21

LA CHAMBRE AUX ARAIGNÉES


— Et là, ton père nous annonce qu'il s'est fait désarmé, ce Noël dernier, lâcha Scorpius en écartant les bras pour montrer son impuissance.

— Il a dit par qui? demanda Albus.

— Non, mais je crois qu'il l'ignore. Il a juste parlé d'une mission d'infiltration chez des moldus, si j'ai bien compris…

Après avoir débattu longuement autour de l'intelligence artificielle des robots moldus au cours du professeur Radcliffe, Scorpius avait retrouvé Albus dans les toilettes de Mimi Geignarde. Celle-ci était assise sur le réservoir d'eau dans la cabine du fond, en chantonnant doucement. Scorpius s'était lancé dans le récit détaillé de leur agression, d'il y avait quelques jours, et de l'interrogatoire qu'il avait subi dans le bureau de la directrice. Albus avait écouté en silence, ponctuant les poses de Malefoy de quelques questions.

Scorpius était appuyé contre le mur carrelé. Il s'était défait de sa cape qu'il avait fourrée dans son sac, la moitié tombant mollement sur le côté. Sa cravate était à moitié défaite et il n'avait pas pris le temps de se raser depuis quelques jours. Albus avait remarqué son teint plus livide que d'habitude et ses grands cernes sous ses yeux bleus. Scorpius dormait pas et le voleur de baguette n'y était pas pour grand chose, il devait bien l'admettre.

Dans son compte rendu précis de la nuit de leur ronde, Scorpius n'avait pas omit (comme il l'avait fait avec Mcgo, Mr. Weasley et Potter) le baiser indélicat de Chase et sa dispute avec Rose. Il n'en avait parlé à personne et cela l'avait rongé depuis. Il ne fermait plus l'oeil de la nuit en ressassant tout ce qu'avait pu lui dire, ou ne pas dire Rose. Il souffrait de la situation mais cela ne semblait pas vraiment intéresser son ami, obnubilé par le mystère du voleur de la baguette de Sureau.

Albus avait les bras croisé sur son chandail impeccable sur sa chemise immaculée. Ses yeux contemplaient Scorpius sans vraiment le voir. Il avait attaché ses cheveux et ses lunettes penchaient dangereusement sur son long nez. Scorpius savait qu'il ne devait rien attendre d'Albus en ce qui concernait ses peines de coeur. Il se contenta de l'observer réfléchir, sans bouger, conscient que le cerveau de son meilleur ami devait carburer à cent à l'heure.

— Tu as parlé de Chase? demanda brusquement Albus.

— J'ai hésité, dit Scorpius en se grattant le menton. Mais tu as raison… On a très peu de preuves pour prouver l'implication de Chase dans… je ne sais même pas dans quoi il pourrait être impliqué. Personnellement, je le vois mal passer les barrières surpuissantes des profs de Poudlard pour éventrer la tombe d'un vieux dirlo.

— C'est vrai qu'il n'en a pas les compétences, médita Albus.

— Ton père pense que c'est quelqu'un de l'intérieur.

Albus eut un faible rictus. Il replaça ses lunettes sur l'arrête de son nez. en fronçant les sourcils.

— Tu crois que c'est possible? demanda Scorpius.

— Ce serait le plus probable, répondit Albus en haussant les épaules.

— Un élève?

— Ne sois pas stupide! soupira Albus. Les élèves les plus forts de l'école sont toi, moi et Hugo et même à trois, en combinant nos pouvoirs, on serait incapable de passer la première barrière de la tombe. C'est impossible que ce soit un élève.

Scorpius ressentit une bouffée de chaleur lorsque son ami le complimenta sur sa puissance magique, même si c'était après l'avoir traité d'idiot. Il n'était pas sûr d'égaler le talent magique d'Albus ou de Hugo mais il se sentait incroyablement flatté que son meilleur ami le pense.

— Un prof? proposa Scorpius.

— A la Quirrel?

— Pourquoi pas… La vieille Mcgo en doute mais imagine Parkinson fureter un peu partout et donner des ordres à Chase pour me foutre des bâtons dans les roues. Ou mieux, imagine mes parents qui veulent se venger du grand Harry Potter en lui volant la baguette de Surreau… Ils infiltrent la Parkinson à Poudlard qui fait semblant de devenir mon amie et PAF! Elle vole la baguette pour la donner à mon père qui retrouve sa gloire d'antan en tant que mangemort.

Albus écouta la théorie de Scorpius sans aucune expression sur son visage. Lorsqu'il finit son plaidoyer, Albus applaudit lentement dans ses mains, le son résonnant dans les toilettes des filles désertées depuis des décennies. Scorpius comprit immédiatement que son ami, loin de le féliciter pour son esprit pénétrant, se foutait de lui.

— Je sais que tu te moques et ça me vexe.

— C'est surtout navrant. Si ton père voulait vraiment se venger du mien en volant la baguette, c'est qu'il devait être au courant de l'existence de la baguette de Surreau et de son dernier emplacement connu, ce qui implique que tu lui aurais divulgué l'information lors de l'un de vos dîners en famille. C'est le cas?

— Bien sûr que non!

Albus ouvrit ses paumes comme pour signifier : "Tu vois, tu es idiot!". Il lâcha ensuite un profond soupir et se mit à faire les cents pas en remuant imperceptiblement les lèvres. Scorpius trouva qu'il avait l'air un peu fou ainsi.

— Tu as des nouvelles d'Emma pour Erin Morton? demanda-t'il brusquement en relevant la tête.

— Toujours pas. Mais je suppose que ça prend du temps de faire les recherches.

Il imaginait plutôt Emma allongé dans sur son matelas en fumant joint sur joint mais il préféra ne pas confier ses soupçons à Albus qui s'agitait de plus en plus. Il grommela encore quelques minutes en tournant en rond pour finalement s'immobiliser en poussant un cri rageur.

— C'est bon, ça suffit! explosa-t'il en shootant dans son sac, pleins de livres au pied des lavabos.

— Qu'est-ce que tu fais?

Albus se posta devant l'un des lavabos et se pencha vers le robinet qui portait la gravure du minuscule dessin d'un serpent.

— J'en ai marre de ne pas savoir. La seule piste qu'on ait, c'est Chase dans la Chambre des Secrets. Alors on va aller voir et fouiller la pièce de fond en comble.

Scorpius se dit que son meilleur ami avait perdu la boule, en l'entendant produire un long sifflement étrange. Le robinet se mit à briller d'une lueur blanche en tournant sur lui-même. Un instant plus tard, le lavabo bascula et disparut, laissant apparaître l'entrée d'un gros tuyau suffisamment large pour permettre à un homme de s'y glisser.

— On n'y va? demanda Albus avec un sourire d'excitation.

— Ça ne coûte rien de vérifier…

Il lâcha la bretelle de son sac qui s'écrasa au sol et sortit sa baguette de sa poche. Albus disparut dans l'ouverture sous le regard amusé de Mimi dont la tête dépassait de la paroi d'une des cabines.

— Scorpius, dit Mimi d'une voix enjôleuse, si tu meurs…

— Oui, merci Mimi mais tu me le dit à chaque fois!

Le fantôme disparut en bougonnant et Scorpius se glissa à son tour dans le tunnel malodorant et se laissa tomber.

Il n'était descendu qu'une fois, avant celle-ci. La première remontait à leur troisième années d'étude à Poudlard lorsqu'Albus avait essayé de parler fourchelang au robinet. Celui-ci avait été si enchanté de réussir à ouvrir la chambre qu'ils n'avaient pas pu résister à la tentation d'y descendre pour découvrir, comme le père d'Albus avant lui, ce lieu si mystérieux.

Comme pour la première fois, Scorpius détesta la descente. Il avait l'impression de dévaler un toboggan sans fin, obscur et visqueux. Scorpius était secoué en tous sens par les sinuosités du tuyau qui le précipitait dans les profondeurs du château. Puis soudain, le tuyau redevint horizontal et Scorpius fut projeté sur le sol humide d'un tunnel aux parois de pierre, juste assez haut pour s'y tenir debout. Un peu plus loin, Albus se relevait, couvert de boue.

Lumos! murmura Albus et Scorpius l'imita.

Leurs baguettes magiques s'allumèrent et ils éclairèrent les parois couvertes de vases. Ils s'enfoncèrent dans le tunnel, pataugeant bruyamment dans les flaques d'eau au sol. L'air était froid en cette période de janvier et Scorpius se demanda soudain pourquoi ils n'avaient pas pris leur cape. Le tunnel était plongé dans l'obscurité que seules leurs baguettes pouvaient chasser. Mais cela n'avait pas d'importance car Albus connaissait le chemin par coeur. Il avait toujours eu une fascination étrange pour ce lieu.

Ils empruntèrent le premier embranchement et ne cessèrent de tourner par la suite. Scorpius suivait Albus qui avançait d'un pas sûr, la main serrée autour de sa baguette. Contrairement à son ami, Scorpius ne s'était jamais senti à l'aise dans ce tuyau humide, froid et sombre. Il n'aimait pas son ombre déformée par la lumière de sa baguette sur les parois visqueuses et il fut secoué par un horrible frisson en approchant l'entrée de la Chambre des Secrets.

Albus s'avança devant les deux serpents entrelacés gravés dans la pierre, aux pupilles serties de deux grosses émeraudes. Son ami produisit le même long sifflement que celui du lavabo et les deux serpents se séparèrent aussitôt. Les deux pans du murs de pierres noircies par le temps s'écartèrent aussitôt. Les deux élèves passèrent l'ouverture et débouchèrent à l'entrée d'une longue salle faiblement éclairée. D'immenses piliers de pierre, autour desquels s'enroulaient des serpents sculptés, soutenaient un plafond noyé dans l'obscurité et projetaient leurs ombres noires dans une atmosphère étrange et verdâtre. Scorpius trouva le décor désespérément Serpentard et soupira.

En levant bien haut sa baguette, Albus éclaira une grande superficie et ils virent qu'il n'y avait personne.

— J'étais caché derrière un des piliers, la dernière fois, près de l'entrée. Mais personne n'est venu.

Albus s'avança parmi les colonnes, chacun de ses pas répercuté en écho par les murailles obscures.

— C'est ici que devrait être le squellette du Basilic, pointa-il sa baguette, tout près de la statue, adossée au mur du fond et qui faisait toute la hauteur de la Chambre. Je me demande s'ils ne l'ont pas…

La fin de la phrase d'Albus se termina par un cri de surprise, suivi de près par un hurlement. Scorpius qui était occupé à balayer les recoins de sa baguette pour trouver un indice, se retourna vivement pour constater que son ami avait disparu.

— ALBUS! cria-t'il dans la salle qui répéta son appel en faible écho.

— Scorpius! Fais attention, s'exclama la voix d'Albus.

Scorpius qui s'était mis à courir dans la direction du hurlement, stoppa immédiatement. "Faire attention" pour Albus, supposait s'arrêter et prendre le temps de réfléchir. Il sonda le sol de pierres glissantes et pointa sa baguette dans sa direction.

Revelio!

Le sol devant lui se gonfla, gondola pour disparaître petit à petit dans un panache de fumée, comme un génie libéré de sa lampe. A la place des grandes dalles sombres, un trou béant se matérialisa sous ses pieds. Scorpius dût faire un pas en arrière pour ne pas tomber à son tour.

En se penchant, il découvrit Albus accroché à la terre creusée grossièrement, les lunettes de travers et le visage macculé de boue. Le trou était assez profond pour rompre le coup d'un imprudent et Albus avait eu le bon réflexe de se raccrocher aux parois bosselés du tunnel. Le garçon n'était pas très sportif et Scorpius pouvait déjà constater la sueur qui perlait sur son front sous l'effort.

— Ça va? demanda Scorpius.

— A ton avis? ironisa Albus dont la voix était essouflée. Tu peux me sortir de là, s'il te plaît.

Levicorpus!

Albus lâcha, avec soulagement, sa prise et son corps flotta dans les airs immédiatement, la tête en bas. D'un coup de baguette, Scorpius dirigea Albus, pendu par une corde invisible, vers la surface du trou et le déposa sans encombre à ses côtés. Albus tomba sur ses fesses après avoir retrouvé les pieds au sol. Il se releva en ajustant ses lunettes et en sondant le trou profond qui avait failli lui coûter la vie.

— J'ai perdu ma baguette dans ma chute, dit-il en soupirant.

Accio baguette d'Albus, dit aussitôt Scorpius.

Ils entendirent un léger sifflement dans le fond du tunnel obscur. Puis, la baguette du Serpentard fendit l'air jusqu'à son propriétaire qu'il l'attrapa au vol. Albus remercia son ami d'un bref hochement de tête.

— Ça y était ce truc, avant? demanda Scorpius en désignant l'énorme trou à leurs pieds.

— Non…

— Tu crois que Chase venait ici avec ses petits copains pour creuser un trou dans le sol? On est à des kilomètres de la surface du château. Qu'est-ce qu'ils pourraient trouver, encore plus bas?

— Aucune idée. Je pense que le mieux, c'est d'aller voir.

Les deux amis se dévisagèrent en souriant. Ils sautèrent tous les deux dans le trou en serrant leurs baguettes. La chute fut longue et obscure mais ils crièrent, d'une même voix, avant la fin fatidique:

Arresto momentum!

Ils ralentirent un peu avant la fin de leur chute, lorsque leur nez touchait presque le sol boueux et humide du fond. Ils atterrirent en toute sécurité, les pieds dans la gadoues et une horrible odeur de pourriture environnante. Scorpius grimaça en levant bien haut sa baguette. Il tomba nez à nez avec le squelette d'un énorme serpent qu'il comprit être la vieille dépouille du Basilic. Les ossements étaient fracassés et empilés dans un coin, le crâne du reptile fendue de tout son long.

— Eh ben voilà…, commenta Scorpius en éclairant le tas d'ossement. Il est là, ton Basilic.

— Il a dû tomber quand ils ont eu fini de creuser.

— Possible.

Ils éclairèrent le fond du gouffre et se postèrent devant l'entrée d'un tunnel, plus grand, plus large, plongé dans l'obscurité et d'où émanait toujours cette horrible odeur de pourri. D'aussi loin où ils pouvaient éclairer, ils ne voyaient personne. Tout était plongé dans un silence pesant, ponctué par l'écho de l'eau gouttant dans les flaques de boues.

— Il n'y a qu'un Gryffondor pour se fourrer dans ce piège à rat sans se poser de questions, lâcha Scorpius face à l'entrée du tunnel ténébreux.

— Tu veux faire demi-tour? s'étonna Albus.

— T'es fou!

Albus et Scorpius avancèrent lentement, leurs semelles s'enfonçant dans la terre boueuse, le plafond rugueux parsemé de petites rigoles d'eau, tout d'eux scrutant l'obscurité avec une certaine appréhension. Plus ils avançaient, plus l'odeur était forte et désagréable. Bientôt, ils durent se boucher le nez pour pouvoir continuer et même s'ils tendaient leur baguette vers l'avant, il ne percevait que les ténèbres.

— Ça pue, marmonna Scorpius qui masquait son nez avec son avant-bras.

— L'odeur ou la situation? s'amusa Albus.

— Les deux…

Albus eut un faible rictus. Ils marchèrent ainsi pendant encore une vingtaine de minutes, sans échanger un mot de plus, l'oreille tendue, à l'affût du moindre bruit insolite. Le tunnel continuait sans fin dans l'obscurité la plus totale. L'atmosphère était devenue de plus en plus lourde, l'odeur si intenable, la température si basse, qu'ils n'eurent plus le coeur à rire. L'excitation de la découverte laissa place à la peur et Scorpius comprit qu'il avait commis une erreur en descendant dans ce tunnel.

Soudain, dans le silence de mort que ponctuaient leurs pas, ils perçurent un bruit étrange.

— Qu'est-ce que c'est? s'exclama Albus, dont la voix trahissait un certain stress.

— Je ne sais pas. Ça vient de devant…

Il leva sa baguette éclairée, droit devant lui, dans les ténèbres opaques. Un nouveau grondement étrange se mit entendre et les deux Serpentards se turent aussitôt.

Lumos maxima! chuchota Albus en visant l'obscurité devant lui.

Scorpius se pétrifia sur place. A quelques mètres de lui se dressait un véritable mur d'araignées géantes dont les pinces cliquetaient avec avidité. Les yeux innombrables de leurs têtes noires et repoussantes brillaient d'une lueur gourmande. Scorpius comprit d'où venait l'odeur de putréfaction. Une énorme toile visqueuse tapisaient les paroies, près des énormes monstres et plusieurs cadavres d'animaux de la forêt étaient lovés dans des cocons blanchâtre.

La lumière avait attiré plusieurs araignées qui se détachaient de leurs consoeurs pour s'intéresser à ces nouvelles proies dodues. Scorpius déglutit en serrant sa baguette dans sa main, n'osant pas bouger. Ce fut Albus qui réagit le premier.

— COURS! hurla-t'il.

Scorpius ne se fit pas prier. Il n'attendit pas de voir les mandibules acérées de l'arachnide se serrer autour de son cou. Il fit volte-face, sans demander son reste, et suivit le conseil d'Albus qui avait déjà pris la fuite. Ils sprintèrent à toute vitesse dans le couloir boueux en glissant à moitié. Dans leur dos, ils percevaient les claquements furieux des monstres à huits pattes qui s'étaient mis en chasse.

Ils avaient marchés longtemps dans le tunnel et en courant, Scorpius eut bientôt les poumons en feu. Il regretta les dizaines de cigarettes fumées la veille tandis qu'il forçait ses jambes à le porter jusqu'à la carcasse du Basilic qu'ils apercevaient à quelques mètres.

Destructum! cria Albus dans son dos en visant le plafond du tunnel.

Il y eut un crac terrifiant et d'énormes morceaux des parois du tunnel s'écroulèrent dans une sorte d'avalanche de boue. Plusieurs araignées géantes se retrouvèrent ensevelies dans des couinements affreux. Scorpius et Albus ne durent plus seulement fuir les araignées survivantes mais l'éboulement du tunnel qui ne s'arrêtait plus. Ils stoppèrent, un cours instant, devant le mur du trou qui les séparaient encore de la surface. Deux énormes araignées progressaient à toute vitesse vers eux pour fuir une mort imminente, suite à la destruction de leur abri.

Elasticus! dirent en choeur Albus et Scorpius.

Scorpius sauta à temps sur le sol avant qu'une énorme patte poilue ne se plante là où il s'était trouvé il y avait quelques secondes. Le sort les propulsa vers le haut, fendant l'air comme la baguette d'Albus l'avait fait auparavant. Ils tombèrent lourdement sur le sol de la Chambre des Secrets qui se mit à trembler sous leurs pieds. Ils eurent à peine le temps de se relever qu'ils virent, horrifiés, les énormes pattes noires des araignées sortir du trou au milieu de la salle.

Les dalles se fendaient, d'énormes lézardes serpentant le sol de pierre. Scorpius comprit que tout était en train de s'écrouler et que s'ils ne se dépêchaient pas, ils allaient finir écrasé sous les décombres. Les araignées émergèrent de l'ouverture et se précipitèrent sur les deux élèves de Poudlard, seuls responsables de ce désastre. Scorpius et Albus reprirent leur course, hors d'haleine. Le sort d'Elasticus fonctionnait toujours et ils purent gagner quelques mètres d'avance sur les monstres géants. Ils sautèrent plusieurs brèches béantes qui s'ouvrirent sous leur pied. Les piliers s'écroulèrent au sol dans un fracas de tous les diables et la haute silhouette de la statue de Salazar Serpentard se fracassa au sol en tuant une des araignées au passage.

Ils arrivèrent près de l'entrée de la chambre et Scorpius tira la chemise d'Albus qui ralentissait de plus en plus. Il tira son ami en avant et sauta à son tour, entre les deux pans de pierres qui commencèrent à se rétracter lorsque les deux jeunes gens eurent passer. La dernière araignée, l'unique survivante arriva trop tard. Elle réussit, néanmoins, à passer une patte ou deux à travers la faible ouverture qui s'amenuisait de plus en plus. Scorpius échappa à sa prise de justesse en roulant sur le côté. Ils ne s'accordèrent le droit de se détendre que lorsqu'ils entendirent le bruit qui scellait la porte une bonne fois pour toute.

Scorpius s'effondra sur le sol boueux, sans se soucier de l'état lamentable de ses vêtements. Sa respiration était haletante, son coeur tambourinait dans sa poitrine et chacun de ses muscles semblaient irradié à l'intérieur de son corps. Il avait l'impression d'être en feu et la peur ne le quittait pas. Il tourna la tête vers Albus et constata qu'il était dans le même état. Pâle comme un linge, il scrutait les deux serpents aux émeraudes comme si le passage allait se rouvrir finalement pour en finir avec eux.

— Je vais tué Chase ! bafouilla Scorpius dont le torse montait, descendait à un rythme effréné. Des araignées géantes… On aurait pu crever, là!

— C'est pas passé loin…, gémit Albus en se tenant les côtes. J'ai un point de côté.

— Plains-toi! On aurait jamais dû y descendre. C'était une très mauvaise idée et ça ne nous a rien appris.

Scorpius se releva en premier et aida son ami à faire de même. Ils étaient tous les deux dans un état lamentable: couverts de boue jusque dans les cheveux, le pantalon déchirés et les lunettes d'Albus brisées. Scorpius soutint son meilleur ami en passant son bras par-dessus ses épaules et l'aida à marcher les derniers mètres vers la sortie. Même si l'endroit restait peu accueillant, les derniers virages dans les tunnels obscurs (sans araignés) avaient quelque chose de très réconfortant.

— Je pense que Chase venait ici pour creuser ce tunnel avec d'autres élèves de Poufsouffle, réfléchit Albus en boitant un peu. Ils devaient chercher quelque chose.

— Des araignées? proposa Scorpius en éclairant le chemin avec sa baguette.

— Non, je crois qu'ils ne s'attendaient pas à tomber sur les araignées. C'est peut-être pour ça qu'ils ont arrêté de creuser. Ils sont tombés sur les araignées et ils ont condamné le passage avec un sort. Complètement stupide, en réalité.

— Mais il cherchait quoi?

— J'en sais rien. Je me demande même pourquoi ils ont creusé spécialement dans la Chambre des Secrets. Ça n'a pas de sens… Ou alors ils chercheraient un objet en lien avec la Chambre? Ou peut-être un nouvel endroit?

Scorpius s'arrêta un moment. Albus leva ses yeux verts vers lui. Ses cheveux étaient défaits et il avait l'air d'un échappé d'Azkaban avec toute la saleté qu'il avait sur le visage. Scorpius avait le regard dans le lointain, les sourcils froncés. Les paroles d'Albus avait fait écho dans ses souvenirs et la voix casse-pied d'un petit diablotin résonnait dans ses oreilles.

— Je crois savoir qui pourrait nous renseigner…

Scorpius et Albus n'eurent aucun mal à trouver Hugo Weasley. Alors qu'ils remontaient dans les étages, en direction de la Salle sur Demande, encore crasseur de leur course-poursuite, ils tombèrent nez à nez sur Hugo. Alors qu'ils arrivaient enfin au septième étage, en montant quatre à quatre les escaliers interminables, ils tombèrent, haletant, sur Hugo, posté devant la tapisserie de Barnabas le Follet en train d'apprendre la danse classique à des trolls.

Lorsque Scorpius aperçut Hugo, il trouva son attitude étrange. Son expression avait quelque chose de fou comme s'il avait pris des drogues moldues. Il semblait fasciné par ce sorcier un peu déjanté qui faisait des arabesques en démonstration à une bande de trolls sous-doués. Scorpius arrêta Albus d'un signe de la main en désignant Hugo. Pourquoi restait-il bloqué sur cette tapisserie qu'il avait vu mille fois pour passer la Salle sur Demande? Rien n'était normal dans son attitude.

— Hugo? appela doucement Scorpius comme pour ne pas le brusquer.

Il fit un pas, un deuxième, prudemment. Hugo se retourna vivement en clignant plusieurs fois des yeux. Il fixa son regard sur le Serpentard et sembla, tout à coup, retrouver ses esprits.

— Ah! C'est toi! Qu'est-ce qui t'es arrivé? demanda-t'il en contemplant ses vêtements.

Scorpius et Albus étaient dans un état lamentable. Quand ils étaient remontés dans les toilettes de Mimi, ils avaient pu récupérer leurs capes et leurs sacs. Mais la chemise de Scorpius était déchirée et rendue noire de boue. Il avait perdu sa cravate dans sa course et ses genoux étaient écorchés. Albus n'était pas mieux. Ses cheveux s'étaient détachés et lui tombaient dans les yeux. Ses lunettes étaient cassées et son chandail bon pour la poubelle.

— C'est une longue histoire…, répondit Scorpius en ramenant ses cheveux en arrière.

— On a besoin de toi, cousin, dit encore Albus.

— Pour quoi? demanda Hugo méfiant.

— Tu te souviens quand tu m'as dit que le château était vivant et qu'il construisait des pièces secrètes encore aujourd'hui?

— Non, répondit Hugo.

Il haussa les épaules et tourna le dos à ses amis en s'éloignant dans le couloir. Scorpius ouvrit la bouche en se redressant, interloqué. Il se tourna vers Albus qui le dévisagea avec une expression de surprise.

— Non! Mais, attends! s'exclama Scorpius.

C'était la première fois qu'Hugo se montrait aussi froid envers lui. Albus et lui n'avaient jamais eu d'atomes crochus mais Scorpius pouvait se vanter d'être l'un de ses amis, un de seuls qui pouvaient le comprendre. Scorpius le poursuivi en deux, trois enjambées et le retint par l'épaule. Hugo poussa un cri et le repoussa violemment.

— Du calme! dit Scorpius. Je te demande juste un service.

— Je ne vois pas de quoi tu parles! s'exclama Hugo avec colère.

— Mec! C'est toi qui m'a parlé des sources magiques. Du château en constante extension et du scanner que tu voulais construire. On voulait juste te demander si tu n'avais pas capté des pics d'énergie magique dans des endroits spécifiques dans le château, ces derniers temps. C'est tout!

Hugo s'immobilisa en se tournant vers Scorpius qui le fixa, sans comprendre son attitude. Il vit le petit génie froncer les sourcils, ses traits se tirés comme s'il essayait de saisir quelque chose sans y arriver, malgré ses efforts. Il poussa soudain un hurlement de rage et se prit la tête entre ses mains.

— Ce n'est pas normal, murmura Hugo, le regard dans le vide.

Albus s'était approché à son tour.

— Qu'est-ce qui n'est pas normal, Hugo?

Son cousin le dévisagea, effrayé. Scorpius n'avait jamais vu le Serdaigle dans un tel état de nervosité. Cela l'effraya. Hugo les contourna et se posta devant l'entrée de la Salle sur Demande. Il semblait anéanti.

— Je ne sais plus comment on y entre…

— Dans ton labo, tu veux dire…?

— J'ai un labo? demanda Hugo, le regard dans le vide.

Scorpius et Albus se regardèrent. Son meilleur ami avait compris, cela se voyait sur son visage. Il rejoignit Hugo et lui posa une main sur l'épaule comme pour le consoler.

— C'est rien, Hugo. Ça va s'arranger… Scorpius, tu sais comment entrer dans le labo?

— Bien sûr.

Il passa trois fois devant la porte invisible de la Salle sur Demande en répétant le mot de passe que lui avait appris Hugo. Il espérait que le petit génie ne l'ait pas changer entretemps. Heureusement, une porte apparut à la fin de son troisième passage. Scorpius sourit à Hugo qui avait toujours cet air hagard désespérant. Il ouvrit la porte et les trois garçons découvrirent le précieux laboratoire d'Hugo, dans un chaos sans nom, comme si une tornade avait ravagé les lieux.

— On est où, ici? demanda Hugo en entrant dans son labo.

— Tu sais que tu commences à me faire flipper, lui dit Scorpius en enjambant les câbles sectionnés.

— Laisse tomber, lâcha Albus en sortant sa baguette. Il a été oublietté.

Scorpius l'imita en ne sachant pas trop ce dont il devait se méfier. Il n'y avait plus personne dans le laboratoire. Les consoles avaient été fracassées sur le sol, les câbles fondus, les cartons éventrés et toutes les inventions d'Hugo détruites. Des feuilles volantes traînaient un peu partout, piétinées sous l'assaut dévastateur du vandale.

— Qu'est-ce qui s'est passé? Qui a fait ça? demanda tout haut Scorpius en contemplant le désastre.

— Quelqu'un s'est servi d'Hugo, quelqu'un de confiance pour qu'il lui donne le mot de passe ou qu'il le fasse entrer. Tu ne saurais pas qui? demanda Albus à son ami.

— Aucun idée. Je croyais être le seul à avoir ce privilège.

— Très bien, soupira Albus en passant sa baguette au-dessus d'une pile de machines éventrées. Cette personne inconnue a obtenu ce qu'elle voulait. Elle a oublietté Hugo et détruit son labo pour ne laisser aucune trace de l'aide qu'aurait pu lui apporter Hugo.

Celui-ci déambulait dans son ancien laboratoire comme un fantôme. Il jetait des coups d'oeil un peu partout, sans reconnaître la moindre trace de son travail. C'était comme s'il pénétrait dans les lieux pour la première fois.

— Peut-être pour le scanner?

— Il y a des chances, dit Albus. Imagine, ils creusent dans la Chambre des Secrets, tombent sur des araignées. Ils pensent que tous leurs efforts ne servent à rien, qu'ils perdent trop de temps. Et là, ils tombent sur un petit génie qui a inventé un appareil capable de repérer les pics énergétiques de magie dans tout le château. C'est le meilleur moyen pour trouver ce qu'ils cherchent.

— Et ils cherchent quoi?

— Aucune idée, soupira Albus.

Le visage d'Hugo s'éclaira enfin lorsqu'il aperçut les consoles sur le sol. Il stoppa, un instant, au milieu de la pièce en retenant sa respiration. Tout à coup, il se précipita sur les écrans et les remis en place en époussetant les débris de verres sur son bureau.

— Non, non, non, non, non, non…, répéta-t'il en s'installant sur sa chaise de bureau dont le dossier penchait vers l'arrière.

— Tu te souviens? demanda Albus.

— Je sais juste que c'est important.

Il pianota sur son clavier et l'écran s'alluma soudain. Scorpius poussa un cri de joie et Hugo lâcha un soupir. Il continua à fouiller son système, les yeux rivés sur son unique écran survivant. Albus était un peu perdu avec tous ses appareils et le grésillement des machines qui souffraient tout de même de la mise à sac. Scorpius comprenait peu de choses sur ce qu'était en train de faire le petit génie. Il continua à marteler son clavier à toute vitesse jusqu'à ce qu'il abatte ses deux poings sur son bureau en poussant un cri de rage qui fit trembler sa console.

— Qu'est-ce qui se passe? demanda Albus.

— J'ai tout effacé…

— Comment ça? dit Scorpius en analysant l'écran comme s'il était capable d'interpréter la série de runes qui s'affichaient à l'écran.

— Tous mes travaux...envolés. Et c'est ma magie que je capte en résidu. C'est moi qui l'ai fait. Si ça compte, c'est moi qui ait détruit tout le labo.

— Ou on t'a forcé à le faire…, dit Albus.

Hugo se tapa encore le front contre son bureau en poussant un gémissement plaintif. Scorpius se laissa tomber sur un des vieux cartons défoncés qui traînaient dans la pièce. Il était épuisé. Entre la course aux araignées, l'escalade des septs étages et le laboratoire d'Hugo saccagé, il n'avait qu'une idée en tête: faire une bonne sieste.

— On fait quoi maintenant?

Albus s'assit sur une pile de livres. Il se frotta l'arête du nez sous ses lunettes. Il tenait toujours sa baguette, serrée dans sa main, et Scorpius pouvait voir ses doigts tremblés.

— J'en sais rien, lâcha-t'il d'une voix fatiguée. J'ai l'impression que nos adversaire ont deux trains d'avance sur nous et nous ne connaissons même pas leur identité. Enfin, plus ou moins…

— Et c'est quoi ton idée? Abandonner?

— J'en sais rien, répéta-t'il. Qui que ce soit, il est doué pour effacer ses traces.

— Pas si sûr…, dit soudain Hugo.

Il se leva de sa chaise cassée d'un bond et enjamba les débris pour se rendre dans le fond de la pièce en sortant sa longue baguette de sa robe. Il tapota trois fois sur une des pierres blanches du mur près de l'entrée et la porte d'un coffre-fort se matérialisa sous leurs yeux.

— Toujours faire une sauvegarde, juste au cas où, récita Hugo.

Il composa son code et abaissa la poignée métallisée. Hugo poussa un soupir de soulagement en constatant que le coffre était toujours plein. Scorpius se pencha pour admirer l'intérieur, s'attendant à voir des piles de gallions. Il n'y avait que des tas de feuilles et plusieurs carnet. Hugo fouilla un moment puis sortit un énorme parchemin qu'il déroula à leurs pieds. Ils reconnurent aussitôt l'écriture du petit génie ainsi que les esquisse d'un appareil étrange. Cela ressemblait énormément à la baguette d'un sourcier avec les deux extrémités reliés par un câble de cuivre. Le tout était relié à un boîtier enchanté qui retraçait les plans du château.

— Il n'y a pas de doute, dit Albus en détaillant le parchemin. Ce sont les plans de ton fameux scanner.

— Je me rappelle même pas les avoir faits…

Il contempla sa signature en bas du dessin et fronça les sourcils, tendu.

— Donc, si je comprends bien, tu as fabriqué cette machine et elle est aux mains de...de ceux qui ont détruit ton labo. Génial…, lâcha Scorpius.

— Tu saurais le refaire? demanda Albus.

— Je pense oui… Les plans sont assez clairs. Mais ça me prendra plusieurs mois. Il faut que je répare le labo et que je me procure les pièces.

— Des mois? s'exclama Scorpius. Laisse tomber. Si ça compte, ils ont déjà trouvé ce qu'ils cherchaient.

— Il y a peut-être un moyen de le savoir, dit tout à coup Albus perdu dans ses pensées.

Scorpius se tourna vers lui en fouillant ses poches à la recherche d'une cigarette. Il n'extirpa que des poignées de boues.

— Tu penses à quoi?

— Ils ont eu besoin de Hugo pour faire marcher l'appareil. Imagine qu'il ait vu quelque chose de ce qu'ils cherchaient… juste avant de le faire oubliétter.

— On pourrait tester la légilimancie pour récupérer ces souvenirs…, pensa Scorpius tout haut.

Ils regardèrent, en même temps, Hugo, toujours penché sur ses plans en essayant désespérément de se souvenir. Il releva la tête en entendant son nom.

— Vous voulez faire quoi?

— La légilimancie...ça pourrait marcher, répondit Albus.

— Ça fait pas super mal?

— T'as pas envie de savoir qui t'a fait ça? demanda Scorpius avec un sourire.

Hugo serra les poings. La colère se lisait sur son visage. Il se sentait trahi et utilisé. Il contempla encore ses plans dont il ignorait tout, son cousin qui conservait les bras croisés sur son chandail couvert de poussières et Scorpius, une lueur de défi dans le regard. Après tout, il ne risquait rien, il avait déjà tout perdu.

— D'accord, dit-il d'une voix un peu tremblante tout de même.

— Scorpius, tu es le meilleur dans ce domaine. Vas-y…

Scorpius acquiesça. Tandis que Hugo prenait place sur sa chaise à moitié cassée, près de ses consoles aux écrans fissurés, Scorpius sortit sa baguette qu'il tendit vers le jeune garçon roux. Scorpius s'avança vers lui en s'arrêtant à une distance respectable en cas de réflexe malencontreux. Malgré la confiance d'Albus, il n'était pas très à l'aise avec ce sortilège. Tous les deux s'étaient amusés à faire de nombreux tests, l'un sur l'autre et il s'était avéré que Scorpius avait plus de facilités à pénétrer l'esprit brillant d'Albus en revivant certains de ses souvenirs comme s'il les voyait dans sa tasse-pensine. Sauf que cette fois-ci, il s'agissait du gros cerveau d'Hugo, malmené peu de temps avant par un cuisant sortilège d'Oubliette. Il était quasi certain qu'il allait se défendre.

— Hugo, essaie de te détendre le plus possible. Je vais essayer d'entrer dans ton esprit. Tu vas ressentir ça comme une intrusion. Essaie de réagir le moins possible. Il faut aussi que tu te concentres le plus possible sur les trous dans ta mémoire, comme si tu essayais de te souvenir. Avec un peu de chance, j'arriverais à capter certaine image.

— C'est si simple ce que tu me demandes, ironisa Hugo en fermant les yeux.

— J'y vais, le prévint Scorpius. Attention… Legilimens!

Scorpius ressentit la même torpeur habituel envahir son esprit. Tout se passait comme lorsqu'il avait tenté l'expérience avec Albus, quelques années plus tôt. Le décor se mit à flotter autour de lui puis tout devint noir. Des images se succédèrent dans son esprit, comme un film si réaliste qu'il occultait tout le reste. Mais ces images allaient beaucoup trop vite et il avait du mal à en capter le sens. Il se concentra sur une image qu'il réussit à capter en essayant d'en ralentir le cours. Contrairement au flux d'images, ses mouvements étaient incroyablement lents, comme s'il avait replongé dans la boue du tunnel sous la Chambre des Secrets. Dans un effort surhumain, il se saisit d'une des images, puis une deuxième, une troisième. Tout allait si vite. Il entrait dans une scène puis débouchait dans une autre. Il n'avait que quelques secondes pour les comprendre.

Hugo sur un balai...Le vif d'or...Hugo dans son labo en train de somnoler...Sa mère le mettant au lit en le bordant... Molly qui lui tendait une part de gâteau en lui demandant de ne rien dire aux autres...Hugo qui recevait un livre d'ingénierie moldue par son grand-père...Hugo en cours en train de rêvasser sur la fille en face de lui, elle était belle, elle était à Gryffondor... Un...Un…

Les souvenirs devenaient étranges. Un filtre opaque en grignotait les bords. Scorpius luttait de toute ses forces pour empêcher le sortilège de les noircir complètement.

Un...un...un...homme! C'est un homme, grand...de dos...ou le visage flou.

L'image se noircit de plus en plus. Scorpius changea de souvenir en espérant ralentir le processus.

Hugo dans la forêt interdite. Il marchait avec quelqu'un et il tenait le curieux appareil qu'ils avaient découvert sur ses plans cachés. L'esprit d'Hugo était confus. Scorpius se sentit encore plus grogui, comme si on l'avait drogué à haute dose. Il avait de plus en plus de mal à se maintenir dans l'esprit du petit génie mais il se rendit bien vite compte que cette torpeur était celle de son souvenir.

L'image suivante le ramena brusquement à la réalité. Le laboratoire ravagé d'Hugo était réapparu et Scorpius s'aperçut qu'il était tombé par terre. Il leva les yeux vers Hugo qui avait baissé la tête, en sueur. Albus aida son ami à se relever.

— Ça va? s'inquiéta-t'il.

— Moi, oui. Hugo, tu vas bien?

Le garçon roux leva son pouce pour signifier qu'il allait bien mais sa respiration restait haletante et son teint verdâtre.

— C'était horrible…, gémit-il. J'ai envie de vomir et ma tête va exploser.

— C'est normal, le rassura Albus. Alors? qu'est-ce que tu as vu?

Scorpius s'était relevé et rangeait sa baguette dans sa poche. Ses doigts tremblaient et il avait une envie irrésistible de s'allumer une cigarette.

— C'était un homme. Je n'ai pas vu sa tête, ajouta-t'il en voyant l'expression d'espoir que lui lança Albus. Je pense que Hugo a subi le sortilège de l'Imperium avait d'être oublietté. Je me suis senti bizarre dans sa tête et j'ai vu…

Il se tut en baissant la tête. Albus et Hugo avaient les yeux rivés sur lui.

— Tu as vu quoi? s'impatienta Hugo qui avait toujours le teint verdâtre.

— Je t'ai vu dans la forêt avec ton fameux scanner-là… Et j'ai vu une main ramasser une pierre.

— Quoi? s'exclama le petit génie sans comprendre.

— Putain…, lâcha Albus qui sortait sa première vulgarité depuis qu'ils se connaissaient.

Il shoota dans un carton vide et Hugo se raidit sur sa chaise. Albus sortait rarement de ses gongs, même avec sa famille. Il y avait de quoi être surpris. Albus s'écroula sur une pile de livres en se prenant la tête entre les mains.

— Attendez, réagit tout à coup Hugo. Oncle Harry a parlé d'une pierre à l'infirmerie. Ce serait pas...

— La pierre de résurrection…, l'interrompit Scorpius dont le visage était devenu livide. Le voleur a récupéré deux des trois reliques de la mort.