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DUEL ET RUGISSEMENT
Le plaisir de Scorpius Malefoy fut légèrement diminué par l'arrivée d'un importun dans sa salle de cours préférée. Chase Wilson débarqua en classe d'étude des moldus avec un grand sourire, s'excusant de son retard. Scorpius le suivit du regard tandis qu'il prenait place à côté d'une petite brune de Serdaigle, qui gloussa quand il lui demanda l'autorisation de s'asseoir à ses côtés.
Il était pas en soins aux créatures magiques, ce con ?
Le Professeur Radcliffe, un grand chauve qui rappelait curieusement Arthur Weasley, déposa une série de livres sur son bureau et agita sa baguette, en direction du tableau. Aussitôt, la craie blanche écrivit une série de noms inconnus pour la plupart des élèves assis dans la classe.
— L'année passée, commença Radcliffe en feuilletant ses notes, nous avons abordé l'Histoire moldue depuis les australopithèques à la création de Facebook. Cette année, pour vos Aspics, nous allons aborder des sujets beaucoup plus complexes. Je vous propose de découvrir les grandes philosophies moldues ! dit-il en montrant un épais ouvrage qui s'intitulait « Recherche de vérité par la lumière naturelle » de René Descartes.
Les murmures curieux emplirent la salle et Scorpius trépigna d'impatience. Les cours sur les moldus avaient pas mal changé depuis la réforme éducative qui avait suivi la reconstruction après la Grande Guerre. McGonagall avait sorti une série d'articles avec l'accord du Conseil du Magenmagot nouvellement formé. L'un d'eux rendait l'Étude des Moldus obligatoire jusqu'en cinquième année. Lors de leurs Buses, les élèves avaient passé diverses épreuves pour l'examen de cette matière comme réussir à s'habiller selon la mode des moldus ou de reconnaître certaines technologies moldues basiques et leur fonctionnement. Scorpius avait obtenu un Optimal, au grand désespoir de son père. Mais il n'avait aucun mérite. Il devait, avant tout, son talent à ses nombreuses escapades à Londres et à ses fréquentations auprès de belles demoiselles rivées sur leurs smartphones.
La craie au tableau se mit à tracer, de plus belle, de grandes lettres blanches et les élèves sortirent une plume et un morceau de parchemin.
— Voici une liste d'ouvrages que vous devez avoir lu pour vos Aspics et qui fera l'objet de questions d'examen. Vous retrouverez ces exemplaires dans la réserve de la bibliothèque mais je vous ferai un mot pour que Mme Pince vous les confie.
Le Professeur Radcliffe attendit que le grattement des plumes s'estompent pour effacer son tableau noir. Scorpius aimait beaucoup son professeur et adorait passer ses retenues avec lui. Souvent, ils finissaient par discuter jusqu'à très tard dans la nuit sur le parcours du professeur. Radcliffe était un Cracmol, élevé dans une famille de sorciers très conservateurs, un peu comme lui. Découvrant très tôt qu'il n'avait aucun talent magique ou très peu, il s'était évertué à cultiver son esprit par la richesse de l'enseignement moldu. Il avait fait toutes ses études dans des collèges et lycées de Londres et avait même complété son apprentissage en passant par une grande université. Depuis la reconstruction, Poudlard l'avait engagé pour remplacer le professeur d'Étude des moldus assassinée par Voldemort.
Radcliffe était patient avec ces jeunes sorciers qui ne voyaient pas du tout l'intérêt de s'intéresser à un monde aussi primitif que celui les moldus. Il avait ce don pour passionner les plus récalcitrants aux merveilles inventées par des êtres qui n'avaient pas eu la chance de connaître la magie.
— Pour commencer ce premier cours, je vous propose un débat ! Le débat est la base même du développement philosophique des moldus. Je vais poser une question et vous devrez me convaincre avec des arguments qui relatent des faits ou des références déjà connues. N'hésitez pas à vous inspirer de la matière des précédentes années.
Le Professeur Radcliffe fit apparaître le titre du débat au tableau. « La cohabitation entre moldus et sorciers est-elle possible ? »
— Je vous laisse quelques minutes pour réfléchir chacun sur le sujet. Je vous préviens, je ne me contenterai pas d'un oui ou d'un non. Soyez complets. Allez plus loin dans votre réflexion.
Scorpius nota la question du débat en haut d'un nouveau parchemin et réfléchit. Au fond de lui, il rêvait d'une cohabitation entre moldus et sorciers. Il n'aurait plus à se cacher auprès de ses parents. Même eux pourraient ouvrir les yeux sur leur soit-disant « sang pur ». Oui, la cohabitation était possible, nota-t-il en-dessous de son titre, car les temps avaient changé, même pour les sorciers. Les moldus étaient plus ouverts, eux aussi. Il le voyait à travers leurs réseaux sociaux et leur état d'esprit. Ils étaient tellement moins étriqués que le monde des sorciers.
Ses pensées furent interrompues par les rires à peine dissimulés au fond de la classe. Scorpius se retourna, exaspéré, et contempla Chase Wilson en pleine conversation avec sa voisine qui riait aux larmes. Scorpius eut envie de bondir de sa chaise et de lui péter la gueule. Il soupçonna la présence du Poufsouffle pour se soustraire d'une matière difficile. Il était tellement plus facile pour un « Sang-de-ourbe » d'obtenir une bonne note au cours de l'étude des moldus.
— Qui veut commencer ? demanda Radcliffe après un moment. Mr Wilson ! Vous êtes nouveau dans ma classe. Avez-vous un avis sur la question ?
— Euh…
Chase se redressa sur sa chaise, l'air contrit. Il passa une main dans ses cheveux pour se donner un genre certainement, ou cacher sa nervosité. Scorpius se délecta de son anxiété. Le badaud allait devoir faire marcher son cerveau.
— Ben, j'ai un père moldu et je peux vous dire que la cohabitation n'est pas évidente entre mes parents, rit Chase nerveusement.
— Intéressant, dit Radcliffe en s'asseyant sur son bureau. Dites-nous en plus.
— Euh... Ils se disputent souvent parce que ma mère ne comprend pas certaines idées politiques de mon père. C'est un militant pour l'écologie, vous voyez ? Il s'implique énormément pour sauver la planète. Et ma mère voit pas du tout l'intérêt. Et pis mon père, comme il sait que c'est une sorcière, il comprend pas pourquoi les sorciers n'aident pas les moldus à sauver la planète.
— C'est très intéressant, ça ! s'exclama Radcliffe en désignant Chase du doigt. Vous avez entendu ? Mr Wilson soulève un point très intéressant. Lequel est-ce ?
Personne ne répondit. Scorpius se creusait les méninges mais il n'avait rien compris lorsque Chase avait parlé d'écologie... Ses conquêtes lui parlaient rarement de politique ou sujet qui ne concernait pas leur petite personne. Il détesta plus encore Chase pour sa remarque pertinente.
Gwendolyne Rickman leva la main, bras tendu.
— Ça pose une question intéressante, dit-elle d'une voix pleine d'assurance. Nous sorciers vivons aussi sur la planète Terre et même si nous n'avons pas la même empreinte carbonique que les moldus avec leurs régime capitaliste, nous ne pouvons nous défaire de notre responsabilité en tant que « terrien ». Qu'est-ce que cela nous coûterait d'utiliser nos dons de magie pour améliorer le climat ? On n'a même pas besoin de se montrer au grand jour ! Mais on ne le fait pas. Pire, on ne l'a même pas envisagé. Est-ce que par notre non-interventionnisme ne serait pas pire que les moldus qui nous ont chassé pendant l'Inquisition ?
— Excellent ! s'exclama Radcliffe impressionné. Dix points pour Serdaigle !
Scorpius jeta un oeil à la Gwendolyne. Le Serpentard la connaissait depuis sa première ; une petite fille noire aux dreads éparses, ses robes de sorcière souvent trop courtes ou rapiécées un peu partout. Maintenant qu'elle était en septième année, le petite fille avait bien grandi. Scorpius admira ses longues jambes caramels croisées sous son pupitre, son chemisier déboutonné négligemment à la limite de la base de ses seins généreux. Gwen se sentit observée et plongea son regard dans celui de Malefoy qui, nullement gêné, lui adressa son sourire le plus charmeur. Elle haussa un sourcil, sourit à son tour et tendit un doigt particulièrement grossier.
Gwen et lui étaient rivaux, au Quidditch, depuis des années. La jeune poursuiveuse volait aussi vite que le vent. Scorpius et elle s'étaient souvent retrouvés au coude à coude lors d'un match particulièrement tendu. Lorsque Scorpius se retourna, il ne put que sourire devant ce tempérament de feu.
— Le mot interventionnisme ! dit Radcliffe en arrachant Malefoy à ses rêveries. C'est l'un des principes philosophiques et politiques de l'économie moldue actuelle. Vous le retrouverez dans l'ouvrage de Max Weber "Economie et Société" que je vous conseille vivement de lire. Bien, ajouta-t-il, est-ce que quelqu'un aurait un argument contre celui énoncé par Miss Rickman?
Ce fut au tour de Scorpius de lever la main. Le professeur Radcliffe lui donna aussitôt la parole.
— Ce serait logique de contre-attaquer en disant que ce n'est pas la faute des sorciers s'ils ne veulent pas intervenir, c'est celle des moldus. L'histoire l'a prouvé à maintes reprises: à chaque fois que les sorciers ont aidé les moldus, ça a mal tourné par après. L'inquisition, l'invasion des Perses en Grèce, la vision actuelle du sorcier dans les médias moldus. On est toujours associé au Diable, encore aujourd'hui. Pourquoi devrions-nous aider un peuple qui est incapable de nous accepter ?
Très bien, Mr Malefoy.
Gwen tapota dans ses mains silencieusement comme pour le féliciter. Malefoy n'avait pas été aussi référencé que sa rivale mais il était assez satisfait de sa réponse. Il perçut toutefois la voix agaçante de Chase Wilson qui chuchota à sa voisine :
— C'est gonflé venant de lui !
Le ton de sa voix ne lui avait pas plu. Il était moqueur comme ceux qui se foutaient de lui à cause de la réputation de sa famille. Radcliffe perçut aussi cette petite remarque caustique et sauta sur l'occasion d'animer le débat.
— Mr Wilson ? Une autre remarque ? Faites-en profiter la classe.
— Non, je… paniqua-t-il tout à coup.
— Allez, ne soyez pas timide ! Tout peut être entendu pendant un débat. Cela sert justement à ça.
Chase dévisagea Scorpius avec une certaine appréhension. Ce dernier se tendait de plus en plus, le visage fermé, la mâchoire crispée. Cela n'allait pas bien finir, il le sentait.
— Ce...ce que je veux dire c'est que beaucoup de sorciers ont défendu la philosophie, accentua-t-il particulièrement sur ce mot, comme quoi les moldus étaient des êtres inférieurs aux sorciers et qu'ils ne méritaient pas de vivre. Au mieux, ce serait nos esclaves…
Lorsqu'il avait avait parlé, Chase n'avait pas arrêté de lancer des oeillades à Malefoy qui fixa son banc en serrant tellement les poings que ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau.
— Tu parles des mangemorts et de la politique tyrannique de Lord Voldemort ? comprit Radcliffe sur un ton plus sérieux.
— Oui ! Je trouve gonflé qu'on puisse dire qu'on aide pas les moldus parce qu'ils nous détestent alors qu'ils savent même pas qu'on existe. Surtout quand, il y a pas si longtemps, on parlait de tous les exterminer.
— Si tu dois insulter quelqu'un… lâcha Scorpius avec colère, désigne-le clairement !
Professeur et élèves s'étaient tous tournés vers Scorpius qui regardait à présent Chase, une lueur de haine dans les yeux. Il savait pertinemment que ce crétin parlait de lui et de sa famille. Cette insulte, il l'avait entendue pendant des années à Poudlard, parfois même dans les ruelles du Chemin de Traverse lorsque des passants reconnaissaient son père. Toute sa vie, Scorpius avait connu les invectives grossières, les regards de mépris ou de dégoût, les chuchotements sur leur passage lorsque sa mère l'accompagnait dans une boutique et les sous-entendus de quelques professeurs à la seule énonciation de son nom de famille. Scorpius avait toujours trouvé tout cela injuste. Il n'avait pas demandé à porter le nom de Malefoy. Malheureusement pour lui, les personnes qu'il avait choisi pour incarner sa nouvelle famille n'était pas là pour l'empêcher de péter un câble.
Chase avait l'air d'un idiot, assis sur sa chaise, contemplant sans rien savoir dire, un Malefoy en colère. Scorpius se leva de sa chaise.
— Ce que t'es en train de dire, c'est que je n'ai pas le droit de donner mon avis parce que je viens d'une famille de Mangemorts ?
— Si seulement… T'es à Serpentard, mec !
— Et alors ? cria presque Scorpius, hors de lui.
— Tu peux sortir l'excuse que t'as pas choisi ta famille autant que tu veux, il n'empêche que t'as été envoyé à Serpentard, dit-il sur un ton mauvais. Tout le monde sait très bien que tous les Serpentards finissent mal !
Malheureusement pour Scorpius, il était le seul Serpentard dans la classe d'Étude des Moldus et n'avait aucun allié pour défendre son point de vue. Plusieurs élèves des différentes maisons (surtout celle des Gryffondor) opinèrent de la tête. Scorpius entendit même un "Bien dit !" dans le fond de la classe.
— Voldemort, énonça Chase qui se sentit soutenu, les Lestranges , Avery, Ombrage , les Malefoy… Tous à Serpentard, tous des criminels de la pire espèce. C'est pas étonnant avec un fondateur pareil. Le mec qui balance un Basilic dans l'école parce que les autres ne sont pas d'accord avec lui. Ce sont des malades, oui !
Quelques élèves se mirent à applaudir. Chase se leva et fit la révérence à ses admirateurs qui rirent lorsqu'il les salua comme un champion de la coupe de Quidditch. Scorpius était à deux doigts de lui jeter un sort.
— Attendez, intervint enfin Radcliffe. Je pense que vous allez vite en besogne, Mr Wilson. N'oubliez pas que nous avons des exemples de sorcier qui était à Serpentard et qui se sont comportés en héros, notamment dans la Grande Guerre. Souvenez-vous de Severus Rogue ! Ou du Professeur Slughorn qui a défendu bec et ongle Poudlard contre les Mangemorts.
— Des exceptions, Professeur, dit Chase. Des exceptions qui ne font que confirmer la règle : tous les Serpentards sont mauvais.
Chase avait regardé Malefoy en disant ces derniers mots. Les autres élèves l'avaient soutenus tout du long et applaudirent de plus belle devant cette vérité évidente. La cloche sonna pour annoncer la fin du cours et le Professeur Radcliffe s'empressa de calmer les esprits.
— Pour la semaine prochaine, dit-il sur un ton un peu gêné, j'aimerais que vous lisiez les premiers chapitres de "De la justice", de Platon. Je pense que cette oeuvre pourra vous éclairer sur ce débat. À la semaine prochaine !
Les élèves ramassèrent leurs affaires et certains continuaient à congratuler Chase qui faisait son modeste. Alors que Scorpius fourrait ses notes et sa plume dans son sac, l'air sombre, il sentit plusieurs regard dans son dos, des regards qui n'avaient rien d'amical. Radcliffe s'approcha du Serpentard.
— Ça va aller, Mr Malefoy ? demanda-t-il, l'air contrit.
Malefoy rangea sa baguette dans sa poche et la serra de toutes ses forces. Lorsqu'il releva la tête vers son professeur, il lui adressa son sourire le plus charmeur.
— Tout va bien, Monsieur.
Chase et sa clique étaient déjà sortis. Radcliffe n'en demanda pas plus et Malefoy marcha rapidement vers la sortie avec une idée en tête qui le démangeait depuis les premiers applaudissements pour ce Veracrasse puant. Il sortit de la salle de classe et avisa sa cible non loin de lui, à quelques mètres, répétant à grands gestes ses meilleures répliques.
Gwendolyne Rickman se planta soudain devant le garçon.
— Je sais ce que tu as en tête et tu ne peux pas faire ça ! dit-elle en posant une main sur son torse pour le retenir.
Scorpius la toisa, sans comprendre. De quoi se mêlait-elle ? Elle le défiait du regard et il fut quelque peu désarçonné par sa fougue et sa beauté. Elle était très mignonne dans son chandail.
— Laisse-moi, lâcha-t-il finalement. Ce ne sont pas tes affaires.
Il la repoussa sans ménagement et fonça sur Chase comme un rapace sur un rongeur. Les amis de Wilson s'écartèrent vivement du Serpentard en colère. Celui-ci attrapa le poursuiveur de Poufsouffle et le plaqua contre le mur, au détour d'un couloir. Quelques téméraire tentèrent de s'avancer pour venir en aide à Chase mais Malefoy les foudroya du regard ce qui eut le don de les faire déguerpir définitivement. La cloche sonna le deuxième cours de la matinée et les couloirs se vidèrent petit à petit. Personne ne remarqua les deux jeunes hommes, sur le point de se battre.
Chase tenta de repoussa Scorpius mais celui-ci était trop en colère pour reculer. Il le cogna un peu plus fort contre le mur de pierre du château. Les tableaux alentours les observaient, fascinés par la scène. Ils invitèrent même d'autres peintures à assister au spectacle.
— Lâche-moi, Malefoy ! grogna Chase en mauvaise posture.
— Pas question, rugit celui-ci.
— Tu vas m'attaquer ici ? Comme un lâche ? Ça ne m'étonne pas. C'est typique de ta maison, pas vrai ?
Chase le provoquait. Si Malefoy écoutait sa colère, il le désintégrerait ici, tout de suite. Le bruit attirerait tous les élèves et les professeurs des environs et ils auraient de sacrés ennuis. Mais Scorpius avait plus de self-contrôle que voulait bien admettre le Poufsouffle apeuré.
— T'as vraiment envie de me péter la gueule, pas vrai ? dit Scorpius en le plaquant un peu plus contre la paroi de pierre. Qu'est-ce que t'as ? T'as quelque chose à prouver ?
— Oui ! Tu ne me fais pas peur ! dit Chase avec audace. Un Poufsouffle peut être plus fort qu'un de ces salauds de Serpentard.
Voilà ! se dit Scorpius en relâchant Chase. Voilà ce qu'il voulait entendre. Ce petit vermisseau était sûrement jaloux de sa Maison. Si les Serpentards avaient la réputation d'êtres les plus vils sorciers, les Poufsouffles se battaient pour qu'on reconnaisse au moins leur mérite. C'est ce que Scorpius allait offrir à Chase, en profitant de l'occasion pour aussi régler ses comptes et peut-être même de venger Rose.
— Ça te dit un duel ? Là, maintenant ! proposa Scorpius.
— Quoi ?
— Oui, comme ça tu pourras me prouver une bonne fois pour toutes que le Bien l'emporte toujours sur le Mal. Alors ?
Chase sonda les environs déserts. Scorpius était sûr de lui. Après un court instant d'hésitation, la fierté prit le pas sur la peur et Chase opina de la tête.
— D'accord ! Maintenant !
Les deux élèves se rendirent en silence sur le terrain le plus propice aux duels de sorciers, ou du moins le plus discret ; à savoir celui de Quidditch. Scorpius y avait déjà emmené pas mal d'autres adversaires pour soit s'entraîner à quelques nouveaux sorts élaborés avec Albus, soit pour donner une bonne leçon à un débile qui avait eu l'audace de l'insulter.
Le terrain était encore humide de la pluie de la veille. Cela pourrait être handicapant mais Scorpius demeura confiant. Il n'avait jamais vu Chase en action, mais aux vues de ses prouesses en classe de Flitwick, il n'avait pas trop à s'en faire. Chaque duelliste se posta à l'autre bout du terrain, quelques mètres de distance les séparant.
— Tu connais les règles ? cria Scorpius en connaisseur. Pas de Sortilèges Impardonnables, aucune mise en danger et le premier qui est à terre ou perd sa baguette est vaincu !
Chase acquiesça et leva sa baguette devant son visage. Les deux jeunes sorciers se saluèrent comme le voulait la coutume et un silence de mort débuta leur affrontement. Scorpius adorait les duels. Plus qu'un sport, ces échanges de sortilège étaient devenus une véritable passion pour le jeune sorcier. Depuis qu'ils avaient appris les sortilèges informulés, le jeu s'était corsé au plus grand plaisir de Malefoy. Il aimait cette réflexion intense avant le premier sort jeté. Il réussissait toujours à pénétrer l'esprit de son adversaire pour deviner le premier sort qu'il allait lancer.
Avec Chase, aucun doute : il allait commencer par le sort devenu légendaire depuis la Grande Guerre, le fameux expelliarmus. Sans que celui ne s'en aperçoive, Scorpius agita subrepticement sa baguette autour de lui, préparant le terrain pour son prochain coup. Chase brandit sa propre baguette et un éclair rouge jaillit de son extrémité en direction du Serpentard. Un geste du poignet et le sort fut dévié sur les gradins.
Scorpius dévia sa magie vers la terre boueuse du terrain et le sol se mit à trembler. Des énormes mottes de terre jaillirent du sol pour foncer vers le Poufsouffle, ébahi. Des murs de boue séchée entourèrent Chase, formant un dôme hasardeux autour du sorcier.
— Defodio ! hurla Chase qui commençait à paniquer.
Sa prison de pierres vola en éclat et la poussière masqua le prochain jet de lumière argenté qui fonça sur le Poufsouffle. Celui-ci dût se jeter sur le côté pour éviter l'attaque de ce sort inconnu. Chase eut du mal à repérer Malefoy dans ce nuage qu'il avait lui-même provoqué. Il envoya plusieurs Expelliarmus à l'aveuglette en se remettant rapidement debout.
—Obscuro ! cria la voix de Malefoy.
Chase se retrouva aveugle. Il brandit sa baguette de tous les côtés, envoyant sort sur sort sans savoir s'il faisait mouche ou non. Après un temps, il se calma et fit attention aux moindres bruits. Il entendit un craquement à sa droite et balança son sort dans cette direction en reculant vivement. Soudain, il sentit le souffle de son ennemi dans son dos et lança un Protego tonitruant.
Le bandeau de l'Obscuro s'évanouit et Chase découvrit Malefoy à quelques mètres de lui, souriant. Cela le fit enrager et il lui balança plusieurs sorts d'une férocité incroyable. Le bouclier de Malefoy tint bon mais Scorpius comprit que Chase avait décidé d'enfin se montrer sérieux face à un adversaire digne de ce nom. Lui aussi en avait assez de jouer avec son pantin. La rage l'aveuglait plus sûrement que son sort et il se dit qu'il fallait en finir au plus vite avant l'arrivée d'un professeur. En envoyant tous ces sorts un peu partout, il était sûr que cela avait averti pas mal de monde.
Scorpius voulait finir par un bon Petrificus Totalus, ou pourquoi pas retourner le sort fétiche de Chase contre lui pour le ridiculiser un peu plus. Mais alors que Malefoy allait jeter son sort, il vit une lueur verte entourée l'extrémité de la baguette de son adversaire. Scorpius n'en croyait pas ses yeux. Il était sérieux ? Le jeune Serpentard savait pertinemment ce que cette couleur signifiait.
Ce con s'apprêtait à lui jeter le sort le plus impardonnable.
Une ombre gigantesque plana tout à coup sur le terrain de Quidditch. Les deux sorciers levèrent la tête et contemplèrent, interloqués, l'énorme lion atterrir entre eux. L'atterrissage fit trembler la terre boueuse et ils tombèrent à la renverse en perdant l'équilibre.
— Qu'est-ce que… commença Scorpius en se relevant.
Une silhouette glissa sur le pelage du lion pour tomber sur le sol. Lorsqu'elle se redressa, Scorpius reconnut Rose. Celle-ci lui tournait le dos et parlait à Chase en le suppliant d'arrêter.
Tandis que la sorcière tempérait son apollon, l'énorme lion se planta devant Scorpius. D'autres invités indésirables se pressaient autour du terrain, sans oser trop approcher. Scorpius ne pensait plus aux ennuis qui n'allaient pas tarder à lui tomber sur la tête. Il était bien trop concentré sur la gueule du fauve qui le dévorait du regard.
— Qu'est-ce que tu as dans le crâne ? cria une voix que Scorpius reconnaîtrait entre toutes.
— Albus ! C'est quoi ce truc ? répondit-il en désignant le lion.
— C'est un griffon !
— Oh, merde…
Le Serpentard entendit la voix bourrue d'Hagrid demander à ses élèves de ne pas s'approcher. Le griffon fixait toujours Scorpius avec une expression qui ne valait rien de bon. Il avait lu une série de choses sur ces bestioles, en particulier leur capacité à dépecer une proie d'un simple coup de griffe. Il ne put s'empêcher de fixer une des énormes pattes de l'animal et sut qu'il ne s'en sortirait pas si la créature décidait de le mettre en charpie.
Curieusement, le griffon ne l'attaqua pas, comme l'avait présagé son expression. Il le fixa encore un bon moment, semblant hésité quant à la façonde se comporter. Puis, à la surprise de tous, il approcha sa gueule de Scorpius et le lécha de tout son long, le recouvrant de bave visqueuse. Le Serpentard s'était attendu à être croqué et s'était crispé sur sa baguette prêt à se défendre. La langue rapeuse du lion le dégoûta au plus haut point, mais il remercia Merlin que la créature ne se contente que de le "goûter" du bout de la langue.
— Berk ! lâcha Scorpius en essuyant la bave de l'animal sur son uniforme.
— Oh ! C'est extraordinaire ! cria Hagrid.
— C'est pas fini ! hurla Chase, hors de lui.
Ce petit con avait repoussé Rose dans un geste de rage et ne semblait même pas s'apercevoir qu'un lion de trois mètres le séparait de son ennemi. Il leva sa baguette, prêt à reprendre le combat.
Aussitôt, le griffon se retourna face à Chase et se mit à rugir. Le cri de l'animal résonna dans tout le domaine. Scorpius se boucha les oreilles en grimaçant, tellement le son était élevé. Le rugissement du griffon fit éclater les vitres du château les plus proches. Tous se tordaient de douleur sous le cri royal et puissant de la créature légendaire. Tous sauf Rose qui admira son griffon, tremblant légèrement de peur.
Chase tomba évanoui au sol. Le griffon se tut enfin et un silence de mort retomba sur le terrain de Quidditch.
Un "Hum, hum !" brisa le silence.
À son grand désarroi, Scorpius découvrit le Professeur Flitwick à l'entrée des gradins, précédé d'une foule compacte d'élèves et de professeurs qui s'étaient précipités sur l'origine de ce bruit étrange. Tous poussèrent des exclamations impressionnées en découvrant le griffon qui bailla d'épuisement. Scorpius se maudit intérieurement. Il était foutu. Il vit Hugo, le petit frère de Rose, applaudir silencieusement derrière le petit professeur de sortilèges.
— Mr Malefoy, Miss Weasley…, commença Flitwick sur un ton menaçant. Suivez-moi je vous prie !
A suivre: Scorpius se change les idées.
