YOOOOOOO mes chers lecteurs(trices),
Je profite de ce confinement imposé à tout le monde pour vous adresser un petit message.
Déjà un grand merci à tous ceux qui me suivent. Je suis assez invisible dans mes publications mais je vois que vous êtes de plus en plus nombreux et ça me fait grave plaisir.
Vu la situation, je ne vais plus publier qu'une fois par semaine mais deux fois. Les chapitres seront à présent uploader le dimanche (ça, ça change pas) et le mercredi.
Je vous envois plein d'amour et de courage pour les semaines difficiles qui nous attendent.
Prenez soin de vous et de vos proches.
Et n'oubliez pas, restez chez vous à lire des fanfics (on a enfin le temps!).
Pleins de bisous!
22
QUESTIONS ET DOUTES
Heureusement, Scorpius Malefoy avait une excellente mémoire. Il se souvint, sans trop de difficulté, le mot de passe qu'avait lancé le professeur Flitwick pour ouvrir la gargouille du bureau de la directrice.
Après leur découverte qui n'annonçait rien de bon, Albus et Scorpius décidèrent de traîner Hugo chez Mcgonagall pour tout lui raconter et la prévenir que le fameux voleur de la baguette de Sureau avait réussi à s'emparer de la deuxième relique de la mort. Lorsqu'ils toquèrent, avec une certaine appréhension, ils furent heureux d'entendre la voix sévère de leur directrice.
Celle-ci était assise à son bureau et s'étonna de voir entrer trois de ses élèves, sans invitation au préalable, et dans un état toujours aussi lamentable. Scorpius et Albus ne s'étaient pas changé et Hugo avait encore un peu la nausée après sa séance de légilimancie.
— Que faites-vous là, Malefoy, Potter, Weasley? demanda-t'elle en reposant le parchemin qu'elle tenait en main.
Albus dépassa Scorpius et Hugo pour s'approcher, en premier, de l'imposant bureau du professeur Mcgonagall. Il semblait plus sûr de lui que les deux autres et Scorpius pensa qu'il serait plus judicieux de le laisser parler. Il avait toujours autant besoin d'une cigarette pour calmer les tremblements de ses mains qui n'avaient plus cessé depuis sa rencontre avec les araignées géantes. Cette journée était interminable…
— Professeur, commença Albus d'une voix forte. Nous avons découvert plusieurs faits inquiétant, en lien avec le vol récent de la baguette du professeur Dumbledore.
— Grand Dieu! s'exclama le professeur McGonagall. Mais que diable vous est-il arrivé?
Elle toisa la tenue débraillée du jeune Potter qui haussa les épaules.
— C'est très important, professeur. Nous pensons que quelqu'un s'est emparé de la deuxième relique, la pierre de résurrection.
Une fois cette phrase prononcée, ils eurent toute l'attention du professeur McGonagall ainsi que de tous les portraits suspendus aux lèvres d'Albus. Pendant qu'il se lançait dans le récit détaillé de leurs aventures de cette journée, Scorpius s'écroula (sans la permission de sa directrice) dans l'un de ses fauteuils aux motifs écossais. Hugo ne tarda pas à l'imiter pendant qu'Albus faisait les cents pas en parlant du passage avec les araignées. Il parla de l'attitude curieuse d'Hugo ainsi que de son laboratoire mis à sac dans la Salle sur Demande. Scorpius remarqua que la vieille McGo haussa un sourcil en entendant qu'Hugo avait un laboratoire secret et le roux se mit à pâlir un peu plus. Albus n'y prêta pas attention. Il parla de la session de légilimancie et exposa en long, en large et en travers toutes ses théories sur les possibles raisons et objectifs des voleurs. En conclusion, il fut bien obligé de prononcer le nom de Chase, sur qui se posait tous ses soupçons.
— Très bien, dit le professeur McGonagall, d'une voix égale. Avant de m'attarder sur plusieurs infractions au règlement que vous venez de m'exposer, Potter. Je vous signale que l'accusation que vous venez de proférer est très grave… Avez-vous des preuves?
— Des preuves? répéta Albus, choqué. Je vous ai parlé des araignées, du laboratoire...du...des souvenirs d'Hugo… Qu'est-ce qu'il vous faut de plus?
Plusieurs tableaux s'offusquèrent du ton impertinent qu'avait pris Albus face à sa directrice. Scorpius jeta un oeil à celui de Dumbledore, il n'était plus dans son portrait.
— Vous avez vu Chase creuser ce...tunnel dans la Chambre des Secrets? demanda le professeur McGonagall.
— Non, admit Albus.
— L'avez-vous vu sortir ou entrer dans la Chambre?
— Mimi l'a vu, intervint Scorpius.
— Avez-vous vu quelqu'un entrer dans le...laboratoire de Mr Weasley?
— Non…, se désespéra Albus.
— Vous pensez que j'ai détruit mon labo pour le plaisir? demanda Hugo avec une pointe d'humour dans la voix.
— Avec vous, Mr Weasley, il faut s'attendre à tout! répliqua le professeur McGonagall d'un ton cassant.
Hugo haussa les épaules. Scorpius n'aimait pas la tournure que prenait l'entretien. Albus non plus, visiblement, il était à deux doigts d'exploser de colère.
— Vous ne comprenez pas, dit-il encore, perdant patience. Il a deux reliques! Encore une et…
— Vous vous méprenez, Potter, le coupa le professeur McGonagall de plus en plus froide. J'ai bien conscience des risques et des enjeux d'un tel vol. Je vous remercie de m'avoir raconté tout cela en faisant irruption dans mon bureau mais nous ne pouvons accuser Wilson simplement sur les allégations d'un fantôme émotionnellement perturbé, d'une attaque d'araignées dans une salle vieille de plusieurs siècles et de souvenirs déficients. Sans vouloir vous offenser, Weasley.
— Y a pas de mal! répondit Hugo.
— Mais…
— Par surcroît, poursuivit le professeur McGonagall d'un ton affreusement catégorique, Mr Wilson n'a pas les compétences pour défaire les mesures de sécurité très rigoureuses que nous avons posés sur la tombe du professeur Dumbledore. Je ne pense pas qu'un élève de septième année puisse réussir ce coup de maître, surtout Mr Wilson…
McGonagall marqua une pause éloquente. Comme directrice qui se respecte, elle connaissait chacun des élèves de son école et savait pertinemment que Chase, au-delà de ses compétences de quidditch, avait les capacités magiques proches de celles d'un troll.
— J'en ai bien conscience, dit Albus qui ne lâchait pas l'affaire. Mais c'est peut-être quelqu'un de plus puissants qui tire les ficelles… Je ne sais pas!
— Justement, vous ne savez pas, Potter. Et je préfère que vous laissiez les adultes s'occuper de l'affaire avant que vous ne réussissiez à vous faire tuer, tous les trois…
Elle leur ouvrit la porte du bureau en les invitant à se diriger vers la sortie.
— Soyez sûr que si la pierre a été volée, elle aussi, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter ce voleur. En attendant, cette histoire ne vous concerne pas!
Scorpius se dit qu'avec tout ce qu'il avait risqué avec les araignées géantes et l'attaque près de la tombe de Dumbledore, il avait mérité le droit d'être un peu au courant de ce qu'il se passait. Il devait bien admettre que la directrice avait démoli leur argumentaire en deux cuillères à pot mais Albus avait tout de même raison. Quelque chose de grave se passait à Poudlard et personne ne semblait s'en soucier, mis à part eux.
Hugo et lui se levèrent sans un mot en se dirigeant vers la sortie. Albus fut bien obligé de les suivre.
— Pas vous, Mr Weasley, dit le professeur McGonagall en lui faisant signe de se rasseoir. Nous allons avoir une petite discussion sur votre fameux "laboratoire".
— Génial…, lâcha Hugo en fusillant Albus du regard.
Les deux Serpentard n'eurent d'autre choix que de sortir en file indienne sans ajouter un mot. Scorpius lança un dernier regard désolé à Hugo tandis que le professeur McGonagall refermait la porte derrière eux.
— Bon…, dit Scorpius dans le dos d'Albus. On aura au moins essayé…
Albus ne disait rien. Ils descendirent par l'escalier en colimaçon de la Gargouille et Scorpius essaya de rattraper Albus qui marchait, à grandes enjambées furieuses, dans le couloir.
— Laisse tomber! lui dit Scorpius. Elle a raison. On est des élèves. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de plus?
— Tu crois que mon père se disait pareil à Poudlard. "Tant pis!"
— Ton père était harcelé par un mage noir... , fit remarqué Scorpius à mi-voix.
— Je sens qu'il se passe un truc grave. Je veux savoir quoi.
Ils descendirent les étages et arrivèrent devant le tableau de la salle commune des Serpentard. Albus manqua de faire tomber des petits de première en crachant le mot de passe et en traversant le groupe d'élèves amassés devant le feu de cheminée. Scorpius s'excusa à sa place en relevant une jeune Serpentard qui avait déjà les larmes aux yeux. Albus jeta son sac au pied d'une table d'étude en chassant les quelques élèves en train de jouer à une partie d'échec. Il sortit un rouleau de parchemin et une plume et se mit à écrire furieusement.
— Qu'est-ce que tu fais? demanda Scorpius en s'asseyant en face de lui.
— J'écris!
Sa chatte Daisy sauta sur les genoux de son maître en ronronnant. Il la chassa d'un geste rapide et sec et l'animal poussa un feulement outré avant de se rabattre sur Scorpius.
— Je vois bien que tu écris…, dit-il en grattant l'oreille du chat qui se mit à pétrir ses cuisses.
— J'écris à mon père… Je vais tout lui raconter. La braillantine, la conversation dans le train, la Chambre des secrets, les araignées, Hugo et la pierre.
— Tu es sûr de vouloir faire ça? demanda Scorpius en fronçant ses sourcils. Tu as entendu, McGo… On n'a pas vraiment de preuves.
Il haussa les épaules et signa sa lettre avec un grand geste rageur.
— S'il y a bien quelqu'un pour comprendre, c'est lui. Avec un peu de chance, il nous croira et nous aidera.
Tout en caressant le chat d'Albus, Scorpius ne put s'empêcher d'avoir de sérieux doutes. Mais devant l'expression enragée et épuisée de son meilleur ami, il décida, pour une fois, de garder son avis pour lui.
OoO
Rose sortit de l'infirmerie en milieu de semaine. Après les bons soins de Madame Pomfresh, elle était totalement remise de ses blessures et ne garderait qu'une pâle cicatrice sur son flanc. Elle quitta son lit tôt le matin en prétextant de pas vouloir rater le début des cours. En réalité, elle n'avait qu'une idée en tête, rejoindre Scorpius qu'elle n'avait plus vu depuis leur attaque dans le parc de l'école. Elle espérait le retrouver dans leur salle commune avant qu'il ne soit parti à son premier cours.
Elle avait été quelque peu déçue de ne pas le voir débouler dans l'infirmerie lorsqu'il eut fini leurs entretiens avec leurs professeurs et parents. Une fois sa famille partie, elle avait guetter l'arrivée du beau blond pour qu'il vienne la border lui-même. Malheureusement pour Rose, Scorpius n'était jamais venu et elle dût ronger son frein jusqu'à ce que Madame Pomfresh décide de la libérer. Rose avait essayé de calmer les angoisses que suscitaient l'absence du Serpentard. Il fallait dire qu'ils s'étaient quittés plutôt en mauvais termes avant l'attaque du voleur de baguette. Elle se rappelait de chaque mot que lui avait balancé Scorpius sur son prétendu plaisir dans les bras de Chase. Elle se souvenait lui avoir jeté un sort et avoir couru hors du château pour retrouver Raymar pour trouver un peu de réconfort dans son pelage doux et chaud. Mais malgré leur dispute, Scorpius était revenu à elle. Il l'avait rejointe et il lui avait demandé...si elle l'aimait…
Elle se sentait un peu honteuse de se l'avouer mais le vol de la baguette du professeur Dumbledore était tombé à pic. Elle n'avait pas eu le temps de formuler une réponse qui ne serait sans doute jamais arrivée. Rose avait beau se creuser la tête, elle n'était pas sûre de ce qu'elle ressentait pour le Serpentard. Elle aimait sa compagnie, ses caresses, tout l'amour qu'il éprouvait chaque jour, pour elle. Hélas, les fameux mots qu'il brûlait d'entendre, n'arrivait pas à sortir de sa bouche. Rose était incapable de répondre verbalement à ses sentiments. Et durant tout son séjour à l'infirmerie, seule, elle eut peur que cet obstacle n'ait décidé Scorpius à fuir sa présence.
Rose courut presque les derniers mètres qui la séparait de la gargouille de sa salle commune. Elle balança le mot de passe à la statue qui ouvrit le passage. Rose s'engouffra dans l'entrée et surgit dans le salon en constatant à quel point il était désert. Enfin, pas tout à fait, la préfète de Serdaigle, Rita, rangeait plusieurs livres dans son sac, bientôt prête pour son premier cours.
— Où sont les autres? demanda Rose qui reprenait son souffle.
— Si tu parles de ton petit-ami, répondit la fille à lunettes, il est parti sur le terrain de quidditch pour s'entraîner pour son prochain match.
— Ah! Très bien…
En comprenant que Rita parlait de Chase, Rose se rendit soudain compte que lui non plus n'était pas venu lui rendre visite à l'infirmerie. Loin de la désoler, elle se soulagea de n'avoir pas dû supporter sa présence alors que chacun de ses muscles souffraient le martyre. Au moins, elle était sûre d'une chose, elle ne ressentait plus rien du tout pour cet empaffé de Chase Wilson. Rose entra dans sa chambre en espérant y voir Scorpius, assis sur le lit, l'attendant avec un de ses petits sourires coquins. La pièce était vide.
Déçue, elle rassembla ses affaires et mit son sac sur son épaule. En sortant de sa chambre, elle zieuta vers l'étage des garçons en imaginant la porte noire de Scorpius s'ouvrir tout à coup pour descendre la rejoigne. Alors qu'elle traversait le salon, personne ne descendit dans l'escalier en colimaçon et Rose suivit, à regret, Rita à travers l'ouverture de la gargouille.
Les deux jeunes femmes se séparèrent au détour d'un couloir. Rose prit le chemin familier qui menait aux cachots avec un peu d'empressement. Si Scorpius n'était pas dans la salle commune, il devait déjà être devant la porte du professeur Parkinson. Elle avait un cours commun de potion avec les Serpentard à cette heure. A son arrivée dans le couloir, elle vit une douzaine d'élèves aux visages connus mais pas celui de Scorpius. Rose s'approcha plus près de la porte en espérant croiser le regard bleu du Serpentard mais elle ne le vit pas. A la place, elle croisa Gwen qui la salua d'un bref signe de tête. Rose ne put s'empêcher de se sentir incroyablement seule.
Alors qu'elle attendait encore, la porte du cachot s'ouvrit enfin et la silhouette filiforme de Parkinson sortit dans le couloir. Ils entrèrent dans la salle en file indienne et Rose se tordit le cou pour quêter la venue de Scorpius, toujours désespérément absent.
Rose s'assit à sa table habituelle. Elle garda deux places pour les retardataires car Albus manquait aussi à l'appel.
— Bien, commença Parkinson qui agita sa baguette vers le tableau noir, sortez vos balances et vos nécessaires à potions, sans oublier votre exemplaire du Manuel avancé de préparation des…
La porte s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître Scorpius et Albus, échevelé et hors d'haleine. Ils reprirent rapidement leur souffle sans se soucier de tous les regards braqués sur eux. Albus se reposait sur l'épaule de Scorpius, visiblement moins habitué à l'exercice physique. Le coeur de Rose bondit dans sa poitrine lorsqu'elle reconnut son Serpentard préféré. Elle essaya de se calmer en se concentrant sur les instructions qui apparaissaient au tableau. Le professeur Parkinson se leva de son bureau pour se tourner vers ses deux élèves, une lueur menaçante dans le regard. Elle ouvrit la bouche mais Scorpius fut plus rapide.
— Désolé, Madame… On s'est perdu; mentit-il avec aplomb.
Plusieurs élèves dans la salle pouffèrent de rire dans le dos du professeur Parkinson. Celle-ci les fit taire d'un regard avant de détailler ses élèves en pinçant les lèvres.
— Dix points en moins pour Serpentard, dit-elle d'une voix dure. A vos place!
Rose s'étonna du ton qu'avait employé leur directrice de Maison. Elle avait assisté, pendant des mois, à des compliments mièvres à leur égard de la part du professeur de potion. Ce brusque changement d'attitude était curieux. Le professeur Parkinson n'avait plus la même sollicitude envers ses deux petits chouchous et Rose en ignorait la raison. Scorpius lui sourit, de l'un de ses sourires impertinents qui avaient le don de mettre en rogne son destinataire. Ils cherchèrent une place et Albus tira Scorpius vers la table de Rose qui leur adressa un sourire réjoui. Elle sentit ses entrailles se glacer lorsqu'elle remarqua que Scorpius détourna le regard en la voyant.
— Aujourd'hui, poursuivit Parkinson en s'adressant à toute la classe, nous allons aborder la confection d'une des potions les plus difficiles à concocter mais indispensable pour espérer passer vos Aspics. Je veux parler du veritaserum. Quelqu'un pour me dire à quoi sert cette potion?
Pour une fois, Albus ne leva pas la main. Il était bien trop occupé à feuilleter un livre qui n'avait rien à voir avec le manuel de potions utilisés pour le cours. Scorpius, assis en face d'elle, avait les bras croisés et semblait être très intéressé par ses chaussures. Rose leva la main.
— Miss Weasley? Auriez-vous enfin une bonne réponse? dit Parkinson avec un sourire mauvais.
— C'est une potion incolore et sans odeur qui oblige celui qui la boit à dire la vérité, récita Rose en se rappelant le chapitre sur le sujet dans son manuel.
Parkinson pinça les lèvres. Elle tourna le dos à la jeune Gryffondor et se tourna vers les autres élèves.
— Ouvrez votre manuel à la page 56. Vous avez un peu plus d'une heure devant vous, pour réaliser la première étape de la potion de Veritaserum. Allez-y!
On entendit le raclement des chaudrons que les élèves tiraient vers eux et de grands bruits métalliques lorsqu'ils commencèrent à entasser les poids dans les plateaux de leurs balances. Rose s'activait consciencieusement, comme à son habitude tout en jetant des coups d'oeil à Scorpius pour saisir l'occasion de lui parler. Mais ni lui, ni Albus ne prononça le moindre mot. Rose vit Scorpius feuilleter son Manuel avancé de préparation des potions, en gardant son regard rivé sur les pages qui défilaient devant ses yeux.
Elle attendit que Scorpius se décide enfin à se rendre à la réserve pour prendre les ingrédients spéciaux dont ils avaient besoin. Rose le suivit après avoir fait semblant de régler une dernière fois sa balance et se colla à lui, dans son dos en se penchant tout près de son visage pour se saisir d'une plume de phénix. Ils étaient si près que s'il tournait la tête vers elle, il aurait pu l'embrasser. Mais malgré leur rapprochement calculé, Scorpius restait concentré droit devant lui, attrapant le plus vite possible ce dont il avait besoin. Rose le sentit, tout de même se raidir, lorsqu'elle lui souffla doucement dans la nuque. Elle crut la partie gagnée jusqu'à ce que le Serpentard se dégage d'un mouvement brusque et ne revienne à sa table en évitant toujours soigneusement de la regarder dans les yeux.
Le comportement de Scorpius commençait à l'agacer. Elle rapporta sa poudre de pieuvre qu'elle soupesa dans sa balance déjà réglée au préalable. Scorpius coupait le plus vite possible ses racines de mandragore. Après avoir haché ses propres racines, Rose se pencha sur son livre en espérant attirer l'attention du Serpentard assis à face d'elle. Elle avança sa poitrine et leva les yeux sur Scorpius qui restait résolument concentré sur les lignes de son manuel.
— Je peux t'emprunter ton mortier? lui demanda-t'elle tout à coup en guettant une réaction.
Il acquiesça d'un air impatient, sans quitter des yeux sa potion qui laissait échapper, à présent, des panaches de fumée argentés. Il ne l'avait toujours pas regardé et la colère commença à palper dans les veines de la jeune femme.
Elle n'avait pas remarqué qu'elle était observé, à la dérobée, Albus qui avait pris une avance considérable sur ses condisciples et dont la potion frémissait déjà dans une jolie couleur dorée. Il contemplait alternativement Rose et Scorpius en essayant, tant bien que mal, de cacher son air amusé.
Rose se délaissa de sa potion qui s'était mis à produire de petites bulles rosâtre, effet totalement indésirable à ce stade de la préparation. Elle n'arrivait pas à se concentrer car toutes ses pensées étaient tournées vers Scorpius qui continuait à l'ignorer. Attendant que Parkinson ait fini de grimacer au-dessus de son chaudron et qu'elle se décide enfin à persécuter une autre table, Rose se débarrassa de l'une de ses chaussures, sous sa table et chercha à tâton la jambe de Scorpius.
Lorsqu'elle caressa son mollet, elle le vit se crisper à travers l'épaisse vapeur qui sortait de son chaudron. Il lui lança un coup d'oeil pour se détourner aussitôt en reculant le plus possible ses jambes. Il l'avait un peu regarder! Rose n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Elle touilla une fois dans sa potion puis s'écrasa un peu plus sur sa chaise en effleurant encore son mollet. Cette fois-ci, il ne réagit pas ou du moins réussit-il à ne montrer aucune réaction. Rose s'enhardit et remonta le long de sa jambe en caressant le haut de son genoux pour s'approcher dangereusement de…
La poigne ferme de Scorpius lui agrippa la cheville. Elle poussa un faible cri et dévisagea le Serpentard. Celui-ci la fixait à présent, droit dans les yeux. Loin de l'affection dont elle avait été habitué ces dernières semaines, elle ne vit dans son regard bleu une dureté qu'elle ne lui avait encore jamais vu. Il rejeta son pied en arrière et Rose manqua de tomber de sa chaise.
— Arrête ça! lui dit-il à mi-voix.
Il avait beau essayé de murmurer, Rose avait saisi toute la sécheresse de son ton. Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais, une fois de plus, il détourna le regard pour se concentrer sur son chaudron.
— Le temps est écoulé, annonça Parkinson. Couvrez vos chaudrons et posez les sur les braises de dragon dans le fond de la salle.
Tous les élèves s'exécutèrent et Rose observa le magma noirâtre au fond de son chaudron avant de le couvrir. Elle était sûre de récolter une mauvaise note. Elle s'en fichait pour l'instant. Une seule chose l'obsédait, la froideur de Scorpius à son encombre. Alors qu'elle posait sa potion bâclée sur les braises qui ne s'éteignaient jamais, Rose vit Scorpius rassemblé précipitamment ses affaires et se diriger vers la porte du cachot. Rose se dépêcha de fourrer son manuel dans son sac en pressant Albus de ranger la table, tout seul. Celui-ci soupira et n'eut pas le temps de se plaindre car sa cousine franchissait déjà la porte en poursuivant Scorpius dans les couloirs.
Celui-ci marchait vite, les épaules voûtées, les mains dans les poches, sa cape noires traînant négligemment au sol. Rose tourna un couloir et fut heureuse de le voir seul, sans aucun élève pour les déranger.
— Alors, Malefoy? On m'ignore? s'écria-t'elle dans le couloir du cachot.
Ses paroles résonnèrent dans le corridor aux pierres verdâtres. Quelques armures défraîchies se tournèrent vers la jeune femme. Leur casque leur donnait un curieux visage, presque difforme. Scorpius s'arrêta dans le couloir sans toutefois se retourner. Rose dut parcourir les quelques mètres qui les séparaient et se poster devant lui pour qu'il daigne la regarder dans les yeux. Il avait ce même air fermé, sévère qu'elle n'arrivait pas à comprendre.
— Pourquoi tu fais ça? demanda-t'elle en essayant de le prendre dans ses bras.
Il la rejeta, en douceur mais Rose se sentit profondément trahie par sa rebutade.
— Je ne peux plus, Rose…, soupira-t'il.
— Quoi? demanda Rose sans comprendre.
— Nous deux, la situation… Je ne suis pas sûr de vouloir continuer.
Rose fit un pas en arrière en ne pouvant détacher ses yeux de lui. Après toutes les déclarations qu'il lui avait déclamé en cachette, après tout le temps passé ensemble… Comment osait-il? Pourquoi…
Rose avait envie de pleurer. Elle sentait la souffrance monter, la douleur des mots que venaient de prononcer Scorpius. C'était comme une gifle pour elle et elle voulait sentir les larmes lui brûler les yeux, lui prouver que tout cela l'atteignait, qu'elle avait tout de même peur de le perdre. Mais rien… Pas la moindre petite larme. Scorpius soupira.
— Je comprends que tu ne sois pas sûre de ce que tu ressens pour moi. Les choses ont été plutôt compliqué entre nous et tout est arrivé très vite.
Rose entendait chaque phrase, captait chaque son mais elle éprouvait le désir de le faire taire. Elle ne voulait plus entendre le moindre mot qui sortirait de sa bouche. Elle reculait toujours en fixant le visage à l'expression désespérément déterminé de Scorpius.
— Je n'aime pas la personne que je deviens, tu comprends? Je deviens violent, jaloux… Ce n'est pas moi, ça! Et puis avec tout ce qui se passe à Poudlard… C'est beaucoup plus grave que ce qu'on croyait. Je pense qu'on devrait arrêter de perdre notre temps ensemble… Tu ne crois pas?
Rose n'avait toujours rien compris. Ces paroles n'avaient aucun sens. Son cerveau refusait de les assimiler. Elle vit Scorpius s'approcher d'elle, enfin, et se pencher pour l'embrasser sur la joue. Ce geste, en apparence tendre, lui déchira le coeur et elle retint sa respiration lorsqu'elle vit le visage navré du Serpentard.
— Je suis désolé, dit-il d'une voix atrocement douce.
Et il s'éloigna dans le couloir en laissant Rose, seule avec son désespoir.
OoO
Scorpius attendit de s'être éloigné le plus possible de la belle rousse pour frapper de toutes ses forces dans le mur. Il entendit un craquement sinistre et retint un cri de douleur. Plusieurs tableaux avaient sursauté en le voyant frapper ainsi un pauvre mur et se moquèrent de ses petites sautillements inutiles pour calmer les élancements de sa main gonflées.
Malgré la souffrance, il était heureux…
La douleur de sa main droite dont les gonflements l'endolorisait un peu plus lui permettait d'occulter la souffrance qui déchirait son coeur. Il avait été dur avec Rose mais il n'avait trouvé que cela pour éviter une scène dont il se serait bien passé. Il avait pensé chaque mot, prononcés chaque syllabe et chaque parole proféré était la vérité pure.
Scorpius n'en pouvait plus de souffrir. Ces derniers jours, alors qu'il se retrouvait seul dans son lit, toutes ses pensées avaient été tournées vers Rose en se demandant, tout au long de la nuit, comment cette relation pourrait évoluer? Outre le fait qu'elle faisait semblant de sortir avec un autre homme, tout un monde les séparait à commencer par la haine mutuelle que se vouaient leurs parents. Et encore… Si cela n'avait été que cela… Scorpius ne pouvait s'empêcher de repenser au silence éloquent de Rose à chaque fois qu'il lui demandait si elle l'aimait. Il lui avait, un jour, dit qu'il comprenait mais entre les disputes, les coups d'éclat, la jalousie et la violence, il ne trouvait plus la force de se montrer patient.
Il détestait le Scorpius jaloux, hors de contrôle qu'il découvrait à ses côtés. Il ne rêvait plus que d'une chose, retrouver la vie qu'il avait avant sa rentrée à Poudlard en septembre dernier. Il voulait que tout redevienne comme avant et cela commençait par repousser Rose.
La cloche sonna l'heure du dîner et Scorpius s'efforça d'oublier la douleur de sa main et de celle de sa séparation. Il s'installa à la table de Serpentard en face d'Albus, tournant le dos à la table des Gryffondor pour éviter de croiser le regard de Rose. Albus dévisagea son ami avec une certaine dureté dans le visage.
— Quoi? demanda Scorpius agacé.
— Tu l'as quittée, pas vrai? conclut-il avec une certaine raideur.
Il se pencha sur chaise pour observer quelque chose par-dessus l'épaule de Scorpius, en rajustant ses lunettes rondes.
— Oui, tu l'as bien quitté…, ajouta-t'il en regardant toujours en direction de la table des Gryffondor.
Scorpius ne résista pas à la tentation. Il se retourna vivement en sondant la table rouge et or sans toutefois apercevoir Rose. Il se rassit en face d'Albus, l'air blasé.
— A quoi tu joues?
— Je prouve simplement que tu t'inquiètes encore pour elle.
— Bien sûr! Comme pour une amie…
— C'est ça, répondit Albus en beurrant un de ses toasts. Si tu te le répètes assez souvent, je suis sûr que ça deviendra vrai.
— Si tu veux, je peux me lever et me casser…, commença à s'énerver Scorpius.
— C'est bon, reste assis, soupira Albus.
Ils se turent un moment durant lequel chacun se servit généreusement des plats qui venaient d'apparaître devant eux. Ils mangèrent en silence, englobés par les bavardages de la Grande Salle et le tintement des couverts. Le tintamarre fut interrompu par une fausse note. Une chouette traversa le ciel clair et dégagé de la salle et piqua vers Albus, une lettre attachée à l'une de ses pattes. Elle atterrit près de son assiette et lui tendit le parchemin qu'il décrocha à l'aide de son couteau. La chouette piqua un morceau de viande dans son assiette et s'envola sans demander son reste.
— C'est de qui? demanda enfin Scorpius en rompant le malaise boudeur qui s'était installé entre eux.
— Mon père…
Scorpius laissa tomber ses couverts et monta sur la table pour se laisser tomber à côté de son meilleur ami. Il chassa les regards choqués des autres élèves et des professeurs qui avaient remarqué son geste sans gêne en plein milieu d'un repas et se concentra sur l'écriture fine, en patte de mouche d'Harry Potter.
Cher Albus,
Je te remercie de m'avoir écrit et je suis heureux que tu m'aies raconté tout ce que tu as pu découvrir sur cette curieuse affaire. Je sais à quel point cela peut être frustrant de ne pas être pris au sérieux mais le professeur McGonagall a raison sur un point, tu dois laisser les adultes s'occuper de tout cela.
Mais ne t'inquiète pas! Je te crois lorsque tu me dis avoir découvert que le voleur a volé la pierre de résurrection dans la forêt interdite. Je viendrais moi-même vérifier tout ce dont tu m'as parlé si je le pouvais mais mes obligations d'auror m'empêche de faire le déplacement jusqu'à Poudlard pour le moment.
Toutefois, je t'écris aussi pour te mettre en garde, mon fils. Si le voleur a pour but de récupérer les trois reliques de la mort et s'il a déjà la baguette de Sureau et la pierre de résurrection, cela veut dire qu'il ne lui manque plus qu'une relique. Cette dernière relique, c'est toi qui la possède, Albus. Il s'agit de la cape d'invisibilité que je t'ai confié pour ta troisième année à Poudlard.
Je te demande d'être très prudent car au train où vont les choses, tu es certainement la prochaine cible du voleur. Méfie-toi de ceux dont tu n'as pas totalement confiance et cache la cape dans un lieu sûr. Je te fais confiance pour mettre à l'abri la dernière relique de la Mort.
Prends soin de toi,
Papa.
Scorpius leva les yeux vers Albus.
— Tu savais pour la cape? Que c'était une des reliques de la mort?
— Non, je savais pour la pierre d'après ce que m'avait raconté Oncle Ron et pour la baguette aussi… Mais je savais pas pour… C'est moi qui l'ai, répété bêtement Albus sous le choc.
— Ton père est un peu irresponsable de te confier un truc aussi puissant…
— Totalement!
Il replia la lettre et la rangea soigneusement dans son sac.
— Tu crois que le voleur est au courant de ce détail? demanda Albus en chuchotant.
— De toute façon, avec le capteur d'Hugo, il peut très bien comprendre ça tout seul.
— Il va s'en prendre à moi, comprit Albus en chipotant maintenant à son assiette.
A sa grande surprise, Scorpius vit l'expression d'inquiétude d'Albus se mouvoir en amusement. Il baissa la tête en grattant sa viande des pointes de sa fourchette et un sourire inquiétant apparut sur son visage.
OoO
Rose ne pleurait toujours pas.
Après que Scorpius se soit éloigné dans le couloir, en la laissant seule avec le choc de ses révélations, elle crut être capable de fondre en larmes. Mais rien ne vint. Elle voulut se forcer mais rien ne se produisit.
Pourtant, elle était triste. Elle ressentait cette souffrance au plus profond d'elle-même, cette amère déception après l'avoir tant guetté dès sa sortie de l'infirmerie. Elle l'avait écouté sans comprendre et maintenant qu'il était parti pour de bon, elle comprenait le terrible sens de chaque mot qui la poignarda de toute part. Rose avait mal et elle se rendit compte qu'elle souffrait réellement pour la première fois. Tous ces délires larmoyants avec Chase, toutes ses suppliques, toutes ses prises de tête, tout n'était que du vent face à la terrible réalité que lui présentait, en pleine face, Scorpius.
Elle ne se rendit pas dans la Grande Salle pour manger. Elle partit pour son prochain cours, en pleine léthargie, mue uniquement par des réflexes inconscients. Elle sourit à ses condisciples de sa maison, elle répondit aux questions que lui posaient ses professeurs, elle rangea le matériel que le professeur Flitwick leur avait donné pour son cours de Sortilège, comme une automate, son esprit vide de toutes sensations.
Elle ne craqua pas une seule fois et se surprit d'avoir ce recul, cette lucidité sur ses pensées et ses émotions. Elle comprenait, tout à coup, ce qui l'avait mené à cette séparation et son attitude passée l'écoeura. Rose avait cette curieuse impression d'être sortie d'un mauvais rêve, éveillée soudain par la raison. Elle se sentait incroyablement calme et cela l'effraya.
Rose sauta aussi le souper. Malgré son sang-froid apparent, elle n'était pas sûre de pouvoir soutenir le regard de Scorpius si elle le croisait à la table voisine des Serpentard. Elle monta à l'étage de la salle commune des Gryffondor et s'assit contre le mur, à côté du portrait de la Grosse Dame qui la contemplait d'un air méfiant. Rose ne réagit pas lorsque les premiers élèves de sa maison passèrent devant elle en la dévisageant, curieux. Elle attendait silencieusement, toujours assise en cachant son visage dans ses genoux pour la nausée qui l'avait soudain submergée.
— Rose? l'appela doucement une voix.
Elle releva la tête et découvrit sa cousine, penchée vers elle. Lily la fixait, visiblement inquiète. Rose réussit à lui sourire en se relevant lentement.
— Tout va bien? demanda encore sa cousine.
Lily était avec Thomas, dans le couloir. Ils venaient de remonter de la Grande Salle et avaient dû remarquer l'absence de Rose au dîner.
— Tu veux bien dormir avec moi, cette nuit? demanda Rose.
Sa cousine comprit aussitôt la demande silencieuse de Rose, celle qu'elle n'avait pas eu le courage d'émettre en toute franchise. Lily fit un signe de tête à Thomas pour lui signifier qu'il pouvait les laisser seules. Comme à son accoutumée, Thomas ne posa aucune question. Il adressa un faible sourire à Rose qui n'eut pas la force de le lui rendre. Il donna le mot de passe à la Grosse Dame et disparut dans l'ouverture alors que le portrait pivotait sur lui-même.
Tandis que Rose et Lily se rendait dans la salle commune réservée aux préfets-en-chef, aucune des deux ne prononça le moindre mot. Rose marchait en silence, regardant droit devant elle avec ce regard vide qui inquiétait de plus en plus Lily, elle tellement habituée aux états d'âme grandiloquent de sa meilleure amie.
Elles passèrent la gargouille et Rose la guida dans sa chambre. Contrairement à son frère, Rose apportait un soin proche de l'obsession pour ses affaires. Tout était à sa juste place et malgré le grand désarroi qui semblait s'être saisi de la jeune fille, elle trouva tout de même le temps de sortir ses livres de son sac et de les ranger sur son bureau.
— Où est Chase? demanda Lily qui n'avait pas remarqué la présence du Poufsouffle au salon.
— Aucune idée et je m'en fiche éperdument.
Lorsqu'elle eut plié sa cape sur le dossier de sa chaise, elle s'effondra dans son lit, les bras écartés. Lily s'assit sur le rebord de son édredon et la contemplant, pleine d'inquiétude.
— T'es bizarre... , lâcha sa cousine. Qu'est-ce qui t'arrive?
— J'en ai marre...tout simplement.
— Marre de quoi?
— De tout.
Rose contempla le plafond pendant de longues minutes. Cette position lui plaisait. A mesure qu'elle fixait les moulures dorées au-dessus de sa tête, elle vidait son esprit et un doux sourire étira ses lèvres.
— Tu me fais peur! s'exclama Lily. Tu n'es pas en train de te morfondre comme quand tu as essayé de te suicider?!
La remarque cinglante de Lily était très maladroite. Rose comprit que l'inquiétude et l'incompréhension de sa cousine se transformait en colère. Elle se mit à bouder en croisant les bras sur sa poitrine. Rose se dit qu'elle ne méritait pas cela: ce silence étrange et cette absence de réaction. Elle se redressa en s'asseyant en tailleur sur son lit.
— Je me sens vide, finit-elle par avouer à sa cousine. Je crois que je me suis toujours sentie terriblement vide.
— Qu'est-ce que ça veut dire? On dirait Albus avec ses énigmes.
Rose eut un rictus. Elle pencha sa tête sur le côté en la laissant reposer sur ses genoux. Elle cacha ensuite son visage, les mains dans ses cheveux. Elle essayait de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait mais cela se révéla incroyablement difficile.
— J'ai pris conscience d'énormément de choses. Je crois que j'ai essayé de me fabriquer. D'être comme une sorte de mélange de tout ce qu'on attendait de moi. Je sais c'est stupide, ajouta-'elle en voyant l'expression horrifiée de sa cousine. Mais je ne suis pas comme toi, Albus ou Hugo. Vous vous semblez avoir trouvé votre place. Vous semblez toujours en accord avec vous même, avec vos désirs. Moi, dès mon entrée à Poudlard, je me suis accrochée à Chase et à mes prétendus sentiments pour lui.
— Tu n'aimes plus Chase? demanda Lily choquée.
Rose releva la tête pour dévisager sa cousine. Elle eut un sourire amère à cette question tellement éloignée de la réalité.
— Il s'est servi de moi, révéla Rose.
— Quoi? s'exclama Lily.
Et Rose lui raconta tout.
Elle commença par ses doutes, le Terrier, les révélations du père de Lily sur les Serpentards. Elle se souvint s'être interrogé sur ce qui l'avait amené à aimer Chase. Son désir pressant de faire plaisir à son père, d'exister aux yeux de Chase qui pour elle, était le seul moyen de se sentir unique et pleine de vie. Elle parle ensuite de Scorpius et les yeux de Lily s'écarquillèrent de stupeur. Rose eut un sourire en détaillant sa réponse lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi il l'aimait, son sourire béat lorsqu'elle s'était précipité dans ses bras, croyant de nouveau pouvoir exister à travers son amour.
Rose eut plus de mal à parler de la pensine d'Albus et de ce qu'elle y avait découvert. Elle raconta sa frustration. Tout en s'épanchant, elle se rendit compte que ses larmes n'étaient pas celles d'un coeur brisé mais bien d'un désespoir d'avoir perdu autant de temps auprès d'un sentiment aussi factice. Elle n'en avait même pas voulu à Chase. Elle était tombée dans chacun de ses pièges, gros comme une maison et avait, en réalité, savouré chaque pic de souffrance. Car si elle pouvait éprouver de la douleur alors cela signifiait qu'elle était en vie.
Elle continua avec le plan d'Albus qu'elle avait accepté sans se poser réellement la question du bien fondé de cette stratégie. Elle avait acquiescé, suivi le mouvement, comme rassurée de se replonger dans les bras de son bourreau pour pouvoir ressentir encore cette souffrance car elle devait sans doute aimer ça.
Rose poursuivit avec les coups de colère de Scorpius, sa jalousie maladive. Elle l'avait nié mais elle avait adoré être déchirée entre les deux, d'être le centre d'intérêt de deux hommes. Elle s'était retrouvé ballotée entre le désir, l'amour, les regrets, la colère, la frustration. Elle avait aimé ressenti tout cela à la fois, emportée par un flux qu'elle ne pouvait contrôler. En réalité, elle n'avait jamais eu le contrôle sur quoique ce soit.
Lily l'écoutait sans l'interrompre car Rose ne parlait pas pour sa cousine mais pour elle-même. Elle trouvait enfin du sens à tout ce qui venait de se produire. Elle raconta longuement le vol de la baguette. La colère qu'elle avait ressenti lorsque le voleur avait blessé son griffon, ce frisson d'excitation pendant l'affrontement, cette peur de la mort. Elle avait eu, pour la première fois, l'impression d'exister pour elle-même et cela l'avait effrayé.
Elle conclut par les propos de Scorpius en cours de Potion. Après, elle se tut enfin, la gorge et les lèvres sèches.
— Quand j'ai voulu sauté de la tour d'Astronomie…, dit-elle encore à mi-voix, ce n'était pas à cause de Chase. Enfin… pas totalement. Je crois que quand je l'ai vu avec cette fille, c'était tout ce que j'avais essayé de construire autour de ce fantasme qui s'était écroulé en une fraction de secondes. J'ai été happée par la réalité et ce vide en moi. Je ne me sentais plus vivante et je n'ai pas vu l'intérêt de continuer à faire semblant.
Lily se jeta à son cou en la serrant fort contre elle. Rose la sentit sangloter entre ses bras et lorsqu'elle l'écarta doucement, elle vit son visage ruisselant de larmes. Rose constata que pendant tout son discours, elle n'avait pas pleuré une seule fois.
— Je crois que je n'arrive plus à pleurer, murmura-t'elle à sa cousine.
Lily essuya ses larmes du revers de sa manche. Elle se remit de ses émotions comme elle put et se saisit des mains de Rose en les serrant de toutes ses forces.
— Tu n'es pas du vide, soutint-elle à sa cousine.
— C'est facile à dire, rétorqua Rose en détournant la tête.
Lily la força à la dévisager. Son regard était pénétrant et sa mâchoire serrée. Rose se demanda si elle ne luttait pas contre une nouvelle vague de larmes.
— Non. Tu n'es pas du vide. Tu es Rose Weasley. Tu es la fille qui a travaillé dur pour réussir tous ses examens alors qu'elle n'était entourée que par des génies. Tu es la capitaine des Gryffondor qui a mené son équipe à la victoire pendant trois années consécutives. Tu es la fille qui s'est jeté sur Scorpius pour lui sauver la vie. Tu es celle qui a été choisie par un griffon.
Au fond de Rose, dans les méandres de son vide qu'elle avait décrit avec beaucoup de détails à sa cousine, les paroles de cette dernière se déversait dans ce trou obscur. Malgré ces voix, nombreuses et bruyantes, elle percevait celle de la rebellion, celle qu'elle n'avait jamais pris le temps d'écouter.
— Si tu ne pleures plus aujourd'hui, c'est parce que tu as épuisé toutes tes larmes pour au moins dix ans, réussit à rire Lily, ses yeux toujours humide malgré son air déterminé.
— Raymar m'a choisie, répéta Rose.
Cette explication était bancale, ténue, comme la petite flamme qui s'était allumée dans son vide. Elle s'y raccrocha pour éclairer les ténèbres au fond de son coeur. Lily se jeta dans ses bras et la serra fort contre elle. Elle pleurait pour deux et Rose répondit à son étreinte en se disant qu'elle avait de la chance de l'avoir dans sa vie.
— Il faut que tu arrêtes de tous les écouter, ces garçons idiots! dit Lily en lui frottant le dos.
— Même Albus?
— Surtout Albus!
Elle s'écarta pour sourire à sa cousine. Ses yeux étaient encore humide de larme mais son sourire était franc. Rose lui répondit de même.
— Son plan est complètement idiot… Continuer à côtoyer un gars qui se fiche de toi...C'est stupide. En plus, tu n'as rien appris!
— Non, renchérit Rose sur un ton amer, je ne fais que subir. Et en plus j'ai perdu Scorpius.
Le regard de Rose partit dans le vide à l'évocation du Serpentard. Lily lui caressa la joue en ramenant une de ses mèches derrière son oreille, dans un geste très tendre et maternel qui rappela à sa cousine, sa mère. Elle aurait aimé que sa mère soit là, près d'elle, à la serrer dans ses bras pour la réconforter. Elle aurait su trouver les mots comme Lily pour l'aider.
— Tu l'aimes, Scorpius? demanda tout à coup Lily en arrachant Rose au souvenir de sa mère.
— J'en sais rien, Rose secoua doucement la tête. C'est puissant, en tout cas mais je ne sais pas ce que c'est et ça me fait peur.
Lily soupira.
— Tu as tellement cru que tes illusions avec Chase était de l'amour… C'est normal que tu aies du mal à l'identifier maintenant.
— Donc, tu crois que je l'aime? demanda Rose sceptique.
— Il n'y a que toi pour trouver la réponse à cette question.
Rose lui adressa un sourire triste. En réalité, elle n'avait pas envie de réfléchir à la question. Quand elle comparait son idylle avec Scorpius et la relation qu'entretenait Lily et Thomas, chez sa cousine, il n'y avait jamais eu ces doutes. Ils s'étaient entendus, il s'étaient plus. Tout s'était fait si naturellement. Pourquoi n'en était-il pas de même avec Scorpius? Pourquoi tout devait être autant compliqué? A cette question, elle pouvait y répondre facilement. C'était elle qui avait autant compliqué les choses, à grand coup de fantasmes, illusions, grandes déclarations, auto-persuasion et souffrances. Il fallait qu'elle reparte de zéro, qu'elle se trouve elle-même pour savoir ce qu'elle voulait vraiment.
Pendant que Rose était perdue dans ses réflexions, Lily s'énerva tout seule contre son frère.
— J'arrive pas à croire qu'il t'ait demandé de faire ça! En plus, il ne m'a rien dit! Il est de plus en plus secret, ça commence à m'énerver. Tu sais quoi, je vais l'ignorer pendant quelques jours, ça lui fera les pieds.
Rose sourit. Elle connaissait bien sa cousine. Dès le moment où Albus lui adressera la parole, elle oublierait bien vite pourquoi elle devait être fâché contre lui. Lily n'était pas du genre rancunière. Enfin...cela dépendait de la personne.
— Tu ferais quoi à ma place? demanda soudain Rose.
— Je ne vais pas faire comme ces idiots qui n'arrêtent pas de te dicter ta conduite. Je t'aime et qu'importe tes choix, je te soutiendrais toujours!
Elles se serrèrent une nouvelle fois dans leurs bras. Rose était réellement touchée par les grandes déclarations de sa cousine. Elle se sentit incroyablement soutenue.
— Par contre, à ta place, je commencerai par casser la gueule à cet enfoiré de Chase.
Les deux cousines éclatèrent de rire. Elles discutèrent encore de longues heures, sur le lit de Rose. Celle-ci sortit une boîte de dragée surprise de Bertie Crochue et Rose explosa de rire lorsque Lily tomba sur le goût asticot.
Lily s'effondra vers trois heures du matin, morte de fatigue. Rose n'arriva pas à trouver le sommeil. Elle s'allongea à côté de sa cousine qui dont un léger sifflement s'échappaient de ses fines lèvres entrouvertes. Rose réfléchissait à ce qu'elle avait dit, à ce que Lily lui avait affirmé et à cette petite flamme qui s'était allumée. Lily avait raison: elle n'avait fait que suivre, s'adapter aux exigences d'hommes qu'elle considérait comme plus intelligent qu'elle. Elle n'avait fait que subir les évènements sans jamais oser se rebeller. Il était temps que cela change.
Elle se leva de son lit en faisant le moins de bruits possible et enfila ses bottes. Lorsqu'elle prit sa cape suspendue à un crochet dans sa chambre, Lily se retourna en grognant dans son lit. Rose s'immobilisa une fraction de seconde avant de sortir de la chambre lorsque les ronflements de sa cousine reprirent de plus belle.
Elle descendit dans le salon de la salle commune. Il n'y avait personne. Le feu dans l'âtre s'était éteint et il faisait un peu froid. Elle avait eu un peu peur de croiser Scorpius ou Chase mais la Chase était avec elle ce soir, comme guidée par les étoiles et personne ne vint l'importuner.
Elle sortit dans les couloirs du château. Il y avait peu de chance qu'elle tombe sur un professeur ou Rusard. Il était très tard et le vieux concierge ne faisait plus de zèle dans les couloirs de Poudlard depuis une bonne dizaine d'années. Rose sortit dans l'arrière cour et dépassa la grille pour se précipiter dans le parc. Il faisait très froid et elle s'emmitouffla dans sa cape. Sa respiration sortait en vapeur blanche de sa bouche tandis qu'elle levait les genoux pour progresser dans la neige. Elle continua ainsi jusqu'à la cabane d'Hagrid.
Dès qu'elle entra dans son champs de vision, Raymar s'agita dans son enclos. Il ouvrit ses grandes ailes et poussa des petits gémissements, pressé d'avoir sa maîtresse à ses côtés. Rose lui sourit tout en passant par-dessus les rambardes de bois. Elle atterrit au pied du griffon et celui-ci pressa sa tête contre la poitrine de Rose.
— Bonjour, mon beau Raymar, dit-elle en le caressant. Je t'ai manqué? Tu vas mieux?
Elle suivit du bout des doigts la ligne de son flanc jusqu'à arriver à son aile gauche. Elle examiné les plumes en les écartant légèrement. Elle vit la cicatrice rosâtre sur l'arrête de son aile et maudit silencieusement l'auteur de cette blessure. Heureusement, Hagrid avait fait un travail extraordinaire et Raymar semblait être capable de voler.
Rose revint devant lui. Le griffon s'était assit sur son postérieur et dominait la jeune femme d'un bon mètre. Rose tendait le cou pour pouvoir capter son regard. Raymar avait beau être très joueur, il n'en demeurait pas moins très impressionnant. Sa crinière dorée encadrait sa gueule, son museau pourvu d'une rangée de dents acérées et un regard ambré qui semblait pénétrer n'importe qui. 'Le même que le mieux' se dit Rose.
— Tu m'as vraiment choisie, moi? dit-elle à voix haute.
Raymar baissa la tête dans un salut solennel.
— Pourquoi? demanda Rose désespéré. Je ne suis pas forte, je ne suis pas courageuse. Je suis si faible…
Pour toute réponse, le griffon se coucha à ses pieds et abattit son aile dans sa direction comme pour l'inviter à monter sur son dos. Elle hésitait. Rose se tourna vers la cabane d'Hagrid plongée dans l'obscurité. Avait-elle le droit de partir faire une petite ballade avec Raymar? C'était son griffon après tout…
Elle finit par escalader le lion et se remit sur ses quattre pattes en douceur. Il battit des ailes une fois, deux fois, comme pour s'assurer qu'elles étaient opérationnelle. Rose s'accrocha à ses poils sans toutefois les tirer trop fort. Raymar s'accroupit légèrement puis bondit dans les airs en faisant virevolter la neige autour de lui.
Rose poussa un petit cri de surprise. Le griffon ne volait pas comme d'habitude, il s'amusait dans les airs. Il monta aussi haut qu'il le put en faisant disparaître Poudlard dans les nuages. Rose sentit le froid lui engourdir les mains mais elle s'en fichait. La lune était pleine et magnifique. Elle l'a contempla longuement, fascinée, jusqu'à ce que Raymar décide de redescendre en piqué. Rose hurla dans la nuit tandis que le vent s'engouffrait dans les ailes de son griffon et dans sa cape. Elle sentit ses entrailles remontées et elle fixa la pelouse enneigée du parc de Poudlard se rapprocher dangereusement. Elle avait peur mais une autre sensation l'envahit tout à coup. C'était la même que lorsqu'elle volait sur un balai: ce goût du risque, cette adrénaline, ce besoin de se prouver quelque chose. Rose serra ses cuisses sur le flanc du lion. Elle courba le dos et poussa son griffon à attendre le dernier moment. Raymar avait légèrement dévié sa trajectoire et piquait toujours vers les tours du château.
— Maintenant! cria-t'elle à Raymar.
Alors que Rose s'attendit à ce qu'il remonte en flèche, son griffon fit quelque chose de très bizarre: il transplana. Rose eut la même sensation de distorsion désagréable qu'elle éprouvait à chaque fois qu'elle s'était essayé à cet exercice. Il eut un crac et Rose réapparut au-dessus des nuages avec Raymar qui poussa un rugissement royal. La surprise fut vite remplacée par une joie qui déborda dans le coeur de la jeune Gryffondor. Elle ne savait pas que son griffon était capable d'un tel prodige et elle était quasi sûre qu'il en était de même pour la majorité des sorciers. Raymar lui avait montré l'une de ses facultés secrètes, à elle...uniquement à elle...parce qu'il l'avait choisie.
Rose leva les bras en l'air, son visage fouetté par le vent glacé de cette nuit d'hiver. Elle s'en fichait, rien ne comptait plus que le bonheur intense qu'il l'avait envahi. Elle accompagna les rugissement de son griffon par de longs cris de joie.
Elle redescendit enfin sur la terre ferme lorsque son corps fut parcouru de frissons glacées à cause du froid. Elle descendit en douceur dans son enclos en lui flattant l'encolure. Ses cheveux s'étaient ébourfiffés encore plus et elle avait le teint rose. Un grand sourire étirait ses lèvres tandis qu'elle caressa une dernière fois la grosse tête poilue de son lion.
Lorsqu'elle passa la rambarde et qu'elle se retourna, elle tomba nez à nez avec le professeur Flitwick qui avait dû ensorceler ses chaussons pour ne pas s'enfoncer dans la neige à mi-taille. Rien qu'à voir son expression, Rose savait qu'il était très en colère d'avoir dû s'extirper de son lit pour crapahuter dans le parc du château, à la recherche d'une élève indisciplinée.
— Professeur! s'exclama Rose un peu honteuse d'avoir été prise sur le fait.
— Je vous ai vu à travers ma fenêtre, miss Weasley. J'ai failli mourir de peur quand j'ai vu votre animal foncé vers le château. Je suis scandalisé par votre attitude, continua-t'il avec son éternelle voix fluette, une préfète-en-chef! J'enlève trente points à la maison Gryffondor!
Rose s'était attendu à pire. Elle se demanda si sa clémence n'était pas dû au fait qu'il avait, sans doute, vu Raymar transplaner, depuis sa fenêtre. Peut-être avait-il été impressionné?
— Rentrez immédiatement vous coucher! lui ordonna-t'il en pointant du doigt les portes du château. J'espère que vous profiterez de ces heures de sommeil pour méditer sur votre désobéissance au règlement!
— Ça valait le coup, sourit Rose en lançant un dernier regard à Raymar assoupi dans son enclos.
