles de temps irrégulières font qu'on oublie rapidement ce qu'on a pu marquer précédemment ! C'est vrai que Jean à changé de coupe, je ne sais pas ce que tu en penses mais je le trouve plutôt mignon moi ! Et ouiiiii, enfin, c'est presque du ErenxLevi mais, bon, au moins ils interagissent c'est déjà ça de gagner pas vrai ? Haha, je suis désolée d'interrompre tes révisions, peut-être que mon histoire te changera les idées quand même ! C'est pas bien drôle le bac, bientôt les vacances, courage à toi aussi ! Merci beaucoup ! Gros bisous et à bientôt !

La bte : *fais une crise de fangirl avec toi en se roulant par terre* Tant mieux ! Y a rien de meilleur qu'un petit chapitre d'une fanfic après une journée de maths ! Haha, tu me flattes, j'espère que tu ne crieras pas trop pour cette notification ci ;) *te prends la licorne des bras en essuyant une larmichette de joie* oh c'est beaucoup trop d'honneur... je ne sais que te donner en retour ? Disons... *te tends un petit pingouin* ils sont très affectueux tu verras ! Houlà, parfait je ne sais pas ! Personne n'est pas parfait, mais ça me fait très plaisir d'entendre ça de ta part ! Merci encore d'être là après tous ces chapitres :) J'espère que celui-ci ravivera la flamme d'ErenxLevi qui sommeille en toi ;) N'hésite vraiment pas à me faire part de tes ressentiments, si je me suis trop répétée tout ça, je compte sur toi ! Gros bisous !

Bonne lecture !


Lorsqu'il se réveilla, Eren n'entendit rien, ses oreilles toujours bourdonnantes du choc qu'il venait d'endurer. Cependant il sut discerner l'ombre menaçante de son supérieur qui observait le paysage qui s'étendait devant la caverne.

L'adolescent était allongé juste à côté d'un minuscule feu, peinant à le réchauffer. Malgré le mois de juillet, il faisait un froid indescriptible dans cette antre, l'orage à l'extérieur n'arrangeant rien. Eren n'osait même pas ouvrir la bouche, ne serait-ce que pour remercier son sauveur de la bêtise qui l'avait pris. Tête en l'air qu'il était, il avait bien fallu qu'il s'égare à observer les plaines et il avait fini par perdre la trace de son groupe. Heureusement qu'il maitrisait un temps soit peu son équipement tridimensionnel et que, par on-ne-sait quel miracle il avait percuté son supérieur.

Enfin, miracle… L'expression était sans doute à revoir, puisque Levi se tenait de dos devant lui, les bras croisés ; et même si Eren ne parvenait à voir son expression de là où il se tenait, il se doutait bien qu'il devait avoir une mine plus que renfrognée.

Il l'imaginait déjà, les paupières plissées dans un regard circonspect, les rides du front encore plus marquées par l'agacement de sa bouche tordue. Rien qu'à se le figurer, il tremblait déjà… à moins que ça ne soit le froid ?

Eren se redressa le plus discrètement possible pour s'approcher encore un peu du foyer mais il se fit remarquer de par les crissements glacés de la couverture de survie qu'avait dû lui mettre Levi sur les épaules pendant son évanouissement.

- « Ah, enfin, l'attaqua le brun d'un ton grave.

- Je suis désolé, s'excusa Eren en tout premier lieu, ne sachant quoi dire de plus.

- Tu peux l'être oui. » Levi s'avança pour mieux l'entendre, la giboulée à l'extérieur faisant rage. Il reprit, courroucé : « Je ne penses pas que tu puisses te figurer la merde dans laquelle tu nous as plongé. Il serait peut-être temps que tu te comportes comme un adulte : l'Escadron ne peut pas être sur ton dos sans arrêt.

- Je sais.

- Petit, tu piges à quel point tu nous as mis en danger ? ricana le plus âgé. Nous sommes au milieu d'une tempête, dans laquelle tu aurais pu crever si je n'étais pas parti à ta recherche ! Imagine seulement si le clan H t'avait capturé !

- Je sais.

- Et tu as pensé aux conséquences ? tonna-t-il de plus belle. Les journaux sont sur les dents, tous les médias nous scrutent sous les ordres de Dork et sont à l'affut de la moindre gaffe de notre part ! S'ils apprennent qu'on est pas foutu de mettre en sécurité notre pièce maitresse, tu te retrouveras dans les rangs des Forces de l'Ordre Rapprochées en moins de temps qu'il ne faut pour le dire !

- Je sais !

- Alors si tu sais pourquoi est-ce que tu le fais ?! aboya Levi. »

Eren ne trouvait rien à lui répondre. Rétorquer une parole à un Levi aussi en colère équivaudrait à se disputer avec un mur : le débat demeurait stérile, on ne pouvait rien tirer de tout cela. Malgré tout, Eren voulait faire comprendre au brigadier que son but premier était d'aider l'Escadron et que pour rien au monde il ne voudrait rejoindre les FOR.

- « Vous pensez que c'est facile n'est-ce pas ? bégaya Eren, le nez plein.

- Qu'est-ce que tu dis ? s'exaspéra Levi, en essorant sa veste.

- Pour vous, évidemment, c'est facile de dire ça. Vous n'avez pas la pression que l'on me met sur le dos, vous en savez pas ce que c'est que d'être « l'espoir de l'humanité » parce que j'ai juste un machin à la place du cœur…

- Oh gamin ne commence pas à me faire la tirade du vilain petit canard, on a tous nos problèmes.

- J'ai rien demandé à personne moi ! Je veux juste… » Il sembla chercher ses mots, en plaçant la pulpe de ses doigts sur son crâne : « … qu'on me foute la paix.

- Sauf que la vie ce n'est pas comme ça. Tu crois que je ne préfèrerais pas me prélasser, hein ? Dans mon appartement à regarder la télé ? Tu penses que ça me fait plaisir d'être coincé avec un morveux incapable de suivre un putain de groupe ?

- Je suppose que non…

- Écoute, fit-il après un long silence, tu n'as pas eu une adolescence facile, ça je le conçois, mais au lieu de t'apitoyer sur ton sort concentre-toi plutôt sur ce qu'il va se passer dans un futur proche. »

Eren était en tort, ça, il le savait mieux que quiconque. Mais il peut arriver à tout le monde de faire des erreurs, non ? Ce qui le rendait fou, c'était cette injustice même : tous les adolescents, enfants et même adultes avaient le droit à l'erreur, mais pas lui.

Levi rabattit ses cheveux pleins d'eau en arrière. Le feu renvoya une lumière chaleureuse sur son visage blafard ce qui le rendit un peu plus accessible, un peu humain. Eren ne parvenait pas à décoller ses yeux de cette scène. Mais cette nouvelle coupe pourtant si agréable à l'œil divulgua une blessure jusqu'alors dissimulée derrière ses longues mèches jais. Eren se rendit compte que son supérieur saignait, un long filet carmin coulant de son arcade sourcilière :

- « Caporal, vous êtes blessé ?! s'enquit-il en se levant. » Mais lorsqu'il se hissa, une douleur absolument insupportable lui lança dans la jambe. Pour être plus exact, l'adolescent s'était brisé le membre à sa réception.

Levi le rattrapa avant qu'il ne se brûle en tombant dans le feu de fortune : « C'est rien… rassieds-toi, abruti, tu es bien plus touché que moi.

- Montrez-voir, lui ordonna Eren.

- Je t'ai dit que ce n'était rien !

- Montrez, vous dis-je ! s'exclama-t-il. »

Peu importait sa fracture, le subordonné se sentait bien trop concerné par ce qu'il avait engendré. Après tout, c'était de sa faute si son caporal saignait et il se devait de réparer cela.

- « Vous auriez de quoi désinfecter ?

- Ouais, toujours sur moi, fit-il cyniquement, les yeux vers le ciel.

- Vous devriez, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

- Oh, pardon ! C'est vrai que, quand je me suis levé ce matin, je ne me suis pas tout de suite dit : « Tiens, je pars pour une expédition de routine qui ne va durer qu'une journée : autant emporter toute ma trousse à pharmacie ! Après tout on ne sait jamais : un imbécile de môme pourrait bien me péter l'arcade parce qu'il est pas foutu de se servir de son équipement correctement ! »

- Je suis désolé… répéta ce dernier.

- Être désolé n'arrangera rien à ce qu'il s'est passé, il fallait faire attention avant que cela ne se produise.

- Cela minimise l'action ? murmura-t-il, comme un secret.

- Si tu savais comme je m'en branle moi, des excuses. »

Ils discutaient, ainsi, à vingt centimètres l'un de l'autre. Eren, tout bonnement incapable de lâcher le visage de son supérieur, obnubilé par la plaie qu'il avait causé. Sa main obstinément collée à la joue de l'autre. Si bien que Levi fini par en être mal à l'aise. Cette proximité était de trop, et la dernière fois qu'il s'était montré si avenant envers lui datait assez pour qu'il se soit habitué à établir à nouveau son périmètre d'intimité que nul n'avait le droit de franchir. Son teint si clair se rosit légèrement sur les pommettes et avant que Eren ne s'en aperçoive, il toussa :

- « Y a de quoi recouvrir la plaie dans la poche de ma cape. »

L'adolescent fut ravi et n'eut qu'à se pencher pour attraper un rouleau de bandage neuf. Levi quant à lui resta assit à sa place, fixant le vide, calmant ses pensées. De toute façon, son interlocuteur ne lui lâcherait pas la grappe tant qu'il n'aurait pas soulagé sa conscience. Et il était clair qu'il n'avait pas l'esprit à batailler pour lui faire fermer son clapet.

Eren se concentra aussi fort qu'il le put et fit le tour du crâne de son supérieur en prenant garde à ne pas trop comprimer la blessure. De ses doigts graciles, il contourna les superbes formes de son capitaine : son scalp, ses tempes, sa mâchoire avec plus de lenteur et de délicatesse qu'il ne le ferait pour n'importe qui. Il lissa de sa paume ses cheveux jais, encore plus brillants que d'habitude à cause – plutôt grâce – à la pluie qui les recouvraient, pour ne pas qu'ils s'entortillent autour du pansement.

Eren souffla de consternation : accablé par tant de perfection qui se laissait faire sous ses mains. Levi quant à lui attendait que le moment se termine. Eren ou non, il n'était pas très à l'aise lorsque l'on le palpait, encore plus lorsqu'il se trouvait être blessé. Mais ce bref instant, pourtant anodin entre un supérieur et son subordonné ralluma quelque chose en Eren. Il arrêta brusquement sa besogne, comme touché au cœur, inapte à coopérer de nouveau.

- « Tout va bien Eren ? lui fit remarquer Levi. »

L'adolescent ne parvint pas à ouvrir la bouche. De toute façon, s'il le faisait : il balbutierait, il en était sûr. Pour quelle raison ? Il n'en avait aucune idée, mais il bredouillerait une excuse quelconque. Et puisqu'il savait désormais que le brigadier trouvait inutile les palabres de ce genre, il préféra garder sa bouche close et termina ce qu'il avait entreprit.

- « Voilà, ça devrait aller.

- Évidemment que ça va aller, ce n'est qu'une égratignure. » Eren s'était alarmé plus que nécessaire à cause de l'abondance de sang se déversant de la lésion, on voyait clairement qu'il n'y avait pas mort d'homme. Mais ce dernier se sentait profondément fautif, et se portait garant de ce mal : il préférait prendre toutes les précautions pour ne pas qu'il vive avec des remords. Levi reprit : « Tu devrais te reposer.

- Je vais bien.

- Arrête un peu de me mentir, pas à moi Eren.

- Je vous assure je n'ai presque plus mal… regardez. »

Afin de lui prouver sa bonne parole, il se leva de nouveau. Mais la douleur ne s'était pas estompée, bien au contraire : cet effort lui valut un demi-cri étouffé qui se mua en un craquement plaintif dans sa gorge. Levi eut presque de la peine d'observer une telle scène :

- « Arrête de faire l'idiot et repose-toi. Pourquoi est-ce que tu cherches toujours à faire l'intéressant ?

- Vous n'avez jamais besoin d'aide vous, n'est-ce pas ?

- Qu'est-ce que tu racontes encore comme bêtise…

- Enfin, c'est vrai quoi ! Je ne vous ai jamais vu vous effondrer au combat, et pourtant, les missions que vous accomplissez ne sont pas une partie de plaisir. La plupart des Hommes se confrontant à de telles situations seraient souvent revenus accidentés ou pire encore : mais vous, jamais.

- Comment est-ce que tu peux être sûr de ce que tu avances ? Tu ne me connais presque pas. »

Le ton de Levi sonnait comme un test. Au fond, Eren avait appris plus de lui-même que quiconque, si ce n'est Hanji et Erwin. Et eux encore ne l'avaient jamais vu aussi faible que le plus jeune. Le misanthrope s'était exposé à lui, divulgué, mis dans l'embarras. Dans un sens, si Eren n'hésitait pas une seule seconde à affirmer qu'il ne se souvenait de rien : c'était tant mieux dans l'autre, Levi avait profondément envie qu'il se remémore, ne serait-ce qu'une bribe, de leur passé si rapidement balayé.

- « C'est vrai, je ne vous connais pas même, pourrait-on dire. Je me demande à quoi ressemble votre appartement ? divagua-t-il en marmonnant.

- En quoi est-ce qu'une telle information te regarde ? lui demanda-t-il, interrogatif.

- J'imagine que vous devez être le genre d'homme à avoir un appartement à la hauteur de sa personne : très spacieux, avec beaucoup de fenêtres… »

Sur ce point là, Eren n'avait pas tort. Mais Levi préférait ne pas se bercer d'illusions : il n'y avait aucune raison pour qu'il puisse avoir retenu l'architecture de son appartement et non leur relation commune.

- « Dans le genre, dichromatique, se figurait-il en matérialisant ce qu'il expliquait de ses mains. Avec un grand canapé d'angle, un lustre noir… et je paris même sur une cuisine américaine ! » Levi se figea. Il était improbable qu'Eren eut abordé ce sujet, aussi étrange puisse-t-il être sans qu'une partie de son cerveau le lui recommande. Pendant un instant, il eut une once d'espoir qui se transforma bien vite en angoisse. L'angoisse qu'il se souvienne de leur relation, de leur complicité vite effacée mais belle et bien réelle, l'angoisse qu'il le haïsse. Levi se recula, blême. Eren se mit à rire : « Oh mais je dois sans doute avoir tout faux, n'est-ce pas ?

- Absolument, affabula-t-il. Tu n'as pas l'œil pour lire les autres,

- Hanji me le reproche souvent, pouffa le jeune. Moi au contraire, je suis parfaitement lisible !

- Ah oui ? Et qu'est-ce qui te fais dire ça ?

- Je ne sais pas, Armin me le répète sans arrêt, enfin, il me semble…

- Là pour le coup, il n'a pas tout à fait tort. »

Enfin, c'est ce que pensait Levi avant qu'il ne perde toute trace de l'Eren qu'il connaissait et qui le connaissait. À présent, il ne savait plus. Oh, bien entendu, un Eren triste se repérait à milles lieux et un Eren en colère ne passait pas non plus inaperçu, mais pour ce qui est de discerner ses pensées, Levi s'égarait. D'ailleurs il ne préférait plus savoir.

- « Ah oui ? Et qu'est-ce que vous lisez maintenant ? fit-il curieux.

- Pour l'amour du ciel, Eren, j'aimerais dormir, et tu devrais en faire autant, évita-t-il en s'allongeant et lui tournant le dos. La journée de demain risque d'être encore pire que celle là et tu auras besoin d'être totalement rétabli pour utiliser ton équipement tridimensionnel.

- Oh allez, caporal, nous sommes entre nous ! Promis, je ne dirais rien, plaisanta-t-il.

- Comme si tu avais envie de savoir…

- Bien sûr que je veux ! Qui ne voudrait pas avoir les ressentiments sur sa personne de la part du meilleur soldat de l'humanité ?

- Tu dis vraiment n'importe quoi… murmura-t-il en fermant les yeux.

- Si moi je vous décris ce que je lis en vous dès à présent, vous le ferez pour moi ?

- On est où là, à une pyjama party ? Fous-moi la paix…

- Je peux ? quémanda-t-il. »

Levi tourna légèrement sa tête vers lui, son dos lui faisant toujours face pour qu'il lui lance un de ses regards qui signifiaient : « cesse tes questions idiotes avant que je ne t'enfonce mon pied dans la bouche pour que tu la ferme enfin » mais il vit les prunelles emplies d'excitations de son subordonné pareilles à celle d'un enfant qui attend ses cadeaux la veille de Noël, et se ravisa. Après tout, ce garçon était la tête de mule la plus borné à qui il n'avait jamais eu à faire – encore pire qu'Hanji, c'est dire – alors mieux valait lui donner sa carotte pour qu'il le laisse enfin se reposer :

- « Allez, si ça peut te faire plaisir, mais après ça on dort, pigé ? »

Eren hocha la tête frénétiquement, si bien que Levi crut qu'il s'en déboiterait les cervicales. Il se mit sur le dos, la tête futilement tournée vers la sienne pour qu'il puisse décrire ses émotions et ressentis. Levi trouvait toute cette affaire parfaitement ridicule mais, cela lui manquait depuis quelques temps. Retrouver cet Eren si innocent lui apaisait la conscience sans qu'il s'en rende compte. Finalement, il valait peut-être mieux repartir de zéro au lieu de s'obstiner à vouloir une conversation.

- « Alors, commença le brun en scrutant le visage de son interlocuteur. J'ai remarqué que vos traits étaient souvent froncés, encore plus aujourd'hui : cela doit être dû à votre colère vis-à-vis du fait que nous soyons en danger, je présume ?

- Ouah, dis-moi faut être agrégé pour sortir des trucs pareils ? Si tu m'empêches de dormir pour déclarer des trucs aussi évidents, je retourne me coucher…

- Non ! Non ! Laissez-moi terminer ! C'est vrai que c'est contraignant, mais depuis que vous vous êtes assis, vous semblez… comment dire, plus détendu. Et encore plus lorsque je vous ai apposé le bandage sur votre blessure. Vous deviez souffrir probablement : l'on dit que les coups les plus superficiels sont parfois ceux qui nous font le plus souffrir, du fait qu'ils touchent directement aux nerfs. »

Dans sa description, Eren approcha ses mains du feu qui se consumait de plus en plus, pour se réchauffer. Levi l'imita :

- « Après, se péter une jambe c'est pas forcément superficiel mais tu avoueras que tu en chies plus que si tu ne t'étais éraflé le bras contre un mur en crépis.

- Oui, évidemment, s'amusa Eren.

- Et bah dis-moi, conclut le plus âgé. Faut être un sacré psychopathe pour se rendre compte de détails aussi futiles qu'ils ne sont ennuyeux.

- C'est plutôt visible en vérité. Ça l'est encore plus lorsqu'un trait du visage change complètement. Par exemple, cette ligne que vous avez, là, entre vos sourcils… elle est constamment… »

Pendant qu'il parlait et pour appuyer ce qu'il racontait, Eren s'était rapproché un peu de son capitaine. Et lorsqu'il s'interrompit, il apposa son pouce sur la zone qu'il décrivait. Levi avait deux possibilités : soit de lui envoyer la baffe la plus monumentale de toute sa vie, soit de ne rien faire.

Levi allait le frapper, il s'y apprêtait tout justement. Lui rappeler qu'il y avait des limites à ne pas franchir, aussi sot puisse être Eren, il avait véritablement envie de lui en coller une. Pour se défouler, décharger la rage qui bourdonnait en lui.

Et pourtant,

il fut comme

paralysé.

Eren apaisait ses maux, d'un doigt posé juste là où il fallait pour qu'il se sente mieux et étrangement il ne voulut plus bouger. Il ne ressentait plus le besoin de lui mettre une claque. Levi stoppa sa main déjà en l'air et la laissa retomber sur l'épaule de son subordonné dont le visage se rapprochait dangereusement. Il le repoussa finalement :

- « Ça suffit, maintenant, on dort.

- E-excusez, je… balbutia Eren. Ce n'était, pas… enfin c'était complétement…

- C'est bon, j'ai pigé. »

Levi s'embarquait à nouveau sur une pente abrupte. Son cœur battait à tout rompre à l'unisson de celui de son subordonné. Il avait reconnu ce regard. Il avait reconnu ce même regard. Le même que lorsqu'ils s'étaient embrassés la première fois, les larmes en moins mais cependant la candeur, la douceur et le désir : tous présent dans ses pupilles envoutantes. Comme la première fois. Si Levi n'avait pas pris la décision de couper court à cet acte qui partait pourtant d'un bon sentiment, il n'en mènerait probablement pas large à l'heure qu'il était.

Voilà ce qui était le plus terrible pour Levi dans toute cette histoire : à chaque fois, Eren ne le faisait pas exprès. Toutes ses tentatives d'approches, ses manières, ses rires, ses oublis : tout était spontanés et tant pis s'il en divulguait trop. Il se dévoilait, aux antipodes de ce que faisait Levi et c'est sans doute pour cette raison qu'ils se complétaient si bien.

Il avait pris sa décision : cette soirée avait déjà été assez mouvementé ainsi, il fallait y mettre un terme.

Un coup de tonnerre retentit dans toute la caverne et la dernière braise du feu, jadis flamboyant, s'éteint au même instant que l'atmosphère se raidit. Le dos courbaturé d'Eren se figea de terreur : il n'avait jamais été un grand amateur des orages. Quand certaines personnes se plaisaient à entendre la foudre s'abattre au loin et savourait le bruit de la pluie contre la fenêtre, Eren lui se figurait un typhon capable de l'engloutir lui et tout le reste de la planète dans un bain de sang affreux et terriblement destructeur : une sorte de tsunami somme toute.

La température baissa drastiquement de par le manque de source de chaleur et Eren se retrouva à trembler plus vite qu'il ne l'eut cru. Il n'avait pas envie de dormir, pas maintenant, pas après la scène qui venait de se passer, il se risqua à ajouter comme une question :

- « Bonne nuit ? »

Mais rien ni personne ne lui répondit, seule la pluie tabassait littéralement le sol des mètres plus bas. Eren pouvait se le représenter avec exactitude, la terre complètement retournée et les cavités trois fois plus inondées que l'heure d'avant. Heureusement qu'il était à l'abri.

Le corps d'Eren se refroidit si rapidement, qu'avant qu'il ne s'en rende compte, il commença à distinguer la buée qui s'échappait de sa bouche lorsqu'il respirait. Il plissa les yeux pour voir si Levi était lui aussi dans le même état que lui, mais il semblait déjà s'être endormi.

« Décidemment » songea-t-il.

Il se mit à claquer des dents, tout naturellement. Absolument frigorifié, ses extrémités : ses doigts, ses pieds, ses oreilles et le bout de son nez, Eren ne les percevaient même plus. Comme s'ils s'agissaient de corps morts, nécrosés pendants gentiment au bout de leur moignon. Pourtant ils étaient toujours accrochés et bien solidement.

- « Putain, ça caille » lâcha-t-il, forcé de constater qu'il était seul à ressentir ce changement de température. Comme si un terrible démon était venu aspirer toute la joie de vivre, toute les âmes réchauffant l'atmosphère pour ne laisser qu'un vide froid et triste. Pire que tout, Eren commença docilement à pencher vers le côté paranoïaque, prenant une ombre naturelle pour un monstre terrifiant ou encore un bruit de craquement de branche pour un psychopathe du clan H, terré juste derrière eux.

Il voulut se redresser, convaincu que cette idée pouvait être valable, et qu'il s'en voudrait de mourir pour une bêtise telle qu'il n'avait pas pris le temps de vérifier si la grotte était vierge de toute trace humaine. Et même si Levi avait probablement dû le faire pendant son évanouissement, il ne coûtait rien d'examiner une seconde fois, hein ?

Eren leva alors son buste brusquement, convaincu de sa mort prochaine et certaine. Si brusquement d'ailleurs, qu'il fut victime d'une chute de tension qui entraina un déséquilibre le faisant vaciller sur les cendres.

- « Merde, merde, merde » chuchotait-t-il en tentant tant bien que mal d'essuyer toute cette saleté accrochée à ses vêtements.

Eren était persuadé d'avoir réveillé son compagnon de dortoir, mais il récupérait ses forces, et à poings fermés. Il remercia le Ciel que Levi soit aussi bon dormeur, qui l'aurait cru ?

Mais l'adolescent était toujours frigorifié, claquant des dents à s'en casser les incisives les unes contres les autres. Il remarqua grâce à la clarté blême de la lune (dont les rayons parvenaient difficilement à se frayer un chemin dans la taverne) que ses phalanges avaient tournées au bleu.

Ça, ce n'était pas normal.

Eren attrapa une lampe de poche qu'il avait caché dans la poche intérieure de sa veste (du plus loin qu'il se souvienne, il avait toujours eu une peur d'une couleur similaire à celle de ses doigts des lieux sans lumière) et profita du faisceau de cette dernière ainsi que de la chaleur qui se dégageait de l'appareil pour dégeler ses mains.

- « T'es vraiment un enfant, résonna la voix de Levi. »

Eren poussa un cri strident qui rebondit contre les parois de l'abri pour mieux atterrir dans les oreilles du présumé endormi. Il venait d'avoir l'une des pires frayeurs de sa vie, il en resta tétanisé :

- « Ah parce qu'en plus de me réveiller avec ta lampe de merde, tu me hurles dessus ? Je dois te casser la gueule ou on fait comment ?

- Je m'excuse ! Je m'ex- Enfin non, vous… je veux dire, je ! Il aurait fallu que je réfléchisse av.. ? Oh et puis, je ferais mieux de la fermer.

- C'est peut-être le truc le plus intelligent que t'ai sorti de la soirée. »

Levi laissa couler un long silence durant lequel il pouvait toujours entendre les muscles d'Eren se raidirent sous le froid.

Pendant un instant, il eut l'ambition de lui tenir les mains pour les lui réchauffer, lui-même n'en menant pas large niveau fraicheur corporelle… mais cette infime pensée fut bien vite terrée sous la sévérité du caractère dominant résistant aux sentiments nostalgiques de Levi. Dans son crâne, il y avait débat : devait-il abandonner une nouvelle fois ses principes pour assouvir ses envies dominantes ou rester calme et tranquille – non : froid et distant – comme il avait l'habitude de l'être.

Une réalité amère refit surface, comme un gout âpre sur le bout de la langue et c'est avec exactitude que le brigadier se souvint de ce moment, ce jour où il avait décidé de foutre en l'air tous ses principes. Quand était-ce ? Il y a des semaines… non, des mois de cela ? Il ne savait plus. Lui aussi commençait à perdre la notion du temps et sa mémoire s'égrainait, à la manière d'un rêve qui s'évapore lorsque l'on émerge du sommeil.

Il était hors de question qu'il perde à nouveau les pédales. Jusque là, dans son parcours, il n'avait commis d'erreur fondamentalement répréhensible pour son bien-être et celui des autres que lorsqu'il avait ignoré cette voix terrifiante qui le dirigeait habituellement. Embrasser Eren était plus que blâmable : il avait engendré une distance entre une recrue compétente, érigé à nouveau un mur entre lui et le reste des humains, et rouvert la plaie si douloureuse qu'avait laissé son passé.

Dans le fond il enviait Eren de ne plus se souvenir de rien.

Dans le fond lui aussi aurait voulu l'oublier : lui et ses sourires gênés après chaque baiser échangé. Car aussi courte fut cette relation, elle avait laissé une empreinte indélébile dans l'âme (quoiqu'il ne croyait pas en son existence) de Levi.

Mais il en était incapable.

Dans le fond, il souffrait tellement plus qu'il ne le laissait transparaitre.

Il laissa couler un regard vers Eren, mort de honte d'avoir pu troubler la quiétude du repos de son supérieur. Levi en leva les yeux au ciel de fatigue :

- Tu ne m'as pas réveillé.

- Hein ? cracha-t-il vulgairement. Mais, pourtant… Comment ?

- Tu ne m'as pas réveillé pour la simple et bonne raison que je ne dormais pas. Si tu étais un peu moins tête en l'air tu saurais que je ne dors que très peu.

- Comment suis-je supposé connaître le rythme de votre sommeil ? l'interrogea-t-il incrédule. »

Un blanc volontaire s'installa. Puis finalement, Levi souffla, désespérément dédaigneux :

- « Ouais, c'est vrai. T'en n'as aucune putain d'idée. »

Encore une fois. Déception, colère, chagrin. Levi en avait par dessus la tête. Il se retourna, blessé une énième fois dans son orgueil : la fois de trop peut-être. Marre d'attendre les souvenirs perdus d'un passé heureux venant d'un amnésique. Excédé, tout simplement.

Eren ne comprit pas pourquoi son caporal avait tant changé de faciès en l'espace d'une demie seconde. Ce qui caractérisait la particularité de la relation qu'il entretenait avec lui était cette minuscule promiscuité, cet attrait différent vers un personnage haut en caractère. Le grand, si grand Ackerman avait l'air, malgré toutes ses insultes disséminées dans chacune de ses phrases le concernant, de l'apprécier ? Ou au moins, de le supporter ? Comme on dit : « qui aime bien châtie bien ». Mais cette maxime était erronée. Jamais Levi n'avait été aussi glacial et claquant qu'il ne venait de l'être. En tout cas, pas depuis qu'Eren était allé discuter avec lui juste avant la cérémonie. Y avait-il un lien ?

Il y avait anguille sous roche. Aucun doute.

Est-ce qu'une personne voulait du mal au brigadier ? Est-ce qu'il s'était disputé avec un membre de sa famille, un de ses pairs, peut-être même sa fiancée ? Eren se creusait la tête.

Mais l'heure était à la compréhension. Et avant de saisir la raison cet énervement, il fallait calmer l'interlocuteur. Maladroit, aussi bien avec les mots qu'avec ses gestes, Eren se risqua à demander, gauche :

- « Caporal… ? Quelque chose ne va pas ? »

Pas de réponse. Seulement Eren n'abandonnerait pas pour si peu :

- « Je ne sais pas si… » Il remit grossièrement une mèche de cheveux qui l'empêchait d'y voir distinctement dans cette grotte déjà si sombre. Après avoir éclairci sa gorge et son champ de vision, il reprit : « Je ne suis qu'une simple recrue. Je ne me mêle sûrement de ce qui ne me regarde pas… Et c'est vrai qu'on ne se connaît pas très bien, mais si je pouvais me rendre uti-

- La ferme. »

Son ton était sec, cassant destructeur. Pendant un temps, Eren aurait juré que sa respiration s'était bloquée sans son consentement, comme un hoquet :

- « Pardon ?

- La ferme. Ta gueule tu la maintiens fermée.

- … ah, hum. Et bien… bredouilla-t-il. Je vois. Cela ne me regarde pas après tout.

- Exactement. »

Eren se rallongea, tournant le dos à son supérieur, le palpitant mortifié et terriblement gêné. Il entrelaça ses doigts les uns avec les autres, bien à couvert sous sa couverture de survie et ferma les yeux.

« Bien joué Eren, songea-t-il. Tu es vraiment irrécupérable. »

La pluie battait toujours autant, le tonnerre faisant écho au ton irrémédiablement fracassant qu'avait employé Levi.

Et tandis qu'il entendait son subordonné se retourner pour ne plus lui faire face, Levi, lui, observait la révolution de la nature. Il savait que cette nuit, plus que toutes les précédentes : il ne trouverait toujours pas le sommeil. Mais pour autant, il allait rester là, allongé, à regarder la pluie rehausser les crues et approvisionner les sols. Gelé, la gorge nouée et la mâchoire crispée, il pensa si fort qu'il crut l'avoir dit à voix haute :

« Bien joué Levi. Tu es vraiment irrécupérable. »


Dans un bâtiment délabré d'Ektyos, dans la cité souterraine, se tenait une réunion en petit comité. Des chuchotis résonnaient, et parmi eux se dressa un homme à l'apparence trompeuse, ses cheveux clairs tirés en arrière, condescendant et apparemment très en colère :

- « Comment ça tu ne sais pas où il est ?! s'écria Porco. Tu devais rester près de lui, faire attention ! Bordel mais Reiner à quoi tu jouais ?

- Il y a eu une tempête, ce n'est pas ma faute ! se justifia l'interpellé. Même les membres de l'Escadron n'ont pas retrouvé sa trace. Ils ont dû envoyer le caporal Ackerman pour le retrouver. »

Porco se pinça l'arrête du nez. Toute cette histoire devenait diablement compliquée. Pourquoi avait-il fallu qu'il s'égare celui-là aussi ? C'était bien simple : s'ils perdaient Eren, tout était fini. Leur plan, leur reconquête de l'émetteur. Ces années à croupir, cachés comme des rats dans le sous-sol de la Terre n'auraient servies à rien.

- « Mais, souleva un homme dans la petite assistance qui composait la pièce, si Eren est mort, c'est tant mieux… non ? D'ailleurs, pourquoi est-ce qu'on ne le bute pas tout simplement ? Il nous suffirait de récupérer l'émetteur et ni vu ni connu ! s'extasia-t-il, sûr de son idée.

- Misérable imbécile ! hurla Porco. Si Eren meure, l'émetteur crève et toute ses données avec ! Cette machine a besoin d'énergie pour fonctionner ! Mais où étais-tu ces cinq dernières années !?

- Oh, je suis désolé, je pensais que-

- Et bien ne penses plus ! beugla-t-il, hors de lui. Plus personne ne pense ! D'ailleurs barrez-vous tous d'ici, incapables ! Décérébrés ! Vous allez tous nous faire tuer, du vent ! DEHORS ! »

Son dernier cri eut le don de faire sursauter absolument tout l'auditoire (tous membre à part entière du clan H) qui s'enfuirent, prenant leurs jambes à leur cou sauf Reiner qui resta assit, bien droit sur sa chaise. Il enfouit finalement sa tête entre ses mains :

- « Qu'est-ce qu'il va dire, tu penses ? murmura le blond, conscient de sa faute.

- Lui ? ricana Porco, un peu calmé. Il va t'arracher les yeux, ça tu peux en être sûr. Et si on a de la chance, on n'y passera pas avec toi. Ton manque d'attention nous coûte très cher Reiner, j'espère que tu en as conscience ?

- Tu penses que je n'assume pas ? » lui demanda-t-il très sérieusement, scellant ses prunelles aux siennes. Le massif se mit à faire les cent pas dans la salle exiguë, contemplant la voûte rocailleuse de sa cité à travers le vasistas crasseux de la bâtisse : « Je suis parfaitement au courant de mes torts. Je ne porte pas un rôle facile dans toute cette histoire, tu le sais n'est-ce pas ?

- Tu t'es engagé pour faire partie de cette mission. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi même si tu n'as pas les épaules assez larges pour endosser l'entièreté de ton rôle. Ne repose pas la faute sur autrui sous prétexte que tu es un lâche prétentieux et égocentrique, incapable d'accomplir ton devoir, cracha-t-il acide.

- Ta jalousie délie ta langue.

- J'aurais dû être enrôlé à ta place !

- Mais il ne t'a pas choisi, répondit le blond du tac-au-tac.

- Par cet écart, Eren va crever, l'ignora-t-il, son égo touché. Tout le savoir de l'émetteur va s'évaporer dans son dernier souffle et tout ça à cause de toi. T'es qu'un con Reiner, TU ES MÉDIOCRE ! Et c'est juste parce que tu es pistonné que tu es parvenu à te hisser si haut dans la hiérarchie du clan.

- Ravale tes sottises Porco. Reiner a fait son boulot correctement. »

Zeke venait d'entrer dans la pièce, replaçant correctement ses lunettes sur le bout de son nez, il salua correctement d'une poignée de main son homologue vivant à la surface :

- « Comment se déroule le plan ? A-t-on des nouvelles concluantes ?

- Plutôt mauvaises, comme tu as pu si bien l'entendre, souligna le blond en zieutant les traits orgueilleux de Porco. La capture d'Eren n'a pas pu se faire à l'endroit indiqué.

- N'a pas pu se faire, tout court, oui ! rectifia l'autre.

- Pourtant ne deviez-vous pas vous retrouvez au Pic de Shiganshina en fin de journée ? Il était impossible que cela rate, non ? Peak et Marco vous y attendait il me semble.

- Oh ça, pour attendre, on a attendu ! brailla ce dernier. Trois heures, sous la flotte, cagoulés comme des cambrioleurs : de vulgaires pions dans ce plan ! Peak est malade comme un chien, alitée, tu peux être fier !

- Enfin Porco, raisonna Zeke. Reiner ne fait pas la pluie et le beau temps…

- Peu importe, show must go on qu'ils disent tous ! Malgré ce désagrément il aurait dû remplir sa part du contrat, le pacte est rompu : je dois prendre sa place.

- Tu ne prendras rien du tout, le défendit Zeke. Cette idée de rapt était complètement invraisemblable de toute façon : nous ne l'avions pas préparée correctement. »

Reiner fit le choix scrupuleux de ne pas interrompre. Lorsque Porco se comportait de cette manière – comme un enfant – mieux valait ne rien dire et le laisser décharger tout ce qu'il avait sur le cœur. Mais même l'éternité n'aurait pas été suffisante pour que cette dédaigneuse personne recrache toutes les insanités qui croupissaient aux tréfonds de son organisme.

Il se leva et envoya une œillade à Zeke signifiant qu'il préférait continuer cette conversation dans un cadre un peu plus privé (sans Porco plus précisément). Le plus sage comprit sans trop se fatiguer la rétine et se dégagea de la pièce prétextant un appel urgent de sa part (chose à laquelle personne n'osait marquer son mécontentement ou même une once de contradiction).

- « Raconte-moi, donc.

- Et bien… Il faisait froid et très sombre entre ces montagnes. J'avais précautionneusement visité les couloirs rocheux par lesquels nous passerions après avoir infiltré la base de données des locaux. Mais il m'a fallut un instant pour que je perde la trace d'Eren. Il avait tout simplement disparu. Pfiouuut ! Évaporé.

- Curieux…

- Très. Juste après ça, j'ai alerté l'une des gradées, Hanji Zoe, qu'il n'était plus visible nulle part.

- T'a-t-elle écouté ?

- Mmmh mmh, opina-t-il. Cette femme est brillante, et elle prend en compte l'avis des jeunes recrues. Lorsqu'ils arriveront dans notre cité, ce n'est plus qu'une question de temps maintenant il faudra faire en sorte qu'elle soit tuée en premier. Elle a beaucoup d'influence et risque de découvrir le contenu de l'émetteur avant nous. »

Il se turent un moment, leur reflet se miroitant à travers l'eau croupie des bas quartiers d'Ektyos. Deux gamines jouaient à se bousculer près les flaques dues à l'humidité et finirent par éclabousser l'un des deux blonds. Les petites se précipitèrent derrière une bâtisse, de peur de se faire battre. Mais au lieu de leur infliger une quelconque sentence ou remontrance comme l'auraient probablement fait Porco ou d'autres avant lui, Reiner ri à gorge déployé époussetant sommairement le mélange de boue et d'eau qui glissait le long de son pantalon auparavant blanc. Toutes deux laissèrent dépasser leur tête respective de l'interstice croyant à un piège de la part du grand homme. Leurs nattes coulaient sur leurs épaules. « Deux jumelles » en conclut Reiner, ne parvenant à distinguer laquelle de laquelle tant leurs traits étaient familiers. Il les invita à venir près de lui et après quelques méfiances, elles approchèrent :

- « Excusez-nous m'sieur Braun, on voulait pas vous salir, s'exprima la première dans un accent digne du patois d'Ektyos.

- Ouais pardon m'sieur Braun, si on aurait su on aurait fait gaffe, expia la seconde avec un français quoiqu'approximatif.

- Ce n'est pas grave les filles, les rassura-t-il en leur ébouriffant les cheveux.

- Mais à l'avenir, jouez un peu plus loin, prévint le compère à lunettes. D'autres n'auraient pas fait preuve d'autant de gentillesse que le guerrier Braun.

- Oui m'sieur Jäger, dirent-elles de concert en s'éloignant main dans la main, plus méfiante l'une que l'autre. »

Reiner et Zeke les observèrent s'éloigner, faisant tanguer leurs nattes au rythme accéléré de leurs pas. Ils reprirent leur route, aussi pressés que les fillettes, vers les quartiers importants de la cité. Les deux hommes devaient le voir, c'était primordial bien qu'il soit probablement déjà bien au courant de la situation actuelle grâce aux rapports que lui faisait Reiner chaque fois qu'il rentrait au pays. Cependant, c'était un homme très pris, fatigué : meurtri par la vie, les années et le destin qui jouaient à la roulette russe avec son cœur.

Oh non,

Grisha n'était pas n'importe qui à Ektyos.


Le chemin du retour fut aussi froid et silencieux que la température ne l'était dans les montagnes après cette nuit de tempête. Levi ne parlait que lorsque c'était vraiment nécessaire afin de donner des indications, ne répondait pas aux questions que lui posait Eren, ne montrait absolument aucune sympathie à son égard.

Ne sachant pourquoi il était dans cet état-là et si c'était réellement sa faute, Eren avait essayé dans un acte de dernière chance, de briser cette couche de glace qui recouvrait en couches épaisses le cocon de Levi. Mais il avait fini par le laisser, craignant de ne manquer de respect envers la vie privée de son supérieur. Après tout, il n'y avait aucune raison apparente pour qu'il se confie à lui, et de toute manière le caporal n'avait pas l'air d'être le genre de personne à se révéler à beaucoup de monde.

Le route se fit sans embûches, grâce aux grandes précautions prises et aux détours pas possibles, ils talonnèrent enfin le sol des locaux avant que le soleil ne soit au zénith. Tout l'Escadron et les recrues furent enchantés de les voir rentrer ensemble, Eren sain et sauf. Ils étaient tous en briefing de sauvetage, prêts à partir à leur rescousse. Mikasa bondit de sa chaise lorsqu'elle les vit :

- « Eren ! Tu es vivant ! » Elle le serra dans ses bras avec une force telle, qu'elle lui coupa la respiration pendant un long moment avant qu'elle ne le relâche un peu. La grande brune ajouta : « J'étais si inquiète, tu n'as pas idée d'à quel point j'ai mal dormi cette nuit. Armin et moi sommes restés ensemble à établir un plan de secours au cas où celui de l'Escadron ne fonctionnerait pas. » Elle s'arrêta, et percuta. Son visage se transforma et devint bien trop similaire à celui de Levi présentement : « Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête pour t'être perdu : est-ce que tu es au courant de ton importance au sein de la mission ? Tu es un idiot Eren Jäger ! » Ainsi elle lui asséna une petite tape sur le sommet du crâne comme tout le monde s'adonnait à lui donner ces derniers temps. Il gémit de douleur, la frappe en question se trouvant être plutôt violente. Mikasa justifia son geste : « Oui, et bien ça t'apprendra !

- Eh, la nounou surprotectrice ! Tu le lâches trente seconde qu'on puisse le voir nous aussi ? se plaint Connie, blagueur. »

Ainsi chacun y alla de sa petite plaisanterie avant d'étreindre chaleureusement leur ami disparu pour une nuit comme s'ils ne l'avaient pas vu depuis des lustres. Levi resta en retrait pendant un instant, toisant de son regard de faucon la scène qui se déroulait devant lui avant de ne tailler la route vers son bureau. Hanji l'intercepta :

- « Bien joué Grincheux, j'étais sûre que tu en étais capable !

- J'ai seulement réparé mon erreur d'inattention, compléta-t-il, ni plus ni moins.

- Oui, c'est vrai, mais c'était notre erreur aussi après tout. Nous allons pouvoir continuer nos recherches sur l'avancement de la négociation tout en ayant les recrues qualifiées pour se déplacer avec l'équipement, ce n'est pas rien ! Et maintenant qu'Eren est de retour parmi nous, tout est rentré dans l'ordre. Erwin va être ravi et… Eh ! Où est-ce que tu vas ? le héla-t-elle en le voyant s'éloigner de plus en plus.

- Dans mon bureau, j'ai mon rapport sur cette nuit à faire.

- Cela peut attendre un peu non ? »

Là où il aurait signifié le manque de professionnalisme de sa coéquipière de toujours d'un haussement de sourcils, Levi les garda bien arqués et s'enferma à double-tour sans plus de cérémonie. Hanji eut un reflex de recul et resta pantoise tandis que les cris de joie des recrues résonnaient encore dans l'open-space.

Elle eu un doute. Levi avait peu de choses qui le mettait en colère…

Non en fait, c'était complètement l'inverse : beaucoup trop de facteurs environnementaux et sociaux pouvaient le mettre dans un courroux indéfinissable. Que ça soit les feux rouges qui durent trop longtemps, les piétons pas foutus de prendre le passage clouté, le soleil trop lumineux, les recrues et sa machine à laver bruyante… Hanji aurait pu continuer longtemps à énumérer dans sa tête cette liste non-exhaustive.

Mais il n'y avait que peu, très peu de choses qui plongeaient Levi dans une rage meurtrière, si bien qu'il en devenait calme – un grand paradoxe cet homme-là – et elles pouvaient se compter sur les doigts d'une main :

- Naile Dork

- La population bourgeoise de Shiganshina

Et pour finir, peut-être le plus évident d'entre tous :

- Eren Jäger

Hanji s'approcha de son protégé pour voir si lui aussi avait l'air dépité. Sans doute, s'étaient-ils parlés ? Est-ce qu'Eren avait retrouvé la mémoire ? Est-ce que Levi l'y avait aidé ou y avait-il eut une crise nocturne ? Tant de questions qui restaient sans réponses ! Et la scientifique dû se retenir de ne pas arracher le jeune garçon des mains de ses semblables, elle se contentait de le détailler de loin.

Non, il n'avait pas l'air différent de d'habitude… Toujours ce sourire étincelant qu'il dévoilait à la face de la Terre, mais toujours cette moue presque imperceptible de dégoût, de tristesse. Mais rien ne changeait. À part peut-être… ses yeux.

Le regard d'Eren avait la capacité leste de rudoyer quiconque le fixait trop longtemps. Ici, rien. Du vide : le vert-bleuté opalin terne et les cils tombants. La porte ouverte vers l'âme d'Eren était verrouillée, pour la toute première fois, il ne laissait plus transparaitre ses sentiments au travers de ses iris. À moins qu'il ne le fasse ?

Hanji s'attrapa le front dans un bruit mat :

« Et merde »


Seigneur il se passe tellement de choses !

Alors ? Qu'en avez-vous pensé ?

- Tout le passage où Eren et Levi discutent ?

C'était pas facile pour moi de tout retranscrire, les pensées de Levi sont si confuses, il change d'avis très rapidement surtout lorsqu'il est triste, enfin : vous me direz !

- La révélation du big boss du clan H !

Eh oui, Grisha est en vie. Je développerait toute cette histoire dans les chapitres qui arrivent !

- Le futur dans la relation d'Eren et Levi ?

Combien de temps vous leur donner encore avant qu'ils ne se rendent compte qu'ils s'aiment tous les deux ? Hahaha, j'ai envie de les secouer à un point vous n'imaginez même pas. Comment pensez vous qu'ils se remettront ensembles ?

Puis-je compter sur vos commentaires éclairés pour me faire part de vos ressentiments ? J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire quant à moi ! Mais je vous cherche réellement un avis sincère : s'il vous a plu, dites le moi s'il vous plait et dans le cas contraire dites-moi ce que je pourrais améliorer !

Merci encore à tous ! À la prochaine !