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COURS D'ATTRACTION


La nuit était déjà avancée lorsque Rose tourna la dernière page de son livre sur les "Meilleures stratégies de Quidditch au cours du siècle". Curieusement, la jeune femme n'avait pas sommeil. Malgré le vent froid qui fouettait les carreaux de son unique fenêtre, elle n'avait revêtu qu'un vieux tee-shirt et ses cheveux, enfin secs après une bonne douche, encadraient son visage en une épaisse tignasse auburn. En se levant pour ranger son livre sur son bureau, elle croisa son reflet.

Rose se trouva très belle.

Elle sourit de toutes ses dents à son miroir qui réfléchit l'image d'une jeune femme incroyablement sensuelle. Rose tira sur les pans de son tee-shirt. Elle bascula le bassin en caressant ses hanches qui lui rappelèrent les mains de Scorpius. Elle remonta lentement jusqu'à ses seins qu'elle pressa doucement. Ils avaient grossi ses derniers mois et elle les jugea beaux, recouverts de taches de rousseur. Ses mains passèrent à l'arrière de sa nuque et elle rejeta la tête en arrière en poussant un soupir d'extase. Elle fit remonter ses mèches folles au-dessus de sa tête, enivrée par leur parfum.

Quelqu'un frappa à la porte.

Rose ouvrit sa porte en petite tenue. Chase attendait à l'entrée, le bras calé contre le chambranle, un sourire malicieux aux lèvres. Ses cheveux étaient trempés; ses pommettes remontaient à chacun de ses sourires; ses lèvres charnues la pressaient de les embrasser. Il était torse nu et portait uniquement une serviette de bain autour de sa taille. Rose devint rouge pivoine.

— J'étais en train de prendre une douche. Tu n'aurais pas du shampoing ? demanda-t-il de sa voix profonde.

Il n'attendit pas que Rose l'invite à entrer. Il contourna la Gryffondor et marcha jusqu'au milieu de sa chambre, retenant sa serviette d'une main. Rose restait bloquée sur sa musculature impressionnante. Il n'avait pas du tout la carrure d'un attrapeur, menu et fin. Il était tout en muscles, les abdos saillants. Ses cheveux gouttaient sur le tapis de sa chambre. Rose ferma lentement sa porte.

Elle s'approcha de lui en jouant des épaules et posa ses deux mains sur ses biceps gonflés. Rose avança son visage près de son cou et toucha, du bout du nez, sa peau encore humide. Elle eut envie de le lécher. À la place, elle entendit la respiration de Chase s'accélérer.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il d'une voix plus rauque que d'habitude.

— Je vérifie si tu es bien propre… répondit-elle en passant un bras par-dessus ses épaules.

Elle se mit à lui caresser les cheveux. Ses mèches mouillées s'entremêlaient entre ses doigts et l'odeur du garçon lui donnait envie de le goûter. Chase se laissait faire. Il gardait un air sérieux mais, au moment où l'autre main de la jeune femme caressa les poils de son torse, il lâcha sa serviette de bain qui tomba à ses pieds. Rose baissa les yeux vers son entre-jambe. Elle lui lança ensuite un sourire affamé.

Chase passa ses mains sous ses aisselles en pressant la jeune femme un peu plus contre lui. Rose ne put s'empêcher de pousser un hoquet de surprise. Il la colla au plus près de lui, pressant sa poitrine sur son torse, son bassin contre le sien, ses mains remontant lentement vers son visage. Pour une fois, Rose ne se sentit pas gênée. Les leçons de Scorpius semblaient avoir porté leurs fruits. Elle s'enhardit et déposa une série de baisers dans le cou du garçon qui gémit de plaisir. Rose pouvait humer son odeur musquée et cet arôme de mâle lui fit perdre la tête. Elle s'enivrait de sa peau et remonta jusqu'au lobe de son oreille qu'elle se mit à lécher du bout de la langue.

Les grandes mains de Chase descendirent jusqu'à ses fesses qu'il pétrit sans ménagement, la collant un peu plus contre lui. Bientôt, elle sentit son érection contre son bas-ventre et elle ne put s'empêcher de se détacher de lui pour admirer la vue. Chase lui fit remonter le menton et l'embrassa passionnément. Il darda sa langue dans sa bouche et elle laissa échapper un cri de plaisir lorsque leur langue se rencontrèrent. Elle s'accrocha à sa nuque et Chase lui remonta les jambes pour la porter jusqu'à son lit.

Une fois au milieu des draps, Chase releva les bras de la Gryffondor au-dessus de sa tête et lui enleva lentement son vieux tee-shirt. Rose était allongée sur le dos, les jambes légèrement écartées, sa culotte trempée. Les mains de Chase s'attardait sur la base de ses seins tandis qu'il relevait son vêtement. Lorsqu'elle fut aveuglée par le tissu remonté jusqu'à son visage, elle sentit une légère pression sur la pointe de son téton droit. Chase avait pris un de ses seins dans sa bouche et caressait l'autre doucement. Les jambes de Rose s'arquèrent, soudain prises de tremblements incontrôlables. Elle les croisa dans le dos de Chase et sentit son désir à lui frotter contre son slip.

En se tortillant, elle se libéra de son haut. La bouche de son amant s'occupait toujours de sa poitrine et Rose fut surprise de constater que les cheveux bruns de Chase s'étaient éclaircis. Lorsqu'il releva la tête, ce n'était plus les traits bourrus du Poufsouffle qui la dévisagea, haletant, mais Scorpius. Celui-ci s'avança vers elle et elle accueillit ses lèvres avec hâte. Ils s'embrassèrent longuement et elle sentit ses doigts s'immiscer dans son intimité en retirant, d'une main, experte, le dernier rempart de sa virginité.

— Tu me rends fou ! l'entendit-elle chuchoter à son oreille.

Elle gémit de plus belle alors qu'il se frayait un chemin entre ses cuisses, enfonçant ses ongles dans son dos.

Rose se réveilla en sursaut, ouvrant grand les yeux dans l'obscurité de sa chambre. Elle se redressa comme un ressort et sonda la pièce comme pour s'assurer que personne ne l'avait rejointe dans son sommeil. Seule, dans le noir, pantelante, elle dût se rendre à l'évidence : elle avait bel et bien rêvé.

La jeune fille avait chaud. Lorsqu'elle posa ses paumes sur ses joues, elle put constater à quel point sa peau était devenue brûlante. Si elle n'avait pas encore des bribes d'images de son rêve, elle aurait pu croire qu'elle avait pris froid sur le terrain de Quidditch. Mais son souffle haletant ne trompait personne. Son coeur battait encore frénétiquement dans sa poitrine et elle se sentit trempée. C'était la première fois qu'elle faisait ce genre de rêve et lorsqu'elle reposa sa tête sur son oreiller, elle pria silencieusement de ne plus fantasmer sur Scorpius Malefoy.

OoO

Scorpius passa un début de semaine dans la tourmente. Lorsqu'il se retrouvait seul avec ses pensées, il se revoyait, sans cesse, prendre ses jambes à son cou dans le couloir désert qui menait à leur dortoir. Ses mains tremblaient à la simple idée de ce qui lui avait traversé l'esprit alors qu'il se penchait pour embrasser Rose Weasley. Scorpius avait pris peur car il avait senti une douce torpeur l'envahir en s'imaginant serrer contre lui le corps enflammé de la Gryffondor. Il n'avait jamais perdu le contrôle avec aucune de ses anciennes conquêtes et cela lui faisait peur.

Il n'avait pas trouvé d'autres solutions que de prendre la fuite et il continuait ainsi depuis. Comme en ce début de semaine de rentrée, il avait repris ses bonnes résolutions et évitait le plus possible de croiser la Gryffondor. Albus s'était inquiété de le voir disparaître derrière une colonne lorsque Lily et Rose s'étaient approchées de leur ami. Il avait passé toutes ses pauses dans les toilettes de Mimi-Geignarde qui l'autorisait, pour ses beaux yeux, à y fumer ses cigarettes moldues, assis sur la lunette d'une des chiottes cassées.

Il se retrouvait de plus en plus seul et se torturait les méninges pour trouver une solution à ce mic-mac. Dès le lundi suivant, Scorpius avait reçu une lettre de sa mère, enthousiaste à la lecture de sa nouvelle idylle, semblait-il sérieuse cette fois-ci. Elle lui réclamait, à grand coup de culpabilisation, des nouvelles fraîches, ce à quoi Scorpius avait griffonné au dos de la lettre un vague : "Tout va bien."

Hélas, c'était un mensonge et ses parents allaient vite s'en rendre compte à l'aide d'un petit revelio. Ils réussiraient peut-être même à découvrir qu'il leur avait mentis sur toute la ligne et son père ne manquerait pas de lui renvoyer une beuglante qui lui exploserait au visage en envoyant des millier de confettis sur la table des Poufsouffle hilares. Bon, il délirait mais il ne savait vraiment plus quoi faire.

Ce fut en cours de Potions qu'il eut un éclair de génie. Alors qu'il décortiquait des fèves de ditérandard avec son couteau, le nom de 'Gwen' émergeait parmi les volutes de fumée qui flottaient au-dessus de son chaudron. La jeune Serdaigle était debout à quelques tables devant lui, derrière son propre chaudron et discutait discrètement avec sa voisine. Il versa son jus de fève dans le magma bouillonnant en ne la quittant plus des yeux.

C'était ça, la solution ! Il n'avait qu'à sortir officiellement avec Gwen. La jeune femme lui avait bien fait comprendre qu'elle n'était pas indifférente. Elle ne faisait pas partie d'une vieille famille de sorciers mais il n'avait plus besoin de mentir à ce sujet là. Tout ce dont il avait besoin, c'était une élève de Poudlard assez mâture pour prendre du plaisir avec lui et écarter tout sentiment de son esprit. Avec un peu de chance, il pourrait même persuader Rose d'arrêter leur manège. Avec Gwen à ses côtés, il échapperait à la détermination de Rose de vouloir, à tout prix, apprendre avec lui.

Scorpius zieuta vers le pupitre de Parkinson. Celle-ci inspectait le fond de chaudron de Maxwell Dragonneau qui s'était encore trompé de ligne en suivant les instructions au tableau. Il sortit un parchemin de sous son livre de Potions et griffonna un mot à la va-vite. D'un coup de baguette, il le fit s'envoler jusqu'à la table de sa cible. Le mot voleta devant Albus qui observa l'oiseau de papier atterrir sur le livre de Gwen. Celle-ci lut le parchemin puis le froissa dans sa main avant de le laisser tomber à terre.

— Problème de couple ? lui murmura Albus en riant à moitié.

Scorpius attendit la fin du cours pour riposter. Lui et Albus furent les premiers à rendre un échantillon de leur potion de la Goutte du mort-vivant, dont une seule goutte réussissait à endormir un éléphant. Parkinson leur accorda d'emblée dix points chacun pour leur Maison sans même avoir testé l'efficacité de la mixture. Le traitement de faveur de leur directrice commençait de plus en plus à leur taper sur le système. Quand ce fut Dragonneau qui apporta son flacon qui produisait une gerbe d'étincelle au lieu d'un léger halo bleuâtre, Parkinson se contenta de faire la moue en dessinant un large T à côté de son nom, dans son carnet de note.

La cloche sonna enfin et Scorpius se précipita à la rencontre de Gwen qui discutait toujours avec son amie, son sac sur l'épaule.

— Gwen ! Attends ! l'interpella-t-il dans le couloir encombré d'élèves.

— Qu'est-ce que tu veux à la fin ? s'énerva la jeune femme sans préambule.

Scorpius ne s'était pas attendu à tant d'hostilité. L'amie de Gwen qui se trouvait être la préfète-en-chef de sa Maison, celle qui s'enfermait à double tour dans sa chambre à chaque fois qu'elle croisait Scorpius ou un autre préfet, le toisa avec mépris. Le garçon passa une main dans ses cheveux blonds en leur adressant son expression la plus sexy, sa botte secrète.

— Tu as lu mon mot ?

— Oui, soupira Gwen en essayant de se frayer un passage dans la foule d'élèves qui se rendaient à leur prochain cours.

— Et tu es d'accord ? Tu veux bien sortir avec moi à la prochaine sortie à Pré-au-lard ?

— Même pas en rêve !

Plusieurs élèves de Poufsouffle avaient entendu le coup de gueule de la Serdaigle. Ces troisièmes années pouffèrent de rire en découvrant l'expression dépitée de Scorpius. Celui-ci ne s'avoua pas vaincu, il la rattrapa par le bras en l'obligeant à lui faire face pour s'expliquer.

— Je ne te demande pas la lune. Seulement un rencard. Si ça te plait pas, on arrête.

— Jamais, tu m'entends ! dit-elle d'une voix dure. Je sais très bien à quoi tu joues...Tu m'as rembarrée sans un remord la première fois, je ne l'ai pas oublié.

Elle se hissa sur la pointe des pieds et lui murmura à l'oreille :

— Je t'ai vu dans le couloir avec Rose Weasley…

Gwen recula vers son amie, un sourire triomphant aux lèvres. Scorpius devint plus pâle que d'habitude.

— Je veux que tu saches ce que ça fait de se sentir humilié, dit-elle encore devant tout le monde. Je veux que tu connaisses cette douleur… très bientôt.

Elle se retourna en éclatant de rire avec la préfète des Serdaigle. Scorpius resta planté au milieu du couloir, les paroles de Gwen tourbillonnant dans son cerveau. Les autres élèves le contournaient en le zieutant, intrigué par ce Serpentard qui bloquait le passage avec son air bêta.

Ce ne fut que lorsque la cloche sonna le début du prochain cours que Scorpius comprit à quel point il était dans les ennuis jusqu'au cou.

OoO

— Attention, Rose ! alerta Hagrid de sa grosse voix. Tu le caresses dans le mauvais sens.

Rose leva automatiquement sa brosse du pelage soyeux de son Griffon. L'animal s'était couché sur le dos et offrait son ventre rosi à sa toute nouvelle maîtresse qui avait profité de sa pause pour faire sa toilette. Raymar ronronnait à chaque coup de brosse, sous le regard expert et attentif du demi-géant.

Albus les avait rejoint après son cours de Potions. Il s'était présenté à la cabane de Hagrid en rouspétant contre les histoires de couple de Scorpius. Rose, qui prenait le thé avec le professeur de Soins aux créatures magiques, avait senti une pierre lui tomber dans l'estomac. Est-ce que Scorpius lui avait parlé de leurs leçons ? Elle se rassura en se disant que si cela avait été le cas, Albus le lui en aurait parlé immédiatement. Ou elle aurait vu débarquer une Lily affamée de détails croustillants.

Hagrid et Albus s'étaient lancés dans l'analyse complexe et parfaitement inutile du schéma biologique d'un griffon. Rose les avait quittés pour s'occuper d'un spécimen en chair et en os. Lorsqu'elle était entrée dans l'enclos, Raymar lui avait fait la fête. Il sautillait partout en collant son museau humide sur la robe de la Gryffondor qui ne put s'empêcher d'éclater de rire. Hagrid lui avait conseillé de le laver et après une bonne douche d'eau tiède qu'elle avait fait apparaître avec sa baguette, elle s'était attaquée au démêlage de sa fourrure.

Ce geste mécanique avait permis à la jeune fille de vaquer à ses pensées. Son rêve la tourmentait plus qu'elle ne l'avait cru en se réveillant. Elle n'avait plus tous les détails en tête mais elle se souvenait, sans cesse, du baiser passionné de Scorpius. Pourquoi avait-elle rêvé de lui ? La première partie avec Chase était si excitante. Rien qu'en y repensant, elle sentit le feu lui monter aux joues. Et pourtant… c'était ce baiser qui n'arrêtait pas de la hanter au fil des jours.

Peut-être était-ce dû à celui manqué dans le couloir après qu'ils eussent quitté l'infirmerie ? Ce moment avait été très bizarre pour la jeune fille. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris. Elle ne s'était pas reconnue dans ce rôle. Pourtant, elle avait appliqué les leçons de Scorpius à la lettre. C'était lui qui l'avait exhorté à prendre le contrôle. Elle n'avait fait que répéter les gestes qu'il lui avait appris. Etait-ce l'après coup de la peur d'avoir fait du mal à son crétin de petit frère ou était-ce son uniforme de Quidditch qui lui rappelait que c'était elle la capitaine? Elle n'avait su répondre à ses interrogations mais elle en avait constaté le résultat. Scorpius s'était enfui.

Depuis ce jour, elle ne l'avait plus croisé et elle pensa, de plus en plus, qu'elle avait faire quelque chose de mal dans ce fameux couloir. Elle était sûrement allé trop loin et maintenant sa conscience le lui faisait payer dans ses rêves.

Hagrid, pourquoi Raymar a-t'il léché Scorpius, l'autre jour? dit soudain Albus.

Le jeune Potter était assis sur l'herbe, un livre posé sur ses genoux et ouverts sur le chapitre des créatures légendaires. Hagrid était appuyé sur les barrières de l'enclos qui craquaient sous son poids. Le coeur de Rose eut un raté quand elle entendit le nom de celui qui occupait toutes ses préoccupations. Hagrid réfléchit :

— C'est vrai que cela m'a semblé étrange, surtout qu'il est dans la Maison des Serpentards. Je me suis demandé si ce n'était pas à cause de l'amitié qu'il partage avec Rose.

— Quoi ? s'exclama la concernée.

— Ce serait logique, admit Albus. Apparemment, les griffons sont profondément connectés à leur maître. Ils peuvent peut-être capter les liens d'amitié ou de sang…

Albus se leva en rangeant son livre dans son sac. Rose avait arrêté de brosser Raymar et celui-ci se redressait en s'étirant de tout son long. Le Serpentard n'écouta pas les avertissements de son professeur lorsqu'il passa la rambarde et s'avança d'un pas assuré vers la créature légendaire.

— Tu es fou ! s'exclama Rose qui ne comprenait pas ce qu'il avait en tête.

—Si j'ai vu juste, je devrais pouvoir faire...ceci !

Il tendit la main vers la truffe du griffon qui l'huma avec suspicion. Albus détourna la tête en grimaçant mais il tenait toujours son bras en offrande à Raymar. La créature souffla dans ses naseaux en formant un nuage de poussière qui fouetta un Albus de moins en moins confiant. Finalement, Raymar frotta sa tête contre la paume tendue de l'invité et bientôt, il se colla au Serpentard comme il l'avait fait avec Rose ou Hagrid. Le demi-géant eut la larme à l'oeil lorsque le griffon fit tomber Albus sur le sol pour lui lécher joyeusement le visage. Albus éclata de rire.

— Ben voilà ! Ça se confirme… Arrête ! s'écria-t-il en riant. Je suis couvert de bave !

— Donc, Raymar a léché Scorpius mais il a rugi contre… Chase, comprit lentement Rose.

La question la tarauda. Une de plus ! se dit-elle. Si Raymar partageait ses sentiments envers les gens qui l'entouraient, il devait sûrement partager aussi ses frustrations. Lorsqu'ils avaient atterri sur le terrain de Quidditch, lors du duel des deux garçons, Raymar avait vu Rose en train d'hurler sur Chase pour qu'il abaisse sa baguette. Il n'avait sans doute pas compris qu'elle essayait seulement de lui faire entendre raison. Il a dû penser qu'il était dangereux sans percevoir les véritables sentiments qu'elle nourrissait pour le Poufsouffle.

— Si Raymar a rugi contre Chase, commença Albus en se relevant de la prise de Raymar, cela ne veut dire qu'une chose…

Il observa sa cousine du coin de l'oeil et Hagrid hocha la tête avec sévérité. Le demi-géant avait à peine entendu quelques rumeurs sur les déboires amoureux de la Gryffondor mais il avait pris l'habitude d'acquiescer à la moindre parole de son jeune élève. Le visage de Rose s'éclaira.

— Raymar a senti ma colère contre Chase et l'a exprimé à ma place, dit-elle dans un souffle.

C'était sûrement pour cela qu'elle se sentait aussi froide avec lui. Elle lui en voulait de s'être laissé manipuler aussi facilement par Scorpius. Elle n'avait jamais imaginé, un seul instant, son beau Poufsouffle, en plein duel illégal, sur le point de jeter un sort sur son ancien ami. Elle avait été déçue de le voir ainsi dans tous ses états alors qu'il représentait pour elle la patience et le self-control. Rose avait laissé cette colère inconsciente la dévorer au point de la rendre frigide dans ses bras et de le remplacer par Scorpius dans ses rêves, comme pour punir Chase même à travers ses songes. C'était ça ! Depuis le début, c'était ça !

— Il faut que j'aille m'excuser ! dit-elle soudain avec un grand sourire.

— À qui ? demanda Albus, méfiant.

— Chase, bien sûr ! J'ai tout compris grâce à toi ! Encore une fois, tu es le meilleur !

Elle embrassa son cousin sur la joue, ramassa ses affaires en faisait un signe à Hagrid et à Raymar qui l'observa partir en geignant comme un petit chiot. Albus soupira en retirant ses lunettes pour les nettoyer.

— Je ne gagnerais jamais mon pari, lâcha-t-il en remettant sa monture sur son nez.

Rose chercha longtemps après son prince charmant. Animée par cette révélation providentielle, elle parcourut tous les couloirs, cachots, cours en bousculant des élèves de première et ignorant les vannes grossières de Peeves au-dessus de sa tête. Elle connaissait son emploi du temps par coeur (en fouillant une des tables de leur salle commune, alors qu'il s'était endormi sur son devoir d'astronomie) et elle savait qu'il n'avait pas cours en deuxième heure.

Elle le trouva, à bout de souffle, traînant sur les marches d'un des escaliers fou du troisième étage. Il était encore entouré de ses amis les plus fidèles qui riaient au moindre de ses mots. Rose sentit son coeur s'accélérer dans sa poitrine. Il ressemblait au Chase dans ses rêves, il avait la même assurance en tout cas. Elle ne put s'empêcher de l'admirer de l'autre bout du couloir, se perdant dans la moindre miette de ses gestes.

La cloche sonna et le groupe se leva à son aise. Les élèves sortaient de leur salle de cours et bientôt Rose eut du mal à repérer Chase et ses amis dans la foule compacte de robes noires. Rose tendit le cou en s'avançant de quelques pas. Elle avait botanique à cette heure mais à défaut d'excuses, elle voulait au moins croiser le regard du beau brun. Elle aperçut le groupe de Poufsouffle s'avancer pour la dépasser. En se remémorant les conseils de Scorpius, elle prit sa démarche la plus voluptueuse et jeta un regard coquin en coin.

Chase la dépassa en s'esclaffant avec l'un de ses amis. Rose croisa son regard, un bref instant et il ne lui adressa pas le moindre signe d'encouragement. Il ne s'arrêta pas non plus pour la saluer. Il se contenta de poursuivre son chemin en se retournant sur une fille de cinquième année qui portait sa jupe un peu courte. Rose n'eut pas le courage d'insister. Elle continua son chemin, la tête baissée. Finalement, elle ne maîtrisait pas tant que cela ses leçons sur l'amour.

OoO

Scorpius en avait plus qu'assez de réfléchir.

À chaque fois qu'il pensait trouver une solution à un problème, un autre se rajoutait à la liste. La révélation de Gwen avait été un coup dur et ses sous-entendus lui inspirait un prochain coup de pute dans les jours à venir. Son coup de sang dans le couloir avec Rose avait été trop risqué. Scorpius le savait mais il avait continué, encourageant même la jeune femme à retourner la situation contre lui. Et maintenant il devait s'attendre, à tout moment, à ce que l'école entière le houspille sur sa prétendue idylle avec Rose Weasley. Le coup fatal.

À force de gamberger sur du vent, il en avait sauté le dîner. Lorsqu'on frappa à sa porte, il pensa avec espoir à l'arrivée impromptue d'Albus. Cette fois-ci, il lui dirait tout. S'il existait quelqu'un capable de mettre de l'ordre dans le merdier qui lui servait de cervelle, c'était le fils Potter. Il ouvrit la porte avec un sourire et ne put réfréner la grimace lorsqu'il découvrit Rose sur son palier.

— J'ai besoin de ton aide, dit-elle à toute vitesse en entrant, sans permission.

Scorpius referma derrière elle, à regret. Puis, il se dit que sa visite inattendue lui permettrait peut-être de lui parler. Il avait beaucoup de choses à lui dire, lui expliquer. Il espérait qu'elle comprendrait.

— J'ai croisé Chase tout à l'heure, continua-t-elle à toute vitesse. Il ne m'a même pas remarqué. C'est comme si j'étais transparente. À la place, il a maté une de ces filles avec sa mini-jupe.

Scorpius s'assit sur son lit en silence et alluma en cigarette sans se soucier de l'odorat de son intruse. Rose ne s'en soucia guère. Elle était bien trop occupée à déblatérer son récit qui frôlait la crise d'angoisse.

— C'est moi, en fait. Je ne suis pas belle. C'est vrai que je ne suis pas aussi belle que ces filles mais j'ai des qualités, non ?

En disant ces mots, elle s'était plantée devant Scorpius qui reprit une latte de sa clope, l'air blasé.

— Est-ce que tu me trouves belle? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

Scorpius recracha sa fumée en toussant bruyamment, avec l'impression de cracher ses poumons. Lorsque sa toux se calma enfin, il se décida à aborder le fond du problème.

— Écoute, Rose… je pense qu'on devrait arrêter.

— Quoi ?

Le Serpentard passa une main sur son visage en soupirant. Il essayait de chercher ses mots en évitant de parler de ce qu'il avait ressenti dans le couloir, quand elle avait réussi à prendre le dessus sur lui.

— Ça va trop loin, pour moi. J'suis désolé mais je ne peux pas continuer. Gwen Rickman nous a vu en plus, l'autre jour. Je crois qu'elle va le dire à toute l'école.

— Oh non ! gémit Rose en plaquant ses mains sur sa bouche.

Elle se retourna, gênée et Scorpius crut un moment qu'elle allait se mettre à pleurer. Rose se retourna, au bout d'un temps, les poings serrés et l'air déterminé.

— Ce n'est pas grave… finit-elle par dire.

— Pas grave ? répéta Scorpius en cendrant dans une bouteille de bièraubeurre.

— C'est pas grave qu'elle le sache. Je pourrais lui expliquer. On s'est toujours bien entendue et puis c'est une fille discrète.

Scorpius la trouva incroyablement naïve en l'écoutant. Elle hochait désespérément la tête comme pour se convaincre elle-même de son discours. Scorpius leva les yeux au ciel et la fit taire d'un simple signe de la main.

— Arrête de paniquer, il y a qu'à juste arrêter. C'est mieux ainsi, dit-il en écrasant sa cigarette.

— Non, je t'en prie ! le supplia-t-elle.

Elle s'accroupit près de lui et lui saisit les mains. Scorpius essaya d'échapper à sa poigne mais la Gryffondor tenait bon. Ce simple contact lui rappela cette étrange sensation qu'il avait senti au creux de son ventre et les yeux embués de larmes de la jeune femme acheva sa résistance.

— S'il te plait ! Encore un conseil ! Un dernier. Après, je ne t'ennuierais plus. On peut juste… juste ce soir, d'accord. Tu m'apprends à capter l'attention d'un mec, de celui de Chase. Après ça, je te laisserai tranquille.

Scorpius réfléchit. Sa raison le poussait à éjecter Rose sans ménagement en la faisait sortir de sa chambre immédiatement. Mais l'autre voix, celle qui lui rappelait toutes les années à côtoyer la petite rouquine qui avait bien grandie. Celle aussi qui appréciait, plus qu'il ne devrait, le simple contact de ses mains dans les siennes. Celle qui se perdait dans ses yeux ambrés, pleins de larmes. Celle-là lui disait de céder, une dernière fois. Après tout, quel mal y aurait-il à cela ?

— Une seule fois ! répéta-t-il impuissant. Et on ne se touche pas, ajouta-t-il en lui lâchant les mains.

— Merci !

Le Serpentard se leva de son lit et fit les cent pas dans sa chambre en réfléchissant au problème de son innocente élève. Rose attendait patiemment sur le lit du garçon, observant ses aller et venues en séchant ses larmes. Quand il s'arrêta, Scorpius avait une idée.

— Si tu veux capter l'attention d'un mec, ce n'est pas forcément avec un beau physique ou un look à la mode. Tout est dans l'attitude. Tant que tu ne te vois pas comme étant captivante, personne ne le verra.

Rose eut soudain l'image de son reflet dans son rêve. Elle s'était trouvée incroyablement sexy et elle avait adoré cela. Hélas, ce n'était pas réel.

— On va tester quelque chose et je n'aurais pas à te toucher. Lève-toi.

La Gryffondor obéit sans rechigner. Scorpius sortit son gramaphone d'un de ses cartons pas encore ouverts. Il souffla dessus pour le dépoussiérer. Ces vieux appareils en comparaison des smartphones étaient le seul moyen d'écouter de la musique dans le monde des sorciers. Par chance, Scorpius avait passé des mois à enregistrer toute une série de titres moldus pendant ses vacances d'été. Le Serpentard avait saoulé toute sa Maison en passant quelques morceaux dans leur salle commune alors que tout le monde bossait ses Buses.

Il plaça son disque préféré, une chanson qui prêtait à ce genre d'exercice.

— Tu vas te laisser guider par la musique et laisser ton corps parler. C'est le meilleur moyen pour toi d'apprendre à lâcher prise…

Rose entendit les premières notes d'une chanson inconnue. Le tempo était plutôt lent et la voix grave qui émergea du gramaphone était chaude et langoureuse. Scorpius se rassit sur le lit.

— C'est parti… Danse ! l'encouragea-t-il.

OoO

Rose ne comprenait pas vraiment en quoi la danse lui permettrait de capter le regard de Chase ou du moindre garçon. Celui de Scorpius était rivé sur elle et Rose se sentit rougir de plus belle. La musique avait démarré depuis quelques secondes et Scorpius lui faisait des gestes pour la pousser à se trémousser. Rose était mal à l'aise et avoir un public rendait chacun de ses mouvements plus raide que ceux d'une armure.

Elle agita ses bras dans le vide en marchant d'un pied à l'autre. Elle tenta de faire un petit moulinet du poignet et comprit à quel point elle devait être ridicule lorsque Scorpius arrêta le gramaphone.

— Non ! Attends. Pas comme ça. Essaie vraiment d'écouter la musique. Laisse-toi emporter.

Il replaça l'aiguille sur le disque et la chanson reprit du début. Rose essaya de faire le vide dans sa tête et d'oublier les yeux de Scorpius braqués sur elle. Elle ferma les siens et remarqua qu'il était plus facile pour elle de n'écouter que la musique si elle occultait son propre regard. Les premières notes de la chanson trottèrent dans sa tête et son corps se mit à bouger tout seul.

Rose balança le bassin au gré du rythme. Ses mains s'attardèrent sur ses hanches comme l'avait fait la Rose dans son rêve, celle qu'elle trouvait incroyablement sûre d'elle et belle. Elle remonta lentement vers sa poitrine et caressa sa nuque en rejetant ses cheveux en arrière. La musique lui inspirait de la sensualité et petit à petit, elle commençait à se laisser aller.

La rouquine écarta les jambes au premier refrain. Elle s'accroupit un peu en oscillant du bassin et laissa tomber sa robe de sorcière sur le tapis du Serpentard. Elle rit lorsqu'elle manqua de perdre l'équilibre en se relevant. Rose rouvrit un oeil et sourit à Scorpius qui la dévisagea d'une drôle d'expression. Il semblait incroyablement raide, assis bien droit sur son lit. La jeune femme s'avança vers lui pour le détendre. Elle lui prit la main et le força à se lever pour danser avec elle.

Il n'eut pas le temps de protester. Elle se retourna contre lui en balançant son bassin contre le sien. Elle rejeta son épaisse chevelure sur le côté et lui lança un regard par-dessus son épaule. Scorpius était pâle, plus pâle que d'habitude. La musique s'arrêta et Rose arrêta de danser.

— J'ai fait quelque chose de mal ? demanda-t-elle, contrite.

— Faut que tu partes…

— Mais je…

— Va-t'en ! cria-t-il.

Rose sursauta. Elle ramassa sa cape, son sac et sortit, rouge de honte en claquant la porte derrière elle pour montrer à quel point elle ne tolérait pas cet affront. Elle ne savait pas quel mouche le piquait mais elle supportait de moins en moins ses sautes d'humeur. Elle l'entendit hurler à la mort derrière le panneau de bois et elle se promit de ne plus adresser la parole à cette girouette.