5

LA PATROUILLE DES PUNIS

Scorpius se réveilla, en sursaut, par un coup de pied envoyé directement dans son tibia. Il se retourna de douleur et tomba, avec fracas, sur la moquette verte de la salle commune des Serpentards.

—Debout! On est déjà en retard.

Albus Potter contemplait la carcasse inerte de son ami, gémissante de douleur. Scorpius était dans un état lamentable: une odeur de sueur et de tabac froid imprégnait sa chemise froissée qu'il n'avait pas pris le temps d'enlever avant de s'écrouler sur l'un des canapés verts profonds.

La nuit dernière, Scorpius avait frappé à la porte de son ancien dortoir. Il avait eu de la chance qu'Albus soit un des derniers à bouquiner dans la salle commune, devant un bon feu de cheminée. Il avait ouvert au Serpentard démuni, sans mot de passe, la tenue en vrac et l'air hagard. Scorpius l'avait supplié de passer la nuit dans son ancienne Maison. Il était si délirant qu'Albus pensa, un instant, que le jeune blond avait réussi à trouver de l'alcool quelque part et s'était enfilé une dizaine de bouteilles.

Si seulement…

Scorpius ne donna aucune explication à son ami. Il se contenta de chasser Daisy, la chatte d'Albus, un bel angora blanc au caractère méfiant, et de s'allonger sur le canapé en cachant son visage avec son bras. Albus n'avait pas insisté et était monté se coucher. Scorpius s'était endormi dans une position très inconfortable, se maudissant une bonne partie de la nuit.

Le lendemain, il s'était éveillé dans ses frusques de la veille, puant la mort et s'en voulant pareil. Il se releva péniblement en chassant Daisy qui venait lui quémander des câlins en dardant sa queue duveteuse sous son nez. Scorpius se releva en gémissant. Sa nuit dans le canapé avait enquilosé chacun de ses muscles et il se sentait plus tendu que jamais. Il huma son aisselle et fronça le nez.

—J'ai besoin d'une douche, dit-il en se rasseyant sur le canapé qui lui avait servi de lit.

—Tu vas me dire ce qui t'arrive? demanda Albus en préparant son sac pour cette deuxième journée de cours.

Daisy bondit sur les genoux de Scorpius et pétrit son pantalon pour se lover, en ronronnant. Le jeune homme n'eut pas la force, ni le courage de l'en déloger. Il renifla tout en se remémorant sa soirée. Il se rappela la belle Gwen, ses caresses et le plaisir immense qu'il avait éprouvé entre ses cuisses. Il se souvint aussi, avec douleur, l'air dégoûté de Rose lorsqu'elle les surprit et le plaisir qu'il eut à ne rien lui épargner. Scorpius avait voulu la punir mais il s'en était voulu à la minute où la jeune rouquine avait tourné les talons.

—J'ai déconné…, soupira-t'il en grattant distraitement la tête de Daisy.

—Encore?

Plusieurs élèves de serpentards sortirent de leurs dortoirs, capes sur les épaules, riant et plaisantant. Lorsqu'ils aperçurent Scorpius Malefoy, aussi négligé, vautré dans leur canapé, ils se turent et évacuèrent la pièce dans des murmures suspects. Scorpius soupira.

—J'ai couché avec Gwen, à la bibliothèque…

—Ah oui, dit Albus en rangeant un de ses épais volumes dans son sac déjà bien rempli.

La désinvolture de son ami exaspéra Scorpius. D'ordinaire, son calme légendaire tempérisait les coups d'éclat du Serpentard. Cette fois-ci, il n'en avait vraiment pas besoin.

—Et Rose nous a surpris…, acheva Malefoy.

Sa révélation eut l'effet d'une bombe. Albus se retourna lentement vers lui, offusqué sous ses lunettes rondes. Scorpius ne lui connaissait pas cette expression. Albus était rarement surpris.

—Mais, qu'est-ce que t'as foutu? dit-il irrité.

—Mais qu'est-ce qu'elle foutait là, aussi? se défendit Scorpius en faisant bondir de peur Daisy. Elle était pas avec Chase?

—Laisse tomber…

Albus jeta la lanière de son sac sur son épaule et n'attendit pas Scorpius pour sortir de la salle commune des Serpentard. Le grand tableau pivota sur lui-même pour laisser le passage. Scorpius ramassa sa cape et ses affaires et rattrapa son ami dans le couloir.

—Tu m'en veux?

—Non, répondit Albus. Non, écoute, je ne devrais pas être surpris, dit-il avec cynisme. T'as vraiment rien dans le crâne!

Ils tournèrent vers le grand hall. Beaucoup d'élèves s'amassaient près des grandes portes. Le petit-déjeuner était déjà servi. Albus et Scorpius passèrent devant les sabliers sous les bannières des quatre Maisons. Celui des Gryffondor et des Serpentard avaient beaucoup baissé depuis la veille. Plusieurs jeunes élèves lancèrent des regards noirs au seul responsable de cette chute vertigineuse. Scorpius ne s'en offusqua pas. Une seule chose importait, là maintenant, c'était de ne pas décevoir son meilleur ami.

—Pourquoi ça te met si en colère? s'énerva Scorpius lorsqu'ils s'asseyèrent à leur table.

—Parce que! répondit Albus.

Il se servit une grande portion de porridge en renversant la moitié à côté de son assiette. Scorpius se dit que la réponse d'Albus n'en était pas une mais ne demanda pas plus d'explications tandis qu'il observait son ami engouffrer dans sa bouche les grumeaux blanchâtres. Scorpius ne l'avait jamais vu dans un état pareil et n'en comprenait pas la cause. D'accord… Il avait merdé, en beauté. Jamais il n'aurait dû succomber aux charmes de la ravissante Gwen et jamais il n'aurait dû permettre à Rose de tomber sur eux en pleine action ou du moins d'en retirer un plaisir sadique. Mais à la minute où Rose avait déguerpi, il s'était séparé de Gwen et l'avait priée de se rhabiller.

Le plaisir avait laissé place à la culpabilité. Il en voulait à Rose d'avoir pris la défense de Chase mais cette vengeance inconsciente était pire que les injustices qu'il avait encaissées toute la journée. Après avoir quitté Gwen, il n'avait pu se résoudre à rejoindre son dortoir. Il avait eu trop peur de croiser Rose. Son silence aurait été pire que tout, plus que des insultes ou que des coups. Il n'aurait pu supporter son air de dégoût.

Scorpius se décida à manger quelque chose lorsqu'une petite silhouette se planta en face de lui. Il leva la tête alors qu'il allait croquer dans un toast et reconnut Lily Potter, les cheveux incandescents et les yeux brillants de fureur.

—Salut, Lily, qu'est-ce que tu veux…?

—Comment as-tu osé?! éructa-t'elle.

Malefoy lâcha son toast en levant les mains pour signifier son impuissance. Lily se faisait dominer d'une bonne tête par la plupart des élèves assis à côté d'elle. Tous les Serpentard dans les environs la dévisageaient en pouffant. La jeune fille avait les poings sur les hanches et foudroyait du regard le jeune blond, blasé.

—Ce n'est pas ma faute…, dit Scorpius qui avait deviné de quoi parlait la petite rousse.

Rose devait lui avoir tout balancé à la seconde où elle avait rejoint la salle commune des Gryffondor.

—Tu as fait beaucoup de bêtises, ces derniers temps. Mais là…!

En disant ces mots, Lily Potter ressemblait terriblement à sa grand-mère, Molly Weasley. Scorpius sentit la même honte et la même peur qui animait souvent Hugo lorsqu'il se faisait gronder par la furie Weasley. Il avait toujours été heureux de ne pas être à la place du petit génie. Hélas, aujourd'hui, face à Lily, il pouvait avoir un aperçu de la célèbre fureur des Weasley. Albus ne prit pas la défense de son ami. Il se contenta d'acquiescer à chaque mot de sa soeur, toujours en colère pour des raisons qui échappaient complètement au jeune blond.

Scorpius allait répondre quelque chose mais il fut interrompu par les centaines de battements d'ailes d'hiboux qui s'engouffrèrent dans la Grande Salle. Guenière, le grand Duc de Malefoy, atterrit entre son gobelet et son assiette et lâcha une lettre cachetée des armoiries de sa famille, sur son toast beurré. Lily poussa un "oh" de surprise à la vue de la couleur de la dite lettre. D'autres Serpentard, attentifs, se mirent à pouffer de rire. Ils invitèrent leurs compagnons à s'approcher en désignant Malefoy du doigt.

—Ils a reçu une beuglante! s'écriaient-il en rameutant la moitié du château.

—Manquait plus que ça…

Le destinataire de la beuglante souleva du bout des doigts le papier rougeâtre qui frémissait déjà.

—Tu ferais mieux de l'ouvrir, dit Albus qui s'était radouci. Ce sera vite terminé.

Malefoy lâcha un profond soupir. Ce n'était pas la première beuglante qu'il recevait à Poudlard. Son père était friand de ces petites humiliations en public depuis que Drago Malefoy avait appris que son fils fricotait avec des sangs 'impurs". Cependant, Scorpius aurait aimé être épargné ce matin. C'était le coup dur de trop.

En ouvrant la lettre, il se dit qu'il n'avait jamais eu autant d'ennuis depuis qu'il avait sauvé Rose du suicide. Peut-être était-ce sa punition pour avoir fait preuve de tant de charité? Il n'aurait jamais la réponse à cette question. Ou du moins n'y réfléchit-il pas tout de suite car un flot de paroles terrifiantes éclata dans la Grande Salle.

La voix de Malefoy père vibra dans l'air comme le plus violent des orages.

PROVOQUER EN DUEL… EN PLEIN JOUR… DÈS LA RENTRÉE… TU ES PRÉFET-EN-CHEF, PAR MERLIN… SI TU TE FAIS ENCORE PRENDRE… NE PENSE MÊME PAS À PASSER LE PORCHE DU MANOIR… TA MERE EST SCANDALISÉE! ELLE A FAIT UN MALAISE!... JAMAIS ÉTÉ AUSSI HUMILIÉ… QU'EST-CE QU'ON VA FAIRE DE TOI?!

Tout du long, Scorpius demeura stoïque devant le flots d'injures que lui balançaient la voix déformée de son père. Albus eut la courtoisie de détourner le regard. Lily avait plaqué ses mains sur sa bouche à la première réprimande et avait pris un air meurtri, regrettant certainement d'avoir passé un savon à ce pauvre Scorpius quelques minutes plus tôt.

Les autres élèves n'avaient pas la même retenue que ses amis et chacun se délecta des vociférations du père Malefoy. Assis à leur grande table surélevée, les professeurs avaient tous fait mine de ne rien remarquer. Du haut de son trône doré, Mcgonagall scrutait Scorpius d'un air sérieux qui semblait dire qu'il avait mérité cette remontrance. La lettre finit par se déchiqueter et Scorpius racla les miettes dans son sac.

Lorsqu'il se leva, parmi la foule de spectateurs venus assister à son humiliation, il vit Chase, fraîchement sorti de l'infirmerie. Ce grand con lui adressa un sourire narquois et ponctua sa sortie de toutes sortes de remarques particulièrement drôles, en récitant, sur différents tons, certains passages de la beuglante.

—Scorpius!

Gwen lui barrait le passage. Elle s'était levée en même temps que lui et l'avait rattrapé avant qu'il ne s'enfuit dans les couloirs du château. Gwen était la dernière fille qu'il voulait voir, en cet instant. Rien qu'au son de sa voix, il se rappela leur nuit, Rose, Chase, le duel, le griffon, ses retenues, la beuglante. C'en était trop.

—Lâche-moi! cria-t'il, à bout de nerf. Je ne veux plus jamais te voir!

Il poussa la jeune serdaigle qui le laissa partir, dépitée.

OoO

Rose n'avait pas beaucoup dormi. Le jour qui suivit, ne fut pas des plus réjouissants non plus. Dès le réveil, elle avait craint de tomber, par hasard, sur Scorpius. La veille, après l'avoir surpris dans la bibliothèque, elle avait foncé dans sa chambre et avait claqué la porte en espérant ne plus jamais croisé son regard. La nuit, elle s'était efforcée de rayer la scène de sa mémoire mais la peau ruisselante de sueur de Scorpius et les gémissements de Gwen la rendait folle.

Lorsque Lily l'avait retrouvée, le matin, devant son dortoir, elle avait tout déballé. Au fur et à mesure de son récit, sa cousine s'était empourprée et avait quitté la jeune fille, en rage. Rose n'avait pas compris. Oui, c'était choquant et assez dégoûtant pour qu'elle ne puisse plus le voir en face. Mais… Rose n'était pas fâchée. Scorpius était ainsi: il sautait sur tout ce qui avait une paire de seins et de longues jambes. Elle ne pouvait décidément pas lui en vouloir pour ça.

Lorsqu'elle se décida enfin à rejoindre la Grande Salle, tout le monde lui raconta, en détails, l'épisode de la beuglante de Scorpius. Chase pavanait entre les tables en racontant, avec emphase, les meilleurs passages de la lettre et le professeur Londubat dût descendre de sa table pour lui demander de se calmer. En apprenant à quel point Scorpius avait été humilié devant toute l'école, Rose avait éprouvé de la pitié pour son ancien ami.

Plus tard, en cours, elle avait observé Scorpius s'installer dans un coin, loin de tout le monde, même d'Albus. Il ne regardait personne dans les yeux, ne répondait à aucune question que lui posa Parkinson en cours de Potion, se réfugiant dans un silence qu'elle lui reconnaissait bien. Scorpius avait toujours réagi de la même manière lorsqu'il se sentait impuissant ou débordé par la situation. Il boudait en silence, snobant quiconque aurait l'audace de lui apporter du réconfort. Dans ces cas là, il fallait attendre qu'il se calme et qu'il vienne de lui-même, s'excuser pour son comportement.

Rose ne put s'empêcher de se sentir responsable des malheurs de Scorpius. Après tout, le duel avec Chase n'était pas anodin. Plus que la simple dispute au cours de ce débat stupide, Scorpius avait dû venger l'honneur de son amie. Le Serpentard avait cette manie adorable mais complètement idiote de se comporter comme un chevalier servant auprès des gens qu'il aimait. Rose ne se vantait pas d'avoir un rôle aussi important dans sa vie mais elle ne pouvait nier qu'ils avaient partagé une amitié profonde les premières années à Poudlard. Et c'était elle qui avait mis un terme à tout ça.

Ses raisons n'étaient pas si justifiées. Au cours de sa cinquième année, Rose en avait eu assez des murmures sur leur passage, tandis qu'elle traînait avec Albus et Scorpius. Elle ne comprenait pas pourquoi elle devait subir la jalousie à peine dissimulée de ses condisciples alors qu'elle peinait à se hisser au niveau de ses deux compères. Elle s'était dit que cela devait être plus amusant de traîner avec des Gryffondor. Des personnes qui pourraient enfin la comprendre.

A l'époque, Albus avait acquiescé en lui souriant. Scorpius, quant à lui, avait très mal pris cet éloignement. Il lui avait fait la tête pendant des mois. Et lorsqu'il se décida enfin à lui parler,c'était pour l'engueuler à joyeux hurlements dans tout le château. Leurs disputes se finissaient toujours à grands cris et par la retenue d'un professeur quelque peu tatillon sur la tranquillité dans les couloirs.

Rose s'en voulait. Pour ces années de disputes et de silences meurtris et pour ces deux premiers jours qui n'avaient rien de glorieux pour le jeune Serpentard.

Elle espérait retrouver celui-ci en fin de journée, après le dîner, lorsque Flitwick leur rappela leur punition. Rose attendit l'arrivée de Scorpius et de Chase pour débuter leur ronde, dans la salle commune des préfets-en-chefs. Chase fut le seul à passer la gargouille, encore hilare de ses blagues lancées à tout le château sur la beuglante de ce bouffon de Malefoy. Le visage de Rose s'éclaira lorsqu'elle le vit s'approcher.

—Tu es toute seule? demanda-t'il en passant une main dans ses cheveux.

—Oui… Je ne crois pas que Malefoy viendra.

—Tant pis pour lui.

Chase l'enjoignit à le rejoindre et tous deux sortirent dans les couloirs obscurs. Ils allumèrent leurs baguettes d'un Lumos. Il était plus facile de débusquer des élèves en les surprenant dans une allée sombre. Aux côtés de Chase, Rose oublia de compatir pour Scorpius. Elle retenait sa respiration à chaque fois que leurs mains s'effleuraient. Elle calqua ses pas sur les siens et son imagination lui mit des images osées en tête. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce qu'elle avait vu à la bibliothèque. Est-ce qu'elle oserait faire ça si c'était avec Chase? Elle n'osait y croire et rougit de délice en imaginant le plaisir qu'elle en retirerait.

—Tu es amie avec Malefoy? demanda soudain Chase.

—Euh… Pas tant que ça, hasarda Rose qui ne voulait pas gâcher ce moment.

—Tu traînais souvent avec lui, pas vrai?

—Avant oui…,

—Tu t'es rendue compte que c'était une pourriture et tu l'as lâché, c'est ça?

—Euh…

Rose éclaira un tableau représentant une famille de sorciers et le père lui brandit le poing de les avoir réveillés avec sa lumière.

—Je déteste ce sale type! cracha-t'il. C'est pas pour rien qu'il est à Serpentard. Tous pourris!

—Ils ne sont pas tous comme ça, hésita Rose ne sachant pas sur quel pied danser.

—Bien sûr! s'empressa Chase de corriger. Il y a ton cousin. C'est un bon gars, y parait. En même temps, c'est le sang des Potter qui coule dans ses veines. C'est étonnant qu'il ait fini dans cette Maison, d'ailleurs.

Rose réfléchit à ses paroles. Elle connaissait les histoires au sujet des élèves de Serpentard devenus, pour la plupart, les pires sorciers que le Monde Magique ait connu à commencer par Voldemort. Mais tandis qu'ils parcouraient les couloirs déserts du château, Rose se remémora, avec nostalgie, tous les bons moments qu'elle avait passés avec son cousin et Scorpius.

Elle se souvint lorsque Scorpius lui avait tendu ses notes en histoire alors qu'elle transpirait sur une pile de parchemins pour préparer ses buses. Scorpius qui volait avec elle, chaque été, dans le champ du Terrier, en se passant des pommes du verger et riant à chaque fois qu'il en laissait échapper une. Elle se souvenait des moqueries dans son oreille lorsque Hugo faisait l'imbécile à table. Son regard déçu mais toutefois heureux lorsqu'elle le battut pour la première fois, au quidditch.

—Il n'est pas si méchant que ça… Scorpius, dit Rose à haute voix.

Chase stoppa sa marche. Il fit face à la jeune fille et la dévisagea avec une expression qui la fit rougir.

—Tu l'aimes bien? demanda-t'il presque en colère.

—C'était mon ami…

—Non! Je veux dire… tu l'aimes bien, bien?

En disant ces mots, il prit la main de Rose qui sentit une douce chaleur envahir l'extrémité de ses doigts.

—Non...non, jamais, s'étrangla-t'elle alors que Chase s'approchait de plus en plus. Je n'ai aucun sentiment pour lui…

—Tant mieux.

Il posa doucement une main sur sa joue couverte de taches de rousseur et approcha son visage de sien. Rose ferma les yeux et attendit qu'il pose ses lèvres sur les siennes.

OoO

Scorpius avait trouvé l'endroit le plus tranquille du château pour bouder en toute quiétude.

La beuglante avait eu l'effet escompté: toute l'école riait dans son dos. C'était exactement ce que cherchait à faire son père et il avait réussi. Scorpius avait reçu une autre lettre un peu plus tard dans la journée. Guenièvre la lui avait apportée alors qu'il allumait sa dixième clope sur le balcon de la bibliothèque, espérant échapper aux railleries des élèves qui le poursuivaient de classes en classes.

Il tenait le bout de parchemin entre les mains, assis sur l'escalier de pierre qui menait à la trappe de Trelawney. Sa baguette allumée éclairait l'écriture fine et minuscule de sa mère. Moins vindicative que les paroles de son père, elle ne manquait pas de le culpabiliser tout de même, mettant l'accent sur ses fréquentations.

"J'espère, de tout coeur, que tu finiras par te trouver une gentille sorcière, de bonne famille pour nous faire honneur."

"Essaie de pardonner à ton père. Il se fait du souci, tout comme moi."

"Tu ne pourras pas toujours fuir tes responsabilités. Tu es de sang 'pur'. Il t'incombe de perpétuer la lignée."

La lettre se finissait par ses éternelles embrassades qui eut autant d'effet, sur Scorpius, que les mots d'amour d'un détraqueur. Scorpius était à bout. Il n'avait toujours pas pris de bain et son odeur corporelle s'approchait de plus en plus à celle d'un troll.

Au moins, il était en paix sur ces escaliers sombres et déserts. Il ne patrouillait pas vraiment mais s'il croisait un professeur, il pouvait quand même monter un char et faire croire qu'il guettait l'arrivée imminente d'un groupe d'élèves rebelles.

Il en avait plus qu'assez de cette année qui commençait à peine. Marre des profs qui faisaient semblant de rien lorsque toute l'école crachait sur les Serpentard. Marre de ses parents qui insistaient maintenant pour qu'il se trouve une épouse et fasse de merveilleux bébés au sang pur. Il aurait tout donné, là maintenant, pour se retrouver à Londres en boîte de nuit avec une magnifique petite brune avec qui il aurait bu des litres de vodka et fini la soirée dans son lit douillet, au creux de ses bras.

Il soupira et se décida enfin à bouger pour patrouiller un peu. Avec un peu de chance, il tomberait sur un élève en pyjama pour lui enlever une dizaine de points et peut-être même se venger en lui donnant une retenue.

Il descendit l'escalier qui pivota sur lui-même avec un bruit de pierres brisée pour le déposer au troisième étage. Il déambulait au gré de ses envie sans vraiment de but. Il voulait simplement que sa punition prenne fin pour ce soir et pouvoir se réfugier dans ses appartements en envoyant le monde aller se faire foutre.

Lorsque Scorpius s'approcha de la grande statue de l'aigle des Serdaigle, il eut la mauvaise surprise de croiser Gwen, emmitouflée dans sa cape, chaussons au pieds. Scorpius leva sa baguette sur elle puis haussa les épaules. La jeune femme s'approcha timidement. Elle n'avait plus la même démarche sensuelle comme à la bibliothèque mais semblait plutôt désolée, presque compatissante.

—Je n'étais pas sûre que tu passerais par là…, murmura-t'elle.

—Tu n'as rien à faire là…, dit Scorpius en abaissant sa baguette. Je pourrais te punir.

—Tu comptes le faire?

Scorpius hésita un moment. Gwen attendait sa réponse et Scorpius ne lut aucune peur dans ses yeux chocolat.

—Non, finit-il par dire. Je n'en ai pas envie.

—Tu veux un peu de compagnie?

Gwen l'accompagna dans les couloirs, se pressant contre lui de temps en temps. Le jeune homme ne répondit pas à ces perches tendues. Il avait retenu la leçon et même s'il se l'autorisait, il n'était vraiment pas d'humeur pour une nouvelle partie de jambes en l'air entre deux tableaux du château. Cependant, il dût admettre qu'il devait au moins une chose à la jeune femme: des excuses.

—Je ne pensais pas ce que je t'ai dit, ce matin, dit-il en inspectant un coin, derrière les rideaux.

—Je sais, dit-elle tout bas.

—J'étais hors de moi.

—Tu n'as pas à te justifier.

Ils continuèrent à marcher en silence. Scorpius sentit Gwen se tortiller à côté de lui. Il lui jeta un regard en biais et constata que la jeune Serdaigle était nerveuse.

—Tu as quelque chose à me dire?

—Je...La nuit dernière était… C'était vraiment… Je ne veux pas que tu penses que je suis une fille facile, dit-elle avec véhémence.

—Ce n'est pas ce que j'ai pensé, répondit-il, tout à coup, méfiant.

—Si je l'ai fait avec toi c'est parce que tu me plais…

—Ok.

Scorpius demeurait le plus évasif possible. Un affreux doute s'immisça dans son esprit. Il redoutait les prochaines paroles de sa toute nouvelle conquête. Gwen prit soudain la main de Scorpius qui se raidit. Elle le força à s'arrêter et le dévisagea avec une expression qui stressa de plus en plus le Serpentard.

—Je t'aime bien, dit-elle dans un souffle. Je t'aime beaucoup, Scorpius.

"Oh, non!" pensa ce dernier en cherchant désespérément une parade pour s'en sortir.

—Si tu veux bien… on pourrait sortir ensemble, toi et moi…

—Euh…

En levant un peu sa baguette, Scorpius se rendit compte que plusieurs tableaux s'étaient réveillés et ne perdaient pas une miette de leur conversation. Se sentant épié, Scorpius sentit le stress le gagner. Au cours de sa scolarité, il avait reçu quelques déclarations d'amour, à la fin d'un cours, pendant le dîner, dans le parc du château, tous les lieux du domaine y étaient passés et la réponse restait toujours la même.

—Ecoute…, commença Scorpius qui se remit à marcher pour trouver de l'inspiration. Ce qu'on a fait hier était super mais comme je te l'ai dit… Je ne sors qu'avec des moldues. Toi et moi, c'est…

Il avait tourné à gauche et s'était brusquement arrêté.

—Quoi? demanda Gwen à mi-voix.

Scorpius ne faisait plus attention à la Serdaigle. Il contemplait, silencieux, les deux élèves occupés à s'embrasser à quelques mètres d'eux. Il ne les aurait pas remarqué si l'extrémité de leurs baguettes n'avaient pas éclairés leurs visages. Il reconnut Chase et… Rose. Le garçon la dominait de toute sa taille, ses mains enveloppant son visage tandis qu'il goûtait à ses lèvres. Rose ne bougeait pas d'un poil, plus gênée qu'autre chose. Mais Scorpius connaissait les sentiments de son amie pour ce bon à rien et ne doutât pas qu'elle devait être au bord de l'extase.

—Scorpius? appela doucement Gwen qui n'avait encore rien remarqué.

—Je dois y aller.

Il rebroussa chemin et s'enfuit dans le couloir, laissant Gwen dans l'obscurité.

OoO

Les lèvres de Chase se détachèrent doucement de celles de Rose. Cette dernière avait savouré l'instant comme un cadeau des dieux. Ses mains tremblaient comme pour le premier baiser que lui avait donné le Poufsouffle avant le début des vacances. C'était toujours aussi bon. Elle soupira d'aise et ouvrit la bouche pour enfin faire sa grande déclaration. Celle qu'elle aurait dû faire, il y avait de cela deux mois.

Chase fut plus rapide.

—C'est vraiment pas ça…, lâcha-t'il en secouant la tête.

Pour Rose, ce fut comme une douche glacée. Elle se retrouva, à nouveau, au sommet de la tour d'astronomie, au milieu de la tempête, prête à se jeter dans le vide.

—Qu'est-ce que j'ai fait de mal? demanda-t'elle désespérée.

Chase se passa, une nouvelle fois, une main dans ses cheveux bruns, gêné. Il hésitait vraiment à aborder le sujet.

—Dis-moi!, insista Rose.

Chase soupira puis tendit les bras pour enlacer Rose qui accepta l'invitation, décontenancée.

—Tu es super belle, commença-t'il en lui caressant les cheveux. Mais à chaque fois que je t'embrasse, j'ai vraiment l'impression de donner un baiser à un glaçon.

Il la repoussa légèrement pour la dévisager. Il lui adressa un sourire embarrassé. Rose était perdue. Chaque mot qu'il lui adressait était comme un coup de poignard en plein coeur.

—C'était pareil la première fois. J'ai vraiment l'impression de t'embrasser de force. C'est… gênant.

La jeune femme ne répondit rien. Qu'y avait-il à répondre? Elle avait envie d'hurler. Chase dût remarquer son expression médusée. Il essaya de la rassurer comme il put.

—Non… Je ne dis pas que c'est ta faute, hein! C'est juste...nous, je crois. On n'est peut-être pas fait pour être ensemble, tu comprends. C'est...physique.

Il lui tapota doucement la tête dans un geste qui se voulait réconfortant. Rose avait l'impression que son âme s'était échappée de son corps. Un détraqueur aurait pu lui faire le baiser de la mort, cela serait revenu au même.

Chase l'invita à continuer leur ronde. Il continua de l'abreuver de remarques acerbes sur les Serpentard et dériva sur le quidditch et ses pronostics sur ses prochaines victoires. Rose garda le silence ou ponctua le discours de Chase par des bruits de gorges pour montrer, sans doute, qu'elle n'était pas morte sous le choc de ses révélations précédentes.

Ils patrouillèrent encore une heure puis rejoignirent leurs dortoirs. Chase monta dans sa chambre avec un de ses grands sourires qui faisaient d'ordinaire fondre le coeur de la jeune femme. Ce soir, elle lui adressa un faible signe de la main et monta se coucher avec l'envie de mourir à nouveau. Lorsque sa tête tomba sur son oreiller, elle libéra ses larmes qui perdurèrent jusqu'au bout de la nuit.

Au matin, elle s'était calmée avec une idée.