19
LA TOMBE DE DUMBLEDORE
Le lendemain, Scorpius et Rose révélèrent la conversation qu'ils avaient surprise entre Chase et son gardien, en omettant, bien évidemment, la partie où ils étaient étroitement enlacés. Ils parlèrent dès la première heure, pendant le cours de botanique du Professeur Londubat. Pendant le petit déjeuner, Scorpius n'avait pas pu raconter à Albus ce qu'ils avaient entendu pour la bonne raison que son meilleur ami n'avait pas pris la peine de se rendre dans la Grande Salle, ce matin-là. Ils se retrouvèrent dans le potager pour se rendre dans les serres. Le vent glacial d'hiver qui avait soufflé tout le début de la semaine, avait enfin cessé mais la neige était revenue et il leur fallut plus de temps qu'à l'ordinaire pour retrouver la serre dans ce paysage blanc.
—Erin Morton? répéta Albus à voix basse.
Ils prirent place autour de leur braillantine qui avait malheureusement conservé sa couleur noire, en dépit des efforts de Rose pour lui remonter le moral. Toutes les autres fleures étaient dans les tons orangés, mis à part celle de Dragonneau qui avait légèrement viré au bleu. Le trio savait pertinemment qu'ils se ramasseraient la pire note.
—J'ai vérifié dans les registres de l'école en remontant le plus loin possible. Il n'y aucune trace d'elle, dit Scorpius.
—Pareil pour la Gazette du Sorcier. On y a passé la nuit mais on a rien trouvé, ajouta Rose l'air dépitée.
—Etrange…, très étrange, répéta Albus en fronçant les sourcils.
Le Professeur Londubat passait devant chaque braillantine en acquiesçant, l'air content. Son expression changea devant la table des trois amis qui adressèrent un sourire contrit au professeur de botanique médusé.
—Par Merlin! s'exclama-t'il, Que s'est-il passé?
—Une malheureuse dispute, assura Albus.
—Dites-moi, demanda encore le Professeur Londubat. Quelqu'un serait-il mort pendant cette dispute?
—Pas que je sache…
Londubat plissa les yeux en sondant le Serpentard qui lui décocha son sourire le plus innocent. Le professeur finit par prendre le pot de la fleur noir avec beaucoup de précaution.
—Vous écopez malheureusement tous les trois d'un T et j'enlève trente points à vos Maisons...chacun.
Rose sentit le rouge lui monter aux joues. Elle avait honte, surtout après le souvenir de sa réussite au premier cours avec la braillantine. Les autres élèves les dévisagèrent dans des murmures outrés. Rose ne savait plus où se mettre et ses deux compagnons s'en fichaient royalement.
—Bien, dit encore Londubat en plaçant la braillantine noire sous cloche, je félicite la plupart d'entre vous pour avoir bien entretenu votre braillantine. Je vous conseille d'attendre la Saint-Valentin pour les couper et les offrir à l'élu de votre coeur. Mais passons… Aujourd'hui, nous allons apprendre à extraire le jus de la Rosée de Lune, ingrédient indispensable pour le filtre de Mort Vivante. Mettez vos gants, le jus est particulièrement acide.
Tous enfilèrent leurs gants de protection en peau de dragon. Londubat fit voler à travers la classe, plusieurs boites de terreau où fleurissait de petite fleur aux pétales d'un bleu soutenu.
—Au fait, où étais-tu passé ce matin? Je t'ai cherché partout, demanda Scorpius à Albus en enfilant sa paire de gants.
—Je suis allé faire un tour dans la Chambre des Secrets, répondit Albus qui mettait à présent ses lunettes protectrices.
—Quoi? s'exclama Rose, en ouvrant des yeux ronds sous ses propres lunettes.
—Je voulais voir s'il n'y avait pas une trace de Chase où un indice permettant de savoir comment il avait bien pu y pénétrer sans passer par les toilettes de Mimi.
—Un peu de concentration, vous trois! lança vivement le professeur Londubat en se tournant vers eux, la mine sévère. Vous êtes à la traîne et après votre exploit avec la braillantine, il serait judicieux pour vous que vous écoutiez un peu.
Albus soupira. Il se saisit d'une de ses pinces d'une main experte et d'un petit scalpel. Sous les yeux de tous, il pinça la tige en faisant couiner un peu la plante, pour découper un mince filet qui répandit une énorme quantité de jus. Rose le contempla, muette, comme le reste de la classe. Albus avait toujours été très habile de ses mains. Londubat pinça les lèvres, ne fit aucun commentaire et se tourna vers d'autres élèves qui avaient déjà décapité deux fleurs.
—Assurdiato! murmura Scorpius en agitant sa baguette sous la table. Tu as trouvé quelque chose?
—Rien du tout, ragea Albus en recueillant un peu du jus dans une petite éprouvette.
Rose ajusta ses lunettes et tenta de pincer la tige d'une des plantes comme l'avait montré Albus. La petite plante bleue se dégagea avec une grâce peu commune. Elle se tortilla autour de sa pince et cracha un épais liquide sur sa pince, ce qui la fit fondre à son grand désarroi.
Scorpius était beaucoup plus agile qu'elle. Il réussit à immobiliser la plante en la pinçant à un endroit bien précis (entre la première feuille et sa corolle). Mais lorsqu'il approcha le scalpel pour la découper, il hésita un court instant et la rosée de lune en profita pour lui jeter un jet d'acide qui atterit sur sa main, heureusement gantée. Pendant qu'ils se débattaient avec leurs propres spécimens, Albus avait déjà récolté trois fioles de jus fluorescent.
—Saleté! grogna Scorpius lorsqu'il reçut une deuxième giclée d'acide.
—N'oubliez pas d'enchanter les fioles avec un sort de protection sinon elles vous éclateront dans les mains, précisa le professeur Londubat.
Il tendit une éprouvette, déjà enchantée, à Rose qui peinait à maintenir en place sa petite fleur.
—Je ne savais pas que tu parlais Fourchelang, ironisa Rose en réussissant enfin à couper convenablement sa plante.
—Très drôle. c'est ton père qui m'a appris les sons pour ouvrir la Chambre. Ne me dis pas que tu ne les connais pas par coeur, à force de les entendre?
Rose haussa les épaules. Son cousin avait raison. Elle connaissait pertinemment les brefs sons sifflants qu'il fallait prononcer pour permettre à l'énorme porte serpentée de s'ouvrir. A vrai dire, son père lui avait tellement raconter en détails, comment il avait un jour réussi à ouvrir la porte pour y prendre des crocs de basilic qu'elle aurait pu en faire une chanson.
—Tu as vu le squelette du Basilic alors? demanda encore Rose curieuse.
Les yeux d'Albus s'agrandirent sous ses épaisses lunettes de protection. Il se désintéressa de la Rosée de Lune pour se tourner, abasourdi, vers sa cousine. Rose et Scorpius le dévisagèrent, surpris de son brusque changement d'expression.
—Mais oui! s'exclama-t'il avec un sourire. C'est ça qui me perturbait.
—Tu vas nous le dire, à la fin, s'impatienta Scorpius.
Celui-ci avait perdu patience avec une des Rosée de Lune. Il avait débuté un duel avec la plante, scalpel contre feuille étrangement plus dure que de l'acier. La plante était en train de gagner.
—Il n'y était pas, répondit Albus à voix basse.
Ses deux amis pouvaient, sans nul doute, deviner que son puissant cerveau marchait à plein régime. Albus restait planter devant son bac de terreau, les Rosées toutes vidées, son scalpel en main, et le regard perdu dans le vague. Son air contrarié, voire inquiet, préoccupait ses compagnons qui l'avaient rarement vu avec une telle expression.
—Que ferait Chase d'un vieux tas d'os de Basilic? dit tout haut Scorpius.
—Je n'en ai aucune idée, dit Albus d'une voix grave. Et c'est bien ça qui m'inquiète.
Jusqu'à la fin du cours, Albus garda le silence, plongé dans ses profondes réflexions et il en fut ainsi durant le reste de la semaine. Comme à son accoutumée, Albus ne dévoilait pas une bride d'un début de pensée. Il se contentait de déambuler de classe en classe, la tête baissée et se laissant guider par Scorpius qui devait souvent le ramener dans la bonne direction, avant qu'il ne se fracasse contre une des armures du château. Faute d'informations de la part de leur stratège, Scorpius passa le reste de la semaine à guetter une occasion de passer du temps avec Rose, en cachette. Hélas pour lui, Chase avait resserré son emprise sur la jeune fille et il avait de plus en plus du mal à se retrouver en tête à tête avec elle et le peu de fois où il réussissait, Rose passait ces précieuses minutes à se plaindre de Chase. Il en était heureux, évidemment, mais le souvenir de leur échange torride sur le canapé l'avait échauffé plus qu'il ne voulait le montrer. Scorpius ne rêvait plus que d'une chose, allonger la jolie rousse dans son lit et revoir cette expression d'extase qui l'avait fait jouir.
Sa frustration grandissait de jour en jour et il avait fini par trouver un moyen de se changer les idées avec les entraînements de Quidditch. Le match contre les Poufsouffle approchait et Scorpius avait accueilli avec joie les longs exercices que lui infligeait son capitaine, presque tous les soirs. Ils étaient tellement durs qu'il finissait ses journées épuisées et ravis de s'imaginer en train d'attraper le fameux vif d'or au nez et à la barbe de cet enfoiré de Chase. Scorpius désirait, par-dessus tout, gagner contre les Poufsouffle. Il voulait venger l'honneur de Rose et s'il en avait l'occasion, faire tomber de son balai son abruti de petit-ami.
Malgré ses rêves de revanche contre Chase, il ne pouvait faire taire la peur sourde qui le taraudait depuis qu'ils étaient rentrés à Poudlard après les vacances de Noël. Même si cela faisait partie du plan d'Albus (et qu'il avait totalement confiance en lui), Scorpius supportait très mal de voir Rose dans les bras de Chase, même si elle faisait semblant. A vrai dire, il avait tellement dû supporter les lamentations amoureuse de Rose à propos de son prince charmant qu'il avait peur qu'elle ne change d'avis à son sujet. Il imaginait, tous les jours, Rose venir à lui pour lui annoncer que finalement, elle préférait le blaireau au serpent. C'était stupide. Elle avait vu le souvenir d'Albus. Elle connaissait enfin la véritable nature de Chase. Mais une voix horrible et perfide lui murmurait sans cesse: "Elle ne t'a jamais dit qu'elle t'aimait."
Scorpius avait cru qu'elle le lui dirait, dans sa cachette sous la tapisserie. Il l'avait vu ouvrir la bouche pour parler. Hélas, elle avait gardé le silence et Scorpius avait perdu tout contrôle sur lui même. Il avait fuit parce que c'était encore la meilleure chose qu'il sache faire en ce bas monde. Il était impossible qu'elle ne ressente rien pour lui. Il n'y avait qu'à voir la manière dont son corps réagissait chaque fois qu'il la touchait. Mais il avait appris, depuis longtemps et à ses dépends, que l'amour et le désir n'était pas du tout la même chose.
Ces pensées le hantaient chaque jour, dès son réveil et s'accentuait à chaque fois qu'il croisait Rose et Chase, enlacé dans le même canapé où ils s'étaient donné du plaisir, lorsqu'il traversait la salle commune des préfets.
Le dernier week-end avant le prochain match de quidditch, Scorpius descendit très tôt dans la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner. Leur capitaine leur avait concocté une journée d'entrainement intensive pour être fin prêt pour le week-end prochain. Lorsqu'il s'approcha de la table de Serpentard, il fut surpris de voir Albus déjà debout, assis à sa place habituel, une pile d'épais volumes de cuir à côté de lui.
Plus il s'approchait de son ami, plus Scorpius pouvait déchiffrer la mine concentré d'Albus plongé dans l'un de ses livres qu'il avait tenu en équilibre devant lui en se servant d'une salière. Il goûtait ses oeufs brouillés en parcourant les pages à toute vitesse, par-dessus ses lunettes rondes.
—Bonjour? s'enquit Scorpius en écartant plusieurs tomes sur la table.
Albus émit un grognement qui voulait certainement dire qu'il allait bien. Scorpius arqua un sourcil et remplit son assiette de toast. Il constata que la table des Gryffondor était relativement vide. Lily riait avec Thomas. Des cinquièmes années, particulièrement studieux, étaient plongés, comme Albus, dans d'épais ouvrages, suant à grosses gouttes au-dessus de leurs céréales.
—Sur quoi tu travailles? demanda encore Scorpius en mordant dans un toast.
—Le basilic, grommela Albus, la mine lugubre. Ça fait des jours que je cherche dans tous les bouquins possibles des infos sur cette bestiole.
—Et?
—Je n'ai rien trouvé de plus qu'on ne sache déjà. Le Basilic est une créature légendaire… Je sais comment en créer, ce qui peut le tuer. Mais ses ossements ne servent à rien mis à part les crochets…
—Ton père s'est servis de crochets pour détruire les horcruxes, c'est ça? dit Scorpius en buvant une gorgée de jus de citrouille.
—C'est ce que nous a dit Oncle Ron… Le venin de Basilic est si puissant qu'il est capable de détruire un objet enchanté par de la haute magie noire. C'est impressionnant mais… ça n'explique pas pourquoi emporter le squelette en entier.
—Peut-être que le squelette a disparu bien avant notre naissance. Ce ne serait qu'une coïncidence, hasarda Scorpius.
—Oui, bien sûr! s'exclama Albus avec un air un peu fou. Et c'est aussi une coïncidence si Chase a été vu sortir de la Chambre des Secrets en ayant emprunté avant un passage secret totalement inconnu?!
Il avait élevé la voix et plusieurs Serpentard (lève-tôts) s'étaient tournés vers lui, intrigué. Albus referma son livre d'un coup sec qui résonna dans toute la salle. Scorpius le dévisagea, surpris. Il ne l'avait jamais vu perdre son sang-froid à ce point.
—Je déteste ne pas savoir, dit-il l'air morosse.
Albus s'effondra sur sa chaise et Scorpius fut tenté de lui tapoter le dos pour le réconforter. A la place, leur attention furent brusquement attiré par les bruissements d'ailes au plafond. Les deux Serpentard levèrent la tête en même temps et Scorpius aperçut Guenièvre voleter entre deux chouettes blanches et piquer droit sur eux.
Le coeur de Scorpius se serra en voyant le Grand Duc se poser, gracieusement, sur la pile de livres d'Albus. Il imagina, un instant, recevoir une lettre de ses parents lui demandant son pardon et le suppliant de rentrer au manoir après son diplôme. Ses espoirs furent anéantis lorsqu'il vit son hibou tendre la patte à son meilleur ami. Il détacha une enveloppe et sourit en voyant le nom du destinataire.
—Depuis quand tu utilises Guenièvre dans mon dos? demanda Scorpius qui voulait cacher sa déception.
L'hibou en question ébouriffa les plumes de ses ailes et pialla d'impatience en réclamant une récompense. Scorpius lui lança un bout de son bacon qu'elle avala goulûment.
—J'ai demandé à mon père s'il connaissait le nom d'Erin Morton. En tant qu'auror, il aurait été le premier informé d'une mort suspecte dans le Monde Sorcier.
Albus déchirra l'enveloppe avec impatience. Il parcourut la lettre des yeux et poussa un soupir résigné.
—Il ne sait rien? devina Scorpius.
—Non, rien, répondit-il en jetant la lettre sur le côté.
Scorpius ne s'en formalisa pas. Il se remettait de la déception de l'absence de nouvelles de ses parents en machonnant un toast. Ils avaient tenu parole, finalement. Scorpius avait quitté le manoir, fou de rage contre son père. Il avait plusieurs fois le coup du départ et à chaque fois, il était revenu en s'excusant. Mais, cette nuit-là, c'était son père qui l'avait prié de partir et il avait obéi, aveuglé par la colère. Au fil des semaines, il prenait petit à petit conscience qu'il ne reviendrait jamais au manoir et qu'il avait vu ses parents, ce soir de bal, pour la dernière fois.
Parmi les vagues de tristesse qui l'assaillaient tout à coup, une idée dans son esprit germait peu à peu. Il y avait quelque chose dans les paroles d'Albus qui l'interpellaient sans qu'il puisse poser le doigt dessus immédiatement. Il se répéta ses paroles après l'ouverture de la lettre..
—Si on a rien trouvé chez les sorciers c'est peut-être parce qu'Erin Morton est une moldue…, pensa tout haut Scorpius.
Albus fronça les sourcils en ajustant ses lunettes sur son nez long et fin.
—Tu crois?
—Ça ne coûte rien de vérifier.
Scorpius arracha une page d'un des carnets d'Albus qui traînait sur la table et lui piqua une plume. Il griffona un message pour Emma en lui demandant de vérifier si elle ne trouvait rien sur l'identité d'une certaine Erin Morton dans la presse moldue. Il enroula le parchemin et l'attacha à la patte de Guenièvre.
—C'est pour Emma, lui dit-il.
Les deux amis la regardèrent s'envoler à travers le ciel blanchâtre du plafond de la Grande Salle. Scorpius envoyait souvent du courrier à son amie moldue grâce à Guenièvre. Elle ne serait pas surprise de voir le Grand Duc taper de son bec sur sa grande baie vitrée de Londres.
—J'espère qu'on aura enfin éclairci ce mystère, soupira Albus en s'étirant.
Son ami était fatigué, cela se voyait. Entre ses escapades dans la Chambre des Secrets et sa surveillance acharnée sur tous les joueurs de l'équipe de Poufsouffle, sous sa cape d'invisibilité, Albus s'était abstenu de dormir suffisamment longtemps et son humeur s'en faisait ressentir. Du temps où ils partageaient un dortoir, Scorpius avait toujours connu son meilleur ami comme un couche-tôt. Il était toujours l'un des premiers à monter se coucher et dormait profondément lorsque Scorpius se décidait enfin à rejoindre son lit. Albus avait toujours été un gros dormeur. Si personne ne se décidait à le lever, il pouvait pioncer jusqu'en fin d'après-midi. Il avait enchanté un réveil moldu pour faire éclater dans tout le dortoir des garçons un hurlement strident à faire réveiller les morts, ce qui avait, plusieurs fois, poussé Scorpius à l'étouffer avec l'un de ses oreillers.
Albus se décida enfin à faire une pause et attaqua son petit-déjeuner avec plus d'entrain. Ce fut cet instant que choisirent Rose et Chase pour faire leur entrée. L'attrapeur serrait Rose à la taille en la poussant dans la Grande Salle en riant gaiement. Rose était plus raide, souriant sans joie. Elle avait lâché ses cheveux aujourd'hui et elle portait l'un des pulls que sa grand-mère lui avait offert pour Noël. Scorpius la fixa en se remémorant tous les gémissements qu'elle avait poussé en s'accrochant à sa chemise.
Il secoua la tête et se leva de table.
—Où tu vas? demanda Albus, la bouche pleine.
—Quidditch, marmonna Scorpius.
Tandis qu'il sortit, Albus remarqua le faux couple riant à la table des Gryffondor. Son ami avait beau le cacher, il devinait son trouble et culpabilisa d'en être le seul responsable.
OoO
En consultant le panneau d'affichage dans le dortoir des préfets-en-chefs, Rose fut heureuse de voir son nom et celui de Scorpius prévu pour la ronde de cette nuit. Le système de ronde était organisé pour que les préfets effectuent leur ronde tous les quinze jours et toujours en binôme. Après la semaine de leur retenue, Rose ne s'était pas retrouvé avec Scorpius jusqu'à aujourd'hui. Par le passé, alors qu'elle idéalisait encore Chase comme l'homme idéal, elle s'était réjouie de ne plus croiser la route du Serpentard qui n'arrêtait pas de l'harceler à l'époque. Ce soir, elle avait enfin une bonne excuse auprès de Chase pour passer des heures en compagnie du beau blond, dans les couloirs déserts du château.
Rose avait besoin de ce petit tête à tête. Si elle faisait le point sur tous ses soucis, elle était étonné de ne pas fondre en larmes toutes les dix minutes. Hormis sa compagnie avec Chase, la jalousie de plus en plus grande de Scorpius, l'enquête d'Albus, les révélations de Mimi, Rose defait faire face à Lily qui se plaignait de ne plus passer autant de temps avec elle à cause de Chase, à la pression grandissante des professeurs qui les surchargeaient de travail pour les préparer aux Aspics et les courriers d'Hagrid pour la prévenir que Raymar se languissait d'elle… sans parler des séances d'entraînement de quidditch pour regonfler le moral de l'équipe après leur première défaite.
La jeune fille était épuisée, moralement comme physiquement. Elle ne révait plus que d'une chose, être enlacée par Scorpius ou être touchée de la même manière qu'il l'avait touchée dans le canapé. Rose rougissait encore à ce souvenir. Ils n'avaient jamais été aussi loin et si Chase n'était pas entré à ce moment-là, elle savait qu'elle l'aurait supplié de continuer. Jamais elle n'avait ressenti de telles sensations et l'abandon de Scorpius dans ses bras l'avaient fait vibrer au plus profond d'elle-même.
Scorpius la rejoignit dans leur salle commune, après son cours d'astronomie. Il balança son sac dans un coin et se figea lorsqu'il vit que Rose attendait le Serpentard, sur l'un des canapés du grand salon, dans les bras de Chase. Le coeur de la Gryffondor se brisa lorsqu'elle vit sa surprise se changer en une déception extrême. Elle le vit baisser la tête rapidement pour que Chase ne remarque pas son trouble. Celui-ci caressait nonchalament le bras de Rose qui tressaillait à chaque contact de ses doigts sur sa manche. Elle ne supportait plus qu'il la touche et se mordait la joue à chaque fois qu'il tentait une approche.
Chase avait été particulièrement insistant ces derniers jours pour qu'ils concluent au plus vite et Rose avait dû user de milles et uns mensonges pour échapper à l'étreinte de ses bras. La dernière excuse en date, elle avait ses règles et ne pouvait décidément pas coucher avec lui dans ses circonstances (même si elle les avait eu la semaine dernière)
—Tu voudrais faire quoi pour la Saint-Valentin? On pourrait retourner dans la cabane? Qu'est-ce que tu en dis? lui demanda Chase d'une voix chaude.
Il approcha son visage de celui de Rose dans l'intention de l'embrasser. Ils sursautèrent lorsque Scorpius lâcha un épais volume de botanique sur la table d'étude, sans leur accorder le moindre regard. Rose en profita pour s'extirper des bras de Chase.
—Oui, ce serait génial, dit-elle avec un sourire gêné. Je suis désolée… Je dois patrouiller ce soir. Scorpius on y va?
—Attends.
Alors que Rose se levait du sofa en velour, Chase lui attrapa le poignet en la forçant à se rasseoir près de lui. Il caressa sa joue et l'embrassa d'une manière totalement indécente. Rose rougit en s'efforçant de répondre le moins possible à la langue qui pénétrait sa bouche avec passion. Elle eut une pensée pour Scorpius qui devait observer la scène en ayant l'envie de casser quelque chose.
Chase la relâcha enfin et Rose se força à lui adresser un petit sourire. Il lui caressa encore sa joue devenue brûlante.
—C'est bon. Vas-y, lui dit-il.
Rose se redressa en silence, raidie par la gêne. La prise violente de Chase pour la forcer à l'embrasser l'avait surprise mais elle avait une petite pensée coupable en ne pouvant nier l'excitation que son geste avait eu sur elle. Elle tenta de tempériser ses émotions lorsqu'elle se tourna vers Scorpius. Dès que Rose croisa son regard, elle devina immédiatement la fureur qu'il peinait à contenir. La jeune fille se saisit de sa cape, enfuit sa baguette dans sa poche et traversa le passage de la gargouille sans oser regarder plus longtemps Scorpius. Celui-ci la suivit d'un pas raide.
Ils marchèrent en silence dans les couloirs déserts et obscurs du château. Rose avançait en tête, sa baguette illuminée dans sa main. Scorpius la suivait et Rose pouvait sentir dans son dos la colère qui émanait de la haute silhouette du Serpentard. Elle ne supportait plus ce silence. Rose savait qu'elle devait lui dire quelque chose. Elle avait peu d'espoir de calmer sa frustration mais elle pouvait essayer de réduire l'écart qui se creusait peu à peu entre eux. Alors qu'ils passaient devant la classe de métamorphose, Rose ouvrit la bouche en n'ignorant totalement ce qu'elle allait dire à Scorpius.
Elle n'eut pas le temps de prononcer le moindre son, Scorpius la saisi par l'épaule et la colla contre le mur, avec la même urgence et violence qu'avait eu Chase pour elle. Il colla son corps contre le sien en plongeant son regard glacé dans ses deux prunelles ambrées. L'une de ses mains se plaça dans le bas de son dos et il lui leva le menton. Rose crut qu'il allait l'embrasser. Elle voyait dans ses yeux, un besoin pressant même s'il avait beaucoup de mal à mettre des mots dessus. Il passa son pouce sur ses lèvres, ces même lèvres que Chase avait embrassé quelques minutes plus tôt. Rose eut envie de lécher ce pouce qui avait l'audace de la caresser. Avec Chase, elle devait toujours subir. Avec Scorpius, elle adorait prendre de temps en temps le dessus sur lui surtout lorsqu'elle voyait soudain son air surpris. Elle voulait le faire rougir comme elle le faisait toujours avec lui.
Rose sentit son souffle chaud sur ses lèvres. Instinctivement, elle avança son visage vers le sien, avec ce besoin pressant de conclure ce baiser tant attendu.
—Qu'as-tu ressenti? lui demanda-t'il tout à coup.
Rose le dévisagea sans comprendre. Le regard de Scorpius s'assombrit.
—Quand il t'a embrassé, continua-t'il, J'ai vu ton expression. Tu as aimé?
Le ton de Scorpius était devenu agressif. Rose en comprenait pas. Elle était passé d'un état d'excitation à de la suspicion. Rose le contempla en essayant de pas faire transparaître son trouble. Mais Scorpius était fin observateur et il tapa du poing contre le mur en faisant sursauter la jeune fille.
—T'as aimé, pas vrai? Tu aurais peut-être voulu qu'il te couche sur le canapé et qu'il te fasse jouir? éructa-t'il.
La baguette de Rose réagit plus vite que sa maîtresse. Elle toucha Scorpius au torse et le projeta contre le mur d'en face. Le sort informulé n'était pas puissant, juste assez pour faire écrouler le Serpentard contre un tableau, représentant une très vieille sorcière en train de lire, qui hurla de peur dans tout le château.
Scorpius se remit rapidement du 'il releva la tête pour observer, surpris, celle qui venait de lui jeter un sort, il eut un nouveau choc en constatant la dureté du visage de Rose. Celle-ci le foudroya du regard, la baguette toujours brandie dans sa direction.
—Comment oses-tu! rugit-elle en ignorant les cris d'hystérie de la vieille au tableau. Tu crois que ça me fait plaisir de jouer cette comédie? Comment oses-tu gâcher ce moment qu'on a partagé?! Je…
Elle ne trouvait plus ses mots. Scorpius l'écoutait la mâchoire contractée. Il ne s'était toujours pas relevé et Rose le dominait en s'avançant de plus en plus vers lui. Envahie par le désespoir à l'idée que Scorpius puisse douter de ce qu'elle ressentait pour Chase, ses épaules s'affaisèrent et elle baissa sa baguette, vaincue par l'émotion.
—Imbécile, réussit-elle finalement à dire.
Elle s'enfuit dans le couloir en se rendant compte, qu'elle n'avait pas versé une larme pour Scorpius.
OoO
Rose avait raison.
Scorpius était un imbécile.
Dès qu'elle avait crié sur lui, il avait compris son erreur. Il ne savait pas ce qu'il lui avait pris de lui dire ces paroles affreuses. En réalité, il était devenu fou lorsqu'il avait vu Chase embrasser sa Rose, surtout lorsqu'il vit Chase lui lancer le même regard que celui qu'il lui avait fait devant la porte de sa chambre, en embrassant Rose devant lui délibérément. Ce petit con arrogant aimait ce jeu pervers. Scorpius s'était demandé plusieurs fois s'il soupçonnait son attirance pour la Gryffondor. Il était sûr que Chase savait que Scorpius connaissait son vrai visage vis à vis de Rose et ce connard en profitait.
Il aurait pu le supporter, une fois de plus. Mais il avait vu le visage de Rose se tourner vers lui, après ce baiser passionné. Il avait discerné ses joues rouges et cette gêne, la même dont il se délectait à chaque fois qu'il faisait basculer la jeune fille au bord du gouffre des plaisirs.
Il n'avait pas pu s'en empêcher et il se maudissait pour chaque mot qu'il avait osé lui jeter à la figure. Scorpius avait été aveuglé par la jalousie et il écuma encore de rage lorsqu'il se releva en discernant encore les pas précipités de Rose dans son dos. Pendant un court instant, il fut tenté d'abandonner la jeune fille et de continuer sa ronde en essayant de calmer la colère qui grondait encore en lui. Il s'arrêta, au milieu du couloir, ne sachant quoi faire. Sa grande fureur lui hurlait de mettre le plus de distance possible entre lui et Rose, une autre…
Scorpius se passa une main dans ses cheveux en lâchant un profond soupir. La seconde d'après, il fit volte-face et s'élança dans le couloir à la recherche de Rose.
Il n'eut pas à chercher longtemps avant de la retrouver. Il savait où elle se rendait à chaque fois qu'elle était en état de choc. Scorpius sortit par l'une des portes non verrouillées par Rusard pour sortir du château. Une fois dehors, il fut assaillit par le froid mordant de janvier. Il remarqua les fraîches empreintes de pas dans la neige et sut immédiatement qu'il s'agissait de Rose. Il suivit les traces en peinant dans la neige.
Il oublia vite la morsure du froid d'hiver lorsqu'il arriva, haletant, près de la cabane d'Hagrid, plongée dans l'obscurité. Il était tard et le garde-chasse devait sûrement dormir. A côté de la petite maison de bois qui se détachait nettement dans le blanc immaculé du paysage, il discerna la silhouette sombre de Rose dans l'enclos de son griffon. Elle caressait Raymar comme il l'avait vu faire des dizaines de fois. C'était ce que la jeune fille faisait à chaque fois, pour se consoler.
Scorpius ralentit en approchant de la barrière et Raymar l'aperçut en premier. Il poussa un petit rugissement plaintif dans sa direction et Rose se retourna vivement. Scorpius fut surpris de ne pas la voir pleurer, elle qui avait eu la larme si facile avec Chase. Sa colère disparut aussitôt en la contemplant près de son griffon. Malgré ses marques d'affection pour son animal, son expression était dure et Scorpius ne l'avait jamais vu ainsi. Lorsqu'elle le vit, Rose se cacha le visage dans ses mains rougies par le froid. Scorpius n'y tint plus. Il escalada la barrière, traversa à grandes enjambées les quelques mètres qui le séparaient de la Gryffondor et il la prit dans ses bras en la serrant fort contre sa poitrine.
—Je suis désolé, murmura-t'il dans ses cheveux.
Rose s'agrippa à son dos, pleurant enfin faiblement contre son épaule.
—Pourquoi m'as-tu dit ça? sanglota-t'elle.
Il l'écarta un peu et lui prit son visage entre ses mains glacées. Il essuya les larmes qui perlaient sur ses joues.
—Je n'ai pas supporté… Je ne supporte plus qu'il te touche.
—Et tu crois que ça ne me fait rien?
Rose se dégagea de l'étreinte de Scorpius.
—Non, justement. Je ne sais pas! s'énerva-t'il.
En entendant son éclat de voix, Raymar grogna contre le Serpentard. Rose scruta Scorpius, l'air choquée et son incompréhension augmenta la colère du jeune homme.
—De quoi tu parles? cria Rose en retour.
—Je ne sais pas ce que tu ressens pour lui, pour moi. Tu n'as pas su me répondre quand je t'ai dit que je t'aimais. Qu'est-ce que je dois penser au juste? Toi, qui clamait ton amour pour ce connard partout, à tout le monde, même à une bête plante chantante. Comment tu veux que je me sente en sachant ça?
Il reprit Rose par les épaules en le forçant à le dévisager, en ignorant les feulements inquiétants du griffon. Elle gémit faiblement, prise soudain de panique.
—J'ai besoin que tu le dises, Rose. Dis-le moi. Dis-moi que tu m'aimes.
Scorpius n'aimait pas cette facette de lui qu'il présentait à la jeune femme. Il percevait la panique dans les yeux de la Gryffondor dont les lèvres tremblaient sous ses sanglots. Il n'aimait pas la pousser à bout mais son coeur n'en pouvait plus. Il avait besoin d'entendre ses trois petits mots pour le rassurer, pour se dire qu'il ne souffrait pas en vain.
Rose ouvrit la bouche pour parler et Scorpius n'eut jamais l'occasion d'entendre ce qu'elle allait lui répondre. Une détonation retentit dans le parc, près du lac, suivi d'un halo de lumière éblouissant. Scorpius et Rose se tournèrent vers le craquement assourdissant qui suivit le bruit d'explosion, en oubliant tout de leur dispute.
—Qu'est-ce que c'est? demanda Rose.
Raymar s'agita aux côtés de sa maîtresse qui le calma d'une caresse.
—Faut aller voir! dit Scorpius.
Rose hésita un moment puis elle grimpa sur le dos de son griffon en tendant la main vers le Serpentard. Il l'attrapa et s'installa derrière Rose en serrant sa taille tandis qu'elle ordonnait à Raymar de prendre de l'altitude. Le vent froid fouetta le pelage du griffon et les visages des deux préfets. Les ailes de la créature légendaire battirent l'air et survolèrent la surface gelée du lac.
—Là! s'écria Rose en pointant une petite butte à l'arrière du parc.
La butte recouverte de neige était fendue en son milieu et un panache de fumée s'élevait dans le ciel opaque. Scorpius connaissait cet endroit comme tous les élèves de Poudlard d'ailleurs. Cette colline était la dernière demeure du célèbre Albus Dumbledore, seul directeur à avoir eu l'honneur d'être enterré dans l'enceinte de l'école. Avec horreur, Scorpius et Rose se rendirent compte que la sépulture de l'homme légendaire était en train d'être profanée.
Alors que Raymar planait silencieusement au milieu de la fumée blanche, un éclair de lumière traversa la brume et frappa une des ailes du griffon qui poussa un rugissement de douleur. Raymar agita ses énormes pattes dans le vide tandis que Scorpius percevait l'odeur de chair et de poils brûlés. L'animal perdit de l'altitude mais continua, malgré tout, à battre des ailes sous les encouragements de Rose. Il finit par atterrir, brutalement, au pied de la colline en s'enfonçant à moitié dans la poudreuse. Sous le choc, les deux élèves de Poudlard furent éjectés du dos du griffon et tombèrent, à leur tour, dans la neige. Rose se releva immédiatement et courut vers son lion qui ne bougeait plus.
—Raymar! cria-t'elle.
Scorpius enleva la neige qui s'était infiltrée sous ses couches de vêtements. D'instinct, il sortit sa baguette. Si Rose n'était plus que concentré sur son cher Raymar, Scorpius n'avait pas oublié qu'un sort leur avait été jeté, un sort assez puissant pour terrasser un griffon vieux de plusieurs siècles. Tout en restant en alerte, il rejoignit Rose qui caressa le pelage mouillée de la créature légendaire.
—Il est toujours vivant, dit-elle sur un ton déchirant. Mais il respire faiblement. Qui a fait ça?
Elle se tourna vers Scorpius, son visage devenu aussi pâle que la neige. Puis, elle se tourna vivement vers la butte où se trouvait la tombe de Dumbledore, d'où quelqu'un leur avait envoyé le sort d'attaque. Son expression changea du tout au tout, passant de l'inquiétude et de la peur à la colère et Scorpius devina immédiatement ce dont elle avait en tête.
—Non, Rose, dit-il. Attends… Ne fais pas ça. Il vaut mieux…
Elle ne l'écouta pas et partit avant qu'il n'ait fini sa phrase. Elle s'élança à l'assaut de la petite colline enneigée. Tout en brandissant sa baguette d'une main, elle creusait la neige de l'autre pour escalader plus vite la pente verglacée.
—Rose! s'écria Scorpius, désespéré. Attends!
Il se précipita à sa suite, essayant à tout prix de la rattraper. Au moment où il arriva au sommet du monticule, il perçut le cri déchirant de Rose et son coeur s'arrêta.
—ROSE!
La fumée de l'explosion masquait sa vue et avait fait s'envoler la neige qui tourbillonnait autour de lui dans une sorte de brouillard compact. Scorpius ne voyait pas à un mètre et cherchait désespérément la silhouette de Rose, encore debout. Soudain, quelque chose le frappa violemment au creux de ses reins et Scorpius tomba en avant, sa tête heurtant le sol gelé, du sang coulant à flots de son nez. Il roula sur le dos, sa baguette pointée vers le vide. Il ne discernait toujours pas son agresseur et le silence soudain de Rose l'inquiétait de plus en plus.
—Impedimenta! hurla-t'il dans le vide, juste au cas où, en espérant de pas toucher Rose par accident.
Il roula une nouvelle fois sur lui-même et resta tapi contre le sol blanc et poudreux. Il attendit quelques minutes, retrouvant son sang froid et guettant le moindre son. Lorsqu'il entendit enfin un craquement dans le brouillard blanc, il se releva d'un bond et courut vers l'origine du bruit, la baguette tendue.
Il discerna dans la brume une silhouette, sans conteste, masculine et stoppa sa course immédiatement. Il sut tout de suite que l'homme qu'il avait devant lui, même s'il ne pouvait voir son visage, était son attaquant. Celui-ci ne bougeait pas, attendant sûrement une réaction du jeune blond. Scorpius le cernait, tendu, la main serrée autour de sa baguette. Celle de l'homme était longue, plus longue qu'aucune baguette qu'il n'ait eu l'occasion de voir et il arrivait à percevoir la dangerosité silencieuse de son adversaire.
Scorpius avait la même impression qu'un duel, en devinant instinctivement que son ennemi était beaucoup plus puissant que lui. Il leva enfin sa baguette.
—Stupefix! hurla la voix de Rose à sa droite.
Le sort rata sa cible. Le jet de lumière manqua la tête de leur agresseur de quelques centimètres. L'inconnu en profita pour prendre la fuite et Rose rejoignit Scorpius,du sang dégoulinant de sa tempe.
—Ça va aller? lui demanda Scorpius.
—Et toi?
Elle désigna la tache de sang sous son nez et il s'essuya rapidement. Rose ne s'attarda pas. Elle courut à la poursuite de l'homme qui avait pris la direction de la forêt interdite. Scorpius le trouva incroyablement stupide. Il était impossible de s'échapper de Poudlard hormis le portail principal ou en volant. Il ne pourrait jamais transplaner, même dans les bois obscurs de l'école. Scorpius suivait Rose à la trace qui courait toujours. Il ne comprenait pas ce besoin primal des Gryffondor d'aller droit au devant du danger. Lors de leur petit duel, Scorpius avait compris que leur adversaire était dangereux, très dangereux et il n'était pas sûr que même à deux, ils pourraient le vaincre.
La brume les suivit jusqu'à la forêt. Scorpius fut bientôt écorché par les ronces et les racines du sol et il perdit bientôt Rose des yeux. Il jura à mi-voix, n'osant pas l'appeler de peur d'attirer l'attention de leur assaillant. Après la course dans le sous-bois, un silence de mort suivit ses pas lents sur le tapis humide de la neige. Il avait désespérément envie d'appeler Rose mais le son mourut au fond de sa gorge, tétanisé par la peur. Il surveillait chaque bruit, chaque changement d'ombres dans l'obscurité. Il percevait les battements rapides de son propre coeur dans sa poitrine et le craquement de ses talons sur le bois sec à ses pieds. Il avait l'horrible impression d'être une proie sur le point d'être happé par un prédateur mortel.
Il entendit enfin le son d'une voix profondément grave sans en discerner les mots. Il leva immédiatement sa baguette dans sa direction. Mais avant qu'il ait fini de prononcer la formule, Scorpius ressentit une effroyable douleur et bascula dans la neige. La souffrance le terrassa en lui faisant pousser des hurlements à glacer le sang. Il eut l'impression que mille poignard s'enfonçait dans sa chair. Lorsqu'il crut en mourir, la douleur cessa aussi soudainement qu'elle était apparue.
Scorpius était recroquevillé dans la terre gelée et sombre, couverte de neige, haletant, la main crispée sur sa baguette. Il réussit à se remettre debout mais pour découvrir la grande ombre de son bourreau à quelques mètres seulement de lui. Son bras leva la longue baguette, dirigée droit vers sa poitrine. Il entendit alors une voix horrible, déformée, s'élever dangereusement proche de lui.
—AVADA KEDAVRA!
—PROTEGO!
Alors que l'éclair vert fusait vers le Serpentard, Rose surgit devant Scorpius en balançant son sort de protection sur eux deux. En se jetant sur Scorpius, elle les fit tomber sur le sol humide. Le sort de mort traversa facilement le bouclier de la jeune fille et frappa l'arbre noir derrière eux, en le faisant voler en éclat. Rose fut frappée par une énorme branche. Elle poussa un horrible cri de douleur et s'effondra sur Scorpius qui la rattrapa dans sa chute. Lorsqu'il leva la tête, plein d'effroi, il vit la silhouette de l'inconnu s'évaporer et il comprit qu'il avait enfin disparu pour le moment.
Il n'osait pas baisser les yeux vers le corps froid dans ses bras. Scorpius contempla le visage de Rose et se réjouit de la voir cligner des yeux en grimaçant de douleur. Son épaule saignait abondamment et son teint était devenu aussi blanc que celui de la neige à leur pied.
Un peu sonnée, elle lui sourit faiblement.
—Je t'ai sauvé la vie, réussit-elle à articuler. On est quitte!
