Salut mes petits !
C'est avec beaucoup d'anxiété que je vous poste ce chapitre qui s'est fait attendre bien des mois ! Il n'est pas bien transcendant, mais foutrement nécessaire pour l'avancée de l'histoire. La fiction touche à sa fin, si je parviens à me débrouiller comme je le souhaite, il devrait rester trois ou quatre chapitres !
Merci pour votre attente et vos retours sur le dernier chapitre (un grand merci tout particuler à Rewen qui m'a donnée la force de terminer ce chapitre en suspens depuis bien trop longtemps !).
Je vous explique tout à la fin, et je vous laisse savourer ce joli petit chapitre qui j'espère saura vous satisfaire !
Oh, au fait, ce chapitre comme vous aurez pu le deviner traite de la fameuse mission que nous attendons depuis si longtemps. Ainsi il est évident qu'il comporte une bonne grosse dose d'hémoglobine et de cassures psychologiques, vous êtes prévenus ;)
Bonne lecture :)
« Bats-toi de toutes tes forces »
Une unique voix résonnait dans le cœur des membres du bataillon. « Bats-toi. Bats-toi » comme d'indomptables pulsations entretenues par la seule ardeur qu'était celle du courage.
Malgré tout, certains tremblaient naturellement, sans pouvoir y faire quoi que ce soit, et leur unique conscience ralliée par leur même appartenance tourbillonnait, tiraillée entre la hargne et la terreur.
- « On est sûrs de ce qu'on est entrain de faire ? chuchota Connie du haut du mur. « Je veux dire… nous avions établi un plan mais est-ce que tout ça n'est pas un peu préci-
- Il n'y a plus de retour en arrière possible Connie, trancha Eren d'une voix certaine. Tu te souviens de ce que nous nous répétions ? On va les trouver. On va débusquer la tanière de ces enfoirés et les exterminer jusqu'au dernier.
- Ou tenter d'établir une communication, rectifia Armin en vérifiant pour la dixième fois consécutive si les boucles de son harnachement étaient toujours en place.
- Je ne pense pas qu'eux veuillent établir une quelconque communication Armin… hésita Sasha en désignant du nez la caserne pleine de vie qui lui faisait face. »
Elle réajusta sa queue de cheval en serrant le plus possible les deux mèches qu'elle tenait entre ses doigts. Elle n'était définitivement pas prête à tuer des gens malgré toute la détermination qu'elle tentait de trouver au fond d'elle-même. Et à dire vrai, personne parmi les nouvelles recrues n'était véritablement prêt à tuer qui que ce soit.
- « N'empêche… marmonna Connie. On aurait quand même pu attaquer de nuit ! Le soleil est au zénith, ça grouille de monde dans la moindre petite ruelle il va y avoir du dégât…
- Nous devons attaquer de jour pour justement semer le chaos et pour que les FOR ne puissent s'y retrouver dans ce bordel. Merde, Connie tu dormais pendant le récapitulatif ou quoi ? le réprimanda Sasha à voix basse.
- Vos gueules, claqua Levi. » Un silence de mort régna aussitôt tandis que le brigadier scrutait de ses jumelles avec attention l'horizon. Il attendait le signal de lumière qu'Erwin enverrait dès lors qu'ils devraient se précipiter vers les habitations.
Les membres de l'Escadron principal étaient disséminés aux quatre coins du grand mur avec à leurs côtés le plus de recrues qu'ils avaient pu réunir. Ces murs, séparaient les quartiers protégés par la garde du Roi à savoir les Forces de l'Ordre Rapprochées (ou FOR), et les quartiers plutôt malfamés sous la tutelle incertaine de la Police et du Bataillon Ailé. Les soldats se dissimulaient sous les créneaux, bénéficiant d'une vue panoramique sur les quartiers visés et d'une robuste cachette.
Ils étaient parvenus jusque là à ne pas se faire surprendre par les FOR, ce qui était déjà un sacré exploit compte tenu du nombre de bleus qui parcouraient les rangs. Il fallait admettre qu'ils avaient été placé à bonne école et que les remontrances quant à la discrétion d'un soldat avaient imprégné les cervelles des jeunes recrues.
Hanji se chargeait de la direction de l'Escadron Nord, depuis les montagnes Mike était responsable de l'Escadron Ouest et Erwin se chargeait de celui de l'Est.
Levi, quant à lui, prit les devants de l'Escadron Sud : le plus dangereux puisque le plus proches de la caserne des Forces de l'Ordre Rapprochées et sur la façade la plus exposées aux vis-à-vis. Il avait à sa charge Eren Jäger, l'élément mère de toute cette expédition, accompagné par quelques recrues de la 104ème ainsi que des plus compétents des précédentes promotions. Ils formaient à eux seuls une équipe des plus dévastatrices, parée à toute éventualité. Pour l'épauler il disposait de Petra ainsi que d'Erd qui encerclaient Eren comme quiconque ne pourrait s'en charger. Encadré par deux épaules de tailles et de musculatures bien différentes, l'Espoir de l'humanité ne se sentait en rien défendu. Il se voyait plutôt comme emprisonné, incapable du moindre mouvement sans enfreindre le règlement strict imposé par ses supérieurs. Il en venait presque à envier ses camarades qui allaient avoir le loisir de voler librement à l'aide de leur équipement.
Juste devant lui, les muscles du dos contractés par sa concentration accrue, Levi bougeait à peine. Eren le détaillait avec nostalgie, revoyant ce même dos allongé sur leur grand lit, alors que tout était encore "calme". Il eut la nausée et se rappela la peur qui lui torturait le ventre quelques heures plus tôt. Et s'ils ne trouvaient pas la planque et qu'ils se contentaient d'errer dans les quartiers avant de se faire attraper et pendre sur la place publique ?
Non.
Il ne fallait pas se laisser aller à l'appréhension.
Eren se devait de rester concentré sur son objectif et de tout faire pour trouver ce foutu passage.
Après sa petite crise de panique un peu plus tôt, il avait disséminé le doute envers ses compères avant de se reprendre et d'assumer sa position de leader. Les soldats comptaient sur lui, il devait être à la hauteur de ses fonctions.
À contrario, à quelques centimètres à peine, Levi s'efforçait de ne pas cligner des yeux pour apercevoir au bon moment le signal qu'on lui enverrait. Il ne devait et il ne pouvait penser à rien d'autre qu'au signal. Pas de peur ni d'appréhension, seulement la concentration sans faille de l'élite de l'Escadron.
Cependant, la présence d'Eren, juste derrière lui le perturbait. Il ne pouvait s'empêcher de s'arrêter de respirer quelques instants - à intervalles de temps régulières - afin de vérifier la présence de son protégé. Eren expirait particulièrement bruyamment, ainsi il s'assurait qu'il était bel et bien toujours derrière lui. C'était sans doute stupide de vérifier une chose pareille alors qu'un silence presque religieux régnait désormais sur ce mur. Un simple froissement de tissu aurait pu se faire remarquer ; mais c'était plus fort que lui. Il savait reconnaître la respiration d'Eren entre mille et il devait savoir qu'il était là sans avoir à le regarder.
Ceci étant précisé, il nota - alors qu'il retenait de nouveau son souffle – que celui d'Eren s'accentua. Comme s'il avait peur.
Le sang de Levi ne fit qu'un tour, il voulait se retourner et demander quel était le problème. Le brigadier voulait le prendre dans ses bras et le serrer si fort qu'il en oublierait à son tour ce stupide signal. Mais il ne pouvait pas. Ici, son devoir primait sur son cœur. Il se replongea ainsi dans son travail à zieuter l'emplacement de l'équipe Est.
- « Calme-toi Connie, lâcha Erd. J'entends ton fusil trembler d'ici.
- Je m'excuse commandant. C'est que… »
Un grand flash de lumière aveugla tout à coup la rétine du capitaine et le bout de miroir réverbéra la lumière du soleil. C'était le signal.
- « On y va, ordonna Levi, la voix emprise d'une puissance terrifiante.
- Quoi, m-maintenant ?
- Battez-vous jusqu'à la mort s'il le faut et trouvez-moi cette putain de planque. »
On entendit un solide cri de guerre des murs Est et Ouest très rapidement suivis par ceux des murs Nord et Sud. Bientôt les murailles entières furent noires de monde tandis que les soldats courraient à la verticale, ancrant fermement leurs grappins vers les maisons environnantes.
Tous les visages des habitants se retournèrent vers le bruit soudain. Leurs expressions, tantôt sereines, furent bien vite emprises d'inquiétudes et des hurlements aigus résonnèrent dans toutes les rues des quartiers. Un sentiment d'anarchie et de chaos emplirent les poumons de la ville.
Le but de l'Escadron n'était pas de faire des victimes innocentes, mais ils savaient pertinemment en sautant de ce mur qu'ils courraient vers des pertes inévitables.
De son siège matelassé, Naile Dork, major des Forces de l'Ordre Rapprochées fut réveillé de sa somnolence lorsque des dizaines de hurlements incongrus provenant des rues normalement calmes lui parvinrent aux oreilles. Les yeux encore embrumés par les nuées de son songe, il se pencha vers la grande baie vitrée de l'open-space juxtaposé à son bureau pour observer la cohue de haut. Mais il savait déjà à quoi s'attendre.
C'était eux évidemment.
Ses mains se mirent automatiquement à trembler de rage.
Il s'attendait à ce que ce jour vienne. Il savait qu'un jour pas si lointain que cela, ils allaient recevoir la visite exacerbée de ces enfoirés du Bataillon Ailé. Toutefois, il ne s'attendait pas à ce que ce jour soit aujourd'hui.
La haine profonde qu'il portait envers le capitaine Ackerman lui aseptisa instantanément la bouche comme le revigorant. Il fallait qu'il le retrouve et qu'il l'anéantisse avant que ce dernier ne trouve l'entrée vers le monde souterrain. Oh, ça n'allait pas être une mince affaire, il fallait ruser et couper le mal à la racine : un Ackerman annihilé détruisait les chances des soldats de faire face à ce qui pouvait les attendre.
Pour ce qui concernait les autres recrues, Naile les connaissait peu mais pouvait aisément imaginer une belle brochette de suicidaires prêts à tout pour trouver l'entrée d'Ektyos. Ils avaient dû être préparés, ils ne devaient avoir aucun sens du danger. Somme toute un beau guêpier dans lequel il s'apprêtaient tous à sauter à pieds joints. Il ne s'agissait plus de plaisanter à présent. Le Bataillon Ailé voulait jouer ?
… alors ils allaient jouer.
Cela devait faire une minute tout au plus que la guerre avait été oralement déclarée par son cri et pas une seule manifestation de riposte de la part des FOR n'était visible. Erwin redoutait le retour de flamme comme jamais il n'avait pu craindre quelque chose pareillement. Comment allaient-ils les empêcher ? Allaient-ils seulement sortir de leurs locaux ? Trouveraient-ils cette fichue entrée ?
Il ne pouvait désormais plus voir Levi, ni Hanji. Il se perdait dans les ruelles trop peu connues de ce côté de Shiganshina. Une partie de son équipe s'était dispersée vers les rues adjacentes tandis qu'il entendait les déclenchements de grappins du reste de ses coéquipiers le suivant de près.
- « On se disperse ! mugit-il. Comme à l'entrainement ! Tous les sacrifices que nous avons fait jusque là étaient pour cet instant ! »
Tous crièrent de concert pour exprimer leur accord tandis qu'ils passaient non loin de l'aile des locaux des FOR. Le major était déterminé à parvenir à mener à bien cette ultime mission.
Soudain, une balle fendit l'air et vint frapper de plein fouet son coéquipier droit. Erwin sentit son cœur s'interrompre en voyant un collègue dévoué perdre équilibre, ses grappins fendillant la roche et s'écraser dans sa chute.
- « Luke ! s'époumona Nanaba. »
Son regard en disait plus long que n'importe quelle parole. Elle était prête à donner sa vie pour réanimer, ou tenter n'importe quoi pour allonger la vie de son coéquipier. Une cassure dans la voix et tandis qu'elle voyait le reste de l'escadron s'envoler toujours plus loin de la dépouille elle s'écria :
- « Nous devons-
- Continuez à avancer, hurla Erwin, protégez-vous, et tuez les FOR !
- Mais enfin-
- FAITES CE QUE JE VOUS DIS ! »
Abandonner un soldat au champ de bataille était sans doute une des plus amères des blessures que pouvait ressentir un major. Néanmoins, accepter le regard des ses pairs tandis que l'on accomplissait cet acte inhumain conciliait à la pire des douleurs.
Erwin savait qu'il faisait le bon choix en laissant Luke derrière. Ce n'était pas la première et ça ne serait définitivement pas la dernière fois qu'ils laisseraient pour mort un camarade à terre. Il savait surtout que ses partenaires finiraient par comprendre.
Au Sud, la brigade de Levi s'engageait dans un foutoir innommable. Les balles fusaient comme l'on pouvait s'y attendre et les cris des citoyens faisaient froid dans le dos.
Tandis qu'ils luttaient pour se protéger des assauts incessants des FOR, Armin et Connie qui se protégeaient mutuellement dos à dos aperçurent un enfant manifestement mort sur le sol. Un haut le cœur prit de court le blond. Sa tête se mit à tourner brusquement et il devint bien rapidement incapable de viser juste.
- « Hé Armin, balbutia Connie, lui-même tremblant par sa découverte, ne le regarde pas. On doit avancer. »
Mais Armin n'entendait plus rien. La petite main de cet enfant se noyait à présent dans le sang de son possesseur qui s'écoulait à une vitesse fulgurante. Face contre terre, il lui semblait voir s'échapper l'âme de ce gamin qui avait encore il y a quelques heures, toute une vie devant lui. Les bourdonnements continus des balles qui transperçaient les innocents, les FOR et sa propre équipe le paralysaient. Bientôt, il n'allait plus être à couvert.
Non-loin, Erd entrevu la scène. Il se revit, des années auparavant découvrant son premier cadavre citoyen. Il savait qu'il ne pouvait pas lâcher Eren d'une semelle mais le besoin d'aider ce pauvre gosse à reprendre ses esprits était vital.
Après de multiples combats partagés, les officiers pouvaient se comprendre d'un regard unique. Ainsi, il laissa Eren à la charge de Petra après une œillade significative. Accourant vers le blond, désormais sans défense, il le prit sous son aile et le protégea des tirs grâce au sorte de bouclier en kevlar dont il disposait. Sommairement à l'abri derrière une façade, Erd le secoua :
- « Allez petit gars, reprends-toi !
- Il n'avait rien demandé, il était petit, il était innocent …
- N'y pense pas, ce n'était pas ta faute. »
Sasha apercevait la scène d'un œil épouvanté. Elle lâcha Armin du regard pour avancer et prendre la place d'Erd auprès d'Eren. Il fallait qu'elle soit forte, Hanji serait fière d'elle.
Comment en si peu de temps autant de sang avait pu être versé ?
L'escadron se rapprochait tant qu'ils allaient bientôt devoir en arriver au corps à corps. Sasha empoigna le couteau dont l'étui était fixé vers sa cuisse afin d'être parée à toute éventualité. Petra l'imita immédiatement, gardant dans l'autre main son semi-automatique qui déversait un flot de balles véloce à l'encontre de ses ennemis.
Une vague d'adversaires arriva, se jetant sur les recrues qui hurlaient leur rage de vaincre. Petra tua quatre d'entre eux qui se précipitèrent sur Eren pendant que Sasha soutint ses arrières. Une tigresse des FOR se précipita sur elle. Sans crier gare, Sasha lui plaça un coup de couteau dans le ventre. Elle sentit son regard muer : changeant la rage contre de l'angoisse ramenant Sasha à l'acte qu'elle venait de commettre. Elle se souvint que cette jeune femme qu'elle venait de poignarder était celle qui lui avait servit de l'eau lorsqu'elle mourrait de soif après un entrainement avec Shadis.
Plus rien ne serait comme avant désormais.
Sasha tremblait, poussant la jeune femme de deux ans son ainée sur le côté, elle lâcha son couteau. Elle venait de tuer quelqu'un. Petra l'aider à se relever tandis qu'elle la remerciait pour son aide :
- « Merci ! Si tu n'avais pas été là, ç'aurait été Eren qui serait à sa place. »
Comment pouvait-elle la remercier ? Elle venait de tuer quelqu'un.
Traversa alors son esprit une constatation simple à laquelle elle n'avait jamais véritablement réfléchi. Chacun de ses supérieurs avait vu la mort et en avait presque payé les frais. Pour eux, c'était désormais chose normal que d'ôter la vie à un rival. Son regard se perdit dans celui de Petra, d'Erd, de Levi : ils étaient des meurtriers. Et elle l'était aussi.
…
Les soldats de la 104ème courraient dans tous les sens. Ayant pénétré les locaux des FOR, ils n'avaient malheureusement rien trouvé de plus que des bureaux vides. Pas de passage secret, ni de porte vers le clan H. La pire des tournures possible prenait le pas sur le déroulement du plan.
- « Fais chier, se lamenta Erd qui perdait patience.
- Est-ce que je pourrais faire quelque chose pour vous aider ? s'exprimait Eren qui avait été jusqu'alors très silencieux. J'en ai assez de rester en arrière ligne, je sais me défendre !
- Ne commence pas Eren, intervint Petra plutôt sèchement. C'est déjà assez difficile comme ça. »
Il souffla un grand coup pour marquer son mécontentement, pourtant au courant de la situation dans laquelle ils étaient tous. Cependant, il lui était inconcevable de rester les bras ballants alors que toute son équipe se battait pour sa vie.
Levi ouvrait les portes à grands coups de pieds, sans même prendre le temps de se protéger en cas de piège. Sa conscience et son instinct lui conseillaient respectivement d'y aller franc jeu, et de ne pas prendre de pincettes avec ceux qui avaient démarré cette guerre en coopérant.
- « Bon, congédia Eren. Ça va faire vingt minutes qu'on enfonce des portes. Vous voyez bien qu'il n'y a pas un seul FOR en vue, on pourrait peut-être passer à autre chose ? »
Le brigadier se retourna instinctivement vers lui pour lui faire saisir l'importance du moment. Ils ne pouvaient pas oublier un seul bureau. Et alors qu'il s'apprêtait à lui faire une remarque quant aux aises qu'il se permettait de prendre, on entendit un reniflement du placard à balais.
- « Je crois que ça vient d'ici, murmura Armin en pointant la porte juxtaposée au groupe. »
Tandis que Levi se préparait à enfoncer – de nouveau – cette porte comme il se devait, Petra l'interrompis en plein milieu de son geste. Elle lui fit signe de ne plus faire de bruit et tourna simplement la poignée. Une jeune recrue de la 104ème se dévoila alors, cachée entre les balais et les torchons. Armin, tout près de lui le reconnu comme un camarade de promotion avec qui il s'était maintes fois entrainé auparavant avant qu'ils ne soient séparés par leurs affectations. Le jeune homme était en larmes et reniflait désormais sans gène. Il avait été découvert, il ne lui restait plus grand chose à perdre :
- « Regardez-moi ça… ricana Levi avant de l'attraper par le col. »
La pauvre recrue avait abandonné toute crédibilité et se laissa à présent porter comme un chaton égaré. Les sourcils d'Eren s'arquèrent alors que Levi trainait presque le jeune homme à sa suite pour qu'il parle. Il connaissait certains antécédents de Levi tout du moins, les ragots qui circulaient autour des soldats. Il le savait violent, et prêt à tout pour mener à bien les missions. Mais il n'avait jamais vu de ses propres yeux le Levi sombre dont parlait Hanji quelques fois.
- « Je te donne deux options, commença-t-il. » Mais le membre des FOR ne s'arrêtait pas de se débattre et de gronder, sacrément mécontent. On aurait dit un chien enfermé qu'on venait de libérer de sa geôle, quasiment incontrôlable. Il avait beau pleurer il n'en restait pas moins sur la défensive. Excédé, Levi darda un simple mais terriblement efficace : « Arrête de grogner, tu me casses les oreilles et ce n'est clairement pas ça qui attirera ma clémence. »
Eren retrouvait à présent le Levi froid et distant qu'il avait pu connaitre. Son estomac se retourna face à cette façade qu'il enfilait aussi naturellement qu'un masque. C'était comme être témoin du changement instantané d'une personne. Une sorte d'éclair de fumée et l'individu disparaissait pour laisser place à un inconnu. Eren redoutait la suite de la discussion.
- « Soit, reprit-il, tu me donnes les informations que je veux… » Le FOR arrêta de respirer : « Soit je te bute.
- Ils ne m'ont pas mis au courant, je ne sais rien, vous n'obtiendrez rien de moi ! mugit-il en tentant de le mordre.
- Ce n'est pas ce que je veux entendre, tonna-t-il en sortant son couteau fétiche de son fourreau.
- Allez-y, provoqua-t-il dans un élan de robustesse. Je vous dis que je ne sais rien.
- Qu'est-ce que tu sais sur le clan H ? renchérit Petra, menaçante.
- Je sais que je vous emmerde, claqua-t-il plein de rancune.
- … parce qu'en plus d'être lâche, t'es stupide. »
Attaché et incapable du moindre mouvement, le jeune homme ne put être que le spectateur du magistral coup de couteau que Levi enfonça dans sa cuisse. Les fibres se déchirant ainsi que sa voix, le FOR laissa retentir toute sa douleur aux seins des quatre murs.
Les yeux d'Eren se mirent à vrombir, sa frustration n'avait d'égal que son impossibilité à parler. Il était conscient du caractère obligatoire qu'avait cette séance de torture. Et au fond de lui, il était parfaitement conscient de son ultime volonté : celle de réduire à néant le clan H et alliés. Il était conscient que Levi ne pouvait laisser aucune place au hasard, et devait faire sortir la moindre bribe d'information possible pour pouvoir avancer comme il était prévu. Mais voir l'homme qu'il chérissait le plus au monde comédien principal de cet acte barbare fit naitre en lui des sentiments confus.
Erd le retint d'esquisser le moindre mouvement en le soutenant par les épaules :
- « Laisse-le terminer, lui chuchota-t-il entre deux hurlements de douleur. Il sait ce qu'il doit faire. »
Eren jeta un coup d'œil vers ses compères : aucun d'eux n'osait faire un mouvement. Il crut apercevoir une larme couler le long de la joue de Connie qui détournait volontairement le regard pendant que Sasha soutenait Armin par l'épaule qui manquait de chanceler. Cette scène d'une rare violence semblait presque irréelle.
Une violence irréelle qu'Eren ne connaissait que trop bien.
La pression des paumes d'Erd sur sa peau accentuaient la blessure qui demeurait dans ses souvenirs revenant à la surface. Eren entendit le mécanisme presque rouillé de son émetteur pulser contre son cœur. Et en une fraction de secondes, il revit la torture de sa mère comme s'il la vivait à l'instant présent.
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- « Lâchez-moi ! hurlait-elle à ses détracteurs. »
Ligoté, bâillonné et faisant face à la scène, un homme d'une carrure imposante forçait le gamin qu'était Eren à cette époque à regarder de tous ses yeux sa mère supplier pour sa vie.
- « Réponds-nous ! Où est-il putain ! »
La mère mordit furieusement le bras qui la maintenait en place et cracha :
- « Vous pouvez toujours crever je ne le vous dirai jamais !
- Si tu ne parles pas maintenant c'est toi qui va crever. » Il se massa brièvement les tempes avant de poursuivre lentement : « Écoute, ne sois pas stupide. Carla… Ne joue pas à la plus maline avec nous. Notre but n'est pas de te faire du mal. Mais je pense que tu en as assez fait dans toute cette histoire. Alors maintenant tu vas répondre à notre putain de question : où est ce putain d'émetteur ?! »
Carla tourna la tête sèchement vers son fils, pleurant les dernières larmes que son corps était capable d'encore produire et cracha :
- « Allez bien vous faire foutre. »
Le détracteur ne réfléchit pas une seconde de plus avant de lui coller une balle entre les deux yeux.
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Pas une larme ne coula sur son visage figé par l'horreur. Eren tremblait de rage. Il voulait réduire à néant un à un les détracteurs qui avaient osé s'en prendre à sa mère. Si ce traitre que Levi manipulait entre ses mains de maître était complice des FOR, alors il était complice du reste et indirectement responsable de la mort de sa mère.
La pitié qui était née en Eren quelques secondes auparavant se tût aussitôt pour laisser place à une pulsion vengeresse aussi lourde qu'elle n'était indomptable. Levi continuait son interrogatoire alors qu'Armin détournait les yeux non loin. Les pleurs du lâche et ses gémissements craintifs provoquèrent une nausée aussi violente qu'elle n'était inattendue chez l'adolescent.
La vérité était qu'Eren voulait s'en charger lui-même.
Il voulait le voir ployer sous sa main dominante.
Il voulait lui montrer que les actes barbares ne finissent jamais impunis.
Il voulait qu'il souffre autant que sa mère avait souffert.
Après quelques instants de pur châtiment, la victime concéda à coopérer, totalement anéantie par l'angoisse de la mort qui avait finalement refait surface :
- « Ils sont dans le souterrain ! Le passage est dans les caves de l'immeuble… de la… de… »
Et alors qu'il tentait vainement de retrouver de l'air, le jeune homme sentit son cœur s'interrompre. L'anxiété – développée en restant seul, caché dans ce placard - l'hémorragie et la torture psychologique eurent rapidement raison de lui.
Plus un bruit ne résista au calme de la mort qui embauma les quartiers. Il régnait un silence inévitable que Sasha vint briser en vomissant ses émotions dans un coin de la pièce. Aussi forte soit-elle, elle possédait des limites qui venaient allégrement d'être franchies. Petra alla gentiment lui tapoter le dos, l'aidant à se remettre de ce qu'elle venait de voir.
Levi se releva, essuya la lame de son couteau avec l'aide sa cape et coula un regard emplis d'émotions complexe vers le reste des recrues. Tout particulièrement vers Eren. Ce dernier, contrairement à ce qu'il aurait pu imaginer ne sourcilla point bien au contraire. Il emboita le pas de Levi, le dépassant même et invita ses semblables à faire de même :
« Dépêchons-nous, nous avons obtenu des informations essentielles, maintenant c'est à nous de jouer. »
Le brigadier, décontenancé se demanda ce qui avait bien pu passer par la tête de son amant pour qu'il réagisse de la sorte mais il se raisonna en se rappelant qu'ils avaient bien plus urgent à régler.
Eren prit les devants tandis que Levi prévenait les autres escadrons à l'aide de son bipper de l'avancée de la situation.
« On continue comme prévu, indiqua le brigadier. Je vérifie l'état des lieux avant de poursuivre. Attendez-moi en bas, et ne laissez pas Eren se faire la malle. »
Le prénommé leva les yeux au ciel, il commençait vraiment à-
« Nous savons que tu peux te défendre Eren, interrompit Petra alors qu'il songeait. Mais une protection en plus ne fait jamais de mal, et que tu restes entre nous rend la chose plus facile, tu comprends ?
- Je ne suis pas un gamin, lâcha-t-il l'air hautain. Tu n'es pas obligé de tout m'expliquer comme si j'étais trop stupide pour le comprendre seul. »
Petra ne prit même pas le temps de s'offusquer après tout, Eren était Eren. Et ce n'était sûrement pas maintenant qu'il allait être foudroyé d'un éclair de lucidité.
Levi s'écarta ainsi du reste de son groupe, conscient du danger omniprésent. La vérification de l'immeuble devait être terminée, auquel cas ils continueraient à avancer dans un flou aussi opaque que n'était leur destination. Dans un sursaut d'égo tout à son honneur il parti seul sans le moindre renfort. Eren le regarda s'éloigner du coin de l'œil, courroucé par sa fierté lancinante qui l'obligeait à se tenir loin de lui dans un cadre aussi dangereux. Une douleur lancinante allait et venait comme un boomerang suintant d'un liquide acide. Ses pensées cognaient aux portes de ses réceptions cognitives, l'éloignant de la réalité et du songe. Il ne sut plus si à cet instant il rêvait tant tout cela lui semblait irréel : Levi disparu au carrefour des couloirs interminables de ces locaux.
Triomphant de ses sentiments, Levi ne se focalisait plus désormais que sur les bruit ne provenant pas de son équipe. Sa cape jais s'élevait et retombait sur ses pas pressés. Il savait être rapide et discret, se faufilant dans chaque coin sans se faire repérer. Il n'était pas véritablement certain de ce qu'il cherchait, quand bien même il avait la certitude de ne pas vouloir le trouver. Sans entendre un mouvement étouffé, il fit volte-face immédiatement son sixième sens l'alertait qu'une tierce personne l'observait, et que celle-ci avait tout sauf de louables intentions.
« Montre-toi sale enflure, murmura-t-il l'air menaçant. »
Des soufflements feutrés se firent entendre. Ce n'était définitivement pas ceux d'un membre de son escadron. Levi était pris en chasse. Toutefois il refusa catégoriquement d'être la cible : Levi n'avait jamais incarné un autre rôle que celui du chasseur, ce n'était pas ce jour-ci qu'il allait devenir subitement la proie.
« Allez, fini de jouer. Montre-toi qu'on en finisse. »
Mais seul le silence accueilli sa requête et les soufflements s'effacèrent aussi vite qu'ils n'étaient parvenus à ses oreilles. Le brigadier ne supportait pas qu'on le prenne pour un moins que rien.
Levi sentit une présence dans son dos. Il fit demi-tour et aperçut la silhouette à contre-jour d'un membre des Forces de l'Ordre Rapprochées, la mine déconfite par la peur, son fusil d'assaut s'égouttant le long de sa cuisse. Son arme préalablement dégainé Levi s'apprêta à faire appliquer la loi martiale lorsque Naile Dork, dans son dos, lui asséna un puissant coup de crosse à la base de son crâne. Ayant frôlé de peu le coup du lapin, Levi ne parvint plus à réfléchir correctement pendant un court instant, instant durant lequel Naile en profita pour savourer sa douce vengeance :
« C'est marrant toute cette histoire » rit-il alors que Levi peinait à se débattre en raison du coup porté : « C'est vraiment le pied de voir un pédant dans ton genre s'écrouler avec une simple commotion. « Levi l'invincible » se voit maitrisé, vous m'en direz tant.
- Attaquer de dos, articula Levi, c'est tout à fait ton style.
- En attendant ce n'est pas moi qui me retrouve à terre à l'instant où nous parlons. » Il explosa d'un rire équivoque alors que Levi paralysé par la rage et par l'affront se retrouvait incapable de soulever la carcasse qui l'écrasait. Le brigadier retrouvant peu à peu ses esprits, se vit retirer instantanément son arme alors que Naile appelait les recrues dissimulées dans les pièces environnantes : « Kora, Romy, Adam, venez-là. »
Les recrues aux musculatures imposantes s'approchèrent sans ciller et tinrent Levi d'autant plus fermement qu'il ne commençait à retrouver ses forces. Ils n'avaient en rien les carrures malingres de certains FOR qu'il avait pu observer lors de sa dernière visite en attestait le tatouage en forme de triangle de l'un sur son pouce droit alors qu'il empêchait à présent le brigadier de parler. Levi avait beau être fort, stratégique et puissant, il ne rivalisait pas contre la traitrise des attaques dans le dos et la vigueur des membres du clan H musclés par des années à vivre enfermés comme des rats.
Dans une rage incandescente, Levi mordit la main qui obstruait sa bouche et envoya – non sans difficulté – valdinguer les deux jeunes femmes aux corps de buffles qui le maintenait avec fermeté : il ne s'avouait pas vaincu, il n'allait pas se laisser torturer sans combattre. Naile, ne s'attendant définitivement pas à ce qu'il riposte de la sorte, dégaina son taser afin qu'il soit définitivement docile.
Soudain derrière lui, dans un cri épouvantable, Eren surgit et planta d'un geste dévastateur son couteau dans le dos de Naile. Il continua ainsi, retirant et enfonçant la lame froide encore et encore, jusqu'à ce que Naile tombe raide sur le sol. Ce dernier n'eut même pas le temps de ressentir la douleur, aveuglé par la surprise. Les yeux injectés de sang, Eren vengeait son amant : la couardise venait enfin d'être condamnée.
Levi rencontra finalement ses yeux et son sang se figea: « Eren… fit-il malgré lui. » Il ne pouvait dire autre chose, il ne pouvait se contenter que de l'appeler.
Les trois recrues vite placées hors d'état de nuire, Levi se retrouva face à un homme qu'il ne reconnaissait presque plus comme étant celui dont il était amoureux. Son souffle était rauque et de sa peau caramélisée suintaient des perles de sueur provenant de l'adrénaline. C'était comme si Eren ne l'avait pas encore vu, et finalement il capta son regard. Il se transforma instantanément, ses tremblements se turent et sa voix retrouva son timbre habituel. Il prit conscience des quatre corps étendus à ses pieds, dont celui de Naile changé en charpie et releva la tête vers Levi. Toutes les émotions du monde pouvaient à présent se lire dans ses yeux : regret, dégoût, incompréhension, peur, et enfin amour. Eren se jeta dans les bras de son caporal le serrant de toutes ses forces.
« Tu es vivant ! » hurla-t-il, sa voix craquant en plein milieu de la phrase : « Tu es vivant, tu es vivant, tu es vivant… » répétait-il en pleurant à chaudes larmes.
Eren, en bon vieux disque ressassant les mêmes paroles ne pouvait s'empêcher de dire autre chose. Comme si s'il s'arrêtait de le dire, le sort se briserait et Levi finirait bel et bien par succomber à l'attaque qu'ils venaient d'essuyer. Levi ne savait trop comment réagir. Il était soulagé de le voir en vie à son tour, soulagé qu'il l'ait sauvé mais terriblement inquiet quant à sa hargne précédente, et résolument courroucé de le voir sans le reste du groupe.
« Que s'est-il passé ? Pourquoi es-tu dans cet état ? Pourquoi est-ce que tu… Pourquoi…
- Espèce de con, cracha Levi la main en l'air comme s'il s'apprêtait à le frapper. »
Il se mordit la lèvre, tiraillé. Levi était confus, et tellement inquiet pour lui, il ne savait même pas s'il avait la force de le baffer pour qu'il comprenne la leçon. Les yeux tombant de l'adolescent, embués par la tristesse et par la crainte finirent par avoir raison du supérieur, incapable de le sanctionner. Ils n'avaient pas le temps d'analyser la rage meurtrière par laquelle Eren avait été possédé quelques secondes de cela. Et à dire vrai, ils n'avaient pas véritablement envie de comprendre. Les amants préférèrent fermer les yeux sur toute cette affaire ce n'était pas la première fois qu'Eren agissait de la sorte et ça ne serait certainement pas la dernière.
Eren quémandait un baiser de la part du brigadier. Il fixait ses lèvres comme le plus divin des appâts sans trop s'en approcher de peur qu'il ne se fasse réprimander. Levi le prit en pitié et autorisa sa bouche à toucher la sienne dans un ballet enivrant. Il plongea ses mains dans la crinière de fauve du jeune adulte et l'attira encore plus contre lui. Eren pleurnichait contre son cœur, secoué et enivré par les effluves séduisants de son partenaire.
« Eren… qu'est-ce qui t'as pris ?
- Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, raconta-t-il. Je, j'ai senti que tu étais en danger… comme une sorte d'instinct incontrôlable. J'ai senti l'émetteur pulser un peu plus fort, c'était comme si j'entendais le danger. » Levi se sentait profondément impliqué par tout ce qu'Eren pouvait dire : « Alors je me suis défait de l'emprise de Petra et d'Erd, j'ai couru du plus vite que j'ai pu pour te rattraper. Puis je t'ai vu coincé au sol entre ces trois malabars et le major des FOR qui te narguait, et c'est à ce moment que je ne me souviens plus vraiment…
- Un peu comme une crise ?
- Ça y ressemblait en quelques points, oui. J'étais conscient de mes actes mais je n'étais que spectateur de mon corps qui se déplaçait sans que je ne le commande. » Un lourd silence tomba, Eren mordilla la propre peau de ses joues, nerveux : « Tu m'en veux, hein… ? Tu penses que je ne suis qu'un monstre, c'est ça ?
- Gamin… chuchota-t-il presque. Je serais bien mal placé pour te dire ce genre de choses. J'ai tué bien plus que tu ne pourrais l'imaginer. Tu as voulu me protéger, tu m'as sauvé la vie. » Eren n'y croyait pas un traitre mot. Il ne réalisait pas totalement ce qu'li venait de faire mais il avait conscience que le regard de son partenaire en était à présent altéré. Levi le remarqua aussitôt, il l'appela doucement : « Eren. Tu es toujours là, c'est tout ce qui compte. Tu as empêché un paquet d'emmerdes à l'instant. Je ne t'en veux pas : je te remercie. »
L'adolescent papillonna, faisant tomber quelques gouttes de ses cils. Ils s'enlacèrent ainsi, les genoux baignés du sang de leurs victimes. Quelle drôle d'idée que de s'aimer dans un cadre pareil ! Mais ils n'avaient pas tellement le choix. L'un était le salut de l'autre : l'un permettait à l'autre de ne pas perdre pied sur la réalité tout en s'éloignant comme il le fallait de l'horreur quotidienne qu'ils vivaient.
Levi ne lui avait pas menti quant à ses affirmations, mais il ne lui avait pas accordé toute la vérité non plus. Évidemment qu'il ne lui en voulait pas mais découvrir cette facette d'Eren, manipulatrice, violente et acerbe le préoccupait autant qu'elle ne l'attirait. Eren n'était plus dorénavant le petit oisillon paisible et apeuré, il ne l'avait jamais vraiment été d'ailleurs. Et tout cela, Levi commençait seulement à en saisir les tenants et aboutissants.
Eren savait être sans cœur pour protéger celui qui en était le maitre.
Les équipes arrivèrent au compte goutte vers les locaux tandis que celle de Levi avait déjà pénétré les sous-sols de l'immeuble. L'entrée vers le monde souterrain était loin de s'apparenter à ce qu'ils imaginaient. Armin et Mikasa avaient esquissé une ébauche de leurs souvenirs d'enfants, alors qu'ils avaient quitté Ektyos. Mais il fallait bien avouer qu'elle ne ressemblait à rien à ce dont il s'était remémoré. Ce n'était pas vraiment une porte, plus une sorte de trouve béant dont les charnières attestaient de la présence d'une plaque en bois auparavant.
« On descend, ordonna le caporal sèchement. Je passe en premier, Petra tu restes avec Sasha jusqu'à ce que je te dise le contraire. Les autres, restez armés et faites-en sorte qu'il y ait au moins une bonne vingtaine de marches entre chacun parce que vous marcherez seul. Sauf pour toi Jäger évidemment, tu resteras avec Erd. N'actionnez vos grappins sous aucun prétexte à moins que je vous en donne l'ordre, ça m'a l'air… plutôt exigu là-dedans. C'est pigé ?
- O-On n'attend pas les autres équipes ? balbutia Armin, ses doigts s'enroulant nerveusement autour du canon de son revolver.
- On ne va pas débarquer tous ensemble en se tenant la main, Arlert. Le passage est étroit, il vaut mieux que l'on se hâte avant que les autres n'arrivent d'ailleurs. Cela nous permettra de partir en éclaireurs et de prévenir les autres escadrons de ce qui les attend par talkie.
- Et si c'était un piège ? intervint Eren alors que Levi posait un pied sur la première marche.
- Eren, on n'a pas vraiment le temps de psychoter sur l'avancée de la situation. On est équipés, non ? Si c'est un cul-de-sac, on remontera comme des grands. Et si je passe en premier, c'est justement pour prévenir d'une telle situation.
- Il n'a pas tort Levi, ajouta Erd les paumes plaquées contre ses réserves de gaz. Si ce passage ne s'avère être qu'une vulgaire cave, on pourrait se retrouver piégés.
- Vous écoutez quand je donne les directives ? asséna-t-il, sévère. » Tous baissèrent la tête instinctivement : « Petra et Sasha restent ici pour éviter que l'on se retrouve cloisonnés ici. Putain, parfois je me demande si j'ai vraiment affaire à l'élite de la nation ou… juste à une bande de bouffons en rangers. Allez, on se magne le fion, je n'ai pas envie que cette mission s'éternise. »
Tout était à présent limpide. Et même si cela n'avait pas été le cas, il était certain que les recrues préféreraient largement contenir leur reproches qu'oser avoir à l'audace d'ouvrir leur bouche une fois de plus.
Eren voyait Levi agrandir de nouveau la distance qui les séparait. Il ne saisit vraiment les tenants de ses actes que lorsqu'il emboîta son pas immédiatement, signifiant aux autres qu'il passerait juste après. Cet acte pouvant paraître innocent ou subtile ne l'était aucunement, Eren foudroya du regard Connie (sans pour autant s'en apercevoir), tel un garde aboyant sur un inconnu foulant un territoire protégé. Son territoire protégé. Erd souleva un sourcil en guise d'incompréhension mais garda ses remarques dans un coin de sa tête. L'ambiance n'était pas vraiment propice à faire des blagues, et les légers grognements d'Eren qui paraissait à la fois à bout de souffle et pris d'une colère maladive n'arrangeaient rien au tableau déjà peu bucolique.
Erd caressa son menton, attendant le signal de Levi et zieutant furtivement la façon qu'avait Eren d'attendre. Il était définitivement sur ses gardes, prêt à bondir à n'importe quel instant si une ombre venait à se mouvoir dans le passage vers le souterrain. Le supérieur n'avait obtenu aucune information quant à la fuite d'Eren pas de réprimande, pas de cris de la part du caporal. Non, rien. Lorsqu'ils étaient revenus, alors que l'adolescent leur avait une fois de plus échappé, ils semblaient perturbés l'un comme l'autre. Et alors que le reste de l'escadron leur avait demandé s'ils avaient rencontré des adversaires en vu de leurs genoux ensanglantés et de la figure d'Eren tachetée d'éclaboussures semblables, ils n'avaient rien rétorqué non plus. L'ambiance était suspecte, bien trop tendue entre les alliés, même pour une mission de cette ampleur. Et cela mettait Erd dans un état lamentable, il se voyait angoissé et bien trop anxieux vis à vis de ses recrues et de ce qui pouvait les attendre en bas.
Vint finalement leur tour, Eren n'attendit pas une directive de plus et se précipita presque, s'engouffrant dans l'opaque brume humide du passage. Si Erd ne l'avait pas maintenu par le collet, il était persuadé qu'il aurait foncé rejoindre Levi sans tenir rigueur des vingt marches d'espacement.
« Calme-toi Eren, respecte ce que nous avons dit, ordonna-t-il d'ailleurs dans un chuchotis imperceptible. Tu ne voudrais pas te faire réprimander par le caporal à notre retour, non ? » Ils marchaient à tâtons dans le noir le plus total, jetant de brefs coups d'œil vers l'entrée dont le halo de lumière n'éclairait plus qu'une infime partie du chemin. Lorsque soudain, les torches ornant les murs moites s'allumèrent laissant miroiter des flammes qu'ils devinaient être factices. Suite à cela, Eren hocha sobrement de la tête et se reconcentra un peu davantage sur là où il mettait les pieds : « Fais attention à ne pas glisser, ces escaliers m'ont l'air de ne pas avoir servi pendant plusieurs années, constata-t-il.
- Mmh, acquiesça le jeune homme comme pour se faire pardonner. »
Eren ne savait pas tellement à quel jeu est-ce qu'il jouait. Il demeurait dans un flou total depuis son attaque imprévue envers Naile. Cela pouvait paraître étrange, mais il ne regrettait pas ses actes. Il s'était préparé toute sa vie et tout du long de son entrainement à ce genre d'éventualité. Et si en plus, il avait eu à agir pour sauver l'amour de sa vie, il n'avait pas à se sentir coupable de quoi que ce soit.
Quand bien même, une vague de remords et d'empathie lui obstruait la gorge depuis cinq bonnes minutes.
Il devina les pas feutrés d'Armin descendre peu à peu les marches qu'il avait pu foulé. Cet escalier semblait interminable et Levi ne donnait toujours aucun signe sur l'arrêt de leur progression.
Finalement ils arrivèrent au bout des marches, et Levi mit enfin pied à terre restant inquiet quant à l'avancement de la mission. Tout ceci était bien trop calme, tout se déroulait trop facilement. Dans deux minutes l'Escadron d'Erwin les rejoindrait. Il n'était pas normal que la porte rendant vers Ektyos ne soit pas gardée par des soldats armés jusqu'aux dents, et il n'était certainement pas normal qu'ils progressent sur un chemin illuminé.
« J'envoie le signal à Petra pour qu'elle nous rejoigne avec Sasha ? l'interrogea Erd, son talkie à la main prêt à mettre en application ses dires. »
Levi interrompit son geste en s'emparant de la machine. Il demeura muet, toisant chaque coin de mur susceptible d'abriter une équipe dissimulée, mais il ne voyait pas suffisamment clair, et l'endroit était terriblement vaste. Car en effet, si le passage au début ne se résumait qu'à une étroite succession de marches, celui-ci venait à s'agrandir radicalement au fur et à mesure moyennant un vertigineux gouffre de part et d'autres, dans lequel les soldats ne désiraient nullement plonger.
Ektyos était elle derrière cette immense porte en bois ?
Eren tremblait d'excitation, d'appréhension mais surtout de peur. Il allait retrouver son ancienne cité, dont les souvenirs avaient été emprisonné par cryogénie dans un de ses lobes. Comment allait-il réagir ? Allait-il seulement pouvoir apercevoir les voutes des maisons ou allait-il mourir avant ? Eren ne voulait pas périr ici. Pas ici, pas ainsi. Il avait encore tant de choses à découvrir, tant de choses à rêver. Il voulait pleinement s'amuser avec ses amis, approfondir sa relation avec Levi. Il ne se donnait même pas le choix : qu'il se prenne une balle dans le cœur ou dans la tête (pourvu que ça lui remette quelques idées en place) il ne saurait se laisser tomber à terre et continuerait malgré tout.
Douces paroles d'un homme bien trop déterminé.
Car que pourrait faire un homme contre une balle de plomb lui transperçant la poitrine ?
En une envolée sifflante, une de ces munitions vint transpercer d'une part le biceps encore en mouvement de Connie qui poussa un hurlement de détresse lançant l'alerte au reste de l'escadron : ils étaient encerclés.
Là ça va vraiment commencer à devenir intéressant !
Alors quelles sont vos petites impressions ? Il est naturellement voulu qu'il y ait une sorte de rythme binaire en miroir sur la considération entre Levi et Eren. Ils redoutent que l'autre le voit d'une manière différente en fonction de ses actes (bon là c'est un peu poussé à l'extrême mais vous saisissez le message haha). Ils n'ont toujours pas compris avec leur petite cervelle de bulot qu'ils s'aimeront peu importe ce que l'autre entreprend, quelle belle bande d'abrutis !
Je tenais à m'excuser pour ma lourde absence malheureusement je ne pourrais revenir à un rythme comme j'en avais l'habitude les années précédentes comme je vous ai dit ! La prépa est encore plus dure que ce à quoi je m'imaginais haha ! Mais on survit comme on peut ;) je plaisante, c'est tout de même extrêmement enrichissant et je ne suis pas là pour me faire plaindre !
En tout cas je tenais également à remercier les gentils lecteurs et lectrices d'être toujours ici, et si tel est le cas, j'espère que le chapitre vous a plu ! Sinon faites moi remonter vos critiques constructives, je suis toute ouïe (notamment en vue de ce chapitre, je n'en suis pas très satisfaite, je n'ai jamais été très douée pour décrire l'action par écrit).
Prochain chapitre : plus d'Ereri en vue (normalement héhé) et découverte d'Ektyos. Hâte de vous taper tout cela !
Je vous embrasse, prenez soin de vous,
Nizzie.
