Chapitre 1 : Escaping the Shadows Just to End Up Here…
Pour une fois qu'elle était arrivée à la criminelle en avance, la matinée se déroulait lentement sans le moindre signe d'une nouvelle affaire. Et Raphaëlle fixait son téléphone espérant que cela le ferait sonner mais elle n'avait définitivement pas de pouvoir de télépathie. Elle avait donc décidé de rattraper son retard sur les procès-verbaux des dernières enquêtes pour passer le temps.
Cela fait maintenant de longues minutes, peut-être plus d'une heure qu'elle est bloquée sur le même document. Depuis qu'elle a rencontré Astrid, Raphaëlle essaie de soigner un maximum ces procès-verbaux pour que son amie puisse s'y retrouver plus facilement. Son amie… Raphaëlle n'était plus vraiment sûre que ce mot était le plus adapté pour définir ce qu'elle ressent pour Astrid… La bienveillance, la sympathie, l'attachement étaient bien là mais Raphaëlle, même si elle n'est pas encore totalement prête à l'admettre, éprouve également une certaine attirance envers la jeune blonde… Raphaëlle a beaucoup plus de mal à se concentrer et à avancer maintenant que son esprit a commencé à divaguer laissant des pensées de la jolie documentaliste l'envahir.
Elle est rapidement rappelée à la réalité quand son téléphone se met à sonner en fin de matinée. Elle prend quelques secondes pour reprendre ses esprits et décroche.
« Coste. »
Elle écoute la personne à l'autre bout du fil, souriant à l'idée d'avoir enfin une affaire pour lui changer les idées ainsi qu'une raison de passer du temps avec Astrid par la même occasion. Quand la personne finit de parler, Raphaëlle est déjà en train de récupérer son arme et son blouson, prête à partir.
« On arrive. »
Elle a à peine raccroché qu'elle est déjà en train d'envoyer un message à Astrid.
Bonjour Astrid. Un corps a été retrouvé au gymnase George Briquet. Je passe vous cherchez à la doc. À tout de suite.
Quand elle entend son téléphone sonner lui signalant la réception d'un message, Astrid n'a pas besoin de le prendre pour savoir de qui il provient. Elle n'est donc pas surprise quand elle voit que le message provient en effet de Raphaëlle. Elle s'empresse d'ouvrir le message du Commandant, le battement de son cœur s'accélérant légèrement à la vue du nom de son amie. Après avoir lu le message, Astrid regarde sa montre afin d'estimer combien de temps elle avait avant que la brune ne soit là et décide d'imprimer rapidement un plan cadastral du quartier dans lequel se trouve le gymnase afin d'être préparée.
Une fois le plan imprimé, Astrid prépare son sac à dos avec ses deux parapluies au cas où le premier ne marche pas, son casque anti-bruit, quelques puzzles et sans oublier bien sûr la pochette avec le plan. Une fois son sac prêt, la documentaliste enfile son manteau et met son sac sur ses épaules avant de quitter son bureau pour aller attendre Raphaëlle devant le bâtiment afin de gagner du temps.
Astrid est tout juste sortie du bâtiment quand Raphaëlle se gare devant la documentation. Raphaëlle lui fait signe de la main et Astrid s'approche pour monter dans la voiture. Raphaëlle la regarde s'installer à côté d'elle en souriant.
« Bonjour Astrid.
- Bonjour Raphaëlle.
- Et ben… Quelle synchronisation ! Si on avait voulu le faire, on y serait pas arrivé.
- J-je ne vois pas pourquoi nous ne serions pas arrivées à arriver en même temps puisque vous m'avez prévenue quand vous êtes partie de la criminelle. Le trajet vous prend environ 20 minutes. Je savais donc quand être prête et sortir pour ne pas prendre froid.
- En effet… Bon… Allons-y ! »
Astrid sourit à Raphaëlle et cette dernière démarre la voiture.
Le trajet passe dans un silence confortable uniquement brisé par quelques jurons de la part de Raphaëlle quand les autres usagers de la route l'agaçaient. Chacun de ces mots lui attirait le regard à la fois offusqué et amusé d'Astrid. La blonde commençait à être habituée à ce que la belle brune prononce de tels mots quand une situation l'agaçait. Alors même si le son de ces termes la choquait encore un peu ou plutôt devrait-elle dire la surprenait encore notamment puisqu'ils étaient prononcés de manière très spontanée par Raphaëlle, il la replongeait également dans des souvenirs de moments partagés ce qui l'apaisait énormément. C'était d'ailleurs quelque chose qu'Astrid ne comprenait pas. Pourquoi avait-elle laissé le Commandant Coste entrer dans son monde aussi rapidement ? La documentaliste n'était pas sûre de pouvoir répondre à cette question. Elle n'avait pas analysé tous les éléments qui pourraient éclairer ce point et risquerait donc de se tromper, ce dont elle a horreur. Il faut vraiment qu'elle s'intéresse à cette question, cela pourrait lui permettre de comprendre la nature de sa relation avec la policière puisqu'elle n'était pas certaine que le mot « amitié » était encore approprié.
« Astrid. Astrid ? »
Raphaëlle était sortie de la voiture et avait fait le tour de la voiture s'inquiétant de ne pas voir la documentaliste sortir. Elle se tenait maintenant debout appuyée sur la portière côté passager et regardait Astrid inquiète.
« Astrid, vous venez ? »
Astrid se détache et sort de la voiture.
« Je suis désolée Commandant Coste. J-j'étais perdue dans mes pensées.
- Ne vous excusez pas Astrid, ça arrive à tout le monde vous savez. C'étaient des pensées joyeuses au moins j'espère ? dit Raphaëlle un sourire au coin des lèvres.
- Oui je le sais. Mais j'ai pu lire de l'inquiétude dans vos yeux. Je ne voulais pas vous causer du souci. Et puis… si vous tenez vraiment à savoir… oui, mes pensées étaient tout à fait agréables. »
Raphaëlle lui sourit puis l'invite à venir avec elle d'un signe de tête.
« Salut les gars. » dit Raphaëlle en passant devant ses collègues gardant l'entrée du bâtiment.
Les officiers la saluent en retour et laissent les deux jeunes femmes passer. Elles n'ont pas mis les pieds dans le gymnase qu'Arthur les rejoint.
« Commandant. Astrid.
- Salut Arthur. Qu'est-ce qu'on a ? demande Raphaëlle.
- Le gardien du gymnase a découvert le corps d'une jeune fille en arrivant pour nettoyer le gymnase avant les entraînements de l'après-midi.
- On sait qui est la victime ? questionne la policière.
- Pas encore. On a retrouvé aucun papier, pas de téléphone et le gardien ne l'a pas reconnue. Mais il pourrait s'agir d'une SDF qui squattait le gymnase depuis quelques semaines. Le corps est près de la loge vers l'entrée joueurs, leur indique Arthur.
- Ok, merci Arthur. »
Astrid et Raphaëlle se dirigent vers la victime que Fournier est en train d'examiner alors qu'Arthur retourne prendre la déposition du gardien.
Le corps était situé devant la loge du gardien dans le petit couloir menant vers la salle de réunion qui semblait servir également pour apéritifs après entraînements ou match. Astrid se dirige vers la salle de réunion pour l'examiner alors que Raphaëlle s'arrête vers le corps pour prendre connaissances des premières conclusions du Docteur Fournier.
« Bonjour Fournier. Alors qu'est-ce que vous avez pour nous cette fois ?
- Jeune fille d'une quinzaine d'années morte d'une overdose… probablement de l'héroïne mais ça reste à confirmer par quelques tests… Les premiers éléments semblent pointer vers un suicide… On ne relève qu'une seule trace d'injection sur le corps de la victime juste ici, déclare Fournier en tournant légèrement la tête de la victime pour mettre en évidence la trace laissée par la seringue du côté droit de son cou.
- Et les cicatrices sur son visage ? interroge Raphaëlle en observant le visage de la jeune victime.
- Des cicatrices de brûlures assez récentes… et pas très bien soignées, hein…
- Pauvre gamine… J'imagine pas ce qui a pu lui arriver pour qu'elle se retrouve à la rue et finisse par se suicider à cet âge-là… dit Raphaëlle la mine grave.
Astrid secoue la tête et lâche un petit « Hun, hun » dont elle seule a le secret.
« Astrid, vous avez remarqué à quelque chose ? demande le Commandant.
- I-il y a un faisceau d'indices concordants allant à l'encontre de la théorie du suicide, répond Astrid.
- Ça vous dérangerait de développer ? s'agace Fournier ce qui lui vaut un regard un coin de Raphaëlle.
- Bien sûr que non Docteur Fournier. Premièrement, si on en croit la bosse d'écriture sur l'index gauche de la victime, celle-ci était gauchère. Pourquoi se serait-elle donc injectée le contenu de la seringue du côté droit de son cou alors qu'il aurait été plus simple de le faire à gauche ? Deuxièmement, plusieurs études ont démontré que les êtres humains ont tendance à finir ce qu'ils sont en train de faire avant de se suicider… Or, il y a de la nourriture à réchauffer dans le four à micro-ondes de la salle de réunion. » explique Astrid.
Fournier et Raphaëlle regarde la main gauche de la jeune fille et observe bien une bosse d'écriture sur l'index qui n'est pas présente sur celui de la main droite. Raphaëlle amusée et fière de son amie observe le visage de Fournier se décomposer à la réalisation qu'Astrid a raison sur ce point-là.
« Oui… bon la gamine était gauchère et alors… elle a très bien pu s'injecter la drogue à droite… Et puis… votre histoire de micro-onde… un bol de soupe dans un micro-onde ça a jamais rien prouvé… grogne Fournier embêté de ne pas avoir noté ces éléments lui-même.
- Je ne faisais que souligner les indices laissant pouvant laisser penser qu'il ne s'agit pas d'un suicide, rappelle Astrid face à la mauvaise humeur évidente de Fournier.
- Bon… Soupe et bosse d'écriture ou pas, ça serait bien de trouver qui est cette gamine pour savoir ce qui aurait pu l'amener ou non à mettre fin à ses jours et pour prévenir ses proches si elle en avait encore... » intervient la brune.
Pour essayer d'en apprendre plus, Raphaëlle décide d'aller poser quelques questions au gardien du gymnase. Astrid la suit donc dehors là où Arthur finissait de prendre sa déposition. Les voyant arriver, Arthur leur laisse la place se doutant que le Commandant Coste avait des questions pour le gardien.
« Bonjour Monsieur. Commandant Coste. C'est vous qui avez découvert le corps ?
- Oui. Comme je le disais à votre collègue, je venais ouvrir le gymnase pour préparer avant les entraînements des gamins et… explique le vieux gardien visiblement secoué par sa découverte.
- Vous connaissiez la victime ? lui demande Raphaëlle désolée de devoir continuer à lui poser des questions sur sa découverte macabre mais consciente qu'elle n'a pas d'autre choix.
- Non. Enfin… je savais que la mairie pensait que quelqu'un squattait le gymnase mais je n'avais jamais vu personne… Pauvre gamine…
- Si vous ne l'aviez jamais vous, qu'est-ce qui laissait penser à la mairie que quelqu'un squattait ?
- La mairie a accepté d'équiper le gymnase d'un système d'alarme dont elle a donné le code aux responsables des différents clubs que l'on accueille… C'était histoire de m'éviter d'avoir à revenir tard certains soirs pour fermer. Vous savez je ne me fais plus tout jeune…
- D'accord, dit Raphaëlle en notant dans un coin de sa tête qu'il faudrait demander l'accès à l'historique du système d'alarme à la mairie. Et à part la mairie, quelqu'un sait à quelle heure vous venez ici ?
- Vous savez, depuis le temps que je suis le gardien de ce gymnase, j'ai pris mes habitudes… Je viens souvent aux mêmes heures pour nettoyer et ouvrir.
- Combien de clubs ont accès à ce terrain ?
- On a principalement du handball mais il y a aussi du volley et du badminton.
- Ça doit représenter pas mal de monde tout ça… J'imagine donc que le nombre de personnes connaissant le code de l'alarme ne se limite pas aux présidents de ces trois clubs.
- Non, en effet. Je peux vous dire que pour ce qui est des handballeurs… je les connais bien puisque ce sont eux qui sont le plus présent… tous les coachs des équipes qui s'entraînent ici ont connaissance du code.
- Très bien. Merci. » dit Raphaëlle souriant au gardien avant de s'éloigner.
Raphaëlle se rapproche d'Astrid qui s'était tenue un peu à l'écart et avait observé l'entrée du gymnase pendant que la policière interrogeait le gardien.
« Quelque chose vous tracasse Commandant, s'inquiète Astrid.
- À vrai dire… Je me demande comment une jeune SDF a pu récupérer le code de l'alarme puis passer inaperçue au milieu de toutes les personnes qui circulent dans ce gymnase…
- Ah. Pour le code, je ne sais pas mais pour ce qui est du reste, c'est assez simple, dit Astrid en se dirigeant vers l'entrée du gymnase. Les horaires des entraînements des différentes équipes sportives sont tous indiqués là. »
Raphaëlle regarde son amie et lui sourit, fière d'elle.
« Bien vu Astrid. La victime pouvait donc savoir exactement quand elle pouvait être tranquille et quand elle ne devait pas être là. Reste à trouver comment elle a pu connaitre le code de l'alarme…
- N'est-il pas superflu de chercher de telles informations tant que nous ne savons pas assurément s'il s'agit d'un homicide ?
- Mais Astrid, vous l'avez dit vous-même, la thèse du suicide est peu probable. Et puis… savoir comment cette jeune fille a obtenu le code pourrait peut-être nous aider à l'identifier. » rétorque la brune.
Astrid n'a pas d'autre choix que d'admettre que le Commandant a raison. Cependant elle sent qu'il y a quelque chose d'autre derrière la détermination de son amie mais elle ne comprend pas ce que c'est.
Raphaëlle était à peine de retour à la criminelle après avoir déposé Astrid à la documentation criminelle quand le Commissaire avait demandé à la voir dans son bureau. La brune se trouvait donc actuellement debout face au Commissaire en train de défendre son enquête.
« Les premiers éléments laissent penser à un suicide mais il y a quelque chose de pas net. La victime…
- Pour le moment rien ne prouve que cette jeune fille soit une victime, Coste. Elle s'est suicidée, c'est malheureux mais ça arrive, la coupe le Commissaire.
- Au milieu de son repas et en se plantant une seringue de drogue dont on ignore comment elle a pu se la procurer dans le cou du côté opposé à celui de sa main dominante…
- Coste, ça suffit. Je comprends que cette affaire vous touche vu l'âge de la victime mais on classe l'affaire comme suicide et on passe à autre chose. »
Raphaëlle furieuse se retient de répondre, sort du bureau en prenant bien soin de faire claquer la porte et part après avoir récupéré ses affaires à son bureau. Nicolas la voyant dans cet état tente de la rattraper.
« Raph ! Raph, attends !
- C'est pas le moment Nico. » lui répond sèchement la jolie brune sans même se retourner dans sa direction.
Nicolas comprend tout de suite qu'il vaut mieux la laisser tranquille plutôt que d'insister et la regarde donc s'éloigner rapidement.
Un verre, voilà ce dont Raphaëlle avait besoin après sa conversation avec le Commissaire. Elle s'était donc dirigée Chez Michel pour se calmer et réfléchir. Installée dans un coin, une bière devant elle, Raphaëlle essaie de se remémorer la scène de crime… ou du moins ce qu'elle pense être une scène de crime, cherchant les détails qui auraient pu lui échapper. Elle reste assise à essayer de se concentrer pendant un bon moment mais l'image du corps de cette jeune fille n'arrête pas de revenir dans sa tête. 15 ans… 15 ans et défigurée par un accident… 15 ans et à la rue probablement sans personne sur qui pouvoir se reposer… 15 ans… C'était à peine plus vieux que son fils… Théo… Raphaëlle l'aime plus que tout alors rien que l'idée que quelque chose d'aussi terrible pourrait lui arriver lui brisait le cœur… Mais en parlant de Théo…
« Merde. » laisse échapper Raphaëlle en se levant précipitamment après avoir regardé l'heure.
Elle devait se dépêcher si elle voulait être à l'heure pour récupérer son fils au collège.
Ses efforts pour arriver en avance sont récompensés puisqu'à sa grande joie, Raphaëlle arrive avant la sortie des élèves. Théo traîne à sortir pensant probablement que sa mère va être en retard comme à son habitude. Quand il voit sa mère, un grand sourire éclaire son visage et Raphaëlle se sent soudainement mieux. Quand il arrive vers elle, elle le serre dans ses bras et l'embrasse sur le front ne se préoccupant nullement des gémissements de son fils qui même s'il était heureux de voir sa mère ne voulait pas exposer trop d'affection avec sa mère devant ses camarades.
« Maman… C'est bon, ça va… dit Théo en se dégageant des bras de sa mère. Qu'est-ce qui te prends aujourd'hui ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ben… t'arrives en avance pour venir me chercher et tous ces câlins et ces bisous…
- Je peux pas être contente de voir mon fils ? » lui répond Raphaëlle en lui souriant.
Théo lui lance un regard suspicieux mais est heureux de voir sa mère de bonne humeur donc préfère laisser couler. Ils montent tous deux en voiture pour rentrer chez eux.
Pendant ce temps à la documentation criminelle, Astrid avait elle aussi passé son après-midi à réfléchir, incapable de se concentrer sur les dossiers qu'elle devait classer. Quand Raphaëlle l'avait déposée à la documentation criminelle, Astrid s'était tout de suite mise à la recherche d'éléments pouvant les aider dans l'enquête ce qui s'avérait quelque peu complexe étant donné que l'identité de la jeune fille défunte était inconnue. Elle était consciente que si elle ne trouvait pas d'éléments pouvant appuyer la thèse du meurtre, le Commandant Coste se verrait rapidement retirer l'affaire pour que celle-ci soit classée en tant que suicide. Il fallait qu'elle trouve la pièce manquante afin que le puzzle puisse être reconstitué mais dans cette enquête, celle-ci semblait bien cachée. Astrid avait donc inséré le CD de Bach dans son poste pour se mettre dans des conditions de réflexion optimales puis avait cherché à se rappeler de ce qu'elle avait vu un peu plus tôt au gymnase George Briquet.
Elle se remémore le bâtiment de l'extérieur puis l'entrée public par laquelle elle et Raphaëlle étaient entrées. Ensuite, Arthur leur avait indiqué l'emplacement du corps et elles s'étaient dirigées dans la direction indiquée. Astrid avait cependant pris le temps de regarder le terrain autour d'elle mais il n'y avait rien de spécial à remarquer à part le fait que le sol était en effet sale et qu'il était peut-être temps que le gardien vienne nettoyer le gymnase. Astrid avançait petit à petit réexaminant du mieux qu'elle pouvait les éléments qu'elle avait vu. Elle allait arriver au corps de la jeune fille quand son téléphone sonne. Elle s'empresse de le regarder pensant que Raphaëlle avait une information qui pourrait l'aider. Elle est déçue quand elle voit apparaître un message du Capitaine Perran lui indiquant que l'affaire allait être classée comme suicide. Plusieurs questions se bousculent alors dans la tête de la documentaliste. Pourquoi était-ce Nicolas qui la prévenait et non Raphaëlle ? Est-ce qu'elle avait dit ou fait quelque chose qui justifierait que Raphaëlle ne prenne ses distances ?
Astrid prend le temps de souffler et de calmer son esprit et elle revoit alors le Commandant Coste s'agenouiller à côté du corps de l'adolescente. Elle revoit l'expression sur le visage de son amie quand Fournier avait évoqué le jeune âge de la défunte. Une expression qu'elle n'arrivait toujours pas vraiment à qualifier à l'heure actuelle… Était-ce de la pitié ? Mais Astrid comprenait qu'on puisse ressentir de la pitié pour quelqu'un quand on sait ce qui lui est arrivé mais ce n'était pas le cas dans le cas présent… Était-ce plutôt de la tristesse ? Certes, la mort de quelqu'un est toujours triste mais Raphaëlle ne connaissait pas cette jeune SDF, alors pourquoi serait-elle plus triste en voyant ce corps qu'en en voyant un autre ? … Ce corps… Astrid replonge dans ses souvenirs du gymnase et reprend là où elle avait été interrompue par le message de Nicolas : au corps de la jeune fille. C'est alors que plusieurs détails lui reviennent cependant avant de les partager avec Raphaëlle, il lui faut s'assurer de leur validité.
Astrid arrête donc la musique et retire le CD du poste, prépare son sac, met son manteau et part en direction de l'institut médico-légal pour poser quelques questions au Docteur Fournier.
Du côté de Raphaëlle et Théo, la soirée se passait à merveille. Après avoir fait ses devoirs avec un peu d'aide de sa mère, Théo s'était attelé à la préparation du repas. La policière faisait semblant de lire mais avait en fait les yeux fixés sur son fils, son regard était plein d'amour. L'avoir avec elle après la journée qu'elle avait passée la soulageait énormément. Elle n'était plus focalisée sur la pauvre adolescente qui avait été retrouvée morte en fin de matinée et pouvait donc laisser son esprit vagabonder avec un peu moins de crainte de retomber sur l'image du corps sans vie de la jeune fille. Et bien naturellement, ses pensées n'ont pas mis longtemps avant de chavirer vers la jolie documentaliste qui avait volé au moins une partie de son cœur. Il devenait d'ailleurs de plus en plus urgent de trouver comment gérer cette situation. Mais cela impliquait d'en parler à la belle blonde et Raphaëlle n'était pas sûre que ce soit la meilleure des idées. Il y avait trop à perdre. Elle n'avait pas le moindre semblant d'idée de la réaction que pourrait avoir Astrid face à une telle révélation.
« Maman ?
- Oui mon chat ? dit Raphaëlle revenant rapidement à la réalité.
- Ouah, t'étais partie loin. T'es sûre que ça va ?
- Oui, oui. Pourquoi ça irait pas ?
- Je sais pas, on dirait que t'es ailleurs ce soir. Il s'est passé quelque chose aujourd'hui ? » s'inquiète Théo.
Raphaëlle ouvre la bouche pour donner une réponse rassurante à son fils quand on frappe à la porte de son appartement. Elle se dirige vers la porte pour ouvrir.
« Bonsoir Astrid. Qu'est-ce que vous là à cette heure ?
- Bonsoir Raphaëlle. Bonsoir Théo, dit Astrid en entrant. Je sais que l'affaire est classée en tant que suicide mais je pense avoir trouvé de nouveaux éléments qui pourraient confirmer l'hypothèse du meurtre et laissent penser que nous avons même un témoin. Nous devons donc nous rendre au gymnase maintenant, débite Astrid à une telle vitesse que Raphaëlle a un peu de mal à suivre.
- Oui… euh… et bien allons-y, déclare la brune alors qu'elle a à peine enregistré toutes les informations que la documentaliste vient de lui donner.
