16
LE SECRET DE POTTER
Rose dut se résoudre à dire au revoir à son beau prince charmant peu avant le Nouvel An. Le matin de Noël déjà, elle s'était consolé, en ouvrant ses cadeaux, en se disant que le plus beau présent qu'on pouvait lui faire était la présence de Chase dans la maison de ses grands-parents.
Il avait fait l'unanimité auprès de tout le monde. Enfin, presque… Albus n'avait toujours pas déserré les dents en sa présence et Hermione, malgré ses promesses de ne rien dire à son père concernant sa tentative de suicide, avait toute de même vu le jeune homme d'une toute autre manière. La mère de Rose n'avait cessé d'observer le Poufsouffle par-dessus ses lunettes carrées qui lui renforçaient encore plus son air sévère.
Rose avait profité un maximum de Chase. Enfin, du moins, essaya-t'elle entre les questions insistantes d'Oncle George sur ses intentions auprès de sa nièce et de son père qui passait son temps à lui raconter ses grands exploits du temps de ses années à Poudlard. Heureusement, tout ce beau petit monde partait au travail tous les matins. Rose et Chase en profitaient alors pour se promener dans le jardin en chassant les gobelins qui se jetaient sur leurs bottes pour les mordiller à grand coup de dents.
L'instant avait été magique jusqu'à ce qu'Hugo ne décide à balancer une énorme boule de neige sur sa soeur et son petit-ami. Chase s'était pris au jeu et avait commencé une bataille acharnée en se retenant le plus possible d'utiliser la magie contre ce sale petit tricheur d'Hugo Weasley. Rose avait ri tout l'après-midi lorsque Chase avait réussi à battre son petit frère en créant une énorme avalanche sur sa tête. Elle se sentait incroyablement heureuse, en sécurité au Terrier avec Chase qui lui murmurait des mots doux à chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls.
Ils avaient fini leur dernière soirée, emmitouflés dans une épaisse couverture, dans le meilleur divan du salon, revêtu tous les deux du cadeaux de Mamy Weasley. Rose avait reçu un pull tricotée main avec une batte cousue dessus, tandis que Chase avait enfilé son propre pull jaune et noir avec un énorme blaireau, symbole de sa maison.
Le lendemain matin, Chase devait rentrer dans sa famille pour fêter le Nouvel An, condition pour lui permettre de passer Noël au Terrier. Rose l'accompagna jusqu'au bout du chemin, après le champs enneigé. Ils s'embrassèrent sur le bout des lèvres et Chase pressa ses mains dans les siennes une dernière fois.
—Ne fais pas de bêtise en mon absence, lui chuchota-t'il en s'écartant d'elle.
Elle resta jusqu'à que le Poufsouffle disparaisse dans un léger craquement.
La mort dans l'âme, elle reprit le chemin glissant vers le Terrier. Elle manqua de déraper sur une plaque de verglas, perdue dans ses pensées. Elle avait été ravie de passer du temps avec Chase, loin de Poudlard et surtout loin des tentations de Scorpius. Ses récentes révélations le concernant l'avaient quelque peu chamboulées. Elle n'en avait pas dormi de la nuit, répétant inlassablement dans sa tête les paroles de sa mére sur tout l'amour qu'elle pouvait ressentir pour son père. Etait-ce la même chose avec Chase? Elle se sentait contente et aimée à ses côtés, comme une petite chose fragile qui avait besoin de protection. Pouvait-elle appeler ça de l'amour? Elle n'en savait malheureusement rien mais son absence lui manquait déjà.
Lorsqu'elle referma la porte d'entrée derrière elle, elle faillit trébucher sur une pile de bagages amasser dans le hall. Molly passa juste à ce moment-là de son pas claudiquant, deux tasses de chocolat chaud dans chacune de ses mains.
—Mamy? appela-t'elle. Qui est-ce qui vient d'arriver cette fois?
Durant ces derniers jours, Percy, sa femme Audrey et leurs deux filles étaient venus rendre une petite visite au Terrier. Rose avait été ravie de revoir ses deux cousines, la petite Molly et Lucie qui venait de fêter ses cinq ans. Depuis, Oncle Charlie avait fait une petite apparition car il était de passage à Londres pour réceptionner un oeuf de dragon confisqué dans une des boutiques de l'allée des Embrumes. Il n'avait passé que quelques heures à discuter avec ses neveux et nièces avant d'embrasser sa mère pour transplaner immédiatement. En examinant l'épaisse valise qui lui rappelait celles des élèves en route pour Poudlard, Rose crut, un instant, que James s'était enfin décidé à rejoindre la famille pour les vacances de Noël. Elle avait suivi sa grand-mère dans le salon sans attendre sa réponse, persuadé d'apercevoir la tête brune de l'un de ses cousins préférés. Elle se liquéfia sur place lorsqu'elle découvrit Scorpius assis confortablement dans l'un des divans, à côté d'Albus qui lui tapotait l'épaule.
—Tiens, mon chéri! dit Molly en lui tendant une tasse fumante. Ça va te faire du bien.
En acceptant son verre, Scorpius leva les yeux et croisa le regard de Rose. Celle-ci sut immédiatement que quelque chose de grave s'était produit. Scorpius était abattu. Enfin, plus que d'habitude. Il avait enfilé des vêtements de moldu un peu trop grands pour lui et elle se demanda comment il avait bien pu dénicher ces frusques. Il portait un jeans large, déchiré, de vieilles basquettes, un tee-shirt avec un énorme animal jaune bizarre qui lançait des éclairs. Ses cheveux étaient sales et pendaient mollement sur son front. Il ne s'était pas rasé depuis longtemps et Rose ne put s'empêcher, malgré son aspect négligé, de le trouver encore très séduisant.
—Salut…, dit-il d'une voix lasse.
—Salut, répondit Rose qui ne sut quoi dire par après.
En dépit de son désarroi évident, Scorpius fixa Rose pendant une longue minute. Ses yeux étaient tristes mais son regard la fit frissonner, réveillant au fond de ses entrailles la petite flamme qui était apparue à la bibliothèque. Gênée, elle détourna aussitôt les yeux en s'asseyant dans un des fauteuils recouverts de napperons.
—Quelle terrible nouvelle, mon chou! continua Mrs Weasley en prenant place en face d'Albus et de Scorpius. Tu es le bienvenu ici, évidemment. Arthur avait ouvert une chambre pour James mais puisque cet idiot ne se décide pas à rendre visite à sa grand-mère, elle est à toi jusqu'à nouvel ordre. Tu peux y rester autant que tu veux.
—C'est très gentil, Mrs Weasley. Je repartirai avec Albus à Poudlard et puis on verra bien…
—Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Rose qui se sentit quelque peu dépassée.
—Ses parents l'ont foutu dehors, expliqua Albus.
L'expression de son cousin était dure. Elle devina qu'il contenait la rage que lui avait procuré cette nouvelle. Il avait beau être stoïque en toute circonstance, il ne pouvait faire semblant face à la détresse de son meilleur ami.
—Quoi? s'exclama Rose, choquée. Mais ils ne peuvent pas faire ça! Ils n'ont pas le droit! Tu es leur fils.
—Un fils désobéissant, corrigea Scorpius en buvant une gorgée de son chocolat chaud.
—Pourquoi? Qu'est-ce que tu as fait? demanda Rose.
Il eut un silence où personne ne parla. Mrs Weasley et Albus étaient visiblement déjà au courant mais attendaient que Scorpius explique lui-même ses malheurs. A la place, le Serpentard vida sa tasse d'une traite et la posa sur la table en se relevant.
—Si vous voulez bien m'excuser, Mrs Weasley…
—Où est-ce tu vas? demanda Rose, frustrée de n'avoir eu aucune réponse.
—Dans le jardin, j'ai besoin de ta permission? ironisa-t'il avec un sourire forcé.
Il disparut et Rose entendit la porte claquée.
—Que va-t'il devenir? demanda Molly en secouant doucement la tête.
—Je vais demander à Papa, s'il y a moyen de l'accueillir après notre diplôme, le temps qu'il retombe sur ses pattes.
—Tu n'as pas peur que James pique une crise? grimaça sa grand-mère.
—Qu'est-ce que ça peut lui faire? Il n'habite plus la maison depuis plusieurs mois, maintenant.
—Albus…, soupira Molly qui n'aimait pas son ton plein de reproches.
Rose n'en pouvait plus. La curiosité était trop grande. Elle se leva, comme l'avait fait Scorpius et sans s'excuser, se saisit de son manteau pour le rejoindre dans le jardin. Elle ne fit surtout pas attention aux regards interloqués de sa grand-mère et de son cousin qui l'observèrent jusqu'à ce qu'elle referme la porte.
Elle trouva Scorpius, près de la réserve de bois à l'arrière de la maison, en train de fumer. Il la remarqua au bruit de ses pas dans la neige et tira encore une latte sur sa cigarette. Rose s'approcha timidement, l'air de rien comme si elle avait quelque chose d'important à faire dans le jardin sans aucun rapport de près ou de loin à Scorpius.
—Ça va? glissa-t'elle l'air de rien en se collant presque à lui.
—J'ai connu mieux, répondit-il en rallumant son mégot qui venait de s'éteindre.
Rose passa d'un pied à l'autre, mal à l'aise. Elle ne savait pas quoi lui dire pour le réconforter. Pour une raison étrange, elle se sentait intimidée.
—Tu ne pourrais pas essayer de parler à tes parents? tenta-t'elle sans trop réfléchir.
—Non, je ne crois pas.
Il s'alluma une nouvelle cigarette et Rose perçut toute sa frustration. Elle garda le silence, pendant un moment, ne sachant quoi dire pour le réconforter. Il n'avait pas l'air d'avoir besoin de son soutien, d'ailleurs. Alors qu'elle s'apprêtait à rentrer, sans espoir d'obtenir la moindre information de plus, Scorpius lâcha un profond soupir.
—Je suis désolé, dit-il d'une voix beaucoup plus douce. J'ai dû mal à faire semblant avec toi.
Rose le dévisagea sans comprendre.
—Je peux faire croire à Albus ou à ta grand-mère que tout ira bien...mais pas à toi.
—Pourquoi tu me dis ça?
—Tu sais très bien pourquoi.
Nouveau silence. Rose garda résolument la tête baissée. Elle n'osait pas lever les yeux vers Scorpius de peur qui ne lui lance, une nouvelle fois, ce même regard qui la faisait frissonner de tout son être (et cela n'avait rien à voir avec l'atmosphère glacée du paysage d'hiver).
—Tu n'étais pas censé ne plus me parler? dit encore Scorpius en écrasant son mégot dans la neige.
—Je pense que vus les circonstances, Chase comprendra…
Rose n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passa en une fraction de seconde. Scorpius se posta devant elle et frappa son poing sur le bois de la réserve en faisant sursauter la jeune fille. Il était tout proche, comme dans la bibliothèque. Mais l'ambiance était différente. Scorpius ne dégageait plus de la tristesse mais une colère effrayante.
—Ne me parle plus de Chase, dit-il en levant les yeux vers elle.
Son visage était tout près du sien et Rose eut une impression de déjà-vu. Elle se remémora leur baiser torride entre les rangées de livres de magie alors qu'elle s'efforçait de ne pas lui parler. Hélas, cette fois-ci, elle ne perçut par le fourmillement de ses entrailles, ni cette douce chaleur qui l'avait envahie. Elle ne captait que la rage sourde du garçon, presque meurtrière.
Scorpius se mordit les lèvres en ne la quittant toujours pas des yeux. Peu à peu, les joues de la jeune fille s'empourprèrent et elle eut du mal à ne pas détourner le regard. Elle le soutint par défi, comme pour se prouver qu'elle était capable de se maîtriser et de ne plus tomber dans ce piège si tentant.
—Tu vas m'embrasser? demanda-t'elle comme pour le provoquer.
—Je devrais? répondit-il sur le même ton.
Elle essaya de ne montrer aucune émotion mais elle sut qu'elle rougissait de plus belle en sentant une soudaine bouffée de chaleur irradier son visage. Scorpius la sonda encore un moment, immobile et toujours avec cette même expression intense. Finalement, il se redressa et s'écarta d'un pas en passant son pouce sur ses propres lèvres glacées, comme pour s'empêcher de commettre une bêtise.
—Non, dit-il en détournant les yeux de la jeune fille. Je ne veux plus que ça se passe comme ça…
Rose eut cette horrible impression qu'il était sur le point de s'évanouir à jamais. Elle leva la main pour le toucher, comme pour le retenir.
—Je veux que ce soit toi qui me le demande…
Elle ouvrit la bouche mais la referma bien vite. Scorpius soupira en secouant la tête. Il passa une main dans ses cheveux, résigné. La colère et le désir disparurent ne laissant plus que la tristesse. Il lui adressa un faible sourire qui lui fendit le coeur.
—Ce ne sera pas pour aujourd'hui, il me semble…
Il alluma une nouvelle cigarette et s'éloigna dans la neige en ne laissant derrière lui que l'empreinte de ses pas. Rose fut tentée de le suivre. Elle se voyait déjà l'appeler, courir vers lui et se jeter dans ses bras pour le consoler de toute sa peine. Mais elle écouta plutôt l'autre voix dans sa tête, sa conscience, qui lui rappela l'image fidèle et pleine d'amour de son petit-ami.
Elle avait beau ressentir des choses étranges et terriblement excitantes pour Scorpius, elle aimait Chase.
Elle en était presque sûre.
OoO
Scorpius se dit en rentrant de 'sa promenade' qu'il avait eu la pire idée du monde de passer le reste de l'après-midi à vadrouiller dans les champs enneigés de la vaste campagne aux alentours du Terrier. Il avait fumé trop de cigarettes et le froid eut fini de le faire cracher ses poumons quand il se décida enfin à rentrer. La nuit était tombée et il eut du mal à retrouver son chemin. Cette longue marche lui avait permis de tempériser toutes les émotions qui s'étaient mélangées dans sa tête après sa courte discussion avec Rose.
Encore une fois, il avait presque failli perdre le contrôle. Après sa visite chez Emma, il s'était promis de procéder autrement avec Rose, bien résolu à la séduire en bonne et dûe forme. Mais cela se produisait à chaque fois qu'il se trouvait à ses côté, Scorpius était incapable de se contrôler et il avait perdu la tête lorsqu'elle avait parlé de Chase avec cette douceur odieuse dans la voix. Si elle savait… Si elle avait entendu les paroles de Chase dans le train… Hélas, Albus lui avait fait promettre de ne rien révéler et plus les jours s'écoulaient, et plus il avait du mal à ne pas tout dire à la jeune Gryffondor.
Lorsqu'il passa la porte, il perçut, dans la salle à manger, l'écho de voix bien connues. Scorpius n'avait plus vu la famille de son meilleur ami depuis les dernières vacances d'été et cela ne s'était pas très bien passé. Il avait débarqué dans la maison des Potter et était tombé nez à nez avec James qui lui avait craché immédiatement tout le mépris que lui inspirait sa Maison. James et Chase avait ça en commun: ils détestaient tous les deux la noble maison de Salazar Serpentard.
Scorpius hésita à entrer dans la pièce principal où tout le monde s'était réuni pour le souper du soir. Hugo sortit, au même moment, des cabinets et son visage s'éclaira lorsqu'il découvrit le meilleur ami de son cousin.
—Hey! Je ne savais pas que t'étais là. T'aurais dû nous rejoindre dans le grenier. Papy et moi, on a testé le nouveau jeu que j'ai mis au point cet été.
—Désolé, j'étais... , dit-il en désignant la porte. Je me promenais.
Hugo observa les cheveux mouillés par la neige de Scorpius, son manteau trempé et ses doigts glacé. Il finit par hausser les épaules, blasé.
—Cool le tee-shirt, se contenta-t'il de dire en marchant vers la salle à manger.
Scorpius le suivit, appréhendant l'accueil que lui réserverait le reste de la famille. Il savait que Arthur et Molly Weasley avait beaucoup d'affection pour lui, le considérant comme l'un de leurs petits-enfants chéris et Scorpius le leur rendait bien. Si les parents Potter se montraient toujours cordial lors de ses visites chez Albus, il n'en était pas de même de Ron Weasley. Celui-ci semblait conservé une certaine rancoeur envers les Serpentard et bien qu'il ait accepté (avec beaucoup de mal) que son neveu ait rejoint l'ancienne Maison ennemie, il n'en était pas de même du petit rejeton Malefoy. Scorpius s'était toujours arrangé pour éviter de croiser son chemin. Maintenant qu'il s'était rendu compte des sentiments qu'il portait pour sa fille, il était plus tendu que jamais.
—Allez, viens! l'encouragea Hugo en le tirant par la manche de son sweet-shirt.
Lorsqu'il arriva dans la grande salle à manger, il fut assailli par des exclamations ravies.
—Mais c'est le petit Scorpy! s'exclama George Weasley en se levant de sa chaise. Comment vas-tu mon vieux?
L'oncle Weasley obligea Scorpius à prendre place à côté de lui et d'Hugo. Il faisait face à Rose qui s'était assis à côté de son père. Celui-ci détailla Scorpius d'un air méfiant.
—Scorpius, ravi de te revoir, lui dit Harry en lui tendant la main avec un sourire chaleureux.
—Merci, monsieur.
Ginny s'approcha de la table avec une assiette et des couverts qu'elle plaça devant leur invité avec un grand sourire. Malgré les années, Ginny Potter avait conservé toute sa beauté et Scorpius en fut intimidé. Il se souvint de la fois où elle l'avait pris à part pour le remercier d'avoir pris le temps de connaître son fils, unique en son genre. Il avait bredouillé un 'de rien' sans oser lui dire que c'était plutôt lui qui avait eu de la chance de tomber sur Albus dans le Poudlard Express.
—Bonjour, Scorpius! lui dit Hermione Weasley avec la chaleur d'une mère.
—Dis Scorpius, se pencha Arthur Weasley vers lui. Il faut absolument que tu m'expliques comment marche Candy Crush. Hugo a essayé de m'expliquer mais je comprends rien quand c'est lui qui m'explique.
Hugo leva les yeux au ciel et engouffra une énorme bouchée de steak dans sa bouche. Sa mère le gronda sur ses manières à table et George Weasley désarmoça les tensions en débutant une bataille de petit pois. Mrs Weasley rappela à l'ordre son fils qui avait atteint ses quarante ans depuis un bail et elle pinça les joues de Scorpius en lui servant une énorme portion de purée.
Scorpius oublia toute sa tristesse en contemplant cette famille si unie et heureuse. Il sourit en se disant au combien les moments passés au Terrier lui avaient manqué.
Au fur et à mesure que l'heure avançait, les questions sur la famille de Scorpius se fut plus pressantes. Il les esquiva le plus possible mais bientôt il ne put répondre que par des silences gênés. Albus vint au secours de son ami, comme d'habitude. Il expliqua, sans en exposer les raisons, la décision des parents Malefoy concernant leur fils unique. Lorsque tout le monde comprit que Scorpius avait été mis à la porte, un long silence trop dramatique à son goût, s'installa dans la pièce, auparavant si vivante.
—Tu sais que tu es le bienvenu chez nous, réagit immédiatement Harry en serrant la main de Ginny.
—Oui merci, Albus me l'a déjà proposé. C'est vraiment gentil de votre part.
—Drago était certainement en colère, dit Hermione avec sagesse. Je suis sûr qu'il ne le pensait pas.
—N'en soyez pas si sûre, répondit Scorpius l'air soudain maussade. Nous n'avons vraiment pas les mêmes valeurs. Tant qu'il me parlera de sang pur, il y a peu de chance que je remette les pieds au Manoir.
—Ça ne m'étonne pas que Malefoy pense toujours ainsi, lâcha Ron en croisant les bras. Il n'y a pas plus Serpentard que lui. Mangemort un jour, mangemort toujours…
Scorpius avait beau partagé l'opinion du père de Rose, il ne put ignorer la pointe de vexation qui lui serra les entrailles. Il n'aima pas que Ron Weasley insulte ainsi son père, alors qu'il n'était pas là pour se défendre et ses propos lui rappelaient horriblement ceux de Chase pendant le débat en cours d'Etudes des Moldus.
—Ron! s'exclama sa femme scandalisée. Il a été innocenté.
—Ah, oui? ironisa-t'il. Par qui?
—Par moi, répondit calmement Harry.
Tous les visages convergèrent lentement sur Harry. Il portait, pour l'occasion, son cadeau de Noël offert par Mrs Weasley: un pull bleu nuit, avec un cerf argenté en son centre.
—Qu'est-ce que tu racontes, mon vieux? lui demanda Ron, interloqué. J'y étais, moi, au procès. Tu n'as pas pris la parole, je m'en souviendrais.
—Pas à cette audience publique, en effet. Mais le Magenmagot en a organisé une privée, avant le début des procès officiels.
Tout comme le reste des convives, assis à la table, Scorpius l'ignorait. Il savait que son père, sa grand-mère, Narcissa ainsi que Lucius Malefoy avait dû passer devant le nouveau tribunal de la magie pour répondre de leurs actes. Son grand-père avait été renvoyé à Azkaban pour l'exemple, avec tous les autres mangemorts encore vivants. Mais contrairement au chef de famille, Drago et Narcissa Malefoy avaient été disculpés de toutes responsabilités dans les atrocités de la Grande Guerre. Personne n'avait jamais su pourquoi. Même Scorpius s'était demandé depuis ses onze ans, comment son 'sang pur' de père avait pu échapper à la prison, surtout depuis qu'il avait découvert les anciennes geôles dans la cave du Manoir familial.
Autour de la table, la tension était palpable. Même Hugo et George n'osaient faire de plaisanterie. Chacun était concentré sur Harry qui prit une longue pause, le regard perdu dans le vide avant de recommencer à parler.
—Je ne sais pas si vous vous en souvenez, dit-il en regardant alternativement Hermione et Ron, quand nous avons été capturés par les rafleurs et emmené au Manoir des Malefoy… Même si toi, Hermione tu m'avais pas mal arrangé le visage pour ne pas qu'on me reconnaisse, tu te souviens?
Hermione acquiesça lentement. Apparemment, le souvenir était encore douloureux pour le trio légendaire.
—...Bellatrix a amené Malefoy devant moi. Elle a demandé à Drago s'il arrivait à me reconnaître pour me livrer à Voldemort.
L'assemblée frissonna, excepté les enfants qui observèrent les adultes sans comprendre. Albus était suspendu aux lèvres de son père.
—Je suis sûr qu'il le savait…, continua Harry. Un pauvre gars à la figure ravagée, accompagné d'Hermione Granger et de Ron Weasley… C'était sûr! Mais il fallait le confirmer. Quand Drago m'a regardé, droit dans les yeux. J'ai vu qu'il savait. Mais...il n'a rien dit.
C'était la première fois que Scorpius entendait quelqu'un parler en bien de son père, surtout un ancien Gryffondor. Il sentit une bouffée de joie l'envahir et la calma aussitôt. Il ne pouvait pas oublier le regard de haine que lui avait lancé son père lorsqu'il l'avait chassé.
—Et Lucius? Et Narcissa? explosa Ron, de plus en plus énervé. Tu vas me faire croire qu'elle avait les oreilles bouchées quand Bellatrix torturait Hermione dans le Manoir?
—Ron! dit Hermione en posant une main sur son bras. Les enfants…
Hugo avait écarquillé les yeux au mot 'torturait'. Rose dévisagea sa mère, choquée. Elle croisa le regard de Scorpius qui baissa la tête de honte, comme si c'était à cause de lui que sa mère s'était faite torturer dans le passé.
—Qu'est-ce que tu as bien pu dire pour la sortir d'affaire, elle? dit Ron le regard flamboyant de colère.
—Qu'elle m'avait sauvé la vie et permis de remporter la guerre, lâcha Harry tout aussi calmement.
Ron s'était levé de sa chaise et il s'effondra dessus lorsque Harry lui coupa le sifflet. Molly Weasley en profita pour proposer du dessert. Beaucoup se levèrent de table pour échapper à cette discussion trop intense à leur goût. L'Oncle George aida sa mère à préparer le café, tandis qu'Angelina débarrassa les assiettes. Hugo protesta lorsque sa mère le força à se mettre au lit, sachant pertinemment que la suite du récit d'Harry n'était pas adressé à des oreilles trop jeunes. Arthur alla somnoler dans l'un de ses divans. Les seuls qui restèrent à table étaient Ginny qui serrait toujours la main de son mari pour le soutenir, Ron toujours aussi interloqué, Scorpius, Albus et Rose, trop vieux pour qu'on puisse leur ordonner de monter se coucher.
—Je ne l'ai jamais dit à personne, sauf à Ginny. Mais je pense qu'il est important pour toi, Scorpius, de connaître cette histoire. Peu de gens savent ce qui s'est réellement passé pendant la Grande Bataille à Poudlard. C'était le chaos, partout. A un moment, j'ai dû partir dans la forêt…
—Pour affronter Voldemort? termina Albus.
—Pas exactement. J'avais compris que si je voulais en finir, une bonne fois pour toute, il fallait que je me sacrifie. Il fallait que je laisse Voldemort me tuer. Beaucoup de gens ont cru que j'étais parti affronter Voldemort et que je m'étais habillement fait passer pour mort afin de le leurrer. Mais la vérité, c'est que je suis bel et bien mort.
Un silence de mort suivit cette terrible révélation. Ron sondait son ami, les traits déformés par la tristesse. Il le savait, Harry le lui avait raconté avec Hermione. Mais l'entendre une nouvelle fois, après ces longues années, avait fait ressurgir la peine qui l'avait envahi en voyant ce qu'il croyait être le cadavre de son meilleur ami dans les bras d'Hagrid. Scorpius imagina découvrir le corps, sans vie, d'Albus, ou celui de Rose… Il n'aurait pas pu le supporter.
—Comment avez-vous fait pour en réchapper? demanda Scorpius.
Harry sourit, en laissant échapper un faible rictus.
—Vous n'êtes pas encore prêt à le savoir, dit-il sur un ton mystérieux. Et puis, de toute façon, ça n'a plus d'importance. Ce que tu dois savoir, Scorpius, c'est que lorsque je suis revenu à la vie, j'ai fait semblant d'être mort. Mais Voldemort voulait vérifier et il n'osait toujours pas me toucher. Il a envoyé une personne s'assurer que j'étais bel et bien mort. Cette personne, c'était ta grand-mère.
L'Oncle George éclata de rire dans la cuisine faisant sursauter Scorpius qui était captivé par les paroles de Harry Potter.
—Narcissa a vu immédiatement que je vivais encore. Mais au lieu de prévenir son maître, elle m'a demandé si ton père était en vie, continua Harry en se replongeant dans le passé. Et quand je lui ai confirmé qu'il allait bien, elle s'est tourné vers Voldemort et lui a dit que j'étais bel et bien mort.
Harry se tourna vers Scorpius et le dévisagea intensément.
—Sans le courage de ta grand-mère pour avoir osé mentir au plus grand mage noir de tous les temps, Voldemort m'aurait achevé et nous ne serions pas là pour en parler.
Ron gardait toujours le silence. Il suivit le regard de son meilleur ami et observa Scorpius. Celui-ci décela dans ses yeux une humilité contrite.
—Avec du recul, j'admire profondément l'amour qui unissait tous les membres de ta famille. Même Lucius Malefoy, malgré ses discours de mangemort, aimait foncièrement son fils. Ce que je veux que tu comprennes, Scorpius, ce que je veux que vous compreniez tous, c'est que sans les Malefoy ou certains Serpentard, nous n'aurions jamais pu vaincre Voldemort.
Harry se tourna vers son fils, qui lui ressemblait terriblement.
—Je suis fier que tu sois à Serpentard.
Mrs Weasley arriva enfin et déposa une énorme tarte à la mélasse en changeant rapidement de sujet. Les conversations reprirent avec plus de gaieté en servant à chacun une énorme part de dessert. Scorpius restait silencieux. Les paroles du célèbre Harry Potter avait remué quelque chose en lui et lorsqu'il croisa le regard de Rose, il sut qu'elle avait été aussi chamboulée de lui.
OoO
Rose faisait les cent pas dans sa chambre. Sa grand-mère avait préparé, pour elle et Lily, l'ancienne chambre de sa Tante, Ginny. Son grand-père avait réussi à y caler deux lits. L'édredon de Lily était recouvert de petites fleurs blanches tandis que Rose avait droit au motif des petits coeurs rouges. La chambre était douillette et il y avait encore des vieux posters d'équipe de Quidditch de Ginny épinglés au mur. Lorsque Rose traversa, une nouvelle fois, la pièce de part en part, elle croisa le poster d'une joueuse des Harpies qui lui adressa un clin d'oeil en sautant sur son balai.
La jeune Gryffondor était plus perdue que jamais. Le dîner et l'histoire racontée par son oncle Harry l'avait complètement retournée. Son père lui avait bien raconté la chasse aux horcruxes mais jamais il ne lui avait dit qu'Oncle Harry avait dû être sacrifié ou encore que la grand-mère de Scorpius lui avait sauvé la vie en renversant le cours de la guerre. Elle avait toujours cru les discours de son père qui lui rappelait, sans cesse, de se méfier des gens de Serpentard. Bien sûr, il y avait Albus qui sauvait l'honneur de cette maison maudite mais Ron n'avait jamais su apprécié Scorpius, le rejeton de ce perfide de Drago Malefoy.
Rose avait toujours écouté son père sans se poser de questions. Elle l'admirait pour son courage et lui vouait une admiration sans borne. Jamais un seul instant, elle ne s'était dit qu'il pouvait avoir tort. Scorpius et elle étaient devenus amis pendant leurs cinq premières années à Poudlard mais elle prenait conscience, que maintenant, qu'elle n'avait jamais réussi à lui accorder totalement sa confiance. Peut-être que les jugements erronés de son père l'avait conduite, inconsciemment, à se détacher d'Albus et de Scorpius? Peut-être s'était-elle précipitée dans les bras de Chase parce qu'au moins lui, trouverait grâce aux yeux de son paternel? Après tout, c'était un Poufsouffle et un joueur de quidditch exceptionnel. Pile le genre de profil qui aurait plu à Ron Weasley.
Elle avait besoin de savoir… D'être sûre comme l'était sa mère, à l'époque.
Rose était certaine de ne pouvoir trouver le sommeil sans avoir la réponse à cette question. Faisant fis de toutes les promesses qu'elle avait pu faire à Chase, elle sortit de sa chambre en faisant le moins de bruit possible et gravit le petit escalier de bois qui menait au grenier. C'était là que James dormait lorsqu'il venait passer ses vacances chez ses grands-parents. Il y avait des années qu'ils avaient réussi à se débarrasser de la vieille goule en suivant les conseils d'un vieux bouquin d'un certain Gilderoy Lockhart. Son grand-père avait ensuite aménagé le sous-toit avec un grand lit double et un bureau.
La jeune fille souleva la trappe et la referma derrière elle avec toutes les précautions possibles. Elle s'arrêta, le coeur battant, devant la porte de Scorpius. Elle prit une grande inspiration et frappa deux coups.
OoO
Scorpius était allongé sur le lit de James, yeux clos, cherchant le sommeil. Il imagina la tête du frère d'Albus s'il le voyait dans son 'repaire' et sourit d'avance à une nouvelle qui le mettrait dans tous ses états. En attendant, il avait beau se tourner et se retourner dans ses draps, il n'arrivait pas à s'endormir. Depuis que ses parents l'avaient foutu dehors, il n'avait pas trouvé le sommeil (même pas chez Emma), et il était exténué. Après le repas du soir mouvementé, il ne pensait qu'à se reposer, mais n'y parvenait pas, par la faute des récentes révélations de Mr. Potter.
Il ne s'était pas attendu à ce que l'Élu prenne ainsi la défense de sa famille. Il avait du mal à croire à tout ce qu'il venait de dire. Jamais son père ne lui avait parlé de ces histoires et sa grand-mère demeurait toujours terriblement taiseuse quand il venait, à contre-coeur, lui rendre visite. Cependant, la voix d'Harry Potter résonnait en lui et il ressassait ses dernières paroles adressées à son fils. Il était fier de son fils… Scorpius aurait donné n'importe quoi pour entendre son propre père lui dire ces mots.
Ses pensées furent interrompues par des coups frappés à sa porte. Il eut le mince espoir que cela puisse être Rose mais il chassa bien vite cette idée stupide en se levant pour aller ouvrir. Lorsqu'il tira la poignée, il se tétanisa sur le pas de sa porte, rendu muet par les yeux flamboyants de Rose Weasley.
—Je peux entrer? J'ai besoin de te parler, chuchota-t'elle.
Il se demanda, pendant un court instant, s'il n'était pas en train de rêver. Puis, se rendant compte que c'était bien la réalité, il ouvrit la porte un peu plus et invita la jeune fille à pénétrer dans sa chambre.
Rose entra timidement. Elle était vêtu d'un de ses pyjamas d'hiver et zieutait un peu partout, autour d'elle. Elle regarda le lit en fer avec ses draps défaits, sa valise ouverte avec ses vêtements par terre, Guenièvre dans sa cage qui pialla de joie en découvrant Rose, et un paquet de cigarettes sur la table de nuit.
—Qu'est-ce que je peux faire pour toi? demanda-t'il.
Scorpius s'appuya contre sa porte en croisant ses bras. Il détailla la jeune fille comme elle avait détaillé sa chambre. Elle avait une curieuse lueur dans les yeux et semblait essoufflée sans raisons. On aurait dit qu'elle s'était préparé à affronter un ennemi particulièrement dangereux et Scorpius craignit tout à coup qu'elle ne soit venue que pour l'engueuler. Pourquoi? Il ne saurait le dire mais avec un peu de temps, il pourrait très bien trouver au moins trois sujets de disputes.
Rose s'était campée à une distance respectable du blond, comme pour échapper à ses éventuelles caresses. Elle pouvait se rassurer, il ne tenterait rien, même s'il en mourrait d'envie.
—Je vais te poser une question, commença-t'elle très nerveuse. Ça va te sembler bizarre mais il faudra que tu me répondes très honnêtement…
—D'accord…, dit Scorpius de plus en plus intrigué.
—Tu me le promets? insista-t'elle.
Ses cheveux flamboyaient sous la lumière chaude des bougies de la pièce. Son nez mutin dessinait une ombre curieuse sur son visage et ses deux grands yeux ambrés le fixaient avec un sérieux qui ne lui ressemblait pas. Scorpius ne put s'empêcher de sourire.
—Est-ce que je dois faire un serment inviolable pour te rassurer? plaisanta-t'il en s'approchant tout à coup.
Il fit un pas, un deuxième, lentement pour ne pas brusquer Rose qui ne le quittait pas des yeux.
—Ta promesse suffira.
Scorpius la domina de toute sa taille. Elle levait le menton pour le dévisager avec cette fierté et cette assurance digne des Gryffondor. Non, en réalité, c'était sa force à elle, ce tempérament de feu qui avait fini par le séduire et que Chase piétinait un peu plus chaque jour.
—Je te le promets.
—Tu m'aimes, pas vrai?
Le Serpentard leva ses sourcils. Il ne s'était vraiment pas attendu à cela. Il la contempla longuement en se demandant où elle voulait en venir.
—C'est toi qui me la dit, tu te souviens? le pressa-t'elle.
—Si tu veux…, répondit-il en se détournant.
Il se retourna, terriblement gêné. Gêne qu'il masqua en se passant une main dans ses cheveux.
—Non, arrête ça! le poursuivit-elle. Tu m'as promis de me dire la vérité.
Elle le tira par le bas de son tee-shirt et Scorpius se tourna vers elle, furieux.
—Qu'est-ce que tu veux que je te dise? Tu veux que j'te dise que je t'aime? Eh bien oui, comme je te l'ai dit avant ton match de quidditch, je suis fou amoureux de toi, tu es contente?
—Au match de quidditch, tu m'as dit que tu n'étais pas sûr, lui rappela Rose.
Scorpius soupira en se passant une main sur le visage. Il pinça les lèvres puis saisit Rose par les épaules pour plonger son regard bleu dans le sien.
—Rose Weasley… Je t'aime...purement et simplement. Voilà, ça te va?
Il y eut un long silence. Au dehors, un gnome qui venait de se faire alpaguer par un chat sauvage poussa un couinement de détresse, les deux jeunes adolescents percevaient les ronflements d'Arthur Weasley à l'étage en-dessous. Et, pendant tout ce temps, malgré son flegme habituel, le coeur de Scorpius battait à tout rompre.
—Pourquoi? lâcha Rose sur un ton affreusement neutre.
—Quoi?
—Tu dis que tu m'aimes. Explique-moi pourquoi.
—Putain, mais t'es pas possible! explosa Scorpius en la relâchant.
Il fit quelques pas pour se calmer. Il rassembla ses pensées en réfléchissant à toute vitesse à sa question. Est-ce qu'elle avait posé la même à Chase? Et qu'est-ce que ce grand con avait-il pu bien lui répondre? Lorsqu'il leva les yeux vers elle, il devint soudain très sérieux.
—J'en sais rien, lâcha-t'il en soupirant. Je saurais pas mettre des mots sur ce qui se passe à chaque fois que je te regarde. Mais je n'avais jamais ressenti cela pour qui que ce soit. Je sais beaucoup de choses ou du moins je crois savoir... mais vivre avec ça, approcher du vide à chaque fois que tu passes près de moi et espérer seulement un petit regard, seulement un petit geste de ta part qui me permettrait d'échapper à ce trou noir pour me combler de joie pendant des heures; c'est la pire sensation que j'ai jamais éprouvé. Parce qu'après, il y a le vide à nouveau parce que tu n'es plus là, près de moi. Et j'attends comme un fou une autre occasion pour retrouver cette sensation aussi horrible que génial qui peut ne jamais revenir parce que tu en aimes un autre.
Scorpius avait baissé la tête, vaincu par l'émotion qu'il venait de décrire et qu'il était en train d'éprouver en ce moment-même. Et puis soudain, il leva les yeux vers elle.
—Je ne sais pas si tu appelles ça de l'amour, dit-il d'une voix rauque. Mais si ça l'est… alors, je t'aime comme un fou.
Sans lui laisser le temps de réagir, Rose franchit les quelques pas qui les séparaient et l'embrassa, brutalement, passionnément. Scorpius fut envahi par un puissant mélange d'émotions: surprise, désir, amour, tristesse et...crainte. Il se rappelait que trop bien de leurs précédents baisers qui s'étaient soldés par d'amères déceptions. Mais au fond de lui, une petite voix lui soufflait que tout avait changé. Scorpius la prit dans ses bras et la serra à l'en broyer. Il restèrent ainsi un long moment. Scorpius voulut la relâcher pour voir son visage mais elle ne l'en lui laissa pas le temps. Il sentit des lèvres brûlantes se poser sur sa joue, son cou, sa bouche. Elle chatouillait ses lèvres du bout de sa langue et il répondit à ses baisers avec trop d'empressement, comme s'il était assoiffé.
A travers toute la souffrance des derniers mois, il sentait un désir impétueux monter en lui. Il voulait son corps, il voulait sa peau contre la sienne, il voulait sentir les battements de son coeur. Il la voulait tout de suite, sans attendre et elle répondait à son envie avec la même avidité.
Il tira le pull de Rose au-dessus de sa tête et la saisit par sa taille nue en la collant contre lui, tout en continuant à chercher sa bouche. La lueur des flammes des bougies dansait sur sa peau, y jetant des ombres. Il embrassa la courbe de son épaule, les creux délicats à la base de sa gorge et ses seins délicats en la faisant gémir faiblement. Il la sentait pantelante et cela le rendit fièvreux.
—J'ai froid, lui murmura-t'elle lorsqu'il remonta jusqu'à son visage en collant son front contre le sien.
—Je vais te réchauffer, souffla-t'il d'une voix rauque.
Il se débarrassa de son tee-shirt et la serra contre lui en perdant son visage dans sa chevelure rousse qui cascadait dans son dos. Ses lèvres embrassaient son épaule et ses mains suivaient, du bout des doigts, la ligne de ses omoplates dans son dos. Elle descendait de plus en plus bas, prenant le temps en le faisant frissonner de tout son être, prisonnier de ses caresses. Il explorait son corps aussi, prenant son temps et réchauffant chaque parcelle de sa peau pour la faire devenir brûlante.
—Scorpius, gémit-elle alors qu'il lui caressait doucement la courbe de son sein. Je veux qu'on le fasse.
Sa respiration se fit plus profonde. Scorpius plongea son regard dans le sien, au bord du même gouffre qu'il lui avait décrit un peu plus tôt. S'il sautait, il était sûr de connaître le plus grand bonheur de sa vie. Il en avait envie, il avait follement envie de lui obéir, de la contenter.
Mais les pas qu'il entendit dans les escaliers le firent redescendre sur terre.
Il prit le temps de calmer ses ardeurs en se maudissant d'être aussi raisonnable. Il la serra contre lui, comme s'il avait peur qu'elle ne disparaisse dans un songe.
—On ne peut pas…, eut-il énormément de mal à prononcer.
Rose s'extirpa de ses bras en fronçant les sourcils. Elle était toujours à moitié nue et les yeux de Scorpius descendirent un peu plus bas que son visage.
—Quoi? s'exclama-t'elle en croisant les bras sur sa poitrine découverte. Pourquoi?
—On ne peut pas faire ça dans la maison de tes grands-parents, surtout avec toute ta famille en train de dormir en bas, surtout avec tes parents dans l'une des chambres juste en-dessous, surtout, surtout avec ton père dans les environs.
Rose arqua un sourcil en fronçant le nez.
—Ton père me fait un peu peur, avoua Scorpius.
Sa compagne pouffa de rire et Scorpius ne put s'empêcher de l'imiter. Ils rirent tous les deux, heureux et détendus. L'excitation du moment était passé mais ils ne s'étaient toujours pas rhabillé et Scorpius se méfiait de plus en plus de son envie incommensurable à contenter la belle Gryffondor.
Au grand regret de Scorpius, Rose ramassa son pull qui gisait sur le plancher et se rhabilla. Lorsqu'elle libéra ses épaisses boucles rousses du col de son vêtement, elle adressa un sourire timide au Serpentard. Celui-ci eut soudain peur qu'elle regrette ce qui venait de se passer.
—Ce sera pour une autre fois.
Elle s'approcha tout près de lui et se hissa sur la pointe de ses pieds pour déposer sur ses lèvres un tendre baiser. Elle se dirigeait vers la porte lorsque Scorpius la retint par le poignet. Il la souleva du sol en l'embrassant longuement, sa langue rencontrant la sienne tandis qu'elle encadrait son visage de ses mains brûlantes.
—Tu es sûre que tu ne le regretteras pas demain? lui demanda-t'il en la relâchant enfin.
—Non, c'est impossible, dit Rose caressant sa barbe de quelques jours.
—Promis?
Scorpius devait sûrement avoir l'air d'un idiot à paniquer soudain comme un petit garçon. Mais il savait qu'il ne pourrait pas supporter une nouvelle déception, surtout après tout ce qui a été dit et fait. Il ne s'en remettrait jamais.
Mais Rose n'avait pas la même expression que lorsqu'il l'avait poursuivi dans la bibliothèque. Elle lui adressa un sourire tendre et rêveur qui fit chavirer son coeur dans une douce torpeur.
—Je te le promets, dit-elle en promenant son pouce derrière sa nuque.
Il ne voulait pas la laisser partir. Il avait encore envie de l'embrasser, de la garder coller contre lui et de se perdre dans son visage jusqu'à l'aube. Mais il savait qu'elle devait partir sinon ils ne pourraient plus se retenir. Rose faisait un pas vers la porte et il la retenait au dernier moment. Elle riait entre ses lèvres puis caressait ses cheveux un peu trop longtemps.
Lorsque Rose réussit enfin à sortir de sa chambre, Scorpius s'effondra dans son lit qui grinça sous son poids. Il fixa le plafond, un large sourire étirant ses lèvres rendues écarlates par les innombrables baisers de la jeune fille qui était devenue officiellement sa petite-amie.
Il leva son bras vers le plafond et tendit l'index.
—Tu l'as dans le cul, Chase!
OoO
Rose sortit de la chambre de Scorpius en étant terriblement tentée d'y retourner. Elle était pantelante, échevelée, brûlante et sur le point de se consumer comme un feu de paille. Elle plaça ses mains sur ses joues et les sentit chaudes sous ses doigts. Elle dut s'accrocher à la rampe d'escalier car ses jambes tremblaient à chacun de ses pas.
Elle se répétait chaque mot qu'avait prononcé Scorpius avant qu'elle ne se jette dans ses bras. Alors qu'il parlait, elle avait sentit une chaleur l'envahir, pas comme celle de la bibliothèque ou dans sa chambre mais autre chose. Lorsque Scorpius avait parlé de ce qu'il ressentait, elle s'était soudain rendue compte qu'elle ne s'était jamais sentie ainsi avec Chase. Elle n'avait pas ressenti ce vide et elle l'avait recherché désespérément au sommet de la Tour d'Astronomie. La souffrance qui torturait Scorpius en l'aimant n'était pas la même que celle qu'elle éprouvait pour Chase. Tout était différent et Rose comprit soudain qu'elle endurait les mêmes tourments alors qu'elle se prenait la tête pour le Serpentard. C'était lui qu'elle redoutait de croiser dans les couloirs de peur de se perdre dans ce tourbillon d'émotions qui n'avaient aucun sens.
Par les quelques mots de Scorpius, Rose avait eu sa réponse et elle n'avait plus pu se retenir.
Elle atterrit sur le plancher du dernier étage en luttant désespérément contre l'envie irrépressible de remonter rejoindre Scorpius. Bien sûr, il avait eu raison de les arrêter. Ils ne pouvaient décidément pas passer le pas dans la maison de ses grands-parents, surtout avec son père sous le même toit, ainsi que tout le reste de la famille. Mais il était si difficile de réfréner cette soudaine passion.
Soudain, Rose tomba nez à nez sur sa grand-mère, un verre d'eau à la main.
—Rose? Tu n'es toujours pas endormie? Qu'est-ce que tu fais là? Tu as un problème chérie?
—Euh...je…
Par réflexe, elle fixa la trappe dans le plafond et elle sentit son visage s'empourprer sans qu'elle puisse le contrôler. Molly Weasley suivit du regard l'objet de l'attention de sa petite fille et fixa la trappe une seconde avant de sourire de toutes ses dents.
—Ah! dit-elle. Je vois…
Rose n'essaya pas de la contredire. Elle rougit de plus belle lorsque sa grand-mère lui pinça la joue.
—Je crois que tu ferais mieux d'aller te coucher, ma belle.
Elle lui fit un clin d'oeil en posant son index sur sa bouche comme pour lui signifier que ses secrets étaient bien gardés avec sa grand-mère. Embarrassée au plus haut point, Rose ne demanda pas son reste et déguerpit dans sa chambre, en percevant dans son dos le petit rire espiègle de Molly Weasley.
