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SCORPIUS SE CHANGE LES IDÉES
Le bureau de Flitwick était un des plus minuscules de tout Poudlard. Il était de notoriété publique que le professeur avait lui-même exigé un coin exigüe pour son usage personnel et ne souhaitait pas d'appartement trop grand pour qu'il puisse y trouver ses marques. Les élèves s'amusaient à raconter que le petit professeur de Sortilèges descendait d'une lointaine famille de nains qui ne se sentaient à l'aise que dans les sombres galeries des montagnes. Rose pensait, personnellement, que tout ceci n'était que des fadaises d'étudiants immatures. Mais en entrant dans le bureau, jonché de parchemins et d'objets enchantés, elle ne put qu'émettre de sérieux doutes sur ses convictions.
suite à l'esclandre provoqué parson griffon, Hagrid avait porté Chase dans ses bras jusqu'à l'infirmerie. Scorpius et Rose avait suivi le petit Professeur Flitwick en affrontant les regards scandalisés des autres élèves. En traversant la foule, elle croisa l'expression médusée de Lily et le pouce levé de son petit frère. Scorpius était maussade et ne lui adressa pas un mot tout le temps qu'ils marchèrent jusqu'à la porte de Flitwick. Rose trouva qu'il avait du culot de lui faire la tête. C'était plutôt à elle de lui en vouloir. Après tout, il avait agressé Chase bien qu'elle ignorât les motifs de leur querelle.
Flitwick débarrassa deux chaises d'une pile de livres et invita les deux élèves fautifs à s'asseoir en face de son bureau. Il escalada son grand fauteuil de cuir et toisa les deux de son habituel masque de sévérité.
— Jeunes gens, commença-t-il de sa petite voix fluette. Je suis scandalisé ! Trois préfets-en-chef mêlés à une rixe digne de l'allée des Embrumes… Le premier jour ! s'exclama-t-il en frappant son petit poing sur la table,faisant trembler son chandelier. Devant toute l'école ! J'aurais honte à votre place ! N'avez-vous pas honte ?
Scorpius regardait ailleurs, l'air boudeur, encore couvert de la bave du griffon qui dégageait un fumet pestilentiel. Rose ne savait plus où se mettre. Elle rougit affreusement et baissa la tête pour ne plus croiser le regard furieux de son professeur.
— Miss Weasley ! Ce n'est pas dans vos habitudes de vous comporter ainsi. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
— Je… je vous assure Professeur, je n'avais pas l'intention de provoquer toute cette pagaille. J'ai vu les sorts lancés sur le terrain de Quidditch. J'ai cru… que quelque chose de grave se passaitRaymar m'a suivie…
— Qui est ce Raymar ? demanda Flitwick en plissant ses yeux gris.
— C'est le griffon, répondit Rose d'une voix blanche. Il est encore jeune malgré ses siècles. Il a dû croire que j'étais en danger, je ne sais pas… Il m'a choisie, vous comprenez ?
La porte s'ouvrit soudain et le Professeur Londubat fit irruption dans le bureau du Sous-Directeur. Il regarda Rose qui le supplia du regard de l'aider. Son professeur de Botanique s'était toujours montré clément avec la jeune fille. Après tout, elle appartenait à sa Maison.
Derrière lui, le Professeur Parkinson referma la porte dans son dos. Lorsque Scorpius reconnut sa propre Directrice de Maison, il leva les yeux au ciel en poussant un soupir exaspéré.
— Vous nous avez fait appeler ? demanda Londubat en s'avançant dans la pièce.
— Oui ! Il semblerait que deux de vos étudiants s'amusent, dès le premier jour de cours, à organiser des duels sur le terrain de Quidditch. À déchainer des griffons et à pulvériser tous les vitraux du mur est de l'école.
Le Professeur Londubat se racla la gorge en adressant un regard torve à la rouquine qui ne sut plus où se mettre. Parkinson se contenta de pincer les lèvres. Elle posa ses mains extrêmement froides sur les épaules de Scorpius qui frissonna de dégoût.
— Mr le Sous-Directeur, commença la nouvelle enseignante de Potions. Je pense que mon élève a simplement laissé la situation lui échapper. Il n'est d'ailleurs pas responsable des dégâts provoqués par cette… bête dangereuse !
— Raymar n'est pas une bête dangereuse ! explosa Rose en se levant de sa chaise.
— Du calme ! lui ordonna Londubat.
— Oui ! Calmez-vous ! dit encore Flitwick au bord de la crise de nerfs. Bon, j'ai entendu Miss Weasley, j'attends la version de Mr Malefoy…
Tous se tournèrent vers le Serpentard qui croisa les bras sur sa poitrine en dégageant ses épaules de la prise de Parkinson. Il planta son regard droit dans celui de Flitwick et répondit d'une voix assurée:
— Je n'ai rien à dire.
Rose s'en était doutée. Il n'était pas le genre du garçon à justifier ses actes même s'il était dans l'erreur. Il se réfugia une nouvelle fois dans le silence et Flitwick croisa ses longs doigts fins devant son visage.
— Bien, jeunes gens, et je pense que vos directeurs de Maison seront d'accord avec moi, je vous enlève à chacun cinquante points.
Les épaules de Rose s'affaissèrent. Elle venait tout juste de perdre les cinquante points qu'elle venait de gagner en cours de Soins aux Créatures Magiques. Quel gâchis ! La nouvelle ne fit ni chaud ni froid au Serpentard qui s'entêtait dans son mutisme. En même temps, lui et Albus pouvait refaire gagner le même score à leur Maison en moins de trois jours. Ce n'était rien pour eux. Londubat fit une grimace mais accepta la sentence. Il jeta un regard froid à Parkinson qui détourna aussitôt la tête. Ces deux-là devaient se connaître depuis longtemps et ne semblaient pas du tout s'apprécier.
— De plus, ajouta Flitwick, vous serez en retenue toute cette semaine. Vous devrez patrouiller pendant trois heures après le dîner dans les couloirs du château, dès demain soir.
— Quoi ? s'exclama enfin Scorpius.
La patrouille nocturne était un des devoirs des préfets-en-chef mais ne concernait qu'un soir tous les quinze jours. Une semaine à se coucher à pas d'heure en faisant des allers et venues dans les couloirs déserts du château était pire que de se promener dans la forêt interdite. Au moins, dans la forêt, il y avait de l'action.
— Vous pouvez disposer ! dit Flitwick en les chassant de la main.
Scorpius se leva en premier, suivi de près par Parkinson qui n'adressa aucun signe à son collègue ni à son directeur. Londubat escorta Rose hors du bureau. Ils marchèrent tous les deux dans le couloir sans dire un mot. Rose traînait, tête baissée, dans le sillage de l'un de ses professeurs préférés. Celui-ci marchait résolument dans le couloir. Il était grand et élancé et impressionnait toujours la jeune fille avec ses lunettes qui rappelait celle de son oncle et son épaisse barbe foncée. Neville Londubat était un héros de la Grande Guerre. Plusieurs fois, lorsqu'elle était petite, son père lui avait raconté comment le Professeur Londubat avait été l'un des seuls à se dresser face à Voldemort alors que tout le monde croyait oncle Harry mort. Rose adorait lorsque son père mimait le coup d'épée de son professeur de Botanique face au terrible serpent du Seigneur des Ténèbres. Lorsqu'enfin, elle était entrée à Poudlard, et qu'elle avait rencontré l'un des héros de l'histoire de son père, elle n'avait plus su quoi dire, trop impressionnée par ce grand sorcier qui lui avait lancé un sourire chaleureux.
Qu'est-ce qu'elle se sentait mal de l'avoir déçu à ce point…
— Je pense que vous devriez arrêter de vous culpabiliser, Miss Weasley, dit tout à coup Londubat en stoppant net au détour d'un couloir.
Rose avait relevé les yeux et aperçut le même sourire chaleureux qu'il lui avait adressé lors de sa première année. Elle comprit immédiatement qu'il ne lui en voulait pas le moins du monde.
— Vos parents ont commis bien pire durant leurs années à Poudlard. Votre mère m'a même jeté un sort en première année.
Il se massa la tête, comme s'il se souvenait encore de la douleur cuisante de sa chute lorsque Hermione Granger l'avait pétrifié, cette fameuse nuit de juin. Londubat lui désigna la porte devant laquelle ils s'étaient arrêtés. L'écriteau cloué dessus indiquait: infirmerie.
— Monsieur Chase doit encore se reposer, mais je pense que Mme Pomfresh ne verra aucun inconvénient à ce que vous restiez à son chevet, lui dit-il avec un clin d'oeil.
Rose dût se faire violence pour ne pas sauter dans ses bras. À la place, elle acquiesça et passa la porte en remerciant gracieusement son professeur si patient.
OoO
Lorsque Scorpius sortit en trombe du bureau du Sous-Directeur, le jeune homme était d'une humeur massacrante. Non seulement le petit Chasenichou se faisait passer pour une victime innocente en se faisant soigner à l'infirmerie, mais en plus Rose le rendait certainement responsable de ses blessures.
Il avait enragé à chaque parole du petit professeur, à la sentence totalement injuste et à ses cinquantes points perdus pour rien. S'il n'y avait pas eu ce lion… Qu'est-ce qu'il foutait là d'ailleurs ? Rose avait parlé de griffon comme de sa propre créature. N'importe quoi ! Il en voulait à la terre entière. À Radcliffe pour le débat qui avait allumé la mèche, à Chase pour le Sort Interdit qu'il s'apprêtait à lui lancer, au griffon qui l'avait léché comme une sucette, à Albus qui n'était pas là pour calmer la tempête dans sa tête et à Rose !
Surtout à Rose.
Son inquiétude pour Chase le rendait malade. C'était pour lui qu'elle aurait dû s'inquiéter. C'est sur lui que Chase voulait balancer son Avada Kedavra. Mais ça personne ne le savait et ne le saurait jamais. Qui le croirait de toute façon ?
— Mr Malefoy ? appela une voix féminine dans son dos.
Scorpius reconnut la voix de sa Directrice de Maison et fit à regret volte-face . Le vautour vert bouteille glissa vers lui avec une démarche qu'elle voulait sûrement élégante mais qui s'approchait plus de celle d'un détraqueur. Scorpius attendit qu'elle le rejoigne avec l'envie irrépressible de s'enfuir en courant.
— Professeur ? demanda-t-il sur un ton qu'il sentit trop insolent.
— Vous vous en sortez bien, pour cette fois, commença Parkinson en souriant à Scorpius. La prochaine fois, vous aurez moins de chance et je ne serais peut-être pas là pour vous protéger.
Scorpius retint l'air de dégoût qui tirait déjà ses traits. Il n'aimait pas ce professeur. Sa voix, ses manières, ses paroles, tout le dégoûtait au plus haut point. Elle ressemblait à s'y méprendre au groupe d'amis qui gravitaient toujours autour de son père. Des vautours en quête de pouvoir. Et c'est lui qu'on traitait de sale Serpentard…
— Je n'ai pas besoin de votre aide, Professeur. Merci, se força-t-il à répondre.
Il se retournait déjà, son sac sur l'épaule, en espérant mettre le plus de distance possible entre lui et cette charmante Parkinson. Celle-ci le retint par la manche.
— Je ne vous donnerai qu'un conseil, Monsieur Malefoy… Méfiez-vous de vos fréquentations. Ces traîtres à leur sang ne méritent pas votre attention.
Scorpius s'extirpa, avec violence, de la poigne de son professeur. Les mots "traîtres à leur sang" n'avait fait qu'un tour dans son esprit et sa fureur grandit d'autant plus. Il ne put retenir ses paroles et répondit d'une voix blanche:
— Je sais très bien de qui je dois me méfier, ici…
Il n'attendit pas de réponse et marcha à grand pas dans le couloir encore désert, son sang "pur" battant ses tempes.
Le dîner dans la Grande Salle ne fut guère réjouissant, pas plus que les deux cours qui suivirent dans l'après-midi, même s'il était en compagnie de son meilleur ami. Albus n'eut pas à demander ce qui s'était passé avec Chase. Il le comprenait dans les expressions rageuses de son ami lorsqu'il arracha une racine de tentacula vénéneuse en botanique ou qu'il cassa plusieurs plumes en prenant note en cours d'histoire.
À chaque fois que Scorpius quittait une salle de classe, il entendait les murmures scandalisés des élèves autour de lui. Les premières années s'enfuyaient à sa vue, persuadés qu'il allait les provoquer en duel. Les filles ne lui lançaient plus d'oeillades mais des regards durs. Chase était populaire auprès de la gente féminine et tout le monde racontait que Scorpius l'avait traîné au terrain de Quidditch pour lui faire sa fête.
Les nouvelles allèrent si vite que bientôt le sujet du débat en cours d'Étude des Moldus se propagea comme une traînée de poudre parmi les élèves. Lorsque vint le souper du soir, Scorpius fut victime d'une série de remarques cinglantes sur sa famille et plusieurs Serpentards le poussèrent en s'asseyant à leur table, le remerçiant d'entacher un peu plus la réputation de leur Maison.
— Mais merde, à la fin ! s'était écrié Scorpius devant son assiette de hachis. C'est moi qui défend l'honneur des Serpentards et c'est moi qu'on lynche.
Un élève de cinquième année le frappa à la tête avec son sac en le traitant de "Sale Mangemort!" avant de s'asseoir avec son groupe d'amis qui le fusillèrent du regard.
— Je t'emmerde, connard ! balança Scorpius en lui dardant un doigt.
— Ils ne comprennent pas ce que tu dis, soupira Albus.
— J'en ai marre ! En plus cette connasse de Parkinson a eu le culot de me conseiller de faire attention à mes fréquentations.
Le Serpentard jeta un coup d'oeil à la table des professeurs. Il repéra Parkinson chipotant à son plat, l'air dégoûté. Il vit aussi McGonagall en grande conversation avec Flitwick qui devait sûrement lui rapporter ses exploits sur le terrain de Quidditch. L'air contrarié de la Directrice n'annonçait rien de bon.
— Et Rose, demanda Albus en prenant une bouchée de son dessert préféré (meringue au chocolat), elle t'en veut encore ?
— J'en sais rien. Sûrement ! Elle ne m'a pas dit un mot en allant chez Flitwick.
Il examina la table des Gryffondors. Aucune trace de Rose. Lily mangeait joyeusement avec son petit-ami en lui offrant des bouchées de son assiette. Albus comprit immédiatement ce à quoi il pensait.
— Elle est à l'infirmerie, répondit-il avant qu'il n'ait eu besoin de poser la question.
— Auprès de Chase, c'est ça ?
Albus acquiesça. Scorpius repoussa son assiette. C'était le pompom.
— Quelle journée de merde ! J'ai besoin d'une pause.
Sans terminer son dîner, il se leva en faisant sursauter son ami. Il ne posa aucune question lorsque Scorpius se dirigea avec toute la dignité qui lui restait vers la sortie. Quelques regards l'accompagnèrent jusqu'aux grandes portes et il ne s'en formalisa pas. Il n'avait qu'une idée en tête, c'était une bonne cigarette pour lui calmer les nerfs.
Depuis qu'il avait commencé à fumer et cela remontait à trois ans, à peu près, il avait débusquer quelques spots pour tirer sur ses clopes en toute quiétude. Il avait bien sûr la tour d'Astronomie auquel il pouvait ajouter les coups de fils à ses précédentes conquêtes qui ne manquaient pas de lui raconter leur journée. Il aimait particulièrement fumer en haut de la volière lorsque les piaffes ne lui chiaient pas dessus en signe de protestation. L'un de ses endroits préférés était la bibliothèque. Un soir, alors qu'il était collé pour une raison qui lui échappait aujourd'hui, il avait découvert un petit balcon dans le renfoncement du rayon sur les sortilèges inutiles.
Ce soir, il s'y précipita. Tout le monde étaient encore en train de manger et il savait que personne ne viendrait le déranger dans ce coin-là. Mme Pince avait fini sa journée et avait certainement rejoint ses appartements juste après s'être restaurée dans la Grande Salle. Il alla sur le balcon. Le temps s'était calmé depuis hier soir et il sortit une cigarette de son paquet sans avoir à lutter contre le vent pour actionner son briquet.
La première bouffée lui tourna la tête. C'était sa première cigarette depuis son insomnie. Il avait l'impression que la tentative de suicide de Rose remontait à une décennie. L'avertissement du paquet le fit sourire. Le 'Fumer tue' inscrit en gras le fit inspirer une autre latte qui le fit un peu tousser. Il s'appuya sur la rambarde de fer en maudissant Chase, Parkinson, ses parents et ses comportements auto-destructeurs.
Lorsqu'il eut fini, il rangea son mégot dans son paquet pour ne pas risquer qu'un de ses professeurs ne tombent dessus, au gré d'une promenade. Il sentit ses fringues qui empestaient la cigarette et s'imagina s'immerger, avec délice, dans un bain moussant.
Scorpius rentra et sursauta lorsqu'il se rendit compte qu'on l'attendait.
— Putain ! Tu m'as fait peur !
— Pardon ? dit la jeune fille assise à la table, un livre posé devant elle.
Gwendolyne Rickman détailla Scorpius d'un regard hautain. Il avait enlevé sa cape et son noeud de cravate pendouillait toujours sur son torse. Il rabattit ses mèches folles en arrière et observa la réaction de Gwendolyne. Elle ne semblait pas avoir capté ce qu'il faisait sur le balcon et il s'en félicitait. Il espérait maintenant qu'elle ne reconnaisse pas l'odeur de tabac sur ses vêtements.
— Tu n'es pas à la Grande Salle avec les autres ?
— Je n'avais pas faim… dit-elle d'une voix neutre.
— Tes amis ne vont pas s'inquiéter ?
— Je n'en ai pas.
Gwen tourna négligemment une page de son ouvrage et Scorpius haussa les épaules.
— Bon ! Je ne vais pas te déranger plus longtemps dans ta lecture, dit-il en jetant sa cape sur son épaule. Bonne nuit…
Il contourna la table de lecture et s'éloigna de quelques pas lorsque Gwen le retint.
— Je t'avais dit de lâcher l'affaire.
Scorpius se retourna, curieux.
— Si tu m'avais écoutée, tu ne serais pas dans le pétrin. Mais tu n'en fais qu'à ta tête.
Elle claqua la couverture de son livre sur la table et se leva. Scorpius observa son manège en devinant peu à peu ce qu'elle avait en tête. Il connaissait bien ce genre de regard. Il avait le don de lui fouetter le sang.
— C'est ce que j'aime chez toi, dit-elle en s'approchant de lui.
La jeune fille se colla au Serpentard qui ne répondit rien. Il ne s'était pas attendu à ce genre de revirement pour sa fin de soirée. Il n'y avait personne dans la bibliothèque. Mme Pince ne risquait pas de poindre le bout de son nez crochu et Gwendolyne était absolument charmante. Celle-ci lui adressa un sourire charmeur et fit promener son doigt sur le torse du jeune homme qui se mit à respirer plus bruyamment.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je te fais craquer, souffla-t-elle à son oreille. Ça marche ?
Ses mains glissèrent le long de son bassin le faisant frissonner de tous ses membres. Si elle continuait sur sa lancée, il ne pourrait bientôt plus se contrôler. L'une de ses mains, incroyablement chaude, se glissa sous sa ceinture et il ferma les yeux. Alors que ses doigts se refermaient sur une prise particulièrement intéressante, Scorpius la retint en lui saissisant le poignet.
— Chérie… Je ne sors qu'avec des filles moldues, la prévint-il pour la dissuader.
— Oh, chéri… répliqua-t-elle sur le même ton. Mes parents sont moldus. C'est tout comme…
Elle reprit son chemin tortueux avec plus de vigueur. Scorpius ne l'arrêta plus. Il contempla cette fille sublime qui le dévisageait de ses yeux si sensuels, lui défaire sa ceinture avec empressement. Bon, d'accord ce n'était techniquement pas une moldue, se dit-il en se collant un peu plus sur elle. Mais elle était belle, intelligente, sexy à mort et il douta qu'elle puisse plaire à ses parents. Il se décida de se laisser chavirer lorsqu'elle approcha ses lèvres des siennes.
Scorpius l'embrassa avec fougue, déboutonnant déjà sa chemise sous sa cravate bleue et or. Gwen caressa ses cheveux en pressant sa cuisse sur son entrejambe. Scorpius couvrit son cou de baisers descendant jusqu'à son épaule pour mordiller sa peau parfumée. Il dégraffa, en même temps, son soutien-gorge d'une main experte et l'embrassa de plus belle. Elle gémit entre ses lèvres lorsqu'il commença à masser doucement sa généreuse poitrine.
Le souffle court, échevelée, Gwen le repoussa brusquement. Lui aussi avait du mal à retrouver son souffle. Le coeur battant, il l'interrogea du regard et elle s'assit sur la table en repoussant son livre de sortilège loin derrière.
— Montre-moi ce que tu sais faire, dit-elle en soulevant lentement sa jupe à carreaux tout en écartant ses jambes dorées.
Scorpius ne se fit pas prier et oublia tous ses soucis au premier coup de rein.
OoO
Rose mourrait de faim.
Elle avait passé le reste de la journée à l'infirmerie, au chevet de son précieux Poufsouffle. Mme Pomfresh l'avait rassurée en lui expliquant que la puissance du rugissement du griffon l'avait quelque peu sonné. Il s'était évanoui puis endormi. Il lui faudrait plusieurs heures avant de reprendre connaissance. Pomfresh s'étonna aussi de la puissance du griffon responsable de l'état de Chase. Un griffon normal sonnait d'ordinaire sa victime pour une heure grand maximum. Cette créature-ci devait être incroyablement vieille ou dotée d'une force magique extraordinaire. Rose aurait pu s'enorgueillir de cette remarque si les talents de son griffon n'avait pas mené son cher et tendre à l'infirmerie.
Lorsque le soir tomba, l'infirmière de Poudlard chassa Rose en lui assurant qu'elle veillerait avec soin sur l'élève allongé dans un bon lit moelleux. Rose sortit dans les couloirs obscurs. L'heure était avancée et elle croisa quelques élèves qui revenaient du festin de la Grande Salle. Si elle voulait manger, elle devrait faire un crochet par les cuisines pour demander aux elfes de maison de lui préparer quelque chose.
Elle connaissait bien l'endroit. Chase le lui avait montré alors qu'elle traînait près de sa Salle Commune pour espérer passer plus de temps avec lui. Il faut dire qu'elle était amoureuse de lui depuis six longues années. Elle se souvenait de la première fois qu'elle avait aperçu Chase. Le petit garçon de l'époque était chétif et très timide. Il était monté sur l'estrade en dernier pour être coiffé du choixpeau. Rose avait déjà rejoint la table des Gryffondors et avait espéré secrètement que ce petit garçon ne la rejoigne. Elle avait été déçue d'entendre le choixpeau crier: "Poufsouffle !", en faisant éclater la table de ladite Maison en applaudissements tonitruants.
Cependant, au fil des années, leurs rencontres, parfois brèves, avaient fait grandir les sentiments naissants qu'elle nourrissait pour lui De jeune première année, Chase avait grandi, gagner plusieurs centimètres et prit du muscles en s'entrainant au Quidditch. Au fil du temps, Rose avait espéré plus que de simples éclats de rire ou de conversations profondes. Elle voulait le toucher. Elle voulait qu'il l'embrasse comme elle l'avait vu embrasser cette cinquième année, sur le quai du Poudlard Express.
Peut-être que c'était son impatience qui gâchait tout entre eux ? Peut-être en voulait-elle trop, trop vite, trop tôt ? Cela faisait plus de six ans que Rose l'aimait en secret et Chase ne l'avait remarqué que l'année dernière, juste avant les vacances d'été. Si cet amour datait d'une vie pour la jeune fille, elle était toute fraîche pour le garçon. Rose devait se montrer patiente. Après tout, il le méritait.
Rose perçut un cri par une des fenêtres fraîchement réparées. Elle reconnut immédiatement Raymar et fut surprise de l'entendre pleurer. Il devait se morfondre dans son enclos après la dispute entre Scorpius et Chase. Il ne devait avoir rien compris à ce qu'il se passait. Et le voilà puni, dans son enclos sans espoir de voir sa toute nouvelle maîtresse.
Rose sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Hagrid l'avait prévenue que les griffons récemment attribué à des maîtres pouvaient se montrer très dépendants dans les premiers mois. Qu'est-ce qui lui avait dit encore ? Ils avaient été interrompus par le vacarme du duel engagé par Scorpius. Maudit soit-il !
La jeune Gryffondor pensa à la bibliothèque. Ce lieu lui avait souvent servi d'ultime recours pour étayer ses connaissances très limitées dans le domaine de la magie. Une fois n'était pas coutume, elle pourrait très bien emprunter un livre sur les griffons pour le parcourir avant de s'endormir. Lorsqu'elle prit le chemin de la bibliothèque, elle se promit de rendre visite à Raymar dès demain matin.
Lorsqu'elle entra dans la bibliothèque, elle constata avec étonnement que l'endroit était désert. Elle se souvint que l'année ne faisait que commencer et qu'il aurait été surprenant de voir des élèves en train de bûcher sur des matières à peine entamées, même pour les années de Buses et Aspics. Il n'y avait personne mais les torches étaient encore allumées. Cela signifiait qu'il y avait encore un traînard dans une des rangées ou que le dernier visiteur avait quitté les lieux, il y a peu.
Sans s'en soucier plus que cela, Rose parcourut les différentes rangées du bout du doigt pour s'arrêter à celle qui l'intéressait. Elle marcha le long des étagères pleines de livres sur les créatures magiques (peu empruntées, cela dit) et s'arrêta en bout de couloir pour extirper un ouvrage sur les créatures légendaires. Elle s'apprêtait à le feuilleter lorsqu'elle entendit un gémissement.
Rose Weasley connaissait toutes sortes de gémissements. Celui de douleur était celui qu'elle avait le plus entendu. Mais celui qu'elle perçut de l'autre côté de l'épaisse bibliothèque lui était totalement inconnu. Sans un bruit, elle se décala un peu sur la gauche et tendit le cou pour découvrir la source de ces sons étranges.
Un deuxième gémissement, plus sonore, retentit encore et Rose faillit lâcher l'épais volume qu'elle tenait entre ses mains. Elle s'avança encore un peu et entraperçut enfin l'origine des cris étranges. Elle fut frappée par une vision d'horreur ou c'était du moins comme elle perçut la scène. Il lui fallut un peu de temps pour la déchiffrer et elle manqua de pousser un petit cri de surprise lorsqu'elle comprit ce qu'il se passait.
Elle reconnut Gwendolyne Rickman et Scorpius Malefoy en train de… de le faire. Elle connaissait bien Gwen. Elle aimait beaucoup discuter avec elle des cours et de ses idées en matière de politique magique. Mais jamais elle n'aurait pu l'imaginer en situation aussi fâcheuse et surtout aussi inconvenante. Gwen était allongée sur la table de lecture. Elle s'accrochait au bord tandis que ses seins nus ballotaient d'avant en arrière. Scorpius était au-dessus d'elle, la chemise défaite, en sueur, ahanant comme un animal à chacun de ses mouvements.
Rose contempla horrifiée ce qu'elle comprit comme étant un accouplement. Elle aurait dû partir mais ses jambes refusaient de lui obéir. Les gémissements de Gwen étaient de plus en plus rapprochée. Brusquement, elle se redressa et enlaça Scorpius qui la souleva un peu sur ses hanches. Il releva la tête, lui aussi, et son regard se planta dans celui choqué de Rose.
Les deux amis se dévisagèrent, sans comprendre. Scorpius n'avait pas arrêté de s'occuper de Gwen. Il ne l'avait même pas prévenu que quelqu'un les avait surpris. Il avait reconnu Rose et s'était rassuré de ne pas être tombé sur un professeur ou un élève moins discret. Le visage de Scorpius se crispa soudain et Rose ne voulut pas en voir davantage.
Serrant son livre contre sa poitrine, elle ne demanda pas son reste et s'enfuit hors de la bibliothèque en espérant oublier, pour toujours, l'expression d'extase qui était apparut sur le visage de son ami d'enfance.
