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LA FÊTE DE LA DÉFAITE
— Vous devez, avant toute chose, vous poser les bonnes questions, Mr Malefoy.
La voix féminine qui émanait de son vieux portable grésilla une seconde et Scorpius manqua quelques mots. Le Serpentard s'était reclus au sommet de la tour d'astronomie. Depuis trois jours, le jeune homme tournait en rond. Tous ses paquets de cigarettes étaient vides. Il n'arrivait plus à se concentrer en cours et il sentait bien que ses nerfs étaient en train de lâcher.
Des qu'il eut une heure de vide dans son emploi du temps, il gravit les marches de la tour en appelant la seule personne qui était capable de le calmer, Dr Mayar, psychologue. Scorpius était venu la voir, il y avait deux ans, sur les conseils d'une lycéenne ravie de ses propres progrès par rapport à la haine qu'elle vouait à ses parents depuis ses onze ans. Après une énième dispute avec ses vieux, il avait fini par toquer à sa porte londonienne en se disant qu'il n'avait plus rien à perdre. La discussion avait été laborieuse. Scorpius avait dû faire attention à ne pas divulguer le secret magique. Il avait trouvé une parade en transposant sa famille dans le modèle de petits-bourgeois racistes et Poudlard s'était transformé en collège privé pour surdoué, très éloigné. Après une première séance, Scorpius avait été charmé. Depuis, le Dr. Mayar était le dernier espoir de Malefoy s'il jamais il touchait le fond. Et c'était malheureusement le cas.
Scorpius Malefoy avait touché le fond.
Il ne se sentait déjà pas bien alors qu'il songeait à Rose Weasley d'une manière purement physique. Maintenant que les sentiments se mêlaient à ses quiproquos mentaux, il se sentait complètement largué. Il passait son temps à songer à la Gryffondor et à chaque fois qu'il la croisait, elle et son nouveau jules, en train de se bécoter dans les couloirs, il avait une soudaine envie d'étrangler le premier venu. Plusieurs fois alors que lui et Albus se rendait à l'un de leurs cours, il avait prétexté un mal au bide pour s'éclipser du couloir en voyant Rose et Chase batifoler sous une tapisserie.
D'ailleurs la fameuse nuit où Chase avait finalement conclu, Scorpius avait déserté sa chambre pour se rendre au sommet de la Tour en songeant pernicieusement que s'il n'avait pas sauvé Rose cette fameuse première nuit, rien de tout cela ne serait arrivé.
Alors qu'il se lamentait au sommet de son perchoir, il avait, plusieurs fois, envisagé de dénoncer Chase pour son infidélité. Mais il savait pertinemment ce que cela impliquait: briser le coeur de Rose et il n'était pas sûr d'être celui qui la ferait pleurer une fois de plus. Elle ne lui pardonnerait sans doute jamais d'avoir été l'oiseau de mauvais augure et Scorpius était envoûté par l'idée de repasser une nuit à la serrer contre lui en savourant sa compagnie. Un fantasme qu'il avait encore du mal à admettre.
— Vous devez prendre conscience que vous avez fait d'énormes progrès depuis notre dernière séance, continua le Dr Mayar. Vous lier ainsi intimement au niveau émotionnelle avec une personne, c'est très bon dans votre développement personnel. Il y a quelques mois, vous en étiez incapable.
— Même si elle sort avec un connard?
Il eut un silence au bout du fil. Scorpius entendit des pages se tourner rapidement en arrière fond.
— Je comprends votre déception, Scorpius,dit-elle d'une voix affable. Mais vous ne pouvez rien y faire, malheureusement. Vous devez le prendre comme un progrès, certes quelque peu consternant mais c'est une perte de contrôle nécessaire. Ce que vous devez réussir à faire maintenant, c'est de l'accepter. Je vous propose de nous revoir pour les vacances de Noël, nous pourrons en discuter plus longuement et mettre un peu d'ordre dans vos idées.
La porte de la tour d'astronomie s'ouvrit soudain dans un grincement. Scorpius sursauta, manquant de peu de lâcher son téléphone portable.
— Je dois vous laisser, Dr. , dit-il précipitamment.
Il rangea en vitesse l'objet interdit et reconnut avec un soupir de soulagement, Albus, dont le visage s'éclaira lorsqu'il aperçut son ami, assis contre le mur sous l'auvent.
Le ciel était d'un bleu éclatant en ce début de mois de novembre mais le froid n'avait cessé de s'installer et même au château, les élèves ne sortaient plus des classes sans leur épaisse cape d'hiver. Albus portait ses gants en peau de dragon. Il ajusta ses lunettes rondes sur le nez et s'assit à côté de son ami.
— Je t'ai cherché partout. Tu as tendance à t'enfuir ces derniers temps. Pire qu'un fantôme.
Scorpius ne répondit pas. Il se contenta d'un grognement et d'un haussement d'épaules.
— Bon! s'exclama Albus à bout. Qu'est-ce que tu as? Et ne me dit pas que tout va bien. Je te connais, tu n'es pas dans ton état normal.
— Je n'ai plus de clopes…
Albus fouilla dans son sac et en sortit un paquet qu'il tendit à regret au Serpentard. Le regard de celui-ci s'illumina. Il sortit immédiatement une cigarette qu'il grilla dans un pure moment de bonheur.
— Faudrait vraiment que t'arrêtes ces trucs, dit Albus en balayant de la main le nuage de fumée qui s'éleva du mégot.
— Je vais y réfléchir. Comment ça se fait que tu aies des clopes, toi?
— J'avais prévu le coup que tu serais un jour à cours, vu comment tu les siffles. Par contre je n'ai acheté un seul paquet. Alors essaie de le faire durer!
Scorpius tira une autre taffe et soupira de plaisir.
— Allez, dis-moi ce qu'il va pas…, insista Albus.
Son ami hésita. Il fuma encore un peu en se disant qu'Albus méritait de savoir. Il lui raconta tout, d'abord hésitant puis les mots s'enchaînèrent d'eux-mêmes. Il parla de la proposition de Rose, des lettres de ses parents, de ses mensonges, des leçons. Il expliqua pourquoi il avait fui la compagnie de son amie d'enfance pendant de longues semaines et enfin, son coup de sang contre Chase, ce qu'il avait surpris dans la salle commune et l'arrivée de Rose avec son air déçu à son encombre.
— Je vois, dit Albus sur un ton froid.
Celui-ci avait écouté religieusement, n'interrompant pas une seule fois son ami. Lorsque Scorpius s'était tu, il s'était emmuré dans un silence méditatif. Scorpius connaissait cet air-là. C'était celui que prenait son meilleur pote lorsqu'un plan diabolique se mettait en place dans ses petits neurones surdéveloppés.
— Je ne veux pas que tu t'en mêles, le prévint Scorpius. ça ne servirait à rien… Ma psy dit que je dois accepter. Ce sont les choix de Rose.
— De très mauvais choix…, commenta Albus en faisant la moue.
La cigarette de Scorpius s'éteignait entre ses doigts. Il avait une envie incontrôlable d'en allumer une deuxième. A la place, il lâcha son plus grand secret, celui qui lui prenait la tête ses derniers jours.
— Je crois que je suis amoureux d'elle, avoua-t'il à mi-voix, le regard dans le vide.
Devant le silence embarrassant qui suivit cette révélation, Scorpius leva enfin les yeux vers son ami. Il fut surpris de voir un grand sourire éclairé son visage, ses yeux verts brillants de mille feux.
— Enfin! dit-il dans un souffle. ENFIN! Mince, ça veut dire que j'ai perdu…, lâcha-t'il soudain déçu.
— De quoi tu parles?
Scorpius dévisagea son ami. Celui-ci avait une expression étrange, une joie curieuse teintée de honte qu'il n'arrivait pas à saisir. Scorpius réfléchit un instant puis il ouvrit la bouche, choqué. Il se releva brusquement, sentant la colère montée.
— C'est ce que tu avais prévu! explosa-t'il en le pointant du doigt. C'est ce que tu voulais , en fait!
— Attends calme-toi, c'est rien.
— Tu me manipules depuis le début ? cria-t'il hors de lui. Tout ça n'est qu'un jeu pour toi?
— Mais non! Avec quoi tu viens? C'est un pari entre Lily et moi.
— Avec Lily? s'étrangla Scorpius.
— Oui… C'est vraiment puéril mais on a parié sur le couple que vous pourriez former, Rose et toi. J'avais parié que ce serait Rose qui tomberait amoureuse de toi la première. Et Lily a misé gros sur toi. Thomas, lui, pensait que ce serait toi qui tomberait amoureux le premier mais que tu serais si tourmenté que tu n'oserais jamais faire le premier pas.
— Je rêve! s'exclama Scorpius, choqué.
Il jeta son mégôt par-dessus le parapet. Il avait envie de faire de même avec Albus, Lily et son petit-copain. Il réalisa soudain le véritable sens de quelques brides de conversation avec Albus, ou des coups d'éclat de Lily. Toutes ces petites choses qui lui avaient échappé à l'époque et qui maintenant prenait tout son sens. Il comprenait mieux pourquoi Albus et Lily avaient été si en colère lorsqu'il avait couché avec Gwen. Toutes ces oeillades qu'il avait capté entre Albus et sa soeur alors qu'il se trouvait près de Rose. Tout avait été manigancé par les véritables plus gros cerveaux de Poudlard.
— Vous êtes diaboliques, dit encore Scorpius.
— Désolé…
— Lily a misé combien? demanda tout à coup Malefoy.
Albus le dévisagea avec un sourire moqueur. Il reconnaissait bien là son meilleur ami.
— Tout son argent de poche, répondit-il. Trente gallions.
— C'est une somme…
Malgré les conseils d'Albus, Scorpius ressortit une nouvelle cigarette de son paquet qu'il alluma sans le moindre remord.
— Je veux ma part, dit-il en recrachant un nuage de fumée.
— Il faut en parler à Lily mais… je pense qu'elle te doit bien ça. Mais tu sais ce qu'il te reste à faire pour toucher le pactole complet.
— Ouais…
Scorpius se retourna pour s'appuyer sur le parapet. Il se pencha légèrement et contempla le grand parc qui donnait sur le lac. Il en voyait un bout et le calmar géant en était sorti pour capter les derniers rayons du soleil d'automne.
Si le serpentard voulait toucher la part de Thomas en plus de celle d'Albus, il devrait faire le premier pas et avouer ses sentiments à Rose. C'était une idée stupide selon sa psy. Il ferait mieux d'accepter la situation, la déception en quelque sorte et passer à autre chose en retenant que le meilleur. Hélas, Scorpius était un Serpentard, un Malefoy qui plus est. L'argent du pari était une excuse alléchante pour donner le change à Albus qui n'était certainement pas dupe. Scorpius voulait, avant toute chose, tenter sa chance, un dernier baroud d'honneur avant d'accepter comme le lui avait demandé le Dr. Mayar.
Au fond, il n'avait rien à perdre et pourrait même empocher trente gallions pour se consoler. C'était toujours ça de pris.
OoO
Rose était la sorcière la plus heureuse du monde.
Cela faisait presque un mois qu'elle était devenue la petite-amie officielle de Chase Wilson. Dès les premiers jours de leur relation, elle avait pu constater le changement d'attitude des autres filles dans les couloirs de l'école. Elle avait surpris pas mal de regards courroucés, d'airs envieux et elle surprenait souvent des murmures sur leur passage. Rose s'en fichait. C'était la première fois qu'elle provoquait ce genre de jalousie et en bonne Gryffondor qui se respecte, elle n'avait pu s'empêcher de s'en enorgueillir. Etre la copine d'un garçon aussi adulé à Poudlard, c'était attirer toute l'attention sur elle. Rose n'avait jamais suscité un tel émoi sur qui que ce soit et cela lui procurait un plaisir incroyable.
Bien sûr, Lily avait été la première avertie comme elle l'avait fait avec elle, lorsqu'elle s'était mise en couple avec Thomas. Elle s'était précipité sur elle, dès le lendemain matin, au petit-déjeuner, en lui annonçant la nouvelle d'une voix essoufflée d'avoir couru dans les escaliers. Lily avait plaqué ses mains contre sa bouche en poussant des petits cris hystériques. Elle lui avait sommé de tout lui raconter dans les moindres détails.
Rose n'omit aucun élément. Elle lui parla longuement de la Cabane Hurlante ainsi que de la bagarre entre Chase et Scorpius. Bien sûr, Lily n'en cru pas un mot mais Rose n'eut pas le courage de lui avouer que son chouchou avait traité Chase de 'Sang-de-Bourbe'. Et même si elle finissait par la croire, elle lui trouverait des excuses, comme toujours. Puis, Rose lui avait parlé de la nuit qu'elle avait passé avec Chase, dans sa chambre.
— Alors...ça veut dire que… Vous l'avez fait? demanda-t'elle dans un souffle surexcité.
Lily bondit sur sa chaise avec une telle brusquerie que son gobelet de jus de citrouille se renversa en projetant son contenu un peu partout sur la table. Indifférente au désastre, elle regarda Rose d'un air avide.
— Alors? demanda-t'elle d'une voix pressante. Comment c'était?
— Calme-toi! lui dit Rose en épongeant la mare de jus avec une serviette. On n'a rien fait.
Le choc de la révélation détendit immédiatement sa cousine. Rose détourna son regard vers sa propre assiette, un peu honteuse sans vraiment savoir pourquoi. Elle aurait voulu expliqué à Lily la joie qu'elle avait éprouvé lorsque Chase lui avait confié qu'il l'aimait (ou un truc approchant). Et lorsqu'il l'avait attiré dans son chambre, elle n'avait pas protesté, riant presque devant l'empressement de beau jeune homme à la faire sienne rapidement. Même ce baiser au milieu du couloir avait été bien meilleur que celui dans la Cabane Hurlante. Et malgré tous ces signes encourageants, elle n'avait pas réussi à se détendre. Et depuis cette nuit, elle avait toujours pas réussi.
— Je te devrais pas être aussi stressée...Je suis tellement contente qu'il veuille bien de moi...C'est lui qui a commencé à vouloir qu'on sorte ensemble… Il m'a même avoué qu'il m'aimait, enfin...à peu près. Mais une fois dans sa chambre… je ne savais plus comment réagir… Tout ce que m'a enseigné Scorpius… Pff! Envolé!
— Tu devrais arrêter de te flageller. Si tu le sens pas, il ne faut pas le faire.
— Mais ça ne m'a jamais fait ça avec Scorpius.
Lily se racla la gorge en se servant des oeufs aux bacons dans un plat.
— Tu crois que c'est parce que je ne ressens rien pour lui?
— C'est possible…, répondit Lily d'un air vague.
Rose resta silencieuse. Elle n'était pas dupe des efforts extraordinaires de sa cousine pour lui cacher ce qu'elle pensait vraiment. Cette pensée lui contracta douloureusement l'estomac. L'idée que Lily pensait, elle aussi, qu'elle était totalement responsable de sa frustration avec Chase, la rendait malade. Elle n'aurait plus aucun allié.
— Oh, de toute façon, dit Lily d'un air distant en attaquant son bacon, tu auras sûrement plein d'occasion de retenter l'expérience. Il n'y a pas que le sexe dans la vie. Tu as enfin réussi à conquérir son coeur. Il faut que tu profites de chaque moment.
Elle ne répondit pas. Scorpius et Albus venait d'entrer dans la Grande Salle. Elle ne leur avait plus reparlé depuis le cours de botanique, depuis la bagarre avec Chase, en ce qui concernait Scorpius. Elle n'avait pas eu le courage non plus de leur révéler que la braillantine s'était coloré en noir. Ils n'auraient pas forcément une bonne note ce mois-ci.
Scorpius tourna la tête vers la table des Gryffondor et croisa le regard de Rose et Lily. Celui-ci leur adressa un sourire qui n'avait rien de bienveillant et qui fit frissonner sa voisine.
— Il est bizarre, non? demanda Lily en le suivant du regard.
— C'est à cause de moi, répondit aussitôt Rose. On s'est quittté en mauvais terme, encore une fois…
— Prête? s'éleva une voix derrière elle.
Les deux jeunes filles se retournèrent dans un même mouvement et Rose se mit à glousser sans pouvoir s'en empêcher. Chase lui tendait la main, un beau sourire sur ses lèvres charnues. Il en était ainsi depuis le début de leur relation. Il venait la chercher tous les matins pour qu'ils se rendent en cours ensemble, main dans la main, devant tout le monde. Pendant les pauses, cela leur arrivait de s'éclipser dans des recoins pour échanger un long baiser passionné et lorsque le soir arrivait, ils se pelotonnaient devant un bon feu de cheminée. Rose écoutait pendant des heures son beau prince lui lire un de ses passages préférés dans Quidditch Mag'.
Tout était devenu si merveilleux entre eux, mis à part, leur première fois avorté sans cesse par les crises de panique de la jeune Gryffondor. Celle-ci nourrissait, un peu plus chaque jour, la peur qu'il ne finisse par se lasser et l'abandonner comme une vieille chaussette à un elfe de maison.
Les premiers émois n'arrivèrent pas seuls. À l'approche du premier match de la saison, Gryffondor contre Poufsouffle, Poudlard entrait de plus en plus en effervescence. Rose dut se résigner à passer moins de temps avec son aimé pour se concentrer, chacun de leur côté, à leurs séances d'entraînement. Partout dans l'école, les premiers paris s'écriaient dans la Grande Salle, même parmi les Serpentard et les Serdaigle. Pour ces deux Maisons, c'était aussi le premier match qui allait donner le ton de la saison. Ils en profiteraient pour jauger leurs futurs adversaires au cours de l'année. Et les directeurs des maisons en compétition, tout en s'efforçant de prétendre que seul l'esprit sportif les animait, étaient bien décidés à voir leur camp l'emporter. Rose avait pu expérimenter l'esprit compétitif de son directeur de maison, le Professeur Londubat, lorsqu'ils gagnèrent la coupe de Quidditch, la première année de son mandat en tant que capitaine. Elle trônait fièrement dans son bureau, entre un snargalouf et une amourette. La semaine de la rencontre, il s'abstint de leur donner des devoirs en prétextant l'approche des vacances de fin d'année.
La directrice de la maison des Pourfsouffle, le Professeur Croft, ne se montrait pas moins partial. Elle passait tous ses cours à encourager de manière détournée son équipe chérie. Elle avait d'ailleurs retenu si souvent le terrain de Quidditch pour l'entraînement des Poufsouffle que Rose eut beaucoup de mal à réserver pour celui de ses joueurs. Elle avait d'ailleurs eu peur que Thomas et Harrison (le nouvel attrapeur choisi après la blague puérile d'Hugo), ne trouvent leur marque mais elle fut rassuré dès la première véritable séance d'entraînement. Au fur et à mesure qu'ils prenaient confiance, la cohésion de jeu de son équipe s'était épanouie de manière significative.
Rose était optimiste sur les chances de Gryffondor de remporter la victoire. Le seul problème lorsqu'on sortait avec un joueur de Quidditch d'une autre équipe était le dilemme atroce de devoir souhaiter la défaite de l'être aimé. Lors de leur rendez-vous romantique, ils essayaient d'éviter le sujet mais le soutien bruyant de leur maison respective empêchait le couple d'occulter l'inévitable. L'un d'entre eux allait perdre la prochaine rencontre et chacun ne pouvait s'empêcher d'espérer que celui arrive à l'autre.
Le match devait avoir lieu à la fin du mois de novembre, avec sa froideur d'acier, ses matins de givre et ses courants d'air glacés qui mordaient les mains et le visage. Le ciel et le plafond de la Grande Salle avaient pris une teinte gris pâle, le sommet des montagnes qui entouraient Poudlard s'était couvert de neige et la température dans le château était tombée si bas que bon nombre d'élèves auraient préférés se réfugier dans leur salle commune, devant un feu bien chaud, plutôt que d'arpenter les couloirs glacés pour se rendre en cours.
Le matin du match, le ciel était clair et froid mais des bourrasques de vent faisaient trembler les carreaux des vitraux du château. Lorsque Rose se réveilla, elle ne put s'empêcher de penser à Chase. Elle devrait le vaincre pour l'emporter aujourd'hui et cette victoire amère pourrait accentuer son impatience à son encombre. Si elle gagnait ce match aujourd'hui, est-ce qu'il penserait la quitter? En était-il capable?
Rose se leva, torturée par ses pensées, lui faisant oublier son esprit combatif de capitaine de l'équipe de Gryffondor. Lorsqu'elle entra dans la Grande Salle, celle-ci se remplissait rapidement. Les conversations étaient plus bruyantes et l'humeur plus exubérante qu'à l'ordinaire. Quand elle passa devant la table des Poufsouffle, le vacarme s'amplifia. Rose leur jeta un coup d'oeil et vit Chase, au milieu de ses copains dans les habituels écharpes et chapeaux jaune et noir, qui l'encourageaient sur sa prochaine victoire déjà établie.
Elle et ses joueurs reçurent un accueil enthousiaste à la table des Gryffondor où tout le monde était vêtu de rouge et d'or. Rose prit place en face de Lily qui avait peint son visage dans les couleurs de sa maison et forçait Thomas à manger un peu. Celui-ci avait le teint blême, le genre de mine que Rose avait pu constater sur la plupart de ses joueurs avant un match important.
— Ne t'inquiète pas, lui dit Rose avec son ton de capitaine chevronnée. C'est normal d'avoir le trac.
Thomas opina de la tête avec l'envie de vomir ce que Lily peinait à lui faire avaler. Hugo apparut avec Albus derrière eux. Le petit frère de Rose, ce débile de petit génie, arborait les couleurs de l'équipe adverses, un énorme chapeau jaune et noir surmonté d'un blaireau qui faisait la sieste, enfoncé sur sa tête. Il jurait affreusement avec son épaisse tignasse rousse. Quant à Albus, peu friand de Quidditch, il avait décidé de montrer son soutien à son équipe préféré en toute sobriété. Il avait enfilé autour de son cou l'une des écharpes des Gryffondor.
— C'est celle de Papa, dit-il à Lily.
— Hugo, espèce de sale petit…, commença Rose en se levant brutalement pour l'attraper par le col.
Son cadet fut plus rapide et esquiva sans peine la tentative de sa grande soeur. Il s'enfuit en riant, rejoindre sa propre table où tous les Serdaigle éclatèrent de rire lorsque le blaireau, enfin réveillé, lâcha un énorme prout sonore.
— Quand est-ce qu'il se décidera enfin à arrêter de me faire tourner en bourrique! s'énerva Rose en prenant une gorgée de son jus de citrouille.
— Je ne devrais peut-être pas te dire ça mais il a misé cinquante gallions sur la victoire de Poufsouffle
— QUOI? s'étrangla la capitaine des Gryffondor.
Rose enrageait. Cela lui donna encore plus l'envie de battre les Poufsouffle pour faire perdre une petite fortune à son crétin de petit frère.
Après un rapide petit-déjeuner, la jeune femme consulta l'heure. En tant que capitaine, elle devait s'assurer que tous ses joueurs étaient fins prêts. Elle fonça sur chacun des membres de son équipe pour les inviter à rejoindre les vestiaires. Au moment où elle quitta la Grande Salle pour se rendre sur le terrain, ce fut toute sa table entière qui se leva pour lui souhaiter bonne chance. Elle leva le poing et les applaudissements éclatèrent dans la salle, éclipsant les propres clameurs des Poufsouffle.
Lorsqu'elle passa la porte, elle croisa Londubat qui la fit arrêter pour lui poser une main sur l'épaule, l'air grave.
— Bonne chance, Rose. Je compte sur toi!
Plus stressée que jamais, Rose traversa le hall d'entrée puis, descendant les marches de pierre, elle sortit dans l'air glacial.
L'herbe recouverte de givre craquait sous ses pieds lorsqu'elle traversa la pelouse qui descendait vers le stade. Le vent violent des derniers jours ne s'était toujours pas calmé mais le ciel uniforme était d'un blanc opaque, ce qui signifiait que la visibilité serait bonne malgré des problèmes de pilotage à cause des bourrasques. Elle leva un doigt pour évaluer la force et la pression du vent. Rose allait devoir tenir compte de ces rafales pour calculer la trajectoire de ses cognards.
À son entrée dans les vestiaires, elle constata que la plupart de ses joueurs l'y avait rejointe. Rose se changea rapidement pour ensuite s'adresser au reste de l'équipe. Certains étaient encore en train de revêtir leurs robes (Thomas ajusta les manches trop longues du précédent gardien). Alors que Rose allait commencer son discours d'encouragement, au-dehors, la rumeur des voix s'intensifiait régulièrement à mesure que la foule déferlait du château pour se rendre dans les tribunes.
— Bon, les gars, c'est notre premier match de la saison et nous affrontons les Poufsouffle. On est bien d'accord pour dire qu'on les a toujours rétamé et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer! Thomas, Nigel, volez comme à l'entraînement et tout se passera bien.
Tout en parlant, elle ajusta ses accoudoirs. Ils entendirent les pas des spectateurs qui montaient à présent les gradins par centaines pour aller s'asseoir sur les bancs. Rose dévisagea ses joueurs: ils étaient nerveux, tout comme elle. Mais cette nervosité ne durait jamais longtemps une fois qu'ils chevauchaient leurs balais.
— C'est l'heure, dit-elle en regardant sa montre. Allons-y...et bonne chance.
L'équipe se leva, le balai sur l'épaule, et sortit des vestiaires en file indienne. Rose fut la dernière à sortir de la pièce en vérifiant une dernière fois sa stratégie contre les Poufsouffle et contre son précieux Chase. Lorsqu'elle referma la porte, elle sentit un main se poser sur son épaule et elle sursauta. En se retournant vivement, Rose manqua de baffer Scorpius avec son balai. Il eut juste le temps de s'abaisser pour éviter le manche.
— Qu'est-ce que tu fais ici? demanda Rose médusée.
— Je voulais te parler.
Scorpius avait mis sa cape, son écharpe verte et argentée. Il paraissait aussi nerveux que la capitaine sur le point de disputer son match.
— Je n'ai pas le temps, dit-elle agacée. On est sur le point d'affronter les Poufsouffle.
— Je le sais, dit-il inutilement sous les cris d'impatience des spectateurs au-dehors. Mais c'était le seul moyen pour moi de te parler seul à seul. Tu es tout le temps entouré par...pas mal de monde, corrigea-t'il au dernier moment pour ne pas parler de Chase.
Rose se renfrogna. Elle n'avait pas oublié la bagarre dans la salle commune et ce qu'il avait dit à Chase. Elle le bouscula pour qu'il la laisse passer.
— Je ne veux pas te parler! dit-elle d'un ton dur. Pas après ce qui s'est passé, pas après ce que tu as dit à Chase.
Il la retint par l'épaule, sa poigne était musclée et Rose n'eut d'autre choix que de s'arrêter, à contre-coeur.
— Ah oui? Et qu'est-ce que je lui ai dit?
— Tu l'as traité de Sang-de-bourbe! explosa Rose en se dégageant.
— Et tu le crois, bien sûr…
Rose ne s'était pas attendu à cette réplique. Elle aurait imaginé Scorpius assumé ses paroles et ses actes. Pas de remettre en doute la parole de Chase. Mais il était trop tard pour qu'elle se remettre en question.
— Au moins, lui ne m'a jamais blessée.
Elle savait bien qu'elle exagérait mais Rose était trop en colère pour trouver du sens à ses paroles. Si elle devait se montrer honnête, Chase lui avait brisé le coeur plus d'une fois et malgré ses idées stupides, Scorpius l'avait toujours soutenu. Hélas, elle ne pouvait toujours pas lui pardonner cette fameuse nuit où il avait roué de coups un Chase impuissant. Elle se dégagea rapidement et avança à grandes enjambées pour mettre le plus de distance entre elle et le Serpentard.
— Je t'aime! s'écria-t'il dans son dos.
Rose s'immobilisa.
Lorsqu'elle se retourna pour lui faire face, elle s'était attendue à ce qu'il explose de rire, comme pour une bonne blague à ses dépens pour la voir, une fois de plus, sortir de ses gonds. Mais son coeur chavira lorsqu'elle constata qu'il avait un air meurtri, celui qu'il prenait lorsque ses parents le décevaient encore.
— Enfin, je crois... , corrigea-t'il en bafouillant. Je crois que je suis amoureux de toi.
— Si c'est une blague…, menaça-t'elle en se rapprochant de lui.
— Je suis sérieux.
Sa voix était devenue plus grave, comme enrouée par la nervosité. Rose sentit ses entrailles se tordre lorsqu'il détourna les yeux pour cacher sa gêne. Ses cheveux partaient dans tous les sens et son teint blafard était plus blême que d'habitude. Elle comprit, à ses cernes, les longues nuits d'insomnies qu'il avait dû passer à ressasser ses sentiments.
— Tu m'aimes vraiment? demanda-t'elle d'une voix plus radoucie.
Il acquiesça, incapable de répéter les mots qu'il avait balancé pour la retenir. Le coeur de Rose s'emballa dans sa poitrine. Elle n'entendait plus les cris d'impatience des spectateurs dans les tribunes. Elle avait complètement oublié le match. Elle répétait inlassablement la déclaration de Scorpius dans sa tête. C'était la première fois qu'on le lui disait comme cela, sans détour, d'une voix sincère, sans douleur ni mensonges.
— Ecoute, je n'attends pas de réponse de ta part, dit-il en reprenant contenance. Je sais que tu sors avec Chase maintenant, même si ça me désole. Ma psy dit que je dois l'accepter. C'est ce que je fais en t'avouant mes sentiments. Je sais que la réponse sera non, mais je l'accepte. Ça me permet de tourner la page...et de gagner une coquette somme d'argent.
— De quoi tu parles? dit Rose méfiante.
Scorpius lâcha un profond soupir.
— J'ai découvert que nos amis avaient parié sur nous il y a quelque année. Si je t'avoue mes sentiments, je touche une partie du pactole de Lily.
— Quoi?! s'enflamma Rose.
Le Serpentard ne voulait tout compte fait que la voir entrer un rage. Elle brandit son poing pour le frapper au visage mais il la retint sans peine. Il approcha son visage du sien et Rose crut, un instant, qu'il allait en profiter pour l'embrasser. Elle maudit ses entrailles de ronronner à cette idée. À la place, Scorpius murmura à l'oreille de la Gryffondor.
— Je suis vraiment sincère, dit-il. N'en doute jamais.
À ses mots, sa colère retomba immédiatement. Scorpius la libéra et il lui adressa un sourire, un de ceux qu'elle avait l'habitude de profiter lorsqu'ils étaient encore des amis proches.
Son co-capitaine la héla à l'autre bout du couloir et Rose se rappela soudain qu'elle avait un match à disputer dans quelques minutes. Elle rajusta sa tenue de quidditch et répondit au sourire de Scorpius par une grimace gênée.
— Je vais tout de même tuer Lily, après le match!
Elle n'osait pas ajouter quoique ce soit d'autre. Elle aurait peut-être lui dire à quel point elle était désolé de ne pas pouvoir répondre à sa déclaration. Cela aurait peut-être été plus correct. À vrai dire, elle ne savait vraiment pas quoi faire, mis à part de partir sur le terrain de quidditch et de se vider la tête dans les airs.
Elle fit un bref signe de tête à Scorpius avant de s'éloigner pour de bon. Le Serpentard l'appela une dernière fois et elle crut qu'il allait lui avouer que tout ceci n'était en fait qu'une farce.
— Eclate-les! lui cria-t'il avec son air habituel de revenchard arrogant.
Rose lui adressa un franc sourire car elle sut, à cet instant, qu'il était redevenu l'ami qu'elle avait toujours souhaité conservé.
Des hurlements divers l'accueillirent, elle et son équipe qui l'avait attendu aux portes du stade, et Rose entendit encore l'énorme pet du chapeau de Hugo dans les gradins des Serdaigle qui éclatèrent de rire.
Les joueurs de Poufsouffle les attendaient. Chase discutait avec ses joueurs. Lorsque les Gryffondor arrivèrent, il se retourna et adressa un sourire charmeur à sa compagne qui s'avançait vers lui. Il était beau dans son uniforme de quidditch et la crosse de son nimbus 2016 posé sur son épaule, luisait au soleil. Il avait ramené ses cheveux en arrière et bombait le torse face à ses adversaires. Ses autres joueurs étaient tout aussi massifs, fait dans le même moule que leur capitaine et attrapeur.
— Les capitaines, vous vous serrez la main, ordonna l'arbitre, Madame Bibine.
Rose et Chase se tendirent la main. La Gryffondor sentit l'un des doigts de l'attrapeur lui caresser la paume. Ce touché la fit frissonner mais elle ne sut si c'était d'excitation ou de culpabilité. Les paroles de Scorpius tourbillonnaient dans sa tête et elle avait du mal à y faire du tri, sans parler de la pression du match.
— Enfourchez vos balais…
Madame Bibine porta le sifflet à ses lèvres et souffla. Les balles furent lâchées et les quatorze joueurs s'élevèrent dans les airs. Du coin de l'oeil, Rose vit Chase filer dans les airs pour avoir une vue plongeante sur tout le terrain. Cette dernière serra le manche de sa batte dans son poing.
OoO
Scorpius regagnit ses gradins au moment où Madame Bibine souffla le début du match. Un ballet aérien suivit son coups de sifflet et le Serpentard se hâta de rejoindre Albus, assis en bout de banc, au milieu des autres élèves qui hurlaient déjà sur les joueurs. Scorpius applaudit une reprise de Souafle in-extremis par l'équipe de Gryffondor. Il encouragerait les Lions jusqu'au bout. Albus ne participait pas aux festivités. En réalité, le jeune homme exécrait le quidditch. Lorsque Scorpius le traînait à une de ses séances d'entraînement, il passait son temps, comme maintenant, à parcourir un épais volume emprunté à la bibliothèque.
— Tu lui as dit? demanda Albus en haussant la voix pour se faire entendre parmi les sifflement des balais, les acclamations et les commentaires par-dessus tout ça.
Scorpius hua Chase au moment où il vola près des tribunes des Serpentard.
— Elle a réagi comment?
— Elle était plus énervée quand je lui ai dit que vous aviez parié sur nous… Mais elle avait aussi son air de pitié. Celui qu'elle prend quand elle a beaucoup de peine pour quelqu'un.
Albus tapota l'épaule de son ami, sans ajouter quoique ce soit d'autre. Il n'y avait rien à dire, en réalité. Scorpius s'était donné l'excuse des paris pour oser lui en parler. Comme il le lui avait dit, il ne s'était pas attendu à une réponse positive. Malgré ses certitudes, il avait secrètement rêvé qu'elle se jette à son coup pour l'embrasser. Il avait bien failli le faire lorsqu'il lui avait retenu le poignet pour l'empêcher de le frapper. Mais cela n'aurait pas été correct envers elle. Il ne voulait plus jamais lui faire de la peine.
— Ami, c'est bien, ajouta-t'il comme pour s'en convaincre.
L'équipe des Poufsouffle marqua un but et le son d'un énorme pet tonna dans les gradins des Serdaigle. Scorpius trouva l'origine du bruit en le chapeau grotesque d'Hugo. Il écarquilla les yeux en se demandant s'il devait éclater de rire ou s'en désespérer. Hugo avait beau avoir le plus gros cerveaux de Poudlard, il avait la maturité de Peeves.
— Rose a dû être verte quand elle l'a vu…
— En effet, commenta Albus avec un sourire. Mais elle n'a toujours pas compris ses intentions. Hugo s'inquiète pour sa soeur, expliqua-t'il devant l'air interrogatif de son ami. Il avait peur qu'elle perde de sa combativité face à son petit-copain, qu'il déteste par ailleurs… Dans sa curieuse tête de foldingue, soutenir l'équipe adverse pourrait la faire assez enrager pour la motiver à gagner.
— Je ne sais pas si c'est complètement stupide ou du génie, renchérit Scorpius en admirant encore le blaireau qui dansait maintenant le quadrille sur la tête d'Hugo.
— Avec lui, on ne sait jamais…
OoO
— Et c'est maintenant Brown qui prend le Souafle, annonça la voix de Rita (préfet-en-chef des Serdaigle), il évite un cognard envoyé par Martin, passe devant Taylor, s'approche des buts et…marque! Les Gryffondor ont vingt points d'avance.
Les commentaires de Rita résonnait dans tout le stade et Rose s'efforçait de l'écouter malgré le sifflement du vent dans ses oreilles et le tumulte de la foule qui hurlait, conspuait et applaudissait à tout rompre. La tribune des Gryffondor poussa un rugissement commun qui rappela à la batteuse celui de Raymar.
Rose était ravie de son équipe. Poufsouffle avait marqué les premiers buts mais ils avaient bien rattrapé leur retard. Thomas se débrouillait comme un chef. Elle savait que les premiers tirs rentrés n'étaient que dû au stress du début. Au fil du match, il avait repris du poil de la bête et depuis plus aucun Souafle ne passait à travers leurs anneaux.
— Anchal Thompson s'empare encore du Souafle, elle contourne d'une dextérité époustouflante avec pourtant un vent de tous les diables, ce pauvre Smith qui doit sûrement se demander s'il a bien lacer ses chaussures ce matin.
Le pauvre Smith n'avait pu s'empêcher de vérifier et Rose en profita pour lui envoyer un puissant cognard qui le fit éjecter de son balai. Il s'y accrocha au dernier moment pour redescendre avec une lenteur honteuse, vers la pelouse du stade.
— ...Et Anchal repasse à Brown! s'écria Rita. On dirait qu'il n'y a plus de gardien pour défendre les buts des Poufsouffle. Il tire et...WILSON LE BLOQUE! explosa-t'elle. Qu'il est beau!
Chase avait piqué vers ses propres buts pour intercepter le Souafle. La balle sous le bras, il fonça en zigzaguant entre Anchal et Brown. Rose ne put s'en empêcher: abandonnant son poste en milieu de terrain, elle dirigea son balai dans le sillage de Chase qui fonçait vers Thomas, fin prêt à l'accueillir.
— … Wilson toujours en possession du Souafle, il a traversé le terrain comme un fusée et s'avance à présent vers les buts, Weasley dans son dos, elle a abandonné son poste, plus personne pour arrêter Wilson avec des cognards, son balai est plus rapide que la capitaine des Gryffondor. Il fait face au gardien et…
Rose contempla, impuissante, le bras puissant de son petit-ami lancer le Souafle dans l'anneau plus à droite. Thomas plongea de toutes ses forces mais le Souafle passa entre ses bras écartés en marquant pour les Poufsouffles.
— Poufsouffle réduit l'écart! annonça la voix de Rita aux anges, parmi les acclamations et les huées de la foule, le score est donc de cinquante pour Poufsouffle et soixante pour les Gryffondor.
Rose était déçue. Elle observa Chase faire un tour d'honneur du terrain sous les acclamations de joies des gradins. Elle s'en voulait à elle-même. Elle avait commis une grossière erreur de débutant: celle de quitter son poste quand la panique vous possède. Elle avait été stupide d'imiter Chase dans sa cavalcade vers les buts adverses. Si elle n'avait pas bougé, elle aurait pu lui envoyer un cognard et le ralentir ou lui faire lâcher le Souafle. Il fallait qu'elle retrouve son sang-froid. Mais rien n'était aussi difficile. Elle repensait toujours aux paroles de Scorpius à chaque fois qu'elle croisait la silhouette massive de son petit-ami. Une voix cruelle mais affreusement juste lui rappelait, sans cesse, que lui, qu'elle aimait depuis si longtemps, ne lui avait jamais dit ces trois petits mots.
Ce n'était vraiment pas le moment d'y réfléchir.
Rose rassura Thomas d'un geste de la main et s'assura que personne d'autre n'avait bougé de son poste. Wilson avait repris de la hauteur et Smith était remonté sur son balai.
— Tremblack reprend le Souafle, s'écria Rita, il passe à Byrne, Smith essaye d'éviter un nouveau cognard de Weasley et il le prend de plein fouet. Ouh! Ça doit faire mal! Pas sûre qu'il s'en relève. Le Souaffle tombe dans les mains d'Anchal qui fonce vers Taylor qui a enfin retrouvé ses buts. Elle tire et… marque!
Tout comme le côté des Gryffondor, Rose éclata de joie. Il avait repris leur avance malgré sa bévue. L'idéal serait que Harrison attrape le vif d'or. Elle leva les yeux et le vit qui continuait ses rondes autour du terrain, zieutant un peu partout. Chase passait son temps près des buts. Il soutenait Taylor en espérant peut-être arrêter un nouveau tir sensationnel.
— Wang de Gryffondor évite Byrne, contourne Taylor, très beau virage de la part du poursuiveur, passe à Anchal de nouveau qui file vers les buts...WILSON INTERCEPTE! Il retraverse le terrain à toute vitesse.
Rose ne bougea pas cette fois. Elle attendit la venue d'un cognard pour le renvoyer à Chase. Lee, son partenaire batteur fut plus rapide et frappa un cognard dans sa direction. Chase l'évita avec une agilité déroutant pour sa carrure et marqua un nouveau but.
— Il est poursuiveur ou attrapeur, ce gars? rugit Lee qui vola à côté de Rose.
Au comble du désespoir de la batteuse, elle entendit, une fois de plus, le pet tonitruant du chapeau imbécile de son frère résonner dans le stade pour l'équipe des Poufsouffle. Lui, aussi elle l'étranglerait à la fin du match en lui faisant manger chaque fibre de couvre-chef ridicule.
— Anchal passe à Brown qui passe à Wang, Wang repasse à Anchal, qui évite de peu un cognard de Martin et… Oh! J'ai l'impression que Wilson a repéré le vif d'or.
À ces mots, Rose chercha des yeux Chase et vit ce dernier plonger vers les gradins des Serpentard. En quelques secondes, Harrison l'imita en essayant de le dépasser. En voyant la scène, Rose sut immédiatement qui allait gagner ce duel. Arrivé tout près du sol, Chase tendit sa main droite vers le vif d'or qui voletait près de la pelouse. Un cognard fonça sur Rose qui brandissait sa patte en calculant mentalement le souffle du vent. Elle était parfaitement capable de renvoyer ce cognard sur Chase et ainsi donner une chance à Harrison de remporter le match. Un simple mouvement du poignet et tout était terminé.
Rose hésita.
Ces quelques secondes d'hésitation lui firent manquer l'occasion décisive. Lorsqu'elle élança son bras pour frapper le cognard, elle le manqua de quelques centimètres et frappa de toute sa force dans le vide. Les doigts de Chase se refermèrent sur la minuscule balle qui se débattait. Il remonta légèrement, serrant le Vif d'or qu'il brandit au-dessus de sa tête, dans un geste triomphant. Les supporters de Poufsouffle hurlèrent leur joie mais cette fois-ci, Rose n'entendit pas le prout du blaireau de son frère.
Les joueurs de Poufsouffle atterrirent auprès de Chase pour le porter en ovation. Il venait de vaincre la championne des Gryffondor. Rose se posa en dernière et n'eut pas le courage de rejoindre son équipe. Tous affichaient des mines abattues, en particuler Harrison qui jeta au sol son balai une fois qu'il eut atterri.
— C'est ma faute! hurla-t'il les larmes aux yeux. Si j'avais été plus rapide…
Mais Rose savait qu'il n'était pas en tort. C'était la sienne, de faute. Elle avait été pris d'un doute affreux. Elle avait eu cette peur de remporter la victoire qui déciderait Chase à la quitter. Elle avait hésité et avait laissé échapper la victoire de son équipe.
Chase était plus heureux que jamais. Les autres membres de son équipe (même Smith, encore un peu sonné), hurlaient de joie et donnaient des coups de poing dans le vide en signe de victoire. Chase croisa, à un moment, le regard de Rose et il eut un petit haussement d'épaule gêné.
Rose remit son balai sur son épaule et rentra, seule, au vestiaire en retenant, le plus possible, les larmes amères qui perlaient ses yeux.
OoO
Scorpius attendait à l'entrée des vestiaires des Gryffondor, appuyé sur le mur de pierres, les bras croisés sur sa poitrine. Il avait assisté à la portée en triomphe de Chase Wilson par les élèves de Poufsouffle. Ce crétin brandissait toujours son poing fermé sur le Vif d'or qu'il avait attrapé de justesse en manquant de tomber de son balai pourri.
Scorpius n'avait pas été dupe. Il avait aussi observé Rose pendant le match et il avait remarqué (tout comme Albus par-dessus les pages de son bouquin ennuyeux) qu'elle avait raté son lancé de cognard. Or, pour l'avoir expérimenté plusieurs fois, qu'il vente ou qu'il pleuve, Rose Weasley ne ratait jamais une frappe.
Au début, il ne savait pas si elle l'avait fait exprès ou non. Mais lorsqu'il perçut son expression quand elle atterrit à la fin du match, il n'eut plus aucun doute: elle avait commis une erreur et elle le regrettait profondément.
Le Serpentard s'en voulait aussi. Il se dit qu'il était en partie responsable des grossières erreurs de la capitaine des Gryffondor. Un début de match n'était peut-être pas le meilleur moment pour confier ses sentiments amoureux. Il culpabilisait mais pas autant que Lily et Albus qui attendait dans le couloir avec lui.
— Tu crois qu'elle va vraiment me frapper? demanda Lily en se rongeant les ongles.
Son maquillage faciale, rouge et or, avait bavé sur ses joues. On devinait sans peine qu'elle avait pleuré pour la défaite de sa Maison. Les Gryffondor n'étaient pas habitués à perdre.
— Je crois qu'elle a autre chose à penser, dit Albus, l'air tout de même inquiet.
Les premiers joueurs de l'équipe vaincue sortirent tour à tour des vestiaires. Lily les accueillit avec des larmes et des cris de désespoir qui redoublèrent lorsqu'elle tomba dans les bras de Thomas. Les amoureux s'éclipsèrent vers leur salle commune, se serrant l'un contre l'autre.
— Je ne sais pas si c'est une bonne idée de l'attendre ici, dit soudain Albus en rajustant ses lunettes sur son nez.
— C'est mieux que rien, répondit Scorpius.
Albus médita une seconde puis son visage s'éclaira soudain d'une idée lumineuse. Il remonta son sac sur son épaule et partit dans le couloir qui menait vers la salle commune des Poufsouffle.
— Où vas-tu? lui cria Scorpius qui se demandait quelle mouche avait piqué son ami.
— Tu verras! On se retrouve dans votre salle commune.
Scorpius leva un sourcil interrogateur. Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, Anchal sortit des vestiaires, la mine défaite. Sa longue natte était encore humide de sa douche et elle sursauta lorsqu'elle vit Scorpius près de la porte.
— Elle est encore à l'intérieur? demanda Scorpius.
— Elle arrive, répondit Anchal qui comprit immédiatement de qui il parlait. Je te préviens, elle a le moral dans les chaussettes.
Anchal lui fit un bref signe de la tête et s'éloigna comme les autres joueurs avant elle, dans la direction de sa salle commune où les Gryffondor devaient se consoler en buvant des biéraubeurres. Scorpius attendit quelques minutes encore puis la porte s'ouvrit enfin sur le dernier membre de l'équipe de quidditch des Gryffondor. Rose Weasley fit un pas dans le couloir, semblait-il, désert. Ses cheveux étaient mouillés et la douche les avait foncés. Comme Anchal, elle sursauta lorsqu'elle aperçut Scorpius à sa droite.
— Qu'est-ce que tu fais ici? demanda-t'elle d'une voix rauque.
— J'ai pensé que tu aurais besoin de soutien.
Elle dévisagea le Serpentard de ses grands yeux ambrés qui avait légèrement gonflés. Elle avait dû fondre en larme sous sa douche, le bruit des jets d'eau masquant ses gémissements. Il se remémora toutes les fois où il l'avait vu pleurer. Il la revit se lamenter lorsqu'elle avait perdu son devoir de métamorphose en deuxième année, ou lorsque son frère l'avait imité dans la Grande Salle pour l'humilier. La fois où elle avait pleuré de rage lorsqu'un des Gryffondor de sa classe les avait traité Albus et lui, de Mangemorts. Et cette fois-là, au sommet de la Tour d'Astronomie, lorsqu'elle avait envisagé l'idée stupide d'en finir pour cet abruti de Chase.
Scorpius se rendit soudain compte qu'il s'était toujours soucié de son amie. Pas comme un ami, mais comme celui qui veut consoler celle qu'il aime. S'il n'avait pas perdu autant de temps, il aurait pu l'empêcher de tomber amoureuse de ce crétin de Wilson.
— Un câlin de secours? dit-il en écartant les bras.
Il lui répéta ce qu'il lui disait toujours du temps de leur grande amitié. Rose ouvrit grand les yeux pour ensuite fondre en larme en bafouillant un 'Oui' larmoyant. Elle se précipita dans ses bras en lui enserrant la taille à l'en faire étouffer. Il lui tapota le dos en essayant de trouver des paroles réconfortantes.
— Tu t'en fous, Weasley. Ce n'est qu'une défaite. Il fallait bien que ça arrive un jour.
Il la repoussa un peu pour lever son menton. Il ramena plusieurs mèches mouillées de larmes derrière son oreille. Ce geste le fit frissonner de tout son être mais il tâcha de ne rien montrer.
— Et puis, ce n'est pas fini. Il n'ont que quatre-vingt points d'avance. C'est rattrapable.
— Ce n'est pas ça le problème, dit Rose en s'essuyant les joues du revers de sa manche. C'est ma faute. J'ai...j'ai…
— Je sais.
Rose le dévisagea d'un air terriblement sérieux. Elle sut qu'il avait compris ce qu'elle voulait dire, ce qu'elle avait fait. Elle eut honte mais le Serpentard tapota sa tête comme il le faisait avant, quand ils étaient petits et elle retrouva rapidement le sourire.
— Oublie tout, lui dit-il encore. Ce soir, on ne pense plus à rien. Je crois qu'Albus nous réserve une surprise dans notre salle commune.
Scorpius se laissa choir sur la jeune femme et elle rit en le portant sur quelques mètres. L'espace d'un instant, ils retrouvaient leurs vieux réflexes, ceux qu'ils avaient quand ils étaient encore amis.
OoO
Rose était ivre.
À vrai dire, tout le monde l'était dans la salle commune des préfets-en-chefs. Albus somnolait dans un coin, les lunettes de travers et Scorpius vidait la dernière bouteille de Whisky Pur-Feu.
Lors de leur arrivée dans le dortoir particulier des préfets, Rose et Scorpius avait aperçu Albus qui les attendait devant la gargouille, le sac tendu par des bosses suspectes. Il leur raconta qu'il avait fait un crochet par les cuisines et avait soudoyé Winky pour qu'elle lui offre quelques bouteilles de sa réserve personnelle. Il leur avait ensuite raconté l'explosion sonore dans la salle commune des Poufsouffle suite à leur victoire et de Chase qui saluait ou racontait en détail ses exploits à qui voulait bien l'entendre.
Rose s'était renfrognée mais Scorpius l'avait attiré à l'intérieur du salon douillet qui était désert. Les autres préfets fêtaient la fin du match dans leur propre salle commune, pour une fois. Les trois compères auraient ainsi la paix. Scorpius s'était chargé des verres et avait sorti en rond d'oignon les six bouteilles qu'avait chourré son meilleur ami. Celui-ci s'était arrêté devant la braillantine sur le bureau de Rose dont les pétales avaient conservés, tout le long du mois, cette horrible couleur noire.
— Qu'est-ce qu'il lui est arrivé? demanda Albus horrifié.
— C'est depuis la dispute de Chase et Scorpius, répondit Rose penaude en tendant son verre à Scorpius. Tu sais, le fameux jour où ils se sont battus.
L'un des responsables de ce désastre s'efforçait de garder les yeux rivés sur le liquide qu'il versait dans le verre de la Gryffondor. Albus toucha les pétales de son pouce et index, l'air soucieux.
— C'est étrange, murmura-t'il pour lui-même. Si c'est à cause d'une bagarre, elle devrait être de couleur doré, pour la colère.
— On s'en fiche, s'exclama Scorpius en servant un verre à son ami. Arrête de réfléchir et viens boire un coup.
Ils n'en burent pas un mais une centaine, selon une estimation de la jeune femme qui voyait de plus en plus trouble. Dans les vapeurs d'alcool, elle oublia la déclaration de Scorpius, Chase, sa défaite. Elle retrouva le bonheur d'être en compagnie de ses vieux amis, comme au bon vieux temps.
Ils s'étaient avachis autour de la cheminée, peinant à se tenir bien droit.
— D'accord…, commença Albus en tendant son verre sur Rose, manquant de déverser son contenu sur la jeune fille. Dis-moi ce qui te fait fantasmer chez un homme!
Rose éclata de rire devant le visage rouge pivoine de son cousin qui s'étrangla à moitié en buvant une gorgée de Whisky. Scorpius l'imita et Rose se dit que son rire lui avait manqué. La dernière fois qu'elle l'avait entendu, c'était dans sa chambre lorsqu'il lui avait raconté sa première fois.
Les trois amis perdirent toute notion du temps. Ils ne remarquèrent même pas que la neige avait commencé à tomber par la fenêtre obscure de leur tour. A la fin de son verre, Albus s'effondra sur le tapis qui représentait les quatre armoiries des Maisons. Il ronfla bruyamment tandis que Scorpius vidait la dernière bouteille, l'air joyeux mais toujours debout.
Rose rêvassait. Elle était comme hypnotisée par les flammes du feu de cheminée qui léchaient les briques noircies. Elle repensa à la déclaration de Scorpius et se mit à rire bêtement.
— Quoi? demanda celui-ci avec un sourire tout aussi idiot.
— Alors, comme ça… Tu m'aimes!
Scorpius rit doucement puis il colla son visage contre ses genoux en passant une main dans ses cheveux. Lorsqu'il releva un peu la tête sur le côté, il lança à Rose un regard gêné qu'elle trouva incroyablement mignon.
— Tu vas utiliser ça contre moi pour le restant de ma vie, gémit-il en buvant encore une gorgée de son verre. J'aurais jamais dû te le dire.
— Non! Ne dis pas ça! dit Rose en essayant de se remettre debout. C'était très courageux.
Elle se balançait d'avant en arrière en peinant à trouver un équilibre. Son postérieur manquait à chaque pas, de s'écrouler au milieu des flammes. Elle dardait son verre dans les airs en appuyant chaque mot avec emphase comme un sorcier du Magenmaggot en plein procès. Une bonne partie de son Whisky se répandit sur le tapis, dont quelques gouttes sur Albus, toujours endormi à même le sol.
— Tu as osé partager tes sentiments et ça! Ça! Peu de gens savent...savent…
— Le faire?
— Exactement!
Elle leva le pied et menaça de basculer en arrière. Scorpius lui attrapa le poignet et la tira en avant. Rose perdit l'équilibre et tomba à moitié sur lui, riant aux larmes, sans se rendre compte qu'elle avait failli terminer sa chute dans les flammes. Scorpius riait aussi. Rose se redressa en s'asseyant entre les jambes du Serpentard qui la retenait toujours par le bras. Les cheveux de la Gryffondor lui tombaient dans les yeux et il écarta sa tignasse en caressant son front, ses tempes, sa joue. Ils riaient toujours mais leurs rires se calmaient petit à petit. Rose prenait conscience de la distance quasi inexistante entre leurs deux visages et de la main froide de Scorpius qui adoucissait le brasier de sa peau. Elle plongea dans les deux iris bleutés et brillants de son ami.
— Je devrais pas dire ça, commença-t'elle, enveloppée dans une douce torpeur, mais je te trouve très sexy.
Elle n'eut pas le temps d'expliquer pourquoi. Scorpius l'embrassa. Contrairement à la paume de sa main, ses lèvres étaient chaudes. Il passa une main dans son dos tout en continuant à caresser son visage. Rose le repoussa vivement lorsqu'elle réalisa ce qu'il était en train de se passer. Elle nia les ronronnements de plaisirs de ses entrailles et la gifle partit sans qu'elle ait eu le temps d'y réfléchir.
Scorpius encaissa le choc sans broncher. Il la tenait toujours dans ses bras, légèrement groggy par l'alcool et par le coup qu'il sentit à peine. Un long silence suivit le geste de violence de la Gryffondor qui se rendit compte qu'elle avait le souffle court. Ses lèvres étaient encore gonflées par le baiser de Scorpius, ce baiser qu'elle avait déjà rêvé ou fantasmer alors qu'elle essayait tant bien que mal de se détendre avec son petit-ami officiel.
Rose n'y tint plus. Elle agrippa férocement Scorpius par la nuque et l'attira à elle en l'embrassant de plus belle. Le Serpentard répondit à son désir impétueux avec toute la fougue qu'il avait eu tant de mal à réfréner ces derniers mois.
