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NOËL AU TERRIER


En s'approchant du porche de la grande maison familiale des Weasley, Rose sentit l'appréhension la gagner. Chase était à côté d'elle portant son sac de voyage sur l'épaule et serrant la main de sa petite-amie dans l'autre. C'était leur grand-père, Arthur Weasley qui était venu les chercher à la gare de King Cross. Le vieux sorcier, depuis peu à la retraite, les avait attendus dans le grand hall, vêtu, selon lui, de la dernière mode moldue. Il avait revêtu pour l'occasion un vieux manteau en laine duveteuse et un pantalon déchiré grossièrement un peu partout. Il attira leur attention (ainsi que celle de tous les voyageurs dans la gare) avec de grands gestes du bras. Il serra contre lui Lily qui s'était précipitée dans ses bras. Arthur Weasley n'avait pas vu ses petites enfants depuis les dernières vacances d'été.

Hugo courut en tête et frappa à la porte du Terrier. Molly Weasley lui ouvrit, en tablier. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'Hugo se jeta dans ses bras, suivi de près par Lily. Rose et Chase trainaient derrière. Rose se demanda soudain comment sa famille allait accueillir son petit-ami. Après sa conversation avec Lily, elle avait bien senti la méfiance et la distance qui s'était installée entre lui et ses cousins. Chase ne semblait pas s'en formaliser. Il distribuait des sourires à tout-va en complimentant longuement la tenue de Mr Weasley.

Lily et Hugo se précipitèrent à l'intérieur de la maison. Albus embrassa sa grand-mère qui le trouva, encore une fois, trop maigre et lui promit de le remplumer d'ici la fin des vacances. Molly serra Rose contre sa poitrine en lui caressant doucement les cheveux.

—Ma chérie! s'exclama-t'elle ravie. Tu as encore grandie. Vous poussez à une de ces vitesse. Et ce grand gaillard…, dit-elle soudain en apercevant Chase dans le dos de Rose. C'est ton petit-ami?

—Chase Wilson, enchanté, Madame.

Chase lui tendit la main et elle la serra en jetant une oeillade à Rose.

—Quel beau garçon, dit-elle en faisant un clin d'oeil à sa petite-fille. Entrez avant de finir geler avec toute cette neige; Arthur, n'oublie pas de prendre les couvertures dans la réserve.

—Oui, Molly, grimaça son mari en ressortant de la maison pour prendre la direction de la grange.

Lorsque Rose pénétra enfin dans la maison, elle huma l'odeur caractéristique de son enfance et ne put s'empêcher de sourire. La maison n'avait pas changé d'un iota depuis leur dernière visite, si ce n'était les décorations de Noël. Sa grand-mère avait installé le grand sapin dans le salon et les guirlandes autour de ses branches entonnaient en canon des chants de Noël. Un bon feu brûlait dans l'âtre de l'énorme cheminée où pendaient pas moins de vingt chaussettes. Sur chacune d'elle était cousu en lettres d'or le nom des membres de la grande famille Weasley. Rose vit immédiatement sa propre chaussette accrochée entre celle d'Albus et de son petit frère Hugo qui zieutait déjà à l'intérieur pour découvrir ce que ses grand-parents avaient bien pu lui offrir.

—Hugo! cria Mrs Weasley. Interdiction de fouiller dans tes cadeaux. Tu attendras demain comme tout le monde.

Le petit génie adressa une moue boudeuse à sa grand-mère avant de s'effondrer sur l'un des canapés. Il chippa une bande-dessinée sur la table de salon et plongea dans sa revue en ignorant le reste de la famille.

Alors qu'Arthur Weasley revenait de la grange, ses cheveux grissonnants recouverts d'épais flocons de neige, Mrs Wealsey préparait déjà le goûter. Elle força Albus à s'asseoir à sa table en lui demandant ce qu'il lui ferait envie.

—Mamy! Je n'ai pas faim! répéta pour la énième fois Albus, lessivé.

—Et toi, Chase? Tu as faim? Approche! On ne va pas te manger.

L'attrapeur s'assit en face d'Albus en souriant de toutes ses dents blanches à Molly qui allait d'un plan de table à un autre en faisant virevolter, de sa baguette, les instruments de cuisine dans toute la pièce. Lily s'abaissa, à temps, lorsqu'une épaisse marmite manqua de lui fracasser le crâne. Elle s'assit à côté de son frère qui semblait de plus en plus de mauvaise humeur.

—C'est très vivant, chez vous, commenta Chase en contemplant une assiette et une tasse de chocolat chaud se poser devant lui.

—Oh! Ce n'est pas toujours comme ça, répondit Mrs Weasley. Il ne reste qu'Arthur et moi dans cette grande maison. Mais quand les enfants sont là…

Elle pinça la joue de Lily qui éclata de rire. Rose s'assit à côté de Chase en lui serrant la main sous la table. Il lui lança un tendre regard qui fit fondre le coeur de la jeune fille.

Soudain, une flaque de chocolat chaud coula vers Chase et Rose qui durent reculer leur chaise pour ne pas être ébouillantés. Rose leva les yeux vers son cousin, Albus, qui venait de renverser sa tasse.

—Oups! Pardon. Elle m'a échappée des mains, dit-il en haussant les épaules.

—Al! Fait attention, mon chéri. Arthur? s'exclama brusquement Molly. Arthur, où tu vas comme ça?

Arthur et Hugo s'arrêtèrent devant la porte d'entrée, entrouverte. Mr Weasley dévisagea sa femme, l'air gêné. Hugo, quant à lui, s'était rhabillé de pied en cape et tirait sur le manteau de son grand-père pour le faire sortir dehors.

—Euh… On pensait faire un bonhomme de neige, répondit-il d'une voix un peu trop haute perchée.

Mrs Weasley plissa les yeux.

—Vous n'allez pas vous amuser dans la grange, hein? Il y a encore beaucoup de choses à faire avant l'arrivée des enfants. Il reste les lits à préparer et tu dois ouvrir une autre section de la maison pour loger le reste de la famille.

Arthur referma lentement, à regret, la porte de la maison.

—Allez, viens, Hugo. Ça ira plus vite à deux.

—Les parents débarquent à quelle heure? demanda Albus en consultant l'horloge familiale.

La vieille horloge magique s'était considérablement élargie depuis ces dernières années. Elle ne comportait plus que les enfants Weasley mais leurs conjoints et leurs enfants. L'horloge faisait la taille de la moitié d'un mur et plusieurs aiguilles restaient bloqués sur 'Au travail'.

—Ton père est en mission, énuméra Molly en comptant sur ses doigts. Ta mère doit rendre un papier important avant cinq heures mais elle ne devrait plus tarder. Ron est aussi en mission quant à Hermione, elle devait défendre un dossier au ministère, lors d'une assemblée extraordinaire.

—Tu m'avais jamais dit que ta mère faisait de la politique, lui murmura Chase à l'oreille.

Rose haussa les épaules. Contrairement à Albus, elle s'intéressait très peu aux affaires politiques du monde des sorciers. Elle n'avait jamais pris le temps de poser des questions sur le boulot de sa mère. Tout ce qu'elle avait retenu, c'était qu'elle revenait du ministère tendue, à cran, et sur le point d'hurler sur n'importe qui si la maison avait le malheur d'être en désordre.

—Teddy doit venir aussi avec Victoire, ajouta Molly en beurrant une épaisse tartine à Albus. Et Gorge aussi, avec Angelina. Et sinon, comment ça va à l'école?

Chacun parla en même temps. Lily fit l'éloge pendant de longues minutes de Thomas et de ses qualités de gardien en omettant le plus possible la montagne de devoirs qui l'attendaient à Poudlard. Albus resta silencieux. A vrai dire, il n'eut pas beaucoup l'occasion de parler entre les grandes déclarations de sa petite soeur et le compte-rendu détaillé de Chase sur son dernier match de quidditch. Rose fit peu de commentaires, encore frustrée de sa propre défaite. Elle fut cependant émue de constater que Chase se sentait à l'aise, face à sa grand-mère qui pouvait en impressionner plus d'un. Après tout, tout le monde connaissait la célèbre victoire de Molly Weasley face à Bellatrix Lestrange.

—Et ton ami, Albus? demanda soudain Mrs Weasley. Il ne vient pas cette année?

—Scorpius doit fêter Noël avec sa famille. Mais il a promis de venir quelques jours après les fêtes.

—C'est peut-être mieux, dit Molly. Je n'aimerais pas une nouvelle dispute entre lui et ton frère. D'ailleurs lui aussi ne devrait pas tarder…

Rose s'étrangla avec son propre chocolat chaud en attendant le nom de Scorpius. Elle avait aussi été soulagée d'apprendre qu'il ne fêterait pas Noël au Terrier, cette année. Entre James qui détestait le meilleur ami de son frère et la rivalité entre le Serpentard et son petit-ami, l'ambiance aurait été tendue au Terrier avec eux trois, rassemblés dans la même pièce pour les fêtes. La famille continua à manger en profitant les uns des autres, en parlant gaiement au-dessus des chants de Noël des guirlandes.

L'horloge murale sonna tout à coup et plusieurs aiguilles se déplacèrent de 'Au travail' à 'En chemin'. Tous entendirent un craquement dans le jardin et la porte d'entrée s'ouvrit avec fracas.

JOYEUX NOËL! s'écria l'oncle George, coiffé d'une épaisse barbe de Père-Noël.

Il lâcha un gros sac de toile rouge à ses pieds et s'engouffra dans la maison en secouant ses cheveux roux de toute la neige qui lui était tombé sur la tête. Sa femme, Angelina, le suivait de près, hilare face à cet accueil exubérant. Mrs Weasley se leva immédiatement pour accueillir son grand fils qu'elle serra fort dans ses bras. D'autres craquement retentirent encore et les parents de Rose débarquèrent dans le sillage de l'oncle George qui balançait de la neige sur Albus et Lily.

—Oh, Ron! s'exclama Mrs Weasley. Tu aurais pu prendre le temps de te changer.

—Maman…, gémit le père de Rose en s'extirpant de son étreinte.

Ron Weasley, âgé de quarante-trois ans, n'avait pas beaucoup changé depuis ses années d'étude à Poudlard. Sa carrure s'était étoffée avec son métier musclé dans la Brigade de la Police Magique. Sous son épais manteau d'hiver, il portait toujours son uniforme bleu nuit. Ses cheveux roux s'étaient parsemés de quelques mèches blanches et il n'avait toujours pas rasé sa barbe de quelques jours. Rose constata que ses traits étaient tirés et s'en inquiéta jusqu'à ce que son père lui adresse un grand sourire et ne l'invite à lui faire un câlin.

—Ça va, ma fille? demanda-t'il en l'embrassant sur le front.

—Contente d'être là, répondit-elle avec le même sourire.

—Moi aussi!

Hermione Granger-Weasley les rejoignit dans le salon. Elle avait attaché ses épais cheveux bouclés en un chignon serré. Elle devait porter des lunettes depuis quelques années mais cela lui donnait encore plus de charme (selon son père). Elle portait encore son tailleur et elle déposa sa serviette dans un coin en poussant un soupir.

—J'ai cru que cette journée n'en finirait pas, se plaignit-elle.

Elle changea immédiatement d'expression en apercevant sa fille dans les bras de son père. Hermione l'embrassa en lui frottant ses joues rebondies.

—Tu as l'air fatiguée, lui dit-elle tout bas. Tout va bien?

—Mais oui, maman! rétorqua aussitôt Rose agacée.

—Et c'est qui, ce grand gaillard? demanda soudain Oncle George en dévisageant Chase.

Celui-ci se leva précipitamment de sa chaise, manquant de renverser sa tasse de chocolat chaud. Il balbutia son nom en tendant la main à George qui lui fit la grimace pour le mettre encore plus mal à l'aise.

—C'est le petit-ami de Rose, dit Lily en frappant dans ses mains.

—C'est vrai? lui demanda Hermione en fronçant les sourcils.

Rose acquiesça, gênée. Et lorsqu'elle vit son père faire volte-face sur Chase, elle se dit qu'en fin de compte, ce n'était peut-être pas une bonne idée d'amener aussi vite son petit-ami au Terrier pour Noël. Chase était grand mais Ron le dépassait d'une tête. Il s'avança vers lui en le toisant et en affichant son expression la plus menaçante (enfin, il essayait). Chase tendit sa main vers le père de Rose.

—Chase Wilson, enchanté! dit-il d'une petite voix. Euh...je vous admire beaucoup…

A ces mots, les traits de Ron se radoucirent immédiatement. Il hésita encore un moment puis serra la main de Chase qui osa lui adresser un sourire enthousiaste.

—Je t'ai à l'oeil, gamin, ne put s'empêcher de lâcher Ron.

—Papa! s'exclama Rose dont la gêne augmenta un peu plus.

Ron n'eut pas le temps de protester. Il broyait un peu plus la main de Chase lorsque deux nouveaux craquement se firent entendre dans le jardin. Harry Potter et Ginny Weasley firent leur entrée, recouverts tous les deux de neige. Oncle Harry et Tante Ginny se disputaient tout en refermant la porte derrière eux.

—...si tu lui envoyais plus d'hiboux aussi, il se sentirait un peu plus soutenu! s'exclama Tante Ginny derrière la porte.

—Ce n'est pas la question! marmonna Oncle Harry en entrant dans la maison.

Ils se turent immédiatement en découvrant toute la famille réunie dans la cuisine. Mrs Weasley désamorça le silence gêné qui accueillit leur arrivée en sautant dans les bras de sa fille et son beau-fils. Rose savait pertinemment sur quel sujet ils étaient en train de se disputer. Ils parlaient de James. Il avait dû refuser de passer les fêtes avec eux, encore une fois et Tante Ginny le reprochait, une fois de plus, à son mari.

Après les embrassades avec Mrs Weasley, Harry s'écroula sur une chaise, à côté de George et Angelina qui le dévisagèrent avec un petit rire. Le chef des aurors attrapa une tartine dans l'assiette de son fils et mordit dedans.

—Chalut, fiston, dit-il en mâchant son bout de tartine.

—Papa! s'écria Lily en enroulant ses bras autour de son cou.

Harry lui tapota la tête en lui souriant. Tout comme Ron, Harry n'avait pas pris le temps de se changer. Cependant, au lieu de l'uniforme des aurors, il portait des vêtements de moldus qui sentaient la fumée et avait roussi à certains endroits. Sa mission n'avait pas dû être de tout repos.

—Harry, laisse-moi te présenter, le petit-ami de ma fille, lâcha Ron d'une voix mesquine.

—Salut! balança Harry en n'adressant aucun regard à Chase.

Ginny roula des yeux et s'approcha d'Albus pour l'embrasser.

—Bon, que ceux qui ont faim se mettent à table, je vais préparer une bonne soupe à l'oignon.

Rose se rapprocha de Chase. Elle le sentit particulièrement tendu et comprit pourquoi lorsqu'elle suivit son regard. Il scrutait Oncle Harry riant avec Lily et George. Chase était toujours debout et n'osait pas bouger, comme s'il attendait la permission du grand Harry Potter. Rose décida de prendre les devants sachant pertinemment ce que désirait son petit-ami par-dessus tout.

—Oncle Harry, commença-t'elle. Je te présente Chase. C'est un de tes plus grands admirateurs.

—Enchanté, Monsieur, dit Chase en lui tendant la main au-dessus de la table.

—Monsieur?! s'exclama Ron. Je n'ai pas eu droit à ça, moi.

—Ron…, soupira Hermione en posant ses mains sur ses épaules et en commençant à les masser.

—Ah, oui…, dit Harry un peu gêné.

L'élu lui serra la main et Chase se mit à rougir en bafouillant toute son admiration. Harry lui adressa un sourire forcé et se concentra immédiatement sur sa fille qui se mit à lui raconter, en détail, le dernier match de quidditch à Poudlard.

—Chase était incroyable, dit-elle en souriant à Rose pour la soutenir. Il a bloqué la plupart des buts des Gryffondor.

—Tiens donc, dit Harry en acceptant la tasse de café que lui tendit Mrs Weasley. Tu joues dans quelle équipe?

—Chez les Poufsouffle, bafouilla Chase en se rasseyant en face de Harry.

—Poufsouffle? dit encore Ron en prenant la place de Rose pour mettre Chase le plus mal à l'aise possible. Tu sors avec un Poufsouffle?

—Ron! s'exclama Hermione.

—Bah! Vaut mieux ça qu'un Serpentard.

—Merci, oncle Ron, dit Albus en grimaçant.

Rose piqua un fard en songeant à Scorpius. Elle chassa rapidement les images du beau blond dans la bibliothèque. Si son père découvrait toutes les choses indécentes qu'elle avait faites avec le fils Malefoy, il pèterait certainement une durite.

Une fois lancé, Chase ne s'arrêta plus. Il posa mille questions au célèbre Harry Potter qui, gêné, répondait par mono-syllabe. Ron prit bientôt le relai, trop heureux de pouvoir se vanter des grands exploits du trio légendaire. Hermione ponctuait ses récits de quelques commentaires pour le faire redescendre sur terre en sirotant son thé. Chase buvait les paroles du père de sa copine et Rose se sentit soudain très seule, assise entre Albus et Lily, en grande conversation autour du dernier potin de l'école sur le fils Dragonneau. Mrs Weasley avait servi sa fameuse soupe, fumante, à George, Harry et Ron qui mourraient de faim. Les rires et les voix de chacun emplissait la pièce devenue soudain très animée.

—Tiens, où est Hugo? demanda Hermione.

—Il est avec Arthur. Je leur ai demandé de préparer les chambres mais à mon avis, ils doivent s'amuser avec une de leur nouvelle invention moldue. Heureusement qu'Arthur ne travaille plus pour le ministère. Si on se faisait perquisitionné, avec tout le fatras enchanté dans le grenier, il serait bon pour Azkaban.

—J'ai encore reçu un courrier de Mcgonagall, soupira Hermione. Il a encore utilisé son clone pour tous les cours du premier trimestre.

Oncle George resta particulièrement silencieux à cette remarque. Il chuchota quelque chose à l'oreille de sa femme qui explosa de rire sous les regards méfiants de Mrs Weasley et d'Hermione.

Teddy et Victoire les rejoignirent un peu plus tard dans la soirée, lorsque Mrs Weasley était en plein préparatif des derniers mets qu'elle avait prévu pour le réveillon. Albus en avait eu assez des conversations des adultes et s'était retranché dans le salon, un bon livre à la main. Rose restait auprès de Chase mais se lassa bien vite des récits de son père. Elle les avait déjà entendu mille fois durant son enfance. Lily s'extasia sur le ventre rond de Victoire. Elle était enceinte de six mois. Rose eut une pensée émue en se rappelant de leur mariage, il y avait de cela deux ans. Teddy et elle habitait, à présent, au Square Grimmaud. Oncle Harry leur avait offert la demeure de son défunt parrain en cadeau de mariage. Après les derniers aménagements, ils y vivaient heureux et était sur le point d'attendre un heureux évènement.

—Si c'est un garçon, on voudrait l'appeler Remus, dit Teddy à son parrain. Si c'est une fille, Tonks. Je sais à quel point Maman ne supportait pas son vrai prénom.

Teddy se tut un instant, légèrement ému et Harry lui tapota le dos. Ginny embrassa Victoire.

—J'espère que ce sera une fille, lui murmura-t'elle avec un clin d'oeil. Il y a trop de garçons dans cette famille.

George s'éclaircit la voix. Il se leva de sa chaise en demandant l'attention de toute la famille.

—Nous avons une importante nouvelle à vous annoncer, dit-il d'un air grave qui ne lui allait pas du tout. Angelina et moi nous...nous allons bientôt devenir parent, finit-il avec un grand sourire.

La pièce explosa de joie. Mrs Weasley délaissa ses préparatifs pour embrasser son fils et sa belle-fille. Ginny, Hermione et Victoire serrèrent Angelina dans leurs bras. Lorsque Mrs Weasley relâcha son fils, de grosses larmes coulaient sur ses joues ridées.

—Oh! Je suis si heureuse! dit-elle en s'essuyant les yeux avec son tablier. Il faut absolument que ton père… Où est-il? ARTHUR! ARTHUR! DESCEND VITE!

Arthur Weasley descendit les marches en trombe sous les appels tonitruants de sa femme. Il arriva dans le salon et constata, avec joie, la présence de tous les membres de sa famille. Molly se précipita dans ses bras, les larmes aux yeux.

—George va être papa! lui cria-t'elle encore émue.

—C'est merveilleux!

Il embrassa son fils, lui aussi et les nouveaux arrivants. Hugo le suivit peu après. Lorsqu'il descendit dans la salle à manger, il croisa le regard courroucé de sa mère et s'empressa de remonter l'escalier.

—Hugo! Reviens ici! cria Hermione en le poursuivant dans les étages.

—C'est toujours comme ça avec ta famille? demanda Chase à Rose.

—Et encore, dit-elle avec un sourire. Il manque la moitié des Weasley.

Le repas de Noël fut tout aussi animé que ses préparatifs. Mr Weasley agrandit la taille de la table d'un coup de baguette magique. Ron et Harry firent voler la vaisselle sur la grande nappe blanche décorée par les soins de Victoire et Ginny. Tous s'installèrent comme ils le pouvaient, se bousculant un peu pour avoir la meilleure place. Rose s'assit à côté de Chase qui en profita pour lui caresser le genou sous la table. Ron leur faisait face. Une fois que Chase s'était montré intéressé par ses histoires, le papa poule s'était détendu en présence du Poufsouffle et à présent, il l'assaillait de questions sur ses stratégies de quidditch.

—Il faut dire que j'étais un gardien émérite du temps de Poudlard. Tu connais la chanson qu'on a créé sur moi?

—Oh non…, gémit Rose.

Ron entonna le refrain de 'Weasley est notre roi'. Bientôt, Hugo le suivit, ainsi que Lily. Hugo s'enhardit au deuxième refrain en montant sur la table pour danser le quadrille en renversant la moitié de la vaisselle. Mrs Weasley le foudroya du regard et Hermione répara les dégâts avec sa baguette tandis qu'Hugo reprenait sa place en se renfrognant.

—Tu seras privé de dessert! cria Hermione.

—Mais ce n'était pas Drago Malefoy qui avait inventé cette chanson? glissa Ginny en apportant les premiers plats pour le repas de Noël.

—Je ne m'en souviens pas, mentit Ron en commençant à se servir.

—Je ne connaissais pas cette histoire, dit Albus intéressé.

—Ouais, c'était parce que Ron était très nul comme gardien à ses débuts. La chanson se moquait de lui pendant quatre couplets.

—Je n'étais pas si mauvais que cela, se défendit Ron.

—Oh que si, dit encore Angelina. J'étais capitaine à l'époque. Tu étais très mauvais. Je me souviens très bien qu'à un moment, pendant une séance d'entraînement, tu as cassé le nez de Katie Bell en lui renvoyant le souaffle.

George explosa de rire à ce souvenir. Harry ne put s'empêcher de retenir un faible ricannement et Hermione pinça les lèvres pour ne pas montrer son hilarité à son époux devant sa mine déconfite.

—D'accord! Mais quand Harry a repris le flambeau, j'ai prouvé que je valais mieux que McLaggen. Je l'ai battu à plate couture, aux essais.

—Je crois que c'est le moment, Hermione…, lâcha Harry.

Lorsque Ginny passa près de lui pour déposer un autre plat de gratin. Harry, saisi d'une impulsion, l'attrapa par la taille et la força à s'asseoir sur ses genoux. Elle rit en s'accrochant à son cou. Visiblement, ils ne se faisaient plus la tête et Harry déposa un baiser sur les lèvres de son épouse. Albus grimaça à l'autre bout de la table, par-dessus son livre qu'il avait bientôt terminé.

—Ecoute bien, chérie, cette histoire va te plaire, dit-il encore à Ginny.

—De quoi tu parles? s'énerva Ron. De quoi parle-t'il, Hermione?

Ron dévisagea sa femme qui avait pris une belle teinte pivoine. Elle but dans son verre de vin pour gagner du temps.

—Elle ne te l'a jamais dit mais elle a jeté un sort sur McLaggen pour qu'il foire ses essais, ce jour-là.

—Quoi? s'étrangla Ron.

Il semblait scandalisé et ravi à la fois. Un étrange sourire étirait ses lèvres. Hermione lui fit la moue, une expression mignonne qui avait pour but de le radoucir. Ron lui prit le menton.

—Tu as triché, pour moi? dit-il en approchant son visage du sien.

—Oui, répondit-elle d'une voix malicieuse. Et je l'ai regretté à la minute où tu as commencé à sortir avec Lavande Brown. Hein, Ron?

Alors que Ron allait embrasser Hermione, elle détourna la tête au dernier moment. L'assemblée éclata de rire.

—C'est qui cette Lavande? demanda Hugo, le visage recouvert de sauce.

—On ne va pas en parler, répondit précipitamment son père.

—C'est la fille avec qui sortait votre père en sixième année. N'est-ce-pas, Ronron?

Rose était choquée par la soudaine révélation de sa mère. C'était la première fois qu'elle entendait l'histoire de cette Lavande Brown avec son père. Elle avait toujours cru que ses parents étaient follement tombés amoureux du temps de leurs études à Poudlard et qu'ils n'avaient connu que leur histoire d'amour. Imaginer son père ou sa mère à leur âge, avec quelqu'un d'autre, était très perturbant. Harry se mit à raconter l'histoire du filtre d'amour qu'avait pris par erreur son père. Chase n'en perdait pas une miette et riait exagérément à chaque plaisanterie de son oncle.

—Tu ne nous as jamais raconté ça, papa, dit Hugo en tombant presque de sa chaise lorsqu'Harry décrit les pleurs de Ron dans le bureau du Professeur Slughorn.

—Ton père aime bien raconter les histoires qui le mettent dans une belle posture, indiqua Mrs Weasley en déposant une énorme soupière au milieu de la table.

—C'est bon! s'exclama Ron dont les oreilles étaient devenues écarlates. On parle d'autre chose!

Le reste du repas de réveillon se termina dans la même ambiance chaleureuse et tous se gavèrent jusqu'à ce que les conversations s'épuisèrent pour ne plus que laisser place à des soupirs de contentement. Les invités avaient ensuite pris place dans le salon. Le poste de radio de Mrs Weasley passaient des chansons de sa chanteuse préférées, dégoulinantes de romantisme. Teddy et Victoire dansaient un slow au milieu du salon. Oncle George avait commencé une bataille explosive avec Hugo et Lily qui accusait son cousin de tricher. Ginny, Angelina et Mrs Weasley étaient plongées dans une intense conversation à propos d'accouchement qui faisait légèrement paniquée la femme d'oncle George. Albus discutait avec son grand-père qui prenait des nouvelles de Scorpius. Harry somnolait dans un des grands canapés du salon. Ginny expliqua à Rose qu'il avait eu une importante mission d'infiltration et il était revenu, épuisé, de plusieurs jours de planque. Ron parlait toujours avec Chase, l'abreuvant d'anecdotes sur leur poursuite des horcruxes.

Rose se tenait à l'écart, perdue dans ses pensées. Elle s'était appuyée sur le rebord d'une des grandes fenêtres du salon et sondait l'obscurité de la nuit. L'histoire de son père et de ses premiers amours tournaient dans sa tête en boucle. Elle avait toujours cru que ses parents n'avaient connu aucune embûche dans leur relation. Or apprendre qu'ils avaient eu des doutes, tout comme elle, la faisait réfléchir à ses propres problèmes de coeur.

Hermione lui posa une main sur l'épaule. Sa mère était emmitouflée dans un long plaid. Elle avait lâché ses cheveux qui retombaient en une épaisse cascade de boucles sur ses épaules. Elle semblait fatiguée mais lorsque Rose se retourna vers elle, Hermione lui adressa un sourire qui réchauffa le coeur de la jeune fille.

—Il a l'air bien ce Chase, dit-elle en lui lançant un regard.

—Oui, il l'est.

—Ton père l'adore, dit-elle encore. Par contre, il ne semble pas plaire à Albus.

—Comment ça?

—J'ai remarqué son expression à chaque fois que Chase ouvrait la bouche. Ton cousin n'est pas très loquace mais son visage en dit long sur ce qu'il pense de lui.

Rose observa son cousin à la dérobée. Il parlait très sérieusement avec leur grand-père. Rose avait du mal à imaginer Albus fusiller du regard qui que ce soit. Mais en y repensant, elle se rendit soudain compte des silences gênés ou petites remarques acerbes sur le compte de son petit-ami. Elle n'en comprenait pas la raison.

—Tout va bien? demanda Hermione en lui caressant les cheveux.

—Euh… Oui, je…

Elle commit l'erreur de croiser le regard de sa mère. Elle pouvait mentir à beaucoup de monde, même à Lily mais pas à sa mère. Celle-ci devinait toujours lorsque quelque chose ne tournait pas rond chez l'un de ses enfants, même chez Hugo malgré leurs désaccords fréquents. Les mots moururent dans la gorge de la jeune fille qui sentit les larmes lui monter aux yeux. Acculée, elle serra sa mère contre elle, en essayant tant bien que mal de réprimer ses sanglots.

—Viens, on va trouver un endroit tranquille pour parler.

Hermione la conduisit dans une des chambres préparée par Molly. La pièce sentait un peu le renfermée mais Mr Weasley avait changé les draps et le feu dans la cheminée craquait dans l'âtre, réchauffant toute la chambre. Hermione attira sa fille sur le lit et lui prit les mains dans les siennes. Elles se recouvrirent du plaid qu'elle avait emporté. Les larmes de Rose n'avait cessé de couler tandis qu'elles étaient montées à l'étage et bientôt elle ne put taire ses malheurs. Elle déversa sa peine dans un flot de paroles qui ne semblait plus vouloir se tarir. Rose lui parla de sa rentrée, de la bêtise qu'elle avait failli faire en haut de la Tour d'Astronomie. Elle eut du mal à aborder les raisons mais elle ne cacha rien à sa mère. S'il y avait bien quelqu'un pour la comprendre, c'était Hermione Granger.

Sa mère l'écouta sans l'interrompre, serrant un peu plus fort ses mains lorsqu'elle lui parla du grand vide dans lequel elle avait été prête à s'y précipiter. Rose expliqua que Scorpius l'avait sauvé mais ne dit rien de leurs leçons de peur de la choquer. Lorsqu'elle eut fini, Rose constata qu'Hermione avait, elle aussi, les larmes aux yeux.

—Je suis désolé, dit-elle en ravalant un sanglot. J'ignorais que tu étais aussi malheureuse.

Elle lui caressa la joue et Rose eut beaucoup de mal à ne pas se remettre à pleurer.

—Lily m'a bien engueulé, se força-t'elle à rire.

—Mais tu es sûre que ce n'est qu'à cause d'un garçon? Tu me le dirais s'il y avait plus?

—Ce n'est pas à cause de vous, la rassura Rose. Je ne sais pas… Je n'arrivais plus à réfléchir. Je n'ai senti que ce vide. Je me suis dit que je n'étais pas digne de recevoir son amour. Que personne ne m'aimerait jamais. Un garçon, je veux dire, ajouta-t'elle précipitamment en voyant l'air déçu de sa mère.

—Mais il y a beaucoup de garçons qui t'aiment, dit Hermione. Il y a ton père qui t'adore, ton frère, tes cousins…

—Oui, je sais mais ce n'est pas de ce genre d'amour dont j'ai besoin. Je veux qu'on m'aime comme Papa t'aime.

Hermione sourit. Elle acquiesça longuement.

—Tu sais, quand ton père est sorti avec une autre fille, je l'ai très mal pris. Tu peux demander à Oncle Harry. Je lui ai même envoyé des oiseaux à la figure. Je l'ai ignoré pendant des mois. Je ne l'ai jamais dit à personne mais je pleurais tous les soirs.

Rose vit les traits de sa mère s'affaisser à l'évocation de cette période noire de sa vie. Lorsqu'Hermione se ressaisit elle prit le visage de sa fille entre ses mains.

—Je peux comprendre ta douleur. Mais je ne veux pas que cela t'abatte au point que tu veuilles en finir. S'il te plaît, n'oublie jamais que tu es entourée d'une famille qui t'aime énormément.

—Je te le promets.

Hermione serra sa fille dans ses bras comme si elle avait peur qu'elle disparaisse soudainement. Rose prit brusquement conscience de tout ce que pouvait impliquer son suicide. Elle n'avait pas pensé une seule seconde à tout ce qu'elle laissait derrière elle. La douleur fit place à la culpabilité qui se calma à mesure que sa mère lui caressait les cheveux.

—Comment sait-on…, commença Rose en s'extirpant de l'étreinte de sa mère.

—Quoi donc?

—Que c'est le bon?

Hermione leva un sourcil interrogateur.

—Comment tu as su que Papa était le bon?

—Oh! Ça! Je dois dire que je me suis jamais vraiment posée la question. C'est vrai qu'il y avait Viktor aussi…

—Viktor? s'étrangla Rose.

Décidément, elle ne connaissait pas du tout le passé amoureux de ses parents. Hermione eut un petit sourire espiègle.

—Ton père et moi, c'était compliqué au début. On se connaissait depuis nos onze ans. Dans ce cas là, c'est difficile de savoir différencier l'amitié de l'amour. Tout se mélange, tout le temps. Je crois que j'ai commencé à tomber amoureuse de ton père, en tout cas, que j'ai compris que ce que je ressentais pour lui était de l'amour après la bataille au Ministère… Je ne sais pas pourquoi…Ton père, c'est l'homme qui me contredit à chaque fois que j'exagère. Qui explose quand il ne comprend pas quelque chose mais qui est prêt à remuer ciel et terre pour te sauver si tu en as besoin. Et puis, il y a eu aussi l'histoire du déluminateur.

—C'est quoi, ça?

—Quand on chassait les horcruxes, ton père, Harry et moi, il y a eu un moment où il s'est laissé manipulé par le médaillon de Serpentard. Oncle Harry et ton père se sont disputés et il nous a quitté.

—Quoi? s'exclama Rose scandalisée. Mais il ne nous a jamais raconté ça!

—Il n'aime pas trop que vous ayez une mauvaise image de lui. Mais ne t'en fais pas. Il est vite revenu. Bien sûr, j'étais terriblement en colère. J'étais prête à lui jeter un sort mais il a commencé à parler de ce qui l'avait fait revenir.

—C'était quoi?

Hermione eut un sourire nostalgique.

—Moi. Il a entendu ma voix à travers le déluminateur qui l'appelait sans cesse. Il n'a eu qu'à actionner l'appareil pour nous retrouver.

La porte de la chambre s'ouvrit soudain. Ron passa la tête et son visage s'éclaira en reconnaissant sa femme et sa fille, pelotonnées dans le lit.

—Je vous ai cherché partout, dit-il en entrant. Tout va bien?

Hermione se leva en déposant un baiser sur le front de Rose et s'approcha de son mari.

—Tout va bien. On discutait entre filles.

—Je te conseille de descendre. Hugo a eu la lumineuse idée de mettre des pétards explosif dans les chaussettes à cadeaux.

—Il va m'entendre, celui-là! s'énerva Hermione tout à coup.

Ses deux parents se dirigèrent vers le couloir. Ron avait la main sur la poignée. Il se retourna en constatant que Rose ne les suivait pas.

—Tu ne viens pas, chérie?

—J'arrive.

Il ne posa pas plus de questions et referma la porte sur les hurlements d'Hermione à son cadet. Rose referma un peu plus le plaid autour de ses épaules. Elle réfléchissait aux paroles de sa mère. La description de Ron ressemblait très fort à quelqu'un qu'elle côtoyait depuis longtemps. Scorpius et elle se connaissaient depuis leur onze ans, eux aussi. Il la contredisait à la moindre affirmation prenant un plaisir sadique à la faire sortir de ses gonds. Il explosait souvent lorsqu'il perdait le contrôle mais n'avait pas hésité à se précipiter pour la sauver au sommet de la Tour d'Astronomie. Et surtout, il lui avait dit ces trois petits mots qu'elle s'était souvent répété lorsqu'elle se sentait seule. Les trois mots que Chase ne lui avait jamais dit, si elle se montrait honnête avec elle-même.

Elle ne pouvait pas nier l'évidence. Scorpius l'aimait. Et plus elle y réfléchissait et plus elle se rendait compte qu'il ressemblait à son père.

Chase, quant à lui, était plein de vie. Enthousiaste pour beaucoup de choses surtout pour le quidditch et ses propres exploits. Il avait cette soif de faire ses preuves et semblait toujours avoir un besoin d'attention. Oui, Rose avait cette étrange impression qu'il avait besoin d'elle, de son amour. Etait-ce cela qui l'avait faite craquer? Elle ne saurait le dire.

Tout se mélangeait dans sa tête.

Sa grand-mère l'appela en bas des escaliers et Rose Weasley se décida enfin à quitter la chambre en essayant tant bien que mal de chasser tous ses doutes.