Coucou mes petits !

Ça fait tellement longtemps... j'ai perdu le compte. Je vous ai promis que je n'abandonnerais jamais cette fic, je maintiens mes propos ;) Vous m'avez beaucoup manqué. J'espère que le confinement se passe bien pour vous. Personnellement, ça a été plutôt compliqué : la prépa à la maison c'est pas hyper propice à l'ambiance boulot, mais je n'ai clairement pas à me plaindre !

J'ai pu fignoler ce chapitre en suspens depuis des milliers d'années ! J'avais d'ailleurs initialement prévu de vous mettre deux chapitres d'un coup pour me faire pardonner mais je me suis dis qu'il valait mieux que je prenne mon temps pour le prochain (un indice en quelques mots : Eren, Levi, Lémon).

J'imagine que j'ai dû perdre énormément de lecteurs (si ce n'est tous), mais ce n'est pas grave, c'est le prix à payer. Je savais qu'en continuant à publier avec des rythmes aussi longs, je perdrai automatiquement mon lectorat. Toutefois, je peux espérer trouver de nouveaux petits oiseaux à ramener au nid ;)

En tout cas j'espère que ce chapitre vous ravira. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Au programme : de la baston, de l'amitié et de l'amour (évidemmeeeeeent) et un début de découverte d'Ektyos ! Je ne vous en dis pas plus, bonne lecture mes petits !


Connie mit un moment avant de saisir la dangerosité de la situation. L'adrénaline lui obstruait les oreilles et il ne percevait à présent plus que la poigne forte d'Erd l'entrainant derrière un pilier pour limiter l'hémorragie de sa blessure.

Le jeune soldat, perplexe, ne comprenait qu'inconsciemment qu'il encourait un grave danger. Il se contentait de se laisser trainer par son supérieur derrière cette colonne qui constituait un havre partiel contre les rafales de balles qui volaient derrière celle-ci.

On entendit les hurlements des recrues du clan H, d'abord incertains puis de plus en plus brutaux – ils prenaient de l'assurance, ce qui n'augurait rien de bon.

Levi lança un rapide coup d'œil à Petra et Sasha qui virent la scène d'en haut avant de fondre sur les adversaires comme une coquille se refermant sur sa proie. Bien qu'elles ne soient que deux, elles n'étaient pas aussi inutiles qu'elles n'en avaient l'air. Elles foncèrent toutes deux à la rescousse de leurs amis en danger tandis que Petra prévenait à la seconde même les autres escadrons de la situation. S'ils ne s'hâtaient pas, les conséquences de cette embuscade pourraient signer la fin de leur escadron voire du Bataillon, et qui sait, peut-être la fin du semblant de liberté dont pouvaient jouir les habitants de Shiganshina.

La priorité de Petra, avant même de sauver sa propre vie, était de mettre celle d'Eren à l'abri. En protégeant Connie, Erd avait baissé sa garde sur l'espoir de l'humanité, et l'avait pour ainsi dire laissé à son propre sort. Il était hors de question pour Petra qu'Eren ressorte de ce guet-apens avec ne serait-ce que la moindre égratignure.

Ceci étant dit, Eren se débrouillait bien. Il avait rapidement assimilé les acquis d'un parfait soldat. Et s'il se mettait souvent en danger, il savait riposter. Et à dire vrai, présentement, il n'y avait pas une parcelle de terrain dans cette grotte sans danger.

Les membres du clan H adoptaient une offensive brutale, mais maladroite. Ils n'avaient plus rien à perdre, ils lançaient leurs attaques sans réfléchir aux éventuelles ripostes. Ces jeunes gens n'étaient qu'une chair à canon instrumentalisée.

Petra souffla du nez et marmonna : « Pff, une bande d'incompétents. Ils ne savent pas à qui ils ont affaire. » Elle s'assura brièvement de l'état d'Eren avant de comprendre que ce dernier avait les armes et le mental pour se défendre seul. Elle l'avait lu dans ses yeux. Encore ces yeux, foutrement expressifs. Ils traduisaient de la peur, certainement, mais de la détermination encore davantage, une rage de vaincre qui effaçait presque toutes les autres émotions. Elle sut alors qu'elle pouvait le laisser se débrouiller.

Ni une, ni deux, elle s'attaqua à deux colosses du clan H qui l'attaquèrent de dos. Frappant dans tout ce qui pouvait bouger à l'aveuglette, ils enclenchèrent les gâchettes à leur poings et firent exploser trois tonneaux de poudre localisés vers les escaliers, le faisant s'effondrer. Petra rit jaune – escaliers ou non, leurs équipements tridimensionnels leurs accordaient le luxe de s'enfuir.

La déflagration étonna les soldats du clan H qui, pour le peu qu'il en restait, perdirent leur concentration. Les recrues du Bataillon, qui avaient l'habitude des détonations pendant leurs combats, en profitèrent pour achever les récalcitrants.

Ils se retrouvèrent seuls dans la grotte, une vingtaine de cadavres sur le sol. Les derniers morceaux de l'escaliers tombèrent en bruits lourds jusqu'à ce que le silence reprenne ses droits. Levi, pantelant s'hasarda à hausser la voix :

« Est-ce que tout le monde va bien ? »

Connie gémit de douleur. Ça n'allait définitivement pas bien. Pendant l'assaut trois balles s'étaient logées à quelques centimètres de sa tête. L'un d'entre elles avait cisaillé son scalp et la blessure laissait s'écouler un filet carmin gouttant jusqu'à ses épaules.

L'entièreté de l'escadron se rassembla autour de lui. L'on observa immédiatement d'où son mal provenait.

« Hé, petit gars… l'appela Levi. Petit gars, regarde-moi, ça va aller. » Connie gémissait de plus belle, compressant la blessure de toutes ses forces : « Si ce n'est que ton bras, tu n'encoures pas un danger de mort. Et la plaie sur ton crâne m'a l'air superficielle, tu vas bientôt aller mieux. Hanji et son escadron vont arriver, elle saura calmer tes douleurs. »

Connie, les yeux embués par la souffrance, opina du chef. Armin s'occupa de lui confectionner un garrot de fortune. Levi, quant à lui, se releva et fut soulagé de voir qu'étonnement, aucun mort n'était à déplorer. « Tant mieux » pensa-t-il. Cependant, ils avaient essuyé cet affront avec bien trop de facilité. Pourquoi étaient-ils si peu ? N'était-ce que la première vague ? Il ne fallait pas tarder et entrer immédiatement.

Le caporal observa ses blêmes recrues et croisa le regard d'Eren. Il compressait, les sourcils froncés, son épaule droite : sa main tremblait.

« Eren, tu es blessé ?

- Je vais bien, répondit-il. »

Apparemment, le fait qu'il devienne soudainement le centre de l'attention ne lui plaisait guère. Et Levi n'en déparait pas le lot : si Eren était blessé, cela était d'un tout autre acabit. La pièce maitresse de la mission, ainsi que de sa vie, souffrait. Il pouvait le dire, cela crevait les yeux. Et il savait pertinemment qu'Eren n'était pas le genre de luron à exprimer son mal non. Il avait plutôt tendance à tout renfermer au plus profond de son être, quitte à s'effacer sous la douleur. Quel con.

« Je te demande si tu es putain de blessé.

- J'ai dit que j'allais bien, c'est bon ! s'écria-t-il, l'air mauvais. »

Levi bouillonnait Armin se précipita alors vers son ami et retira la main qui obstruait sa plaie. Eren pâlit malgré lui tandis que son sang se déversa en un flot.

« Mon dieu, Eren ! s'exclama Armin. Ton épaule ! Que s'est-il passé ?

- Un coup de couteau d'une fille du clan, rien de grave… je n'ai simplement pas fait assez attention.

- Quand je demande si tout le monde va bien, j'exige que l'on me réponde honnêtement, putain de bordel de merde ! » Toutes les recrues s'étaient raidies tandis que le caporal s'approchait dangereusement de lui : « Montre-moi. »

Eren lui présenta son épaule en levant les yeux au ciel. Il savait qu'il était inutile d'esquisser la moindre riposte envers un Levi aussi entêté qu'il n'était.

« Je peux me régénérer, c'était inutile d'accaparer l'attention ! Connie souffre… et Sasha saigne ! la pointa-t-il alors qu'elle bandait approximativement sa blessure. Je ne suis pas en danger de mort !

- Ton avis sur les autres m'importe peu, mais si tu n'es pas assez mature pour nous dire quand tu es touché, là… là, ça me concerne.

- Allez, vous n'allez pas vous disputer pour si peu, les calma Petra. Eren n'a pas tort Levi, et nous n'avons pas vraiment le temps de nous pencher sur les blessés. Autant éluder ce qui n'est pas primordial.

- Tu étais censée le protéger, fit-il acide.

- Je sais, j'en suis désolée. Mais nous sommes tous vivants et aucun de nous n'est sur le point de mourir, c'est le principal. Dans trente minutes, il n'aura de cette blessure qu'une vaste ecchymose en souvenir.

- Il aurait pu être tué !

- Mais ce n'est pas le cas ! s'écria ce dernier. » Au grand étonnement de chacun, Eren s'était levé, faisant fi de la douleur qui le lancinait. Pourquoi se prenaient-ils la tête pour quelque chose qui n'avait même pas eu lieu ? Il appréciait savoir que Levi s'inquiétait pour lui, mais ils perdaient du temps. Et il ne voulait pas être traité mieux qu'un autre : « Je suis vivant, je vais bien. Alors est-ce qu'on pourrait passer à autre chose maintenant ? »

Levi le savait et il se sentit terriblement stupide de s'attarder là-dessus mais… mais Eren comptait trop pour lui – enfin, il comptait trop pour la mission pour qu'on ne laisse place au hasard. Et si ce couteau avait fini par toucher son émetteur ? Ils auraient été foutus.

« Je me moque de savoir qui a raison. À partir de maintenant, égratignure ou fracture ouverte, je somme chaque individu de décliner ses maux – et en particulier toi, Eren, le menaça-t-il presque. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Très bien, concéda-t-il, passablement courroucé.

- Oui mon caporal ! s'exclamèrent en chœur les autres. »

Un ange passa tandis que Connie se mordait la lèvre en tentant de retirer la balle qui se logeait toujours dans son muscle. Eren s'approcha de lui et l'empêcha de bouger davantage.

« Aucune nouvelle des autres escadrons, informa Erd en vérifiant si son talkie-walkie était bien allumé. C'est préoccupant.

- D'aucun escadron ? Pas même celui d'Hanji ? demanda le brigadier. »

S'il posait cette question, c'est qu'il avait pu discuter avec son amie avant l'assaut. Elle l'avait prévenu qu'elle ne resterait pas bien loin, qu'elle le rejoindrait au plus vite. Pour ce qui est des autres, tout demeurait flou.

« Non, d'aucun. On va devoir avancer sans eux, qu'est-ce que tu en dis ?

- On risque la mort chaque de seconde en restant plantés là, alors on bouge. » Levi se redressa et s'adressa au reste du groupe qui avait laissé trainer une oreille : « Bon. On va devoir se passer des autres. Débarrassez-vous tous de vos capes, balancez-les dans le ravin près des escaliers et enfilez les vestes des macchabés : on se fondra déjà un peu plus dans le décor. »

Cela n'emballait guère les soldats de se vêtir des tuniques imbibés de sang de ceux qu'ils venaient de tuer, mais ce n'est pas comme s'ils avaient le choix. Alors, sans discuter, ils exécutèrent les ordres.

Les membres du clan H n'avaient pas d'uniforme particulier, mais cela serait déjà plus discret que la grande cape verte qu'ils portaient tous. Levi enfila une veste qui lui arriva mi mollet : plutôt handicapant et vraiment humiliant. Celle-ci n'était définitivement pas prévue pour arriver à cette hauteur. Il la retira immédiatement pour une autre plus adaptée après avoir perçu le rire étouffé d'Eren et Petra qui l'observaient à peine cachés.

« Y a quelque chose qui vous fait marrer ? lança Levi, à demi sérieux.

- Rien mon caporal, pouffèrent-ils en détourant le regard.

- Alors virez-moi ces sourires à la con de vos tronches et ouvrez-moi cette putain de porte. »

Les deux firent dos à la scène pour ne pas partir de plus belle en éclats de rire. Les compagnons de la 104ème eux, ne pouffaient pas. Ils riaient encore moins. Leurs visages demeuraient graves. Cette première mission leur paraissait déjà tellement violente. Ils avaient perdu déjà tant de camarades lors de l'assaut. Tant de connaissances, d'amis, de frères d'armes.

Et pourtant ce n'était rien comparé à leurs supérieurs. Seulement, eux avaient appris à filtrer l'horreur. À avoir en face des yeux un voile prodigieux rendant tout plus doux.

En fait… non.

Tout n'était certainement pas plus doux, la mort était toujours aussi pénible à regarder. Ils fixaient la Grande Faucheuse emporter des hommes, des femmes dont la vie avait été coupée par leurs propres mains. Ils fixaient à chaque fois cette scène avec une sensation si douloureuse que la Faucheuse les hantait chaque soir qu'ils s'endormaient. Elle leur rappelait qu'un jour, oh un jour prochain, leur tour viendrait.

Ils étaient habitués, voilà tout.

Et Eren dans tout cela ? Il n'était pas un supérieur, lui. Alors comment restait-il aussi impassible ?

Eren… c'était compliqué. Il ne savait pas l'expliquer, mais ces horreurs lui semblaient dérisoires. Leur équipe, bien que quelque peu mutilée, s'en sortait rudement bien. Il n'arrivait à voir dans les cadavres gisants non loin de lui qu'une étape en moins le rapprochant du but ultime. Il ne ressentait pas de pitié envers ceux qu'il avait tué. Il avait, au contraire, une furieuse envie de rire. D'éclater de rire. Nerveusement sans doute, il ne savait pas. Il avait peur de s'avouer qu'il était heureux de voir ces porcs réduits pour de bon au silence.

Même s'ils n'étaient pas ceux qui avaient tués sa mère, le souvenir de cette dernière s'écroulant sous la poigne de leurs semblables était encore trop vif pour qu'il ne puisse l'oublier.

Son empathie s'était évaporée au profit de pulsions terriblement vengeresses.

L'entièreté de la petite escouade se précipita, une fois habillée, vers la large porte qui leur bouchaient l'accès à la cité qu'ils devinaient être Ektyos.

Ils se doutaient bien que rouer ce portail de coups ne les avanceraient en rien. Il fallait être malin et réfléchir. Mais après dix minutes à scruter chaque recoins de la porte et à tenter de faire levier pour qu'un des battants finisse par céder, ils perdirent patience et Connie souffrait de plus en plus.

« Bordel ! jura Levi. On est bloqués…

- Il y a forcément une issue, raisonna Petra. La porte n'aurait pas été gardé si elle n'ouvrait pas vers la ville.

- Je sais, je n'arrive juste pas à me figurer comment on pourrait passer. Et les escadrons qui n'arrivent toujours pas…

- J'ai… mon caporal ! l'interpella Armin qui s'était éloigné. J'ai trouvé ceci ! »

Il brandit timidement une carte magnétique, s'approchant du reste du groupe.

« D'où est-ce que tu la sors ? lui demanda-t-il la lui prenant des mains.

- Je suis allé fouiller les poches des Hakai-teki, elle pendait à la ceinture de l'un d'eux. Je peux me tromper mais cette carte pourrait fonctionner comme un badge pour ouvrir la porte.

- Arlert, est-ce que tu vois ne serait-ce qu'un boîtier qui pourrait valider ton hypothèse ? fit Erd, un peu hautain. Il n'y a que de la putain de roche partout autour et c'est rien qu'une vieille porte aux jointures rouillée. Je doute sincèrement qu'elle puisse être motori… »

Erd s'interrompit tandis qu'un bruit bien familier se fit entendre. Ses commissures se soulevèrent : c'était Hanji qui beuglait du haut des escaliers.

« Je te jure Moblit, je te jure, que si j'en choppe encore un qui essaye de me buter par derrière, je lui fais bouffer son flingue et je fais une boucle avec sa bi… putain mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? Qui est-ce qui s'amuse à détruire les escaliers, bordel ! » Alors qu'elle s'apprêtait à prévenir le reste de son escouade qu'il allait falloir utiliser leur équipement tridimensionnel, elle aperçut Levi et son équipe, tout en bas. Elle poussa un cri à faire pâlir de jalousie n'importe quel oiseau : « Levi ! Mon petit grincheux d'amour ! »

Elle enclencha à la seconde même ses gâchettes et se retrouva en un rien de temps à leur hauteur. Sa trajectoire annonçant son atterrissage en plein sur le brigadier, ce dernier prit garde à se dégager de son passage, éviter un contact physique trop abrupt. La jeune femme se retrouva à terre, se frottant le crâne, commotionné par la chute.

« Je m'attendais à ce que tu ne m'accueilles pas les bras grands ouverts, mais quand même… »

Levi ne put s'empêcher d'esquisser un petit rictus (à demi entre la moquerie et le réel bonheur). Si tenté que l'un d'eux puisse reconnaitre le fait qu'il était véritablement soulagé de voir son amie près de lui en bonne santé, il lui tendit une main pour qu'elle se relève :

« Allez, lèves-toi abrutie ; on n'a pas vraiment le temps de faire les cons. »

Hanji su interpréter ce geste amical comme elle savait qu'il était rare provenant d'un antipathique comme Levi. Elle sourit de plus belle :

« T'as pas tort.

- Avant qu'on commence, tu pourrais examiner rapidement le bras et le crâne de Springer ? lui demanda le brigadier. » La soldate s'activa sur le champ, et délogea, non sans difficulté, la balle du bras de la jeune recrue (après tout, même si elle était habituée à agir rapidement sur le champ de bataille, cela restait une action minutieuse). Après l'avoir pansé doucement à l'aide d'un tissu quelconque – bandage de fortune – elle se releva. Connie avait l'air soulagé, tant mieux. Levi opina : « Parfait. Merci. »

Hanji sourit en guise de réponse. Observant le reste de l'équipe, son regard se fit, tout à coup très sombre, impropre à ce lui qu'elle pouvait aborder en temps normal : « Vous avez eu des pertes ?

- Quelques gars de la 101ème et une fille de la 102ème, mais aucun des bleus de cette année. »

Hanji baissa la tête en signe de respect. Tous la suivirent instinctivement à sa suite. Ils ne les connaissaient que très peu, mais ils figuraient comme des anciens, des grands frères, des grandes sœurs, des mentors un peu plus accessibles pour les cadets de la 104ème promotion.

Et puis, les membres du Bataillon se faisaient rares. Terriblement rares. Qu'importait qui disparaissait : une tête de moins dans l'escadron se faisait toujours ressentir, aussi timide et effacée la personne fut-elle.

Les recrues n'avaient malheureusement pas le luxe de pleurer leurs confrères. Ils se battaient pour eux, pour que leur mort ne soit pas vaine. Hanji releva son menton.

« Et de ton côté ? lui demanda Levi.

- On… » Elle observa le reste de son équipe arrivant au compte-goutte et poser pied à terre, les mines sombres : « On a perdu, un bon paquet de monde. »

Levi ne prit même pas le temps de s'excuser pour les morts que son équipe avait dû essuyer. À quoi bon s'excuser ? Ce n'est pas comme si c'était sa faute et qu'il pouvait y faire quelque chose. Et puis, l'horreur, les pertes, la douleur… ils connaissaient ces ressentis par cœur. Alors à quoi bon ?

« Ouais, fut tout ce qui put sortir de sa bouche. Faut passer à autre chose. »

Au risque de passer pour un sans-cœur, Levi voulait abréger la douleur de chacun, en avançant. Il ne savait pas s'il s'agissait de la meilleure technique pour tous, mais il était certain que c'était sa manière à lui de trouver un réconfort sommaire. Tout du moins, ce qui lui semblait être un réconfort.

Toujours avancer. Ne jamais regarder en arrière.

« Où sont les autres ? lui demanda-t-elle. Erwin, Mike, tu as pu les contacter ?

- On n'a pas de nouvelles. T'as croisé personne ?

- Et le chef d'escouade Zacharias ? les interrompit Armin, la voix brisée. Vous ne l'avez pas vu ?

- Mike ? s'étonna Hanji, incrédule. Eh bien, non je crois que…

- Vous en êtes sûre ? s'écria-t-il de plus belle. Je vous en prie. D'aucun membre de son escouade ? »

Hanji et Levi observèrent la recrue avec des yeux ronds. Lui qui était si discret, pourquoi posait-il autant de questions soudainement ?

Eren, de son côté, avait directement percuté. Mikasa était dans les rangs de Mike. Il se trouvait simplement qu'Armin ne pouvait contenir son angoisse quant à la santé présente de son amie de toujours.

« Vous n'avez vraiment aucune nouvelle ? les supplia-t-il.

- Armin… l'appela Eren.

- Comment ! Comment cela se fait-il ? Vous n'avez pas des talkies, des bippers pour pouvoir les joindre ? Ils doivent bien être quelque part, ils ne peuvent pas être perdus ! Nous avions un point de rendez-vous, le brigadier Ackerman les a prévenu ! Ackerm… Ackerman… sanglota-t-il.

- Armin, je suis sûr qu'elle va bien.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ? s'écria-t-il. » Armin avait complètement perdu son sang-froid : « Elle ne peut pas se régénérer elle, Eren ! Elle court des centaines de dangers de morts à chaque instant !

- Tout comme nous Armin ! cria-t-il. Écoute, elle… Mikasa est bien plus forte que nous, tu le sais n'est-ce pas ? Tu n'as pas à t'en faire pour elle. Occupe-toi plutôt de rester en vie, c'est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire, et tu sais que c'est ce qu'elle te dirait si elle était à ma place. C'est pas vrai ? »

Armin opina du chef, essuyant les larmes qui ne cessaient de couler sur ses joues. Sasha lui tapota gentiment le dos et par cet acte Armin se rendit compte que sa main tremblait. Toute l'escouade était au bord de la crise de nerf. Il ne fallait pas que ce moment d'accalmie se transforme en pluie torrentielle de pleurs et de cris.

S'ajoutant à tout cela, Hanji se sentait mal à l'aise de par cette intervention. Elle se revoyait dans ce petit gars, lors de sa première mission. À l'époque, elle interpellait désespérément chaque individu pour savoir s'il avait pu apercevoir Levi vivant. Elle se fit violence pour ne plus y penser.

Les deux comparses ne savaient pas vraiment comment gérer cette angoisse généralisée. Hanji, d'habitude plutôt empathique était trop touchée par les pertes de ses troupes pour consoler qui que ce soit et Levi… n'était pas nécessairement la personne à appeler dans ce genre de situation. Comment pouvaient-ils se sortir de ce bourbier ?

« C'est normal de t'inquiéter, amorça Petra. » Hanji sourit sans vraiment s'en rendre compte oui, Petra avait toujours été douée pour remonter le moral des troupes. Elle s'adressa plus généralement au reste du groupe : « Et je comprends que vos émotions vous submergent un peu, nous sommes tous humains, tous en proie à nos faiblesses, c'est tout à fait normal. Mais il faut que vous restiez fort. Faites-le pour eux. Faites-le pour nous. » Elle inspira un grand coup : « Vous savez, le courage ce n'est pas l'absence de peurs, mais la capacité que vous avez à les affronter. Usez de vos peurs comme d'une arme. Vous en êtes tous capables. » Elle marqua un temps, et échangea son ton maternel contre un visage empreint de volonté : « Alors maintenant, bougez-vous, et montrez-leur à quoi ressemble le Bataillon. »

Tous ou presque reprirent une respiration plus adéquate. Le visage d'Hanji s'illumina de nouveau, comme si toute la discussion n'avait jamais eu lieu.

« Bon ! Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda-t-elle.

- Une embuscade, ces petits enfoirés gardaient la porte, expliqua Erd. Ils devaient nous y attendre.

- Forcément ! applaudit Hanji, joueuse. Vous vous en êtes bien sorti. J'ai d'ailleurs une nouvelle plutôt sympathique : nous avons buté deux-trois types…

- Plutôt une bonne trentaine, rectifia Moblit.

- Bah, les chiffres c'est modelable. Enfin ! Nous avons réussi à avoir des informations !

- Ah bon, comment ? s'étonna Levi.

- Eh bien… » Elle cacha ses mains tâchées de sang derrière son dos : « Disons que j'ai su les faire parler. » On entendit une recrue derrière ayant probablement assisté à la scène, se retenir de vomir : « Bref, cette grande porte, là, elle mène à Ektyos ! » Tous les visages s'illuminèrent instantanément : « Et d'ailleurs… » Elle sortit une carte magnétique, identique à celle qu'Armin avait pu trouver peu auparavant : « Voici notre passe-droit ! »

Erd garda la tête haute, en prenant bien garde de ne pas croiser le regard d'Armin. Mais ce dernier était probablement encore trop inquiet, et de toute façon trop poli, pour daigner lancer un regard de défi au supérieur. Celui qui s'était encore une fois de plus épanché sur le non-sens des théories quasi irréfutables d'Armin. Eren se garda bien de le toiser dans toute sa superbe pour son ami. Une sorte de vengeance indirecte.

« Il nous faut tout simplement chopper un détecteur magnétique et c'est dans la boîte, sourit-elle.

- Oui, c'est bien là le problème, souffla Levi, ça va faire dix minutes qu'on le cherche ce foutu boîtier et que dalle.

- Tut-tut mon petit, laisse faire l'artiste. »

Elle ferma les yeux et s'en alla tâter la roche qui lui faisait face. Les yeux clos, il lui était plus facile de repérer les irrégularités de la paroi.

« Mais qu'est-ce qu'elle branle… » marmonna le brigadier, les bras croisés.

Si Levi ne semblait pas prendre au sérieux sa façon se faire (ce n'est pas comme s'ils n'avaient pas essayé au préalable…) en revanche, la scientifique se donnait corps et âme à ce qu'elle était en train de faire. Aussi concentrée que lorsqu'elle était dans son labo, elle palpait la roche, la faisait sienne en apposant sa paume d'un geste rassurant toute sa longueur. Sa concentration n'avait d'égal que sa détermination à ouvrir cette porte… jusqu'à ce qu'elle perçoive une irrégularité, à peine perceptible.

« Bingo, ricana-t-elle. » Elle cogna trois coups contre la pierre, qui n'avait pour apparence rien de particulier et cette dernière s'ouvrit comme par magie. Elle laissa place à tout un dispositif dont un code et une plaque s'apparentant à un capteur, de quoi ouvrir la porte grâce à la carte qu'elle tenait aux creux de ses doigts : « Tu disais ? »

Levi leva les yeux au ciel, s'admettant qu'il avait bien de la chance de l'avoir dans ses rangs. Elle glissa ladite carte contre la plaque : on entendit à l'instant-même un cliquetis sourd. La porte était ouverte.

Les visages des recrues et des supérieurs présents se murent en un mélange de soulagement et d'appréhension. Qu'allaient-ils découvrir ? Était-ce seulement Ektyos ?

Levi partit en éclaireur, n'écoutant que son courage. Il poussa le lourd battant qui lui résista l'espace d'une demi-seconde, mais qui céda finalement pour donner sur une épaisse forêt. Ils s'enfoncèrent discrètement dans les hautes herbes, refermant derrière eux la porte. Tant pis pour Erwin. Tant pis pour Mike. Ils se devaient d'avancer sans éveiller les moindres soupçons.

Que foutaient des arbres sous terre ? Comment pouvaient-ils simplement pousser ?

Trop de questions taraudèrent immédiatement l'ensemble des soldats. Mais l'étonnement général fit qu'ils n'émirent aucun son. Premièrement, par peur évidente de représailles, mais surtout parce qu'ils en étaient tout bonnement incapable.

Cette forêt luxuriante ne rappela rien à Eren. En entrant, il eut peur qu'une crise ne le prenne de court. Et apparemment, Hanji s'était apprêté à cette éventualité. Elle était restée près d'Eren et d'un regard seulement l'avait rassuré en lui faisant comprendre qu'elle était là, peu importe ce qu'il pourrait bien se passer en passant cette porte.

« J'ai cru comprendre, murmura Hanji près d'Eren, que cette porte n'a jamais utilisée. Le clan H ne s'attendais clairement pas à ce qu'on débarque par ici puisque l'entrée était sous les locaux des Forces de l'Ordre Rapprochées. » Eren n'osait montrer son écoute que par de légers mouvements de tête. Tout ce qu'il voyait le prenait aux tripes. C'était comme revenir dans le jardin de son enfance… sauf qu'il n'arrivait à se rappeler de rien. Toutefois, tout était prétexte à se rappeler. Alors il scrutait chaque feuille, analysait chaque brin d'herbe craquant sous ses pas. Il ne savait que penser : tout semblait se mêler – pour une fois – harmonieusement dans son esprit : « Ouais tu m'écoutes pas du tout quoi, ricana Hanji. »

Mais Levi avait laissé trainer une oreille vers leur discussion – plutôt vers le monologue de son amie. Il se doutait bien de cette constatation : tout n'avait pas pu être « aussi facile ». Par-là, entendons que Levi en avait vu d'autres des embuscades dirigées contre sa personne. Et que le nombre si partiel de l'armée l'ayant accueilli, lui et son équipe, était tout juste supérieur à leur propre effectif. Il aurait suffi qu'ils soient deux escouades pour réduire en un clin d'œil cette troupe d'amateurs qui avait tenté de leur barrer la route.

Armin se perdait dans cette myriade de vert, les larmes aux yeux. Il n'avait rien oublié de son enfance. Il n'avait tout simplement pas eu la force de la raconter à Eren. Pas eu le courage de faire revenir tous ces souvenirs dont il n'avait plus une bribe à l'esprit. Pas eu le droit de lui dire, et cette obligation de retenir les bonheurs partagés, teintés et sûrement altérés par la nostalgie.

Tout était aussi vivace que lorsqu'il avait dû fuir Ektyos. Les arbres artificiels lui semblaient si réels alors qu'il n'était qu'un bambin et voilà qu'il avait l'occasion de les redécouvrir maintenant qu'il avait un œil neuf, lustré par ses années à la surface. Le smaragdin chimérique des jeunes pousses lui rappelait la factice ambiance de rêve régnant à Ektyos. La vie semblait douloureusement parfaite dans cette forêt artificielle alors qu'en vérité, c'était bien tout le contraire.

Le jeune homme aurait voulu avoir Mikasa à ses côtés. Parce qu'il ne pouvait toujours pas révéler à Eren tous les moments de jeu qu'ils avaient pu partager dans ce bosquet. La terreur de se faire surprendre. La difficulté à échapper au quotidien éprouvant de la ville. S'il s'y risquait, Eren pourrait très bien être sujet à une crise incontrôlable. Et il ne pouvait tenter une chose pareille seulement par besoin de sourire du passé.

Armin aurait voulu pouvoir dire à Mikasa combien il se sentait lourd de revenir dans son foyer originel, sans elle, sans le Eren qui en avait connaissance. Combien il la souhaitait avec lui. Elle seule aurait pu comprendre la douleur de remettre les pieds dans l'endroit où tout commença. Elle l'aurait probablement rassuré, d'une simple pression sur l'épaule.

Elle était sa sœur.

'Simple' sœur de cœur. Mais occupant une place si importante, qu'elle balayait instinctivement chaque individu. Son cœur le brûlait de savoir Eren si proche mais pourtant si loin, et de n'être qu'à peine sûr de savoir s'il allait revoir son amie saine et sauve.


Ils s'interrompirent brutalement lorsqu'ils arrivèrent à la lisière des bois. Apparemment, aucune alerte n'avait été lancée : la ville semblait étrangement calme. Peut-être un peu trop calme. Ils ne pouvaient prendre des risques inconsidérés en gambadant dans une ville qu'ils ne connaissaient même pas.

Les lumières factices qui servaient de point de repère pour les habitants s'assombrissaient au fur et à mesure qu'ils marchaient. Apparemment, il commençait à faire 'nuit'. Ils ne pouvaient poursuivre ainsi. De plus l'orée donnait sur une sorte de falaise. Une mise en abîme : un gouffre sans fond semblait se tenir dans la grotte qui abritait la cité.

Levi forma une forme de coupole avec ses mains et souffla par l'unique orifice restant – imitant de ce fait un hululement de chouette. Le doux son intrigua l'équipe qui s'arrêta instantanément. Levi appelait au calme (bien que le silence régnait déjà), il avait besoin de l'attention de chacun. Ce fut la première fois que les directives furent données en chuchotant :

« Bon. On ne peut plus avancer. Mais on ne va pas rester plantés là pour autant. On va se disperser. J'ai cru apercevoir des sortes immeubles abandonnés sur le bord de la falaise. Nous allons nous faire une pause et nous y réfugier pour la nuit. Tentons de nous reposer un peu avant demain.

- Nous reposer ? Ici ? s'étonna Hanji. Ça serait un peu du suicide, non ?

- Apparemment, le clan H ne sait pas que nous avons réussi à entrer. Tu l'as dit toi-même, cette porte était presque condamnée lorsque l'on est arrivés, ils ne nous attendent sûrement pas là. Et avec un peu de chance, les deux escouades encore à la surface retiennent toute leur attention à l'heure qu'il est. » Hanji semblait toujours aussi sceptique. On ne pouvait pas avoir la certitude que les portes ne soient pas surveillées visuellement. Levi coupa court au fil de ses pensées : « Les troupes sont exténuées Hanji. Et on ne va pas lancer un quelconque assaut sans Erwin et Mike. Je les ai bipé, ils savent exactement où nous sommes. Pour autant je vous demanderai à tous d'éteindre vos talkies… si Erwin se mettait à parler alors qu'on est en embuscade… bref, vous voyez le topo. » Tous s'exécutèrent sur le champ : « Bien. On va former les équipes.

- Les… équipes ? chuchota une des recrues malgré lui. Ne me dites pas qu'on va se séparer ?

- Nous serons plus difficile à repérer dans ce cas-là, expliqua-t-il. Si l'on entre tous ensemble, en même temps, dans les mêmes pièces, que nous ne saurions même pas cartographier, ça serait une catastrophe.

- Bien sûr, approuva Petra. C'est logique. Nous nous donnerons rendez-vous ici-même aux aurores j'imagine ?... si tenté qu'il y ait la moindre lueur d'aurore.

- Exactement, renchérit le brigadier. Écoutez, je sais que ça peut paraître absurde que l'on se sépare, que l'on risque encore nos vies au lieu de poursuivre, mais… si l'on se fait discret, si personne ne soupçonne que nous ne sommes rentrés et qu'ils s'amoncèlent tous à la surface en nous y attendant… on les aura d'autant plus par surprise.

- Levi… j'en sais trop rien, murmura Hanji, peu sereine. C'est hyper risqué, on ne connait rien de ces rues, on est en terre inconnue…

- Justement, autant ne pas foncer tête baissée. Il faut qu'on prenne notre temps.

- Armin, l'appela doucement Hanji. Tu connais la ville toi, non ? Tu penses que tu pourrais nous guider ?

- Mmh, oui ! Mais… Mikasa la connait encore mieux que moi. Je... vous savez, à l'époque je m'intéressais plus à la Surface qu'aux alentours. Si nous l'attendons, elle saura nous guider plus précisément. Je pense que le caporal a raison. Il serait plus prudent de rester pour quelques heures, si ce n'est pour la nuit.

- Alors c'est réglé, acheva-t-il. Nous attendons les brigades manquantes. Une fois que l'on se sera un peu reposés et que l'on en saura plus, on pourra avancer. C'est bien compris cette fois-ci ? »

Tous acquiescèrent en silence, le poing droit sur le cœur, bien que certains demeurèrent méfiants. Ce n'est pas comme s'ils avaient vraiment le choix de toute façon. Ils formèrent ainsi les groupes. Chacun s'en irait d'un côté par deux ou trois : pas davantage. Il ne fallait pas risquer d'éveiller les soupçons et ces immeubles abandonnés étaient bien assez grands pour tous les accueillir avec une distance de sécurité entre eux.

Comme une évidence, lorsqu'il eut fallu faire les groupes, Eren n'eut besoin que d'un coup d'œil pour rencontrer le regard de Levi lui mandant de venir à ses côtés. Il n'avait même pas réfléchi, cela sonnait comme une évidence. Et ce n'est pas le jeune homme qui allait s'en plaindre.

Il avait tellement envie de le serrer dans ses bras. De lui faire comprendre que tout était bientôt fini.

Mais ça serait mentir que de lui dire tout cela. Levi connaissait suffisamment Eren pour savoir qu'il n'avalerait jamais des couleuvres pareilles. En revanche… Eren aurait pu écouter n'importe quelle parole, aussi stupide soit-elle – pourvu qu'elle provienne de Levi. Il n'aurait en vérité, dans ces temps de douleur, que peu de considération envers la véritable teneur des propos. Tout ce qui lui importait, tout ce qui prévalait : c'était la douceur, la chaleur du timbre de sa voix. La façon de lui faire entendre que son cœur battait toujours.

Eren l'aimait tellement.

Toute cette pression lui faisait réaliser toujours davantage la puissance de ses sentiments– et il ne pensait pas que cela fut possible. Cela ne le détournait en rien de sa mission comme l'on pourrait se l'imaginer, oh non.

Au contraire : leur but commun et l'amour qu'ils se portaient, dans un secret partagé, les faisaient aller toujours plus loin. Leurs limites n'avaient d'égal que leur folie.

Et Dieu seul savait à quel point ils étaient fous - l'un de l'autre.


Ils s'étaient tous dispersés. Eren et Levi étaient à présent seuls dans le hall d'entrée d'un large immeuble à l'architecture baroque. Tout était si antique et si neuf à la fois, un peu comme si le temps s'était arrêté. Les fresques murales à moitié détruites s'amoncelaient le long de la paroi, une épaisse couche de poussière les recouvrants.

Eren serait son arme contre son cœur. Il n'avait pas décroché un mot depuis qu'il avait quitté Armin. Il comprenait parfaitement la dangerosité de la situation. La boule au ventre, il se contentait de suivre Levi, guère plus bavard. En même temps, ils ne pouvaient se permettre de discuter ainsi qu'ils furent à la Surface. À chaque coin, ils risquaient la mort. Levi était sur ses gardes.

Qu'est-ce qui lui avait pris de séparer le groupe ? Et si tout cela n'était qu'un vulgaire piège ?

Eren le rejoint tandis qu'il s'était arrêté d'avancer :

« Il y a un problème ? »

Levi ne lui répondit qu'un son imperceptible, et continua simplement sa route. S'ils avaient été dans une toute autre situation, Eren lui aurait probablement demandé ce qui le préoccupait jusqu'à ce qu'il obtienne une réponse digne de ce nom. Mais ce n'était ni l'heure ni le moment ; il se ravisa, mâchant sa frustration de ne pas pouvoir apaiser ses maux.

Un vieil escalier en bois exigu semblait mener aux étages supérieurs. Ils avaient besoin de prendre de la hauteur sur la ville qui leur faisait face. S'ils parvenaient à trouver un endroit suffisamment élevé pour établir une sorte de poste de sniper, la situation pourrait tourner à leur avantage. Qui plus-est, armés de leurs équipements, ils sauraient s'extirper facilement en cas d'embuscade.

Ils grimpaient les marches quatre à quatre, sans faire le moindre bruit. Eren ne pouvait s'empêcher de vérifier toutes les cinq secondes si on ne les talonnait pas, s'ils pouvaient continuer à avancer sans courir de danger. Son attention se posait à chaque nouvel étage sur les larges pièces qui donnaient sur la ville. Chacune était plus belle que la précédente, bien que dans un semi-désordre laissant penser que cet immeuble avait été laissé à l'abandon après que les habitants aient fui.

Eren ne décrochait plus un mot, ni même un son. Lui qui était si bavard se retrouva pantois devant une pièce aux milles parures. Il interrompit sa course tandis que Levi remarqua qu'il ne suivait plus. Il avait poussé la porte entrouverte et pu être témoin de la beauté de ces lieux.

« Bon, on est suffisamment haut, déclara Levi. Je pense qu'on peut s'arrêter ici. »

Extatique, Eren ne se fit pas prier pour déposer les armes à terre et visiter le reste de la chambre. Des moulures au plafond agrémentaient la pièce déjà richement décorée. Et bien que les boiseries étaient abimées par le temps et la précipitation dans laquelle les habitants avaient quitté les lieux, cela n'ôtait en rien au charme ambiant.

Bien que tout paraissait luxueux, les armoires avaient été dépouillées de tout habits classieux ou bijoux de valeurs : évidemment. Et ne demeurait comme signe onéreux qu'un large lustre surplombant le lit à baldaquin planté au milieu du tapis.

« On dirait une chambre princière » laissa échapper Eren tandis que Levi vérifiait bien que les lieux leur étaient réservés, sans mauvaise surprise.

Levi sourit. C'était un sourire franc, ne dissimulant aucune moquerie. Il souriait, admiratif de la capacité qu'il pouvait avoir à se délecter des belles choses, même dans les moments les plus critiques.

Surtout dans les moments les plus critiques.

Après une dernière vérification et une inspection du dernier étage, ils purent définitivement poser leurs affaires dans cette luxueuse chambre qui semblait tant intriguer Eren.

Levi installa des pièges sonores dans les escaliers et à chaque interstice ouverte, leur permettant d'être prévenus auquel cas un visiteur imprévu serait tenté leur souhaiter la bienvenue. Il verrouilla la porte et poussa une commode juste devant celle-ci, afin de s'assurer que personne ne puisse ni rentrer ni sortir de leur prison dorée. Les rideaux déjà tirés, il se contenta de laissa un maigre filet de lumière blonde illuminer la pièce assombrie. Il déposa son fusil d'assaut tout près de la fenêtre… au cas où.

Ils étaient protégés.

Plus rien ne pouvait venir troubler leur quiétude temporaire.

Et bien que Levi se rongeait les joues de ne pas pouvoir dépoussiérer cet endroit, faute de matériel, il fallait avouer que cette pièce ressemblait à un cocon flavescent comparé aux dangers de l'extérieur.

Les yeux d'Eren ne s'arrêtaient pas d'étinceler. Quant à Levi, il ne pouvait empêcher ses lèvres de s'étirer en un sourire à cette vision naïve. Il n'était pas bien grand, compte tenu du peu de fois que Levi avait eu à sourire dans sa vie, mais il était bien là. Et Eren finit par le remarquer :

« Qu'est-ce que… » Ses joues s'empourprèrent : « Qu'est-ce qui te prend ?

- Rien, se contenta-t-il de répondre, souriant toujours. »

Eren ne savait pas vraiment où se mettre, et il n'arrivait pas à maintenir le regard que lui présentait son supérieur. Il était heureux de voir Levi dans cet état. Mais la simple vue de ses lèvres étirées en un si rare sourire avait le don de le mettre dans un état qu'il ne savait définir. Il n'était pas vraiment gêné, c'était plus... une maladresse. Une réaction à laquelle il n'était pas prêt et à laquelle il ne parvenait à faire face entièrement.

Les rideaux clos et protégés, ils pouvaient se détendre, et ne plus être autant sur leurs gardes qu'en temps normal. Bien sûr, leurs oreilles étaient toujours à l'affût du moindre bruit, mais ils étaient ensembles et Eren se sentait invincible à ses côtés. Son cœur palpitait à toute vitesse, il ne parvenait plus à se concentrer sur son inquiétude concernant la mission et sur… ce putain de regard que Levi dardait sur lui, affublé d'un sourire qui ne lui était pas vraiment propre.

Il déglutit avec difficulté, en triturant les plis que formaient le pantalon trop grand qu'il avait dérobé :

« Alors pourquoi tu souris ? »

Cette fois, Eren maintint son regard, malgré tous les efforts que cela lui demanda. Levi ne parvenait jamais à mettre des mots sur ses émotions. Avec lui, il allait devoir apprendre :

« T'es mignon. »

Eren s'étouffa avec sa propre salive. Et son teint, auparavant joliment rosé vira carrément au cramoisi en un instant. Il devait avoir mal entendu ! Il devait forcément avoir mal entendu :

« Je… pardon ? » furent les seuls mots qu'il parvint à articuler, encore trop préoccupé par le fait de récupérer une respiration stable.

Levi ricana. Voir Eren gêné, c'était un peu reprendre le contrôle sur le garçon qui faisait valser ses pensées que de le faire rougir, alors il ne s'en privait pas. Le brigadier se leva et déposa sur ses lèvres un baiser si rapide qu'il en était presque décevant. Eren se retrouva gorge déployée dans le vide, quémandant une suite à ce baiser tandis que Levi inspectait déjà la large bibliothèque qui occupait tout le mur gauche.

Ils papotaient doucement de la mission, de tout, de rien alors qu'ils farfouillaient dans cette pièce qui n'était pas la leur. Tout était sujet de discussion sur le meuble gigantesque. Du plus vieil album en lambeaux jusqu'aux vieux bocaux emplis de fleurs séchées qui s'effritaient tristement au moindre contact.

Eren trouva une large pochette et s'étonna de son contenu.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

- Ça, c'est un vinyle. Si tu le mets sur un tourne-disque, ça fait de la musique.

- Sans déconner, railla Eren, les yeux au ciel. Mais tout de même... je n'en avais jamais vu avant.

- Attends, montre voir un peu. » Eren lui tendit, remettant la platine poussiéreuse dans son habitacle. Levi pouffa, un brin d'excitation dans la voix : « Tiens, c'est marrant, c'est…

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- C'est un album de Blondie. Mon… enfoiré d'oncle, adorait l'écouter, il le faisait tourner en boucle quand j'étais gosse… qu'est-ce qu'il a pu m'emmerder. » C'était dit sur un ton persiflant, mais Eren sut facilement y déceler un brin de nostalgie. Levi nettoyait la poussière du carton pour y voir plus clair. Il reprit : « En fait, il faisait danser ma mère dessus.

- Ah bon ? l'incita-t-il à poursuivre.

- Ouais. » Eren sentait bien que Levi avait le cœur lourd à la simple vue de cette couverture. Ils s'installèrent sur le bord du lit à baldaquin : « En fait… quand j'étais mioche, ma mère ne me parlait pas beaucoup. Elle ne parlait pas à grand monde à vrai dire. Mon oncle n'arrêtait pas de me répéter que depuis que j'étais né, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. » Il marqua un temps. Il ne regardait même pas Eren lorsqu'il évoquait ses souvenirs flous, il se contentait de fixer la chanteuse immortalisée sur son disque. Et à mesure qu'il dépoussiérait l'enveloppe, il semblait se remémorer un peu mieux ce qu'elle pouvait lui rappeler : « Mais je sais que malgré tout, elle m'aimait profondément.

- Comment s'appelait-elle ?

- Kuchel. Enfin, peu importe. Une fois de temps en temps, quand il revenait dans notre baraque pour nous apporter un peu de quoi continuer à vivre, il mettait toujours son putain d'album de Blondie. Ma mère n'arrêtait pas de lui dire qu'elle détestait sa musique, surtout le rock, mais mon oncle ne voulait rien entendre. Déjà qu'il mettait les pieds dans notre trou à rats, qu'il disait, il ne fallait pas en plus qu'on lui inflige nos silences de macchabés. » Il marqua un silence alors qu'un demi-sourire naquit sur sa bouche : « Il faisait tourner ma mère encore et encore. Il savait pertinemment qu'elle adorait danser, bien qu'elle ne l'ait jamais avoué, alors il la faisait tourner. Et, elle avait beau n'avoir que la peau sur les os, il fallait avouer qu'elle était d'une grâce incomparable, même sur un morceau de rock.

- J'aurais bien aimé voir ça, sourit Eren. »

S'il y avait bien quelque chose que Levi ne pouvait pas supporter, c'était la fausse sympathie. Lorsque ses amis mourraient au combat, et si d'aventure il lui prenait d'évoquer son passé (chose qui n'arrivait, pour ainsi dire, jamais), il ne pouvait pas voir en peinture les faux-sourires, les fausses-poignées de main. Il préférait que les gens se moquent ouvertement de lui plutôt que d'afficher une mine passablement concernée par ce qu'il avait pu traverser.

Mais ce n'était pas le cas d'Eren ici.

Eren aurait véritablement voulu voir Kuchel danser. Sa façon de joindre ses mains sur ses genoux, ses paupières palpitant au rythme de la conversation : Eren était sincère. Il était sincèrement ému par son récit. Pas d'un émoi de pacotille, garnit de sourcils froncés et d'yeux embués. Non, Eren vivait littéralement le moment passé comme s'il l'avait devant ses propres yeux.

Levi se leva, un peu affecté par cette constatation. Il chercha du regard un tourne-disque – parce qu'il y en avait forcément un - sur lequel il pourrait jouer le morceau.

« Qu'est-ce que tu cherches ?

- Tu vas voir. »

Il le trouva finalement dissimulé derrière le porte-parapluie, sur une petite table. Il l'installa le plus éloigné possible des fenêtres closes pour des raisons évidente et joua le morceau Call me, le son bas. Ils n'oubliaient pas où ils étaient, et il était hors de question de la jouer Kenny Ackerman qui faisait trotter le plancher par les vibrations de la batterie, le son à fond.

Levi l'attendait au milieu de la pièce. Eren ne comprit où il venait en venir que lorsqu'il lui tendit sa main, l'invitant à le rejoindre.

« Tu vas m'apprendre à danser le rock ? l'interrogea-t-il, incrédule.

- Je vais essayer, ironisa-t-il.

- Mais, je ne sais même pas comment faire ! Et puis… est-ce qu'on ne devrait pas faire attention ? Je veux dire, le rock c'est plutôt mouvementé non, on risque de se faire- » Levi l'attira brusquement contre lui : « Hé !

- T'occupe gamin, c'est moi qui mène la danse, toi… essayes de me suivre.

- Tu- t'es sûr ? Je n'ai jamais été très doué de mon corps, pour… ce genre de choses.

- Ça se discute… Et puis, avec un professeur comme moi, ça devrait le faire. »

Tout contre lui, Eren sentait la puissance poigne de Levi enserrer sa taille. Il n'attendit pas une seconde de plus son approbation. La voix de la chanteuse entonna ses premières notes. Levi le fit tourner, une fois, deux fois, jusqu'à ce qu'il sente sa retenue s'évader peu à peu. Eren se sentait étourdi, il ne savait plus où donner de la tête. Il ne savait plus vers quoi porter son regard. Il redoutait croiser celui de Levi, il redoutait comment il allait pouvoir réagir en observant son visage dans un moment déjà si intime. Levi attrapa son menton :

« Regarde-moi. »

Eren, sur la réserve au départ, effrayé par la peur du ridicule ou de risque de lui écraser un pied, perçut sa frayeur s'envoler à l'instant. Il voulait que Levi soit fier de lui. Il savait être gracieux lui aussi, il savait suivre ses valses. Il était déterminé à se faire voir aussi beau que lui ne le trouvait splendide.

Chaque respiration se callait parfaitement avec le rythme saccadé de la guitare. Les yeux de Levi dardaient ceux d'Eren à chaque tour. Il parvenait, sans faillir, sans une erreur, à calquer ses mouvements sur les siens.

C'était prodigieux.

Plutôt étonnant pour quelqu'un se disant 'peu doué de son corps'. Levi s'arrêta de le faire virevolter, le manque de sa présence tout contre lui à chaque fois qu'il dansait un peu plus loin devenait trop importante. Il voulait toujours son visage vers lui, qu'il ne le regarde lui et rien d'autre. Il voulait qu'il en oublie jusqu'aux horreurs qui les attendaient dehors.

C'était une danse un peu étrange. À la fois douce, à la fois brusque. La musique si peu forte, emplissant pourtant totalement leurs tympans. Leurs pas, précis mais perdus dans l'océan qui se construisait autour d'eux.

Eren était admiratif des gestes qui prenaient vie sous ses yeux, de l'aisance avec laquelle Levi bougeait son corps. Rien ne semblait factice, tout paraissait contrôlé.

« Tu es magnifique, laissa-t-il échapper malgré lui. »

Il regretta instantanément ses paroles alors que Levi ricana doucement de sa maladresse attendrissante. Mais pourquoi regretter ?

« T'es pas trop mal non plus... répondit-il au moins aussi sincèrement. »

Pantelants, le morceau prit fin. Levi tenait Eren à bout de bras, dans un final digne de leur danse secrète. La dernière note sonna et Eren vint tout de suite retrouver les lèvres du maître de ses pensées.

Ils voulaient que ce moment se fige, qu'il n'y ait plus rien à l'extérieur, que seuls les rideaux poussiéreux demeurent témoins de cet instant de complicité.

Après avoir repris leur souffle, Eren se releva, sentant le regard enfiévré de son partenaire peser sur lui :

« Alors ? Comment tu m'as trouvé ? fit-il, mutin.

- Disons que pour quelqu'un aussi maladroit que toi, c'était plutôt acceptable.

- Ah, acceptable tu dis ? plaisanta-t-il, profitant de sa taille pour le toiser de haut. »

Levi lui agrippa la hanche et le ramena à lui :

« Ne sois pas trop sûr de toi, morveux… » Il laissa planer un silence volontaire avant d'ajouter un inévitable et langoureux : « T'étais bandant. »

Cette fois, Eren avait bien compris. Et le baiser qui découla de cette phrase pour le moins terre-à-terre l'envoya directement caresser la voie lactée.

Ce n'est pas seulement languissant et séduisant tout ce baiser transpirait une sensualité qu'Eren ne semblait plus pouvoir contenir.

Ils avaient eu tellement peur aujourd'hui. Ils avaient tellement redouté la mort l'un de l'autre. Tout ce sang, toutes ces larmes refoulées, toutes les fois où Eren - où Levi - avait voulu se jeter dans les bras de l'autre pour le rassurer - pour se rassurer.

Instinctivement, ils s'approchèrent du lit, n'interrompant pas le lien qui les unissait, jusqu'à ce qu'Eren tombe à la renverse contre le matelas. Il souleva, ainsi qu'il s'affaissait dans les couvertures, un nuage de poussière que Levi remarqua imméditement. Eren le ramena à lui alors que son aversion pour la saleté l'éloignait de la situation :

« Regarde-moi. »

Levi fut celui qui déglutit avec peine ce coup-ci. Eren prenait ses aises et ça n'était pas pour lui déplaire. Et s'il se délectait du Eren capable de rougir pour un rien, il était fou du Eren entreprenant et imprévisible.

C'était comme voir son apprenti finalement comprendre ce que son maître lui apprenait depuis des années.


Héhéhéhéhé (je suis sadique, je sais je sais)

Je vous laisse sur cette note ca-lien-te. J'ai déjà écrit 2k du chapitre suivant et croyez-moi, les lémons c'est vraiment pas facile à écrire. Donner une tournure suave et bien écrite à une scène purement sexuelle qui donne sens, sans être OOC, sans tomber dans le graveleux illisible, c'est un vrai challenge. En même temps, la fic n'est pas rated M pour rien, il fallait bien s'y mettre un jour ou l'autre ;)

Enfin ! J'apprécierais beaucoup avoir de vos retours s'il y en a ! Qu'avez vous pensé de mon petit (grand) chapitre 29 ? Il en aura mis du temps, mais le voilà, tout beau, tout propre. Mea culpa s'il reste encore quelques fautes çà et là, n'hésitez pas à me les faire remarquer :)

Des conseils ? Des remarques ? Ou juste le fait que vous ayez apprécier ou non (ça fait toujours plaisir à entendre haha) ? Je suis toute ouïe.

Je suis désolée pour cette absence, vous étiez prévenus mais je suis partie très longtemps... Je comprendrai si l'audience n'est pas au rdv, en tout cas, sachez que c'est un plaisir de vous avoir écrit tout cela !

À bientôt mes petits,

Nizzie