8
LEÇON NUMÉRO DEUX
L'arrivée du premier week-end de la rentrée avait réjoui la plupart des élèves de Poudlard. Scorpius ne faisait pas exception. Il savoura sa grasse matinée avec délectation, traînant au lit jusqu'au début de l'après-midi et se prélassant pendant deux bonnes heures dans un bon bain chaud et moussant. Albus dut frapper à sa porte pour qu'il se décide enfin à sortir de sa chambre. Scorpius accueillit son meilleur ami, un large sourire rêveur aux lèvres, encore en caleçon. Quant à Albus, il ne partageait pas tout à fait l'humeur de son condisciple. Le jeune Potter s'était levé aux aurores pour bosser à la bibliothèque les premiers sujets appris en cours. Albus était comme ça, un train d'avance sur tout le monde et la capacité incroyable de faire culpabiliser n'importe qui.
Les cheveux noirs d'Albus étaient lâchés et les mèches les plus courtes pointaient dans tous les sens. Ses lunettes rondes trônaient sur son nez droit en amadouant son air moralisateur. Sa robe était toujours impeccable en toute circonstance et son noeud de cravate parfait faisait des envieux même parmi les professeurs les plus pointilleux. Il détonait fortement à côté de Scorpius, encore en sous-vêtement.
—J'ai pensé qu'il était temps de te sortir du lit, dit Albus en entrant sans préambule.
—Bonjour à toi aussi, répondit Scorpius en baillant.
Albus repoussa, sans ménagement, la pile de fringues entassées sur la chaise de bureau. Il s'y assit en soupirant devant le désordre ambiant de la pièce.
—Ça ne me manque vraiment pas, dit Albus en fronçant le nez.
—Comment tu es entré?
—La préfète des Serdaigle m'a ouvert. Elle avait l'air un peu apeurée en me voyant.
—C'est naturel chez elle.
Scorpius n'attendit pas que son ami lui exhorte de s'habiller. Son regard était le meilleur moteur pour que le jeune blond se décide à se bouger un peu.
—J'imagine que tu as raté le petit-déjeuner.
—Oui, je dormais. J'ai passé une très bonne nuit, si tu veux savoir!
—Tu t'es branlé? demanda Albus en levant un sourcil par-dessus ses lunettes.
Scorpius lui balança un de ses tee-shirt sale en pleine face. Albus se protégea avec son sac. Celui-ci souriait, à présent, ravi d'avoir piégé son ami.
—Quel est le programme de la journée? demanda Albus en ayant oublié son agacement face à la paresse légendaire de son ami.
—Je dois passer à la volière, dit le blond désignant un bout de parchemin sur son bureau, encore humide. Et puis, je pensais faire un tour sur le terrain de quidditch. Les candidats pour le poste de gardien des Gryffondors doivent passer leurs essais, cet après-midi.
Albus s'était déjà saisi du parchemin sans la permission de son auteur. Il parcourut la lettre des yeux et fronça les sourcils, intrigué. Scorpius n'avait pas remarqué l'indiscrétion de son ami. Il partit, un instant, dans sa salle de bain pour se laver les dents et entendit à moitié la question que lui lança Albus.
—Tu sors avec une fille, toi?
—Hein?
Scorpius sortit, la brosse à dents en bouche et découvrit Albus, les yeux rivés sur la lettre qu'il avait écrit avant de prendre son bain, trouvant soudain l'inspiration. Il se précipita sur son ami et lui arracha le parchemin des mains, manquant de le déchirer, en sachant pertinemment qu'il avait eu largement le temps de le lire jusqu'au bout.
—De qui tu parles dans ta lettre? demanda encore Albus soupçonneux.
—Ça ne te regarde pas! répondit Scorpius, la bouche pleine de dentifrice baveux.
Il fourra la lettre dans une enveloppe et la cacheta rapidement en espérant faire taire les prochaines questions de ce fouineur d'Albus. Scorpius enfila un pull par-dessus son jeans (hors de question de remettre sa robe d'écolier un samedi) et se dirigia d'un pas résolu vers l'escalier de fer. Albus le talonnait et il n'arrêta pas de le houspiller de question jusqu'à la volière.
—C'est qui? Je la connais?
—Je ne te dirais rien.
—Tu sors vraiment avec elle?
—C'est pas tes oignons.
—Tu te sens vraiment "comme si ton coeur avait enfin trouvé sa douce moitié"? récita Albus avec l'envie manifeste d'éclater de rire.
Le désir de lui cogner une droite démangeait le jeune homme. Il réprima cette envie avec le souvenir de cette nuit passée avec Rose. Il devait bien avouer que le début de la soirée avait été quelque peu pénible mais il avait apprécié chaque minute qui avait suivi son refus de s'abandonner à cette partie de jambes en l'air foireuse. Il avait eu l'impression de retrouver son amie d'enfance, celle qui le faisait rire exprès pour lui changer les idées. Pendant ces longues heures à la serrer dans ses bras, leur complicité d'antan avait ressuscité comme au premier jour. Ils s'étaient parlé jusqu'au petit jour et chacun de leurs échanges s'étaient ponctué de rires sincères et généreux. Après son départ, Scorpius avait allumé une cigarette, souriant niaisement à ce moment de bonheur retrouvé et il avait fini par aller se coucher, dormant comme un bébé.
L'inspiration lui était venu peu après son réveil. Il avait sorti un rouleau de parchemin et commencé à relater à sa mère, cette toute nouvelle relation romantique avec une jeune femme issus d'une très vieille famille de sorciers. Il avait bien évidemment fait attention à ne pas mentionner le nom de cette-dite famille et rester très vague quant à un éventuel engagement futur. Scorpius s'était attardé sur ces instants de joie qu'il avait éprouvé en compagnie de cette jeune fille mystérieuse et à quel point elle le rendait heureux. Il espérait par ce mensonge, à peine éloigné de la vérité, toucher la fibre sensible de ses parents et prier pour qu'ils l'encouragent dans cette voie.
—Tu m'avais l'air très détendu, quand tu m'as ouvert, persévéra Albus, une note de suspicion dans la voix. Comme si tu avais enfin réussi à faire une bonne nuit de sommeil…
Scorpius soupira. Il monta la dernière marche de la tour ouest du château et pénétra dans la volière. Une myriade de hiboux, chouettes, volatiles de tout genre, se nichaient sur leurs perchoirs, voletant de temps en temps au-dessus des têtes des deux élèves. L'air froid de ce début d'automne s'engouffrait dans les fenêtres sans carreaux qui constituait la pièce circulaire. Scorpius frissonna dans son pull tricoté, l'hiver dernier par Mme Weasley, un énorme "S" d'argent cousu sur son torse. L'épaisse cape d'Albus le maintenait au chaud mais il manqua de peu de perdre l'équilibre en glissant sur une fiente d'oiseau.
Scorpius repéra Guenièvre, occupée à se nettoyer les plumes au dessus d'un énorme vautour. Il l'appela à grands cris pour se faire entendre dans la cacophonie des piaillements. Elle vola vers lui de bonne grâce et lui tendit la patte.
—C'est quand même bizarre que tu aies besoin d'écrire ça à tes parents… T'essayerais pas de les pigeonner? dit encore Albus.
Comme toujours, Scorpius fut impressionné par la clairvoyance de son ami. S'il persistait dans sa réflexion, il était bien capable de découvrir son accord avec Rose. Or, dans leur arrangement, Rose lui avait bien fait promettre le secret. Il s'agissait de brouiller les pistes.
—Bon, s'exclama Scorpius acculé. Si tu veux tout savoir, oui...j'ai passé la nuit avec une fille et c'était super. Et oui… tu la connais…
Tandis que Malefoy accrochait sa lettre à la patte de son hibou, le garçon réfléchissait à tout vitesse. S'il mentait d'emblée, Albus le remarquerait aussitôt. Guenièvre battit des ailes et s'engouffra dans l'une des fenêtres sans vitre pour s'élancer vers le ciel dégagé.
—Je la connais? répéta Albus comme pour s'assurer de la véracité de cette information.
—Oui…
—Et elle s'appelle...?
—Gwen.
Albus scruta son ami en haussant ses sourcils dans une expression blasée mais quelque peu perplexe. Il ne dit rien, rajusta sa cape autour de ses épaules et redescendit l'escalier sans attendre Scorpius qui se maudissait de n'avoir pas emporté une écharpe, tout en descendant à son tour.
—Tu ne me poses pas plus de questions que ça? demanda Scorpius.
—Pourquoi? C'est assez clair, non? Si j'ai bien compris, tu sors avec Gwen pour que tes parents te lâchent la grappe. C'est limpide.
—Cool.
Ils rentrèrent à l'intérieur et Scorpius se délecta de la chaleur ambiante, entre ces murs de pierres. En marchant dans les couloirs, ils croisèrent des élèves revêtus de leurs tenues de tous les jours, jouant dans l'arrière cour ou traînant en groupe en discutant joyeusement. Le week-end avait toujours cette ambiance de bonne humeur retrouvée.
Scorpius était assez fier de lui. Si Albus avait lâché l'affaire aussi vite, peut-être avait-il réussi à lui fourguer tout son baratin. Gwen était un mensonge très bien trouvé et Albus ne possédait aucun élément pour détromper son ami.
Ils sortirent par les grandes portes de Poudlard et descendirent dans le parc pour se rendre au terrain de quidditch. Un groupe d'élèves, en tenue de sport, balai sur l'épaule, aux couleurs des Gryffondor, les précédaient.
—Je suis sûr d'une chose dans tout ce que tu viens de me dire, lâcha soudain Albus alors que Scorpius rêvassait à une bonne tasse de biéraubeurre. C'est que tu m'as menti mais je ne sais pas encore pour quoi.
Albus se replongea dans sa réflexion dans un silence absolu jusqu'à l'entrée des gradins. Scorpius soupira. C'était toujours la même chose lorsque Albus se rendait soudain compte que quelque chose lui échappait. Cela devenait une obsession, même pour les plus petits détails. En temps normal, et ça n'importe quelle personne saine d'esprit vous le dira, la vie sentimentale de vos amis ne devaient pas devenir un mystère digne des Langues de Plomb. Mais Albus ne pensait pas comme cela. Il ne supportait pas les secrets. Il avait toujours ce besoin primordial de découvrir le fin mot de l'histoire, pour tout et n'importe quoi.
Scorpius et lui montèrent dans les gradins, réservés d'ordinaire à la maison Gryffondor. Les places étaient mieux situées pour observer le jeu. Quelques élèves, venus assister à l'entraînement, se rembrunirent à la vue de deux Serpentards parmi leur rang. C'était sans compter la main tendue de Lily Potter qui s'agita dans tous les sens pour attirer l'attention de son frère et de son meilleur ami. La jeune fille portait un cache-oreille et une épaisse écharpe rouge et or sur sa longue cape noir. Le ciel était clair mais ces derniers jours la température avait considérablement chuté.
—Les garçon! cria-t'elle joyeusement. Je suis là!
Lily accueillit son frère en le serrant dans ses bras. L'accueil fut plus mitigé pour Scorpius. La petite rousse n'avait pas oublié le coup de sa partie de jambes en l'air dans la bibliothèque sous le regard chaste et pur de sa cousine préférée.
—Qu'est-ce que tu fais là? demanda Albus à sa petite soeur. Tu aimes le quidditch maintenant?
—Pas plus que toi, répondit-elle en se frottant les mains pour les réchauffer. Mais Tom va passer les essais pour devenir gardien. Je suis venue l'encourager. Et vous?
—Demande à Scorpius…
Lily le dévisagea, l'air contrarié. Scorpius prenait un malin plaisir à éviter son regard. Il ne put cependant s'empêcher de sourire.
—Encore venu espionner, pas vrai? dit Lily d'un ton menaçant.
Elle avait vu juste mais c'était pas si difficile à deviner. Depuis que son premier capitaine de quidditch avait remarqué qu'il s'était fait des amis dans la maison des Gryffondors, tous lui avait demandé d'espionner les entrainements ou de glaner certaines infos utiles pour les futurs match de la saison. Quelques jours après son esclandre avec Chase, Dave Rheeston, septième année et capitaine de l'équipe de Serpentard vint lui parler alors qu'il passait le temps avec Albus dans son ancienne salle commune. Scorpius appréciait beaucoup Dave. Le grand gaillard tout en muscles, noir de peau, prenait le Quidditch très au sérieux et commandait son équipe d'une main de fer. Il avait pris son attrapeur à l'écart et lui avait parlé du départ du gardien des Gryffondor. Scorpius lui avait promis de veiller au grain et il avait appris d'Albus, que Rose comptait faire passer les essais le premier samedi du mois. Le Serpentard n'allait surtout pas rater cela.
Scorpius remarqua qu'il n'était pas le seul à avoir eu l'idée de venir espionner l'équipe adverse. Chase trônait dans les gradins d'en face, entouré de toute sa clique d'admiratrices et quelques membres de son équipe qui l'escortaient toujours dans les couloirs. Scorpius laissa échapper un sifflement menaçant en apercevant le Poufsouffle qui exhibait son balai neuf sous les regards ébahis de ces donzelles.
—Il est là, s'écria soudain Lily en se hissant sur son siège. TOM! COUCOU! TOOOOM!
Les joueurs de l'équipe des Gryffondor sortaient enfin des vestiaires et se déployaient sur l'herbe du terrain. Scorpius reconnut pas mal de têtes, ceux des élèves qu'il avait affrontés les précédentes années. Un grand groupe de filles et garçons suivaient les membres officiels, balai sur l'épaule, et lançaient des regards un peu partout avec l'air d'être sur le point de rendre tout ce qu'ils avaient réussi à avaler ce midi. A la tête de tout ce petit monde, Rose portait la caisse aux balles.
Scorpius ne put s'empêcher de l'observer, un léger sourire aux lèvres (qu'il espérait discret, même si Albus s'était replongé dans sa lecture). Rose avait attaché ses épais cheveux bouclés en une queue de cheval au-dessus de son crâne. Elle portait sa tenue de quidditch, qui avait subi pas mal de dégâts au fil des matchs. Ses jambières et ses protèges-bras étaient rapiécés de partout. Scorpius se remémora le nombre incalculable de fois que Rose s'était pris un cognard alors qu'elle essayait de le renvoyer et qu'elle avait réussi à stopper avec la seule force de ses bras et ses jambes. En même temps, il l'avait vu en troisième année, s'entraîner, tous les soirs, pour être engagée au poste de batteuse. Elle avait passé des heures, qu'importe le temps, à encaisser la violence des coups des cognards. Albus, qui ne comprenait rien au Quidditch, lui avait, un jour, demandé pourquoi elle se torturait autant. Scorpius avait alors entendu Rose répondre: " Si je n'ai plus peur de la douleur, je n'aurai plus peur quand le cognard arrivera. Et je viserai mieux!"
Et au fil des années, ses efforts s'étaient à chaque fois montrés payants.
Rose laissa tomber la grosse caisse de bois qui gigotait un peu, sur la pelouse et tout le groupe s'arrêta. Lorsqu'elle se retourna, un des membres de son équipe lui lança son Nimbus 2015 qu'elle attrapa au vol.
Scorpius sourit mentalement. Décidément, Rose était vraiment une autre fille quand il s'agissait de Quidditch.
OoO
Rose contempla le monde qui s'était déplacé pour passer les essais. Elle avait été surprise de constater que beaucoup d'élèves de sa Maison avaient fait le déplacement. Les membres de son équipe scrutait déjà quelques candidats de leur oeil expert. Il était évident pour certains qu'ils n'arriverait jamais à défendre un but.
—Bien! s'exclama Rose sur un ton bourru. Aujourd'hui on va faire passer les essais pour les gardiens et pour les attrapeurs. J'espère que vous êtes prêts…
Quelques uns acquiescèrent en conservant toutefois le teint extrêmement pâle. Rose jeta son balais sur son épaule.
—Ceux qui veulent devenir gardien sur ce côté, en file. On va commencer par vous. Anchal, c'est toi qui marque pour l'épreuve.
Anchal Thompson, poursuiveuse des Gryffondor de quatrième année, était un des meilleurs éléments de son équipe. La jeune indienne filait comme le vent sur un balai et savait prendre les virages comme personne. Rose ne leur faisait pas de cadeaux en les imposant face à Anchal mais si l'un d'entre eux arrivaient à lui tenir tête pendant plus de dix minutes, cela signifiait qu'ils étaient bons.
—TOOOOOMMMMMM! entendit Rose.
Elle leva la tête vers les gradins et aperçut sa cousine battre énergiquement l'air de ses bras pour attirer l'attention de son chéri, ses longs cheveux roux au vent. Elle vit aussi Albus, assis à ses côtés, dévorant encore un livre dont la couverture lui échappait complètement à cette distance. Enfin, elle remarqua Scorpius. Celui-ci avait les pieds posés sur les sièges devant lui et ne la quittait pas des yeux. Rose se doutait bien du véritable motif de sa venue, en tant qu'éclaireur de sa propre équipe, mais elle fut tout de même heureuse de le revoir. Elle avait peu dormi la nuit dernière, même après avoir quitté sa chambre. Elle avait retourné dans sa tête chaque phrase, chaque éclat de rire et s'était sentie privilégiée d'avoir pu passer ce genre de moment avec lui...dans ses bras.
—Allez les Gryffondor! éclata une voix autour du stade.
Rose la reconnut immédiatement. Son coeur se mit à battre la chamade et elle sentit des fourmillement envahir ses articulations. Elle fouilla les gradins du regard et le découvrit enfin. Chase était venu la voir. En l'apercevant, il lui fit un signe de tête accompagné de l'un de ses sourires les plus charmeurs. Rose sentit ses oreilles devenir écarlates et elle s'obligea à détourner les yeux pour se concentrer sur les élèves qui passaient les essais.
La plupart se firent complètement surpassé par Anchal qui zigzaguait entre les buts avec l'agilité d'un hippogriffe. Avec le plus nul, elle marqua une dizaine de buts avec son souaffle. Bientôt ce fut le tour de Tom, le petit-ami de Lily. Il était évident qu'il angoissait lorsqu'il donna un coup de talon au sol pour monter vers les trois buts. Malgré son stress, il adopta immédiatement une bonne stratégie. Il voleta entre les cerceaux en attendant que Anchal se décide à tirer. Il para une première tentative de son poing en renvoyant le souaffle à l'autre bout du terrain sous les cris de joie de Lily qui bondissait sur son siège en secouant violemment la cape d'Albus. Rose pensa à un coup de chance jusqu'à ce qu'il pare de nouveau. Au bout du cinquième, la capitaine le rappela au sol en lui donnant une claque dans le dos. Même s'il restait encore quelques élèves à tester, Rose porterait certainement son choix sur lui.
—C'est toi le meilleur! cria encore la voix surexcitée de Lily.
Tom lui envoya un baiser et la petite rouquine tapa férocement des pieds sur le plancher de bois comme une hystérique. Les deux garçons à ses côtés semblaient s'agacer de plus en plus, la chose était évidente même de loin. Rose jeta un regard au coin à Scorpius, il avait les bras croisés, l'air sérieux. Elle se demanda ce qu'elle pouvait bien dire de son futur gardien. Aussitôt, son regard bifurqua sur les places qu'occupaient Chase et ses amis dans les gradins. Contrairement à Scorpius, il n'était pas concentré sur les essais. Il était en grande conversation avec une fille de sa classe, emmitouflée dans une cape aux couleurs de sa maison.
—Au tour des attrapeurs! annonça Rose après avoir vu le dernier candidat pour le poste de gardien.
Il ne restait plus grand monde. Tout juste cinq élèves, assez jeune. Depuis qu'Harry Potter et James Potter après lui aient occupé le poste d'attrapeur dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor, il était convenu que seul un Potter ait assez de talent pour se hisser à la hauteur de ces deux légendes, dans une sorte de tradition familiale instaurée à la va-vite. Résultat, peu d'élèves osaient briguer ce poste et les quelques courageux étaient tous des fans invétérés de l'Élu. D'ailleurs son dernier attrapeur lui avait fait faux bond en ce début d'année. Celui-ci commençait son année des buses et ne supportait plus la pression des matchs. S'il combinait le Quidditch et ses Buses, il allait sûrement finir l'année à l'infirmerie.
Rose avait encaissé cet abandon en serrant les dents. Résultat, il lui manquait deux éléments dans son équipe et un bon attrapeur chez les Gryffondor devenait aussi rare qu'une licorne dans la forêt interdite.
Elle passa devant la file des cinq candidats. Le plus petit avait le visage à moitié caché dans son écharpe de laine, un épais bonnet vissé sur sa tête. Son balai, un Brossdur 26 avait plusieurs heures de vol derrière lui, plusieurs grappes de poils de son balais pointaient dans tous les sens.
—L'épreuve est simple, vous allez tous vous affronter en même temps. Montez sur vos balais.
Les candidats se hissèrent sur leur monture et d'un coup de talon, s'élevèrent dans les airs. Sous les ordres de Rose, ils se positionnèrent à divers point stratégique du terrain. Le plus petit à l'écharpe monta plus haut que les autres avec son balai pourri, malgré les indications claires du capitaine.
—Le premier qui choppe le vif d'or devient notre attrapeur, cria-t'elle pour que tout le monde l'entende.
Elle ouvrit la boîte des balles et en sortit le minuscule vif d'or. Dans un faible battement d'ailes il s'échappa de la poigne de la jeune femme et prit de la vitesse. Chaque candidat attendait le signal pour commencer à poursuivre la petite balle dorée. Rose attendit un bon quart d'heure puis souffla dans son sifflet. Dans la seconde, tous les élèves volèrent dans tous les sens. Rose en vit certains agiter leurs bras dans le vide comme pour attrapper par chance le vif d'or. Deux autres en profitèrent pour montrer leur capacité de vol et se lancèrent dans des pirouettes insensées et dangereuse. Un seul n'avait toujours pas bougé et Rose observait le petit à l'écharpe, intéressée.
Il ne se passa rien d'intéressant pendant les trente premières minutes de l'épreuve. Beaucoup des amis de Chase, frigorifiés par le vent de septembre, avaient abandonné l'attrapeur des Poufsouffle pour se réchauffer au château. La plupart des candidats pour le poste de gardien étaient partis se changer au vestiaire. Seuls restaient les membres de l'équipe, quelques élèves dont Tom qui devait attendre la réponse de Rose, Lily qui patientait avec beaucoup moins d'enthousiasme depuis que son copain avait fini, Albus sur le point de finir un autre chapitre et Scorpius, les bras résolument croisés sur son pull vert, les yeux rivés sur le petit attrapeur au-dessus de tous les autres.
Soudain, celui-ci piqua. Il vrilla parmi ses rivaux, fonçant résolument vers les buts. Rose comprit aussitôt qu'il avait vu le vif d'or. Les autres participants l'imitèrent, volant à toute vitesse dans son sillage, terrifiés à l'idée qu'il emporte la partie. Rose décida qu'il était temps de corser les choses.
Elle libéra un cognard qu'elle frappa de toute ses forces avec une batte vers l'attroupement d'attrapeurs amassés près des buts. Le cognard frappa le manche d'un des élèves, désarçonnant celui-ci. Il tomba de son balai en retombant lourdement sur le monticule de sable près des buts. Rose allait renvoyer un autre cognard lorsqu'elle vit que le petit candidat serrait, tout à coup, le poing en le tendant au-dessus de lui. Il prit de la hauteur, s'extirpant de la pression des autres sorciers et fit le tour du terrain en poussant de grands cris de joie.
Au son de sa voix, Rose fut prise d'affreux doutes.
Le gagnant de l'épreuve s'arrêta devant Lily, Albus et Scorpius et arracha son écharpe en brandissant le vif d'or.
—Oh! Hugo! s'exclama Lily, scandalisée.
—Tu n'es même pas à Gryffondor, signala Albus en ne quittant pas sa page des yeux.
Scorpius éclata de rire en frappa dans ses mains.
—Le con! réussit-il à dire entre deux applaudissements.
—OUI! hurla Hugo à l'ensemble de l'assemblée. C'EST MOI QUI AIT ATTRAPPE LE VIF D'OR ALORS QUE MA SOEUR A TOUJOURS DIT QUE J'ÉTAIS NUL EN QUIDDITCH. QU'EST-CE QUE TU DIS DE ÇA, SOURETTE?
Rose écumait de rage. Non seulement son crétin de petit frère n'était pas dans sa maison mais en plus, il se foutait royalement du Quidditch. Il avait l'audace de lui rappeler ce fameux été où le petit génie avait rembarré l'invitation de ses cousins pour faire une petite partie dans le champs d'à côté. Rose avait alors répondu que de toute façon, ils ne voulaient surtout pas joué avec un garçon qui se tenait aussi mal sur son balai. Cet épisode datait de leur treize ans. Hugo se vengeait, devant tout le monde, trois ans plus tard. Rose se dit que s'il n'était pas aussi intelligent au quotidien, elle le penserait complètement débile.
Le reste de Poufsouffle et les candidats restant se mirent à applaudir le petit génie qui serrait toujours dans sa main, le précieux vif d'or. Scorpius était hilare, Chase tapait dans ses mains comme les autres. Rose était humiliée. Elle ne se rendit compte de son geste que lorsqu'elle sentit le choc du coup de sa batte dans son bras. Elle avait renvoyé un cognard droit sur son frère qui regardait de l'autre côté. Le cognard le percuta sur le flanc dans un bruit d'os brisés. Sous le choc, Hugo relâcha le vif d'or qui partit voler ailleurs et bascula par-dessus son Brossdur. Rose contempla, horrifiée, le corps de son frère percuter la pelouse du terrain.
—Par Merlin! Hugo! cria Rose.
Elle se précipita sur lui en jetant sa batte sur le côté. Tous avaient vu ce qu'elle avait fait et elle essaya de ne pas remarquer les murmures outrés lorsqu'elle se mit à genoux près de son frère. Lily, Albus et Scorpius étaient sortis des gradins et couraient vers le corps gémissant du petit Serdaigle. Lily avait les larmes aux yeux et lorsque Tom la rejoignit, elle se jeta à son cou en pleurant.
Rose aussi avait envie de pleurer. Elle s'en voulait profondément. C'était la rage qui avait animé son bras. Elle regrettait son geste même si ce petit imbécile d'Hugo le méritait amplement.
—Il faut le conduire à l'infirmerie! dit Albus sur un ton sans appel.
Scorpius aida Hugo à se redresser et passa un de ses bras par-dessus son épaule. Hugo gémissait faiblement en se tenant les côtes.
—J'suis sûr que tu l'as fait exprès, articula-t'il quand il passa devant sa soeur.
—Dis pas de conneries, se fâcha Scorpius en le poussant à l'intérieur du château.
Rose mit un terme à l'entraînement. Elle dispersa les candidats en leur promettant qu'elle leur ferait parvenir sa réponse dans les moindres délais. Anchal donna une claque amicale dans le dos de sa capitaine, pour la soutenir. Rose se dit qu'elle pouvait, au moins, compter sur son équipe. Lorsque tout le monde fut renvoyé, Rose partit vers l'entrée du château pour rejoindre son frère à l'infirmerie.
En quittant le terrain de Quidditch, elle constata que Chase ne se levait que maintenant, accompagné d'une fille brune tout sourire. Elle se dit, avec un petit pincement au coeur, qu'il n'avait pas levé le petit doigt pour l'aider, elle et son frère.
OoO
En contemplant Hugo Weasley, gigoter comme un beau diable, dans son lit d'hôpital, gémissant de douleur tel la goule du Terrier, Scorpius pensa que cet idiot l'avait bien cherché.
Bon, c'était vrai… Il avait explosé de rire en découvrant le Serdaigle sur un balai emprunté à l'école distançant les autres candidats Gryffondor (qui étaient vraiment nuls) et choppant le vif d'or, au nez et à la barbe de sa soeur. Il avait été impressionné par l'audace de la farce et par le toupet plein de bêtise du petit avorton surdoué. Scorpius se demanda aussi quand Hugo trouvait le temps de mettre en place ses canulars avec toutes les choses incompréhensibles qui peuplaient déjà son énorme cerveau. Cervelle ou pas, l'intelligence n'empêchait pas de se blesser surtout si vous osiez insulter la meilleure batteuse depuis les jumeaux Weasley.
Rose débarqua quelques instant après l'arrivée de son frère chez Mme Pomfresh. Elle ruisselait de sueur dans sa tenue de Quidditch et plusieurs mèches rebelles s'étaient échappées de son élastique pour se coller à ses joues rosies par sa course.
—Il va bien? demanda-t'elle à bout de souffle.
Scorpius ouvrit la bouche pour lui répondre mais Mme Pomfresh fut plus rapide.
—Oui! Ce n'est rien. Ce petit garnement fait semblant. Je lui ai déjà réparé ses deux côtes fêlées. Un peu de repos et il pourra retourner à ses bêtises.
A ces mots, Hugo se calma aussitôt. Avec une moue boudeuse d'avoir été si vite découvert, il s'allongea confortablement dans ses cousins et demanda à ce qu'on lui apporte un jus de citrouille.
—J'ai la gorge un peu sèche à force d'avoir crié, ajouta-t'il en haussant les épaules.
Rose s'approcha du lit et donna une pichenette sur le front de son frère qui poussa un véritable cri de douleur, cette fois.
—Espèce d'idiot, je me suis fait un sang d'encre!
—C'est ta faute si je suis là, dit-il pour seule défense.
—Et c'est la tienne si j'ai perdu le contrôle. Je… j'aurais pas dû mais… Je t'aurais étranglé si je t'avais eu sous la main!
—N'empêche, c'est moi le meilleur! dit-il en attrapant le gobelet de jus de citrouille que lui tendit Mme Pomfresh.
Rose poussa un cri de rage en faisant mine de s'arracher les cheveux. Malgré leur querelle, Scorpius les enviait. Il avait déjà remarqué cela quand il observait la complicité évidente entre Lily et Albus. Scorpius n'avait pas de frères ou de soeurs. La tradition familiale ordonnait au nouveau couple de la famille de ne procréer qu'une fois. Ils avaient l'autorisation de retenter la chose uniquement si les parents n'avaient eu que des filles. Cela expliquait les trois soeurs Black. Mais dans la famille Malefoy, il en avait toujours été ainsi: Lucius Malefoy avait engendré Drago Malefoy qui avait engendré, à son tour, Scorpius Malefoy. Nul besoin d'avoir d'autres enfants puisque le petit prince était né du premier coup. En comprenant cela, Scorpius s'était promis que, s'il tombait un jour fou amoureux d'une fille au point de vouloir l'épouser, ils construiraient à deux une énorme famille, un peu comme celle des Weasley. Et il espérait avoir une fille comme premier enfant. Cela ne pouvait que déplaire à son père, à sa plus grande joie.
—J'ai eu si peur, dit encore Rose qui avait les larmes aux yeux.
Scorpius fut le seul à remarquer le désarroi de la rouquine. Hugo sirotait son jus de citrouille et bientôt, Madame Pomfresh les renvoya à leur salle commune en leur affirmant que son petit patient avait besoin de repos. Scorpius accompagna Rose dans les couloirs voulant être sûre qu'elle se remettrait de la blague de son frère.
—J'aurais dû le voir. Maintenant que je sais que c'était lui… Y a plus de doutes.
—Personne ne l'avait reconnu, arrête de te flageller, dit Scorpius.
Ils marchèrent pendant un bon moment en silence, Rose ruminant sur ses actes et Scorpius repensant à la blague d'Hugo. Albus et Lily avaient quitté l'infirmerie dès l'instant où Mme Pomfresh les avait rassurés sur l'état de santé de leur cousin. Lorsqu'ils avaient constaté que ce dernier simulait complètement, Lily avait boudé et Albus s'était plaint de son immaturité. Tout deux avait laissé Scorpius avec le prétendu blessé sachant que Rose n'allait pas tarder à débarquer, rongée par la culpabilité. Scorpius n'avait d'ailleurs pas aimé leurs messes basses par la suite. Il pria secrètement qu'Albus ne parle pas de Gwen et de la lettre à ses parents à Lily. Il supportait moins les orages de la rouquine que mille beuglantes.
—Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, continuait Rose tremblante. Je l'ai vu sur son balai, à me reprocher un truc vieux de mille ans. Il fait toujours ça et tout le monde l'applaudit pour cela parce que c'est lui, le plus intelligent et moi, je suis la pauvre cruche qui n'a rien vu venir.
Scorpius ne sut pas trop quoi lui répondre. C'était vrai qu'Hugo était admiré par pas mal de monde mais cette admiration était bien moindre par rapport à la haine qu'il inspirait autour de lui. Scorpius n'avait pas assez de doigts pour calculer le nombre de professeurs qui rêveraient d'envoyer eux-même un cognard sur ce petit prétentieux. Ils auraient salué le geste malheureux de Rose dans une ovation triomphale.
—Depuis toujours c'est comme ça. Avant de rentrer à Poudlard, mon père n'arrêtait pas de dire que j'avais l'intelligence de ma mère mais quand j'ai commencé les cours, je me suis rendue compte à quel point il se trompait. Franchement, face à vous, je suis vraiment la godiche du groupe. Et quand on a découvert que Hugo était surdoué… Je ne suis bonne qu'à une chose et c'est le Quidditch. Et il s'est attaqué à la seule chose qui compte vraiment pour moi.
—C'est pour ça que tu t'es éloigné en cinquième, comprit tout à coup Scorpius.
Rose eut un rire amer. Elle fuyait le regard bleu de Scorpius, gênée.
—Je me suis dit, à l'époque, que je ferais moins tache si je fréquentais des gens plus de mon niveau. Je pensais qu'on n'appartenait pas au même monde…
Tout en marchant, Scorpius la détailla du coin de l'oeil. Rose regardait ses pieds, ses oreilles légèrement écarlate. Quelques boucles rebelles s'échappait de sa coiffure et retombaient sur ses épaules. Le rouge de sa tenue lui allait bien au teint et son allure rappela au Serpentard la jeune femme qui s'était présentée à lui, à moitié nue, le suppliant de lui apprendre les choses de l'amour.
—Il faut vraiment que tu arrêtes de penser cela, pensa Scorpius à voix haute.
Inspiré, il la retint par le bras, la forçant à s'arrêter. Le couloir du deuxième étage était vide. Le soir tombait sur le parc du château et le dîner n'allait pas tarder à être servi. Rose leva vers lui un regard interrogateur. Scorpius la poussa contre le mur, la faisant lâcher son balai qui roula à leurs pieds. Le Serpentard était tout prêt d'elle, les mains sur ses épaules pour l'empêcher de s'enfuir.
—Qu'est-ce tu fais? demanda-t'elle un peu étourdie.
Il détacha ses épaisses boucles rousses qui tombèrent le long de son visage à l'expression perdu. Scorpius voulait retrouver la jeune fille d'hier soir, celle qui riait et non celle qui se lamentait en se jugeant plus bête qu'elle n'est.
—Ce n'est pas toi qui voulait que je t'apprenne ces choses? Deuxième leçon: l'excitation de l'imprévu.
Il plongea son visage dans la cascade de cheveux roux et huma son parfum. Ses mains descendirent jusqu'à sa taille et il colla son bassin au sien. Rose le laissa faire, poussant de faibles cris de surprise au moindre de ses gestes. Les mains du garçon, encore frigorifiées, descendirent dans son dos et explorèrent petit à petit la rondeur des fesses de la jeune femme, choquée. Rose sentait la lavande mêlée à sa sueur et il trouva cette odeur enivrante. Ses cheveux étaient incroyablement doux tandis que son arrière-train, plus généreux de ceux qu'il avait l'habitude de peloter, lui donnait envie de la pincer à cet endroit.
—Ce n'est pas comme la dernière fois, dit Rose le souffle court tandis que Malefoy caressait plus fermement le bas de son dos.
Scorpius pouvait capter le moindre changement de rythme dans la respiration de la Gryffondor et il sentit le désir monter lorsqu'elle posa ses deux mains sur ses épaules, en prenant un grande respiration. Scorpius sentait le contrôle lui échapper de plus en plus. Il savait que s'il croisait le regard de Rose, il serait perdu.
—Dans ce cas de figure, dit-il avec une certaine contenance, l'homme domine. C'est assez courant.
Il avait vraiment l'impression de déblatérer conneries sur conneries mais il devait bien meubler tandis qu'il explorait le corps de la jeune femme. Chose qu'il n'avait pas faite la nuit dernière. Il passa l'une de ses mains glacée sous le pull de Rose qui frissonna, sans toutefois bougée. Il remontait de son ventre jusqu'à l'un de ses seins et la seule solution qu'il trouva pour ne pas perdre pied, fut de continuer à lui parler.
—Mais tu sais, lui murmura-t'il à l'oreille, le plus excitant c'est lorsque c'est la femme qui prend le contrôle.
Scorpius sentit la jeune femme tremblante entre ses mains. La sienne se réchauffait à mesure qu'il caressait sa peau incandescente.
A tout moment, ils pouvaient se faire surprendre par un élève, Rusard, un professeur. Même s'ils étaient un peu dissimulé par une épaisse colonnade qui servait de torchier, Scorpius savait le risque élevé et cela rendait leur échange incroyablement excitant.
—Vas-y! dit-il encore dans un souffle. Prend le contrôle, si tu l'oses.
Les mains de Rose remontèrent, tout à coup, le long de sa nuque. Il sentit un frisson le terrasser dans tout le corps. Il commit alors l'erreur de croiser son regard. Ses yeux ambrés le dévisagèrent avec une expression qu'il ne lui avait jamais vu. Il lut sur son visage la même fièvre qui rendait leur corps fébriles. Ses lèvres étaient devenues plus rouges et contrastait avec son teint pâle. Ses longs doigts fins se perdirent dans ses mèches blondes. Il n'était plus que concentré sur sa bouche généreuse et accueillante, et sur le toucher délicat et sensuel de ses mains près de son visage.
Il ne s'attendit pas à ce que Rose le fasse basculer contre le mur, échangeant brutalement de place. Rose le plaqua contre le mur, sans ménagement et posa ses deux mains sur son torse. Elle leva la tête vers lui, une lueur de défi dans le regard. Ses larmes et sa culpabilité avait disparu. Scorpius découvrit à la place, pour son plus grand plaisir, que la Gryffondor s'amusait à ce petit jeu érotique.
Elle répéta les mêmes gestes que le Serpentard à son égard. Elle glissa une main audacieuse dans son pantalon. Elle n'était pas prête à s'aventurer vers son bas ventre mais elle explora, avec un sourire terriblement sensuel, ses propres fesses.
—Comme ça? dit-elle d'une voix rauque.
Ses joues étaient en feu et il se douta qu'une voix un peu plus prude paniquait dans sa jolie tête. Ce contraste émoustilla encore plus Malefoy. Le désir happa toute son expérience et il se laissa complètement aller lorsque les mains de la jeune femme remontèrent jusqu'à ses épaules caressant l'arête de sa clavicule, sous son pull. Emportée par son exploration et par l'effet que celle-ci produisait sur son cobaye, Rose s'était petit à petit collée de plus en plus au Serpentard. A présent, ses seins pointaient contre son torse, levant toujours un peu plus le menton vers celui de Scorpius.
Leurs visages étaient tout proches l'un de l'autre. Scorpius pouvait sentir le souffle de la Gryffondor se mêler au sien. Il la vit fermer les yeux et approcher ses lèvres des siennes. Ce fut le déclencheur.
Scorpius détourna vivement la tête. Il se saisit des mains tentatrices de Rose et les écarta de lui, comme si elles lui avaient brûlées la peau.
—Désolé, répondit précipitamment Malefoy. C'est tout pour aujourd'hui.
Il s'excusa encore en libérant la jeune femme. Puis, il enjamba le balai toujours au sol et marcha précipitamment dans le couloir en se forçant à ne pas se retourner. Des images osées pullulait son esprit tandis qu'il essayait de calmer l'excitation qui lui fouettait le sang. L'élève avait dépassé le maître. Pour la première fois de sa vie, le professeur avait totalement perdu le contrôle et Scorpius n'aimait pas la tournure que prenait les choses.
Lorsqu'il claque la porte de sa chambre dans son dos, il se promit de tout arrêter, tant qu'il le pouvait encore.
