Bonjour bonsoir !
Je vous ai écrit un chapitre un peu plus court qu'à l'habitude aujourd'hui. Mais ce n'est clairement pas un chapitre comme les autres ;)
J'espère que vous n'en tiendrez pas rigueur et que vous saurez l'apprécier à sa juste valeur. Je ne me voyais juste pas le continuer le couper ou que ce soit.
La réponse au Guest et je vous laisse lire ce petit chapitre !
La bte : Ouah ! Merci encore d'être là, et merci mille fois pour tes gentils mots. Y a pas vraiment de façon pour moi de t'exprimer à quel point tes reviews me font plaisir (oui, c'est moi qui écrit et pourtant je suis incapable de te répondre correctement haha). Mais en tout cas sache que tu es une lectrice qui est très importante pour moi. J'espère de tout mon coeur que tu apprécieras ce chapitre. J'attends avec impatience ton retour. De gros gros bisous !
Bonne lecture à vous tous :)
Ce boulot allait vraiment finir par le tuer.
Levi avait passé sa soirée à farfouiller les archives, lire, et retaper de vieux et interminables dossiers sur les sorties dans l'enceinte des quartiers bourgeois pour avoir le plus d'informations possible. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y avait matière pour travailler.
Il était le caporal et voilà qu'il jouait les secrétaires.
Mais Levi ne trouvait guère le temps de se plaindre puisqu'il avait tenu lui même à endosser toutes les responsabilités de sa mission. S'il ne pouvait pas lutter contre la non-insertion d'Eren dans ces murs, alors il devait tout connaître sur le bout des doigts afin de lui assurer une sécurité maximale.
Erd se tuait à lui répéter qu'il n'avait pas à faire cela, et que d'autres recrues ou subordonnés pouvaient s'en occuper. Qu'il devait profiter des quelques secondes de répit dont il disposait et qui étaient si rares. Mais Levi ne l'entendait clairement pas de cette oreille.
Selon lui, c'était normal. C'était son rôle.
Et il ne voulait, sous aucun prétexte, qu'Eren encoure le moindre danger. Alors il travaillait d'arrache pied tentant de faire fi de ses tremblements lorsqu'il se mettait à trop songer à une possible bataille. Eren n'était pas prêt. Il ne le serait jamais. Et il fallait à tout prix l'éviter.
Il releva la tête : presque 4 heures du matin. Décidemment, il ne voyait pas le temps passer lorsqu'il était ainsi plongé dans ses obligations. Enfin… peu lui importait. Qu'il soit ici ou ailleurs… il n'y avait pas de « ailleurs » pour ainsi dire, alors bon. Ces pensées divagantes en valaient-elles vraiment la peine ?
Malgré tout, il avait comme la gorge nouée alors qu'il tapait ses dossiers. Il se sentait anxieux, presque fiévreux. Lui qui n'était jamais malade, lui qui ne ressentait rien que son constant état de fatigue qui taisait ses chimères criantes.
Pendant une seconde, il eut un frisson.
Son instinct primaire voir animal, celui auquel il faisait toujours confiance lors des missions, s'était brusquement réveillé, sur ses gardes. Il présentait quelque chose de mauvais. Ça n'était qu'un pressentiment, mais il pouvait le flairer. C'était une sensation qu'il était incapable d'expliquer et qui allait bien au-delà de l'explicable.
On avait besoin de lui quelque part.
On réclamait son aide.
Cette soirée durait une éternité.
Hanji et Eren n'avaient pas bougé d'un pouce du canapé et englouti l'équivalent d'une barrique de crème glacée. Enfin… Hanji, avait englouti l'équivalent d'une barrique de crème glacée si compté qu'Eren n'avait eu le droit qu'à une cuillère ou deux. Ce n'était pas vraiment dans les principes de la jeune femme que de partager sa nourriture (gène ayant bénéficié d'une certaine hérédité jusqu'à la génération de la jeune Sasha, sa nièce).
Trop fatigués pour se changer, ou pour prendre ne serait-ce qu'une douche ils avaient larvé jusqu'à ce que le sommeil les rattrape. Se déplaçant seulement lorsque les besoins vitaux se faisaient ressentir.
Comme d'habitude Hanji avait facilement trouvé le réconfort de Morphée et à minuit seulement, elle ronflait comme un tavernier qui aurait un peu trop abusé de ses propres décoctions. Et évidemment, Eren était victime de son anxiété. Il ne voulait, ni ne pouvait dormir. Et s'il tentait de fermer les yeux dans cet espoir vain : l'image noire et dénuée de lumière de la mort lui tapotait le coin de l'épaule et le réveillait aussitôt.
Vide dans son âme et dans son cœur, il ne parvenait pas à trouver la paix intérieure.
Son regard se perdait infiniment entre les pixels de la télévision qu'il ne regardait même plus et il tentait de convaincre son cerveau d'oublier sa colocataire bruyante. Dans un énième moment d'égarement, le gargouillis de son estomac lui rappela qu'il n'avait pas mangé décemment et que la faim commençait à se faire ressentir. Il s'approcha donc (en se tractant comme il pouvait avec les forces qui lui restaient) du plan de travail de la cuisine et entreprit de se faire un sandwich.
Ce qui ne manqua pas de le distraire était la faculté incroyable qu'avait Hanji à s'endormir dans n'importe quelle position et n'importe quel endroit. Présentement, la brave femme s'était endormie une jambe s'appuyant sur l'accoudoir et le reste de son corps tombant mollement le long des couvertures éparpillées sur le sol. Mais il était déjà arrivé à Eren de la retrouver en plein songe entrain de cuisiner (la tête appuyée sur la hotte et le corps tendu sur les tiroirs) ou encore sur le tapis de l'entrée après une lourde journée harassante.
Et rien ne pouvait faire trembler sa quiétude. Pas même un verre d'eau froide lancé dans la figure (parole d'expérience d'Eren, qui avait tenté le tout pour le tout alors qu'elle allait finir par être en retard un matin pas si lointain).
C'est pourquoi le son, presque au maximum, de la télévision retentissant dans tout l'appartement ne semblait pas la déranger plus que cela. La bave aux lèvres, collante par toutes ces glaces qu'elle avait ingérée Hanji semblait apprécier son rêve et le repos dont elle pouvait bénéficier.
Tartinant son sandwich de moutarde, Eren jeta un coup d'œil à l'horloge murale : il était 5h23. Eren aurait apprécié voir derrière la croisée, l'aurore laisser entrapercevoir les rayons du soleil dans un ciel opalin et clairsemé de nuages. Il adorait le petit matin parce qu'une minorité ne pouvait en profiter et qu'il se sentait spécial.
Mais il n'y avait que les étoiles dans un ciel encre de sèche. C'était tout de même une vision étourdissante. Tout autant étourdissant qu'Eren venait de faire une nuit blanche et qu'il tenait à peine sur ses jambes.
La soirée avait été lente et douloureuse. Son cerveau n'avait cessé d'alterner entre ses pensées dévorantes pour Levi et la peur lancinante de devoir bientôt supporter le poids de toute la responsabilité sur ses épaules. Et son cœur, au fil du mois, se faisait de plus en plus lourd, pesant. Comme un il-ne-savait-quoi qui faisait contrebalancer la légèreté d'une plume avec une enclume en plomb. Il se massa le crâne en passant sa main dans ses cheveux et mordit vigoureusement dans son diner tardif.
Perdu dans ses pensées – comme d'habitude – Eren ne remarqua pas le programme qui avait changé. Et il devait dire qu'il s'en moquait, ce n'était plus qu'un bruit de fond au même titre que le ronflement toujours plus tonitruant d'Hanji.
Seulement soudainement…
Quelque chose fit sursauter son cœur.
Eren faillit en lâcher son sandwich.
Putain de merde. Qu'est-ce que c'était que ça ?
Il n'avait pas bien entendu. Mais son subconscient avait clairement senti qu'il venait de manquer un événement primordial. Il lui semblait avoir perçu un son qui lui rappelait quelqu'un. Son cerveau lui envoyait des signaux témoignant l'importance de ce qui devait prendre place près lui.
Paniquée de pouvoir rater un souvenir manquant, il chercha des yeux ce qui avait bien pu émettre un son évocateur du passé. Mais seul l'appareil devant lui lui répondit : une émission ringarde que les producteurs lançaient à la fin de la nuit tant l'audience était misérable.
Non, il ne devait pas se laisser déconcentrer !
Le son en question devait forcément provenir de la rue. La veille, et lorsqu'il avait discuté avec Ymir, l'évocation de Christa lui avait fait remonter ce moment bref au café où ils avaient partagé les galères d'étudiants en manque d'argent avec ces deux jeunes femmes. Il se concentra du mieux qu'il pouvait sur ce qui se passait dans les alentours pour pouvoir capter ce minuscule pépiement qu'il avait manqué.
Pourquoi fallait-il qu'il soit toujours aussi distrait ?
Aux aguets, Eren se pencha à travers la fenêtre et tenta de capter le moindre hululement, ou discussion passante de jeunes rentrant de soirée.
… mais rien ne vint.
La ville était plus silencieuse que jamais, et même les oiseaux nocturnes avaient décidé de se faire muets. Les immeubles éteints lui rappelaient encore une fois la solitude dans laquelle il se trouvait. Personne à qui parler : toute la population dormait.
Eren se sentait incroyablement penaud. Il ne voulait pas abandonner dans sa quête au souvenir et pourtant, il s'affala près d'Hanji, s'avouant vaincu auprès du seul adversaire contre qui il ne pouvait rien : lui-même. Eren devait se faire une raison, il était tard et son esprit embrumé lui jouait de vilains tours, rien de plus. Alors il zieuta l'écran, encore une fois. Bien décidé à rattraper l'histoire de cette jeune femme un peu nunuche dans cette émission délaissée du public.
- « Non Brandon, faisait-elle, dans un jeu d'acteur aussi mauvais qu'était sa perruque mal fixée, ce n'est pas possible. Je ne pourrais jamais te le pardonner !
- Mais enfin, écoute-moi ! lui rétorquait le malabar qui lui faisait face. Je t'ai dit que ce n'était qu'une erreur ! Tu es la seule qui compte réellement !
- Ne te moques pas de moi, je ne veux pas avoir à entendre encore un seul de tes mensonges ! brailla-t-elle en pleurant dans ses mains.
- Lisa, je t'en prie ! »
Plus aucun son ne lui parvint.
Eren avait tout simplement arrêté de respirer.
Lisa.
Il se releva, dans un automatisme, comme pris d'une vision instantanée.
Lisa. Lisa. Lisa.
Ce prénom faisait écho dans tout son organisme. Il ne se rendait même pas compte que ses mains tremblaient lorsqu'il essaya de se relever. Ses jambes ne supportèrent pas son poids et Eren s'affaissa sur les couvertures disposées çà et là.
Lisa. Lisa. Lisa. Lisa. Lisa
…Comment avait-il pu oublier…
?
- « Caporal ? Vous sortez ?
- Ça ne se voit pas ? »
Sa tête lui brûlait et son cœur palpitait à un rythme beaucoup trop fort.
- « Puis-je demander avec qui ?
- Ça te regarde ? »
Eren se trouvait être dans une sorte de transe. Ses yeux s'arrondissaient au fur et à mesure que les souvenirs défilaient dans un ordre aléatoire devant ses yeux. Toutes ses émotions se disloquaient.
- « Est-ce que t'es complétement inconscient ?! Qu'est-ce que tu fous dehors à une heure pareille ? vociférait Levi. Tu devrais être à l'hôpital. Je jure que je vais finir par te buter… »
Le diaphragme de l'adolescent se soulevait à un rythme effréné. Il ne voyait plus rien. Seulement Levi. Seulement Lisa.
Levi ferma la porte avant d'attraper la main de Lisa. Elle rougit suite à ce contact et lui déposa un tendre baiser sur la joue puis sur la bouche.
Eren suffoquait. Il était presque entrain de revivre une crise. Il fallait qu'il respire. Il rampa jusqu'à la porte d'entrée en quête d'un courant d'air, d'une bourrasque.
Eren était prisonnier entre la porte et Levi. Lorsque celui-ci descendit sa main droite sur son flanc, relevant de ce fait le pan de son tee-shirt, un frisson des plus intenses parcourut le corps d'Eren. Il se sentit indescriptiblement faiblir, le simple passage de la main puissante de Levi contre sa peau à nue lui avait fait perdre la tête. C'est comme si sa peau était en feu.
Il avait finalement réussi à se relever. Chaque souvenir remontant lui faisant revivre la scène comme si elle avait lieu sur l'instant. Il fallait qu'il le voit. Il fallait qu'il le voit tout de suite.
Levi se tenait devant lui, sur sa moto, l'air énervé mais foutrement inquiet.
- « Petit con. Grimpe, que je te ramène à l'appart. »
Il avait besoin de le voir. C'était une nécessité. Eren avait clairement l'impression que sa vie en dépendait. Comment avait-il pu oublier ? Comment était-ce possible !?
Avant de pénétrer dans l'édifice, Levi embrassa une dernière fois Eren et lui chuchota :
- « Pour la journée. »
Eren courrait comme un idiot, seul dans la ville. Il ne savait pas vers où, se fiait entièrement à son instinct. Il était perdu dans ce qu'il voyait et pouvait ressentir. Il empruntait des ruelles, des chemins, sans même qu'il ne le commandite à ses jambes. Il était en pilote-automatique. Il ne voyait plus que Levi à présent.
- « Il a crié mon prénom pendant sa crise, tu as besoin d'une autre preuve pour comprendre qu'il a besoin de moi ? argumentait Levi.
- Est-ce que ce n'est pas toi plutôt qui as besoin de lui ?
- Je t'emmerde Hanji, gronda-t-il, agacé par la vibration de sa corde sensible. Quel est le rapport avec moi, ici ?
- Levi, expliqua-t-elle, tu ne le supporteras pas et lui non plus d'ailleurs. Peut-être encore moins que toi. Il est fragile, candide… jeune ! Il a à peine la vingtaine Levi, rends-toi compte !
- Le gamin a tout oublié notre relation, il ne me connaît plus comme Levi mais comme son supérieur uniquement. »
Il se souvenait… Il se souvenait maintenant !
Eren pantelait : respirer devenait un défi de tous les instants. Il sentait sa voix remplacer en une sorte de râle souffreteux qui ne parvenait pas à sortir. Tout tournait en boucle dans sa tête, entre les flash-backs intempestifs et la voix de Levi résonnant jusqu'aux creux de son âme. Il avait besoin de lui, de le voir, de le sentir contre son cœur. Il avait besoin de Levi maintenant et tout de suite.
Il se retrouva au pied de l'immeuble. Levant simplement la tête, Eren reconnu le balcon de son appartement sur lequel ils avaient profité des soirs éclairés de l'été. Simples soirées bien vite oubliées. Sans son consentement et en puisant dans les réserves mentales les plus profondes, Eren tapa le digicode et rentra par la grande porte principale.
Levi le transperçait de part en part de ses deux iris argentées, le regard paradoxalement éteint et à la fois allumé par une lueur étrange :
- « Tu penses vraiment que c'est quelque chose d'aisé pour le caporal de s'avouer que ses pensées sont les trois quarts du temps occupées par un petit morveux qui est arrivé dans sa vie i peine un mois ? D'admettre que je suis faible face à toi et que je perds toutes mes convictions ? De songer un seul instant à te laisser risquer ta peau dehors sans que je puisse surveiller tes moindres faits et gestes, de peur que tu ne te fasses enlever ? »
Une larme coula. Puis une autre. Et encore une, jusqu'à ce qu'il ne parvienne plus à les compter. Eren avait oublié. Est-ce que Levi aussi avait oublié ? Faisait-il semblant depuis tous ces mois ?
Comment était-ce possible ? Pourquoi ? Tant de questions qui devaient demeurer sans réponse jusqu'alors. Son cœur lui faisait mal tellement il avait envie de l'avoir près de lui. Il ne songea même pas à prendre l'ascenseur et emprunta l'escalier en montant les marches quatre à quatre.
Il avait réussi à tomber trois fois amoureux de lui. Chaque fois que sa mémoire était effacée, il trouvait toujours le moyen de l'aimer à nouveau. Eren était lié à Levi d'une manière qu'il ne pouvait détruire. Et le cycle était infini. Qu'il ne lui rende pas son amour, qu'ils se disputent, qu'ils ne puissent pas se voir : peu importait. Eren finissait toujours par revenir à son attachement primaire, comme incapable de l'oublier définitivement.
C'était absolument terrifiant.
Eren l'avait aimé toute sa vie, alors que Levi ne croyait le connaître – si tenté qu'il lui retourne ses sentiments – que depuis six mois.
Les gouttes qui ruisselaient - rattrapant plusieurs mois de tristesse dissimulée - ne tarissaient pas et dévalaient la pente raide qu'étaient ses joues. Il tentait de les essuyer pour y voir un peu plus clair mais rien n'y faisait. Il ne percevait que les vagues silhouettes du mobilier des halls recouvertes d'un voile aquifère.
Il redoutait qu'il ne l'aime plus. Qu'il ne l'aime pas. Que ses sentiments ne soient pas retournés. Puis instantanément, il s'en moqua. S'il ne l'aimait pas, il le ferait l'apprécier. Eren était prêt à tout.
Le pauvre homme manqua de chuter plus d'une vingtaine de fois, ratant les marches ou trébuchant sur le paillasson des voisins avant de finalement se retrouver devant la porte de celui qu'il aimait.
Sa respiration faisait un bruit de buffle venant de courser sa proie et pourtant Eren n'entendait rien. Il ne réfléchissait plus pour une fois : il agissait. Son instinct s'était tut trop longtemps et il fallait qu'il s'exprime.
Il attrapa la poignée. Prêt à enfoncer la porte si c'était nécessaire.
Mais il n'en eut pas besoin.
La porte venait de s'ouvrir en grand et Levi se tenait devant lui.
Eren ne voyait rien, les larmes obstruaient son champ de vision.
Pendant une seconde qui sembla durer une éternité, rien ne se passa. On entendait les deux respirations se chevaucher, en quinconce l'une bien plus erratique que l'autre.
Privé de ses facultés visuelles, Eren se reposait sur tous ses autres sens. Il allait prendre la parole, il fallait, il devait. C'était le seul et unique moyen. Mais il se rendit compte qu'il tremblait, et qu'il n'arrivait pas à bouger : il était tout bonnement tétanisé par la peur. Sa bouche demeurait close.
Et alors que le jeune homme luttait corps et âme pour prononcer ne serait-ce qu'une syllabe, emplit d'un démon qu'il ne contrôlait pas Levi murmura :
- « Eren. »
Sa voix tremblait, à lui aussi.
Il n'en fallut pas plus à Eren pour lui fondre dans les bras.
Ils tombèrent tous deux à la renverse, amortissant gauchement leur chute. Eren le serra de toutes ses forces contre son cœur. Il l'aimait si fort, il voulait juste le lui faire comprendre.
Un son rauque s'échappa de ses lèvres. Il se savait incapable de prononcer un seul mot. Il n'en avait pas la capacité physique. Sa peau était brûlante, Eren se sentait bouillir de l'intérieur. Un trop grand flot d'amour lui cautérisant les veines. Il fallait que tout ce qu'il retenait sorte !
Il pouvait distinguer son cœur vibrer jusqu'à ses tympans. Et chaque seconde qui courrait était un coup de marteau dans ses propres sentiments.
Pourquoi donc ?
Levi ne lui retournait pas son étreinte.
Il restait de marbre, paralysé.
Mais cette angoisse du rejet s'était envolée aussi rapidement qu'Eren l'avait près de lui. En temps normal, il se serait dégagé, pour ne plus empiéter sur son espace vital. Mais il n'y parvenait pas.
Ils étaient là - en plein milieu du salon - la porte d'entrée encore grande ouverte et pas un bruit aux alentours. Eren convulsait presque. Il se souleva finalement, les mains appuyées sur le torse de l'être qu'il adulait pour lui faire face.
Il avait beau ne pas pouvoir le voir correctement – ces foutues larmes distordant la réalité - il trouva la force. Ses lèvres s'entrouvrirent dans un secret à peine perceptible :
- « Je ne t'ai jamais oublié. Je- »
Sa voix se brisa en vol :
- « Je t'aime, sanglotait-il en riant. Je t'aime tellement, c'en est douloureux… ça me fait mal ! Mes os, mes muscles : je sens que tout est entrain de brûler. J'ai l'impression de mourir un peu plus chaque seconde qui s'écoule. » Il marqua un long silence : « Tout à l'heure, lorsque je courrais… je pensais tellement à toi, que je crois que j'ai bien failli me prendre une ou deux voitures en route. »
Il s'arrêta, hilare. Il riait, tout simplement. Sa nervosité lui éclatait au visage :
- « Je suis… Je suis tellement désolé Levi. » Son hilarité se mua soudainement en de vraies larmes, et pas une trace du sourire de l'instant précédant ne demeurait. Il gémit : « Oh, Levi… pardonne-moi pour tout le mal que je nous ai causé. Pardonne-moi de n'être qu'un gamin stupide idiot braillard pleurnichard insu- »
Levi, qui jusqu'à là n'avait pas esquissé le moindre mouvement, laissa lentement glisser ses doigts le long de la mâchoire d'Eren. Aux antipodes de son cadet, sa peau était froide, douce, presque fragile. Il finit par arriver jusqu'à son menton et lui releva doucement la tête. Il ne savait pas d'où il tenait ce calme olympique. Il attendait ce moment depuis si longtemps.
Eren avait baissé le regard depuis des lustres que sa tirade ne s'était achevée. Ses longs cils, d'où tombaient de lourdes gouttes, papillonnaient sans gêne.
Levi devait voir ses yeux. Il exigeait de voir si le regard d'Eren était redevenu le même.
Sous lui, Levi ancra son regard métallique dans le sien.
Aucun mot. Aucune phrase ne pouvait décrire ce qu'Eren représentait pour lui, là, maintenant. Ses yeux : parés de toute la verdure et les éclats du monde le transperçait avec une lueur candide et emprise d'affection. Le cœur de Levi se serra.
Il était redevenu Eren.
- « Oh… Eren, laissa-t-il échapper malgré lui. »
Il plaça ses deux mains sur sa nuque, le rapprochant un peu plus. Eren, quant à lui, s'accrochait à ses épaules comme si sa vie en dépendait. Il avait cette impression étrange de se rapprocher dangereusement d'un précipice toute son âme était au bord de la falaise. Levi le poussait un peu plus chaque instant.
Et finalement : le grand plongeon.
Levi sourit, les yeux brillants :
- « Si tu savais comme tu m'as fais attendre. »
Sur ces mots, il déposa sur ses lèvres un baiser sincère et profond.
La Terre s'était arrêtée de tourner.
C'était comme s'ils s'embrassaient pour la première fois. Eren rejoignit ses mains en fermant les yeux pour éteindre un peu davantage son compagnon retrouvé. L'adolescent était déboussolé, et n'arrivait pas – encore et toujours – à formuler des pensées rationnelles.
Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime à l'infini.
Ces mots roulaient, fondaient, se répétaient, encore et encore sans jamais s'arrêter. Mais Eren ne s'en lassait pas. Il mettait enfin une action sur ses émotions. Un visage sur son amour. Et remplissait le trou de son cœur par le souffle chaud et délicatement aromatisé de Levi. Voilà ce qui lui manquait tant un peu plus tôt, voilà pourquoi il se sentait si vide et si seul : Levi n'était pas là, près de lui.
Toute son odeur s'était imprimée à tout jamais dans son âme, indélébilement. Eren reniflait chaque parcelle de peau, chaque particule présente dans l'appartement. Il avait peur que cet instant ne s'envole à partir du moment où il ouvrirait les yeux. Il voulait sentir Levi contre lui à tout jamais.
Il voulait pour toujours l'embrasser comme il le faisait. Ce baiser était juste ce qu'il lui fallait. Si paradoxalement chaste et fougueux à la fois.
Eren n'osait faire le moindre geste, et émettre le moindre son. Levi dominait tout à fait ce contact amoureux qui n'en finissait pas. Finalement, ils se séparèrent et Levi posa son front contre l'épaule offerte du plus jeune. Ils s'enlaçaient, et c'est tout. Si fort qu'ils auraient probablement briser les côtes de l'autre, mais ce problème était si mineur comparé à tout l'amour dont débordait l'un pour le second.
- « Pardon pour tout, chuchota Levi, en brisant le silence. »
Eren se recula. Il n'en revenait pas de percevoir de telles paroles de la part du brigadier, qu'il en relâcha un peu sa prise. Mais Levi ne lui octroya guère ce luxe, le rattrapant dans son étreinte. Il lui en avait dû falloir, du courage, pour dire ces trois petits mots, Eren s'en rendait bien compte.
Les souvenirs des six derniers mois encore tout frais ; Eren ressentait toujours cette émotion étrange entre la colère, la tristesse, l'excitation, la joie intense et une myriade d'autres sentiments mélangés. Mais, le manque avait surpassé tout le reste et il en avait oublié pourquoi, au départ, ils s'étaient séparés. Il y avait pléthores d'informations sur lesquelles argumenter, mais sur l'instant, Eren ne ressentait vraiment pas le besoin d'en discuter. Tout du moins, pas tout de suite. Il ne voulait pas ruiner le moment.
Alors, comme pour le pardonner, le plus jeune lui déposa un doux baiser sur la joue en prouvant tout l'amour qu'il portait dans son cœur.
Levi brûlait d'envie de redécouvrir cette personne qui l'avait délaissé une éternité auparavant. Sans lui demander son avis, il le souleva et le porta sur le canapé d'angle du salon. Eren ne luttait pas non plus : il se laissa bien volontiers embarquer par ces bras puissants dont il avait tant retracé les contours de son regard.
Levi le surplombait tout à fait. Il ne savait plus quoi faire. Encerclé par ses membres, Eren était prisonnier (bien qu'il n'avait pas vraiment l'air de vouloir s'enfuir). Au fond de ses yeux, Levi pouvait redécouvrir la raison pour laquelle il s'était tant attaché à cet adolescent. Et un sentiment beaucoup trop puissant se mit à le recouvrir, comme une aura. Une sorte de chaleur cotonneuse.
Il ne tint plus et l'embrassa à nouveau, de façon beaucoup plus urgente, et bien moins douce que le précédent baiser. Il se sentait si seul, il avait si froid. Et voilà que sa chaleur était revenue.
Levi l'observait en même temps qu'il l'embrassait. Impossible pour lui de fermer les yeux et de manquer ne serait qu'une seule mimique d'Eren. Il voulait graver toutes ces images dans sa tête pour ne jamais avoir à être seul à nouveau.
- « Le… Levi… murmurait Eren alors qu'il peinait à reprendre son souffle. »
Son prénom ne lui avait jamais semblé aussi sensuel que lorsqu'il était prononcé par Eren. Et alors qu'ils cartographiaient une fois encore, après plusieurs mois d'absence, la bouche de l'autre, leurs mains ne se reposaient point loin de là.
Eren ne parvenait pas à prendre les initiatives, trop gêné de faire le premier pas. Il se contentait d'endurer les assauts affectifs qui lui faisaient tourner l'esprit aussi sûrement que s'il était balloté par une féroce houle. Levi était le maitre du jeu, et il avait toutes les cartes en mains pour gagner.
Il glissa ses doigts sous le haut d'Eren pour caresser cette peau hâlée, ce grain dont il avait secrètement rêvé lors de ses courtes nuits. Tous ses muscles se raidirent au contact froid de sa paume. Levi laissa glisser ses ongles tout le long de la ceinture abdominale de son cadet. Il lui sembla qu'Eren était encore plus beau et encore plus svelte qu'au début. Ces entrainements estivaux avaient payé et le résultat était plus que concluant.
Cependant, une ombre commença doucement à se dessiner sur le tableau et à laquelle Levi ne parvenait pas à prêter une attention suffisante. Eren tremblait. Il y avait du désir, c'était certain, mais pas que : Eren avait peur.
Il avait peur qu'ils aillent trop loin le soir même de leur réconciliation.
Bien sûr, Eren était follement amoureux de Levi, mais il ne se sentait définitivement pas prêt pour aller au-delà de ce qu'ils faisaient déjà. Et le caporal n'avait pas l'air de vouloir arrêter quoique ce soit.
Eren ne voulait pas le mettre en colère, il ne pouvait pas le décevoir. Il était tiraillé, et tentait de formuler une phrase correcte entre tous les baisers qu'ils échangeaient :
- « Levi… » Il l'embrassa. « Levi, s'il te… » Il l'embrassa encore. « Le-Levi, écoute-moi, je… » Il l'embrassa une fois de plus. « Levi ! »
Ce coup-ci, Eren parvint à le repousser. Il tenta de le regarder dans les yeux mais toute la luxure qui émanait de ces derniers rendait son discours mensonger. Alors il se résigna à fixer un point sur le sol, près d'eux :
- « Levi… Je suis désolé. Je ne peux pas… »
Ce dernier se pencha pour déposer une flopée de baisers papillons le long de sa jugulaire :
- « Tu ne peux pas quoi ? susurra-t-il. »
Il continua ainsi jusqu'à arriver à ses clavicules avant d'en mordiller l'une, lapant le grain et apposant une très légère marque, à peine visible.
- « Je… gnh… gémit-il. Je voudrais qu'on, qu'on prenne notre temps. »
Levi se redressa. Il sentait que le ton qu'arborait Erne était maladroit, un peu distant. Comme une légère amertume. Ils allaient finalement avoir la conversation. La gorge du brigadier se comprima.
- « Je ne voudrais pas avoir à regretter tout ce qui est entrain de se passer, chuchota Eren, presque désolé d'avoir à prononcer de telles paroles. Je voudrais profiter de chaque instant et ne pas accélérer trop les choses. Que ce moment reste spécial.
- Tu as raison. »
Levi changea de position et se posta juste à côté de lui, les positionnant d'égal à égal.
- « Je suis désolé… chuchota Eren.
- J'en ai assez qu'on soit désolés. » Il l'embrassa, sur la joue cette fois-ci, attrapant une de ses larmes au vol. Il s'expliqua : « On a plus le temps d'être désolés. Et tu n'as pas à te faire pardonner de quoi que ce soit. »
Le caporal inspira un grand coup :
- « Et, à propos de Lisa… Je lui ai parlé.
- Quoi ? s'étonna Eren.
- Quand nous étions séparés, et que tu ne te souvenais plus de moi, je devais lui dire. » Il cherchait ses mots : « …lui dire que, tout était fini mais que je regrettais d'avoir agi de cette manière. » Eren le scrutait dans le blanc des yeux, suspendu à la moindre de ses paroles. Il traduisait dans son froncement de sourcils un limpide et clair : « pour sûr que tu as été un connard » mais qui ne voulait pas sortir réellement. Levi reprit : « Je ne veux plus avoir à penser comme ça. »
Eren ne savait pas vraiment s'il devait le croire. Mais qu'il soit honnête avec lui-même, il était tout bonnement incapable de lui en vouloir encore. Il l'aimait beaucoup trop.
- « Pourquoi tu n'es pas venu me chercher pendant tous ces mois ? Pourquoi est-ce que tu m'as laissé dans le flou, seul ? Pourquoi vous refusiez tous de me dire quoi que ce soit ?
- J'était sûr que tu allais me poser ces questions, ri-t-il. Tout simplement parce qu'Hanji nous l'avait formellement interdit. Et quand bien même, je n'y serais pas arrivé.
- Mais cette nuit là, dans la grotte, tu aurais pu !
- Non, rétorqua-t-il soudainement. Certainement pas. Tu ne savais rien. Tu ne m'aurais pas cru. Et j'avais bien plus à perdre qu'à gagner.
- J'aurais pu avoir un flash ! Il suffisait que tu me le fasses comprendre clairement !
- Oh, Eren… Si tu crois que je n'ai pas déjà eu cette conversation dans ma tête un millier de fois… Tu aurais pu avoir une crise. Comment pouvais-je te l'annoncer ? »
Il dorlota tendrement sa joue, pour le calmer, lui faire passer un message qui ne parvenait pas à sortir convenablement en palabres. À la manière d'un chat qui viendrait se blottir sous la patte rassurante d'une caresse, Eren vint épouser parfaitement la courbe de la main qui le choyait si bien. Il se sentait en sécurité ici. Levi reprit finalement :
- « Qu'est-ce que j'aurais pu faire dans ce cas-là ? On ne voulait pas risquer de te perdre.
- « On » ? Qui, « on » ? demanda Eren, partagé entre la candeur et l'audace.
- Ne joue pas à ça… Tu sais très bien ce que je veux dire gamin… fit Levi en lui poussant l'épaule. »
Volontairement, ils se turent un instant. Observant la ville s'éveiller. Les étoiles disparaissant enfin pour laisser place à un ciel rose piqueté d'orange : spectacle silencieusement spectaculaire.
Levi se racla la gorge :
- « J'ai fait des choses que je déplore. Vraiment. Et même si je ne peux pas effacer le passé… » Il humecta les parois de son œsophage bien trop sèches en avalant sa salive : « Peut-être je pourrais un peu mieux préserver mon avenir… » Un ange passa : « Et… Je pense qu'avec toi… ici, près de moi, tu pourrais parvenir à… canaliser tout ça. »
Levi, le brigadier, le meilleur soldat que l'Humanité ait connu, deuxième plus haut gradé de la cité, était très certainement l'homme qui savait le moins bien manier les mots. Mais d'une certaine manière, Eren arrivait à l'interpréter (à sa propre manière, certes, mais il en saisissait certaines nuances). Et ce qu'il venait de dire, était sans aucun doute le plus beau compliment qu'il ait pu donner : « Je regrette le tort que je t'ai causé. Grâce à toi et pour toi, je te promets d'essayer de changer ».
Eren l'embrassa, aussi doucement et sûrement qu'une plume se posant sur l'eau. Il se faisait violence pour ne pas jeter un coup d'œil sur le reste de son anatomie, de peur de ne plus être tout à fait en accord le contenu de ses propos précédents. Il posa sa tête sur son épaule.
Ils ne disaient plus rien. Se savoir l'un près de l'autre était déjà amplement suffisant. Levi massait le scalp du plus jeune, profitant de la douceur de ses cheveux et de la rondeur rassurante de son crâne.
Eren était là, près de lui.
Cela sonnait presque comme un rêve.
Un rêve que Levi n'admettait pas être devenu réalité.
Une question se posa sur ses lèvres et il ne pu s'empêcher de rompre ce silence quasi sacré :
- « Est-ce qu'avec ce soudain regain de mémoire, tu t'es rappelé du reste ?
- Tu veux dire, est-ce que les souvenirs de l'émetteur se sont délivrés ? » Levi acquiesça. Il poursuivit donc : « Non. Seuls mes propres souvenirs me sont revenus.
- Lesquels ?
- Rien de bien neuf, précisa-t-il. Une part de mon enfance avec Mikasa et Armin, mais qui ne ferait pas réellement avancer notre histoire évidemment, les derniers mois dans leurs intégralités, avec mon travail au café, mes crises, leurs contenus… et notre histoire. » Il rougit joliment en se tournant un peu de côté pour ne pas que Levi profite de ce moment pour se moquer de lui. Il toussa : « Mais aucun souvenir de ma famille pendant mon enfance. Ni même de ce que je faisais avant que vous ne me retrouviez sous les décombres. Rien.
- Voilà qui est clair au moins. »
Levi sortit son téléphone de sa poche et tapa à la vitesse de l'éclair un message qu'Eren ne parvenait pas à voir d'où il était installé. Profitant toujours de la friction chaleureuse de la paume de Levi contre son crâne, il demanda les yeux à demi clos :
- « Qu'est-ce que tu fais ?
- J'envoie un SMS à Hanji pour qu'elle ne s'affole pas. Lui dire que tu es avec moi, que tu dors ici et non pas perdu on-ne-saurait-où à te faire torturer par le clan H. »
Eren avait piqué un fard sans avoir écouté la fin de la phrase :
- « Que je dors ici ?
- Oui ? Tu ne crois quand même pas que je vais te ramener là-bas : tu es épuisé. Tu vas dormir un peu et on ira chez Hanji juste après.
- Mais, je ne suis pas du tout épuisé ! » Levi lui lançait un de ses fameux regards condescendants et blasés qui montrait qu'il ne croyait goutte à ce qu'on venait de lui avancer (bien que la phrase ait été dite avec toute la conviction du monde). Eren pesta : « Quoi ? Tu ne me crois pas ?
- Eren, regarde-toi. Tu es assis et pourtant tes jambes tremblent encore de ta course de tout à l'heure ». Il posa deux doigts stratégiquement placés contre sa carotide et diagnostiqua affectueusement : « Ton rythme cardiaque est bien trop élevé pour quelqu'un qui est au repos. Et je pense que ton émetteur est survolté, il ne devait pas être fait pour encaisser ça. Il faut que tu te ménages le moins possible.
- Je ne suis en sucre ! s'exclama Eren. »
Eren se hissa pour prouver ses dires. Toutefois Levi l'avait prévu, commençant sérieusement à avoir cerné à qui il avait affaire, et l'empêcha de se ramasser contre le tapis en le soutenant par les hanches. Il le fit basculer contre son torse et l'emmena dans sa chambre, ignorant les plaintes du plus jeune.
Le schéma de la grotte se répétait. La maladresse et le caractère borné d'Eren était resté le même, mais la situation était tellement, tellement différente.
Imperceptiblement, Levi le coucha en prenant garde à chacun de ses mouvements. Et avec tout de suite beaucoup moins de grâce et de douceur, il se laissa tomber à côté de lui, assez loin pour ne pas le mettre mal à l'aise, mais suffisamment proche pour pouvoir sentir sa présence.
Mais Eren semblait encore plus agité alors qu'il était alité. Il jeta un coup d'œil vers son compagnon et enfouit de manière immédiate sa tête dans ses mains. C'était vraiment injuste : Levi était magnifique dans toutes les circonstances.
- « Qu'est-ce qui te prends, d'un seul coup ? le questionna Levi, rhétorique.
- Je ne vais jamais réussir à m'endormir avec toi près de moi…
- Ah oui ? sourit Levi. Pourquoi ?
- Tu es très… Enfin, je- tu vois ? Je préfèrerais profiter de nos retrouvailles le plus possible.
- Tsss, le coupa-t-il immédiatement en levant les yeux au ciel. Imbécile, on a tout le temps pour ça.
- Du temps ! Nous en avons déjà tellement perdu. C'est absurde, sans rire, à quoi ça rime ?
- Allez, arrête de faire ton entêté et dors. On continuera à parler mais uniquement quand tu auras suffisamment dormi.
- Tu auras beau dire ce que tu veux, tu sais que tu ne pourras jamais me forcer à m'endormir ? s'amusa Eren en l'observant se lever.
- Ne parle pas trop vite gamin, j'ai pas mal de médicaments, de quoi assommer un éléphant pendant plusieurs heures, capables de te faire pioncer bien paisiblement.
- Tu n'oserais pas ! s'offusqua-t-il faussement ».
Levi lui coula un regard bien trop séduisant avant de rentrer dans la salle de bain qui faillit achever Eren. Il s'empoigna la poitrine et tomba contre l'oreiller duveteux, un sourire impossible à faire disparaître sur son visage. Il allait peut-être décéder d'un trop plein de joie ce matin…
C'était une mort plus que respectable.
Levi quant à lui voulait impérativement qu'Eren se repose, et partit donc tirer les stores pour ne pas que le soleil l'en empêche. Entre temps, Levi s'était rincé le visage et avait posé une couette près d'Eren dont les yeux clos attestaient bien de sa fatigue. Son irrépressible besoin de sommeil l'avait rattrapé.
- « T'es vraiment qu'un morveux » souffla-t-il, un coin de sa lèvre se soulevant automatiquement dans un sourire gauche.
Levi s'allongea un peu plus près de lui que peu avant. Il vérifia une dernière fois qu'il était bel et bien assoupi et s'installa confortablement. Maintenant qu'il dormait, il ne se restreignait plus pour éviter un quelconque malaise. Car bien que ses joues empourprées soient un spectacle plus que convaincant sur l'échelle de l'adorable, ce n'était pas le soir pour en jouer.
Il fallait rebâtir les fondations de leur relation complétement bancale. Levi s'amuserait après.
Oh, ça il n'en avait aucun doute et ne se faisait pas de souci là-dessus. Lui plus que quiconque saurait bientôt les meilleures façons de le taquiner.
En attendant, Levi le détailla comme il n'avait pas pu depuis tout ce temps. Il était si fragile. Il lui semblait qu'Eren allait s'évaporer ainsi qu'un mirage. Le brigadier voulait le toucher, le prendre dans ses bras, coller sa joue contre chaque partie de son thorax, s'assurer qu'il respire, que son cœur batte plus calmement. Mais il s'en empêcha, interrompant le geste qu'il s'apprêtait à faire.
Eren l'avait repoussé tout à l'heure, non ? Alors c'est qu'il n'était pas prêt. Et Levi l'attendrait, ce n'était pas une question bien compliquée à se poser. Et puis, tout se trouvait être encore trop neuf pour lui. Il ne fallait pas brusquer les choses. Il était hors de question qu'il profite, d'une quelconque manière que ce soit, de son sommeil pour assouvir ses désirs et montrer ses marques d'affections.
Une dizaine de minutes après son endormissement, Eren se mit à remuer, l'arcade grave et froncée.
« Il doit faire un cauchemar » constata Levi. Ses mains froissaient les draps. Il bougeait et écartait ses bras dans tous les sens : Eren cherchait quelque chose.
Ses doigts agrippèrent ceux de Levi hasardement, dans un de ses gestes abrupts, et subitement Eren se calma. Il se blottit inconsciemment contre son protecteur, soulagé, soufflant un bon coup. Levi s'étonna de cette requête assoupie. Mais cette fois-ci, c'était au-dessus de ses moyens : il l'encercla tout contre son corps, finalement apaisé lui aussi. Cela faisait un bien fou.
Ce matin là, Levi ne ferma pas une fois ses yeux et surveilla chaque respiration de son compagnon jusqu'à ce qu'il ouvre les siens.
Ils s'étaient enfin retrouvés.
J'ai même pas les mots pour décrire à quel point je suis heureuse d'être arrivée à ce point de l'histoire.
Ça fait littéralement un an que j'attends de pouvoir écrire cette partie. Et je suis foutrement contente du résultat.
Le style d'écriture est un peu différent de d'habitude, je m'épanche moins sur les descriptions, j'ai utilisé beaucoup moins de vocabulaire, les mots se répète. C'est un style cherché, c'est un peu fait exprès. Après ça peut être un peu lourd à lire.
C'est là que vous entrez en jeu. Dans ce chapitre, plus que jamais j'ai besoin de votre avis. Je suis ouverte à absolument toute critique (vous me connaissez maitenant !). Surtout j'ai besoin de savoir si le tournant que prend l'histoire vous plait. Ca m'encouragerait vraiment !
En attendant, je suis putain d'heureuse, c'est terrible j'arrive vraiment pas à trouver les mots justes pour décrire mon état présentement. C'est que ils galèrent depuis si longtemps, ça me remplie de joie des les voir enfin heureux. Ces personnages méritent un peu d'amour dans leur vie merdique. Et croyez-moi, vu les futurs péripéties, ils vont clairement avoir besoin l'un de l'autre.
J'attends vos retours, chers lecteurs !
En attendant, plein d'amour sur vous, je vous aime toutes et tous.
