18
ÉTROITE SURVEILLANCE
Si on lui avait posé la question il y a quelques semaines, Rose aurait été ravie de rentrer à Poudlard après ces merveilleuses vacances de Noël. Mais aujourd'hui, alors que les premières tours du château pointaient dans le ciel nocturne d'hiver, elle aurait donné n'importe quoi pour faire demi-tour.
Même si Albus lui avait bien stipulé de ne rien changer à sa relation avec Chase, Rose avait du mal à se comporter comme si elle ne savait rien de ses véritables intentions. Rose n'avait pu s'empêcher de fuir le Poufsouffle, une fois sur le quai neuf-trois-quart et s'était réfugié dans le compartiment de Lily en trouvant l'excuse parfaite pour ne pas passer du temps avec lui. Lorsqu'il l'avait enfin trouvé, Chase n'avait émis aucune protestation. Il avait simplement haussé les épaules et rejoint son groupe d'amis sans poser la moindre question à Rose. Son coeur s'était meurtris atrocement lorsqu'elle l'avait revu dans l'encadrement de la porte coulissante. Il y avait de cela, quelques jours, il était tout pour elle. Aujourd'hui, elle avait une furieuse envie de sortir sa baguette et lui jeter un sort qui l'aurait réduit à l'état de grotte de veracrasses.
Lorsqu'elle discutait avec Lily sur la banquette, Scorpius était passé devant leur porte avec Albus. Lily les vit et les invita à se joindre à eux d'un signe de la main. Albus sourit à sa soeur mais en poursuivant son chemin. Scorpius s'était arrêté un instant. Il n'avait pas sourit à Lily, il s'était concentré sur Rose qui soutint son regard en y sentant toute sa tristesse et sa frustration. Rose aurait adoré qu'il ouvre la porte, qu'il s'assit en face d'elle et qu'il l'attire contre lui, sur ses genoux. Lily aurait ouvert de grands yeux choqués et Albus aurait éclaté de rire. Elle leur aurait demandé de tout lui raconter et Rose n'aurait eu aucune gêne à embrasser Scorpius devant sa cousine. Ses lèvres lui manquaient terriblement ainsi que l'étreinte de ses bras. Rose détourna les yeux et Scorpius suivit son ami.
—Qu'est-ce qui se passe entre vous? demanda Lily qui avait capté l'ambiance de leur bref échange.
—Rien, répondit Rose.
Elle s'enfonça dans la banquette, le regard perdu dans le vide. Lily fronça les sourcils en comprenant que quelque chose lui échappait. Mais elle n'insista pas, pour une fois, se contentant de lui raconter les derniers exploits de Tom.
Ils arrivèrent à Poudlard et furent accueillis par Hagrid qui serra chacun d'entre eux dans ses énormes bras qui avaient la taille de tronc d'arbres. Chacun retrouva sa place aux grandes tables des quatre Maisons et Rose toucha à peine à son assiette. Être de retour à Poudlard signifiait pour elle de longues semaines de tortures psychologiques. Elle profita du repas comme l'un des derniers instants de sérénité qu'elle pouvait espérer avant de devoir jouer la comédie avec Chase.
Elle jeta un oeil au Poufsouffle qui s'amusait avec les membres de son équipe de Quidditch en essayant d'impressionner les filles par ses biceps bien gonflés. Rose ne put réprimer une grimace de dégoût. Tout l'amour qu'elle avait pu éprouver pour lui s'était évanoui dans la pensine d'Albus et elle découvrait, pour la première fois, tous les travers de son ancien prince charmant. Chase était immonde, à tous les niveaux. Rose laissa échapper un soupir, résignée.
Elle leva les yeux droit devant elle. La table des Serpentard lui faisait face et elle croisa le regard de Scorpius. Il ne lui souriait toujours pas. Il avait la même expression que lorsqu'il était passé devant son compartiment. Elle capta, encore une fois, sa tristesse et sentit son propre coeur se serrer dans sa poitrine. Elle aurait tout donné pour traverser la pièce et se jeter dans ses bras.
Alors qu'elle se perdait dans les yeux bleus de Scorpius, elle sentit une énorme paluche s'abattre sur son épaule. Elle s'arracha à regret à sa contemplation pour lever les yeux vers le visage souriant au-dessus d'elle. Chase lui lança son plus beau sourire et elle sentit un énorme poids lui tomber dans l'estomac. Sans oser imaginer la réaction de Scorpius en voyant Chase s'abaisser près de son oreille, elle supporta son souffle chaud dans sa nuque.
—Ça te dirait de partir plus tôt du festin? J'ai une surprise pour toi.
Rose tourna légèrement la tête vers la table des Serpentard. Scorpius gardait résolument la tête baissée dans son assiette. Mais elle vit le regard d'Albus rivé sur elle. D'un imperceptiblement mouvement de tête, il l'encouragea à suivre Chase.
—Avec plaisir, se força-t'elle à dire avec un sourire.
—Tu ne le regretteras pas.
Il lui prit la main, celle sur laquelle Scorpius l'avait marqué, sans que le Poufsouffle ne remarque la petite tache rouge. Il l'attira hors de la Grande Salle et Rose se força à ne pas se retourner vers Scorpius qui devait certainement les suivre du regard. Chase et elle se dirigèrent vers leurs quartiers. En passant devant les fenêtres, Rose jetait des coups d'oeil au-dehors. Le soleil descendait déjà sur le parc enveloppé d'une couche de neige plus épaisse que celle qui recouvrait le jardin du Terrier. Au loin, elle voyait Hagrid donner à manger à Raymar, devant sa cabane. Elle se promit de lui rendre visite le plus vite possible. Chase la tirait vers la gargouille en lui lançant, de temps à autre, des sourires que Rose savait complètement faux. Elle ne ressentait plus les petits papillons dans son ventre, ni la nervosité de le décevoir. Elle n'avait plus que cette impression de profond malaise qui ne la quittait plus.
—Ritournelles, lança Chase d'un ton assuré lorsqu'ils furent arrivés devant la gargouille qui s'était assoupie.
La gargouille ne bougea pas d'un millimètre.
—Il y a sûrement un nouveau mot de passe, suggéra Rose.
—Hymalaya! annonça une voix dans leur dos.
Scorpius marchait vers eux, en prenant le plus de temps possible et en gardant la tête distraitement baissée. La gargouille hocha la tête et pivota pour laisser la voie aux nouveaux venus. Chase tenait toujours la main de Rose, serrée dans la sienne. Scorpius passa devant eux sans leur accorder un regard et Rose se retint de le retenir par sa cape de sorcier. Il s'engouffra dans le passage et traversa la salle commune sans leur souhaiter la bonne nuit. Lorsque Chase et elle entrèrent à leur tour dans le salon, ils entendirent une porte claquée à l'étage des garçons.
—Qu'est-ce qui lui prend à ce bargeot? demanda Chase en levant la tête.
—Oh, tu sais… Il était au Terrier ces derniers jours et personne ne l'a accueilli comme ils t'ont accueilli, toi, mentit-elle en s'en voulant à mort.
Elle n'était pas aussi douée que son cousin pour mentir effrontément. Ses oreilles avaient pris une teinte pivoine et elle sentit le rouge lui monter au joue. Elle s'assit précipitamment dans l'un des sièges en cachant son visage dans l'un des coussins.
—Hey, ça va?
Rose délaissa son coussin. Chase s'était accroupi près d'elle, ses mais reposant sur ses deux genoux dénudés. Elle fixa ses doigts et se vit les les casser d'un coup de baguette magique. Elle ne supportait plus qu'il ne la touche.
Chase lui prit la main et elle réprima un frisson de dégoût. Il la força à se relever du canapé en lui adressant un tendre sourire.
—J'ai quelque chose à te montrer.
Rose étira ses lèvres dans un sourire qui n'avait rien de romantique. Chase ne le remarqua pas. Il la tira derrière lui comme il l'avait fait pour la conduire dans la salle commune des préfets. Ils montèrent l'escalier de fer et leurs pas retentirent dans toute la tour. Lorsque Rose passa près de la porte du Serpentard, elle vit celle-ci s'entrouvrir. L'oeil de Scorpius la contempla, la mort dans l'âme. Rose se détourne rapidement car si elle soutenait son regard, elle s'échapperait de la poigne de Chase et rejoindrait Scorpius dans sa chambre en lui jetant un sort au passage. Rose prenait soudain conscience de l'immense sacrifice que lui avait demandé Albus.
Chase ouvrit sa porte et Rose poussa un petit cri de surprise. Des petits angelots parsemaient le sol et le grand lit de Chase de pétales de rose. Une musique langoureuse émanait d'une harpe qui jouait toute seule dans un coin. Plusieurs bougies flottaient dans les airs et parfumaient la pièce d'une douce odeur de muguet. Quand ils entrèrent, les angelots disparurent dans une pluie de paillettes. Même si Chase ne lui inspirait que du dégoût, Rose ne put s'empêcher d'être charmée par l'ambiance très romantique de la chambre.
—Chase, c'est...magnifique! s'entendit-elle dire d'une voix un peu trop mièvre.
—Tout ça, pour toi! dit-il d'une voix rauque.
Il lui faisait face et avait passé ses mains dans son dos pour la coller un peu plus à lui, ses doigts caressant négligemment la base de son arrière train. Il la fit valser sur la moquette parsemée de fleurs qui virevoltèrent tout autour d'eux. Au lieu d'être emportée par la folle ambiance dégoulinante de romantisme, Rose avait l'impression qu'une énorme pierre était tombée dans son estomac.
Chase l'attira jusqu'à son lit et se laissa tomber sur le matelas en attirant Rose dans sa chute. Elle s'effondra sur lui, les mains sur son torse musclé. Il la maintenait étroitement liée à lui en la serrant dans ses bras et en riant dans ses longs cheveux défaits.
—Je ne crois pas qu'on devrait…, commença Rose en essayant de se relever.
Mais Chase avait une poigne solide et tous les efforts de Rose étaient vains. Il la retourna brusquement en la plaquant sur l'édredon. Le corps massif de l'attrapeur la maintint en place tandis qu'il relevait ses poignets au-dessus de sa tête et toujours avec un sourire qu'il voulait tendre mais qui devenait affreusement malsain de secondes en secondes.
—Normalement, je t'avais prévu cette surprise pour la Saint-Valentin, dit Chase en passant un doigt sur sa nuque. Mais je voulais fêter notre retour à Poudlard comme il se doit…
—Euh, je…
Il écrasa ses lèvres sur les siennes et Rose sentit sa langue s'immiscer dans sa bouche sans attendre une réaction de sa part. La jeune fille fronça les sourcils, soumise. Elle ne savait pas comment se sortir de cette situation, plus que gênante. L'une des mains de Chase descendait de plus en plus bas, passant de sa hanche jusqu'à sa cuisse, puis remontant lentement mais sûrement vers son entre-jambe.
—Non! s'exclama Rose. Non, ça ne va pas le faire.
Elle libéra ses poignets de l'emprise de Chase et détourna la tête pour stopper ses baisers forcés. Elle poussa sur son torse de toutes ses forces pour le pousser à se relever. Il s'écarta d'elle, sans comprendre, levant les mains en l'air pour lui signifier qu'il ne ferait plus rien qui la mettrait mal à l'aise. Rose s'assit sur le lit et rajusta sa jupe sous ses genoux. Elle se sentait bizarre, un peu sale. Elle avait envie de partir le plus vite possible et de ne plus croiser le regard de Chase de sa vie.
Celui-ci choisit pile ce moment pour lui caresser le dos.
—Qu'est-ce qui se passe? demanda-t'il d'une voix affreusement douce.
—Je… je…, bafouilla Rose.
Chase s'assit, lui aussi, sur le lit, derrière Rose qui se tendit, le dos raide tandis que la main de son petit-ami traînait encore dans le bas de son dos.
—Je ne me sens pas prête, s'exclama Rose, le rouge au joues.
—Oh, très bien. Ce n'est pas grave…, répondit Chase. On peut faire d'autres choses…
Il enfuit son visage dans ses boucles rousses et huma son parfum. Sa main caressait sa nuque et Rose se put se retenir de frissonner. Elle devait fuir cette situation qui la gênait au plus haut point. Ses mains tremblaient tandis qu'elle se releva précipitamment sans se soucier de l'air offusqué et interrogateur de son petit-ami.
—Je suis désolée, dit-elle au bord des larmes. C'est...c'est trop pour moi.
Elle se précipita sur la porte et posa sa main sur la poignée. Aussitôt, Chase la rejoignit en quatrième vitesse, traversant la pièce, piétinant les pétales de fleurs et posa sa main sur celle de Rose, l'empêchant de l'ouvrir.
—Je sens qu'il y a un truc qui cloche, chuchota-t'il à son oreille.
Son bras était au-dessus de son épaule et Rose sentait derrière elle la présence de son grand corps. Elle ne se détourna pas car elle se serait retrouvé dans ses bras. En temps normal, si elle ne savait pas ce qu'elle avait découvert, Rose aurait senti ses entrailles se tortiller d'excitation. En ce moment, elle était terrassée par la peur.
—Dis-moi ce qui ne va pas! dit encore Chase d'une voix un peu plus dure.
Rose se retourna pour lui faire face. Elle n'avait qu'une excuse en tête et elle était risible mais c'était la seule qui lui était venue en tête.
—J'ai mes règles! s'exclama-t'elle en écarquillant les yeux.
Chase la dévisagea un moment sans comprendre, puis il éclata de rire. Il recula puis se retourna en s'esclaffant toujours. Rose se détendit légèrement. Elle préférait le voir hilare qu'oppressant.
—Ce n'est que ça? demanda-t'il les larmes aux yeux à force d'avoir trop ri.
—Oui…
—Excuse-moi mais tu devrais voir ta tête. On dirait un petit animal pris au piège.
Il la prit dans ses bras en plaquant sa joue contre son torse. Rose se laissa faire mais en se raidissant à chacun de ses mouvements.
—T'inquiète. Ce sera pour une autre fois. C'est dommage, je t'avais réservé plein de surprises encore…
Il approcha son visage de celui de Rose qui ferma les yeux en avançant les lèvres. Il lui déposa un tendre baiser et Rose ne demanda pas son reste. Elle lui adressa un sourire forcé en actionnant enfin la poignée. Elle sortit de la chambre en fermant la porte dans son dos. Elle s'écroula sur le battant, la respiration haletante.
Il ne fallut que quelques minutes à Rose pour retrouver ses esprits et elle n'avait qu'une seule idée en tête. Elle se précipita vers la porte noire marquée d'un serpent. Elle ne pouvait pas toquer sinon Chase l'aurait entendu dans la pièce d'à côté. Elle sortit sa baguette et murmura un "Alohomora" à peine perceptible.
La porte s'ouvrit de quelques centimètres. Rose n'attendit pas que Scorpius le remarque. Elle s'engouffra dans la pièce en refermant doucement la porte dans son dos, en faisant le moins de bruit possible. Scorpius était allongé dans son lit, torse nu, en train de lire un de ses bouquins barbant sur l'histoire de la magie. Lorsqu'il vit Rose, il se redressa dans ses coussins, l'air surpris.
—Rose, je…
La jeune fille lui demanda de se taire en posant son index sur ses lèvres. Elle traversa le peu d'espace qui la séparait du lit et bondit dans les bras de Scorpius qui l'accueillit sans comprendre. Il la serra de toutes ses forces comme l'avait fait Chase, un peu plus tôt. Mais cette fois, Rose éprouva une douce sensation de sécurité et de confiance. Elle enfuit son visage dans le creux de son épaule.
—Ça va? murmura Scorpius en lui caressant doucement ses cheveux.
—Mieux.
Elle leva la tête vers lui. Il avait l'air choqué mais ravi. Elle dévisagea son expression de surprise mêlée de plaisir. Ses grands yeux bleus la détaillait pour deviner un éventuel abus de la part de Chase. Ses longs doigts fins palpait sa taille. Rose observa son long nez droit, un peu de travers, sa bouche aux lèvres fines, le creux de ses joues, ses pommettes, ses mèches blondes qui lui tombaient dans les yeux, ses sourcils si blanc qu'on avait l'impression qu'il n'en avait pas.
—Embrasse-moi, lui dit-elle dans une murmure.
Scorpius ne se fit pas prier. Il cueillit ses lèvres avec une douce passion, effaçant la trace et le goût de celles de Chase. Rose accentua le baiser en posant sa main sur sa joue râpeuse. Il ne s'était toujours pas rasé et la Gryffondor commençait de plus en plus à apprécier son petit air négligé.
Lorsqu'ils se séparèrent, Rose posa sa joue contre le torse chaud du Serpendard. Elle se laissa bercer par les battements régulier de son coeur.
—Qu'est-ce qui s'est passé? lui demanda-t'il en resserrant son étreinte autour de ses épaules.
—Je veux juste que tu me serres contre toi. Serre-moi, s'il te plaît. J'ai froid sans toi.
Scorpius ne répondit pas. Il se contenta de lui obéir avec plaisir. Il déposa un doux baiser dans ses cheveux et lui caressa les bras, en la faisant frissonner, cette fois-ci, de plaisir.
OoO
—Mon vieux! s'exclama Scorpius sur le point de s'énerver. Ce n'est plus possible. Il faut qu'on arrête ça.
Scorpius, Albus et Rose s'étaient retrouvé, pendant la pause de midi, après les premiers cours du matin, dans les toilettes du deuxième étage, là où se terrait Mimi-Geignard en inondant les toilettes à la moindre contrariété. Albus avait choisi cet endroit pour la discrétion et parce que Mimi avait un faible pour les deux Serpentard qui venaient souvent dans ses locaux pour organiser leurs futurs bêtises.
Albus était assis sur un vieux seau rouillé. Il avait l'air fatigué avec ses énormes cernes sous ses yeux marrons. Son teint était pâle. C'était bien simple, il avait la même dégaine que son meilleur ami lorsqu'il faisait ses insomnies. Scorpius le voyait bien mais s'en fichait. C'était Albus qui les avait foutu dans cette pagaille et il ne supportait plus de voir Rose, main dans la main avec Chase, à lui faire ces sourires hypocrites pour qu'il ne se doute de rien. Jour après jour, il avait dû se contenir, se retenir de lui lancer un sort ou de le balancer par une des fenêtres du château en espérant que sa sale face de fouine ne s'écrase sur le gravier en contrebas. Il avait tenu bon car Rose venait le rejoindre tous les soirs. Parfois, elle pleurait et cela lui fendait le coeur. Il ne pouvait plus supporter de la voir souffrir.
Rose ne disait rien. Elle s'était assise sur le rebord d'un des lavabos et contemplait Scorpius faire les cent pas. Le discours plein de rage de Scorpius était ponctué par les ricanements de Mimi dans l'une des toilettes d'à-côté.
—Je sais que c'est dur, pour tout les deux…
—Pour nous deux, sauf pour toi! explosa Scorpius.
Albus le fusilla du regard.
—Tu crois que je ne fais rien de mon côté? Cela fait trois jours que je suis chacun des joueurs de l'équipe de Chase avec ma cape d'invisibilité.
—Tu as découvert quelque chose? demanda Rose en prenant enfin la parole.
Son cousin haussa les épaules.
—Pas grand chose, dit-il d'une voix pâteuse. Ils sortent souvent en douce la nuit de leur dortoire. J'ai dû faire le pied de grue près de leur tapisserie, tous les soirs pour les voir sortir.
—Tu ne les as pas surveillés sur la carte du Maraudeur? demanda Scorpius en s'asseyant à côté de Rose.
—Non, tu oublies que mon père a légué la carte à James… Mon cher frère n'a pas pensé à me la laisser quand il est parti de Poudlard.
—C'est ridicule, la carte ne montre que Poudlard, soupira Scorpius
—Je sais, mais avec lui, il vaut mieux ne pas chercher à comprendre. Bref! J'en ai vu trois sortir, tard la nuit et ils se rendaient tous au même endroit.
—Où ça? demanda Rose.
—La salle sur demande…
Les trois compagnons se dévisagèrent gravement. Ceux qui pénétraient dans la salle sur demande la nuit ne préparaient rien de bon, en règle général.
—Je n'ai pas pu y entrer puisque que je ne savais pas quoi demander et qu'ils ont sûrement brouiller les pistes. J'ai attendu qu'ils sortent… Ils sont sorti après des heures! dit Albus en accentuant bien ce mot. J'ai failli m'endormir plusieurs fois sous la cape.
—Qu'est-ce qu'ils fabriquent? souffla Scorpius pour lui-même.
—Oui, c'est étrange, dit Rose. En tout cas, on a surveillé Chase. Il n'est pas sorti de sa chambre ces derniers jours. La nuit, je veux dire. On l'aurait entendu.
—Il y a un passage secret…, retentit une voix déformée par l'écho des toilettes.
Tous se tournèrent vers la voix. Mimi Geignarde flotta au-dessus des toilettes et se mit à éclater de rire dans son timbre suraigu, si caractéristique. Elle traversa plusieurs portes, simplement pour s'amuser et se mit à planer entre les trois amis.
—De quoi tu parles, Mimi? lui demanda Albus, l'air grave.
—Oh, le petit Potter a bien grandi, dit-elle en battant des cils. Tu ressembles beaucoup à ton père. Lui et moi avons passé du bon temps dans ces toilettes avec ses deux amis…
Elle se tourna vers Rose et Scorpius qui la dévisagèrent, en soupirant. Ils étaient habitués à ses vagues de nostalgie lorsqu'elle commençait son laïus sur leurs parents respectifs.
—Et toi, tu dois être la fille Weasley… Ta mère s'est transformée en chat dans mes toi…
—Oui, on sait! s'énerva Scorpius. Tu pourrais abréger et directement passer sur ce fameux passage secret? Qu'est-ce que tu voulais dire par là?
Mimi se renfrogna et tira la langue à Scorpius. Elle voleta près de lui avec sa mine boudeuse puis s'écarta en leur tourna le dos. Albus leva les yeux au ciel et Scorpius haussa les épaules.
—Quoi? Elle s'énerve pour un rien aussi.
—Je ne veux plus vous parler! pesta Mimi en retraversant la cloison de ses toilettes.
—Tu as été dure avec elle, dit Rose en souriant au Serpentard démuni.
—C'est tout de même pas ma faute si…
—Laisse tomber, dit Albus en se relevant précipitamment.
Il se dirigea vers la cabine où avait commencé à pleurer Mimi. Il toqua doucement en fusillant toujours Scorpius du regard.
—Mimi, s'il te plaît. Tu sais à quel point Scorpius peut être rustre. Mais c'est ce qui te plaît chez lui, pas vrai? S'il n'était pas comme ça, tu ne l'aimerais pas, hein? Il perdrait tout intérêt. Tu sais qu'il t'aime beaucoup. Il vient ici exprès pour toi.
—Quoi? s'exclama Scorpius choqué.
Albus ne prêta pas attention aux marques d'incompréhension de son meilleur ami. Scorpius était scandalisé de le traiter comme un vulgaire morceau de viande avec le fantôme le moins pudique de tout le château. Albus n'hésitait pas à le vendre pour obtenir des informations. Le côté particulièrement Serpentard d'Albus le surprenait toujours. Il était prêt à tout pour arriver à ses fins. Rose éclata de rire à ses côtés et Scorpius se mit à rougir en entendant son rire.
Mimi se décida enfin à arrêter de pleurer. Elle passa à travers le battants de bois à la peinture écaillée par le temps et effleura Albus avant de se tourner vers Scorpius, mort de honte.
—C'est vrai, Scorpius. Tu ne viens que pour moi.
Derrière elle, Albus lança un regard à son meilleur ami qui lui intimait l'ordre de lui mentir effrontément.
—Bien sûr, Mimi. Tu sais à quel point je tiens à toi.
Il sentit Rose trembler contre son épaule et il savait pertinemment qu'elle se retenait de rire une nouvelle fois. Mimi Geignarde se glorifia de tous ces compliments. Elle roucoula un moment puis reprit son air sérieux.
—J'ai vu le petit Chase, ici, dit-elle ses yeux encore plus écarquillé à travers ses énormes lunettes.
—Quoi, la nuit? demanda Rose.
—La nuit, la journée, dès qu'il a un moment.
—Qu'est-ce qu'il vient foutre ici? dit Scorpius en faisant les cent pas.
—La seule explication, c'est qu'il emprunte le passage vers la Chambre des Secrets, je ne vois que ça, pensa Albus tout haut.
—Mais comment est-il au courant? On est les seuls à savoir de part nos parents et je ne lui ai rien dit.
—Non, dit tout à coup Mimi qui les avait écouté depuis le début. Vous n'avez pas compris.
Elle prit une pause qu'elle voulut dramatique. Albus patienta avec son éternel air sérieux, de penseur chevronné. Scorpius, lui, était à deux doigts de se remettre à lui hurler dessus.
—Il ne venait pas ici par la porte pour emprunter le passage des lavabos, dit-elle avec un grand sourire. Il sortait du lavabo…
—Quoi? s'exclamèrent les trois jeunes gens en choeur.
Mimi ricana en voletant vers le plafond.
—Attends, dit Scorpius en tendant le cou pour capter son attention. T'es en train de nous dire qu'il venait de la Chambre des Secrets.
—Hum, hum.
—C'est impossible, souffla Albus en réfléchissant, les yeux perdus dans le vide.
La cloche choisit ce moment pour retentit dans tout l'étage. Le déjeuner était terminé et les cours reprenaient dans la minute. Albus s'éveilla de sa transe et contempla la porte close qui les séparait du couloir. Déjà, ils percevaient les éclats de voix et les bavardages des autres élèves en train de se diriger vers leurs classes respectives. Mimi Geignard éclata dans un grand rire triomphal et sauta dans l'une de ses toilettes en éclaboussant le carrelage d'une eau visqueuse.
—Qu'est-ce que tu en penses, mon vieux? demanda Scorpius à son meilleur ami.
—Je ne sais pas. Il faut que j'y réfléchisse. C'est très étrange.
Il se perdit encore une seconde dans ses pensées puis saisit la hanse de son sac pour le jeter sur son épaule.
—On en parle plus tard, finit-il par dire en ouvrant la porte.
OoO
Rose sortit de son cours de métamorphose en se laissant guider par le flots d'élèves qui la précédaient. Elle avait à peine écouter le cours du Professeur Lang sur l'apparition de plusieurs appendice humain sur le corps d'animaux ou de sorciers. Leur professeur leur avait bien spécifié que cette question leur serait demandé durant leur Aspic mais Rose ne pouvait se concentrer que sur une seule chose: la terrible révélation de Mimi Geignarde.
Elle avait encore du mal à imaginer Chase en méchant de l'histoire, le genre à devoir être surveillé parce qu'il tramait sûrement un mauvais coup. Rose n'aimait pas le rôle que lui donnait son cousin à devoir le tromper de la sorte pour obtenir des informations sur… Le mystère s'épaississait de plus en plus et ils n'étaient même pas sûr d'avoir un mystère à résoudre. Les paroles de Mimi étaient pourtant troublantes. Aurait-elle menti? Rose avait passé les derniers mois étroitement lié à Chase. Elle l'aurait remarqué s'il s'était absenté pendant de longues heures dans la Chambre des Secrets. Mimi avait l'air de dire qu'il venait de la Chambre… Comment y était-il parvenu sans emprunter le passage des toilettes du deuxième étage?
Ses multiples questions lui taraudaient l'esprit et Rose ne remarqua pas l'ombre grandissante qui s'approchait d'elle dans son dos. Elle sursauta en manquant de lâcher les livres qu'elle tenait serrés dans ses bras, lorsqu'une main se posa sur son épaule. Elle se retourna et retint une nouvelle grimace en reconnaissant Chase. Il sortait de son cours de Défense contre les forces du mal, le même cours qu'il partageait avec la maison des Serpentard. Rose voyait dans son dos, Albus et Scorpius, sortir de la même classe. Scorpius avait l'air morose lorsqu'il la vit près de Chase. Elle sentit son coeur se serrer dans sa poitrine.
—Je te cherchais, dit Chase en lui levant le menton.
Sans attendre de réponse, ni lui demander son avis, il l'embrassa sur les lèvres, devant tous les élèves qui sortaient de classe. Plusieurs filles de Serdaigle se mirent à glousser en les dépassant et des garçons de quatrième années les observèrent comme s'ils voulaient apprendre. Rose ne se souciait pas de ces petits idiots. Elle n'avait qu'un visage en tête et c'était celui d'un beau blond qui devait retenir sa rage de la voir dans les bras d'un autre.
Rose repoussa doucement Chase qui lui adressa un sourire terriblement tendre. Elle le lui rendit en détournant les yeux, de peur qu'il ne remarque qu'elle se forçait à lui répondre de la même manière. Chase passa sa main dans ses cheveux bouclés, en lui effleurant la joue. Rose ne put s'empêcher de s'écarter, malheureux réflexe qui n'échappa à Chase.
—Ça va? Je te sens distante…
—Euh, non. C'est juste que… Je suis en retard pour mon prochain cours. Je te rejoins après? Dans notre salle commune?
Elle se hissa sur la pointe de ses pieds et déposa un léger baiser sur sa joue pour calmer ses craintes. Chase se détentit. Il lui caressa encore la joue en lui souriant.
—Ça marche, ma jolie, lui dit-il en se détournant.
Il rejoignit ses amis et se rendirent à leur prochain cours. Rose tira la langue de dégoût. Elle ne supportait plus de se trouver près de lui, même son odeur l'incommodait à présent. Elle avait hâte d'en finir avec lui et de lui balancer ses quatre vérités à la face en lui jetant un petit sort pour conclure. Il le méritait bien.
Le couloir se dépeupla au deuxième son de cloche et Rose marcha rapidement vers son prochain lieu de cours. Elle dépassa un groupe d'élèves de troisième année de sa Maison et salua un membre de son équipe de quidditch avant d'effleurer la tapisserie d'un chevalier combattant un énorme dragon.
Elle ne vit pas le pan du tissus se soulever brusquement. Une main en sortit et l'agrippa au bras pour l'attirer derrière l'immense tapisserie. Elle n'eut pas le temps de crier, une autre main se plaqua contre sa bouche et elle fut attirée dans les ténèbres. Elle se mit à se débattre pour combattre cet ennemi invisible. Pendant une seconde, elle crut qu'il s'agissait de l'un des sbires de Chase venu la kidnapper car il s'était rendu compte qu'elle avait compris quelque chose, dans son comportement. Elle envoya un coup de pied dans le tibia de son agresseur et celui-ci se mit à jurer à mi-voix. Une voix que Rose connaissait très bien.
—Scorpius? chuchota-t'elle dans le noir.
—Chut!
Il se plaça dans son dos en lui ceignant la taille, une main toujours contre sa bouche. Le groupe des Gryffondor passa devant la tapisserie en riant. Les yeux de Rose s'habituèrent, peu à peu, à l'obscurité. Ils se trouvaient dans un petit placard à balai secret, dissimulé sous la tapisserie du Chevalier au Dragon. Ses pieds cognèrent contre des seaux et des brosses. D'autres élèves passèrent devant la tapisserie et Rose ne put émettre le moindre son. Elle ne savait pas quelle mouche piquait Scorpius ni ce qu'il avait l'intention de faire. Ce qui était sûr, c'était qu'elle allait arriver en retard pour son cours d'arithmancie.
D'une main experte, Scorpius défit son noeud de cravate et fit glisser la bande de tissus le long de son cou. Il ouvrit quelques boutons de son col et passa ses doigts sur sa peau à la base de son cou.
—Je ne supporte pas que ce type te touche, murmura-t'il dans son dos.
Rose comprit soudain ce qui lui avait traversé l'esprit. Il avait beau savoir qu'elle faisait semblant avec Chase, il n'avait pas dû en être le témoins direct depuis la rentrée. C'était la première fois qu'il les voyait s'embrasser dans les couloirs de l'école et il avait certainement perdu tout sang-froid. Scorpius était ainsi, impétueux et souvent irréfléchi, mais toujours surprenant. Rose était dans le noir, Scorpius dans son dos. Elle ne voyait rien et ne pouvait se fier qu'à son ouïe et son toucher. Ce moment devenait incroyablement intense et Rose sentit le même brasier imprégné chaque particule de son corps
Elle ne put s'empêcher de pousser un petit gémissement, entre les doigts de Scorpius, lorsqu'elle sentit les lèvres de celui-ci se poser dans son cou.
Rose ne tint plus. Elle se retourna vivement pour lui faire face, même si elle ne pouvait discerner complètement les traits de son visage. Elle le sentait tout près. Elle pouvait percevoir son souffle chaud contre elle.
—Qu'est-ce que tu fais? lui chuchota-t'elle en remerciant l'obscurité de masquer son trouble et son envie de continuer leur rapprochement.
—Il t'a embrassé, dit-il d'une voix un peu plus dure.
—Ça ne signifie rien pour moi.
Scorpius prit la main de Rose dans la sienne. Il la porta à ses lèvres et se mit à l'embrasser doucement. Rose tressaillit d'un frisson de plaisir. Comment pouvait-elle continuer à supporter Chase alors qu'elle ressentait toute ses choses avec le Serpentard. Elle aurait voulu rester encore des heures avec lui, cachés, dans cette sorte de pause dans les intrigues d'Albus. Elle aurait aimé sortir de la cachette avec la résolution certaine de quitter Chase en grande pompe et s'afficher officiellement avec Scorpius. Elle ouvrit la bouche pour lui exprimer tous ces souhaits mais une seule idée, fausse, en sortit.
—Il faut vraiment que j'y aille. Je dois aller en cours. Ils trouveront ça bizarre si je…
—Il faut que je sache…
—Quoi?
—Parce que j'ai peur que tu ne changes d'avis.
—De quoi tu parles?
Elle ne pouvait pas discerner son visage mais au ton de sa voix, elle était quasi certaine qu'il était en train de rougir. Il garda le silence, gêné et Rose s'impatienta.
—Il faut vraiment que j'y aille.
Rose se retourna en tâtant les murs pour chercher la sortie de ce petit cagibis. Elle sentit, tout à coup, les bras de Scorpius se serrer contre sa poitrine. Elle perçut tout le poids de son corps contre son dos et son visage enfoui à la base de sa nuque, dans ses cheveux. Il la serrait contre lui, comme un damné, comme si elle était sur le point de disparaître à jamais. La douce chaleur de Scorpius se communiqua à son propre corps et Rose se sentit flotter dans une agréable torpeur qui la fit rougir de plus en plus.
—Tu as peur…, murmura-t'elle. Tu as peur que je revienne chez Chase, comprit-elle dans une souffle.
Scorpius la serra un peu plus contre lui et Rose sur qu'elle avait tapé juste. Ils restèrent étroitement lié l'un à l'autre pendant de longues minutes. Le temps s'était comme suspendu et Rose en oublia son cours. Elle profitait de la chaleur du Serpentard, de son étreinte et de sa respiration lente et profonde qui résonnait en elle. Rose toucha ses doigts, lui prit la main. Elle se retourna lentement en gardant ce contact.
—Tu n'as pas à avoir peur, murmura-t'elle en sondant l'obscurité de son visage. Il ne peut plus rien faire contre moi.
—Je n'ai pas peur de lui, répondit-il. J'ai peur de toi. Tu ne m'as jamais confié tes sentiments.
Rose inspira une grande goulée d'air. Elle ne s'était pas attendu à ce genre de confessions. Les doigts de Scorpius se resserrèrent sur sa main.
—Tu m'as demandé si je t'aimais et je t'ai répondu. C'est mon tour, maintenant.
Elle ne voulait pas en venir là. Elle ne voulait pas entendre la fameuse question qu'il était en droit de lui poser.
—Est-ce que tu m'aimes?
Rose baissa les yeux pour masquer son embarras, en se souvenant trop tard qu'il ne pouvait pas la voir dans l'obscurité du cagibis. Elle écouta les battements de son coeur qui s'était accéléré. Elle avait conscience de prendre beaucoup trop de temps pour répondre à cette question simple. Mais elle essayait, tant bien que mal, de mettre de l'ordre dans ses émotions et ses idées. Ce qui la fit sourire amèrement, c'était qu'avec Chase, elle n'avait jamais eu aucun doute. Tout avait été si limpide dans son esprit. Elle avait toujours éprouvé de l'amour pour le Poufsouffle en se rendant compte, trop tard, qu'il n'en avait jamais été ainsi. Elle avait fini par comprendre que ce n'était pas de l'amour qu'elle avait éprouvé pour l'attrapeur des Poufsouffle. Elle avait clamé haut et fort, pendant six longues années, une émotions totalement trompeuse et futile.
Et maintenant…
Maintenant qu'elle avait un homme qui l'aimait devant elle. Un homme capable de formuler ses émotions, son ressenti pour elle. Capable de se mettre ainsi en danger parce qu'il ne pouvait supporter de la perdre. Maintenant qu'elle touchait du doigt ce dont elle avait toujours rêvé: un homme aimant qui lui demandait son amour à grand cri.
Maintenant, elle était totalement incapable de formuler ces trois petits mots.
L'attente fut longue et Scorpius finit par perdre patience, une fois de plus. Il lâcha un profond soupir et relâcha sa captive.
—Ce n'est pas grave…, dit-il sur un ton qui disait le contraire.
Il passa près de Rose et ouvrit la porte du cagibis en repoussant l'épaisse tapisserie. Rose fut éblouie par l'éclat de lumière du couloir. Elle ne discerna que le dos de Scorpius passer l'ouverture et s'éloigner à grands pas dans le couloir désert.
OoO
Scorpius avait passé le reste de son après-midi à râler sur le balcon de la bibliothèque en s'en grillant une. Lors de son séjour chez Emma, il avait fait le plein et avait acheté une cartouche entière pour éviter de se retrouver à cours. Et il en avait bien besoin en ce moment.
Il n'avait toujours pas digéré la mission horrible qu'Albus avait donné à Rose. Il ne supportait pas que sa petite-amie joue double jeu avec un salopard comme Chase. Ces premiers jours du second trimestre, il avait réussi à les éviter en s'épargnant le spectacle navrant de leur prétendu couple. Mais là, dans le couloir, devant tout le monde… Albus avait beau lui dire que c'était la seule solution, il avait de plus en plus de mal à se contenir. Il n'avait pas pu s'en empêcher et il avait attiré Rose dans l'une de ses cachette préférée.
Il eut une pensée amère en écrasant son mégot contre la rambarde du petit balcon. Il n'aurait pas dû poser la question. Il n'avait pas pu s'en empêcher. Il avait été très heureux lorsque Rose l'avait rejoint dans sa chambre pour lui demander ce qu'il éprouvait réellement pour elle. Mais au fil des jours délicieux passés en sa compagnie, il s'était soudain rendu compte d'une chose: elle ne lui avait jamais répondu pareil.
Il connaissait bien les femmes pour savoir qu'elle ne faisait pas semblant avec lui mais il savait aussi faire la différence entre l'amour et le désir. La voir ainsi avec Chase avait fait naître en lui, d'horribles doutes et tout comme Rose, au Terrier, il avait eu besoin d'être rassuré par l'élue de son coeur.
En vain…
Rose n'avait pas répondu et ce silence était en train de le rendre fou.
Il rentra dans sa salle commune, un épais bouquin sur le quidditch en main. Au festin du soir, il avait croisé son capitaine qui l'avait renseigné sur les prochaines séances d'entraînements de quidditch. Le prochain match les opposerait aux Poufsouffles et Scorpius avait hâte de se mesurer à son rival. Avec un peu de chance et d'adresse, il était presque sûr de pouvoir le faire tomber de son balai en faisant passer ça pour un accident. Seul Albus saurait… Mais il était quasi sûr qu'il ne lui en voudrait pas très longtemps.
Les révélations de Mimi-Geignarde dans ses toilettes, le taraudait aussi. Il était surprenant que ce con de Chase soit au courant pour la Chambre des Secrets et qu'en plus, soit capable d'en sortir sans y être allé, préalable, par le robinet secret. C'était aberrant, surprenant et Scorpius aurait bien aimé savoir ce qu'en pensait son meilleur ami. Pour sa part, il avait un peu réfléchi à la question en cours de Défense Contre les Forces du Mal, alors qu'il fustigeait Chase dans son dos. Mimi avait parlé de passage secret. Etait-il possible qu'il y ait un passage dans la chambre de Chase qui mènerait directement dans la Chambre des Secrets? Il se souvint des paroles d'Hugo Weasley. Le château était vivant. Il aurait très bien pu créer un nouveau passage secret des boyaux du château jusqu'à l'une des chambres d'un préfet-en-chef.
Scorpius secoua la tête en s'installant dans l'un des canapés de velour du salon. Ses idées n'avaient pas de sens. Mieux valait-il confier la partie 'intense réflexion' à Albus. Il ouvrit son livre et imagina une nouvelle technique inédite pour faire tomber Chase de son balai.
Il entendit quelqu'un entrer mais ne lever pas les yeux de son livre. Au mieux s'était Rose et il n'était pas d'humeur à lui parler. Au pire, il tomberait sur elle accompagné de Chase et il aurait une soudaine envie de vomir. Avec un peu de chance, c'était la préfète des Serdaigle qui rentrait de son club de lecture et qui monterait dans sa chambre sans lui adresser un mot. Parfait…
Le nouveau venu se planta devant Scorpius en lâchant son sac à ses pieds, qui fit un bruit sourd sur la moquette du tapis. Le Serpentard fut bien obligé de lever yeux de sa ligne et contempla, en essayant de ne pas réagir, Rose, la respiration haletante.
Il la trouva incroyablement belle. Elle l'était déjà avant mais depuis qu'elle avait perdu cet air enfantin d'amour naïf pour Chase, elle avait retrouvé une certaine maturité et fougue qui hypnotisait, à chaque fois, le jeune homme. Il détailla son visage, son nez qui se renfrognait, ses sourcils roux froncés, ses joues rebondies qui se teintaient d'un beau rose, ses épais cheveux roux dont la crinière rappelait celle de son griffon. Elle campait sur ses petites jambes, la jupe de travers, la chemise mal rentrée et sa cravate encore défaite de leur petit entretien dans le cagibi. Elle était belle et Scorpius eut du mal à continuer à lui faire la tête.
Scorpius arqua un sourcil pour faire bonne mesure.
—Tu penses que je ne ressens rien pour toi? dit-elle sur un ton un peu agressif.
Le Serpentard la contempla, sans comprendre mais tout de même, très intéressé. Il referma son livre lentement, en prenant son temps, comme elle l'avait pris dans leur cachette. Elle n'attendit pas qu'il termine ses enfantillages. Rose se saisit de son livre et le balança dans son dos. Sous le regard ahuri de Scorpius, la Gryffondor s'approcha de lui, grimpa sur le fauteuil au-dessus de lui et le plaqua, sans ménagement, sur le dos, dans le canapé. Rose était assise sur lui, un sourire incroyablement sensuel aux lèvres.
—Qu'est-ce que tu fais? demanda-t'il surpris, mais tout de même un peu amusé.
Elle posa ses mains, chacune de part et d'autre de la tête du garçon qui l'observait, hébété. Il perçut chez elle, une passion sauvage, une confiance qu'il ne lui avait vu que très rarement et toujours dans le cadre du quidditch. Il découvrit, confus et réjoui, cette toute nouvelle Rose.
—Lâche-moi, je t'en veux encore, lâcha-t'il d'une voix un peu trop faible à son goût.
—Pas question! répondit Rose d'un ton assuré. Je suis en pleine tentative de séduction.
Rose approcha son visage près du sien et il crut qu'elle allait l'embrasser. Mais à la place, elle glissa sa main sous sa nuque en caressant, de son pouce, sa mâchoire jusqu'à la base de son oreille gauche.
—C'est toujours toi qui prend les choses en main. Ce n'est pas toi qui m'a dit que les hommes aimaient aussi les femmes entreprenantes?
—Pure baliverne, dit-il d'une voix rauque alors qu'elle chatouillait son lobe d'oreille.
Elle arqua un sourcil avec une petite moue sceptique qui le fit fondre. Ses lèvres effleurèrent son nez, descendirent le long de sa mâchoire où elle laissa traîner sa langue un court instant. Elle s'approcha de son oreille et lui mordilla le lobe en jouant avec lui du bout de sa langue.
Le souffle de Scorpius se fit plus court. Quelques boucles rousses lui chatouillaient le visage et il n'était concentré que sur sa langue qui le titillait doucement mais sûrement. Il se sentit perdre pied peu à peu, son poids presser contre son entrejambe, ses seins contre sa poitrine. Il lui était totalement soumis et il sentit son plaisir se manifester d'une manière beaucoup plus concrète au niveau de son bas-ventre.
—Alors? lui murmura Rose à son oreille. Est-ce que je t'excite, Malefoy?
Scorpius lâcha un soupir qui ressemblait plus à un gémissement. Il se cacha le visage de son avant-bras en espérant que Rose ne remarque pas la soudaine bosse qui déformait son pantalon. Il la dévisagea, en transe et il vit dans son regard qu'elle se troubla au point de rougir soudainement.
—C'est bon, j'ai perdu, lâcha-t'il d'une voix rauque.
Il la saisit par le bras et l'échangea de place avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir. Rose se retrouva sous lui, les jambes écartées, ses épais cheveux roux étendus sur le velour du canapé. Elle avait poussé un petit cri de surprise en se retrouvant soudain sur le dos, le Serpentard au-dessus d'elle et ses yeux ambrés s'agrandirent lorsqu'elle soutint le regard du garçon qui avait repris le contrôle.
Tu as gagné, Weasley. Laisse-moi te récompenser.
N'y tenant plus, il captura sa bouche et l'embrassa comme jamais il ne l'avait embrassé. Rose gémit entre ses lèvres qu'il écarta, sans attendre, en l'assaillant de sa langue toujours plus profondément. Elle enfouit ses mains dans ses cheveux. Ses cuisses se nouèrent autour de ses jambes. Pris d'une soudaine impulsion, il fit glisser sa main entre ses cuisses. A ce simple contact, Rose s'accrocha à sa chemise en la tirant de toutes ses forces. Ses hanches se soulevèrent pour se presser un peu plus contre lui. Scorpius abandonna sa bouche pour la contempler, surpris. Elle leva vers lui des yeux troublés et qui le supplièrent, dans une demande muette, de continuer.
—Tu veux que je continue? lui demanda-t'il.
—Ne t'arrête surtout pas, gémit-elle en se pressant un peu plus contre lui.
Scorpius commença à la caresser doucement. Dans son acte, il prenait conscience qu'ils étaient en train de faire cela dans la salle commune, au milieu du salon, que n'importe qui pouvait faire son entrée et il imagina Chase en train de les surprendre. Il bougea ses doigts un peu plus vite, pressant un peu plus fort à certains endroits. Rose poussa un faible gémissement en s'accrochant à ses épaules. Scorpius la fixait, incapable de faire autre chose que de guetter la moindre de ses réactions. Il perdit tout self-control lorsqu'il vit ses yeux ambrés s'écarquiller brusquement. Elle s'arqua sous lui, lacérant son dos de ses ongles et elle cria sans pouvoir s'en empêcher en levant ses genoux pour enserrer sa taille de ses jambes.
Rose s'écroula, pantelante et la respiration hachée. Il percevait les battements de son coeur et il comprit qu'il lui avait fait connaître un plaisir qu'elle avait dû ressentir pour la première fois. Il lui sourit et Rose se mit à rire.
Ce fut à cet instant qu'ils entendirent la gargouille s'ouvrir et la conversation de deux personnes qui venaient d'entrer dans la salle commune des préfets-en-chef.
Scorpius roula silencieusement contre Rose en lui intimant l'ordre de se taire. Fort heureusement pour eux, le grand canapé du salon tournait le dos à l'entrée principale et le salon était plongé dans l'ombre, le feu de cheminée sur le point de mourir dans l'âtre. Rose ouvrit des yeux ronds en reconnaissant l'une des voix. C'était celle de Chase. Scorpius reconnut la deuxième, il l'avait déjà entendu dans le compartiment du Poudlard Express avec les Oreilles à Rallonge.
—Je te dis que je ne peux plus...Ça devient trop risqué, dit la voix du gardien des Poufsouffle.
—Si je comprends bien, t'es en train de nous lâcher?
—Ben ouais, c'est ça.
Le couple étroitement enlacé dans le canapé entendit soudain un bruit sourd. Scorpius comprit que Chase venait de saisir son équipier par le col ou un truc du genre et qu'il l'avait plaqué au mur en renversant quelques bibelots sur son passage.
—Personne ne me lâche, c'est compris? menaça Chase.
L'excitation qui avait saisit Rose et Scorpius, un peu plus tôt, s'était totalement évaporée dans les menaces du Poufsouffle. Ils tendirent l'oreille en retenant le plus possible leur respiration et en priant pour que Chase ne décide de s'installer dans le salon pour poursuivre sa petite conversation.
—Réfléchis, Chase, gémit son ami. Ça devient dangereux. On risque gros. On ferait mieux de…
Nouveau coup sourd et un gémissement de douleur en prime.
—Personne! répéta Chase d'une voix plus forte qui fit trembler Rose dans les bras de Scorpius. Si tu me lâches, tu finiras comme Erin Morton… C'est ce que tu cherches?
Il y eut un silence hésitant. Puis, le Poufsouffle dût acquiescer car ils entendirent Chase reposer sa pauvre victime sur le sol.
—Maintenant, tu retournes avec les autres.
Le passage de la gargouille s'ouvrit à nouveau. Il eut un nouveau silence qui inquiéta grandement Scorpius en imaginant Chase s'avancer vers le salon. Mais ils sursautèrent en percevant le cri de rage de l'attrapeur qui retentit dans toute la pièce. Il frappa du pied un des bibelots tomber qui s'écrasa, dans un grand fracas, sur le mur de pierre du salon, à seulement un mètre de Rose et Scorpius. Ils n'osèrent bouger jusqu'à ce qu'ils entendirent les pas énervés de Chase gravir l'escalier de fer et la porte de sa chambre claquer.
