Coucou mes petits, comment allez-vous ?
Par où commencer ?
Je suis terriblement désolée pour ces longs mois d'absence, c'est la première fois qu'une aussi longue période d'inactivité me prends de court ! Et vous savez comment c'est, moins on écrit, plus on stresse de rendre quelque chose de mauvais après une aussi grande absence.
Une suite d'évènements pas tellement penchante en ma faveur comme mon bac blanc, les vancances coupées de mon ordi, le rythme effréné de janvier et tout le stress lié aux études m'ont un petit peu (énormément retardé dans la publication de ce chapitre). Je m'excuse de tout coeur mes petits.
Sachez que je n'abandonnerai jamais cette fanfic et que je compte bien la boucler un jour ou l'autre !
Merci à toutes vos gentilles reviews à propos du chapitre précédent qui était une bonne source d'angoisse à publier. J'ai un bon paquet de projets qui se profile à l'horizon, d'autres exams à passer, un post-bac à assurer, j'espère que vous comprenez à quel point c'est important et combien je m'excuse de relayer ma fiction au deuxième plan. Les rythmes de parutions en patiront encore surement à l'avenir, pardonnez-moi d'avance. Merci un millier de fois aux personnes toujours présentes, je vous aime vraiment.
D'ailleurs ! La réponse aux Guests :
Sine-qua-none : Ravie de te rencontrer (il me semble ne t'avoir jamais vu auprès de mes revieweurs !) ça me fait chaud au coeur ce que tu avances. Tu sais, je n'en veux pas vraiment aux lecteurs oisifs comme tu les appelle, tant que je peux les rendre un petit peu heureux avec mes écrits c'est tout ce qui compte. Mais l'avis de revieweurs m'est tellement important, ça me touche beaucoup que tu ai pris le temps de me dire ce que tu pensais de mon petit chapitre ! Mon dieu, quel soulagement que mon lemon (bien que ça soit plutôt un lime je dirais) te plaise. Oui, je trouve important de faire partager les émotions des deux, Levi est tellement inexpressif qu'on pourrait croire qu'il ne ressent rien parfois alors que c'est tout le contraire : c'est lui le plus sensible de tous ! Je suis aux anges avec ton petit message ! Merci encore ! Pour répondre à ta question, pour l'instant Levi reste seme, mais dans l'avancement de leur relation, il n'est pas exclu qu'ils intervertissent entre seme et uke chacun leur tour ;) L'amour le vrai c'est savoir donner et recevoir hehe ! Au plaisir de pouvoir te relire !
La bte : Toujours présente toi, t'es increvable ! Ca serait un miracle que de te revoir parmi mes lecteurs, mais un tel bonheur ! Je me ravie chaque fois de tes messages, puisque tu es ma plus vieille revieweuse ;) quel honneur haha ! Ton anecdote m'a beaucoup fait rire, je n'ai jamais fait ce genre de lapsus ou bêtise dans le sens où je n'assume pas vraiment auprès de mon entourage (sauf mes amis très proches !). Je trouve qu'écrire c'est vraiment divulguer une partie de soi-même et c'est tellement difficile de partager ça. Merci mille fois pour tes gentils mots ! Et c'est là que je me rends compte d'à quel point j'ai pris du retard puisque dans ton message tu me parles de ton Halloween haha, je suis irrécupérable sur les délais. J'apprécie énormément Hanji, c'est pour ça que je m'attarde autant sur son personnage. À contrario je n'aime pas du tout le site wattpad, je ne sais pas pourquoi, j'ai été choqué par la piètre qualité d'énormément de récit qui m'ont un peu dégouté de l'interface. Je n'ai malheureusement pas trouvé le temps de lire tes écrits, mais c'est promis pour toi je ferai cet effort à l'avenir ! Par contre n'abusons rien, je ne suis clairement pas comparable aux vrais écrivains à côté d'eux je crains de ouf, mais merci du compliment ! A la prochaine j'espère *prions*
Rewen : Hello, bienvenue ! Lorsque j'ai reçu ta review (j'étais très, très étonnée car je n'avais pas écris depuis des mois) ça m'a boosté de folie pour écrire. Je te remercie donc pour ça ! Ouh la la, si tu l'as lu d'une seule traite, tu as du être bien courageux/se ! Ca en fait des mots ! M'enfin si ça t'as plu je suis la plus heureuse des femmes, c'est toujours un plaisir de recevoir un avis nouveau ! Comment t'expliquer, dire que j'ai pris plus de plaisir à écrire les chapitres précédents leur réunification, c'est évident, mais je suis toujours extrêmement contente lorsque je fais avancer la trâme de l'histoire. parfois il faut savoir faire un choix entre le développement de leur couple et celui de l'intrigue. Dans ce chapitre, c'est un petit peu des deux, mais surtout l'intrigue qui était mise de côté depuis quelques temps ! Mais leur amour n'est jamais bien loin pas de panique ;) C'était le but crois-moiiii ! Instaurer le manque est la meilleure façon de faire revenir leur couple en feu d'artifice à leurs retrouvailles ;) C'est vraiment adorable de ta part, j'essaye de faire mon maximum pour ne pas reléguer les personnages peu importants au décors, je veux les faire vivre et intéragir avec les personnages principaux ! Je suis ravie de savoir que tu t'interesse à eux du coup ! Pour ce qui est de Reiner et de la petite fille, pas d'inquiètude, ils reviendront trèèèèèès bientôt ! Grisha aussi ! Je n'abandonne jamais ;) Si Eren est mon personnage préféré ce n'est pas pour rien ! Au plaisir de pouvoir te relire bientôt !
Je suis une vraie pipelette ce soir ! Vous m'aviez trop manqué ! Bonne lectures mes petits :)
Pour vivre heureux, vivons cachés.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le lendemain même, et les semaines qui suivirent, Eren et Levi appliquèrent cette maxime religieusement.
Leur première et dernière exposition trop hâtive leur avaient valu une certaine crainte du regard des autres vis à vis de leur couple. Cette relation ne concernait qu'eux deux, n'est-ce pas ? Alors pourquoi Oluo, Petra et oserait-ils dire Erwin, devraient être mis au courant ?
Ainsi donc se contentaient-ils d'œillades discrètes, de sourires mutins, ne se languissant plus que d'une seule chose : se retrouver le soir, pour enfin vivre tranquillement leurs sentiments partagés.
Et d'ailleurs, leur soirée où ils avaient pu faire l'expérience de quelques fantasmes inavoués les avait vacciné contre cet embarras bien présent auparavant. Bien sûr, et puisqu'on ne change pas une équipe qui gagne, le caractère d'Eren restait tout de même propre à celui qu'il arborait en général et Levi n'en déparait pas le lot. Cependant, on sentait… oui : une joie indescriptible dans l'air une fois qu'ils passaient le seuil de l'appartement.
Ils s'adonnaient à diverses caresses et baisers sur le canapé pendant les films qu'ils avaient l'occasion de regarder ensemble, le sol quand l'attente se faisait un peu trop lente ou encore plus traditionnellement le lit. Mais les caresses restaient caresses, et ils n'allaient jamais plus loin. Levi ne sentait pas son compagnon prêt à franchir cette barrière – bien que lui en meure d'envie – et en effet, Eren ne s'imaginait même pas pouvoir pousser davantage le plaisir.
Au bureau, Levi veillait – sous les conseils avisés de son protégé – à laisser bien évidente sa ride du front : les soupçons seraient bien vite éveillés dans le cas contraire. Il ne changeait en aucun point ses remarques acerbes tintées d'ironie mal placée envers ses coéquipiers, et envers Eren. Il avait trouvé une balance à la situation. Un équilibre plus ou moins stable mais qui faisait ses preuves.
Hanji, dans son coin avait un mal fou à garder sa langue dans sa poche. Levi lui avait fait promettre sur sa vie que si elle bravait cet interdit qu'était celui de ne pas dire un mot à propos d'eux, il n'hésiterait pas à lui ôter la sienne. Elle tourbillonnait dans son appartement, encore plus seule que jamais, appelant Levi une fois de temps en temps pour être bien sûre que les closes de leur contrat restaient inchangées (ce à quoi Levi répondait catégoriquement par un sommaire « ta gueule » avant de lui raccrocher au nez).
Personne dans les locaux ne semblait avoir discerner quelque chose entre eux. En même temps, cela faisait plusieurs semaines que les deux avaient une relation plutôt ambiguë, alors cela ne changeait pas grand chose à la donne.
Quand bien même, l'épineuse question d'Eren intégrant calmement les locaux des FOR pour récupérer des informations restait indécise. Alors qu'Erwin semblait convaincu Levi et Hanji s'y opposaient toujours de pied ferme. Et il allait falloir bien plus qu'une simple petite argumentation pour regagner leur confiance.
En son bon sens, Erwin savait qu'il faisait ce qui était juste et qu'il avait pris la bonne décision en ne dévoilant rien du projet à ses deux confrères. Mais les semaines, passaient et la mission flottait. Il reportait tout au lendemain, il avait toujours tellement à faire, il lui était impossible de concilier une tentative de reconnexion avec ses paires et de continuer à ordonner les entrainements anarchiques des recrues plus si nouvelles que ça.
Erwin commençait à toucher du doigt sa propre limite physique et mentale. Pourtant il lui en fallait beaucoup en général pour être à bout, mais là, il capitulait et se rendait compte qu'il était au bord du burnout.
Son dos était en miettes à force de s'endormir sur le coin de sa table, enseveli par les dossiers administratifs et autres paperasses infinies (c'était à se demander s'ils ne déracinait pas une partie de l'Amazonie rien que pour leur produire ces feuilles grisées de statistiques et de lignes interminables). D'autant plus qu'il ne se faisait plus tout jeune et que les nuits écourtées par les stores qui n'avaient la possibilité que de se fermer à moitié lui faisait ouvrir l'œil aux aurores.
Les poches sous ses yeux faisaient peine à voir. Il ne comptait plus le nombre de fois où Petra lui avait répété d'aller passer une véritable nuit de sommeil, chez lui. L'inquiétude était de mise : cela faisait deux semaines qu'il restait aux locaux, de nuit comme de jour. D'ailleurs, il avait noté que le réfrigérateur de la cafétéria faisait un bruit monstrueux et qu'il était temps de changer les turbines de ce dernier.
Son teint pale, ses cheveux limite grisonnants tant ils étaient ternes et sa barbe mal-rasée en attestait de tous les indices possibles et imaginables.
Le major était exténué.
Il avait réellement besoin d'une pause. Malgré toute la bonne volonté qu'il pouvait mettre dans ses actions et ses propos, ce mois d'octobre et de novembre avaient eu raison de lui (la classique déprime hivernale n'arrangeant rien au tout).
Peut-être pourrait-il en profiter pour se ressourcer un jour ou deux près de la mer, pas plus. Après tout, les locaux n'étaient pas bien loin de cette étendue azurée auprès de laquelle il aimait tant se prélasser étant plus jeune. Il pouvait revenir au moindre pépin. Et le charmant hôtel qui s'étendait vers la côte lui faisait de l'œil depuis de nombreuses années. Mais il n'avait jamais trouvé le courage de prendre un jour de congé. Pourquoi pas maintenant ?
Au demeurant, depuis septembre et l'attentat de la gare, aucun autre incident criminel grave n'avait été à déploré. C'était sans aucun doute le calme avant la tempête, mais Erwin aimait à se dire que la criminalité prenait, elle aussi, de petites vacances et qu'avec un peu de chance, elle avait le même créneau horaire que lui.
C'était décidé, il allait bientôt prendre son week-end pour la première fois depuis un bail.
Restait juste à espérer que rien n'allait virer au drame pendant son absence.
- « Putain, qu'est-ce qu'on se fait chier, marmonna Jean en faisant rebondir son stylo sur son capuchon. »
Le froid de saison faisait frissonner les vitres et sur la ville surplombait un temps gris sans pluie. Un climat morose et fatigué régnait partout : d'autant chez les soldats que chez leurs supérieurs. Erd qui n'était pas bien loin acquiesça silencieusement, se remplissant son quatrième café de la matinée et se pinça les arrêtes du nez en maudissant celui qui avait inventé le réveil matin.
Il eut bien vite fait de retourner au pas de course vers la salle de réunion qu'il ne quittait plus, lui et le reste de ses collègues. Ils se retrouvaient là chaque jour pour répéter les mêmes âneries, proposer de nouvelles tournures au plan initial pour satisfaire tout le monde avant qu'une dispute n'éclate et ne les fasse quitter le bureau les uns après les autres au compte goutte : c'était le schéma classique.
C'était terrifiant de voir à quel point cette mission piétinait. Plus on pensait avancer, moins on le faisait véritablement. Ils allaient à reculons, n'étant plus très sûrs de leurs façons de faire. Pourtant ils étaient si prêts du but quelques temps auparavant, que s'était-il passé ?
- « Je ne te le fais pas dire, opina Connie vers Jean, qui reniflait, déjà enrhumé.
- N'abusez pas, grogna Sasha, on ne peut quand même pas s'entrainer au gymnase et sur le terrain tous les jours, c'est normal qu'on ait un peu de théorique.
- Théorique de quoi ?! s'exclama Eren. Ça fait trois heures qu'on est plantés dans l'open-space sans avoir rien d'autre à foutre que de regarder les nuages défiler. Et pas un seul supérieur pour nous apprendre quoi que ce soit ! Ce n'est pas normal : qu'on nous laisse l'accès au gymnase au moins ! Non mais, sans déconner !
- Eren ! le gronda Mikasa, offusquée par son langage. Fais attention aux termes que tu emploies.
- Mais merde Mikasa, il a raison, renchérit une deuxième année.
- C'est clair, marmonna Connie. »
Erd qui s'en était allé, avait attrapé au vol un bout de leur conversation. Les recrues étaient suffisamment grandes pour se gérer, et il trouvait erreur de jugement de la part d'Erwin que de les forcer à se tourner les pouces en attendant qu'un membre de l'Escadron puisse les surveiller dans le gymnase : ce n'était plus des gosses après tout. Ils avaient pour la plupart plus de vingt ans !
Et il était prêt à assumer l'entière responsabilité de ses actes s'il se passait le moindre pépin. Qu'au moins les jeunes puissent s'amuser dans ces temps de détresse mentale.
Il revint sur ses pas, faisant balloter le liquide opaque duquel émanait un fort arôme de café et balança les clés du gymnase à Eren qui se trouvait être celui qui était le plus proche de lui. Un sourire fendant sa barbe, il lança :
- « Tenez les jeunes, allez me cogner dans les sacs de frappes. »
Le regard de tous s'arrondit, celui d'Eren faisait des vas-et-viens entre ce qu'il tenait entre ses doigts et le visage de son sauveur :
- « Je… Mais vous êtes sûr qu'on a le droit ?
- Bien sûr que non vous n'avez pas le droit, mais on s'en fout, j'en prends la responsabilité. Vous êtes des recrues à part entière maintenant et si Erwin ne voulait pas que vous vous entrainiez sans tuteur pour vous surveiller, il n'avait qu'à pas nous réquisitionner tous les jours de notre sainte semaine, acheva-t-il par un clin d'œil. »
Si Erd faisait un pied de nez au règlement qui stipulait très clairement cette interdiction pour des raisons évidentes de sécurité, il s'en moquait pas mal. C'était sa façon à lui de montrer son désaccord envers sa politique beaucoup trop stricte. C'est ce que répétait sans cesse Levi : si l'on juge un ordre allant contre ses propres principes, on doit se fier à son instinct. La loi de la jungle, l'instinct primaire. Plutôt marrant venant d'un officier militaire.
Ce n'est pas parce que le major avait une capacité de travail d'une fourmi ouvrière (portant vingt fois son poids et ne bénéficiant que de très peu de repos) que c'était le cas de tout le monde ici. Il n'avait pas le droit d'en faire autant pâtir les jeunes.
Toute la bande, jadis dépitée, jappait de joie vers les escaliers qui menaient à la salle d'entrainement en louant le Seigneur dans sa très haute miséricorde qu'Erd Gin se soit trouvé sur leur chemin. Eren et Jean en tête de cortège se battaient pour garder la clé vers les portes du paradis en main, se filant une ou deux droites au passage. Mikasa fermait la marche devancée par Sasha qui portait toujours autant d'animosité envers la brune qu'elle ne le faisait cet été.
- « Pousse-toi de là tronche de jument, tu vois pas que tu gènes ? glapissait Eren qui donnait des coups d'épaules dans celles de Jean, devant la serrure, bien décidé à ne pas bouger d'un millimètre tant qu'il n'aurait pas la clé en main.
- Et pourquoi ça serait toujours à toi de décider les choses ? De faire les choses ? nuança-t-il dans ses propos, toujours amer. Toujours monsieur Jäger rescapé des décombres casses-toi de là espèce de taré et rends-moi la clé !
- « Rends-moi la clé » ? Tu veux rire ! C'est à moi que le commandant Gin l'a confié, c'est donc moi qui doit ouvrir ! »
Ces enfantillages auraient encore pu durer longtemps si Mikasa n'était pas intervenue. Elle avait fini par attraper Eren par la taille et à disposer elle-même la clé dans la porte. Eren lui hurlait dans les oreilles de la lâcher, mais il en fallait plus à la taciturne pour être chamboulée. Son ami sous le bras, et la clé tournant dans son habitacle eut raison de la serrure close qui finit par céder et révéler l'entière disponibilité de la salle pour eux seuls.
Bien vite, les cris d'énervement d'Eren se muèrent en excitation pure et simple. Comme un enfant que l'on retiendrait en haut des escaliers alors que le Père Noël ferait sa visite annuelle au pied du sapin. Il vrombissait de hâte tandis que sa mère de substitution le lâchait après une réprimande sur sa façon de se comporter.
Elle avait beau l'observer sous tout les angles alors qu'il s'enfuyait vers les vestiaires, il restait son protégé au delà de tout. Et elle l'aimait foncièrement, d'un amour de plus en plus maternel et qui lui réchauffa le cœur : voilà qu'elle lâcha sa prise.
Et cela lui faisait un bien fou.
- « Bougez-vous les gars, hurla Connie, on va organiser des duels !
- Est-ce qu'on a le droit ? demanda tout doucement Armin en enroulant son poing de bandes de tissu. Je veux dire, on ne mettra pas beaucoup de temps pour savoir que nous sommes tous ici, autant attendre l'approbation des supérieurs non ?
- Justement pas, Armin ! tremblait-il de joie. Ils n'accepteront jamais, on se bouge, on s'échauffe et on se fout sur la gueule ! »
Après un cri d'excitation généralisé, les élèves sortirent des vestiaires. Ne restait encore qu'Eren et Jean qui tardaient à se préparer.
Tandis que les deux jeunes hommes se tournaient le dos, un silence de plomb régnait dans la succursale. Mais Eren n'y prêtait guère attention. Il était bien trop attelé au laçage de ses chaussures.
Il laissait divaguer son esprit hyperactif. Comme il était bon pour lui de le lâcher, de ne plus le tenir en laisse pour qu'il reste concentré ! Son sujet favoris revint bien rapidement faire le haut de l'affiche.
Levi comblait ses pensées jour et nuit. C'en était franchement déconcertant. Mais désormais qu'il avait le champ libre, et depuis cette fameuse matinée où ils s'étaient retrouvés l'un l'autre, Eren retrouvait peu à peu ses souvenirs disparus.
Maigres conversations sans importance, ou révélation tonitruantes Eren se réjouissait de savoir que peut-être il aurait le loisir de se remémorer encore bien des actions produites.
Malheureusement, il se souvint, dans une nuit pas si lointaine où il était pourtant lové contre son aimé, de cet après-midi avec Jean. Mon dieu, rien que l'image de cet équidé, puant l'érotisme et la chaleur contre ses lèvres moites et cet empressement qu'il avait eu de se coller à lui, lui faisait instinctivement monter la bile jusqu'aux appendices.
Il laissa couler son regard vers l'éphèbe en question, bien décidé à s'en aller promptement mais bataillant éternellement contre le cordon de son jogging qui semblait jouer à cache-cache parmi les plis du tissu. Comment pouvait-il faire comme si de rien n'était ? Pourquoi en étaient-ils venus jusque là par ailleurs ? C'était vraiment trop bizarre.
Eren ne pouvait pas s'en vouloir. Ni même lui en vouloir. Ils étaient désespérés. Jean avait compris qu'il n'obtiendrait jamais Mikasa, et Eren était abîmé dans ses sentiments, jusque dans sa façon de voir la vie. Ils s'étaient perdus, ils avaient besoin de réconfort et ils l'avaient sommairement trouvé dans les bras l'un de l'autre, voilà tout, il ne fallait pas chercher plus loin.
N'empêche qu'en y repensant à deux fois avec son œil actuel, Eren avait vraiment envie de dégueuler.
On entendait les cris de Sasha et Connie se faire entendre à travers le terrain et Eren s'empressa de quitter la pièce sans pour autant prêter davantage attention à Jean. Il l'avait déjà assez vu, et sa pudeur se faisait un effort surprenant que de devoir côtoyer l'homme avec qui il avait failli laisser libre cours à ses désirs dans un moment de faiblesse pur.
À présent sur le terrain, les poings serrés et un défi valsant dans son cœur, Eren s'apprêtait à combattre son ami Reiner, en toute amitié. Si ces derniers temps il lui avait parut un peu distant, et froid, Eren savait qu'il n'y avait rien de tel qu'un petit duel en tête à tête pour remettre les points sur les i. C'était donc ravi, qu'il s'avançait diligemment vers le blond à la carrure aussi imposante que pouvait l'être celle d'un buffle gonflé aux hormones.
Eren lui attribua le sourire le plus franc qui lui était permis de servir, ses joues remontant adorablement jusqu'aux vert d'eau de ses iris :
- « À la guerre comme à la guerre Reiner, et que le meilleur gagne ! »
Mais son homologue ne lui rétorqua rien. Comme s'il l'avait pris indubitablement mal, ou que son esprit était ailleurs. Dignement, il s'éloigna de lui, ne lui adressant rien d'autre qu'un souffle de mépris.
Eren était estomaqué. Jamais son ami n'avait été aussi claquant et glacial, il crut revoir Levi quand ses pensées se noircissaient, qu'il était délibérément en souffrance. L'était-il aussi ?
Mettant de côté sa soudaine confusion de se faire ainsi ignorer, le jeune adulte l'interrogea en supprimant la distance :
- « Il y a un problème ? »
Un silence lui répondit alors que son interlocuteur resserrait les bandes qui enroulaient ses articulations métacarpo-phalangiennes.
- « Tu sais Reiner, je me disais que ces derniers, je ne sais pas… chuchotait-il pour ne pas le mettre mal à l'aise. Peut-être que tu avais un souci ? On pourrait en parler après le combat si tu veux ? »
Mais les bla-bla tonitruant de la foule qui ne les observaient que du coin de l'œil en attendant qu'ils débutent véritablement la lutte se faisait chuchotis à présent. Et Reiner resta bien décidé à le négliger. Eren rechercha du regard un soutient dans l'assistance, bien qu'il haïsse la fausse compassion, mais personne ne daignait lui adresser un pâle sourire. Tout semblait aller dans le meilleur des mondes et à la fois, tout se cassait la gueule. Ça n'allait certainement pas se passer comme ça :
- « Hé, tu pourrais au moins me répondre quand je te parle ! »
Et alors qu'il pensait récolter de nouveau un silence de la part de Reiner, ce dernier condescendit enfin à lui accorder une œillade :
- « Bon, on se bat, ou on discute ? »
Eren eut un moment d'égarement, il ne comprenait pas pourquoi Reiner agissait de la sorte, lui qui était toujours comme le grand frère de la bande, à l'écoute et surtout, jamais vindicatif. Piqué dans son orgueil, Eren lui rendit son regard plein de haine et de rancune et ils débutèrent le combat.
L'assistance n'avait pas semblée remarquer leur petite querelle, sauf Armin et Nikolaï, dont le premier arbitrait le combat et le second se terrait dans un coin, esseulé et la mine résolument inquiétante. Ils avaient de concert haussé un sourcil lorsqu'Eren s'était mis à élever la voix, et l'autre lorsque Reiner lui avait rétorquer un truc pareil. En effet, il y avait quelque chose de louche.
Durant l'entièreté du combat, Reiner la jouait très défensif, tandis qu'Eren, fidèle à lui-même se voyait passer complètement à l'offensive. Il tentait de cogner dans des endroits stratégiques, suffisamment nerveux pour taper là où ça fait mal, mais pas assez pour réellement lui causer du tort. Il n'était pas question qu'ils se battent, seulement qu'ils règlent leurs comptes.
Tout bien réfléchit, peut-être qu'ils se battaient véritablement.
Eren s'étonnait de voir cette passivité que pouvait avoir Reiner, il avait dans le regard cette lueur qui semblait vouloir le réduire en charpie et pourtant, il gardait sa garde bien positionnée, et esquivait assez de coups pour qu'il reste solide et droit comme un piquet. L'adolescent commençait à fatiguer, aveuglé par sa colère il continuait à cogner, et Reiner ne ripostait toujours pas. Il finit par s'énerver carrément :
- « Tu vas te battre oui ou… »
Sans crier gare, Reiner lui enfonça son poing savamment placé dans son sternum qui lui coupa instantanément la respiration. Sa droite était si puissante, si vengeresse, qu'Eren en perdit le souffle pendant une bonne dizaine de seconde, complétement sous le choc. Il avait du mal à esquiver les attaques bien offensives à présent de son homologue. Qu'est-ce qui lui prenait tout à coup ?
Mikasa criait – elle qui pourtant était si calme – des mots qu'Eren ne comprenait plus. Tout ce qui lui venait à l'esprit désormais était sa propre faiblesse. S'il ne parvenait même pas à parer les coups d'un adolescent de son âge – quoiqu'un peu plus – comment pourrait-il être assez fort pour protéger les gens qu'il aimait, pour protéger Mikasa, Armin…
Pour protéger Levi ?
Cette simple constatation lui fit l'effet d'une claque, et son attitude changea. Il percevait très clairement les battements de son cœur qui venait exploser contre ses tempes. Le rouage presque mécanique de son émetteur qui pour la première fois lui parvenait jusqu'aux oreilles et aux tréfonds de son âme comme le coup de marteau dont il avait besoin.
Eren se voyait paré d'une force indescriptible.
D'une rapidité irréelle, il évita le coup que profilait d'entreprendre Reiner. Il savait chacune des frappes que pensait Reiner. Eren abaissa tout à fait sa garde, et le blond vit cette opportunité comme une chance de le mettre enfin à terre. Mais le plan du jeune homme avait fonctionné comme sur des roulettes et alors que Reiner s'apprêtait à lui envoyer l'uppercut qui aurait annoncé la fin du combat, Eren se laissa tomber au sol, glissa entre les jambes de son adversaire avant de lui ôter l'équilibre en le tirant en arrière. Reiner ne s'y attendant évidemment pas, tomba à la renverse.
Eren effectuait des sauts rapides et adoptait une garde que personne ne lui avait apprise. Son regard était celui d'un animal qui se sentait prêt à bondir sur sa proie lorsque le moment viendrait.
Il l'assailli de coups dans les côtes avec de le faire tomber sur flanc et de le maintenir fermement sur le sol.
Comment un gringalet comme Eren parvenait-il à maitriser aussi aisément un gaillard comme Reiner ? C'était la question qui était sur toutes les lèvres des spectateurs alors qu'Armin annonça la fin du combat.
Tous l'applaudirent, l'acclamèrent comme si le meilleur soldat de l'humanité avait vu le jour. Son nom flottait sur l'assemblée tandis qu'Eren reprenait doucement ses esprits, incapable jusqu'alors de penser par lui, comme possédé. Qu'est-ce qui lui était arrivé ?
Il observa le corps meurtri et tordu de douleur qui croulait sous son poids et s'écarta aussitôt. Pourquoi est-ce que Reiner était à terre ? Tout s'était passé si vite. Il n'avait pas compris ses propres intentions. Pendant cette lutte interminable, Eren aurait pu le réduire en charpie s'il n'avait écouté que son orgueil. Il avait eu une telle volonté de le détruire, de lui faire regretter ses actes…
Tous les compliments qu'il recevait de la part de ses camarades lui parvinrent comme un bourdonnement désagréable. Même la main amicale de Mikasa qui s'inquiétait – une énième fois – de son état de santé lui parut affreusement irritante. Il ne méritait pas tout ces bravos. Ses amis l'avaient laissé faire, il était pourtant incontrôlable…
Il avait réussi à faire ployer Reiner.
Eren n'était pas fier de lui. Pas même une étincelle d'audace ne dansait dans ses yeux pour être parvenu à mettre à terre Reiner. Non. Eren fulminait.
Reiner n'avait pas eu l'air de mettre toute sa force sur la fin. Comme s'il avait abandonné. Et cette façon qu'il avait eu de l'observer au début, de le prendre de haut ainsi… L'adolescent en eau l'avait fusillé du regard, et presque lui avait presque crié alors qu'on le sortait du terrain de force :
- « Qu'est-ce qui t'as pris ? Pourquoi est-ce que tu es tombé à terre ? Tu étais là, fier de toi et dès lors que je me suis mis à riposter tu as tout lâché ? Toi ? Laisse-moi rire ! On est là pour s'entrainer, je m'en fiche de me prendre tes coups ! Tu ne me crois pas assez fort pour pouvoir les encaisser ?!
- Eren, essayait de l'apaiser Bertolt qui soulevait son ami, tu sais, je ne pense pas que Reiner ait simulé. Tu as été bon voilà tout. Tu devrais y aller mollo avec lui, ce n'est pas très sportif de ta part.
- Vas te calmer là-bas, opina Mikasa qui avait opté pour son ton maternel accusateur. Tu en as assez fait.
- Non mais c'est dingue ça ! Depuis notre première excursion il agit bizarrement ! Il ne nous parle plus, il se laisse abattre sur le terrain comme s'il n'avait plus de force ou comme s'il la gardait bien précieusement ! » Eren parvint à se dégager de l'étreinte insupportable mais qui se voulait pourtant rassurante de Mikasa et courut vers celui qu'il était entrain de réprimander. Il voulait juste des explications, pourquoi agissait-il de la sorte depuis tout ce temps ? Il poursuivit, à présent tout près de lui : « Ne me dis pas que tu ne l'as pas remarqué Bertolt ! Tu es son meilleur ami !
- P… pas du tout ! Il est un peu stressé à cause des futures interventions et de la mission qui approche à grand pas. Il s'entraine beaucoup et…
- C'est n'importe quoi ! Je ne peux pas supporter qu'on ne se donne pas corps et âme à un entrainement, je le vois bien qu'il se laisse aller ! Il ne nous parle même plus, et quand il le fait…
- Eren, tu vas vraiment trop loin là, menaça Mikasa. »
Le jeune homme, sonné par tous les coups qu'il avait tout de même reçu et de par le regard calomniateur de son amie se tût tout à coup. Il était pantelant de l'effort précédent et surtout il se sentait poussé, collé dos au mur avec aucun de ses coéquipiers pour le soutenir. Personne n'avait donc remarqué l'attitude suspecte de Reiner ? Avait-il tout imaginé ?
- « Écoute Eren, t'es un peu confus, tu retrouves encore tes souvenirs, tu devrais aller te reposer, conseilla prudemment Bertolt. Tu prends cette histoire beaucoup trop à cœur, et tu fais tout un fromage de pas grand chose, je t'assure. Si tu veux discuter avec Reiner, de… de ce que tu penses être étrange dans son attitude, je te suggère de venir le voir en personne lorsqu'il sera pleinement remis.
- Tu parles ! siffla-t-il entre ses dents.
- J'aimerais souligner aussi le fait que tu changes beaucoup toi aussi, que nous changeons tous et que nous ne nous plaignons pas pour autant, inspira tristement Bertolt. Tâche de connaître ta place, et ne juge pas aussi facilement les gens. Ton attitude sur le ring et maintenant le prouve : tu n'es pas le même. »
Sur ces mots, il s'éclipsa, Reiner à moitié conscient claudiquant sous son bras.
Connie se précipita sur Eren et lui frotta la tête :
- « N'écoute pas ce rabat-joie, je t'ai trouvé formidable ! C'est fabuleux cette technique que tu avais sur le terrain ! Où est-ce que tu l'as apprise ? Tu me l'enseigneras, dit ? C'est encore Annie qui t'as proposé son aide ? » Il lui chuchota à l'oreille, le regard en biais terriblement malicieux : « Hé dis-donc, il se passe un truc entre vous deux hein ? Tu peux m'le dire, je saurais tenir ma langue. C'est vrai que franchement elle est bo…
- Connie ! le réprimanda Mikasa qui avait tout entendu. Tu n'as pas honte de former des spéculations sur les sentiments d'Eren ?
- Surtout quand on sait qu'il est tout frustré de ne pas pouvoir avouer les siens pour Sasha… fredonna Ymir qui s'avança pour larguer la bombe sur le terrain miné.
- Hein ? s'écrièrent les deux concernés de concert.
- Parfaitement ! Deux toutes petites moules qui retiennent leurs tous petits sentiments de moules ! »
Eren n'écoutait rien de tout cela. Il lui semblait si dérisoire de s'inquiéter d'une pareille fadaise pour délaisser le réel nœud du problème.
Qu'arrivait-il à Reiner ?
Que lui arrivait-il, à lui ?
Il fallait qu'il en parle à Mikasa, Armin, Hanji.
À Levi.
Il voulait le voir. Son absence actuelle lui faisait l'effet d'un grand vide émotionnel. Il se dégagea de l'étreinte des uns et des autres et s'adressa à Mikasa :
- « Je… je suis un peu déboussolé, j'ai besoin de respirer un peu.
- Je t'accompagne.
- Je préfèrerais rester seul, supplia-t-il sachant bien qu'elle ne le lâcherait pas tant qu'elle ne le saurait pas hors de danger.
- Eren, tu viens de te battre, tu es épuisé, ce n'est pas une bonne idée que de rester seul après un pareil moment. D'ailleurs… nous devrions parler… de ce qu'il vient de se passer. » Elle vit Armin faire les comptes des pénalités : « Tous ensemble.
- Je sais. Mais pas tout de suite, j'ai besoin… » Il s'approcha de son oreille, angoissé à l'idée de la blesser : « J'ai besoin de le voir.
- … oh. Je vois. Dans ce cas, je ne… » Elle se racla la gorge, cracha presque : « Je ne t'accompagne pas.
- Tu es sûre ?
- Et bien, sauf si tu veux le voir réduit en poussière devant tes yeux, je crois pas que-
- D'accord ! D'accord ! Tu n'as qu'à… rester ici ! »
Pourquoi tout était si compliqué ? Elle était sa sœur – de cœur, certes, mais sa sœur tout de même – il ne devrait pas y avoir cette gêne si latente entre eux. Le temps s'était écoulé, mais elle souffrait encore de le voir avec quelqu'un d'autre qu'elle. Ou peut-être détestait-elle tout simplement Levi.
Eren ne se le pardonnait pas. Tout aurait été tellement plus facile s'il était tombé amoureux de Mikasa.
Mais le destin en avait voulu autrement. Et il s'apprêtait à franchir les portes qui le séparait de son cher et tendre.
Apparemment, l'Escouade avait terminé son ultime réunion interminable, et tous étaient à moitié assoupi dans l'open-space. Eren cherchait désespérément l'objet de ses pensées mais un cri d'Hanji le ramena à la réalité :
- « Eren mon bichon ! Que s'est-il passé ? »
Ah oui. C'est vrai.
Il tourna la tête pour faire état des lieux de son visage sur ce que lui offrait de visibilité le reflet d'une vitre. Il avait tout de même sacrement morflé. Ses joues endolories et son œil au beurre noir encore naissant en attestait des coups de Reiner et de la violence avec laquelle il les avait portés.
Eren eut vite fait d'entreprendre de former un signe à Hanji comme quoi il fallait qu'elle soit discrète pour ne pas que l'entièreté du groupe se retourne sur son passage mais le mal était fait. Et il ne fallut pas très longtemps avant que Levi et Erwin le remarqua lui aussi.
Et merde…
- « Je suis extrêmement déçu de ta conduite Erd, sermonnait sévèrement le major à l'étage. Laisser de jeunes recrues se battre, seules, sans surveillance ! Ce n'est pas ainsi que je vous ai formé !
- On croirait entendre ma mère, souffla Hanji en recouvrant la voix obstruée par les épais murs des locaux. Bon alors mon grand, qu'est-ce qui s'est passé ?
- On s'est un peu entrainés voilà tout… aïe ! »
Levi venait de lui asséner une tape franche sur le coin de la tête déjà bien endolori du pauvre adolescent. Ils étaient tous les trois esseulés du reste de leurs compagnons dans le laboratoire d'Hanji et Levi tirait une mine pas possible. Les longs discours d'Erwin sur la vie en communauté et ses maximes de vivre sur les missions à venir (et qui ne venait décidemment jamais) l'avait plus qu'endormi. Mais un Eren en sang avait réveillé en lui des instincts meurtriers qu'il ne soupçonnait presque plus depuis quelques temps.
- « En quelle année est-ce que les entrainements se terminent dans cet état ? Ce n'est pas parce que tu es doué de capacités de régénérations que tu dois user de tes pouvoirs de cette façon… tch, sans déconner.
- Reiner a perdu connaissance… se risqua-t-il à affirmer pour minimiser son propre cas.
- Et je devrais le féliciter ? s'agaça-t-il encore davantage. »
Eren baissa la tête, s'avouant vaincu. Oui, il savait fort bien qu'il y était allé un peu… d'accord, beaucoup trop fort pour une simple routine. Mais c'était la faute de Reiner tout du moins c'est ce qu'essayait de se convaincre Eren. Quelque chose en lui l'avait appelé, il sentait… comme une force néfaste venir de lui, comme un cochon reniflant une truffe bien enterrée. Sauf que cette truffe se révélait pourrie, et pleine d'animosité.
Levi cependant le tira de ses songes alors qu'il lui attrapa gentiment le menton entre son pouce et son index. Discrètement, il glissa ses autres doigts le long de son cou pour venir caresser la peau si délicate cachée sous sa mâchoire. Il planta un regard bienveillant dans celui de son partenaire, traduisant milles et unes phrases d'inquiétudes qu'il portait à son égard et que sa bouche ne parvenait pas à laisser passer.
Peu importait en réalité : qu'Eren ait un œil crevé, ou l'arcade en miettes, tant que le bleu-vert de ses yeux n'en était altéré, il restait certain qu'Eren était toujours là, sous ce sang et ces larmes. Et dans un sens, cette constatation l'apaisait bien plus qu'il ne le laissait transparaitre.
Ils savaient que les mots étaient difficiles à prononcer dans un stade aussi précoce de leur relation (bien qu'Eren soit un véritable moulin à parole et ne parle pour deux) mais ces petites attentions étaient le début de quelque chose de grand.
Dans cette pièce où ils pouvaient exprimer leur affection sans prendre gare aux regards mal avisés des autres, ils étaient fondamentalement heureux.
Cela dit…
- « Hiiiiiiii ! s'extasia Hanji dans un ultrason en se tirant les cheveux dans tous les sens. Je me répète mais sans rire, vous êtes tellement adorables, mon cœur ne va clairement pas le supporter ! trottinait-elle les encadrant de loin de ses mains. Vous comptez être mignons comme ça tout le temps ou vous allez faire des pauses de temps en temps ?
- Hanji… la prièrent-ils au même instant.
- Oh, ça va ! Si on peut même plus s'exprimer ! Je…
- Hanji, répéta Levi pour l'empêcher de repartir dans une logorrhée langagière interminable.
- J'ai compris ! J'ai compris ! Je vous laisse ! »
Elle s'écarta vers la porte, toujours en les fixant. Et alors qu'elle s'apprêtait à tourner les talons :
- « Vous êtes sûrs que vous en voulez pas que je vérifie qu'…
- Hanji !
- Calmez-vous ! C'est fou ce que vous pouvez avoir le feu au cul, vous deux ! On aura tout vu, se faire virer de son propre labo, non mais j'vous jure, marmonnait-elle à présent. »
Oubliant bien rapidement cette altercation, Levi verrouilla la porte à clé avant de plonger sur Eren qui avait bien du mal à garder ses joues teintées normalement. Plus heureux que jamais, ils s'embrassèrent langoureusement, profitant enfin de cette accalmie pour mettre à profit la dextérité de leur langue.
Mais le caporal n'était définitivement pas né de la dernière pluie, et connaissait son amie mieux que lui-même ne pouvait se connaître. Il rompit le baiser et distingua l'œil perverti de l'excentrique scientifique dans la serrure de la porte ainsi que son ombre qui se projeta de par dessous la porte.
- « Tu permets ? lui demanda Levi, rhétorique. »
Eren, incrédule et toujours enivré par leur comportement précèdent se laissa tirer à bout de bras tandis que Levi enfonça la porte jadis close. Hanji cachée juste derrière se vit propulsée dans un bond et avant qu'elle ne puisse réellement comprendre ce qu'il venait de se passer, elle se retrouva les quatre fers en l'air et la face quelque peu amochée.
Se frottant le nez, elle poussa un gémissement de douleur. Non contente de la situation, elle dû bien admettre que sur ce coup là, elle n'avait pas vraiment son mot à dire. Elle se satisfit alors de vriller du regard son ami de longue date, l'ayant tout bonnement empêchée de s'adonner à son activité favorite bien : soutenir leur amour du plus profondément que son âme le lui permettait.
- « Et si nous continuions après le boulot ? l'interrogea Levi. Apparemment dans ce bâtiment, on ne peut pas être tranquilles cinq minutes. »
Mais Eren ne l'avait absolument pas écouté et s'était précipité vers la pauvre Hanji qui – malgré une douleur avoisinant les zéros – poussait désormais des miaulements de souffrance dans le but d'apitoyer le jeune homme. C'était sa vengeance personnelle.
- « Levi ! le sermonna-t-il. Ça ne va pas ou quoi ? Tu aurais pu la blesser !
- Penses-tu, cette binoclarde est aussi increvable qu'un nuisible, fit-il sans que ça n'ait l'air de l'affecter plus que cela. Et quand tu crois l'avoir enfin réduite au silence, elle se débrouille toujours pour revenir à la charge encore plus agaçante que la fois précédente.
- Ooooh, Eren ! Tu es si bon avec moi… pleurnichait-elle théâtralement. Si je meurs promets-moi de mener à bien mes recherches…
- Allez, tu ne crois pas que t'en fais assez là ? Il va vraiment finir par croire que je t'ai fait mal.
- Je suis estropiééééeeee Levi ! … je ne sens plus mes jambes ! Aveuglée, je suis aveuglée ! Est-ce que je pourrais encore jouer du violon ? » L'entièreté de la situation échappait aux mains de l'adolescent, il ne savait plus qui regarder et que croire. Il avait saisi qu'Hanji était passée maître dans le jeu et les faux-semblants, mais Levi avait ouvert cette porte avec tellement de force qu'il ne lui paraissait pas impossible qu'elle en finisse paraplégique. Elle l'attrapa d'ailleurs par le col pour le ramener à la réalité : « Eren, regarde-moi dans les yeux et dis-moi que je ne vais pas mourir !
- Bon, Eren ne prête plus attention à elle, elle fait son cinéma comme d'habitude. »
Et d'ailleurs, ces situations – qui se produisaient à des fréquences bien trop rapprochées ces derniers temps – commençaient sérieusement à l'agacer, et ce bien plus qu'à l'accoutumé. Était-ce trop demandé que d'avoir un entourage calme et compréhensif ? Non, il avait fallu que la seule au courant soit la pire de toute.
Dans le couloir avoisinant la pièce, on pouvait distinctement entendre des pas talonner le sol. Et l'oreille aguerrie de Levi su reconnaître automatiquement l'insupportable résonnance de la marche d'Erwin. Il attrapa immédiatement Eren par le col qui s'inquiétait encore de l'état de sa supérieure, et il fusilla Hanji de ses prunelles. Cette dernière entendit très distinctement la requête silencieuse qu'on lui formulait et se releva à l'instant même.
Erwin finit par arriver, alerté par les cris stridents qu'il su distinguer comme ceux d'Hanji, il avait décidé de mettre un peu de côté toutes les formalités en blâmant Erd pour aller vérifier que tout se passait pour le mieux pour l'espoir de l'humanité. Cependant, lorsqu'il se présenta devant la porte du laboratoire, il ne fut accueilli que par un silence de plomb et des positions très peu naturelles.
De toutes les restrictions qu'il s'imposait, cette dernière était peut-être la plus dure à endurer : la perte aussi immédiate qu'insupportable de ses amis de longue date. Mais Erwin ne faisait pas dans la dentelle, avec lui, c'était soit tout noir, soit tout blanc. Il balaya ses pensées du revers imaginaire de sa manche et leur demanda une explication :
- « Qu'est-ce qui se passe ?
- Rien du tout major, décida de répondre Eren poli, la main sur le cœur. La chef d'escouade Zoe vient de terminer son inspection. Apparemment rien de grave !
- Tant mieux, il ne s'agirait pas de perdre notre atout majeur alors qu'aucune carte n'est encore posée sur le tapis. »
Incertain de la signification de cette métaphore, Eren se contenta d'hocher sobrement la tête. Levi n'attendit pas une seule seconde de plus et s'éclipsa vers ses quartiers, sans esquisser ne serait-ce le moindre mouvement d'affection envers son protégé.
Les mains dans les poches, Eren déambulait depuis un temps indéterminé dans les couloirs exiguës des locaux et se décida finalement à prendre un peu l'air dans ce qu'il aimait appeler « son coin de Paradis ». L'aire de verdure plantée en plein milieu du grand building était une bénédiction, et Eren aimait toujours autant s'y perdre après des journées comme celles qu'il venait de vivre.
Quand est-ce que l'action reviendrait enfin dans leur vie ? Paradoxalement, Eren n'en avait absolument pas envie puisque cela induisait forcément une perte évidente des effectifs et donc de ses amis, supérieurs et collègues. Mais cette stagnation aussi barbante qu'elle n'était frustrante laissait planer un doute quant aux actions du clan H. Quand allaient-ils frapper de nouveau ? Bordel, qui étaient-ils vraiment ? Où se trouvaient leur QG ?
Tant de questions sans réponses lui rappelèrent amèrement les interrogations que lui posait sa mère alors qu'il lui était interdit d'aller à l'école comme n'importe quel enfant de son âge. Et c'est avec une certaine mélancolie qu'il observa Armin s'approcher doucement de lui. Un large sourire lui fendit immédiatement la bouche, son ami avait l'air ravi avait-il une bonne nouvelle à lui annoncer ?
- « Armin ! Vous ne vous êtes pas trop fait gueulés dessus ?
- Tu connais le major, rit-il alors qu'il s'assit sur le banc mousseux à ses côtés, il rouspète un peu fort, mais jamais bien longtemps.
- Je suis désolé de vous avoir causé tous ces soucis, je n'aurais jamais dû monter dans cet état, je ne m'étais pas rendu compte. Tu m'en veux, dis ?
- Enfin Eren, bien sûr que non, je ne t'en veux pas, je trouvais cette idée déraisonnée dès le départ et ce n'est pas comme si nous n'étions pas au courant des représailles ! Par contre… Ymir et Jean t'en veulent à mort et, ils m'ont demandé de te dire qu'ils te feraient la peau dès qu'ils en aurait l'occasion, s'hasarda à divulguer Armin.
- Ce n'est pas étonnant venant de leur part, haussa-t-il les épaules. » Volontairement, Eren laissa planer un long silence de quoi écouter le doux chant des oiseaux en cette fin d'après-midi déjà sombre. Il finit par marmonner : « Je n'en peux plus de cette mission qui est en théorie depuis trop longtemps. Ce n'est pas du genre de l'Escadron de divulguer autant d'informations aux nouvelles recrues, dans quel but est-ce qu'ils auraient fait cela ? Alors même qu'on ne fixe toujours pas de date pour l'assaut ! Alors qu'un traitre est peut-être parmi nous à l'heure qu'il est !
- C'est vrai que pendant une réunion, nous avions rapidement soulevé cette hypothèse… » Il eut soudain une pensée qui lui traversa l'esprit : « Eren, rassure-moi… tu ne crois tout de même pas qu'il s'agit de Reiner ?
- Quoi ? s'époumona Eren. Non, pas du tout ! Reiner ne pourrait pas être un traitre, jamais ! C'est votre ami depuis bien plus longtemps que moi, vous devriez le savoir. Je trouvais juste son attitude étrange pendant le combat, et j'espérais qu'il crache le morceau en le poussant dans ses retranchements. Mais tout ce qui j'ai réussi à faire, c'est envenimer la situation encore plus…
- C'est vrai que nous ne t'en aurions pas voulu si tu avais gardé ta langue dans ta poche mais je ne réfute pas tout à fait tes arguments. Il est vrai que Reiner nous observait tous un peu bizarrement récemment, et Bertolt n'arrangeait rien. Je dois me pencher davantage sur cette affaire…
- Bon, reprit Eren en triturant un brun d'herbe qu'il avait arraché, que me vaut ce grand sourire bizarre que tu abordes depuis tout à l'heure ?
- Oh… ça ! » Le blond se mit à pouffer docilement secouant ses longues mèches qui chatouillaient à présent son visage poupin. Le tableau aurait pu paraître enfantin si le message que transmettait ses prunelles n'était pas aussi terrifiant : « Quand tu es monté, Nikolaï a dit vouloir me parler, et nous avons pas mal discuté…
- Nikolaï ?
- Tu sais, la recrue qui a songé à ce que la cité ne soit, non pas cachée dans la montagne mais plutôt dans les quartiers riches ?
- Ah, c'est vrai, maintenant ça me revient, fit-il comme illuminé.
- Et il s'est avéré qu'il a un plan pour faire avancer toute cette histoire… »
- « Est-ce qu'il a totalement perdu la raison ? »
Une bonne heure d'explications plus tard, Eren marchait aussi vite qu'il le pouvait dans les couloirs, à la recherche du cerveau des paroles d'Armin. Le plus effrayant dans toute cette histoire était peut-être la façon qu'avait eu son ami de lui étaler tout le plan comme s'il s'agissait d'une banale péripétie. En fin de conte, les plus brillantes des recrues s'avéraient être les plus démentes ?
- « Je savais que tu allais dire ça, mais essaye d'entendre ce qu'il a à dire avant de sauter à des conclusions aussi extrêmes ! le héla Armin en essayant de le rattraper. Tu n'écoutes jamais ce que j'ai à te dire jusqu'au bout !
- Armin ! s'interrompit-il dans sa marche. T'es un gars intelligent, tu es censé retarder ce genre de comportement, les annihiler : pas les encourager ! J'en ai déjà entendu des idées stupides et crois-moi, je m'y connais dans la matière, mais là, c'est suicidaire!
- Tu disais toi-même te sentir incapable de faire un truc pareil, qu'intégrer les FOR, jouer un rôle chez eux ce n'était pas dans tes cordes !
- Peut-être, mais ça ne veut pas dire qu'il devrait braver les ordres à ma place en se… »
Armin lui coupa la parole – pourrions-nous dire la lui ôta carrément – en aplatissant la paume de sa main contre sa bouche tordue par l'incompréhension. Il ne fallait pas qu'il parle trop fort, sinon tout le plan qu'avait longuement pensé son confrère tomberai à l'eau.
Le brun était résolument furieux et croqua – assez fort pour qu'il lâche prise mais pas suffisamment pour qu'il souffre véritablement – dans l'obstacle que rencontrait sa bouche. Armin retira sa main comme si elle eut été brûlée vive. Eren reprit en chuchotant, mais l'air toujours criant d'aigreur :
- « … en se faufilant dans les murs des quartiers riches ! Il n'y arrivera jamais seul ! Il va se faire buter au premier coup d'œil, et la garde se renforcera aux frontières : il nous sera impossible de rentrer à l'intérieur des murs après un truc pareil !
Il le supplia définitivement :
- « Je t'en prie laisse-le t'exposer ses contre-arguments, la nuit tombe à peine, il saura te convaincre. »
Armin avait l'air plus que sérieux. Eren n'en croyait pas ses yeux, ce devait être quelque chose qui lui échappait. En attendant, de son point de vue, cette mission secrète lui semblait plus qu'inappropriée. Ils risquaient très gros en spéculant sur de pareilles actions. Dire qu'Armin se plaignait de braver l'interdit en s'entrainant sans y être invité, voilà qu'il cogitait sur une escapade alors qu'il n'était qu'une première année.
Du grand n'importe quoi.
- « Et il t'en avait déjà parlé avant ? relança-t-il le sujet, plus calme.
- Jamais, apparemment, ça va faire un moment qu'il réfléchit à toutes ces manières possibles et inimaginables de mettre à bien son plan sans que personne ne s'en rende compte.
- Pourquoi est-ce qu'il ne le propose pas au major ? C'est un risque énorme qu'il prendrait seul ? Ça ne tourne pas rond, tu me le décrivais pourtant comme un type à l'allure prudente non ?
- C'est ce que je m'efforce de te dire depuis le début : lorsqu'il m'a exposé son projet, il voulait partir seul, pour une raison que je ne saisis toujours pas d'ailleurs, mais je l'ai convaincu d'en parler au major, et il a concédé à ma proposition. Demain, il devrait le lui demander !
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt, se sentit tout à coup soulagé Eren. Ça te fais marrer de me voir sortir de mes gonds comme ça ? souffla-t-il une main sur le cœur.
- Il me fatigue… se déclara le blondinet à lui-même. Laisse-moi te rappeler que lorsque dans un discours tu as entendu ou cru percevoir une phrase qui te bouleverse, tout ce qui peut se produire ensuite te passe outre. Tu ferais un très mauvais avocat ! Tu es une huitre Eren Jäger : tu es imperméable aux contre-exemples espèce de tête de mule ! »
Eren rit un bon coup : il n'avait pas tout à fait tort sur ce point-ci.
Malgré les développements de son ami, Eren ne sentait pas Nikolaï en sécurité. Il voulait avoir sa version des faits avant de retourner s'entrainer et voir Hanji comme il était supposé le faire. Son renforcement musculaire pouvait attendre cinq petites minutes. La nuit était tombée depuis belle lurette à l'horizon, et l'hiver par la même occasion.
- « Où est-il ?
- Il m'a dit vouloir rester dans la remise pour finaliser son projet et le présenter le plus propre possible au major.
- La remise ? s'enquit l'adolescent tout à coup. Qu'est-ce qu'il irait faire dans la remise ? Il n'y a même pas de table… ?
- Il voulait être tranquille, et l'office des nouvelles recrues était beaucoup trop bruyante. Et puis j'imagine qu'il ne désirait certainement pas être pris sur le fait de mettre au point un truc aussi illégal dans le sein même du Bataillon.
- J'aime pas ça. »
Eren se précipita vers ladite remise. C'était dans cette pièce que tous les équipements du gymnase reposaient ainsi que quelques armes factices que les recrues utilisaient quand elles s'entrainaient au combat rapproché. On ne pouvait pas y faire un pas sans buter dans un équipement, sans parler de l'odeur et du manque de lumière : il n'y avait aucune raison pour que Nikolaï se soit mis là pour travailler son plan. Autant rentrer chez lui dans ces cas-là.
Le sang brûlant, Eren avait ce pressentiment mauvais qu'il avait perçu quelques heures auparavant pendant son combat avec Reiner. Il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas ça du tout.
Lorsqu'ils parvinrent finalement jusqu'au gymnase, Eren se précipita sur la porte de la remise et enfonça la poignée du plus fort qu'il pu. Mais la pièce se voyait fermé de l'intérieur.
Évidemment…
- « Il faut qu'on aille chercher de l'aide, comprit rapidement Armin.
- Attends une seconde tu veux ? Je n'ai pas dit mon dernier mot. »
Eren continua à appuyer sur la poignée qui ne voulait pas céder. Le métal rafraichit par le soir qui était tombé avec une vitesse déconcertante lui dardait la paume. Armin lui toucha l'épaule gentiment :
- « Eren, ça ne sert à rien, allons demander les clés au lieu de faire n'im… »
Armin eut un mouvement de recul tel qu'il ne sut s'il était vraiment face à Eren à ce moment précis. Les pupilles dilatés, recouvrant presque entièrement ses iris et le souffle chaud, rauque, Eren avait jeté un regard des plus noirs à son ami. Il était déterminé à ouvrir cette porte, alors elle céderait et non l'inverse.
Ses mains se mirent à trembler et la porte métallique capitula. Eren se calma aussitôt que son but fut atteint et Armin n'eut même pas le temps de s'inquiéter de ce qu'il venait d'être témoin pour la deuxième fois de la journée puisqu'ils découvrirent une pièce entièrement vide.
La petite fenêtre dissimulée derrière une gigantesque armoire était grande ouverte. Nikolaï n'était plus là.
- « Tu crois que… »
Les émotions d'Armin valsaient au rythme de ses soucis. Il ne savait plus s'il devait plus s'inquiéter de son ami disparu ou de celui qui venait de se transformer en animal féroce l'espace d'un instant.
Ses incertitudes furent bien vite écrasées lorsqu'il trouva coincé entre les deux portes de l'armoire un maigre feuillage sur lequel résidait dans une écriture manuscrite qu'il reconnut comme être celle de Nikolaï :
Je m'en vais rendre ma propre justice.
On ne choisit de désobéir aux ordres que lorsque ceux-ci vont à l'encontre de ce qui est bien.
Armin s'effondra sur le sol lorsqu'il lut pour la troisième fois les dires rapportés sur papier du caporal par Nikolaï.
Cette phrase prononcée par Levi lors de la réunion, pourtant dérisoire Nikolaï l'avait utilisé pour justifier son acte. Il lui avait pourtant promis, il lui avait…
- « Armin ? T'as trouvé quelque chose ? l'interrogea Eren, incrédule, qui avait, pendant ce temps, farfouillé l'arrière de la succursale. »
Il n'osait même pas lui tendre le papier froissé qu'il tenait fermement. Des larmes coulaient sans qu'il ne le commandite, il venait de commettre une erreur de jugement monumentale. Il avait voulu croire à ce plan un peu fou mais jamais il n'avait imaginé que Nikolaï puisse le mettre en application le soir même. Et surtout pas cette version insensée.
Et alors qu'Eren s'imprégnait du message terrifiant, unique témoin de passage de leur ami dans cette salle, ils furent extirpés de leur torpeur par la sonnerie tonitruante du portable d'Eren.
Tremblant, il décrocha, la missive au poing :
- « A- allô ?
- Eren ?! tonna Levi, très sévère. Où es-tu bordel de merde ? Tu es toujours dans les locaux ? Tu es en sécurité ?
- Je… oui, je suis avec Armin, dans la remise. »
Eren était complètement déboussolé, et il n'entendait qu'à moitié ce que son caporal avait à lui dire. Et son ton, ne lui présageait rien qui vaille. Ignorant la localisation particulière des deux recrues, Levi souffla, soulagé :
- « Bon, Eren, tu ne bouges pas, j'arrive dans deux minutes.
- Il s'est p-passé quelque chose de grave ? bégaya-t-il, sous le choc.
- Nikolaï est mort, on l'a pendu à la frontière des quartiers bourges. »
BON !
Ça fait beaucoup de choses à encaisser (surtout que les trois-quart d'entre vous, les vieux lecteurs, doivent avoir oublier en quoi consiste l'intrigue principale) alors si vous avez des questions, des trucs sur lesquels je peux vous éclairer je suis là !
Cette mort était prévue depuis belle lurette, au départ c'était un personnage du monde d'AOT qui devait mourir, mais j'ai beaucoup trop d'affection pour eux alors je leur ai laissé la vie sauve pour sacrifier mon OC (en vrai je suis trop triste je m'étais carrément attachée à lui). Ne vous inquiétez pas, tout sera expliqué dans le prochain chapitre...
Je vous aime très fort, et vous souhaite un très bon mois de février ! Puissions-nous nous retrouver bientôt (mama, j'ai peur de vous laisser).
Gros bisous d'amour, Nizzie
