20
INTERROGATOIRES
Ce fut une grande première pour Scorpius d'entrer dans le grand bureau circulaire de la directrice de Poudlard. Il fut convoqué dès l'aube, après une brève nuit de repos à l'infirmerie. Lorsqu'il avait émergé dans des draps blancs inconnus, il avait soudain paniqué, se remémorant d'un coup tous les évènements de la nuit dernière. Peu après, la douleur le terrassa et il se laissa tomber dans ses oreilles en gémissant. Son nez était douloureux et une migraine commençait à poindre le bout de son nez dans les tréfonds de sa cervelle. Il avait des écorchures sur les mains, les bras et se sentait frigorifié. Dans les brumes de la fatigue, au milieu du choc et de la peur, il eut une pensée pour Rose dont le dernier souvenir était son corps froid dans ses bras. Scorpius avait tourné la tête, gémissant sous ses courbatures, à la recherche d'un éclat roux aux alentours. Il fut incroyablement rassuré en la découvrant, endormie dans le lit voisin, la respiration tranquille.
Rose et Scorpius avaient eu énormément de chance.
Peu après avoir évité le sortilège de mort et être certain que leur ennemi avait bel et bien disparu, Scorpius avait dégagé la jeune fille des débris de bois et l'avait prise dans ses bras en peinant à rentrer au château en la portant. Par chance, il n'eut pas besoin de faire une longue distance. Le bruit des explosions avait réveillé la moitié du château, dont Hagrid qui s'était précipité hors de sa cabane, tel un beau diable mal peigné, en brandissant inutilement la pointe de son parapluie rose.
— Scorpius! reconnut-il. Qu'est-ce qui s'est passé? Que…
Il s'interrompit en découvrant le corps de Rose dans les bras du Serpentard. Elle avait perdu connaissance et sa peau devenait de plus en plus blanche. La cape de Malefoy se gorgeait de sang et il savait pertinemment qu'il ne s'agissait pas du sien.
— Bon sang! s'exclama Hagrid, dont le ton trahissait une panique soudaine. Rose!
Le demi-géant soulagea Scorpius en portant à son tour le corps de Rose rendu minuscule entre ses mains gigantesques. Il n'attendit pas le Serpentard pour courir vers le château où déjà des professeurs étaient sortis sur le perron en robe de chambre, baguettes brandies. Scorpius peina à suivre le rythme du garde-chasse. Il s'arrêta à mi-chemin, les mollets enfoncés dans la neige épaisse, le souffle haletant. Sa respiration saccadée laissait échapper des volutes blanches. Il eut un rire nerveux en pensant à son paquet de cigarettes dans sa poche et tâta sa robe de sorcier pour se rendre compte qu'elle était poisseuse de sang, celui de Rose.
Scorpius n'arrivait plus à marcher. L'adrénaline retomba d'un coup et il fut envahi brusquement par un désespoir immense. Des images de l'homme noir, de la baguette, de la douleur du Doloris qu'il lui avait jeté, du sourire de Rose avant qu'elle ne s'évanouisse… Tout l'assaillait de toute part et ses jambes flanchèrent sous lui. Il tomba lourdement dans la neige, la vue trouble et le coeur battant rapidement dans sa poitrine au point de lui faire mal. Ses mains tremblaient et il eut soudain très chaud alors qu'il sentait encore le morsure du froid sur ses joues.
— Malefoy! perçut-il près de lui.
Il connaissait cette voix même si elle semblait lui parvenir de très loin. Une poigne solide le pris sous le bras et l'aida à se remettre sur pied. Il se sentit ridicule de s'appuyer à ce point contre le corps chaud qui l'aidait à marcher vers le château.
— Je suis désolé, articula-t'il faiblement.
— C'est rien, dit la voix. Vous n'êtes pas responsable.
Lorsque Scorpius leva les yeux vers son sauveur, il reconnut son professeur d'Etudes des moldues. Le professeur Radcliffe le soutenait, pas après pas et lorsqu'il lui adressa un sourire chaleureux, Scorpius sur qu'il était enfin en sécurité.
Flitwick était venu le chercher dès son réveil. Rose n'avait toujours pas repris connaissance et il quitta l'infirmerie à regret, en la contemplant toujours endormie dans son lit. Mme Pomfresh avait fait des merveilles sur lui, surtout avec cette potion fumante qui réchauffa tout son corps jusque dans ses orteils. Il avait beaucoup de questions mais le peu de gens qu'il croisa à l'infirmerie refusèrent de lui répondre. Il comprit dans leur regard qu'ils ignoraient tout simplement ce qui avait bien pu se passer cette fameuse nuit.
Scorpius s'était attendu à voir débarquer Albus ou même Lily, terriblement inquiet pour eux deux. Hélas, personne ne vint et il fut obligé de se lever du lit sous la demande express de la directrice.
Après une brève toilette, lui et le professeur de Sortilèges se rendirent, en silence, dans le couloir du septième étage où une gargouille solitaire se tenait devant le mur.
— Abernethy, dit Flitwick de sa voix fluette.
La gargouille fit un pas de côté et le mur derrière elle s'ouvrit, laissant voir un escalier mobile en colimaçon. Scorpius monta seul sur la première marche et l'escalier tourna sur lui-même, l'amenant en douceur jusqu'à la porte au heurtoir de cuivre qui donnait accès au bureau de Mcgonagall. Sur le perron, il hésita. Il n'était pas idiot et savait pertinemment pourquoi la vieille Mcgo l'avait convoqué. Mais la vieille sorcière l'avait toujours beaucoup impressionné malgré son flegme et son insolence légendaire. Il appréhendait le moment où il se retrouverait en tête à tête, assis en face de la vieille directrice, à retracer le fil horrible de cette terrible nuit.
Se motivant de paroles qu'il essayait de rendre rationnelles, dans sa tête, Scorpius frappa.
— Entrez, répondit la voix sèche de Mcgonagall.
Le Serpentard entra et s'avança dans le bureau de la directrice. Il n'était encore jamais entré dans ce fameux bureau. La pièce était circulaire et il émanait des lieux une chaleur réconfortante malgré le symbole puissant qu'incarnait le bureau du directeur de Poudlard. Son regard s'attarda sur les grandes bibliothèques de bois brun qui renfermaient une collection impressionnante d'ouvrages divers; des artefacts anciens étaient disposés de manière minutieuse sur de longues tables aux pieds effilés, sur chacun l'on pouvait déchiffrer des runes anciennes; plusieurs fauteuils aux motifs écossais étaient disposés dans la pièce et Scorpius eut une furieuse envie de s'y prélasser; les portraits des anciens directeurs et directrices somnolaient dans leurs cadres et le Serpentard dévisagea le portrait d'Albus Dumbledore dans l'un d'eux qui lui adressa un grand sourire.
Au fond de la pièce, autour du bureau immense mais sobre de la directrice, il discerna trois silhouettes. Il les reconnut aussitôt. Le Professeur Mcgonagall se tenait, debout, bien droite, derrière son bureau, parée dans une robe noire de sorcière, très élégante mais qui lui conservait son air pincé. Ses longs cheveux gris étaient attachés en un épais chignon et elle fixait, par-dessus ses lunettes à cordelette, de son éternel regard sévère, ses deux invités. Ces derniers tournaient le dos à Scorpius mais il n'eut aucun mal à les identifier pour avoir fêter le réveillon avec eux. Harry Potter et Ron Weasley se tournèrent brusquement vers lui, l'air grave. Ils étaient impressionnant dans leur tenue d'auror et de brigade policière et Scorpius avança vers eux, l'estomac en vrac.
— Ah! Mr Malefoy! dit Mcgonagall en lui faisant signe d'approcher. Entrez! Désolé de vous sortir du lit mais nous avons quelques questions à vous poser.
Elle l'invita à s'asseoir sur l'un de ses fauteuils moelleux. Scorpius se tint raide et pensa à Albus avec qui il aurait été beaucoup plus à l'aise d'affronter la directrice, son père et son oncle. Il savait pertinemment ce qu'il faisait là et les questions qu'on allait lui poser. Mais il n'avait aucune idée de ce qu'il devait révéler quant à ce qu'ils avaient découvert sur Chase, la Chambre des Secrets ou la mystérieuse Erin Morton.
— Si cela ne vous est pas trop pénible, continua Mcgonagall la plus avenante possible, nous aimerions que vous nous racontiez, en détails, ce qu'il s'est passé hier soir.
Scorpius ouvrit la bouche pour commencer son récit qu'il avait déjà préparé mentalement, en se rendant dans ce bureau, mais les mots peinèrent à sortir, au début. Il commença par la ronde en évitant de parler de sa dispute avec Rose, du parc, du griffon et de l'explosion assourdissante qu'ils avaient entendu.
— Pourquoi n'êtes-vous pas allés chercher un professeur, à ce moment-là? demanda Mcgonagall qui s'était assise à son bureau.
— On n'a pas réfléchi, répondit honnêtement Scorpius.
Il parla longuement de la butte, de la brume et il eut un moment d'hésitation en parlant de la silhouette noire qu'il avait distinguée dans le noir. Plus il y réfléchissait, moins cela avait de sens. Quand il somnolait encore dans son lit, à l'infirmerie, en y repensant, il s'était demandé si tout cela n'avait pas été un rêve, tellement la scène lui parraissait surnaturelle. Mais son corps ne pouvait oublier le souvenir cuisant du Doloris que lui avait jeté son mystérieux assaillant. Une telle douleur ne pouvait avoir été imaginée.
— Il avait une baguette, dit encore Scorpius en essayant de se souvenir.
— Une baguette? Elle était comment? demanda Harry.
L'Auror se tenait à quelques pas de lui. Scorpius était le seul assis, les regards convergeant vers lui. Il avait l'impression d'avoir fait quelque chose de mal en constatant leurs grimaces (discrètes pour Mcgo et Potter) sur leur visage à mesure qu'il déballait ce qu'il avait vécu. L'allure du sorcier le plus célèbre d'Angleterre dégageait une telle assurance que Scorpius en fut très impressionné. Ron, quant à lui, la posture plus gauche que celle de son meilleur ami, le fixait en silence. Ses mâchoires s'étaient contractés en entendant le récit du Serpentard lorsqu'il parla du cri de Rose dans la nuit. A sa vue, Scorpius avait aussitôt remarqué ses cernes et sa mine inquiète. Il n'avait pas dû dormir de la nuit.
— Je ne voyais pas très bien mais elle était longue et incroyablement puissante. On a bien failli mourir, tous les deux.
Harry et Ron se dévisagèrent anxieux. Mcgonagall croisa ses mains devant son menton et son expression devint beaucoup plus stricte qu'à l'arrivée de son jeune élève.
— Bien, messieurs, nous pouvons en conclure que quelqu'un a éventré la tombe d'Albus Dumbledore pour voler la baguette de Surreau. Et je suppose que je n'ai pas besoin de vous énoncer, à haute voix, les questions très sérieuses qu'impliquent ce crime.
— Tu as pu voir son visage? demanda encore Harry.
En le dévisageant, Scorpius remarqua pour la première fois qu'Albus avait exactement les mêmes yeux que son père. Ils se ressemblaient énormément tous les deux, si ce n'était la carrure. Quand Potter père avait le corps sculpté par sa longue carrière d'auror, Albus avait le silhouette d'un coton-tige. Ils avaient cependant, tous les deux, la même expression de frustration lorsqu'il n'avait pas tout de suite la réponse à leur question.
— Non rien du tout, dit-il sur un ton d'excuse. Je peux juste vous dire qu'il était grand. C'était un homme, sûr et certain. Et il m'a fait une drôle d'impression.
— Laquelle, demanda Ron dont la voix trahissait, de plus en plus, sa colère grandissante.
Scorpius essaya de se remémorer ces frissons glacés qui lui avait parcouru l'échine lorsqu'il s'était retrouvé face à cette grande ombre noire. Il sentit la peur l'envahir à nouveau à ce simple souvenir.
— Je savais que je ne pourrais pas le vaincre. Et je ne suis pas sûr que vous pourriez y arriver, non plus, ajouta-t'il en contemplant ses interlocuteurs d'un air grave. Il était beaucoup trop puissant.
Un silence de mort suivit les terribles paroles du jeune Serpentard. Ron leva un sourcil comme pour remettre en doute cette observation, avec une lueur de défi dans l'oeil et Scorpius reconnut le culot mal placé des Gryffondor. La directrice se contenta de toussoter mais il voyait bien qu'elle partageait l'avis de son ancien élève. Il n'y avait qu'Harry Potter qui semblait le croire. Il fronça les sourcils et eut cette expression qui donna l'impression à Scorpius qu'il avait déjà éprouvé cette sensation, face à un ennemi.
Ce fut Mcgonagall qui rompit le silence.
— De fait, la tombe du directeur était soumis à divers sorts de protection mis en place par l'ensemble des professeurs. J'ai peine à croire qu'un sorcier lambda ait pu passer ces barrières magiques pour voler la baguette. Un élève, encore moins!
— Mais qui, alors? dit Ron qui s'était mis à tourner en rond.
Scorpius fut tenté de tout leur révéler sur ce qu'il savait de Chase, même si d'après Mcgonagall, il était impossible qu'un élève ait fait le coup. D'ailleurs, il devait bien l'admettre, il avait beaucoup de mal à imaginer cet ignare réussir à fracturer la tombe surprotégée de magie de Dumbledore. De plus, connaissant le caractère de sa directrice, Scorpius n'était pas sûr que cela lui fasse plaisir qu'il accuse un autre étudiant avec si peu de preuves et dont leurs querelles d'étudiants étaient connus de tous, à Poudlard. Il était certain qu'on l'accuserait de faire porter le chapeau à un pauvre et innoncent Poufsouffle qu'il avait déjà envoyé à l'infirmerie après un duel. Il était sûr qu'aucun d'entre eux ne le croiraient.
— Un sorcier puissant, répondit Harry qui avait la même expression qu'Albus lorsqu'il réfléchissait.
— Ça nous avance beaucoup…, lâcha Ron avec sarcasme.
— Je me demande comment il a pu pénétrer dans l'enceinte du château. Il est bien évident qu'il n'a pas pu transplaner, rappela la directrice.
Un de ses chats persans vint sauter sur les genoux de Scorpius qui en fut un peu surpris. Le félin se mit à ronronner en faisant ses griffes sur ses cuisses. Il aurait bien voulu s'en défaire mais le regard insistant de Mcgonagall sur lui, devinant certainement ses intentions, le fit supporter la douleur en silence.
— Il aurait pu venir en volant, continua Ron en faisant toujours les cent pas.
— C'est possible mais j'imagine mal un sorcier voler des kilomètres dans le vent froid de l'hiver pour arriver à Poudlard, répondit Harry qui parlait d'expérience. Il y a aussi l'option qu'il s'agit de quelqu'un de l'intérieur.
— Je doute fort qu'un de nos professeurs soit en cause, rétorqua Mcgonagall d'une voix sèche, et puis le jeune Malefoy nous a dit que notre suspect s'était évaporé dans la forêt interdite.
Scorpius avait tressauté en entendant, subitement, son nom. Entre le tac-au-tac des idées de ces trois légendes de la Grande Guerre, le jeune élève se sentait de trop, relégué au rang de simple spectateur.
— D'ailleurs, comment expliquer ce prodige, dit encore la vieille sorcière. Je ne connais aucun sort qui permette de faire cela.
— Ce n'est peut-être pas un sort recensé dans les livres, répondit Harry. Il est fort à parier que notre homme utilise de la magie noire.
Scorpius ne perdait pas une miette de leur conversation. Il enregistrait chaque phrase, chaque idée, en sachant pertinemment qu'Albus lui demanderait de tout lui raconter dans les moindres détails. Il fut même heureux qu'ils en finissent par oublier totalement sa présence. Il pourrait ainsi glaner des informations dont il n'avait normalement pas le droit d'accès.
— Dommage qu'Hermione ne soit pas là, gémit Ron au bout d'un moment. On aurait bien besoin de ses lumières.
— Je te signale que je suis le chef des aurors, rétorqua Harry agacé. Je suis pleinement qualifié pour mener cette enquête.
— C'est bon, le chef d'aurors…, répliqua Ron en grimaçant. Je te signale que c'est ma fille qui a failli se faire tuer, dans l'enceinte de Poudlard. Excuse-moi de vouloir retrouver au plus vite le salopard qui a osé touché à la chair de ma chaire.
Ron Weasley était quelque peu mélodramatique, trouva Scorpius. Et il comprit soudain d'où venait les yeux larmoyants de Rose ou ses idées loufoques quand il s'agissait d'émotion.
Harry vit rouge en entendant les propos déplaisants de son meilleur ami. Il ne perdait pas encore totalement son calme mais cela n'allait pas tarder si le père de Rose continuait à le critiquer.
— Messieurs! les coupa Mcgonagall. Je pense que nous perdons de vue le plus important. Quelqu'un a volé la baguette la plus puissante jamais fabriquée.
Les deux hommes se turent aussitôt, même si les oreilles de Mr. Weasley étaient devenues écarlates.
— Il est étrange que cet individu ait appris son existence et l'endroit exact où elle était cachée.
— Oui, étrange…, continua Harry dont la voix trahissait encore un certain agacement. Les seuls à être au courant sont moi, Hermione, toi et vous, professeur.
— Euh, moi j'étais au courant…, intervint enfin Scorpius.
Cela lui avait semblé important.
Les trois adultes se tournèrent, dans une même mouvement de tête, vers le Serpentard, se souvenant tout à coup de sa présence. S'il n'était pas impressionné par leurs mines défaites, il aurait pu trouver la scène marrante.
— Comment diable l'avez-vous appris? demanda Mcgonagall en plissant ses yeux.
— C'est Rose et Hugo qui nous l'ont raconté. Albus aussi m'a dévoilé certaines choses… , expliqua-t'il en grattant l'oreille du chat pelotonné sur ses genoux.
— Et comment se fait-il qu'ils soient tous au courant? dit Mcgonagall avec une voix légèrement plus aiguë.
Harry et Scorpius dévisagèrent Ron Weasley dont le visage prit une belle teinte pivoine.
— Je...je ne l'ai raconté qu'aux enfants pour les endormir, le soir et...,
Sa voix mourut dans sa gorge lorsqu'il croisa le regard scandalisée de son ancien professeur de métamorphose.
— Roh, ça suffit! s'écria Ron. Je sais que ça a l'air grave, comme ça. Mais y a pas à s'en faire! Tant que Harry n'est pas vaincu, la baguette de Surreau ne prêtera jamais allégeance au voleur.
— La baguette reste tout de même très puissante, même sans être au maximum de ses capacité, lâcha Mcgonagall d'une voix blanche.
Tandis que la directrice et Ron Weasley débattait sur la puissance de l'une des reliques de la mort. Le regard de Scorpius se tourna vers le père d'Albus. Harry s'était appuyé légèrement contre le dossier de l'un des fauteuils aux motifs écossais criards. Son visage était devenu blême et il se frotta le coin de ses yeux par-dessous ses lunettes.
— Je crois que c'est très grave, au contraire, dit-il sur un ton alarmant.
— Qu'est-ce que tu veux dire? se tourna vers lui Ron.
— Tu te souviens de ma mission de surveillance à Noël? Celle où il y a eu du grabuge et où j'ai dû me défendre devant des moldus.
— Et? s'impatienta Ron.
— On m'a désarmé ce jour-là, lâcha Harry sous les regards médusés de son auditoire.
OoO
Dans son sommeil, Rose entendit des voix familières qui murmuraient autour d'elle. Elle avait beau essayé de se concentrer, elle ne comprenait pas un traître mot de ce qu'elles disaient. En y réfléchissant, elle n'avait aucune idée, non plus, de l'endroit où elle se trouvait, ni de la façon dont elle était arrivé, ni de ce qu'elle avait fait auparavant. Tout ce dont elle avait conscience était la douleur lancinante qui pulsait dans chaque fibre de son corps.
Elle se rendit compte qu'elle était couchée dans des draps. Rose se mit sur le dos, tout en gardant les yeux fermés et tenta de faire abstraction des voix autour d'elle pour se concentrer sur ses souvenirs.
Le baiser de Chase...La jalousie de Scorpius...L'explosion...Raymar blessé...La forêt interdite… Avada Kedavra...Scorpius…
Scorpius!
Les yeux de Rose s'ouvrirent brusquement. Elle était allongée dans un lit de l'infirmerie. Sa mère, Hermione était assise à son chevet, en grande discussion avec Hagrid avait les yeux humides. A la vue de son professeur de Soins aux créatures magiques, Rose songea à Raymar et se redressa d'un bond en se tournant vers le demi-géant, si brusquement qu'Hermione et Hagrid sursautèrent.
— Rose! s'exclama Hermione, les traits tirés. Comment tu te sens, ma chérie?
— Hagrid! ignora-t'elle sa mère. Raymar?
Un peu surpris, Hagrid la dévisagea, d'abord, sans comprendre. Puis, il réussit à lui sourire.
— Il va bien, la rassura-t'il. Il ne pourra plus voler avant un bout de temps mais il recommence à manger. Tu lui manques beaucoup.
Rose soupira de soulagement. Elle se recoucha dans son lit et sa mémoire se mit soudain à fonctionner en accéléré. La tombe de Dumbledore...l'intrus...le brouillard...Scorpius!
— Qu'est-ce qui s'est passé? demanda-t'elle en se rendant compte que sa bouche était pâteuse.
— On aimerait bien le savoir, répondit Hermione. Hagrid t'a trouvé dans les bras de Scorpius. Tu saignais abondamment.
— Et Scorpius? dit Rose. Il n'est pas là… Il va bien?
— Oui ne t'inquiète pas, répondit Hagrid. Il a été appelé par le Professeur Mcgonagall. Elle avait des questions à lui poser.
Rose s'assit sur son lit en grimaçant de douleur à chaque mouvement. Elle colla son visage contre ses genoux en se prenant les cheveux. Plus elle réfléchissait aux évènements de la veille, plus la panique la saisissait. Scorpius et elle avaient failli mourir. Si elle n'avait pas été trop stupide pour se lancer à la poursuite d'un sorcier capable de détruire la tombe de Dumbledore soumise aux sortilèges les plus élaborés, elle n'aurait pas risqué ainsi la vie de son griffon ou celle de Scorpius. Elle savait bien quelle puissance cela demandait de rompre ainsi les protections du mémorial. Sa mère le lui avait expliqué. Maintenant, elle comprenait à quel point leur ennemi était puissant et à les risques immenses qu'ils avaient couru à le poursuivre. Elle revoyait toutes les scènes dans sa tête, avec clarté.
Hermione posa une main dans ses cheveux et se mit à les caresser doucement dans l'espoir d'apaiser sa fille.
— Il a pris la baguette, comprit Rose à haute voix.
— Qu'est-ce que tu dis ma chérie?
Rose releva la tête pour dévisager sa mère. La jeune fille était pâle comme un linge, les yeux écarquillés de frayeur à l'idée des conséquences du drame d'hier soir.
— Maman, il a volé la baguette de Sureau…
Tout à coup, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée en les faisant tous sursauter: le Professeur Mcgonagall, Harry et son père traversaient la salle à grands pas, suivis d'Hugo, passablement terrifié.
— Ron? dit Hermione qui s'était levée de sa chaise en apercevant Hugo aux côtés de son père.
— Hermione…, dit le professeur Mcgonagall en s'approchant de son ancienne élève. La situation est grave. J'ai convoqué votre fils pour...éclaircir la situation.
Hagrid s'écarta pour que les nouveaux venus puissent s'approcher du lit. Rose eut la dérangeante sensation d'être, tout à coup, cernée.
— Rose, l'appela son père. Le jeune Malefoy nous a parlé d'un homme étrange. C'est ce que tu as vu, toi aussi?
— Je ne m'en souviens pas très bien, répondit-elle. Il y avait du brouillard. Je n'ai pas vu son visage mais je crois que c'est un homme.
— Tu l'as vu avec la baguette? demanda son oncle qui avait un air grave.
Rose acquiesça silencieusement, comprenant la gravité de ce consentement muet.
— Qu'est-ce que ça veut dire? demanda Hermione en lançant à Ron un regard désemparé. Quelle baguette? Ne me dites pas que quelqu'un a volé la baguette de Sureau?
— Il semblerait, répondit le professeur Mcgonagall.
— Ce n'est pas possible, s'écria Hagrid en colère. Comment peut-on profané ainsi la tombe de Dumbledore?! Un si grand homme! Et voler sa baguette en plus! Quel honte! Le misérable…
— Merci Hagrid, l'interrompit sèchement le professeur Mcgonagall.
Le demi-géant se calma aussitôt tout en continuant à ronchonner dans sa barbe. Rose regardait son petit frère. Hugo était étrangement calme. Il fixait Rose sans vraiment la voir, le visage figé.
— Mais comment ont-ils su qu'elle se trouvait là? Il n'y avait que nous qui…, dit Hermione paniquée.
— Demande à ton mari…, répondit Harry avec un demi-sourire à peine dissimulé.
Il savait très bien ce qui allait se passer lorsqu'Hermione comprit ce qu'il sous-entendait. Elle se tourna lentement vers Ron qui n'osa pas croiser son regard. Ses lèvres se pincèrent et ses yeux se plissèrent. Ron se racla la gorge.
— Je t'avais dit de te taire, dit-elle très lentement en séparant chaque mot pour contenir sa colère. Je t'avais dit de ne pas parler de ces choses-là aux enfants…
— Ils ont ton intelligence, tenta Ron mal à l'aise.
Hermione leva les yeux aux ciel.
— Vous comprenez pourquoi nous avons fait venir Hugo, Hermione, dit le professeur Mcgonagall en coupant court à la scène de ménage. Nous devons savoir si Rose et Hugo ont parlé des reliques et à qui.
Tous les regards convergèrent vers Rose qui n'avait pas été préparé à affronter autant de visages à la fois. Même Hagrid, la dévisageait, très intéressé parce ce qu'elle allait raconter. Elle n'avait aucun allié (surtout pas Hugo) et l'horrible impression d'avoir fait quelque chose de mal.
— Ma chérie, dit Hermione d'une voix douce. Tu as parlé de la baguette de Sureau à quelqu'un? Un ami? Chase, peut-être?
— Non, s'exclama Rose, à peu près sûre d'elle.
Elle réfléchissait à toute vitesse. Il était vrai qu'elle avait raconté beaucoup d'anecdotes à Chase en espérant attirer son attention pour se faire aimer de lui. Mais elle connaissait l'importance du secret autour des reliques de la mort. Elle se souvenait parfaitement du moment où elle avait entendu l'histoire, alors que son père lui racontait le conte des trois frères en précisant que les cadeaux de la Mort existaient bel et bien et avait permis de vaincre Lord Voldemort. Elle n'avait pas totalement compris l'histoire de la baguette et de l'allégeance changeante de cette dernière. Elle savait juste que la baguette la plus puissante du monde était enfermée près de son ancien propriétaire et qu'il en était mieux ainsi. Jamais elle n'aurait révélé ce terrible pouvoir à qui que ce soit. Non, jamais…
— Tu es sûre? demanda encore Harry.
— Oui, je crois…
— Tu crois ou tu es sûre? répéta Harry en se montrant plus insistant.
— Je…
Rose commençait à paniquer. Elle fouillait sa mémoire pour se rassurer sur sa discrétion. Mais plus elle se rappelait avoir raconté à Chase des anecdotes sur sa famille, plus elle doutait. Ron finit par intervenir, devinant la détresse de sa fille.
— Harry, ça suffit! Ce n'est pas un des gars que tu interroges dans tes bureaux. C'est de ma fille qu'il s'agit. Si elle dit qu'elle n'a rien dit, alors elle n'a rien dit. Je la crois.
Il adressa un sourire à Rose qui en fut rassurée. Elle se trompait, elle avait un allié même si celui-ci était le principal responsable de la faute qu'on lui repprochait.
— Dans ce cas, il reste Mr. Weasley, dit Mcgonagall en se tournant vers Hugo.
— Quoi? se réveilla ce dernier.
Mcgonagall pinça les lèvres.
— Vous n'avez pas écouté un mot, n'est-ce-pas?
— J'essaie de me rappeler, répondit Hugo en fronçant les sourcils.
Rose s'étonna de son expression. Son visage avait perdu toute trace d'insolence et il ne semblait pas paniquer de se faire prendre mais plutôt préoccupé. Il avait l'air perdu et cela ne lui ressemblait pas.
— Vous n'avez parlé des Reliques à personne?
— Je m'en fiche des reliques, répondit Hugo avec colère. Ces vieux trucs poussiéreux ne valent rien.
— Surveillez vos paroles, jeune homme, dit Mcgonagall d'un ton sec.
— Hugo, intervint Hermione. Répond à la question.
— Non, ça m'intéresse pas, je vous dis! Et franchement si vous cherchez un coupable, demandez-lui à elle, plutôt!
Il pointa son doigt dans la direction de Rose, toujours assise dans son lit. Elle dévisagea son frère, outrée.
— S'il y a bien quelqu'un pour balancer des secrets, c'est elle!
— Sale petit…, commença Rose mais elle se tut immédiatement en croisant le regard de sa mère. Je vous assure que je n'ai rien dit. Tu mens!
— C'est toi qui ment, sale fouineuse.
— Cafard!
— Mocheté!
— SILENCE!
Le professeur Mcgonagall avait haussé la voix. Hugo et Rose sursautèrent. C'était la première fois qu'ils entendaient leur directrice crier ainsi.
— Je pense que cela n'a plus vraiment d'importance, dit-elle après un moment de silence. Il est évident que l'information a fuité… (elle toisa Ron par-dessus ses lunettes). A ce stade, on ne pourra jamais vraiment savoir qui a reçu cette information et a décidé de s'en servir dans l'intention de voler la baguette.
— Si quelqu'un a volé la baguette, c'est qu'il cherche les reliques…, dit Hermione qui s'était rassise, épuisée.
— Par forcément, répondit Harry. Voldemort l'avait volé pour contrer ma propre baguette et devenir plus puissant. Il n'était pas au courant des reliques de la mort et de leur pouvoir.
— Tout dépend si le voleur a seulement entendu l'histoire de la baguette ou des trois reliques… Mais comme on ne peut pas savoir ce qu'il a reçu exactement comme informations…
Tous regardèrent Ron, une nouvelle fois, l'air sévère. Celui-ci se renfrogna en devenant de plus en plus rouge.
— Ça suffit, maintenant! J'ai bien compris. Tout est de ma faute! s'écria Ron de plus en plus furieux. On pourrait passer à autre chose maintenant?
— Je crois que je vais vous laisser, lâcha Hagrid de plus en plus mal à l'aise.
Il avait assisté à la dispute des deux enfants Weasley devant leurs parents, Harry, et la directrice et maintenant il contemplait Ron virer au rouge pivoine pour une faute dont il comprenait à peine les répercussions. Il salua chacun de ses vieux élèves ainsi que le professeur Mcgonagall en promettant à Rose de bien prendre soin de son griffon. Il quitta l'infirmerie de son pas pesant.
— Je peux partir, moi aussi? tenta Hugo en entendant la porte se refermer derrière le demi-géant.
— Non, Hugo, répondit sa mère. Tu restes ici et tu te tais!
Hugo alla s'asseoir sur une des chaises près des lits et croisa les bras sur sa poitrine en râlant à mi-voix.
— Où se trouve les deux autres reliques? demanda le professeur Mcgonagall à Harry.
— J'ai donné la cape à Albus.
— Donc, elle se trouve au château.
— Il y a des chances, oui. A moins qu'il l'ait oublié à la maison. Mais connaissant, mon fils, ça m'étonnerait.
— Et la pierre?
Harry eut un silence gêné. Rose savait la réponse à cette question car son père le savait, lui-aussi et le lui avait raconté. Elle savait aussi que la réponse n'allait pas plaire à sa directrice.
— Je l'ai perdue…, lâcha Harry, un peu honteux.
— Perdu? Comment ça perdu? s'exclama la vieille directrice en s'asseyant à son tour, soudainement désorientée.
Harry lança un regard désemparé à Ron et Hermione qui haussèrent des épaules. L'auror hésita encore puis soupira en croisant les bras sur sa poitrine.
— Je l'ai lâché dans la forêt interdite.
— Vous savez où exactement?
— Aucune idée. J'ai lâché une pierre parmi mille pierres dans des hectares de forêts. Je doute que le voleur la retrouve. C'est ce qui m'a semblé le mieux à faire, sur le moment.
Le professeur Mcgonagall se releva et lissant un pli de sa robe. Elle semblait exténuée et plus ridée que jamais. La nuit avait été longue pour elle aussi. Elle pinça les lèvres et fronça les sourcils en dévisageant son ancien élève devenu le chef des aurors.
— Je l'espère, Potter. J'espère que nous n'aurons pas à le regretter.
