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LA PROMESSE DU SILENCE


Le lendemain, Scorpius émergea d'un sommeil sans rêves, réveillé par les premiers rayons du soleil de cette matinée. Il fit une tentative pour se lever et retomba comme une masse sur son oreiller. Il gardait les yeux fermés pour se protéger de la lumière. Ses cheveux pointaient dans tous les sens comme les piques d'un hérisson, son teint était plus pâle que d'habitude. Il agrippait ses mains au rebord de l'édredon en priant que l'orchestre symphonique qui jouait dans son crâne veuille bien arrêter tout ce tintamarre.

— Bonjour! claironna une voix enjouée à côté de lui.

Scorpius entrouvrit lentement ses deux yeux pour découvrir son meilleur ami, allongé à côté de lui, propre comme un sous neuf, lui adressant un large sourire qui se voulait plus moqueur que charmant. Scorpius eut une envie irrésistible de le pousser violemment du pied pour le faire tomber du lit. À la place, il émit un grognement en refermant les yeux.

— Tu as quelques souvenirs de la nuit précédente?

Le Serpentard rouvrit un oeil. Des flashs d'images lui revenaient par bride. Il y avait eu le match de quidditch, la défaite des Gryffondor. Lui, devant la porte des vestiaires des Gryffondor, avant le match pour avouer ses sentiments à Rose. Le whisky Pur-Feu emprunté aux elfes… La salle commune… Le feu de cheminée… Rose dans ses bras… Ses lèvres sur les siennes… Ses mains sur ses…

Il se redressa d'un bond comme un diablotin sortant de sa boîte, l'air hagard. Il dévisagea Albus qui s'était attendu à cette réaction et ricana en voyant son ami fouiller la chambre du regard à la recherche de la présence de la jeune femme.

— On a… Rose et moi…, bafouilla-t'il encore sous le choc.

— Ah! Me regarde pas comme ça. Je n'ai aucune réponse. J'ai comaté dans votre salon et je me suis réveillé sur le tapis. Tout compte fait, je crois que l'alcool, c'était pas une bonne idée.

Animé par une soudaine bouffée d'énergie et de désarroi, Scorpius repoussa les couvertures et se leva. Il chancela un moment avant de retrouver son équilibre mais posa néanmoins les deux mains sur sa tête pour s'assurer qu'elle était encore là.

— D'abord, il faut que j'aille vomir, dit-il d'une voix pâteuse.

— Essaie plutôt ça.

Albus saisit la coupe qu'il avait préparé sur la table de chevet. Une épaisse fumée bleutée s'en échappait. Il la tendit à son ami qui la prit en reniflant le breuvage avec une grimace.

— C'est quoi?

— Un anti-gueule de bois hyper efficace. Je l'ai concocté ce matin avec une de ses migraines… T'as d'la chance que je t'aime bien et que je t'en ai fait une dose à toi et à Rose.

— Alors tu l'as vu? Elle est encore là?

Il but une gorgée et le goût du breuvage lui retourna l'estomac. Il eut un haut-le-coeur qui se calma immédiatement à la deuxième gorgée. Albus sauta du lit à son tour. Scorpius lui jalousa son teint frais et son énergie débordante.

— Laisse-moi réfléchir...Je l'ai surprise, à demi-conscient, très tôt ce matin, quitté ta chambre en catimini pour rejoindre la sienne. Ensuite, elle a eu pitié de moi et m'a aidé à vomir dans ses toilettes. Pour après me soutenir jusqu'à la salle des potions où j'ai concocté en douce ce remède. Elle a pris son propre gobelet et a quitté la salle de classe sans un merci. J'ignore où elle a bien pu aller.

La tête de Scorpius émergea du col de sa chemise. Il vida, d'une traite, le fond de la mixture et le tintamarre dans son crâne s'adoucit considérablement. Il sautilla ensuite sur place en essayant de mettre une de cette chaussette en même temps que son pantalon.

— J'imagine que tu n'as absolument rien à me raconter? tenta Albus avec un sourire espiègle.

— Sans commentaire!

Il enfila un des pull-over que lui avait offert Mme Weasley pour l'un de ses Noël. Celui-ci lui tricotait toujours des pulls bleus clair avec un vif d'or dessus, "assorti à ses beaux yeux bleus" finissait toujours par dire la grand-mère Weasley avec un regard attendri.

Albus observa son ami tenter de coiffer ses cheveux hirsutes en arrière et se précipiter comme une furie vers la porte de sa chambre qu'il claqua derrière lui en la faisant presque sortir de ses gonds. Albus soupira. Alors qu'il désespérait d'en savoir davantage, la porte se rouvrit un peu et en émergea la tête de Scorpius folle de joie.

— Mais vous avez tous les trois perdus le pari…

Il repartit comme il était revenu et la frustration d'Albus n'en devint que plus grande.

— Comment ça?! Attends!

Son ami ouvrit la porte de sa chambre et vit Scorpius partir à grandes enjambées dans un enthousiasme débordant, par l'entrée de la gargouille.

— Mets une cape au moins! Il a neigé cette nuit.

Scorpius n'entendit pas les bons conseils de son meilleur ami. Il ne s'aperçut pas non plus des vingts centimètres de neige qui avait recouvert le parc du château. Il sortit par la grande porte en bousculant des petits de premières avec une seule idée en tête: celle de retrouver Rose.

Ses brides de souvenirs s'étaient transformés en révélation: Rose et lui s'étaient rapproché en l'espace d'une nuit. Il ne savait plus très bien s'ils avaient couché ensembles et il se maudissait intérieurement de l'avoir oublié si c'était bel et bien le cas. Mais il ne pouvait avoir oublié certaine chose comme le goût de ses lèvres, la chaleur de son corps et à quel point ses cheveux étaient doux lorsqu'il avait passé sa main dans sa crinière pour l'embrasser de plus belle.

Il ne se rappelait plus de qui avait bien pu commencer. Il n'avait en mémoire que le regard enflammé de la rouquine qui s'accrochait désespérément au pan de sa chemise. Elle avait répondu à ses baisers avec la même fièvre qui l'animait. Et en cet instant, il avait ce besoin primordiale de la retrouver et de la serrer dans ses bras, encore une fois, pour s'assurer que tout n'avait pas été qu'un rêve; pour rendre ça définitivement réel.

Scorpius progressa péniblement dans la neige. Il n'avait pas pris les bonnes chaussures et il grelottait de froid, même dans son pull tricoté avec amour par Mme Weasley. Il avança, pas après pas, en levant bien les genoux à chaque foulée et en se frictionnant les bras pour se réchauffer. Il avait une petit idée où pouvait se trouver Rose en cet instant et il accéléra le pas lorsqu'il aperçut enfin la silhouette de la cabane d'Hagrid dont la cheminée crachait des volutes de fumées blanches. Il perçut le grognement de Raymar à quelques mètres et s'arrêta un instant en discernant Rose dans l'enclos de son griffon.

À mesure qu'il s'approchait, Scorpius discernait avec plus de précisions la jeune fille qui caressait doucement la tête de l'énorme Lion. Rose s'était emmitouflé dans son épaisse cape de fourrure. Ses longs cheveux bouclés, roux, tombait dans son dos et dénotait sur le noir de son vêtement. Plusieurs flocons tombaient dans ses mèches lorsque Raymar sauta, pattes jointes, dans la neige en faisant rire sa maîtresse. Son teint était rosé, ses yeux brillants et ses lèvres rouge, gourmande qui donnèrent immédiatement envie à Scorpius de les embrasser.

Lorsqu'il arriva enfin près de la cabane d'Hagrid, il voulut l'appeler. Il leva le bras pour lui faire signe en espérant qu'elle se retourne. La porte s'ouvrit soudain et Hagrid émergea de son pas pesant, tenant deux grands bacs en bois dans chaque main, remplis de ragondins morts.

— Tiens, Chase! Prend encore un seaux. C'est qu'il est vorace ce petit.

Scorpius se colla contre le mur de pierre derrière la cabane. Il avait eu ce réflexe en entendant le nom de son pire ennemi. Il perçut le rire de Chase et il crut que la gueule de bois avait fait brusquement surface, sentant son estomac se retourner. Scorpius jeta un oeil par-dessus la réserve imposante de bois du demi-géant. Il vit Hagrid et Chase entrer dans l'enclos à leur tour. Tandis que le professeur de Soins aux créatures magiques jetait des rongeurs au griffon, Chase héla Rose qui se retourne sur lui avec un grand sourire aux lèvres. Le même qu'elle lui avait adressé hier soir, dans ses bras, avant qu'elle ne l'embrasse. Scorpius observa, impuissant, Chase la serrer contre lui pour la réchauffer et déposer un baiser sur ses lèvres. Le Serpentard resta bloqué sur l'expression attendrie de la rouquine qui laissa échapper un soupir en s'accrochant à ses épaules.

Il en avait assez vu. Scorpius oublia le froid et ses pieds mouillés par la neige. Le souvenir heureux de la nuit précédente se brisait dans son esprit. Il repartit, en silence, lentement, vers les portes du château. Il prit le temps de réfléchir malgré les cris de protestations qui hurlaient dans son esprit sans qu'il en saisisse le sens. Il se sentait mal tout à coup, très mal. Peut-être un effet secondaire de la potion d'Albus. C'était idiot de penser cela mais Scorpius souffrait et aucune pensée rationnelle ne pouvait le faire affronter l'horreur auquelle il venait d'assister.

Il traversa un champ de bataille de boules de neige et gravit les marches du perron. Il ne se retourna pas lorsque le griffon de Rose poussa un curieux rugissement dans son dos.

OoO

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis sa cuisante défaite contre les Poufsouffles. Les chutes de neige ne s'étaient plus arrêtés et tous le château était recouvert d'un épais tapis blanc opalescent. Noël approchait à grand pas. Comme chaque année, durant cette période, tout Poudlard s'était mis au diapason des festivités de Noël. Les douze grands sapins ornaient, à présent, la Grande salle et les traditionnelles feuilles de gui jalonnaient chaque étages en décorant les rampe d'escalier dans une ambiance festive. Les premières années envoyaient déjà leur liste à leurs parents par hiboux et les armures entamaient des chants de Noël à chaque passage d'élèves.

Rose ne partageait pas l'esprit festif des autres habitants du château. Depuis quelques temps, elle était tourmentée.

La jeune fille ne pouvait s'empêcher de repenser à la nuit du match de quidditch. Elle avait énormément bu, plus que de raisons. Elle avait en mémoire, ce souvenir cuisant qui ne voulait plus la quitter et qui la hantait chaque jour. Elle avait eu la bassesse de se jeter dans les bras de Scorpius Malefoy. Il était vrai qu'il s'était montré terriblement charmant et galant envers elle. Il l'avait consolé alors que Chase fêtait sa victoire avec sa Maison dans son ancienne salle commune, la laissant seule avec ses larmes. L'esprit embrumé par l'alcool, Rose s'était surprise à trouver son vieil ami incroyablement sexy, la chemise un peu déboutonnée, les cheveux mal coiffé, les yeux rendus rieurs par l'alcool et sa voix… Elle en avait encore des frissons.

C'était une erreur, une horrible erreur. Rose s'en était aperçue à la seconde où elle s'était réveillée en soutien-gorge dans les draps du Serpentard. Elle s'était rassurée en constatant qu'il était toujours habillé, elle aussi (plus ou moins). Ils n'avaient pas sauté le pas mais il s'en était fallu de peu. Et le pire… Elle avait failli tromper Chase. Non, en réalité, elle l'avait déjà trahi en succombant à la tentation d'embrasser le beau blond. Et pour cela, Rose s'en voulait terriblement.

Chase l'avait retrouvé le lendemain, alors qu'elle se rendait chez Hagrid pour y voir un peu plus clair. Il l'avait immédiatement serrer dans ses bras en s'excusant de l'avoir abandonné pour fêter sa victoire. Elle l'avait serré, à son tour, contre lui, s'imprégnant de son odeur pour échapper à celle de Scorpius dont elle avait encore l'impression d'être imprégnée.

— Tu n'étais pas seule au moins? lui avait-il demandé en lui caressant doucement les cheveux.

— Euh...non! J'étais avec...Albus et…

La fin de sa phrase mourut dans sa gorge. Elle n'avait pas le courage de prononcer le prénom de celui avec qui elle avait passé la nuit, loin des bras musclés et réconfortant de son petit-ami.

Chase la repoussa doucement pour la dévisager. Il avait une expression curieuse et Rose crut, un bref instant, qu'il se doutait de ce qui avait bien pu se passer en son absence.

— Scorpius? avait-il encore demandé d'une voix amère.

Rose avait opiné à regret.

— J'aimerais que tu ne le voies plus, avait-il dit soudain. Je trouve qu'il a une mauvaise influence sur toi. Tu empestes le Whisky Pur-Feu…

— Ah.. C'est que…, avait bafouillé Rose confuse, Albus a apporté plusieurs bouteilles et…

Chase l'avait interrompu par un baiser qu'il approfondit jusqu'à ce que Rose ne se colle à lui, oubliant tout avec délice.

— Je ne veux plus que tu le voies, ni que tu lui parles, avait-il encore dit. Plus jamais...Promis?

Son ton n'était pas agressif mais Rose y avait perçu une menace, ou plutôt un avertissement. Elle pouvait le perdre si elle enfreignait cette promesse et elle avait promis en se jurant de ne plus jamais tomber dans les pièges de Scorpius Malefoy.

Alors que Noël approchait, Rose avait eu beaucoup de mal à tenir cette promesse. Elle avait plusieurs cours en commun avec lui et Albus. À chaque fois qu'elle croisait son regard, elle s'était efforcé de détourner les yeux en s'asseyant le plus loin possible de lui en classe. Albus avait assisté à cette froideur, ne comprenant pas ce qui avait bien pu arriver à ces deux-là. Rose n'avait donné aucune explication, ni à son cousin, ni à Lily qui l'avait un jour alpagué dans un couloir avec son air furibond. Albus avait dû lui raconter leur fête post-défaite. Rose avait envoyé balader sa cousine (pour la première fois, ce qui avait grandement choqué cette dernière) et à force de fuir Scorpius, elle avait fini par s'éloigner de tout le monde pour passer le plus clair de son temps avec Chase.

Ils passaient leur journée ensemble. Lorsqu'ils n'assistaient pas aux mêmes cours, ils se précipitaient pour se retrouver dans les couloirs et accompagner l'autre à son prochain cours, main dans la main. Rose voyait Chase aux pauses, l'embrassait dans les couloirs, s'asseyait avec lui sur les marches glaciales des escaliers gelés, et passait ses soirées, vautrés avec lui sur les canapés de velours en faisant grimacer de dégoût la préfète de Serdaigle qui rentrait de sa ronde.

Peu à peu, Rose réussit à se persuader qu'absolument rien ne s'était passé entre elle et Scorpius. La veille des vacances de Noël, elle se convainquit qu'elle était définitivement sortie d'affaire et que Chase avait eu totalement raison de lui dire de fuir Scorpius comme la peste.

Rose accueillit les derniers jours de la semaine avant le grand départ pour le Terrier, avec une joie non dissimulée. Elle se réjouissait de retrouver sa famille et ses grand-parents dans la maison familial pour fêter Noël avec tout le monde et surtout avec Chase. Sa grand-mère avait été heureuse d'apprendre qu'elle avait enfin trouvé l'amour et elle avait invité son copain à les rejoindre pour les fêtes. En apprenant la nouvelle, Chase avait bondi de joie. Il avait toujours rêvé de rencontrer les parents de Rose et surtout, le Grand Harry Potter en personne. Comme tous les ans, il serait de la partie avec Tante Ginny et le reste de la grande famille Weasley.

Avant de partir, Rose devait se mettre à jour dans les nombreux devoirs qu'elle avait accumulé au fil des semaines. Le temps passé avec Chase à flirter était du temps en moins pour ses révisions pour les Aspics. Elle se promit de travailler d'arrache-pied pendant les vacances en empruntant quelques livres à la bibliothèque pour les emporter avec elle au Terrier.

Elle n'avait pas été la seule à avoir cette idée. Lorsqu'elle passa les portes de la bibliothèque, Rose fut dévisagée par une série de tête concentrée, entouré d'une pile de bouquins. Quelques chuchotements s'élevèrent sur son entrée et Mme Pince, qui surveillait à l'entrée, ordonna sèchement aux élèves de garder le silence sous peine d'expulsion. La plupart des occupants étaient des élèves soit de septième en train de bûcher sur leurs Aspics, soit des cinquièmes en pleine détresse pour leur Buse.

Rose dépassa une table. Elle vit du coin de l'oeil quelqu'un lui faire signe au fond de la pièce de lecture. Elle se glaça d'effroi en apercevant Lily l'appeler à la rejoindre, accompagné d'Albus, le nez dans un épais volume de Potions et Scorpius qui, heureusement, lui tournait le dos. Rose ne répondit pas. Elle préféra s'enfuir, le sac sur l'épaule, entre deux rayons de livres. Elle progressa à travers les grandes rangées de livres de magie pour trouver refuge dans le fond de la bibliothèque, là où personne ne penserait la déranger.

Elle s'appuya un instant contre la bibliothèque en soupirant. Rose culpabilisa. Elle n'avait pas eu le temps de voir le visage déçue de sa cousine qui devait souffrir de cet éloignement. Faire souffrir Lily était la dernière chose qu'elle souhaitait mais Rose n'avait pas le choix si elle voulait respecter sa promesse faite à Chase. Elle pouvait, au moins, se glorifier d'avoir réussi à échapper à Scorpius pendant tout ce temps.

Rose sentit soudain une pression sur sa main gauche. Lorsqu'elle baissa les yeux, elle vit Scorpius lui saisir la main. Elle eut ce réflexe stupide de vouloir s'enfuir. Pour aller où? Scorpius serra sa main plus fort pour l'empêcher de partir. Son regard était dur et le coeur de Rose se mit à s'emballer dans sa poitrine.

Scorpius la fit prisonnière entre ses bras. Il était tout près d'elle, beaucoup trop près. Elle eut soudain un bref souvenir de leur nuit. Son odeur était la même et Rose ne put s'empêcher de rougir. Scorpius ne semblait pas remarquer le désarroi de la jeune fille. Curieusement, il se mit à sourire ce qui effraya d'autant plus la Gryffondor.

— Tu m'ignores, Weasley?

Sa voix était dure et amère mais il conservait toujours son horrible sourire qui mettait Rose mal à l'aise. Elle remarqua soudain à quel point ses traits étaient tirés. Il ne s'était pas rasé ces derniers jours et il avait, à présent, une légère barbe blonde qui aurait fait frissonner de dégoût le Professeur McGonagall (elle ne supportait pas les élèves négligés). Il avait mal boutonné sa chemise et Rose fixa, au-dessus de son noeud de cravate, la base de son cou où elle se revit y déposer un baiser passionné.

Sentant le rouge lui monter aux joues, Rose pivota sur elle-même, contre l'étagère de livres. Elle ne pouvait pas s'enfuir, elle pouvait au moins lui tourner le dos. Elle se devina ridicule dans cette position mais s'il continuait à la dévisager ainsi, elle ne pourrait plus résister à l'envie de lui parler. Peut-être que cela le poussera à la laisser tranquille? À la place, elle l'entendit soupirer.

— Oh! Et puis, merde! Rose! S'il te plaît… Je comprends pas. Je voulais seulement...Je t'ai vu avec Chase le lendemain quand tu étais chez Hagrid. J'ai compris que tu regrettais ce qu'on avait fait. Je comprends vraiment, dit-il encore. C'est juste que…

Malgré elle, au fur et à mesure des paroles de Scorpius, Rose s'était peu à peu retournée. Elle serrait contre elle son sac sur sa poitrine comme une sorte de remparts. Mais Scorpius s'était reculé. Il s'appuyait contre l'étagère d'en face, la tête baissée. Lorsqu'il la releva, Rose fut surprise de le voir rougir. Il détourna aussitôt les yeux.

Soudain, Rose sentit un brasier envahir ses entrailles. Elle avait beau passé beaucoup de temps avec Chase, dans l'intimité la plus proche possible, elle devait reconnaître qu'il n'y avait que Scorpius pour allumer ce feu incandescent qui lui brûlait la peau. Elle était faible de le trouver mignon parce qu'il était gêné. Elle avait presque envie de le toucher. Elle l'aurait fait s'il n'avait pas fait un pas vers elle.

— Ça me fait peur de tomber amoureux de toi. Cette fameuse nuit, je me suis senti heureux. Je n'avais plus ressenti ça depuis très longtemps. Et quand je t'ai vu avec Chase après... Je sais que je t'ai dit qu'on pouvait rester ami mais ça c'était avant de t'avoir embrassé. Je ne peux plus revenir en arrière.

Le coeur de Rose manqua un battement. Si elle le voulait, elle pouvait faire volte-face et partir en courant à travers la bibliothèque. Mais elle n'en avait pas l'envie. Elle s'abreuvait de chaque mot du Serpentard et frissona lorsqu'il fit encore un pas vers elle.

— Tu auras beau m'ignorer, Rose. Ça ne changera rien à ce que je ressens pour toi. Et je suis sûr que tu ressens la même chose.

Rose ouvrit la bouche pour lui rétorquer que non. Elle la referma comme un poisson hors de l'eau. Elle avait enfreint une bonne partie de sa promesse envers Chase sauf celle de ne pas lui parler. Elle pouvait au moins respecter cela. Du moins, essayer. Rose secoua la tête en fermant les yeux. Scorpius s'approcha encore.

— Tu ne veux pas me parler? Ce n'est pas grave.

Il leva sa main et la posa sur la joue de Rose. Surprise, elle n'osa pas faire un mouvement. Son corps était comme paralysée. .Elle pensa à la peur mais le feu brûlant qui montait de son bas-ventre lui faisait comprendre qu'elle ressentait tout autre chose que de la frayeur. Scorpius passa son pouce sur ses lèvres et les caressa doucement. Son visage s'était approché à quelques centimètres du sien. Le coeur de Rose s'accélérait à chaque mouvement de son pouce sur sa bouche. La seule solution qu'elle avait pour le faire fuir, c'était de parler.

— Fais-moi entendre le son de ta voix, lui murmura Scorpius.

Sa voix était suave, un brin autoritaire. Son regard, d'ordinaire bleu clair, s'était comme assombri. Rose fut captivée par son expression dure, décidée, franche et qui trahissait pourtant tellement de souffrance. Il approcha son visage à son oreille en effleurant sa peau qui devint brûlante à son contact.

— Ça fait des semaines que je ne l'ai pas entendue. Je l'ai presque oubliée…

Rose détourna la tête en rougissant de plus belle. Comment pouvait-il passer aussi vite du romantisme à… Elle avait le tournis. Tous ses sens étaient en éveil. Elle aurait pu fuir, là maintenant mais la main de Scorpius se reposa sur la sienne. Il était vraiment tout près et elle se raccrocha à sa promesse de ne pas lui parler. Derrière eux, il percevait à peine les remontrance de Pince contre des élèves qui faisaient un peu trop de bruits.

— D'accord, dit encore Scorpius en constatant le silence de la jeune femme. Je vais devoir te forcer, alors…

Scorpius continua à jouer avec sa bouche puis son pouce passa le barrage de ses lèvres pour pénétrer l'intérieur et caresser le bout de sa langue. Rose réprima un gémissement. Le brasier de ses entrailles s'était soudain logé entre ses jambes. Ses yeux marrons s'écarquillèrent de surprise. Malgré sa stupeur, elle entrouvrit les lèvres pour le laisser continuer son exploration. En dépit de ses efforts, elle ne parlait toujours pas. Il pouvait faire ce qu'il voulait d'elle, Rose n'émettrait aucun son.

— Tu es si têtue…

La voix de Scorpius était rauque. Elle comprit qu'il perdait, lui aussi, peu à peu, complètement pied. Au fur et à mesure qu'il explorait sa bouche, il se collait à Rose. Il avait avancé son visage près du sien et elle pouvait sentir son souffle chaud sur ses lèvres, en plus de ses doigts. Elle essayait de reculer et se retrouva bientôt, assise sur le bord des étagères pleines de livres. Scorpius s'était habillement positionné entre ses jambes, légèrement écartées.

— Dis mon nom, Rose...Je veux entendre le son de ta voix.

Rose n'en pouvait plus. Elle détourna encore la tête en repoussant faiblement Scorpius. Elle avait posé ses mains sur son torse et le désir monta d'autant plus. Ce simple contact lui rappela leur précédente étreinte et elle sentit sa résistance faiblir un peu plus.

Scorpius serra sa main posée sur son torse et il l'attira un peu plus contre lui en écartant un légèrement ses jambes. Il colla son bassin contre le sien. Rose avait lâché son sac. Elle refusait de croiser son regard. Si elle plongeait ses yeux dans les siens, elle savait que toutes ses résistances tomberaient.

— Rose, lui susurra Scorpius à l'oreille.

Il caressa sa nuque et passa sa langue sur son oreille. Rose frémit de tout son être. Elle tourna la tête vers lui, haletante, le regard fiévreux. Il lui caressa encore la joue et captura ses lèvres pour un long baiser. Sa langue pénétra ses lèvres comme l'avait fait son pouce. Sa main serrait toujours la sienne, l'autre caressait sa nuque et ses cheveux.

Rose se perdit dans ce baiser. Elle calma toute la fièvre qui n'avait cessé de monter depuis que Scorpius l'avait coincé dans cette partie de la bibliothèque. Elle l'attira à lui en oubliant Chase et ses promesses. Scorpius se pressait contre elle, assoiffé. Elle le goûta encore et encore ne se lassant pas de cette ivresse qui enflammait tous ses membres.

Rose laissa échapper un gémissement entre les lèvres de Scorpius. La main de ce dernier descendit plus bas, toujours plus bas. Lorsqu'il voulut caresser son intimité, la gifle siffla dans l'air.

— Arrête ça! Imbécile! hurla Rose dans la bibliothèque en faisant sursauter tous les élèves et surtout Mme Pince.

La bibliothécaire déboula dans la rangée où se trouvait Rose et Scorpius. Les deux élèves de septième s'étaient séparés d'un bon mètre et se toisait durement. Rose haletait encore et la joue de Scorpius portait la marque rouge de la main de la Gryffondor.

— Miss Weasley, comment osez-vous crier dans ma bibliothèque. Je vous somme de déguerpir immédiatement! Non, mais! Une préfète-en-chef, en plus! Inimaginable!

Rose n'essaya pas de se défendre. Elle ramassa son sac et fusilla du regard Scorpius.

— Au moins, j'ai entendu le son de ta voix, lui murmura-t'il dans son sillage.

Elle s'arrêta pour le regarder et lui balança à la figure tout le mépris qu'elle avait pour cette piteuse victoire. Tous les mots d'amour qu'il avait pu lui sortir avant cela, était mort avec sa tentative désastreuse de la séduire. Rose n'eut même pas l'envie de lui rétorquer quoique ce soit. Elle ignora les remontrances de Mme Pince qui la suivit jusqu'à la sortie en lui interdisant l'accès de la bibliothèque jusqu'au deuxième semestre.