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BAISERS AMERS


Un mois s'était écoulé depuis le coup de sang de Scorpius dans sa chambre. Rose avait passé, les jours suivant, à poursuivre son professeur pour lui demander des explications. Elle n'avait toujours pas compris pourquoi le Serpentard s'était ainsi énervé. Avait-elle fait quelque chose de mal? Elle avait de plus en plus de mal à comprendre ses réactions alors qu'elle mettait tant d'effort pour appliquer ses judicieux conseils.

Malgré leur emploi du temps, plus ou moins similaire, et leur salle commune des préfets-en-chefs, elle n'avait pas réussi à l'alpaguer pour le lancer dans une franche discussion. En ce fin de mois d'octobre, Rose avait perdu espoir. Non seulement, Scorpius refusait de lui parler mais en plus, il la fuyait. Elle avait fini par le comprendre lorsqu'il se précipitait hors de la classe de Métamorphose ou lorsqu'il se précipitait dans sa chambre, une fois rentré dans les quartiers des préfets.

A chaque vent que lui balançait le garçon, Rose repensait à cette nuit où elle avait dansé pour lui. Certes, elle dansait comme un pied et ses mouvements avaient dû être tellement saccadés qu'il avait dû la prendre pour un troll des cavernes. Mais elle avait capté son regard avant qu'il ne lui crie dessus et cette lueur dans le fond de ses yeux bleus avait déclenché chez elle un frisson qu'elle n'arrivait pas à reconnaître.

Rose se désolait de la situation. Plus qu'un professeur, elle avait perdu un ami, encore une fois.

Rose entra dans la serre numéro sept avec le reste de sa classe. La verrière contenait les spécimens de botanique les plus dangereux et certaines plantes étaient enfermés dans des bocaux enchantés. Le professeur Londubat attendait ses élèves en potassant un de ses épais grimoires sur son pupitre. Il avait délaissé sa longue robe de sorcier pour enfiler une tenue plus confortable et déjà recouverte de taches de boue à divers endroits.

— Aujourd'hui, nous allons étudier les Braillantines sauvages, annonça Londubat d'une voix joyeuse. Je ne possède pas beaucoup de spécimens. Je vous demanderai de vous mettre par équipe de trois.

Les septièmes années se pressèrent autour de la longue table de bois où s'amoncelaient des dizaines de pots en terre cuite rempli de terreau. Les groupes se formèrent rapidement autour d'énorme pot noir où pendait une grosse fleur qui rappelait les tulipes dans le jardin de ses grands-parents moldus.

Rose chercha un groupe de libre et aperçut Albus qui lui faisait de grands signes de la main, un large sourire aux lèvres. Scorpius était posté à ses côtés détournant la tête de l'autre côté.

—Salut…, lâcha Rose timidement en déposant son sac à ses pieds.

Albus lui répondit mais Scorpius garda le silence. Il ne lui adressa pas même un regard et Rose soupira.

—Tout le monde est en place? demanda Londubat d'une voix forte pour se faire entendre par-dessus les bavardages. Bien, elles devraient se réveiller maintenant.

En effet, les étranges tulipes se hissèrent soudain sur leur tige et se tournèrent vers les élèves, devant elles. Les pétales de la fleur étaient d'un blanc laiteux presque transparent. Lorsqu'elle se pencha vers son public, les élèves purent découvrit qu'à l'intérieur de la corolle, il y avait une sorte de visage, très juvénile. Rose eut un hoquet de surprise et Dickson, un élève de Poufsouffle un peu fragile, lâcha un cri.

—N'ayez pas peur, les rassura aussitôt Londubat. Elles ne sont pas dangereuses. Enfin...pour le moment.

La fleur devant le trio se mit à se balancer passant d'un élèves à l'autre, dans une danse curieuse. Ses feuilles frémissaient autour de sa tige. Rose se dit qu'elle n'aimerait pas avoir ce genre de plantes dans son jardin. Malgré leurs sourires, elles dégageaient une aura sinistre.

—Les Braillantines sont des plantes de type égoniste. Leur magie est réceptive. Elles sont capables d'absorber les émotions des personnes qui leur parlent.

—Oh! Regardez! Elle change de couleur! s'exclama Rita Johnson, une autre élève de Poufsouffle.

Les pétales de la braillantine devant son groupe prenait une légère teinte orangée.

—Elle a dû vous entendre bavarder, expliqua Londubat avec un sourire moralisateur. La Braillantine prend une couleur particulière en fonction des émotions de la conversation. Les tons jaune, orangé sont les émotions joyeuses. Elles deviennent vertes lorsqu'elle entend un débat particulièrement éloquent. Les tons roses parlent de sentiments. Les bleus, la mélancolie et enfin…la dernière et la moins répandue…Le noir. Qui peut me dire ce que représente cette teinte?

La main d'Albus s'éleva au-dessus de sa tête et Londubat l'invita à répondre.

—La Braillantine prend la couleur noire lorsque la personne qui lui parle a des pensées soit suicidaire, soit meurtrière.

—Exactement! Dix point pour Serpentard. Il est intéressant de savoir qu'une fois la braillantine coupée, elle finit, au bout de quelques jours, par répandre l'émotion contenue dans ses pétales. Il est déjà arrivé qu'une personne mal intentionnée ait offert des Braillantines noirs à sa victime et que celle-ci ait trépassé suite à l'expulsion de son pollen. Faites très attention à la couleur de ces fleurs lorsqu'on vous en offre. Elles peuvent vous apporter le meilleur comme le pire.

Un murmure s'éleva parmi les élèves à la suite de cette révélation. Tous appréhendaient de prononcer le moindre mot face à ces plantes au visage de bébé.

—Bien! s'exclama Londubat avec énergie. Je vous propose un exercice. Chaque groupe emportera une plante avec lui et ils devront lui parler pour lui apporter une couleur en particulier. De préférence, des couleurs positives. Ensuite, pour Noël vous offrirez la Braillantine à la personne de votre choix.

Plusieurs filles gloussèrent ensembles et Rose s'imagina offrir une belle braillantine d'un rouge vif à Chase. Peut-être était-ce le seul moyen pour lui faire comprendre à quel point elle l'aimait.

—Pour l'instant, nous allons les changer de pots pour qu'elles puissent s'épanouir pendant les prochains mois. N'hésitez pas à leur parler pendant le transfert et je vous conseille de surveiller vos paroles. N'oubliez pas, elles captent tout !

Changer une braillantine de pot n'était pas si facile. Les racines de la plante étaient fines et transparentes. Chaque coup de truelles manquaient de sectionner un des filaments et à chaque mauvais coup, le visage mutin frémissait de colère en prenant une teinte violacée alarmante. La tâche périlleuse fut confiée à Albus dont la main tremblait le moins. Rose et Scorpius s'occupaient d'abreuver la plante de douces paroles pour ne pas qu'elle soit traumatisé par son déménagement forcé.

—Pour la petite histoire, dit le professeur Londubat en passant entre les groupes, la légende raconte qu'à la mort de la fille de Rowena Serdaigle, celle-ci aurait cueillie des Braillantines dans son jardin car sa fille décédée passait beaucoup de temps à leur parler. Les Braillantines peuvent vous révéler ce qui demeure au plus profond d'une personne mais certaines choses devraient rester secrètes surtout si les pétales sont bleues, comme les fleurs de la fille de Rowena Serdaigle.

Rose écouta distraitement l'histoire de son professeur. Albus était sur le point de sortir la braillantine de son pot avec une pince. La Gryffondor continuait son flot de paroles surveillant le colori grisâtre qui penchait, tantôt, vers un bleu turquoise, tantôt vers un rose pâle. Scorpius avait vite lâcher l'affaire, préférant feuilleté son livre "Traité des mauvaises herbes pour le septième cycle."

A cours d'idée, Rose se mit à parler de la seule personne qui lui inspirait un rose vif.

—Je suis amoureuse d'un garçon depuis ma première année, dit-elle à voix basse pour que le reste de la classe n'en profite pas.

La Braillantine se mit à glousser et le bleu disparut de ses pétales.

—Ça la calme! Continue…, l'encouragea Albus en soulevant la fleur de son pot.

—Je l'aime de tout mon coeur et je me sens prête à l'inviter à sortir.

D'un rose pâle, le fleur passait petit à petit à un rouge plus vif qui montait de sa base jusqu'à la pointe de ses pétales. Rose leva les yeux vers les autres spécimens de ses camarades de classes. Beaucoup avait une braillantine jaune citron mais peu arrivait à un joli rose. Le rouge de sa propre fleur faisait rougir la jeune Gryffondor.

—J'espère qu'il acceptera de m'accompagner à Pré-au-Lard pour Halloween. J'aimerais l'embrasser et lui faire comprendre que je l'adore depuis tellement longtemps.

Albus déposa précautionneusement la plante dans son nouveau terreau. Celle-ci s'était mise à danser sous les déclarations enflammées de Rose. Lorsque le professeur Londubat passa près de leur plan de travail, il s'émerveilla de la couleur de leur braillantine.

—Eh bien! Je ne sais pas ce que vous lui avez dit mais elle est ravie. Dix points pour Serpentard et Gryffondor.

OoO

Scorpius était morose.

Morose, agacé et à bout de nerf.

Le cours de botanique avait été un supplice. Après la dernière leçon donnée à son amie, il s'était promis de ne plus avoir aucun contact avec Rose Weasley. Il l'avait dit la dernière fois, sans toutefois tenir bien longtemps sa résolution. Mais cette fois-ci, il tenait bon. Enfin, jusqu'à ce cours avec Londubat.

Scorpius avait peut-être exagéré en lui criant dessus mais son excès de colère avait été sa seule réponse face à son tourment. Il lui avait bien dit:"Plus aucun contact!" Mais il devait bien avouer qu'il avait perdu pied au moment où Rose avait commencé à prendre du plaisir à danser. Quelle idée à la con! Comment pouvait-il imaginer, un seul instant, ne rien ressentir en la voyant bouger sur une musique sexy. Il était stupide.

A vrai dire, s'il voulait être totalement honnête avec lui-même, elle aurait pu faire n'importe quoi, il aurait de toute façon perdu pied. Rose représentait le fruit défendu. Elle était devenue le fantasme ultime: la fille de bonne famille, amie depuis l'enfance, un corps d'adolescente transformée de plus en plus en jeune femme. Son simple toucher électrisait tout son être et il rêvait, toutes les nuits, de sa belle chevelure rousse sur ses draps.

Si elle avait été une fille comme les autres, il l'aurait séduite depuis longtemps et l'aurait attiré dans son lit. Rassasié, il n'y aurait plus pensé et se serait concentré sur sa prochaine conquête. Mais, voilà, Rose n'était pas n'importe quelle fille. Il la connaissait depuis de nombreuses années. Il avait cette peur, qui ne le quittait plus, de la blesser ou de mal la traiter. Du coup, Scorpius était frustré. Et la seule solution qu'il avait trouvé à cette frustration était d'éviter l'objet de tous ses désirs inassouvis

Lorsque la cloche sonna la fin des cours du matin, Scorpius s'était élancé le premier hors de la serre, laissant Albus se démener avec sa cousine. Il avait rejoint sa table dans la Grande Salle et chipotait sa tranche de rôti sans réel appétit. Albus le rejoignit, un sourire aux lèvres. Il ne se formalisa pas de l'attitude de son ami. Il avait pris l'habitude de le voir ronchonner depuis plus d'un mois.

—Intéressant ce cours, dit Albus en se servant un peu de purée.

—Qu'est-ce que tu as fait de la plante?

—Je l'ai confié à Rose. Si c'est toi qui la garde, elle risque de devenir noir.

Scorpius fit semblant de rire en jouant avec ses petits pois. Lorsqu'il releva la tête, son regard se posa, à contre-coeur, sur la table des Poufsouffles et plus particulièrement sur l'assemblée d'admirateurs massés autour du Prince des Blaireaux, le fameux Chase. Quel prénom débile! Albus avait suivi son regard et soupira.

—Je ne sais pas si c'est une bonne idée, cette sortie à Pré-au-Lard avec Chase Wiiiilson…, dit-il en exagérant sur la première syllabe.

—Hum.

Scorpius observait toujours Chase en luttant contre l'envie de se lever de sa chaise, rejoindre la table des Poufsouffles et coller un pain à son pire ennemi.

—Je pensais pas qu'elle l'aimait autant. C'était touchant…

Le ton d'Albus était sarcastique et même si son ami partageait son aversion pour Chase, Scorpius s'irrita de son commentaire.

—Elle devrait pas sortir avec lui, lâcha-t'il à bout. Elle est peut-être folle amoureuse de lui mais ce grand con n'en à rien à foutre de ses sentiments.

—Sortir avec lui peut lui ouvrir les yeux, répliqua Albus avec sagesse.

Scorpius laissa traîner son regard sur la table des Gryffondor. Il vit Rose, les yeux rivés sur Chase. Elle avait la même expression que celle qu'elle lui avait servi pendant qu'elle dansait pour lui, ou lorsqu'elle l'a renversé dans le couloir. Une passion dévorante, débordante et sauvage.

—Si on a un minimum de maturité et de recul, peut-être, dit encore Scorpius. Mais elle n'est pas prête. Cette fille n'a aucune idée de l'effet qu'elle peut produire sur un homme, ni comment s'en servir.

Sur ce, il abandonna son assiette et sa place. Il se leva et quitta la Grande Salle pour rejoindre son prochain cours, plus agacé que jamais.

OoO

Rose était aux anges. Trois jours avant la première sortie au Pré-au-Lard, la Gryffondor s'était enfin décidée à passer le pas. Armée des vieux conseils de Scorpius (même s'il ne lui avait toujours pas adressé la parole), elle avait attendu que Chase sorte d'une de ses classes pour l'attirer à l'écart. Rose a tout donné: l'attitude, la confiance, elle lui avait même touché la main distraitement pour attiser son désir. Ses efforts ont payé. Lorsque Rose lui parla de la sortie au Pré-Au-Lard, Chase opina le regard brillant en la complimentant sur sa tenue qui n'avait pas changé d'un iota. Scorpius avait raison: l'assurance faisait tout en séduction.

Le samedi matin, Rose s'était préparée pendant des heures. Elle avait installé la braillantine dans sa salle de bain et chantonnait des chansons d'amour pour qu'elle conserve cette jolie couleur rouge vif. Quand elle admira son reflet dans le miroir, elle se trouva parfaite. Elle avait enfilé une petite robe d'hiver, des collants opaques noirs et avait attaché ses cheveux pour dégager sa nuque. Ses tâches de rousseur ressortaient fort sur sa peau pâle.

Lorsqu'elle sortit dans la cour du château près des grilles, une foule compacte d'élèves s'étaient aglutinés près de Rusard qui vérifiait les autorisations des troisièmes années. Rose tendit le cou pour repérer son précieux Chase. Elle aperçut Lily, collé à Thomas qui souriait, d'un air gêné. Hugo faisait le pitre près de ses copains en imitant la démarche claudiquante de Rusard. Elle repéra Albus discutant avec Scorpius. Celui-ci capta son regard et il détourna aussitôt la tête. Rose ne se formalisa pas outre mesure. Il en était ainsi depuis leur 'dispute'.

Les grilles s'ouvrèrent et le flot d'élèves s'engouffra dans l'ouverture, riant et bavardant gaiement. Rose ne voyait toujours pas Chase et elle paniqua, tout à coup, en se demandant si le beau brun ne lui avait pas posé un lapin. Une main gantée se posa dans le bas de son dos et Rose rougit. Lorsqu'elle se retourna, elle reconnut l'attrapeur de Poufsouffle qui lui adressa un de ses sourires coquins.

—On y va? demanda-t'il d'une voix douce.

Rose acquiesça, encore gênée. L'appréhension de la sortie et du tête-à-tête avec Chase faisait ressurgir ses vieux travers. Elle se fit violence en se répétant les paroles de son professeur de fortune. Elle s'efforça de se rappeler son précieux mantra: si elle avait confiance, elle réussirait à le séduire.

Le jeune couple arriva au Pré-Au-Lard avec les autres et s'émerveilla des décorations d'Halloween accrochée un peu partout dans le village de sorciers. Les plus petits enfants se promenaient, une petite citrouille chantante à la main. La devanture des Trois Balais était couverte de toile d'araignées et une momie crachait des vers à chaque fois qu'un client franchissait le seuil du bar. Rose se demanda après l'avoir observé plus de deux minutes si cette momie n'en était pas une vraie.

Chase guidait sa compagne, main dans la main. Il bifurquèrent sur la droite en quittant la rue principale pour se retrouver dans une ruelle, plus tranquille mais tout aussi gaie. Ils s'arrêtèrent devant la porte du salon de thé de Madame Pieddodu. La vitrine était décorée avec goût tout en conservant le côté romantique de l'établissement. Rose croisa d'autres couples qui s'engouffrèrent dans le salon en zieutant la Gryffondor et le Poufsouffle main dans la main. Celle-ci se sentit épiée et eut du mal à ne pas prendre ses jambes à son cou.

—Ça te va? demanda Chase en ouvrant la porte.

—Euh…

Rose hésitait. Elle était sûre d'y retrouver pas mal de couples de Poudlard dont sa cousine et son petit-copain. Elle n'avait pas forcément envie de s'afficher ainsi devant toute l'école. Elle était sûre de ne pas pouvoir supporter les regards en biais, peut-être même les moqueries proférées tout bas. Elle peinait déjà, tant bien que mal, à maintenir la petit flamme de confiance qui l'animait. Jamais elle ne pourrait maintenir son attitude pleine d'assurance si elle avait un public.

—Je connais un endroit plus tranquille, dit Rose soudain très inspirée.

OoO

Scorpius attendait cette sortie depuis des semaines.

Dès qu'il passa la grille, il prit le plus de distance possible entre lui et Rose (accompagné de son crétin de Chase) et transplana dès qu'il en eut l'occasion. Il laissait Albus seul mais celui-ci ne s'offusquait jamais des escapades molduiennes de son meilleur ami. Déjà, il en avait l'habitude. Ensuite, il n'aimait pas du tout l'accompagner. Scorpius passait ses journées dans des bars étranges pour draguer des filles en regardant un match de football. Albus passait ses après-midi à Pré-Au-Lard, à la Tête de Sanglier, un bon bouquin et une bonbonne de bièraubeurre sur la table mal nettoyé du Mr. Dumbledore. Cela suffisait amplement à son bonheur. De temps en temps, il rejoignait Lily et Thomas pour s'entretenir des derniers commérages du coin. Il ne s'ennuyait pas du tout, ce qui risquait au contraire de lui arriver s'il décidait un jour de suivre Scorpius.

Le Serpentard apparut dans un crac sonore dans une ruelle pavée. Il pleuvait et Scorpius releva le col de sa veste en se frottant les bras pour se réchauffer. L'automne avait à peine commencé mais le froid était plus mordant que jamais. Il traversa la rue et passa dans la principale, animée dans une ambiance délicieusement moldue.

Scorpius avait atterit à Plockton, un petit village des Highlands, dans le nord de l'Ecosse, plus proche village moldu autour de Poudlard. Ce coin était l'une des bonnes adresses du sorcier qui après des fouilles minutieuses durant ses diverses sorties avaient visité chaque ville dans les environs. Plockton était un de ses coups de coeur. Le village était rustique et rappelait un peu l'ambiance de Pré-Au-Lard avec les voitures, l'éclairage des luminaires et les écrans un peu partout, en plus. Les enfants déambulaient un peu partout, déguisés en petit fantôme ou pirate. Scorpius sourit en esquivant une petite sorcière qui courait à tout vitesse en appelant ses parents. C'était Halloween et la chasse aux bonbons allait bientôt commencer.

Le Serpentard s'arrêta devant l'enseigne du bar, le Mistral dont la bannière affichait un fier écossais en train de savourer une bonne chope de bière. Il entra sans préambule et fut assailli par l'ambiance chaleureuse et joyeuse du bar. Les habitués traînaient sur des coins de tables en renversant leur verre à chaque coup de gueule. Le barman, un vieil homme rachitique mais dont la poigne surprenait toujours, servait deux jolies filles, sûrement étudiantes en visite. Quelques clients avaient les yeux rivés sur l'écran suspendu au-dessus des étals d'alcools forts et hurlèrent d'une même voix lorsque le butteur rata de peu un goal décisif. Dans le fond de la salle, des étudiants portants les couleurs de leur université s'amusaient au billard ou lançaient des fléchettes sur une cible accrochée à une des poutres du bar.

Lorsque Scorpius entra, le patron l'accueillit par une exclamation ravie. Scorpius lui serra la main de même et le vieil homme lui servit sa boisson préféré, une bonne bière belge, sans mousse. Il but une gorgée et eut un soupir de satisfaction. La première fois qu'il était entré dans ce bar, le vieux chef lui avait jeté un regard méfiant en lui demandant sa carte d'identité. Scorpius avait alors seize ans mais il ne sortait plus sans sa fausse carte d'identité moldue qui lui ouvrait toutes les portes du paradis. Scorpius avait alors découvert les boissons de ces chers moldus et la bière belge valait bien mieux que tous les jus de citrouille ou bièraubeurre au monde.

Il but encore une gorgée et jeta un coup d'oeil sur l'écran. Le match était sur le point de se terminer.

—Quoi?! Chelsea a perdu! s'exclama-t'il scandalisé.

—Ouais, gars. L'arbitre a sifflé un penalty. C'est magouille et compagnie si tu veux mon avis, l'informa un client du bar.

Celui-ci portait un vieux tee-shirt crasseux et une casquette, aux couleurs de son équipe préférée, visée sur la tête. Il ronchonna tout en prenant une longue lampée de sa propre bière. Alors que Scorpius s'apprêtait à l'imiter, il remarqua le sourire d'une des étudiantes à l'autre bout du bar.

"Parfait!" se dit-il en lui rendant son sourire.

C'était pile ce dont il avait besoin: un peu de distraction pour lui faire oublier tous ses soucis, avant de rentrer à Poudlard. La jeune femme qui ne le quittait plus des yeux était petite, menue, de grands yeux bruns et une longue chevelure brune qu'elle avait attaché dans son dos en laissant quelques mèches caresser ses joues rebondies. Elle avait un petit nez en trompette et lorsque Scorpius se leva pour la rejoindre, ses joues s'empourprèrent.

L'amie qui l'accompagnait, une grande blonde l'air un peu revanchard, s'était levée pour aller rejoindre le groupe de sportifs qui n'avaient plus d'yeux que pour elle. Scorpius en profita pour prendre sa place. Il s'assit sur le tabouret d'à côté et sourit, d'un air gêné (calculé) à la jeune et belle étudiante.

—Salut! dit-elle avec un accent londonien. Je m'appelle Ashley, et toi?

—Scorpius, enchanté.

—Tu es le premier "Scorpius" que je rencontre. Ce n'est pas très courant comme prénom.

—Une fantaisie de mes parents…

Ils discutèrent de tout et de rien. Ashley était une jolie étudiante, originaire de Londres. Scorpius y puisa un sujet de conversation en parlant de la ville et des endroits où il faisait bon ton de s'y rendre pour s'amuser. Ashley était gaie. Son rire était terriblement communicatif. Scorpius la trouva charmante. Il avait un peu de mal à s'intéresser de ses histoires de cours. D'ordinaire, il était toujours friand d'anecdotes sur le monde moldu mais aujourd'hui, il n'avait pas la patience de les écouter. Il rêvait d'une chose, se reposer dans les bras de la jolie Ashley, pour seulement une poignée de minutes. Juste un peu pour oublier ce qu'il fuyait à Poudlard.

Scorpius eut soudain l'image de Rose devant les yeux. Il la revit dans sa chambre, en sous-vêtement. Elle était assise dans son lit et lui caressait les mains lentement comme si elle découvrait le corps humain pour la première fois. Il se souvint de son regard innocent qu'elle lui avait adressé lorsqu'elle avait relevé la tête, ses cheveux roux encadrant son expression si virginale.

La main d'Ashley se posa sur l'avant-bras de Scorpius qui tressaillit légèrement, le ramenant à la réalité.

—Je dois aller aux toilettes, tu m'accompagnes? demanda-t'elle d'une voix chaude.

La jeune femme descendit de son tabouret et traversa langoureusement la salle en captant les regards de la plupart de l'assistance. Scorpius la contempla, hésitant. Avant qu'elle ne disparaisse par l'arrière-porte du bar, elle se tourna une dernière fois vers Scorpius en lui lançant une oeillade. Celui-ci eut un sourire forcé.

Il consulta l'heure sur la grande horloge suspendue au-dessus du record de bouteilles bues par un habitué, photo à l'appui. Il avait juste le temps de commander une autre bière avant de rentrer. L'invitation qu'il avait reçu par la jolie brune, était tentante mais en avait-il encore seulement l'envie?

Il commanda une autre bière pour se décider.

OoO

Le vent froid de ce mois d'octobre fit frissonner le jeune couple qui était sortie du village pour emprunté un chemin escarpé vers la forêt aux environs. Rose avait dû persuader l'attrapeur de la suivre. Ce n'était pas dans ses habitudes d'imposer ainsi le cours des choses mais Chase avait l'air d'apprécier ces prises d'initiatives. Il se vautra sur plusieurs racines sur le chemin en jurant à chaque fois mais lorsqu'il retrouvait une certaine contenance, il lançait des sourires ravis à la Gryffondor. Rose était très contente. Non seulement, elle prouvait à Chase qu'elle était capable de le surprendre mais en plus elle pouvait lui faire passer un agréable moment.

Chase ne reconnut leur destination que lorsque la silhouette de la grande maison délabrée se profila parmi la cîme des sapins.

—Tu nous emmènes à la Cabane Hurlante? dit-il un peu paniqué.

—Oui, on y sera tranquille, rit Rose.

—Tu es sûr?

Chase faisait allusion aux légendes de mauvais esprits qui hantaient les lieux. Rose sourit de plus belle. Il n'était pas au bout de ses surprises.

Les deux jeunes gens arrivèrent devant l'entrée. Il n'y avait pas âme qui vive et Rose se sentit beaucoup plus à l'aise sans les regards indiscrets des élèves de Poudlard. Elle poussa la barrière et entra dans la propriété maudite. Chase resta devant la clôture, hésitant.

—Tu n'as pas peur? demanda Rose avec un sourire coquin.

—Non! Jamais!

Il fit un pas, s'arrêta en fermant les yeux. Il ne se passa rien et Rose eut envie d'exploser de rire en voyant sa tête. Il s'avança encore et rejoignit Rose, mal à l'aise.

—C'est qu'on raconte tellement d'histoires sur cette baraque…

Prise d'une impulsion, Rose se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur la joue du garçon. Il la dévisagea surpris, oubliant, pour un moment, sa peur des fantômes.

—J'en ai une meilleure qui t'intéressera beaucoup plus…

—Laquelle? demanda Chase, un sourire béat aux lèvres.

—Tu verras à l'intérieur.

Elle prit la main de Chase et l'attira devant la porte d'entrée. Le perron craqua lorsqu'ils montèrent les quelques marches qui les séparaient du porche. Rose tira la poignée de la porte à moitié pourrie qui s'ouvrit dans un grincement sinistre.

L'intérieur de la maison abandonnée sentait le moisi et le renfermé. Leurs pas marquèrent le plancher poussiéreux parmi les innombrables décombres de meubles fracassés. Rose entra sans crainte tandis que Chase zieutait le moindre recoin, s'attendant d'une seconde à l'autre d'être témoin d'un phénomène paranormal. Il sursauta lorsqu'une énorme araignée traversa le hall.

—Viens! le pressa Rose d'une voix douce pour le rassurer.

Elle emprunta l'escalier aux marches défoncées. De curieux tableaux représentant des visages sinistres étaient accrochés sur le mur. Rose encourageait Chase à chaque obstacle. Le jeune Poufsouffle était plus tendu que jamais et Rose ne put s'empêcher de se réjouir de sa détresse. Pour une fois, c'était lui qui était en position de faiblesse et elle, qui avait le contrôle sur la situation. Ils atteignirent le premier étage et Rose mena son compagnon dans une grande chambre aussi poussiéreuse et délabrée que les autres.

La pièce était large et spacieuse. Un grand lit à baldaquin trônait dans le fond. Les draps avaient un aspect douteux et une vieille odeur de charogne stagnait dans l'air. L'unique fenêtre de la pièce donnait sur le jardin qui avait repris un état sauvage depuis longtemps.

—Donc, commença Chase sceptique, c'est ici que tu voulais qu'on passe un moment...romantique?

—C'est ici que Peter Pettigrow a refait surface, répondit Rose d'un air radieux.

La jeune femme savait à quel point Chase raffolait des histoires inédites sur le célèbre trio. Rose connaissait bien cette histoire. Elle faisait partie des nombreux épisodes que son père leur avait raconté pour les endormir, elle et son frère. C'était l'une des préférés de la rouquine. Elle adorait leur troisième année avec la rencontre du professeur Lupin et de Sirius Black qu'elle n'avait pas eu la chance de connaître.

Lorsque son père lui avait révélé que Peter Pettigrow n'était en fait que son rat Croutard qu'il avait hérité depuis ses onze ans, elle avait poussé un cri de stupeur qui réveilla son frère en pleurs.

—Mon père était blessé et Sirius Black l'avait déposé sur ce lit, dit-elle en désignant l'antique lit à baldaquin. Il avait cru se faire attaquer par un chien alors qu'en fait il s'agissait d'un animagus, comme Pettigrow, d'ailleurs.

Chase s'approcha du lit, les yeux émerveillés.

—Pettigrow était le rat de mon père. Je te raconte pas le choc quand il l'a découvert. Et dire qu'il dormait avec lui toutes les nuits. Berck!

—C'est génial que tu saches autant de choses. Il y a tellement peu d'infos qui ont circulées…

Tout en disant cela, Chase s'avança vers Rose. Il s'arrêta tout près et la Gryffondor entendit son coeur s'accélérer dans sa poitrine. Elle se répéta son mantra. Elle ne referait pas deux fois la même erreur. Le flot de conseils de Scorpius résonna dans sa tête et elle sentit son stress monter.

Chase posa une main dans son dos et la força à se coller à lui. Elle releva la tête pour le regarder et elle sentit son coeur fondre lorsqu'elle plongea son regard dans le sien. Il lui prit le menton et approcha son visage du sien.

—J'adore quand tu me racontes ce genre d'histoires, dit-il dans un souffle. J'aimerai que tu ne t'arrêtes jamais.

Rose ne voulait surtout pas être inactive. Mais l'énergie qui émanait de Chase paralysait tous ses membres. Elle se sentait terriblement intimidée et tout son être lui hurlaient son anxiété à l'idée de ne pas être à la hauteur. Chase l'embrassa, enfin.

Au moment où leurs lèvres se touchèrent, Rose sentit à quel point elles étaient sèches. Sa main remonta sur son flanc et elle eut envie de rire sous la caresse qui avait plus l'effet d'une chatouille. La langue de Chase s'immisça dans la bouche de la jeune fille et elle n'aima pas du tout la sensation. Elle fut prise de panique lorsqu'elle se demanda ce qu'elle devait faire de la sienne. Et elle restait toujours désespérément immobile, les bras ballants attendant que cela se termine.

Une angoisse profonde et sourde commençait à l'envahir. Son mantra s'était perdu dans l'abîme de ses peurs. Elle imagina Chase s'écarter d'elle avec un soupir résigné en lui disant que décidément ce n'était vraiment pas ça. Elle eut peur qu'il la trouve, à nouveau, frigide. Pas encore. Elle ne le supporterait pas une deuxième fois.

Rose ferma les yeux. Elle contra sa peur en se forçant à se souvenir de toutes les bonnes expériences qu'elle avait eut dans le cadre de l'intimité. A vrai dire, elle n'avait qu'un seul référent et il s'appelait Scorpius. Rose appela son souvenir. Elle se dit, avec beaucoup de persuasion, qu'elle se trouvait, de nouveau, dans la chambre de son ami d'enfance. C'était lui qui la tenait dans ses bras et qui déposait un doux baisers sur ses lèvres.

Soudain, elle ressentit ce même frisson qui l'avait envahi à chaque 'séance' avec le Serpentard. Il la prit aux entrailles et se diffusa dans ses veines comme un doux élixir. Les yeux toujours fermés, Rose approfondit le baiser. Elle attrapa la nuque du garçon et se pressa contre lui, en l'embrassa de plus belle. Ses bras s'accrochèrent dans son dos et elle se délecta de chaque instant. Ses mains passèrent dans ses cheveux et elle ne put s'empêcher de pousser un faible gémissement entre ses lèvres.

Chase l'écarta un peu, surpris. Le Poufsouffle avait le souffle court. Rose rouvrit les yeux et le charme se rompit. Elle se maudit de la déception qu'elle ressentit en découvrant Chase qui la contemplait les yeux brillants.

—Waouh! J'avais tout faux! Waouh! redit-il avec un sourire béat.

Il se rapprocha encore pour lui donner un nouveau baiser. Rose détourna la tête, par un malheureux réflexe.

—Il est tard, dit-elle penaude. On ferait mieux de rentrer.

Chase parut déçu mais il ne discuta pas. Rose descendit l'escalier en silence. Elle savait pourquoi elle n'avait pas voulu retenter l'expérience. Malgré toutes ces années à espérer ce rapprochement physique avec l'homme de sa vie, contre tout bon sens, elle avait dit non.

Car elle savait qu'elle n'aurait pu se tromper elle-même une deuxième fois.

OoO

Il le savait et il l'assumait à moitié: Scorpius Malefoy était faible.

Il avait finalement rejoint la belle brune dans les toilettes. Enfermés entre la cuvette et le rouleau de papier toilettes, la jolie étudiante le pressait contre elle en l'embrassant furieusement. Elle n'avait pas perdu de temps. Dès qu'il avait toqué à la seule toilette occupée, Ashley lui avait ouvert en l'attirant à l'intérieur. Ils s'étaient retrouvés pressés l'un contre l'autre et l'éveil des sens n'avait fait qu'un tour.

Seulement, Scorpius avait un problème. Il n'avait pas vraiment la tête à cela. Il s'était giflé d'avoir seulement envisager l'option de laisser passer une occasion pareille, surtout après des semaines d'abstinence. Il s'était forcé à suivre un instinct millénaire. Il aurait peu de chance de recroiser une aussi belle opportunité avant longtemps et ce n'était pas à Poudlard qu'il allait se soulager. Pourtant, malgré ses encouragements mentaux, il n'arrivait pas à éprouver du plaisir.

Il enlaça la jeune femme en la plaquant contre la paroi de vernis blanc. Ashley poussa un petit cri de douleur en se cognant contre un crochet fixé au mur par le patron pour suspendre les vestes. Inutile objet qui obligea Scorpius à se confondre en excuses, perdant un peu plus ses moyens. Il trouva une nouvelle stratégie en s'asseyant sur la lunette des toilettes en amenant la brune plantureuse à s'asseoir sur ses genoux. La jeune femme s'accrocha à son cou en pressant son bassin contre le sien. Ses hanches oscillèrent d'avant en arrière en espérant rencontrer une protubérance qui ne vint jamais.

Scorpius l'embrassa pour combler. Il l'enlaça tout contre lui en songeant, avec insistance, à ce qui aimerait faire à sa nouvelle conquête. Il l'imagina pousser des soupirs contre sa nuque, ses longs cheveux se coller à son visage et ses ongles lui griffant le dos. Il l'imagina à moitié-nue sur lui, le chemisier à peine déboutonné et le pantalon baissé. Il se concentra sur ses futurs halètement et le plaisir qu'il en retirerait.

Parmi tous ses fantasmes, une image insidieuse se matérialisa sous les yeux. Encore une fois, il vit le visage de Rose lui susurrer des mots doux en passant son doigt sur son torse, le faisant frissonner de tout son être.

Scorpius retint les mains d'Ashley alors que celle-ci baissait la braguette de son jeans.

—Ça va pas le faire, lâcha-t'il essoufflé.

Ashley baissa les yeux vers son bas ventre. Elle arqua un sourcil avec une moue boudeuse.

—Pourtant, t'as l'air d'apprécier…, dit-elle en désignant la protubérance sous ses doigts.

Scorpius poussa légèrement Ashley qui n'eut d'autre choix que de se relever, à contre-coeur. Scorpius ajusta sa tenue en tournant le dos à l'étudiante. C'était la première fois que cela lui arrivait et il n'osait croiser le regard déçu de la jeune femme. Celle-ci n'attendit pas qu'il soit rhabillé pour ouvrir en grand la porte des toilettes. Scorpius se retourna vivement. Le regard que lui lança la belle Ashley eut le don de le faire redescendre immédiatement. Il lisait dans ses yeux tout le mépris que lui inspirait ce soudain revirement de situation.

—On roule pas en ferrari quand on n'a pas le permis, cracha-t'elle avant de disparaître.

Scorpius s'écroula sur la cuvette, la tête entre ses mains. Il eut un rire nerveux lorsqu'il constata qu'il n'avait aucune idée de ce qu'était une "ferrari".

Le retour à Poudlard fut amer.

Le Serpentard avait du retard. Il avait quitté le bar après s'être assuré que l'étudiante n'y soit plus. Celle-ci avait rejoint son amie avec les sportifs balèzes et avaient quittés la taverne avec eux, s'esclaffant au moindre jeu de mot pourris de ces derniers. Scorpius connaissait ce genre de nanas. Elle faisait partie de ces filles sérieuses en cours mais qui le temps des vacances, cherchaient avant tout le risque et les plaisirs interdits. Au fond, elle ne cherchait qu'à se détendre et se vider la tête, tout comme lui. Enfin, il avait essayé et avait échoué lamentablement.

Lorsqu'il traversa le grand hall de l'école de sorcellerie, il entendit les bruits d'élèves surexcités émanés de la Grande Salle. Scorpius n'eut pas la force d'affronter le regard des professeurs, certainement prévenus de son absence par un Rusard trop tatillon à l'appel. Il n'avait pas non plus envie de se justifier auprès d'Albus qui ne manquerait pas de lui faire remarquer qu'il n'avait aucune mesure. Il exécrait l'idée de voir Rose et Chase roucouler à distance après leur escapade romantique dans le salon de thé de Madame Pieddodu. Tout ce qu'il voulait, c'était une bonne douche, une cigarette et une bonne nuit de sommeil.

Il dépassa les immenses portes de la Grande Salle en ignorant les grommellements de protestation de son estomac. Il monta directement l'escalier principal qui, pour une fois, ne s'amusa pas à le perdre à travers les étages. Il arriva, exténué, devant la gargouille qui, devant son expression abattue, ne chercha même pas à lui demander le mot de passe.

Lorsque Scorpius passa la tête par l'entrée du dortoir des préfets, celui-ci s'immobilisa. Il n'était pas le seul à avoir eu l'idée de sauter le festin d'Halloween pour batifoler dans les dortoirs déserts. Il reconnut, à son plus grand désespoir, ce grand con de Chase vautré dans l'un des immenses canapé de leur salle commune, en charmante compagnie. Le couple se léchait la glotte sans pudeur et Scorpius comprit que Rose et Chase n'avaient pas perdu de temps.

Il s'arrêta sur le perron, hésitant. Plusieurs options se présentaient à lui mais aucune ne lui convenait. Dans un monde parfait, il aurait filé dans sa chambre et se serait fumé une bonne dizaine de clopes en espérant refouler l'incident des toilettes. A la place, il avait le choix entre retourner dans la Grande Salle en s'attirant tous les regards dûs à son retard, ou traverser la salle commune en ignorant royalement le couple enlacé.

Au moins, la partie où il traversait la pièce sans se retourner était l'épreuve la plus rapide. Même s'il n'avait aucune envie d'apercevoir un bout de Rose en train d'appliquer ses leçons avec son pire ennemi.

Scorpius pressa le pas, le plus discrètement possible. Le couple ne remarqua même pas son arrivée. Nullement gêné, ils se tortillaient sur le velour rouge du divan trois places en se pelotant sans retenue. Scorpius ne put s'empêcher de tourner légèrement la tête vers les deux amoureux impudiques.

Il stoppa brusquement.

Les cheveux de la fille n'étaient pas roux mais blonds. Ce n'était pas Rose dans les bras de Chase mais une autre fille.

ça n'allait pas du tout et Albus n'était pas là pour le retenir. L'accumulation de ces dernières semaines et du mauvais souvenirs dans les toilettes d'un bar dans un village pourri fit sauter la soupape du Serpentard. Sans qu'il s'en rende compte, Scorpius tira sur la robe de Chase et le fit tomber en arrière. La fille (que Scorpius reconnut comme une sixième année à Gryffondor) poussa un hurlement. L'assaillant ne laissa pas le temps à sa victime de se rendre compte de ce qui était en train de lui arriver. Il le releva sans ménagement et le frappa au visage avec toute sa frustration concentré dans son poing. La fille Gryffondor se rhabilla précipitamment et s'encourut par le passage de la gargouille. Lorsque Chase releva la tête, son nez était en sang. Scorpius était trop en colère pour s'en soucier. Et puis, ce connard le méritait amplement.

—Qu'est-ce qui te bend? bafouilla Chase, le nez en l'air pour contenir le flot sanguinolent sous son énorme pif.

—Ce qui me prend c'est que je t'ai vu sortir avec Rose ce matin et le soir, je te choppe avec une autre fille.

—En quoi, ça te vegade?

Scorpius donna une nouvelle droite à Chase qui s'écroula contre une bibliothèque en faisant tomber plusieurs épais volumes sur l'histoire de la magie.

—Elle t'aime! rugit Scorpius, hors de lui. C'est pas une simple fille que tu dragues dans un couloir. Elle t'aime depuis six ans!

Chase n'avait plus la force de répondre. Scorpius n'avait pas besoin de répartie. Il releva encore le pauvre Poufsouffle qui donnait l'impression de s'évanouir à tout moment. Il approcha son visage tout près du sien, le poing levé. Toute sa rage lui dictait de l'achever par un autre coup. A la place, il le poussa un peu plus contre la bibliothèque qui trembla sous leur poids.

—Montre-toi à la hauteur pour une fois sinon je te transforme en puce et je t'écrase sous mon talon.

—Qu'est-ce qui se passe, ici?

Scorpius tourna la tête vers la voix qui venait de les interrompre. Rose venait d'entrer dans la salle commune et dévisageait les deux garçons avec une expression d'horreur. Scorpius se dit que la soirée ne pouvait pas être pire.

OoO

Le festin se terminait tranquillement et Rose n'avait plus la tête à faire la fête. Les elfes de maison s'étaient pourtant surpassé dans la décoration d'Halloween. Des dizaines de citrouilles géantes flottaient dans l'air au milieu des bougies suspendues. Chaque courge avait un visage grimaçant différent qui changeait tous les quart d'heures pour le plus grand plaisir des élèves. Les fantômes s'amusaient à distraire les élèves dans des récits horrifiques de leur mort. Peeves balança plusieurs bombes de bave d'origine inconnu sur les grandes tables des quatre Maisons. Il s'arrêta immédiatement lorsque Mcgonnagall le foudroya du regard. Plusieurs crapauds disséminé un peu partout dans la pièce chantaient des chansons morbides à souhait.

Niveau nourriture, ils avaient encore été gâtés cette année. Les meilleurs desserts des cuisines avaient été présentés aux élèves. Chacun se goinffra à s'en faire exploser la panse en riant joyeusement aux grimaces grivoises des citrouilles.

Rose ne partageait pas la gaieté de ses condisciples. Elle avait quitté Chase dans un silence embarrassant. Elle aurait voulu rompre cette distance qui s'était installé entre eux, après avoir quitté la Cabane Hurlante. Hélas, la jeune fille ne trouva rien à dire et elle rejoignit la table des Gryffondor en se demandant ce qui pouvait bien clocher chez elle. Ni les pitreries d'Hugo, ni les éclats de rire bruyants de Lily, ni les jeux de mots pourris d'Albus n'arrivèrent à la faire sourire.

Finalement, les leçons de Scorpius ne lui avait rien apporté. C'était même pire. Elle était incapable de se sentir intime avec un garçon sans penser à lui pour la stimuler. C'était le piège tortueux de demander à un ami de l'aider à explorer toutes les possibilités sensuelles entre un homme et une femme. Elle en conclut, moribonde, qu'elle serait hantée à vie par le souvenir érotique de Scorpius Malefoy.

Rose quitta le festin plus tôt que les autres, la mort dans l'âme. Tous ces efforts réduit à néant. La confiance? A quoi bon? Pour une fois que Chase montrait un réel intérêt pour sa personne et elle foirait tout, comme d'habitude. Elle n'osait plus croiser son regard. Tout était fini.

Perdue dans ses pensées mélancoliques, elle marcha comme un fantôme jusqu'à son dortoir où elle passa la gargouille en lui grommelant le mot de passe. La statue de pierre pivota et Rose entendit un choc bruyant émané de la salle commune.

Elle entra inquiète et découvrit Scorpius penché sur Chase, le nez en sang. Elle poussa une exclamation de surprise en plaquant sa main contre sa bouche. Son poing se serra machinalement autour de sa baguette dans sa poche, prête à l'utiliser si nécessaire. Une fois le choc passé, Rose reprit rapidement son sang froid.

—Scorpius! cria-t'elle d'une voix dure. Lâche-le!

Le Serpentard eut une réaction curieuse. Rose avait cette étrange impression qu'elle avait réussi à le blesser. Ses traits étaient déformés par la colère mais il avait ce regard triste qu'elle lui avait déjà vu auparavant. Elle crut qu'il allait lui répondre quelque chose mais il n'en fit rien. Scorpius se détourna de Rose et relâcha sa proie en la cognant un peu plus contre la bibliothèque déjà en piteux état. Chase s'effondra au sol dans un couinement de douleur.

Rose se précipita sur le Poufsouffle qui était sur le point de perdre connaissance. Sa robe était couverte de sang et son nez avait doublé de volume.

—T'es un grand malade! s'écria Rose en défaisant le noeud de cravate de Chase pour le laisser respirer un peu.

Scorpius ne répondit pas. Il haussa les épaules et traversa la pièce pour ensuite, gravir les escaliers de fer quatre à quatre. Rose entendit sa porte claquée à tout rompre.

Rose eut du mal à soulever Chase pour l'installer dans le fauteuil le plus proche. Avec sa baguette, elle fit apparaître immédiatement de la glace qu'elle appliqua sur la tempe endolorie de Chase. Celui-ci avait rouvert les yeux mais avait du mal à parler. Elle palpa son nez et grimaça lorsqu'elle constata qu'il était cassé.

—Je ne suis pas très douée en sort de soin. J'en connais un mais je pense qu'il vaut mieux te conduire à l'infirmerie.

—Nob! Z'est une ekatinure…, gémit-il. Ezzaie tob zord

Rose visa l'arrête saillante du nez fracturé avec sa baguette. Elle répéta la formule que sa mère lui avait apprise en cas d'urgence lorsqu'Hugo s'était encore cassé le bras en escaladant le toit de la maison pour y installer une antenne magique. Il y eut un 'crac' sonore et le nez de Chase se redressa soudain. La bosse sanguinolente se résorba et le flot de sang s'arrêta peu à peu.

—C'est rudimentaire mais je pense que ça ira, dit Rose en essuyant le visage de Chase avec son mouchoir.

—Merci! dit-il.

Il prit le mouchoir déjà taché et s'appliqua, péniblement à frotter le sang sur sa robe. Peine perdue, il y en avait beaucoup trop pour espérer nettoyer quoique ce soit. Rose le contempla choquée. Elle ne comprenait toujours pas ce qui s'était passé.

—Pourquoi t'a-t'il frappé?

—Il est devenu fou! dit Chase en passant le sac de glace contre son menton. Il m'a traité de sang-de-bourbe et il a commencé à me cogner.

—Quoi?

Rose avait du mal à y croire. Cela ne ressemblait pas à Scorpius. Elle connaissait le Serpentard impulsif et arrogant mais jamais il n'attaquait sans une bonne raison. Après, bien sûr, elle savait à quel point il haïssait Chase pour ses valeurs. Elle ne pouvait oublier ce duel qu'il avait provoqué dès le premier jour de classe. Scorpius avait bien changé. Rose avait de plus en plus de mal à le reconnaître à travers ses réactions.

—Il n'aurait jamais dû faire ça, dit-elle d'une voix douce en caressant les cheveux de Chase.

Il ne saignait plus et la glace soulageait sa douleur. Rose souleva un peu le sac et tâta l'hématome du bout des doigts.

—C'est moche…, dit-elle dans un souffle. Je pense que tu auras un bleu. Tu devrais peut-être en parler à un professeur.

C'était terrible pour Rose de dire ces mots. Elle ne supportait pas de devoir dénoncer un de ses camarades, d'autant plus si elle avait partagé une amitié profonde avec lui. D'ailleurs en tant que préfète-en-chef, elle pourrait très bien lui enlevé cent points, là tout de suite. Mais une petite voix, celle de la lionne au fond d'elle, lui soufflait de ne rien faire.

—Non, gémit Chase en s'étirant. C'est ce qu'il voudrait. Je ne lui laisserai pas le plaisir de me voir ramper devant un professeur pour obtenir justice. Je me débrouillerai autrement.

Chase s'approcha de la rouquine. La douleur avait laissé place à un tout autre sentiment et il lui prit quelques mèches de cheveux pour humer leur parfum. Rose trouva ce geste étrange. Mais elle frissonna lorsque l'une de ses mains descendit dans le bas de son dos. Apparemment, l'adrénaline s'était transformé en une toute autre forme d'excitation. Rose sentit le stress l'envahir de nouveau. Elle se raidit lorsque sa main lui caressa le dos sensuellement.

—Tu es blessé, dit Rose d'une petite voix.

—Pas assez pour m'empêcher de t'aimer.

Ces mots eurent le don de faire exploser le coeur de Rose dans sa poitrine. Elle battit des cils sans savoir comment réagir. C'était la première fois qu'il lui confessait ses sentiments. Enfin, ça y ressemblait. Rose sentit ses entrailles se tordre et elle ne sut dire si cela était dû à l'excitation du moment où à l'amour qui l'envahissait peu à peu. Elle rougit jusqu'à la racine de ses cheveux lorsque Chase déposa sur ses lèvres un doux baiser.

—Viens…

Chase se leva et prit la main de Rose pour l'obliger à le suivre. Il l'emmenait vers l'escalier de fer, vers le dortoir des garçons. Ses entrailles se tordirent de plus belle. Il avait suffit que le Poufsouffle lui parle d'amour pour que toutes ses angoisses de sa première fois s'envolent. Elle le suivit en dépassant le bureau où elle avait l'habitude de faire ses devoirs.

Sur la table, Rose avait déposé la braillantine que lui avait confié le professeur Londubat. Alors qu'elle gravissait les marches dans le sillage de Chase, visiblement bien remis de ses émotions, elle s'aperçut que le rouge vif des pétales avait viré au noir.

OoO

Scorpius entra en trombe dans sa chambre. Il claque la porte aussi fort qu'il le pu dans son dos. Il shoota dans une pile de livres à proximité et poussa un hurlement de rage. Scorpius s'écroula ensuite dans son lit, fulminant sa colère qui ne voulait pas se calmer. Il ouvrit son paquet de clopes, en porta une à ses lèvres et l'alluma sans se soucier des cendres qui tombèrent dans ses draps.

Sa tête menaçait d'exploser sous les cris et hurlements de protestations qui vrombissaient en lui. Il avait envie de frapper sur la moindre surface vulnérable à portée de main. Des images désagréables défilaient à toute vitesse dans sa mémoire, augmentant sa rage à mesure qu'il prenait conscience de tout ce qui avait pu se passer en si peu de temps.

Chase et la fille en train de se bécoter dans le divan. La trahison envers Rose. Sa colère sourde qu'il n'avait pu contrôler. Les coups qui avait plu, les menaces. Tout s'embrouillait et formait un magma abjecte qui pollulait ses veines. Le pire de tout était l'arrivée impromptue de Rose et son regard de dégoût à son encombre. Elle avait directement pris le parti de Chase ne se demandant pas une seule seconde qui était le véritable responsable. Comment aurait-elle pu le savoir, de toute façon? Jamais il n'aurait pu lui avouer que l'homme de ses rêves la trompait dès le premier rendez-vous. Que tout cet amour qu'elle avait pu éprouver pour ce connard, ne servait à rien. Ce n'était que du vent car il ne pourrait jamais se montrer digne de cet amour.

Il enrageait de sa propre colère. De sa perte de contrôle. Il ne pouvait plus se voiler la face. Ses réactions violentes se déchainaient à chaque fois qu'il s'agissait de près ou de loin à Rose Weasley. Il ne pouvait plus le nier. Rose était devenue beaucoup plus importe pour lui qu'il avait bien voulu s'en persuader. Etait-ce de l'amour? Ce mot le faisait vomir surtout s'il réveillait en lui des excès de fureur qui menaçait d'exploser à la moindre émotion vive concernant la jeune fille. Il ne contrôlait plus rien et cela le terrifiait.

Scorpius fuma toutes les cigarettes de son paquet, toussant à chaque bouffée et se lamentant d'être aussi vulnérable à un sentiment qu'il peinait à comprendre. Il n'avait plus d'envies, de désirs. Il ne demandait qu'une seule chose, dans une supplique silencieuse mais désespérée: avoir la réponse à toutes ces questions qui se bousculaient dans son esprit. Il voulait enfin voir clair et pouvoir mettre des mots sur ce qu'il ne parvenait à saisir.

Lorsque sa dernière cigarette laissa tomber les dernières cendres à ses pieds, il entendit des murmures dans le couloir des dortoirs. Scorpius se leva en balayant sa chemise couverte de poussière. Il entrouvrit la porte.

Il vit Chase monter l'escalier. Son nez était comme neuf mais une énorme mare de sang tachait sa robe de sorcier. La colère du Serpentard gronda en lui et il s'imagina coller un nouveau pain à ce grand con arrogant. S'il s'écoutait, il pourrait bien finir par se faire renvoyer. Il risquait déjà une dizaine de semaines de retenue pour son précédent coup de sang.

Rose le suivait et Scorpius se cacha un peu plus derrière sa porte. Chase éclata de rire en prononçant des mots que Scorpius ne comprit pas. Il vit cependant l'attrapeur des Poufsouffle arrêter la jeune femme pile devant la porte du Serpentard. Rose ne pouvait le voir, elle était de dos. Mais Chase croisa le regard de son ennemi. Il lui lança un sourire sadique avant d'embrasser la rouquine qui s'agrippa à son dos en soupirant de plaisir.

Le baiser dura plus longtemps qu'il n'aurait dû. Chase prit son temps en jetant, de temps en temps, des coups d'oeil au Serpentard qui n'osait pas bouger. Quand Chase estima qu'il s'était assez vengé, il attira Rose jusqu'à sa chambre. Scorpius ne trouva le courage de fermer la porte qu'une fois qu'il entendit celle de son voisin se refermer dans des éclats de rire.

Scorpius glissa au sol, dos au panneau de bois. Il avait envie d'hurler mais il se retint de peur qu'on ne l'entende dans la pièce d'à côté. Dans le silence de sa propre chambre, il captait le moindre son dans celle de son rival et il eut encore une fois l'envie de tout casser. Malheureusement pour lui, il avait perdu. Chase l'avait vaincu en lui montrant ce baiser plus amer qu'il n'aurait dû l'être aux yeux de Scorpius.

—Abruti! se maudit le Serpentard.