17
LE SOUVENIR D'ALBUS
—Attends, attends, attends…, gémit Scorpius en retenant les poignets de Rose.
Rose s'écarta à regret des lèvres de Scorpius dont les yeux brillants témoignaient de tout le désir qu'il retenait au fond de lui. Il lâcha un profond soupir, mais en restant tout de même étroitement serré contre elle.
—Tu me rends complètement cinglé, dit-il avec un sourire qui attendrit Rose au plus au point.
Celle-ci rit en passant ses bras derrière son dos pour attirer son visage près du sien. Elle ferma les yeux et approcha lentement ses lèvres aux siennes. Elle en adorait leur goût, leur douceur et la douce chaleur qui montait assurément du fond de ses entrailles. Avec Scorpius, Rose Weasley ne se posait aucune question. Elle ne se sentait pas trop petite, trop grosse ou trop naïve. Elle ressentait seulement le désir de son compagnon incroyablement communicatif.
Le lendemain matin de leur 'conversation' dans la chambre au grenier, Rose était descendue la première pour prendre le petit-déjeuner. La plupart des parents étaient déjà partis travailler et il ne restait qu'Albus devant son bol de lait chaud ainsi que leur grand-père qui lisait la Gazette du Sorcier. Rose s'assit à côté de son cousin qui la salua cordialement, la tête encore un peu dans le cirage. Albus n'était vraiment pas du matin.
—Bonjour, ma chérie! s'était exclamée sa grand-mère en pénétrant dans la salle à manger, munie d'une énorme plateau de toasts grillés.
—Euh, bonjour…
Rose ne put s'empêcher de rougir. Sa grand-mère faisait semblant de rien mais la jeune fille était persuadée qu'elle avait très bien compris ce qui s'était passé dans la chambre de Scorpius. Gênée, elle se saisit de deux ou trois toast qu'elle se mit à grignoter dans demander sa confiture préférée.
Des pas pesant se firent entendre dans la cage d'escalier et Scorpius descendit la dernière marche, une main grattant sa tignasse blonde désordonnée et l'autre remontant son pantalon de pyjama. En l'apercevant, le feu des joues de Rose s'intensifia et elle resta bloquée un moment sur la mie brûlée dans son assiettte.
—Bonjour, baîlla le Serpentard.
Le son de sa voix même déformée par le bâillement réveilla chez elle le souvenir brûlant de leur échange la veille. Elle leva les yeux vers lui dans l'irrésistible espoir de croiser son regard. Elle voulait revoir dans ses yeux bleus le même plaisir de sa présence.
Elle l'observa s'asseoir en face d'elle, en prenant un malin plaisir à ne pas la fixer. Il croisa les bras sur son tee-shirt de moldu, le même qu'il avait enlevé pour la serrer contre lui, tous les deux à moitié nus. Puis, enfin, il leva la tête vers la jeune fille assise juste en face de lui. Là, il lui adressa un sourire qui ne voulait dire qu'une chose: il se souvenait, il était heureux, et il ne désirait plus qu'une chose, recommencer.
Rassurée, Rose lui rendit son sourire en essayant d'être la plus discrète possible. Sa grand-mère réchauffait du porridge pour Scorpius en posant mille et une question aux adolescents. Albus répondait par mono-syllabe, ayant énormément de mal à émerger de sa brume mentale du matin. Rose et Scorpius ne disaient rien. Ils se contentaient de se sourire.
Rose avait du mal à réaliser tout ce qui s'était passé entre eux. Lorsqu'elle était entrée dans sa chambre, elle avait été prise d'une impulsion irrépressible de mettre ses sentiments et les siens aux clairs. Les mots qu'il lui avait dit alors, tout ce qu'il avait décrit, ses sentiments à son égard. Tout avait basculé. Elle avait senti tout son amour et il l'avait touché en plein coeur. Rose avait encore du mal à mettre de l'ordre dans ses propres sentiments mais elle était devenue sûre que d'une seule chose: il était hors de question qu'elle laisse Scorpius lui échapper.
Bien sûr, la petite voix de sa conscience lui rappelait son engagement avec Chase. Mais elle se faisait de plus en plus faible et petite lorsque Rose lui répétait les mots d'amour de Scorpius. C'était exactement comme son père et sa mère avec le déluminateur. Rose savait, à présent. Elle n'avait plus de doute. Entre Chase et Scorpius, c'était le Serpentard qui l'aimait le plus et elle avait soudain prise conscience qu'elle était beaucoup plus à l'aise avec lui, accueillant son amour avec délice. Elle avait décidé d'en profiter, de se jeter à l'eau. Elle ne savait pas très bien encore ce qu'elle allait faire avec Chase, comment elle allait lui expliquer pour elle et Scorpius mais elle avait convenu, avec elle-même, emmitouflée dans son lit, qu'elle y réfléchirait à la fin des vacances.
Scorpius la regardait toujours avec ce sourire amoureux et terriblement coquin. Rose sentit sous la table son pied toucher le sien et elle sourit de plus belle. Elle vérifia que personne n'avait remarqué ce qui se tramait sous la table et la jeune fille répondit en effleurant son mollet de son pied. Ils continuèrent à se taquiner durant tout le petit-déjeuner. Scorpius s'enhardissait de temps en temps en remontant son talon jusqu'à la cuisse de la jeune fille. Celle-ci devenait rouge pivoine jusqu'à ce qu'Arthur Weasley ne leur demande le programme de leur journée.
Peu après, ils s'étaient retrouvés dans la grange de ses grands-parents, une petite pièce où était entreposé tout un bric à brac que les Weasley avait amassé depuis des années (beaucoup d'objets moldus). Rose avait dépassé Hugo et Lily en train de voler dans le champs d'à côté en se lançant des boules de neige pour rejoindre Scorpius qui l'avait directement attiré dans ce lieu secret et intime.
—Ce sera tout le temps comme ça? demanda Scorpius avec un sourire rêveur, ses mains posé sur la taille de Rose. A chaque fois qu'on se croisera…
—Tu es train de te plaindre, là? rit-elle en caressant distraitement sa nuque.
—Oh, que non!
Il se pencha vers Rose et lui sourit de toute ses dents, un sourire rieur et heureux qui l'amusait au plus au point. Jamais elle n'avait vu le Serpentard aussi détendu. En le serrant ainsi dans ses bras, elle découvrait des facettes de lui qu'elle n'avait jamais remarqué auparavant. Elle avait l'impression d'avoir découvert un Scorpius beaucoup plus réel et entier. Il se livrait à elle, sans retenue et elle adorait se laisser chavirer par son charme irrésistible.
Ils s'embrassèrent encore et Rose appronfondit le baiser en jouant avec sa langue. Elle l'entendit pousser un faible gémissement de sa voix rauque et ses mains se posèrent sur ses joues rougies par l'excitation et le froid. La porte de la remise s'ouvrit soudain d'un violent coup de pied et Scorpius s'écarta vivement de la Gryffondor. Ils se détendirent en reconnaissant Albus qui avait visiblement repris des couleurs après son quatrième café.
—La main dans le sac! rit-il en rajustant ses lunettes rondes sur son nez.
—On ne faisait rien de mal…, dit Rose en croisant ses bras sur sa poitrine.
—Bien sûr... , ironisa Albus. Vous allez sans doute nier qu'il se passe quelque chose entre vous?
—Comment t'es au courant? lâcha Scorpius qui savait très bien qu'il était inutile de nier avec Albus.
—C'est mon mollet que tu as caressé sous la table, espèce d'idiot.
Scorpius grimaça en sondant son meilleur ami qui n'éprouvait aucune gêne à les mettre mal à l'aise. Il avait réussi avec Rose. Celle-ci ne savait plus où se mettre.
—Même Mamy s'en doute, dit-il encore en s'asseyant sur une vieille caisse de livres de magie.
—Ne le dis pas à mon père, je t'en supplie, lui dit Rose.
Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Le stress de la découverte de leur rapprochement la fit se serrer près de Scorpius qui lui saisit la main en la pressant doucement pour la rassurer. Elle leva vers lui des yeux confiants. Albus observa leur manège en sirotant sa tasse fumante de café, un léger sourire aux lèvres.
—Je ne vais pas le faire, rassure-toi. Je suis heureux pour vous. C'est ce que j'attendais en réalité.
Albus décroisa ses longues jambes et se leva pour s'approcher du jeune couple, l'air soudain très sérieux.
—Maintenant que vous êtes ensembles, on peut agir. Il fallait que tu sois avec Scorpius pour que je puisse te révéler certaines choses, Rose. Et ça ne te fera pas plaisir.
—Attends, Albus! s'exclama Scorpius.
Il avait lâché la main de Rose pour se saisir du devant du pull d'Albus qui ne s'en offusqua pas. Il tenait toujours sa tasse dans la main et reprit une gorgée de café brûlant alors que son meilleur ami le fusillait du regard.
—Tu vas lui dire, c'est ça? s'énerva-t'il.
—C'est la seule solution pour en savoir plus. Tu dois me faire confiance.
Le regard pénétrant d'Albus destabilisa le Serpentard. Il avait raison, Albus était le plus intelligent et le plus sage d'entre eux. Scorpius n'avait jamais eu à se plaindre de ses plans. Il le relâcha et recula, devenu soudain taiseux.
—De quoi parlez-vous? s'inquiéta brusquement Rose en observant le manège de ses deux amis.
—Comme je te l'ai déjà dit, reprit Albus en lissant les plis de son pull, je dois te dire quelque chose et tu risques certainement de ne pas me croire, même si tu es maintenant avec Scorpius. Mais il faut que tu saches. C'est très important.
—Mais dis-moi! s'énerva Rose.
Albus inspira profondément. Il termina ensuite sa tasse de café et la déposa sur un petit guéridon qui traînait autour des trois jeunes gens. Son cousin sortit sa baguette de sa poche et Rose eut la pensée insensée, un instant, qu'il allait lui jeter un sort. A la place, il tapota sa tempe et le bout de sa baguette étira un mince filament blanchâtre que Rose reconnut comme le souvenir destiné à une pensine. Albus agita sa baguette au-dessus de sa tasse de café et laissa choir le cheveu blanc au fond du mug à l'effigie d'un gros nounours. Aussitôt, des inscriptions runiques s'illuminèrent faiblement et le liquide dans la tasse se mit à miroiter d'une douce lueur.
T'es sérieux, mec? dit Scorpius en arquant un sourcil. Ta tasse est une pensine?
C'est moins lourd qu'une bassine, rétorqua Albus en le sondant par-dessus ses lunettes.
Co...Comment as-tu réussi à transformer cette tasse en…, articula Rose choquée en désignant la tasse qui luisait toujours.
Albus haussa les épaules.
On a potassé cette magie l'été dernier.
J'ai volé un bouquin qui en parlait dans la réserve, ajouta Scorpius en grimaçant. N'en parle pas à Pince ou je suis bon pour passer le reste de ma scolarité en retenue.
Vous êtes fous…, soupira Rose ébahie.
Elle ne connaissait qu'une pensine, celle de Dumbledore qui trônait encore dans le bureau du directeur et qui profitait, à présent, au professeur McGonagall. Elle savait très peu de choses sur les pensines si ce n'était leur utilité mais elle pouvait deviner à quel point il pouvait être difficile d'en créer une. Elle dévisagea encore son cousin, Scorpius et la tasse qui luisait toujours dans la pénombre de la cabane. Encore maintenant, elle était époustouflée par le talent d'Albus. Celui-ci zieutait le fond de sa petite pensine, l'air inquiet.
—Tu veux que je plonge dans ton souvenir et que j'y découvre un truc horrible? comprit Rose.
—Oui, se radoucit Albus. Pour qu'il n'y ait aucun doute sur la vérité. Je te la montre telle qu'elle est. S'il te plaît, regarde…
Le fond de la tasse d'Albus miroitait une faible lueur bleutée. Rose n'était jamais entrée dans une pensine par le passé. Elle avait souvent entendu son père lui raconter les allers-venues d'Oncle Harry dans les souvenirs de Dumbledore ou de Severus Rogue mais jamais elle n'avait eut l'occasion de tenter l'expérience. Et le premier souvenir qu'elle allait revivre était, selon son cousin, quelque chose de tellement abominable qu'il était sûr qu'elle ne le croirait pas s'il le lui avait exposé oralement.
Elle leva ses yeux ambrés et rempli d'appréhension vers Scorpius.
—Tu viens avec moi?
Il eut un faible sourire car il savait pertinemment ce qu'elle s'apprêtait à voir. Pour toute réponse, il lui reprit la main et la serra en croisant ses doigts aux siens. Rose prit une grande inspiration. La présence de Scorpius, à ses côtés, la rassurait. Elle savoura le contact de sa peau contre la sienne et plongea dans le fond de la tasse d'Albus.
OoO
Scorpius sortit du souvenir d'Albus avec la même rage que son homologue dans la pensine. Il avait serré la main de Rose alors qu'elle avait contempler Albus et Scorpius écouter la conversation de Chase dans le wagon d'à côté avec les Oreilles à Rallonge. Son teint était devenu de plus en plus blème et elle se tétanisa sur place lorsqu'il parla ouvertement de ses véritables intentions à son égard. Tandis que son clone éructait de rage dans le compartiment, Scorpius n'avait d'yeux que pour Rose. Il avait décelé toute sa détresse lui déformer ses traits, il l'avait subie et cela n'avait fait qu'attiser sa colère contre l'attrapeur de Poufsouffle.
Ils atterrirent dans la remise, peu après. Albus les attendait, appréhendant la réaction de sa cousine qui resta immobile la tête baissée, la main toujours serrée dans celle de Scorpius.
—Je suis désolé, lui dit-il. Je te l'ai montré maintenant parce que tu sais ce qu'est l'amour. Tu as Scorpius. J'ai pensé… j'ai pensé que tu étais plus apte à supporter cette nouvelle.
Rose leva des yeux embués de larmes vers son cousin qui fit un pas en arrière. Elle lâcha la main de Scorpius et celui-ci ne vit pas de la tristesse dans ses yeux mais de la rage, de la colère dirigée contre Albus.
—Que sais-tu de l'amour? lui cracha-t'elle.
Elle n'attendit pas sa réponse et le poussa vivement en sortant comme une furie de la remise. La porte de bois claqua dans son dos. Albus et Scorpius se dévisagèrent dans un lourd silence.
—Je ne m'étais pas attendu à cela, dit-il avec un sourire forcé.
Albus était réellement désolé d'avoir dû faire du mal à Rose. Il baissa la tête, honteux, creusa un peu le sol poussiéreux du bout de sa chaussure. Scorpius soupira. Albus avait beau être un petit surdoué, au courant de tout sur tout, sur tout le monde, il se révélait être une vraie nullité quand il s'agissait de rapports humains, surtout si les personnes concernés étaient des gens qu'il aimait profondément.
—Reste-là, lui dit Scorpius en se dirigeant vers la sortie. Je m'en occupe.
Scorpius n'eut aucun mal à retrouver Rose. Il suivit ses traces fraîches dans la neige et l'aperçut assise sur un tronc d'arbre renversé, recouvert de givre. Scorpius contempla sa silhouette qu'il avait pressé contre lui juste avant l'arrivée importune de ce crétin d'Albus. Elle avait la tête baissée et son bonnet d'hiver laissait échapper un torrent de boucles rousses qui se perdait dans son chandail. Elle reniflait bruyamment et il devina, aussitôt, qu'elle était en train de pleurer. Mais il ne put s'empêcher de la trouver belle, ainsi, dans la neige, en train de laisser ses larmes couler dans son écharpe aux couleurs des Gryffondor.
Elle perçut ses bruits de pas dans la neige et elle n'eut pas besoin de lever la tête pour savoir qui était venu la consoler. Scorpius enfuit ses mains dans ses poches, toujours à quelques pas de la vieille souche d'arbre, n'osant pas trop l'approcher pour lui laisser assez d'espace pour pleurer en paix.
Au bout d'un moment, lorsque les sanglots commencèrent à se calmer. Il osa enfin parler.
—Albus peut être vraiment maladroit, parfois, tenta-t'il en dansant d'un pied sur l'autre.
—Parfois? ironisa Rose.
—Bon, d'accord tout le temps mais je crois qu'il a eu raison de te montrer ça.
—Je sais…
Rose serra les poings sur son jeans. Elle avait toujours la tête baissée et Scorpius mourrait d'envie de ramener ses mèches rousses derrière sa nuque pour découvrir son visage. Il n'eut pas à attendre trop longtemps. Rose leva brusquement les yeux vers lui. Il scruta son visage mouillé par ses larmes et ses yeux gonflés.
—Je ne pleure pas à cause d'Albus. Je pleure parce que Chase était mon premier amour et que je lui faisais confiance.
A ses mots, Rose fondit une fois encore en larmes. Elle sanglota longuement, pleurant sur cet amour désuet qui avait duré six longues années, bafoué en une seconde par un si petit souvenir. Elle pleura tout son soûl et Scorpius n'osa pas la toucher. Il l'observait, silencieux, endurant sa douleur comme si elle avait été la sienne. Il savait qu'elle avait besoin de cela, de faire jaillir toute cette frustration et cette peine.
Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes jusqu'à ce que Rose ait fini de pleurer. Scorpius attendit patiemment, ignorant les meurtrissures du froid sur son visage. Il voulait rester près d'elle parce qu'il en avait envie et parce qu'elle en avait besoin. Il la suivrait n'importe où si elle le lui demandait.
—Scorpius? demanda-t'elle soudain.
—Hum?
—Comment ça s'est passé avec ton premier amour?
—Moi? s'exclama-t'il en réfléchissant à la question.
Il trouvait sa question étrange mais il se dit qu'elle avait besoin d'extérioriser. Si elle avait besoin qu'il lui parle, alors il parlerait.
—Eh bien, commença-t'il en se sentant gêné sans vraiment savoir pourquoi. Je n'ai jamais dû vraiment faire d'efforts pour que les filles...euh…
Il croisa le regard de Rose dont les yeux, gonflés par ses larmes, se plissèrent de méfiance. A sa grande surprise, sa suspicion se transforma en un petit sourire qui réchauffa le coeur de Scorpius.
—Frimeur! lâcha-t'elle avec un petit rire.
Scorpius sourit, lui aussi, ébahi par l'expression amusée de Rose, elle qui gémissait de désespoir il y avait de cela quelques minutes. Scorpius détourna les yeux pour ne pas qu'elle voie qu'il rougissait. Il réfléchit à l'amour. Ce sentiment lui était totalement inconnu par le passé. Il n'avait compris que récemment les sentiments sincères qu'il portait à la Gryffondor et encore… Il se laissait souvent déborder par cette émotion soudain qui lui échappait encore. Avec ses précédentes conquêtes, il n'y avait rien de tout cela. Il ne perdait jamais le contrôle et emmenait la demoiselle là où il le voulait. C'était facile…, si facile!
Avec Rose, tout était différent. Tout n'était que merveilles et souffrances à la fois. Ses réactions changeantes l'intriguaient et l'agaçaient à la fois. Il avait du mal à la saisir et lorsqu'il y arrivait, il se perdait dans le bonheur incroyable que cela lui procurait. Il avait lutté contre cela, pendant de nombreux mois. Il avait essayé de la fuir, de lui faire peur, de nier tout contact avec elle. Rien n'y avait fait. Toutes ses tentatives n'avaient fait que le rapprocher de plus en plus de cette magnifique lionne rousse.
—En fait, dit-il alors que Rose renifla bruyamment. Mon premier amour, c'est toi, Rose.
Rose leva la tête vers lui, la bouche entrouverte. Des larmes perlaient encore dans ses grands yeux ambrés. Elle les avait écarquillés à cette révélation. Il s'approcha d'elle, ne pouvant plus se retenir et posa sa main sur sa tête en entremêlant ses doigts glacés dans sa belle crinière. Il descendit sur sa joue et cueillie ses larmes de son pouce. Il ne voulait plus la voir pleurer. Il la voulait rieuse et épanouie comme la magnifique jeune fille qui l'avait embrassé dans la remise.
—Tu peux me faire confiance, dit-il d'une voix un peu trop rauque à son goût.
Il lui leva le menton et déposa un baiser sur ses lèvres.
Ils rejoignirent Albus, peu après, se serrant l'un contre l'autre. Rose pressait le bras de Scorpius contre elle en s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage et le jeune homme eut soudain l'image de sa mère agrippée à son père de la même manière. Albus n'avait pas bougé. Il grelottait de froid dans son pull mais il avait eu la sagesse d'attendre le jeune couple après le coup odieux qu'il avait fait à sa cousine.
Lorsqu'ils entrèrent de nouveau dans la remise, Albus se releva précipitamment de sa chaise de fortune, l'air embarrassé.
—Je suis désolé, répéta-t'il en ajustant ses lunettes, geste qui trahissait son malaise.
—C'est bon, dit Rose en s'effondrant sur un sac rempli de vêtements.
Le tas informe laissa échapper un nuage de poussière lorsque Rose s'y assit. Scorpius s'appuya sur l'unique poutre qui soutenait la charpente de la pièce en croisant les bras.
—Et je m'excuse d'avance pour ce que je vais devoir vous demander à tous les deux.
Il inspira bruyamment pour se donner du courage et Scorpius n'aima pas du tout l'expression de stress intense et de sérieux qui tirait ses traits.
—Rose, il faut absolument que tu continues à sortir avec Chase, dit-il en joignant ses mains comme dans une prière.
—Quoi? dit Rose.
—Oui...quoi? répéta Scorpius dont la tension était palpable. Tu es sérieux?
—Oui, lâcha Albus en affrontant Scorpius.
Celui-ci hocha plusieurs fois la tête en scrutant son meilleur ami. Albus n'eut pas besoin qu'il ouvre la bouche, il savait qu'il n'allait pas tarder à exploser. Il le connaissait que trop bien.
—Il en est pas question, lâcha-t'il.
—Ce n'est pas à toi de décider, dit encore Albus. C'est à Rose que j'ai posé la question.
—Pourquoi tu voudrais que je continue à sortir avec un homme qui me méprise et m'utilise? demanda Rose tremblante à l'évocation de ce souvenir.
—Parce qu'il n'y a pas que cela. Il y autre chose… Quelque chose se trame à Poudlard et je suis persuadé que Chase est lié de près ou de loin. Il faut en savoir plus et le seul moyen c'est de l'approcher assez pour lui soutirer des informations.
—C'est n'importe quoi, soupira Scorpius.
Il imita Rose et s'assit sur une pile de caisses qui craquèrent sous son poids. Il sonda Rose qui dévisageait Albus sans rien dire. Il n'y avait plus aucune trace de tristesse sur son visage, seulement une profonde lassitude.
—Pourquoi es-tu persuadé qu'il se passe des choses étranges avec Chase? demanda-t'elle.
—C'est la couleur de la braillantine qui m'a mit sur sa piste. Elle n'est pas devenue noire par hasard. Et puis ses dernières paroles avant que quelqu'un ne coupe l'Oreille à Rallonge. Qui a fait ça, d'ailleurs? Et pourquoi? Il doit forcément être en lien avec Chase. On doit lui soutirer des informations.
—Et pourquoi tu n'en parles pas à un professeur? demanda encore Rose. Ou à McGonagall? S'il se passe vraiment quelque chose de grave à Poudlard, ça ne nous concerne pas, on n'est que des élèves.
Albus soupira exagérément en levant les yeux au ciel.
—Vous croyez réellement que nos parents se sont dit ça à chaque fois qu'il s'est passé quelque chose de bizarres à Poudlard? Non, ils ont à chaque fois enquêter et réussit à déjouer les pièges de Voldemort.
—Nous ne sommes pas nos parents, répondit Rose sur le même ton.
—Et Voldemort est mort, ajouta Scorpius. Quoique tu imagines, ce ne sera jamais aussi grave que l'armoire à disparaître qu'à introduit mon père dans l'école.
Rose et Albus se tournèrent vers leur ami. Ils étaient surpris qu'il connaisse cette histoire. Ils imaginaient mal Drago Malefoy se vanter d'un crime qui avait failli le conduire à Azkaban et qui, en fin de compte, avait causé de près ou de loin la mort de l'un des plus grands sorciers du Monde Magique: Albus Dumbledore.
—Peut-être, se ressaissit Albus. Autant en être sûr, non? On a besoin de preuves et on les trouvera chez Chase. Si j'avais d'autres pistes, je ferai autrement mais je n'en ai pas et je sens, (il insista sur ces derniers mots), je sens qu'il se passe quelque chose de grave.
Un lourd silence suivit ses paroles. Albus se posta devant Rose qui fixait ses chaussures, réfléchissant à toute vitesse.
—S'il te plaît. Quelques semaines, pas plus.
—D'accord, finit-elle par dire.
—Quoi? s'exclama Scorpius en se levant.
—D'accord, je vais le faire.
Scorpius se releva, inquiet. Il imagina Rose rentrée à Poudlard, retrouver les bras de Chase et replonger dans ses vieux travers. Elle avait mis si longtemps à enfin espérer un peu d'amour de sa part. Pouvait-elle y renoncer aussi facilement? Scorpius fut envahi par le doute jusqu'à ce qu'il croise le regard dur de la jeune fille. La détresse de Rose s'était transformée en une toute autre émotion que Scorpius connaissait bien. L'amour perdu qu'elle avait éprouvé pour Chase s'était transformé en rage sourde qui ne demandait qu'à obtenir justice. Il comprit que même s'il lui parlait pendant des heures pour la faire changer d'avis, rien ne pourrait l'empêcher de se venger de Chase.
Albus acquiesça, satisfait. Rose se leva enfin et s'approcha de Scorpius pour le serrer contre elle. Elle posa sa joue contre son torse et il ne put s'empêcher de la presser un peu plus contre lui, même si cet arrangement ne l'arrangeait pas du tout!
OoO
Rose était songeuse.
Son passage dans la pensine d'Albus lui avait brisé le coeur plus sûrement qu'un poignard. il avait ravagé les dernières miettes de culpabilité qu'elle avait pu éprouver en se rapprochant de Scorpius. Elle avait beaucoup pleuré mais maintenant, sa tristesse c'était transformée en rage.
Elle avait accepté le plan d'Albus. Elle resterait la petit-amie de Chase et jouerait le jeu pour pouvoir l'approcher tous les jours et lui poser des questions quant à ses activités. Albus leur avait promis, à elle et à Scorpius, que ce ne serait pas long. Il espionnerait chacun des membres de l'équipe de quidditch pour faire avancer son enquête. Sauf que voilà, Scorpius avait soulevé un point important: une enquête sur quoi? Mis à part la couleur de la braillantine, Chase n'avait montré aucun signe d'hostilité. C'était un horrible personnage qui n'avait pas hésité à se servir d'elle pour gagner une bête coupe de quidditch mais de là à le traiter comme le plus infâme des mages noirs, il y avait de la marge. Seulement Albus ne s'était jamais trompé auparavant et elle n'avait pas non plus aucun élément qui réfuterait sa théorie.
Rose était demeurée silencieuse pendant le dîner. Une foule de pensées lui taraudait l'esprit et la rapprochait de temps en temps du gouffre de désespoir qui s'était creusé dans son coeur lorsqu'elle avait appris la trahison de Chase. Et dire qu'elle avait failli se suicider à cause de lui… Heureusement, elle avait Scorpius. A chaque fois qu'elle sentait la rage se propager dans ses veines comme un poison, elle n'avait qu'à lever les yeux pour croiser celui du Serpentard qui ne la quittait pas du regard depuis le début du repas. Elle voyait dans le bleu de ses iris tout l'amour qu'il éprouvait pour elle. Rose était son premier amour. Elle devait s'en montrer digne, même si elle allait devoir passer les prochaines semaines dans les bras d'un autre.
La veille de leur retour de Poudlard, le soir,Scorpius s'était glissée dans la chambre de Rose. Ils se câlinèrent comme si c'était la dernière fois. Scorpius la tint étroitement serrée dans ses bras. Rose enfuit son visage contre son épaule en mémorisant son odeur si particulière. Elle voulait profiter un maximum de l'étreinte de ses bras avant qu'elle ne doive jouer cette odieuse comédie avec Chase.
—J'ai peur, soupira Scorpius.
Rose s'extirpa du creux de son épaule où elle se sentait si bien pour le dévisager. Ses sourcils blonds étaient froncés et son regard se perdait dans le vide. Ses bras se resserrèrent un peu plus autour d'elle.
—De quoi? demanda-t'elle.
—De toi et de Chase. J'ai peur qu'il te fasse du mal, dit-il en soutenant son regard. J'ai peur que tu retombes dans ses bras.
Il avait chuchoté sa dernière phrase, comme s'il en avait honte. Rose prit son visage entre ses mains.
—Ça n'arrivera pas, dit-elle sur le même ton.
Elle caressa ses lèvres du bout de son pouce comme il le lui avait fait à la bibliothèque. Le souvenir de ce moment la faisait encore ronronner de plaisir. Elle se souvint avoir eu toutes les peines du monde à lui résister. Elle aimait lui rendre son touché et observer ses réactions. Elle adora que sa respiration s'accélère, que ses doigts vadrouillèrent lentement dans son dos en la faisant frissonner contre lui. Au cours des jours qui terminèrent ses vacances d'hiver, étroitement lovée dans les bras du Serpentard, elle s'était souvent demandé comment elle avait fait pour résister à ce point. Jamais elle n'avait ressenti une telle passion avec Chase et Scorpius la mettait tellement à l'aise qu'elle aurait pu l'embrasser jusqu'à l'aube. Ils se nourrissaient l'un de l'autre en étant incapable de se rassasier de ces moments. Chacun en voulait toujours plus.
—Je ne veux pas que tu retournes auprès de lui, dit-il encore.
La voix de Scorpius était rauque et incroyablement chaude. Rose fixait ses lèvres qu'elle caressait distraitement. Elle avait envie de les embrasser encore. Elle rougit d'avance au plaisir que celui qui procurerait.
—Mais si tu dois vraiment y aller...laisse-moi poser mes marques sur toi.
—Tes marques…?
Scorpius renversa Rose sur le dos et se positionna au-dessus d'elle, ne la quittant pas des yeux. Il s'assit près d'elle et lui prit la main qu'il leva à ses lèvres. Rose le contempla faire sans comprendre. Scorpius lui fit un baise main en prenant son temps. Elle sentit les lèvres douces du jeune homme, sa langue qui s'attardait sur sa peau et ses dents qui la mordirent légèrement. Rose émit un petit cri de surprise. Il la relâcha et elle découvrit une petite marque rose là où il venait de l'embrasser.
—Comme ça, dit-il d'une voix rauque.
Rose plongea son regard dans le sien. Elle reconnut le Scorpius sauvage, celui qui la faisait frissonner de la tête au pied. Il était incroyablement sexy avec ses cheveux qui lui tombaient dans ses beaux yeux bleus, son nez droit un peu de travers, ses pommettes légèrement rosies par l'excitation. Il portait encore son vieux tee-shirt mais Rose savait exactement ce qu'il y avait en-dessous et elle eut envie qu'il l'enlève.
Elle leva sa main marquée vers son torse et il lui saisit le poignet en arrêtant son geste, ce qui la frustra au plus haut point. Il leva son bras près de sa bouche et l'embrassa encore sur la partie rebondie de son avant-bras. Elle sentit encore ses lèvres, sa langue, ses dents et son regard qui la pénétra jusqu'au plus profond de son être.
—Hey! s'exclama Rose. Tu m'en fais d'autres?
—Oui…, dit-il contre sa peau. Si je ne t'en fais pas plein...Je mourrai d'inquiétude.
Le regard de Scorpius changea. Il passa du sauvage au petit garçon inquiet, celui perdu au vide qu'il décrivait comme de l'amour. Rose le vit rougir et sa propre respiration accéléra. Il s'approcha près de sa poitrine, puis descendit plus bas en suivant la courbe de ses hanches de ses doigts. Plus il descendait et plus le coeur de Rose battait dans sa poitrine. Il arriva près de ses jambes. Elle portait un pantalon de pyjama et Scorpius releva le tissus jusqu'au-dessus de son genou et embrassa son mollet avec la même douceur que pour sa main et son bras. Lorsque Rose sentit le contact de ses dents qui lui mordillait la chair, elle posa une main dans ses cheveux. Le brasier entre ses jambes s'était accentuée et elle devint pivoine en imaginant Scorpius la marquer à cet endroit-là!
Sans crier gare, Scorpius lui prit les chevilles et la força à se mettre sur le ventre. Elle ne voyait plus son visage mais elle sentait toujours ses mains la toucher. Elle le sentit remonter le long de ses cuisses, près de ses fesses, relever un peu le bas de son pull pour effleurer le creux de son dos. Petit à petit, elle sentait son corps se presser contre le sien. Rose perçut son souffle dans ses cheveux et sa main lui caressa la nuque et la relevant un peu contre lui. Il la serra à la taille et leurs regards se croisèrent dans la même fièvre.
Rose se pressa le plus possible contre lui tandis qu'elle effleurait ses lèvres des siennes. Leurs visages étaient si proches qu'elle crut, un instant, qu'il s'apprêtait à l'embrasser. L'attente était incroyablement longue et Rose se crut sur le point de le supplier. Finalement, il évita sa bouche et posa délicatement ses lèvres dans son cou. Rose sentait tout son poids presser contre elle. Il la dominait totalement et elle ne pouvait faire aucun mouvement pour le repousser. Elle n'en avait pas l'envie. Elle gémit faiblement lorsqu'il se mit à la mordiller. Il aspira sa peau contre ses lèvres et Rose sentit ses doigts comprimer légèrement ses seins.
Scorpius retourna soudain Rose sur le dos. La jeune fille sentit sa nuque palpitée sous les doigts de Scorpius. Elle avait le souffle court et se sentait totalement impuissante, couchée ainsi sous le Serpentard qui la dévorait des yeux.
Les deux jeunes gens, surexcités, entendirent soudain des pas pesant monter l'escalier et s'arrêter devant la porte de Rose. Scorpius se redressa, en alerte. Ils espérèrent, tous les deux, la visite impromptue d'Albus pour leur rappeler un détail de leur plan contre Chase. A la place, ils entendirent un coup frappé à la porte et la voix de Ron Weasley à travers le battant de bois.
—Rose, chérie, tu dors?
Scorpius dévisagea Rose, complètement paniqué. Elle se redressa comme un ressort et poussa le Serpentard hors du lit en lui indiquant de se cacher en-dessous. Scorpius se glissa sous le lit alors que Ron Weasley frappait une nouvelle fois à la porte.
—Euh! dit Rose en s'assurant que Scorpius avait totalement disparu. Oui, entre!
Rose se terra sous ses draps, contemplant la porte s'ouvrir doucement en espérant que son père ne remarque pas les multiples marques que lui avait faites Scorpius.
—Bonsoir, chérie, dit Ron avec un sourire très tendre. Je ne te dérange pas?
—Non, non…
Elle eut une pensée pour Scorpius, parmi les moutons de poussières et la panique qu'il devait éprouver en contemplant les chaussures de l'un des héros de la Grande Guerre s'approcher du lit de son pas pesant.
Ron s'assit au pied du lit, sur la couette moelleuse en poussant un profond soupir.
—Je voulais te parler, commença-t'il sur un ton sérieux qui ne lui allait pas du tout. Maman m'a tout dit.
Rose le dévisagea sans comprendre. Il avait une expression gênée et silencieuse comme si il s'était attendu à ce que sa fille se mette à hurler contre lui. Rose craignit soudain que sa mère n'ait remarqué les oeillades entre elle et Scorpius et qu'elle n'en ait parlé à son père. Puis, la raison pointa le bout de son nez dans le torrent de panique qui déferlait dans son esprit. Elle se rappela de sa conversation avec sa mère, le soir de Noël.
—Ah! soupira-t'elle presque heureuse qu'il ne s'agisse que de cela.
—Je ne te cache pas que j'ai été un peu choqué en apprenant que tu...tu comptais…
Il n'osa finir sa phrase. Son regard devint triste et Rose s'en voulut immédiatement. Elle l'aurait bien pris dans ses bras si elle n'avait pas eu peur qu'il ne voie les grosses marques rouges sur ses mains et bras.
—Tout ce que je veux, maintenant, c'est que tu sois heureuse. Tu comprends? bredouilla-t'il d'une voix tremblante d'émotion.
—Oui, oui!
—C'est important aussi que tu saches que tu peux tout nous dire. On est tes parents. On t'aime. On peut tout entendre!
"Même qu'un Serpentard se cache sous mon lit parce qu'il vient de me faire toute une série de suçon sur le corps?" Pas sûr…, pensa Rose. Elle plissa les yeux mais sourit tout de même à son père pour le rassurer.
—Ne t'en fais pas, papa. J'ai fait une bêtise mais je ne recommencerai plus.
—C'est bien! dit-il avec un petit sourire.
Il réfléchit un moment qui dura une éternité dans la tête de Rose. Elle ne désirait qu'une chose, en finir au plus vite pour délivrer Scorpius de sous son lit.
—Tu sais, moi aussi, j'ai commis beaucoup de bêtises quand j'avais ton âge.
—Ah oui?
—Oh oui! s'exclama-t'il en riant. Quand j'avais seize ans, je suis sorti avec Lavande Brown. Ta mère était furieuse…
—Oui, maman m'a raconté, s'empressa de répondre Rose pour couper court la conversation.
Peine perdu, son père était perdu dans ses souvenirs, une expression nostalgique peinte sur son visage.
—Ça ne lui a pas plus du tout. Elle m'a même envoyé des oiseaux à la figure…
Il sourit à ce souvenir, un sourire tendre et Rose eut l'image de Scorpius en tête, en train de lui adresser ce même sourire. Ce même Scorpius qui patientait encore sous son lit.
—Euh, papa? tenta-t'elle une autre approche. Je suis assez fatiguée. Ça t'embête si on en reparle demain?
—Demain vous rentrez à Poudlard, lui rappela-t'il.
—Justement, je suis vraiment fatiguée.
Rose bailla exagérément pour convaincre son père qui finit par capituler.
—D'accord, d'accord, un câlin avant de dormir? dit-il en écartant les bras.
—Papa! gémit Rose. Je n'ai plus dix ans.
—Pour moi tu resteras toujours ma petite fille.
Rose poussa un soupir résignée. Elle prit son père dans ses bras et il la serra contre lui. Elle retrouva son odeur, celle qui la rassurait toujours lorsqu'elle accourait vers lui après un bobo ou un cauchemar. Il lui caressa les cheveux.
—Je suis content que tu aies au moins trouver Chase. C'est un bon garçon.
La jeune fille grimaça dans son dos. S'il savait… Il l'écarta doucement et lui sourit encore, heureux d'avoir partagé ce moment avec sa grande fille.
—Quand tu sais que c'est le bon, faut pas le lâcher, dit-il sur un ton qu'il voulut sage.
—Hum, hum! répondit Rose en essayant de sourire.
Ronald Weasley fit quelques pas vers la porte et Rose entendait les battements de son coeur s'accélérer alors qu'il était si près de la sortie. Comme il fallait l'attendre de la part de Ron, il se retourna au dernier moment, la main sur la poignée.
—Au fait, c'est sûrement rien mais… Ta grand-mère et ta mère aussi…, elles pensent toutes les deux qu'il se passe quelque chose entre toi et le jeune Scorpius. C'est vrai?
Le coeur de Rose s'arrêta. Elle se sentit devenir blême et ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Heureusement, son père n'avait aucun talent pour déchiffrer les expressions sur les visages des autres, même les plus évidentes.
—Non, bafouilla Rose en rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux.
—Ah! Tant mieux! Je savais qu'elles se faisaient des idées… Tu me rassures en tout cas.
Il ouvrit enfin la porte et passa le palier. Il ferma lentement la porte en laissant sa tête dépassée, comme il l'avait toujours fait lorsqu'il la mettait au lit quand elle était petite.
—Bonne nuit, ma petite Rosie, chantonna-t'il.
—Bonne nuit!
La porte se referma enfin. Rose expira enfin. Elle s'était rendue compte qu'elle avait retenue sa respiration depuis que son père lui avait posé la question pour elle et Scorpius. Celui-ci émergea de sous le lit, les cheveux couverts de poussière, le visage hilare. Il grimpa sur le lit avec l'envie d'éclater de rire et Rose était sur le point de l'imiter.
—Ton père va me tuer, dit-il en observant la porte que Ron venait de fermer derrière lui.
