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LA DEMANDE DÉSESPÉRÉE MAIS POUR LE MOINS FARFELUE DE ROSE
Le reste de la semaine fut plus tranquille pour Scorpius Malefoy. Les railleries des élèves de Poudlard s'étaient calmées au fil des jours et même Chase Wilson n'imitait plus la voix de son père à chaque fois qu'il le croisait dans les couloirs. Scorpius put presque espéré vivre une année tranquille si ce n'était les nombreux courriers qu'il avait continué à recevoir chaque matin. Quand ce n'était pas une lettre d'injures de son paternel que lui balançait Guenièvre dans son gobelet de jus de citrouilles, c'était des billets suppliants de sa mère pour lui rapporter des nouvelles encourageantes. Bientôt, Scorpius comprit le manège insistant de ses parents. Ces deux-là avaient décidé de faire pression sur leur fils pour qu'il se décide enfin à se caser.
Scorpius ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Il avait atteint sa majorité en mars dernier et quitterait bientôt l'école pour entrer dans la vie active. Comme le voulait la tradition familiale, il était logique qu'il reprenne les affaires des Malefoy et cela supposait aussi de se trouver une gentille épouse pour perpétuer la lignée. Scorpius soupçonnait de plus en plus ses parents d'avoir imaginé des plans machiavéliques, à défaut d'être subtils, pour le caser à tout prix. Les regards persistants de la maîtresse des potions, ses conseils et le fait qu'elle insistait énormément sur son amitié à son égard, rendait le jeune garçon de plus en plus méfiant. C'était tout à fait le style de son père d'envoyer un émissaire se lier d'amitié avec son fils pour lui faire entendre raison ou pour lui servir de mentor, comme Rogue l'avait fait avec Drago, à l'époque.
Scorpius n'avait plus croisé Gwen durant les jours qui suivirent leur petite conversation dans les couloirs de l'école. Chaque fois qu'il l'avait entraperçut en cours, ou dans la Grande Salle, la demoiselle le niait purement et simplement ou lui tendait un geste grossier pour bien lui signifier que son rejet ne l'avait pas offusquer outre mesure. En plus de Gwen, le Serpentard avait remarqué que de plus en plus d'élèves de sa maison venaient l'alpaguer entre deux cours pour lui faire de grandes déclarations ou lui proposer une sortie. A force de refus, il commença à se demander si ses parents n'avaient pas demandé à ceux des jeunes filles pour que leur famille respective ne s'allie dans une union heureuse. C'était un peu gros, il fallait l'admettre mais Scorpius savait ses parents tout à fait capable de ce genre de combine de mariage arrangé.
En fin de semaine, bien décidé à mettre un terme à ce cirque grotesque, Scorpius se rendit dans le 'quartier général' du plus gros cerveau de Poudlard. S'il existait quelqu'un pour le sortir de ce pétrin, c'était bien ce petit surdoué d'Hugo Weasley. Le petit garnement passait son temps à sécher les cours. Il avait trouvé la combine parfaite, mise en place avec son oncle George: créer un double (beaucoup plus diminué intellectuellement) pour se rendre en classe à la place de l'original. Le processus avait été mis en vente dès Noël dernier et avait remporté un franc succès auprès des élèves de Poudlard ainsi que dans les collèges étrangers. Mcgonagall et Russard avait mis un terme à son usage dès que les premiers clones se mirent à débiter des conneries en cours à la moindre question qui demandait plus de deux syllabes. Il n'y avait plus qu'Hugo pour en profiter ou du moins, avait-il l'audace de continuer à utiliser sa copie débile. Bien sûr, les professeurs s'en rendaient compte mais il préférait s'acharner sur une coquille vide plutôt que de voir un petit diable provoquer un chaos digne de Peeves dans leur classe. Tandis que le clone d'Hugo écoutait religieusement les cours, le vrai se terrait dans la salle sur demande, pianotant sur des consoles.
Scorpius passa trois fois devant le mur en répétant le mot de passe que lui avait appris Hugo. Une porte toute simple se dessina bientôt dans la brique blanche et le Serpentard pénétra dans une pièce plus grande que la salle de bain des préfets. Dès ses premiers pas, Scorpius dût enjamber d'énormes câbles qui serpentaient le sol et remontaient au plafond pour s'imbriquer les uns sur les autres, formant un tas de tuyaux multicolors. Sur les murs adjacents, Hugo avait accroché une série de tableaux remplie de formules mathématiques mélangée à des signes magiques que Scorpius avait pu lire dans ses manuels les avancés en sortilège. Il découvrit son jeune ami assis devant une immense console où s'entassait des piles branlantes de bouquins poussiéreux. Hugo pianotait sur un clavier, les yeux rivés sur un écran qui ressemblait beaucoup à ceux des ordinateurs moldus. De la musique techno vrombissait à des décibels élevés, faisant trembler la pierre autour de lui.
Scorpius hurla pour attirer son attention, tout en s'avançant en enjambant les cartons vides éparpillés dans la pièce. Hugo diminua le son de sa musique d'un coup de baguette et fit pivoter son fauteuil.
—Fais attention aux câbles, le courant est instable, l'avertit-il en observant ses acrobaties pour le rejoindre.
—T'as réussi à mettre le courant?
—Nop! répondit-il en retournant à son clavier qu'il tapota de plus belle.
Une série de ligne de codes magiques s'afficha sur son écran.
—Mais… Et tout ça? désigna Malefoy en balayant la pièce de la main. Tu vas pas me faire croire que ça vient pas du monde moldu.
—Nop! J'ai tout fabriqué à partir de pièces détachées. Je te dis pas le nombre de radios magiques que j'ai dû voler aux profs pour monter tout ce truc.
—Et ça ne marche pas à l'électricité…
—Nop! Y a que la magie qui marche ici. J'ai réussi à la canaliser et à modifier sa fonction pour des usages plus molduenne. On peut parler d'une sorte...d'évolution de la magie. Le genre de truc que penserait jamais nos chers professeurs. ça, mec, c'est de la dynamite!
Il actionna une touche et un petit personnage pixelisé apparut sur l'écran dans un décor de plateformes comme certains jeux que lui avait montré certaines de ses conquêtes. Le petit bonhomme s'encourait tout seul, comme un habitant des tableaux qui peuplaient le château. Scorpius s'ébahit devant cette prouesse.
—J'ai découvert de ces trucs, en volant les grimoires de la réserve. Tu serais choqué! Tu savais que la magie venait de source telluriques dans différent coin du globe? L'Angleterre est l'un des pays aux nombres de sources les plus élevés, ça explique tous les phénomènes étranges dans le coin. C'est pas pour rien que les fondateurs ont décidé de construire leur école ici. Poudlard, mec, se situe pile sur une de ces sources. Comme les hôtels maudits sur les cimetières indiens.
—Waouh! s'exclama Scorpius, ne sachant pas quoi dire de plus.
—Mec, j'ai construit un scanner pour avoir une vue d'ensemble du château. C'est un truc de malade. Y a pas que les escaliers qui n'en font qu'à leur tête. Cette piaule est vivante, des fondations aux toits des tours! Il continue de s'agrandir au fil du temps. J'suis sûr de découvrir des endroits secrets que personne n'a encore découvert.
Les yeux d'Hugo étaient brillants d'excitation. Scorpius se sentit complètement dépassé par le savoir du garçon ainsi que ses théories. Il avait déjà dû mal à se repérer dans ce labyrinthe pendant ses rondes. Il s'imagina tomber sur une pièce, nouveau née, et se retrouver bloqué dans une sorte de piège macabre. Hugo et lui n'avait pas la même définition de ce qui pouvait être excitant. En même temps, il n'avait que treize ans.
—Hugo, j'ai besoin de tes lumières, dit Scorpius après quelques minutes de silence.
—Tout ce que tu veux, mon pote. Soit dit en passant, bravo pour ton duel avec le griffon. Quand tous les vitraux ont explosé… j'aurais pas fait mieux. Le petit Flitwick était vert. J'ai adoré.
—Ouais, je me suis surpassé, répondit Scorpius sans joie. Là, c'est important. J'ai reçu une beuglante de mes parents…
—Et alors? J'en reçois trois par semaine. On s'en fout, non?
—Non mais là, ils me harcèlent.
Scorpius enleva une pile de gadgets dont il ne voulut absolument pas savoir l'utilité pour s'asseoir sur un des cartons encore rempli. Un bruit de verre résonna dans la pièce sous son poids. Scorpius grimaça mais Hugo le rassura:
—C'est rien… De vieux trucs.
—Ok… Bon comme je te disais, continua Scorpius, mes parents me harcèlent. Ils veulent absolument que je me marie avec une sorcière et ils sont prêts à tout pour ça.
—Dégueu! dit Hugo avec une expression de dégoût.
Il avala une gorgée de jus de citrouille dans son verre et pianota plus vite sur son clavier, sans regarder ses mains une seule fois. Lorsque Scorpius passait ses vacances d'été au Terrier, il passait le plus clair de son temps avec Hugo et Arthur Weasley. Le génie avait installé un ordinateur dans la remise de son grand-père et ils passaient leur journée à jouer à des jeux en ligne, codés pour la plupart en quelques heures par Hugo.
—T'as qu'à leur mentir… Leur envoyer un hibou qui raconterait ta nouvelle idylle avec une des filles du bahut.
—Justement, j'y ai pensé. J'suis quasi sûr qu'ils jetteront un sort de révélation sur la lettre pour voir si je mens ou pas.
—Ah ouais…
—Mais je me disais… Peut-être que tu as un moyen pour que ce sort de révélation ne marche pas…
Hugo réfléchit un quart de seconde puis fit non de la tête.
—Impossible! réagit-il aussitôt. La magie puisse dans les êtres qui l'utilisent. Elle circule dans la matière. Dans toi, moi, la pierre, ici, même dans ce gobelet, dit-il en levant son verre, renversant un peu de jus sur sa robe de sorcier. C'est pour ça que la baguette choisit le sorcier. C'est la résonnance magique de l'objet qui entre en symbiose avec son détenteur. Les lettres, c'est pareil. Une fois que tu écris, tu poses ta magie sur le papier et le sort Revelio, permet de déceler cette énergie. Si tu mens et s'ils veulent le vérifier, ils le sauront à tous les coups. D'autant plus si tu la trafiques avant avec d'autres sorts.
—Génial! s'exclama Scorpius en bondissant de son siège. J'suis piégé! Parfait!
Scorpius fulmina dans son coin. Il se prépara mentalement à recevoir encore un flot de lettres qui le culpabiliseraient jusqu'à son retour au manoir. Là, il lui faudrait affronter les foudres de son père. Avec un peu de chance, il le fouterait dehors, sans un sous. En attendant, il devait se résigner à passer une année à brûler dans sa cheminée les parchemins cachetés aux armoiries des Malefoy.
—Après, dit encore Hugo de son éternel ton malicieux. Il existe un autre moyen…
—Lequel? demanda Scorpius plein d'espoir en se tournant vers lui.
—Tu ne peux pas mentir parce que tes parents le sauraient, récita Hugo. Donc, tu dois dire la vérité.
—Merci, j'y aurais jamais pensé, railla Scorpius désespéré.
—Si la vérité ne te convient pas, tu peux l'arranger. La vérité peut aussi être un mensonge, expliqua le jeune serdaigle.
—Tu peux être plus clair?
—Moi à ta place, je ferais semblant de sortir avec une fille de l'école. Ou je m'arrangerais pour que ça y ressemble à mes yeux. Du coup, quand j'écrirai à mes parents que je sors avec une sorcière de 'bonne famille', ben je mentirais pas vraiment…
Le cerveau de Scorpius était en ébullition. Il repensa à sa nuit avec Gwen. S'il avait écrit à sa mère qu'il était sorti avec une fille de Serdaigle, il n'aurait pas menti, en omettant bien évidemment la partie de jambes en l'air dans la bibliothèque et le fait qu'elle soit une née moldue. C'était parfait! Il lui suffisait de faire pareil avec une fille issue d'une famille de 'sang pur' ou du moins s'en approchant. Cela pouvait rassurer ses parents pour un moment et lui pourrait continuer à compter fleurette chez les moldus pendant ses sorties à Pré-au-lard.
—La limite entre le mensonge et la vérité est tellement élastique, se moqua Hugo. Je fais ça tout le temps avec ma mère.
Scorpius chahuta les cheveux ébouriffés d'Hugo.
—Merci! T'es un génie.
—Je sais! hurla Hugo au serpentard tandis que Scorpius se précipitait hors du capharnaüm que le petit Weasley appelait quartier général.
OoO
Rose avait rejoint Lily à la pause, après un cours particulièrement éprouvant d'Histoire de la Magie avec le professeur et fantôme Bins. Assises sur un des murets de l'une des cours intérieures du château, Rose s'était lancé dans le compte-rendu détaillé de son échange avec Chase, quelques nuits plus tôt, pendant leur patrouille. Comme à son accoutumée, Lily avait écouté religieusement les lamentations de son amie, lui tapotant l'épaule lorsqu'elle fondue en larme au passage de la comparaison de Rose avec un glaçon.
—C'est vraiment un abruti! souffla Lily excédée. Si je le croise, celui-là… Je lui balance un sort de Chauve-souris en pleine face.
—J'y ai pensé toute la semaine, se désespéra Rose. J'arrête pas de me dire que c'est moi. C'est vrai que je réagis pas beaucoup. Je sais pas… J'arrive pas à me détendre quand je suis avec lui. ça te fait ça aussi avec Tom?
Thomas était le petit-ami de Lily depuis l'année dernière. Il était dans la même maison, une année au-dessus. Rose connaissait tous les détails de leur histoire. Comment cela avait commencé par des regards furtifs dans les couloirs. Leurs premiers rendez-vous dans le parc de l'école, près du lac. Lorsqu'il lui avait fait sa grande déclaration d'amour, Lily avait accouru auprès de Rose pour tout lui raconter dans les moindres détails. Sa cousine n'avait pas pu s'empêcher de jalouser son bonheur, elle qui se languissait encore pour son beau Chase depuis tant d'années. Le couple ne s'était plus quitté depuis et Rose les apercevait souvent main dans la main dans les couloirs du château ou dans un coin discret pour s'échanger leur salive.
—Pour te dire la vérité, au début, ce n'était vraiment pas ça... , dit Lily le regard dans le vague. ça met du temps pour créer une intimité...physique, je veux dire. Au début, j'étais tout le temps stressée dès qu'il me touchait la main ou qu'il voulait m'embrasser.
—Comment tu as surmonté ça? demanda Rose, pleine d'espoir, en se reconnaissant dans chaque mot prononcé par sa cousine.
Lily rougit. Rose se rendit compte à quel point elle ne s'était pas du tout intéressée à la relation de son amie. C'était la première fois qu'elle lui posait les vraies questions sur le sujet. Elle était d'autant plus gênée qu'elle était plus âgée qu'elle de deux ans. A voir la réaction de Lily, elle avait certainement beaucoup plus d'expérience que sa cousine.
Deux élèves de premières années s'encourèrent en riant près des consoeurs en les bousculant à moitié.
—On ne court pas dans les couloirs! hurla Rose à leur adresse. Dix point en moins pour...Gryffondor! reconnut-elle leurs couleurs.
Rose s'en voulut d'enlever un peu plus de points à sa maison. Mais si sa mère lui avait apprise une chose c'est que l'ordre était primordial, même si cela devait renfrogner plus d'un. Les premières années ralentirent immédiatement l'allure en tirant la langue à la préfète.
—Petits…, pesta Rose.
—On s'est entraînée…, confia Lily dans un murmure en rougissant de plus belle.
—Quoi?
—Ben… je t'avertie, la première fois est vraiment nulle! Mais à force… Même pour les plus petits gestes… une caresse dans les cheveux, les bisous, tout ça… On s'est entraînés. On a appris au fur et à mesure.
—Faut que je m'entraine…, comprit Rose rêveuse.
Lily fit la moue.
—Avec Chase, c'est mal parti.
—Oui, il m'a fait comprendre plus ou moins qu'il ne voudrait pas du moi tant que je ne suis pas plus… libérée, dit Rose d'une manière élégante.
—Je le répète! insista Lily. C'est un imbécile, vire-le de ta vie!
—Faut que je m'entraine avec un autre garçon..., n'écouta pas Rose.
—Oui! Oublie Chase.
—...en attendant de séduire Chase.
—Non! supplia Lily en s'arrachant les cheveux.
—Mais avec qui?
Rose réfléchit à toute vitesse. Il fallait un garçon en qui elle aurait toute confiance. Quelqu'un de son âge, de préférence, qui n'irait pas tout raconter à la première personne venue et surtout pas à Chase. S'il apprenait qu'elle s'encanallait avec d'autres garçons, il ne voudrait plus d'elle. Quelqu'un de discret et qui avait assez d'expérience pour lui apprendre les choses de l'amour sans la juger. Où trouver cette perle rare?
—Tu penses à quoi, s'inquiéta Lily devant le silence de sa cousine.
—Il faut que je trouve quelqu'un de confiance. Et qui ne soit pas de ma famille, se lamanta Rose en pensant à Albus.
Tous les autres garçons de son âge qu'elle connaissait était tous dans son équipe de quidditch et il était hors de question de mettre à mal l'équipe avec des histoires de ce genre.
—Et pourquoi pas Scorpius, proposa innocemment Lily en se recoiffant.
—Quoi? s'exclama Rose. Non! refusa-t'elle catégoriquement.
—Et pourquoi pas?
—Je le connais depuis trop longtemps! riposta Rose.
—Justement, continua Lily. C'est un garçon en qui tu peux avoir confiance. En plus, il n'y aucune chance que tu tombes amoureuse de lui, pas vrai?
—Ah ça, non!
Rose s'imagina embrasser Scorpius, lui tenir la main, le laisser la toucher… Elle n'était pas dégoûtée mais c'était presque ça. Malgré leurs différents, Rose devait cependant avouer qu' elle aimait beaucoup ce jeune idiot arrogant. Si la première fois était nulle comme le disait Lily, elle pouvait bien sauter le pas avec lui. Après tout, il fallait bien passer le pas un jour et elle était sûre que cela ne changerait en rien à ses sentiments pour Chase.
—En plus, il s'y connait dans ce genre de choses. Tu as pu le voir en action, ajouta Lily avec un clin d'oeil.
Rose rougit à son tour, la couleur de sa peau se confondant étrangement avec celle de ses cheveux. La cloche sonna et Lily ramassa ses affaires, un sourire malicieux aux lèvres.
OoO
En entrant dans son dortoir, Scorpius se sentait incroyablement heureux. Ce soir terminait son dernier jour de punition, la dernière patrouille avant longtemps, du moins l'espérait-il. Il avait dîné, un peu plus tôt, avec Albus (qui lui faisait encore un peu la tête) souriant à tout le monde, en dégustant avec ravissement ses pignons de poulets entassés dans son assiette. La semaine s'était terminée en beauté par la meilleure démonstration de patronus de la classe en Défense contre les forces du mal. Scorpius avait pensé à ses prochaines heures de liberté, au week-end de tranquillité qui l'attendait et à sa prochaine sortie à Pré-au-lard où il pourrait transplaner dans la première ville moldue. La vapeur blanche qui était sortie de sa baguette avait pris petit à petit la forme d'un diable de Tasmanie. L'animal spectrale avait bondi un peu partout en classe, sous les regards émerveillés des élèves. Le professeur Croft, une vieille sorcière qui peinait toujours à monter sur l'estrade, applaudit l'exploit en accordant dix points pour sa maison. Le patronus de Scorpius s'était renforcé lorsque celui-ci croisa la mine défaite et enragée de son ennemi, Chase Wilson.
Le Serpentard balança son sac dans un coin de la salle commune en chantonnant. Tout se passait enfin à merveille. Avec un peu de chance, il trouverait une fille qui accepterait de l'aider à mentir à ses parents et tous ses soucis s'évanouiraient comme par enchantement. Il n'avait pas encore trouvé la candidate idéale car il devait être sûr que la demoiselle ne tombe pas amoureuse de lui. Or, si ses soupçons se confirmaient, il était fort possible que ses parents aient encouragé toutes jeunes filles de sang pur scolarisée à Poudlard, à faire des avances à leur fils. Il lui fallait trouver quelqu'un auquel les Malefoy n'aurait jamais pensé.
Il ne vit pas tout de suite, Rose qui lisait tranquillement dans l'un des sofas jeune canari de la pièce circulaire. Lorsqu'il pivota dans un petit pas de danse, Rose referma son livre d'un coup sec et Scorpius se calma aussitôt.
—Prêt pour le dernier soir? demanda-t'elle avec un sourire.
—Ouais…
Scorpius la contempla se lever et enfiler sa robe de sorcière. Il trouvait étrange qu'elle se comportât aussi naturellement avec lui. Ce n'était pas comme à la belle époque où ils pouvaient vraiment se dire meilleurs amis mais… il trouvait son ton enjoué vraiment très étrange. Durant le reste de la semaine, il avait fait attention à éviter le plus possible la jeune femme pour plusieurs raisons.
Déjà, l'idée que la compagnie de la rouquine ne lui portât la poisse, avait fait son chemin et il avait bien dû se rendre à l'évidence que depuis qu'il tournait les talons à chaque fois qu'il l'apercevait dans un couloir, il avait eu beaucoup moins d'emmerdes.
Ensuite, il avait conclu qu'elle ne voudrait plus vraiment avoir de contact avec lui. Après tout, c'était Scorpius qui avait provoqué en duel son précieux Chase et envoyé celui-ci à l'infirmerie. De plus, les deux garçons se détestaient cordialement et Rose devait bien faire un choix entre les deux. Scorpius n'avait aucun doute sur sa décision finale.
Et puis, il y avait eu la nuit de patrouille où il avait surpris le couple en train de se bécoter dans le couloir. En y réfléchissant, il ne comprenait toujours pas pourquoi il s'était enfui comme un voleur. Après tout, cela ne lui faisait ni chaud, ni froid. Peut-être qu'il était déçu que son ancienne amie s'acoquine avec ce connard. Mais bon, elle était libre de ses choix, après tout. Cette nuit-là, en rejoignant son dortoir, il s'était senti en colère. S'il s'était écouté, il aurait jeté un sort à ce petit cancrelat de Chase. Il s'était aussi senti...frustré. Et tout cela lui échappait complètement.
Dans le doute, il avait décidé de l'occulter totalement de son esprit.
—On y va? demanda Rose.
—Et Chase?
—Il a dit qu'il allait patrouiller dans les étages supérieurs.
—Génial...il nous laisse les cachots.
Scorpius se rhabilla, prit sa baguette dans sa poche et suivit Rose dans le couloir. Les cachots étaient sombres et particulièrement humides en ce période de l'année. Ils passèrent devant l'entrée de la salle commune des Serpentards et Scorpius contempla le grand tableau avec envie. Sa maison lui manquait terriblement, ainsi que ses soirées avec Albus. Ce dernier ne venait jamais le voir dans son propre dortoir.
Rose remarqua son expression.
—Moi aussi, ça me manque, dit-elle avec douceur.
—Ouais, si j'avais su que j'aurais mon propre dortoir en devenant préfet-en-chef, j'aurais fait plus de conneries. Ou je me serais fait plus prendre.
—Tu aurais reçu plus de beuglantes aussi.
Scorpius haussa les épaules. Hugo avait raison. Si on s'en fichait, il n'y avait plus aucun problème.
Il éclaira un virage et aperçut Nick quasi-sans-tête flotté dans les airs en marmonnant des paroles incompréhensibles dans son sommeil. Les patrouilleurs-en-chef avait l'habitude de croiser des fantômes durant leur ronde. Il passait leur nuit à faire semblant de dormir en répétant une série de mots sans queue-ni-tête pour impressionner les petits traînards. Rose et Scorpius le dépassèrent, en lui faisant signe.
—Sir Nicolas…, dit Rose avec respect.
—Salut, Nick, dit Scorpius en faisant grimacer la jeune fille.
—Oh! Bonsoir Miss Weasley, Monsieur Malefoy. Je vous souhaite une ronde tranquille.
—Ouais, hâte d'en finir, lâcha Scorpius en baillant.
Ils ne croisèrent personne d'autres dans l'heure qui suivit et Scorpius décomptait les minutes qui le séparait de son lit et de sa fenêtre à laquelle il pourrait enfin griller une cigarette.
—Dis..., commença Rose brusquement. J'aimerais te parler de quelque chose.
Scorpius ne répondit pas. Il imagina les sujets possibles qui pouvait intéresser la Gryffondor. Il n'avait rien fait de mal, enfin ces derniers jours. Peut-être avait-elle remarqué qu'il avait pris soin de l'ignorer ces temps-ci. Ou peut-être qu'elle voulait s'excuser. Lui dire qu'elle s'était enfin rendu compte que Chase était un abruti complet. Il détailla son expression du coin de l'oeil pour avoir un éventuel indice. Sa voix comme son attitude demeuraient nerveuse et cela n'engageait rien de bon.
—Tu t'y connais en...en...choses…
—Quoi? ne comprit pas Scorpius.
—Tu sais bien! s'énerva un peu la jeune fille en rougissant. Les choses qui se passent entre un homme et une femme.
Scorpius stoppa sa marche. Il leva sa baguette sur le visage de Rose qui le dévisageait, tremblante. Ses cheveux roux, attaché en chignon lui donnait l'air sévère mais ses taches de rousseur avaient toujours eu le don de le faire sourire. Mais, en cet instant, il était quelque peu décontenancé.
—Tu veux parler de ce que tu as vu entre Gwen et moi? tenta-t'il en espérant vraiment qu'il avait tapé juste.
—Non! rougit Rose de plus belle en se rappelant de la scène. Enfin...oui, en quelque sorte. Mais je me fiche de ce qui se passe entre toi et cette fille. Je voulais te demander si...si tu t'y connaissais en ce genre de choses. Honnêtement…
—Euh…
Scorpius se laissa quelques minutes pour réfléchir. C'était la première fois que quelqu'un lui posait cette question. Il ne se l'était jamais vraiment posé, en réalité. Ces choses-là se passait naturellement. C'était l'alchimie des corps qui…
Scorpius se frotta le visage. C'était vraiment un sujet de conversation très étrange.
—Ben, dit-il après un moment, je crois…
—ça avait l'air en tout cas. Avec Gwen… ça avait l'air de lui plaire.
Rose enfuit son visage dans ses mains. Scorpius pouvait voir sa peau devenir rouge pivoine, pas de colère cette fois, mais de gêne extrême et lui-même, n'était pas loin de rosir légèrement.
—Il faudrait que tu lui demandes, dit Scorpius vraiment gêné. Je t'avoue que j'ai pas pensé à lui poser la question.
—Ce que j'essaie de te demander, réagit brusquement Rose au bord de la crise de nerf, c'est si tu pouvais m'apprendre.
—T'apprendre quoi?
—ça!
—ça quoi? se lamenta Scorpius qui commençait de plus en plus à comprendre où voulait en venir la jeune Gryffondor.
—Les choses de l'amour!
Un ange passa, durant un moment que Scorpius espéra durer une éternité. Il regardait choqué la jeune fille qui affrontait son regard, encore inconsciente de la demande insensée qu'elle venait de formuler.
—Tu veux que je t'apprenne à... , répéta bêtement Scorpius.
—Faire l'amour, oui.
—Tu veux qu'on…
—Couche ensemble et que tu m'apprennes tous tes trucs.
Scorpius leva sa baguette près du visage de Rose qui recula d'un pas, un peu effrayée. Il se mordit les lèvres, s'empêchant de lâcher toute la tempête qui se déchaînait dans sa tête. A la place, il se contenta de lever ses sourcils.
—Non! dit-il sur un ton catégorique.
Et il remonta le couloir à grandes enjambées mettant le plus de distance entre lui et cette siphonée de Gryffondor.
—Non! Attends! gémit Rose en essayant de le rattraper. J'ai vraiment besoin de ton aide. On m'a dit que j'étais trop frigide. Et Lily m'a expliqué qu'avec un peu d'entrainement, je pourrais devenir comme Gwen…
—C'est le truc le plus débile que j'ai jamais entendu, dit Scorpius en regardant droit devant lui.
—Je t'en supplie, continua Rose en s'accrochant à sa robe. Il n'y a qu'à toi que je peux le demander. J'ai entièrement confiance en toi.
Scorpius avait tiqué lorsqu'elle avait parlé de confiance. Il s'en était réjouit pendant une brève seconde puis il la repoussa rapidement et se dirigea résolument vers la porte de son dortoir. Alors qu'il allait passer le passage de la gargouille, Rose tenta sa dernière carte.
—Tu me le dois, bien! cria-t'elle presque en entrant avec lui dans leur salle commune.
—Je te demande pardon? dit Scorpius en se retournant sur elle.
Le Serpentard commençait à s'énerver et ce n'était pas bon. Ce n'était pas comme d'habitude, un jeu stupide avec Rose Weasley pour la faire sortir de ses gonds. Là, elle abordait un sujet sérieux et son acharnement à vouloir le convaincre mettait sa patience à rude épreuve.
—C'est à cause de toi si j'ai été rejeté. Si tu n'avais pas provoqué Chase en duel…
—Tu te fous de moi? JE T'AI SAUVE LA VIE! cria Scorpius, hors de lui.
Rose se mit à trembler en fermant les yeux lorsque Scorpius cria sur elle. Elle n'avait jamais vu le garçon dans cet état, ou jamais contre elle. Le Serpentard vit les larmes perlés dans ses yeux et sa colère retomba immédiatement. Il aimait Rose en furie, pas sur le point de pleurer, surtout à cause de lui.
Il s'efforça de se calmer avec de grandes inspirations, comme le lui avait appris Albus. Il avait tellement besoin de lui, en cet instant. "Ok, recentre-toi! Malefoy! Rassemble tes idées." De ce qu'il avait compris dans les jérémiades de la rouquine c'est qu'elle avait embrassé Chase. Ce connard prétentieux l'avait traité de frigide et elle s'était mise en tête, avec les conseils de Lily, de s'entrainer avec un autre gars.
"Bravo, Lily!" se dit Scorpius en secouant la tête.
Une voix perfide dans sa tête se mit à lui murmurer des pensées qu'il se refusait d'avoir. Elle lui rappela qu'il cherchait une sorcière au sang 'pur' ou s'en approchant. Rose avait le profil parfait. Les Weasley étaient l'une des plus vieille famille de sorcier. Et puis, il la connaissait depuis si longtemps et jamais il n'avait éprouvé le moindre sentiment pour la Gryffondor. Et pis, elle non plus ne risquait pas de tomber amoureuse de lui. Ils avaient été amis depuis leur première année à Poudlard, s'ils devaient s'aimer, cela aurait dû se produire depuis pas mal de temps déjà. Avec Rose, il pourrait mentir à ses parents sans les galères qu'incombent la vie de couple.
Et tout ce qu'il avait à faire pour cela, c'était de lui apprendre les choses de l'amour.
Son esprit pernicieux lui mit des images de Rose dans son lit, complètement nue, ses longs cheveux bouclés étalés sur ses oreillers. Il n'avait jamais eu l'occasion de la voir sans ses vêtements mais il devinait, sous son uniforme, des formes généreuses et un corps tonique et ferme. Il dût bien avouer que la chose ne le rebutait pas.
Scorpius ramena ses cheveux en arrière poussant un soupir de fatigue. Rose avait attendu tout du long, le regard plein d'espoir. Scorpius était abasourdi par la naïveté de la rouquine. Rien que son expression transpirait la crédulité. Elle n'avait aucune idée dans quoi elle s'embarquait.
—Avant toute chose, je dois te dire que cette idée est l'idée la plus stupide sur la liste des idées les plus débiles au monde.
Il fit une pause, prit une inspiration, ferma les yeux un bref instant. Lorsqu'il les rouvrit, il avait pris sa décision.
—Rejoins-moi dans ma chambre dans vingt minutes.
—Quoi? s'exclama Rose, tout à coup paniquée. Tu veux faire ça, là, maintenant?
—Pourquoi, t'as d'autres projets?
Scorpius n'attendit pas la réponse. Il tourna les talons et monta dans sa chambre en sachant pertinemment que s'il était resté dans le salon, il aurait certainement changé d'avis.
