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FRANCHES DISCUSSIONS


Rose et Chase avaient pris place dans le dernier compartiment du Poudlard Express qui les ramenait à Londres, en quête d'intimité. Lorsqu'elle traversa le couloir pour chercher des places, elle aperçut Lily, Thomas, Albus et Hugo dans un compartiment, riant aux éclats. Rose s'arrêta un instant devant les membres de sa famille qui passaient du bon temps. L'année dernière, elle était avec eux, essayant de baffer son petit frère qui lui avait encore sorti une horreur. Elle se rendit compte, la mort dans l'âme, qu'aujourd'hui, elle n'osait ouvrir la porte après les avoir ignorés pendant des semaines. Lily leva la tête et croisa son regard. Aussitôt, Rose rejoignit Chase qui avait pris de l'avance.

Voilà près de deux heures qu'elle sondait le paysage, perdues dans ses pensées qui n'avaient rien de joyeux. Elle était appuyée contre l'épaule de Chase qui lui caressait distraitement les cheveux en discourant longuement sur la joie qu'il éprouvait à l'idée de rencontrer sa famille. Rose écoutait un mot sur deux en opinant silencieusement de temps en temps. De toute façon, Chase ne voyait pas la différence. Elle contemplait les collines enneigées où dépassaient, de temps en temps, une petite bicoque. Le ciel était gris comme son humeur et elle se dit qu'il n'allait pas tarder à neiger à nouveau.

Depuis l'épisode dans la bibliothèque avec Scorpius, Rose s'était montrée froide envers Chase. C'était la dernière chose qu'elle voulait mais la culpabilité était trop grande même si Scorpius portait, à lui seul, la responsabilité de cette débâcle. Bien sûr, elle n'avait rien dit à son petit-ami de ce qui s'était passé entre elle et le Serpentard. Encore un nouveau secret qu'elle devrait porter jour après jour. Le pire était qu'à chaque fois que Chase la prenait dans ses bras, l'image de Scorpius ne la quittait plus. Lorsque la flamme incandescente de son excitation la gagnait alors que Chase la touchait, elle se rappelait celle qu'elle avait éprouvé avec Scorpius, bien plus puissante, plus enivrante et le feu mourait aussi vite qu'il n'était apparu. Rose espérait de tout coeur que les choses s'arrangeraient entre elle et Chase au Terrier. Elle était quasi sûre que fêter Noël avec sa famille la détenterait. Et puis, Chase était si heureux de le passer avec elle. Cela ne pouvait que bien se passer.

Alors que Rose essayait de se détendre, la porte du compartiment s'ouvrit. Chase se redressa sur la banquette et Rose s'arracha à l'étreinte de ses bras. Ses amis venaient d'entrer et le pressait de les rejoindre pour une raison qui échappa complètement à la Gryffondor. Ils demeurèrent très vague mais Chase avait compris, lui, et il adressa un sourire gêné à Rose.

—On se rejoint après? demanda-t'il timidement.

Rose le dévisagea interloquée. Il allait la laisser seule après tout le foin qu'il avait fait pour qu'ils trouvent un compartiment libre, rien que pour eux deux! Elle ouvrit la bouche pour répliquer une remarque cinglante mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge et elle se contenta d'acquiescer alors que Chase se levait déjà pour rejoindre ses amis. Il lui fit un vague signe de la main à travers la vitre de la porte coulissante et disparut avec ses amis, hilares.

Rose se renfrogna sur sa banquette en croisant les bras. Elle laissa son attention se perdre dans le paysage blanc de la campagne anglaise. Elle était d'une humeur massacrante jusqu'à ce qu'elle entende la porte du compartiment coulisser dans son dos. Rose se retourna vivement espérant découvrir que Chase avait changé d'avis.

Lily referma la porte derrière elle. Ses long cheveux roux était attaché en une demi-queue de cheval et Rose s'aperçut soudain à quel point elle ressemblait à sa mère. Elle avait d'ailleurs la même expression, d'une dureté effrayante. Ses yeux verts la dévisagèrent d'un air grave et elle s'assit en face de sa cousine sans lui demander la permission.

—Qu'est-ce que tu fais là? demanda Rose.

—J'ai attendu que ton copain sorte avec ses potes. Je me doutais qu'il allait te laisser toute seule. Enfin… Albus l'avait deviné. Il fallait que je te parle.

D'ordinaire, Lily Potter avait cette personnalité exubérante, caractérisée par des manies et des humeurs de petite princesse gâtée. Mais de temps en temps, la véritable Gryffondor surgissait sous ses faux airs de petite fille. Elle avait cette facette cachée qui faisait un peu peur à Rose. Le peu de gens qui avait eu la malchance de côtoyer cette Lily, n'avait jamais été plus les mêmes après cela. Lily était sérieuse, pour une fois, et cela effraya sa cousine.

—Je vois bien que nous ignore ces derniers temps…, continua Lily sur la défensive. J'en ai marre! Si tu as un problème avec moi, je te donne l'occasion de t'expliquer. Allez! Vas-y! Vide ton sac!

Rose se sentit incroyablement faible face à sa cousine qui la fixait avec une lueur sauvage dans le regard. Ses cheveux flamboyants qui encadraient son minois légèrement allongé, lui durcissait soudain les traits. Lily attendait une réponse et Rose chercha désespérément ses mots.

—Je ne veux pas vous fuir. En fait, je ne fuis que Scorpius…

—Pourquoi? s'exclama Lily. Il ne t'a rien fait.

—Chase m'a fait promettre de ne plus lui parler.

Un silence de mort accueillit cette révélation. Lily détourna le regard, les yeux perdus dans le vide. Une fine grimace pinça ses lèvres roses. Quand elle releva la tête sur sa cousine, Rose sut que l'incompréhension avait fait place à la colère.

—Je sais que je t'ai dit pas mal de choses sur Chase, Scorpius, sur toute cette histoire. Seulement, on restait amie. Là, ça touche à notre amitié et je ne peux plus laisser ça comme ça. Tu comprends? Je te parle sérieusement là. On arrête de jouer. Je te demande de bien m'écouter, Rose. S'il te plaît, pour une fois…

Lily attrapa les mains de Rose qui se raidit un peu plus. En réalité, elle n'avait jamais vu Lily dans cet état.

—Chase n'est pas un gars bien, dit-elle lentement. Albus et moi pensons qu'il est motivé par autre chose. Il faut que tu le quittes.

Rose arracha ses mains des paumes de Lily qui recula instinctivement.

—Je t'interdis de dire cela sur lui. Tu ne le connais pas! Ça te plairait si je te disais la même chose pour Tom?

—Tom ne m'a jamais éloignée de toi…, lâcha Lily d'une voix dure.

Le flot de reproches de Rose mourut entre ses lèvres. Elle fut choquée par la véracité de la réplique de sa cousine. L'expression de celle-ci avait un curieux mélange de tristesse et de colère. Le coeur de Rose se serra.

—Et il ne m'a jamais demandé de lui promettre ce genre de choses. Réfléchis Rose! s'exclama Lily au bord des larmes. Quand on aime quelqu'un, on ne l'isole par des personnes qui nous aiment.

—Il ne m'a jamais demandé de ne plus te parler; Il a juste parlé de Scorpius. Je crois que j'étais en colère contre toi pour les paris. J'ai peut-être… Je

Rose baissa la tête, honteuse. Les paroles de Lily l'avaient touché et une vague de tristesse avait soudain envahi son âme. Elle avait une envie folle de pleurer et en baissant la tête, elle espérait contenir les larmes qui perlaient déjà dans ses yeux. Lily se leva soudain pour s'asseoir à côté de sa cousine. Elle lui reprit les mains et lorsque leurs regards se croisèrent, Rose vit que Lily pleurait aussi.

—Je comprends que tu aies été en colère, dit-elle en essuyant du revers de sa manche les larmes qui coulaient sur les joues de Rose. C'était une idée stupide. Un jeu débile.

Elle lui serra les mains un peu plus fort.

—Ecoute, je ne vais pas te dire ce que tu dois faire. Excuse-moi de t'avoir dit de quitter Chase...J'aurais réagi de la même manière si tu m'avais dit la même chose pour Tom, rit-elle en essuyant ses propres pleurs. Mais je ne veux pas qu'on s'ignore, d'accord.

Une affreuse grimace de tristesse déforma le visage de Lily. Rose eut encore envie d'éclater en sanglot. Elle serrait les mains de sa cousine pour s'empêcher de pleurer.

—On est entouré de garçons dans notre famille. Tu es ma plus proche amie. Ma meilleure amie! Je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi…

Rose n'y tint plus. Elle serra Lily dans ses bras et les deux amies pleurèrent et rièrent de s'être enfin retrouvées après des semaines d'ignorance.

Les deux cousines rattrapèrent le temps perdus en discutant longuement tout le long du voyage. Chase ne revint pas une seule fois durant les longues heures qu'elle profita du pure moment de bonheur partagé avec sa cousine et sa meilleure amie.

—Tu dois me promettre qu'on ne s'ignorera plus jamais aussi longtemps!

—Je te le promets.

Rose eut alors cette étrange impression que la promesse faite à Lily était beaucoup plus légère à porter que celle de Chase.

OoO

Cela faisait maintenant une bonne heure que Lily était sortie du compartiment pour essayer de parler à Rose. Scorpius pensa que cette tentative était parfaitement inutile. Il conservait encore le souvenir amer de la gifle dans la bibliothèque. Sur le moment, il s'était réjouit de ce bref moment d'intimité mais il s'était vite évanoui dès l'instant où il l'avait recroisée, accompagné de Chase. Scorpius en avait assez d'espérer un sursaut de raison chez Rose Weasley. Plus il espérait et plus il s'enfonçait dans un abysse de désespoir qui commençait tout doucement à le faire basculer dans la folie.

Lorsque Lily s'était levée pour tenter de rejoindre Rose, Scorpius n'avait pu lâcher une remarque sarcastique. En réalité, il l'avait observé sortir du compartiment avec une pointe de jalousie. Il aurait donné n'importe quoi pour être à sa place et se retrouver seul avec Rose ne serait-ce qu'une minute.

Thomas s'était inquiété de l'absence de sa petite-amie et s'était excusé auprès des deux Serpentard pour aller la rechercher en refermant la porte coulissante derrière lui. Albus et Scorpius se retrouvèrent seul, l'un en face de l'autre, installé sur la banquette, côté fenêtre. Scorpius râlait, comme d'habitude depuis ces derniers temps. Il mourrait d'envie d'allumer une cigarette mais il devrait attendre patiemment son retour à Londres. Depuis leur départ de Poudlard, Albus s'était montré particulièrement silencieux. Il n'avait pas prononcé un mot durant le voyage mis à part lorsqu'il avait mis en garde Lily lorsqu'elle avait parlé d'aller retrouver Rose pour une franche discussion. Depuis le départ de sa petite soeur, il s'était enfermé dans un mutisme méditatif, le regard perdu dans le vide, bloquant sur une page d'un de ses ouvrages posés sur ses genoux.

—Ça me saoule de devoir passer Noël au Manoir, dit Scorpius qui en avait assez de ce silence. Mais je devrais débarquer au Terrier pour le Nouvel An. Tu es sûr que cela ne dérange pas ta famille que je vienne?

Albus ne répondit pas. Il n'avait pas bougé d'un iota, semblant être plongé dans une intense réflexion.

—Albus? Oh! ALBUS! cria presque Scorpius.

—Hein? Quoi?

—Tu m'écoutes?

—Ah oui… Oui, t'inquiète je dirais à Mamy de te préparer ton dessert préféré, répondit-il à côté, en rajustant ses lunettes sur son nez.

Scorpius fronça les sourcils.

—Tu ne m'as pas du tout écouté, en fait.

Albus ferma précautionneusement son livre sur ses genoux et croisa les jambes.

—J'étais en train de réfléchir, dit-il encore d'une voix pensive.

—J'ai vu, répliqua Scorpius avec un sourire. Sur quoi?

—La braillantine…

Pendant un instant, Albus se tut à nouveau en prenant cette même expression réfléchie. Il sondait Scorpius avec son éternel regard sévère. Il avait attaché ses cheveux en une haute queue-de-cheval et croisait ses longs doigts fins sur son genou.

—Quoi, la braillantine? Tu as peur de te ramasser une mauvaise note?

Albus chassa la question de Scorpius du revers de la main. Il décroisa les jambes pour se pencher vers lui, l'air grave.

—Je trouve étrange qu'elle ait prise cette teinte de noir.

—Ah, oui…

Scorpius se passa une main dans ses cheveux blonds. Il s'en voulait pour cela. La braillantine avait changé de couleur juste après sa dispute avec Chase dans la salle commune. S'ils allaient se ramasser un "Piètre" en Botanique, c'était entièrement sa faute.

—Désolé, ajouta-t'il encore.

—Non, laisse tomber tes excuses. Je ne crois pas que tu sois le responsable…

—Comment ça?

—Est-ce que tu as vu la braillantine changer de couleur? Est-ce que tu sais exactement à quel moment elle est devenue noire?

—Albus… Explique-toi, bon sang!

Son meilleur ami avait ce défaut tellement irritant de répondre à une question par une autre. Il n'était jamais clair dans ses explications et prenait un malin plaisir à faire durer le suspens de ses grandes découvertes ou secrets. Il avait cet horrible talent de distiller ses informations au compte-goutte en rendant chèvre son interlocuteur à chaque fois.

—Tu te souviens des cours du Professeur Londubat? La braillantine prend une couleur noire lorsque la personne qui lui parle est soit suicidaire, soit meurtrière. Il me semble pas que tu aies eu envie de te suicider à ce moment là… Et je suis certain que tu n'avais pas l'intention de tuer Chase.

—Je l'ai tout de même menacé de le transformer en puce et de l'écraser sous mon pied.

Albus secoua doucement la tête.

—C'était sous le coup de la colère et la fleur est parfaitement capable de différencier les deux. Pour la colorer en noir, il faut être clair dans ses intentions. La fleur ne se trompe jamais. Regarde la fille de Rowena Serdaigle… Elle s'est suicidée et ses braillantines étaient noire. Rowena les a cueillies parce qu'elle ne supportait pas la perte de son unique fille. Elle en est morte, elle aussi. Tu comprends? Si elle avait été simplement un peu triste ou dépressive, les fleurs auraient été bleues.

—D'accord, la braillantine est noire et c'est bizarre. Où veux-tu en venir? Tu crois que Rose a encore envie d'en finir? demanda Scorpius soudain inquiet.

—Je ne crois pas. Elle semblait vraiment contrariée que la fleur ait pris cette teinte. Et puis, la connaissant, elle aurait à tout prix évité que la plante ne soit exposée à sa détresse. Rose est le genre de personne qui veut à tout prix préserver les autres.

Scorpius se redressa sur sa banquette. Parler de Rose le faisait se sentir mal. Il détourna les yeux de son ami pour chasser les mauvaises émotions qui avait commencé à le submerger.

—Très bien, finit-il par dire en reprenant le contrôle de ses émotions. Où veux-tu en venir, au juste?

—Alors, il ne reste que Chase.

—Chase?

—Je ne vois que lui.

Son meilleur ami se redressa lui aussi. Il croisa les bras sur son chandail et scruta, un moment, le paysage enneigé avec la même expression de profonde réflexion. Scorpius, lui, médita cette hypothèse. Il eut soudain l'image fugace de son duel avec Chase, juste avant que le griffon de Rose n'intervienne sur le terrain.

—Il a essayé de me balancer un Avada Kedavra, lâcha Scorpius, soudain devenu très sérieux, lui aussi.

Albus se tourna vers lui, intéressé.

—Tu crois qu'il essaye de me tuer?

—J'aurais du mal à le croire, dit Albus en réfléchissant. C'est un crétin mais il ne m'a jamais paru méchant.

—Ce n'est pas toi qui a failli te prendre son sort impardonnable dans la gueule…

—De plus en plus étrange…

Il y eut, tout à coup, un grand remue-ménage dans le couloir, devant leur compartiment. Un groupe de garçons de la maison Poufsouffle riaient et criaient de l'autre côté de la vitre. Albus et Scorpius reconnurent les membres de l'équipe de quidditch qui avait disputé le match contre les Gryffondor et en fin de queue, il découvrirent leur capitaine, hilare. Chase croisa le regard des deux Serpentards à travers la porte vitrée. Il leur adressa un sourire carnassier qui donna envie à Scorpius de lever sa baguette. Mais avant qu'il n'ait pu tenter quoique ce soit, le groupe des Poufsouffles s'étaient éclipser plus en avant.

—L'enfoiré! marmonna Scorpius en essayant de contenir sa colère face à Albus.

Dès le départ des gorilles de Chase, Albus s'était levé précipitamment et avait descendu sa valise du filet à bagage. Il l'ouvrit devant le regard interrogateur de Scorpius qui l'observa farfouiller frénétiquement dans ses affaires.

—Qu'est-ce que tu fais?

—Je crois qu'il est temps d'en savoir plus.

Son visage s'éclaira lorsqu'il attrapa le pan d'un tissu qu'il tira, sans ménagement, hors de sa valise. Scorpius reconnut immédiatement la vieille cape que son père lui avait offert lorsqu'il remporta le plus de Buses de tous les cinquièmes années réunis. Albus s'en servait rarement (malgré les suppliques mensuelles de son meilleur ami). Scorpius fut d'autant surpris qu'il la sorte ainsi dans le train qui les ramenait de Poudlard.

—Tu comptes faire quoi exactement? demanda Scorpius méfiant.

—Suis-moi.

Malgré lui, Scorpius se leva à son tour et suivit Albus qui ouvrait déjà la porte de leur compartiment. Ils virent le groupe de Poufsouffle se diriger dans le wagon de tête dans un tumulte qui aurait pu réveiller des vampires en plein jour. Albus fonça dans leur sillage en conservant une certaine distance. Ils dépassèrent des filles de troisième année qui gloussèrent lorsqu'elles reconnurent le fils Potter. Lorsqu'Albus estima qu'ils étaient assez proches et hors de la vue des autres passagers du train, il enjoignit Scorpius à se recouvrir de la cape. Scorpius lui obéit en ne trouvant pas le temps de lui dire à quel point ce plan était stupide et dangereux. Scorpius était beaucoup plus grand que son ami et il dut plier un peu les genoux pour que la cape d'invisibilité les recouvre entièrement. Ils avancèrent, lentement et avec beaucoup de précaution, devant la porte vitrée du compartiment de Chase et de ses amis.

—Et maintenant? lui chuchota Scorpius.

Albus sortit sa baguette de sa poche et la dirigea vers l'entrée.

Alohomora!

La porte coulissante s'ouvrit dans un clac sonore et toutes les têtes se tournèrent vers ce curieux phénomène. Albus sortit une Oreille à Rallonge de sa poche et la déroula sous la cape en dirigeant la mince ficelle couleur chair en direction de l'ouverture béante du compartiment des Poufsouffles.

—C'est ça ton plan? chuchota Scorpius sceptique.

—Chut!

Le gardien de l'équipe de Chase se leva pour refermer la porte d'un coup sec. Le mince filament de l'Oreille à Rallonge se cala dans l'interstice. Albus poussa du coude Scorpius vers le compartiment voisin qui heureusement était vide. Une fois installés, ils enlevèrent la cape et écoutèrent chacun la discussion dans leurs Oreilles.

—... avec autant de points d'avance, on pourra certainement tenir la distance pour remporter la coupe de Quidditch cette année, s'exclaffa Byrne, dans l'oreille de Scorpius.

—Ça on le doit à notre capitaine. Hourra pour Chase! s'écria Taylor.

L'équipe se mit à congratuler Chase qui rit de plus belle. Scorpius serra la mâchoire. Si c'était pour entendre Chase se faire aduler, il aurait plutôt préféré continuer à se morfondre dans son compartiment jusqu'à Londres.

—C'était une idée de génie de séduire la capitaine des Gryffondor.

Scorpius en eut le souffle coupé pendant une brève seconde. Tous ses membres se raidirent et il leva les yeux vers Albus qui demeurait incroyablement calme. Néanmoins, Scorpius devina immédiatement, à la couleur de son teint qui rosit légèrement, qu'à l'intérieur, en réalité, il bouillonnait de rage.

—Je dois vous avouer, les gars, que ce n'était vraiment pas évident. J'ai failli abandonner quand je me suis rendu compte qu'elle ne réagissait vraiment pas à mes avances. Je vous jure, dit encore Chase, un vrai glaçon! Plus froide qu'un fantôme! Et encore… J'suis sûr que Mimi Geignarde à plus de sex appeal que cette idiote.

Les jambes de Scorpius ne lui obéirent plus. Il se releva d'un bond, les poings serrés dont l'un sur sa baguette qui frémissait déjà. Scorpius se dirigea vers la porte du compartiment mais Albus le retint en lui saisissant fermement le bras. Chase continuait à déverser son poison.

—...Je crois que cette pourriture de Malefoy est amoureux d'elle. Ils font la paire ces deux-là. Ça me dégoûte rien que d'y penser.

Les deux Serpentard perçurent l'imitation d'un homme en train de vomir. Albus resserra sa prise. Mais Scorpius se demanda soudain si en réalité, Albus ne luttait pas intérieurement pour s'empêcher de faire irruption dans le compartiement de Chase et lui balancer lui-même un sort. .

—Tu vas continuer à sortir avec elle? On a gagné le match, c'est bon.

—Je vais déjà passer Noël avec sa famille. Je pourrais enfin rencontrer Harry Potter, en personne. Avec un peu de chance, je pourrais lui montrer mes compétences et le convaincre de m'accorder une chance chez les aurors.

—Tu ne doutes de rien, toi! rit Martin, un des batteurs de Poufsouffle.

—Il faudra bien…, ajouta Chase sur un ton plus sérieux. C'est ce qu'on attend de moi. Si je…

La communication s'interrompit nette. Albus relâcha Scorpius pour ouvrir la porte et jeter un oeil dans le couloir. Il n'y avait pas âme qui vive.

—Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Scorpius qui avait encore du mal à contenir sa rage.

Albus resta dans son compartiment, de peur que la troupe de Chase ne le voie à travers la porte vitrée de leur propre loge. Il roula autour de son poignet le filet de chair de son Oreille à rallonge. Elle revint bien plus vite qu'il ne s'y était attendu.

—On l'a coupé, annonça-t'il d'un air grave.

Il repassa la tête une dernière fois dans le couloir. Il n'y avait toujours personne.

—Tu crois qu'ils se sont aperçus qu'on les écoutait? demanda Scorpius.

—On les aurait entendu avant.

Albus referma la porte d'un claquement sec. Il était frustré et cela se voyait à la manière compulsive qu'il avait à rajuster ses lunettes sur son nez. Il se perdit, un instant, dans ses pensées puis se concentra sur Scorpius qui tremblait encore de rage.

—Ecoute-moi bien, lui dit-il en le forçant à s'asseoir pour ne pas commettre de bêtise. J'ai bien conscience que ce que nous venons d'apprendre est ignoble pour Rose mais je vais te demander de ne rien faire de stupide.

—T'es en train de me demander de laisser couler! mugit Scorpius, ivre de colère.

—Pour le moment, oui.

Scorpius se prit la tête entre les mains. Il avait envie d'hurler mais la voix de la raison, en la personne d'Albus, s'insinuait dans son cerveau.

—Réfléchis, Scorpius. Si Rose l'apprend maintenant, elle sera anéantie et n'oublie pas ce qu'elle était prête à faire simplement parce qu'elle l'avait surpris en train de draguer une autre fille. C'est trop tôt pour elle.

—Si c'est moi qui m'en occupe, discrètement, lâcha Scorpius qui essayait de faire exploser sa rage d'une manière ou d'une autre.

—Non, tu ne peux pas faire ça. Ni toi, ni moi... pas maintenant.

Albus se tut. Scorpius le dévisagea. Son ami réfléchissait à toute vitesse et sa bouche se pinçait de plus en plus. Il secouait la tête, de temps à autre. Apparemment, quelque chose avait réussi à échapper à Albus Potter et cela glaça d'effroi son meilleur ami.

—J'ai besoin de plus d'informations…, murmura-t'il pour lui-même. Je te promets qu'il paiera, continua-t'il en se tournant vers Scorpius. Pour toi, pour Rose… Mais pour l'instant, j'ai besoin d'en savoir plus.

Dehors, les collines recouvertes de neiges laissèrent la place à de plus en plus d'habitations modernes et de câbles électriques. Le Poudlard Express était sur le point de rentrer en gare de Londres. Albus serra sa cape d'invisibilité entre les doigts tandis que Scorpius tempérisait les vagues de haines qui assaillaient sa logique et sa raison. Parmi les perspectives de vengeances très imagés de lui en train de s'occuper de Chase, les paroles d'Albus avait soulevé un point primordial.

—Tu crois que ça va plus loin qu'une simple coupe de Quidditch?

—Il y a des signes qui ne trompent pas…, dit Albus en sortant un peu de sa torpeur. C'est une hypothèse, oui… Ce qui me fait peur, c'est que je n'ai rien vu venir.