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SAINT-VALENTIN CHEZ MADAME PIEDDODU
En de début de mois de février, Scorpius rejoignait, tous les matins et entre les pauses, Hugo et Albus affairés dans le laboratoire du petit génie pour le remettre en ordre et essayer de fabriquer à nouveau son fameux scanner. Scorpius leur apportait à manger et leur tenait compagnie. Cela lui évitait le plus possible de croiser Rose dans les couloirs.
Il avait commis une erreur dans les vestiaires et il s'en voulait terriblement. Rose était différente à ce match de Quidditch. Il avait remarqué son changement d'attitude, cette soudaine confiance et lorsqu'elle avait commencé à le séduire, il avait perdu tout contrôle. Il avait été envahi par une faim impossible à contrôler, à laquelle il n'avait pas pu résister. Rose s'était donné à lui et il s'était perdu en elle. Le plaisir qui en résultat, hantait encore ses nuits.
Peu après leur union, lorsque l'excitation du Serpentard était descendue dans une fatigue réjouie. Il avait tout de suite été envahi par la peur, la culpabilité et les regrets. Ils avaient beau avoir fait la chose, Rose était toujours avec Chase même si elle jouait la comédie à la demande de son cousin. Il avait eu peur qu'elle ait essayé de se jouer de lui et au lieu de parler, discussion qui aurait sans doute fini dans les larmes et les cris, il s'était enfui comme un voleur, laissant seule sa compagne complètement nue, dans les vestiaires des Serpentard.
Il avait fuit comme un lâche et il s'en voulait pour cela.
Mais Rose s'était vengée malgré elle. Car depuis ce jour, Scorpius était hanté par son souvenir. Il repassait dans sa tête ses yeux ambrés écarquillés, larges et troublés. Il n'entendait plus que ses cris contre son épaules, ses boucles qui lui chatouillaient le nez et sa peau brûlante sous ses doigts. Elle l'avait supporté sans broncher et il avait éprouver un plaisir païen à demeurer en elle. Il ne pensait plus qu'à une chose...recommencer. Hélas, le peu de fois où il avait recroisé Rose dans le château, elle était toujours escorté par Chase, le visage encore un peu tuméfié par les coups qu'il lui avait balancé sur le terrain de Quidditch.
D'ailleurs, toute l'école lui tenait rigueur pour la bagarre. Chase n'était qu'une victime, violenté par un perfide Serpentard qui avait dû le surprendre par derrière. Chase s'était fait plaindre par toutes les filles de Poudlard, maison confondue et plusieurs élèves avaient commencé à balancer des injures à Scorpius Malefoy en le traitant notamment de fils de Mangemort.
Les professeurs lui avaient aussi fait payer son manquement. Flitwick confirma sa retenue par une semaine entière à nettoyer les fonds de chaudron dans la réserve de Parkinson. Le sous-directeur lui avait enlevé encore cinquante point et le niveau d'émeraude des Serpentard n'avait jamais été aussi bas dans toute l'histoire de Poudlard.
Scorpius s'en fichait. Toutes ses pensées étaient tournées vers Rose, nuit et jour. Il avait été stupide de croire que se séparer d'elle, lui permettrait de retrouver ses esprits. Maintenant qu'elle lui manquait, d'autant plus après leur échange dans les douches des Serpentard, il supportait encore moins son absence et de la voir toujours dans l'ombre de Chase.
Dans les vestiaires, elle lui avait dit qu'il se trompait. Qu'il gagnerait toujours contre Chase en ce qui concernait Rose. Mais il n'avait pas osé la croire, ne voulant plus souffrir un jour de plus. Quel idiot! Il n'avait décidément pas assez de forces mentales pour résister à ses avances, ni de se guérir d'elle.
Il était faible et cela le répugnait.
— Qu'est-ce que tu as à bouder, comme ça? lança Albus qui avait levé la tête vers Scorpius en se détournant des plans de Hugo.
Lui et son cousin avait fait apparaître une table de bois où ils avaient étalé tous les plans qu'Hugo avait pu récupérer dans son coffre. Voilà plusieurs semaines qu'ils avaient commencé à les étudier en même temps qu'Hugo réparait son laboratoire avec des pièces récupérées (ou chipées) ci et là.
— Il boude? demanda Hugo en mordant dans un sandwich, apporté par le Serpentard.
— Oui, je reconnaîtrai cette expression entre toute.
— Lâche-moi! grogna Scorpius en allant s'asseoir dans un coin.
— Oulah! Il est énervé.
— Merci, Hugo, répliqua Albus irrité. Qu'est-ce que tu as? Vas-y, vide ton sac!
Scorpius se laissa tomber sur une caisse qui se plia légèrement sous son poids.
— Je me demandais simplement quand le scanner serait fini…, mentit-il en se passant une main dans les cheveux.
— Ben dis donc… Ça te tient à coeur cette histoire de scanner, rétorqua Hugo avec sarcasme en bidouillant des fils dans sa nouvelle console.
— Ça prend du temps, dit Albus. Hugo n'a pas encore récupéré toutes ses... facultés intellectuelles après le sort d'Oubliette.
— Oh, ça va, hein! Je ne suis pas devenu débile, non plus, rétorqua Hugo. Je suis juste un peu moins intelligent. A votre niveau, je dirais…
— Charmant, soupira Scorpius.
La cloche sonna à l'intérieur du laboratoire. Le bruit annonçait à Hugo quand les cours reprenaient pour pouvoir envoyer son clone en classe, sans arriver en retard. Scorpius et Albus prirent leurs affaires et saluèrent Hugo en suivant son clone qui ouvrait déjà la porte de sortie avec des gestes un peu trop mécanique. Ils débouchèrent au septième étage, désert. Le faux Hugo prit la direction de son prochain cours en se cognant sur plusieurs armures lorsqu'il zigzagua dans les escaliers. Scorpius et Albus prirent la direction de la Tour Est, Albus avait divination tandis que Scorpius devait se rendre à son énième heure de retenue dans la salle des potions. Il en avait plus qu'assez de passer ses retenues avec le professeur Parkinson. Depuis qu'elle avait été mis au courant de sa disgrâce auprès de ses parents (sûrement par son père lui-même), elle n'avait plus du tout jouer la comédie du mentor à son égard. De semaines en semaines, elle était devenue mesquine et revancharde.
— Bon, dis-moi ce qui te préoccupe vraiment! lui dit Albus alors qu'ils s'arrêtaient près de la trappe de Trelawney.
Scorpius se planta devant son meilleur ami. La colère qu'il avait accumulé depuis toutes ces semaines, tambourinait dans ses tempes. S'il devait trouver un responsable à tous ses malheurs, il ne pouvait nier l'implication d'Albus dans ce désastre et il voulait le faire se sentir mal, au moins autant que lui.
— Quand est-ce que tu vas te décider à libérer Rose?
Albus lâcha un gros soupir en levant les yeux au ciel.
— Ecoute...je te l'ai déjà dit. Tant que le scanner n'est pas fini, on manque trop d'informations pour se passer d'un espion auprès de Chase, tu comprends?
— Non! répondit Scorpius.
— Si ça compte, il est déjà sur le qui-vive après votre altercation. Il faut quelqu'un de confiance à ses côtés et comme il sous-estime Rose, elle peut très bien réussir à recueillir de précieuses informations.
— C'est débile! renchérit Scorpius sur un ton plus agressif qu'il n'aurait voulu.
— Mais qu'est-ce que tu as, bon sang! s'exclama Albus.
Cela se passait mal et Albus le sentait. Il sonda son ami en fronçant les sourcils comme s'il cherchait à lire en lui. Scorpius détourna aussitôt le regard, trop effrayé par ce que pourrait découvrir ce génie perspicace. Il ne voulait surtout pas qu'Albus sache ce qu'il avait fait avec sa cou…
— T'as couché avec Rose, c'est ça? lâcha Albus, les yeux légèrement écarquillés derrière ses lunettes rondes.
Scorpius se demanda brusquement si Albus n'avait pas utilisé la legilimancie pour lire dans son esprit. Le visage de ce dernier passa par plusieurs expression: d'abord la surprise, puis la curiosité puis le dégoût. Scorpius se sentit extrêmement gêné et détourna le regard pour ne pas qu'il puisse capter des images mentales au cas où son ami ait vraiment réussi à pénétrer son esprit.
— Mon oncle va te tuer, fut la seule chose qu'il trouva à dire.
— Merci, Albus…
— Et vous êtes toujours séparés? demanda-t'il encore.
Plusieurs élèves de septième année commencèrent à s'amasser en bas de l'échelle en discutant feuilles de thé. Scorpius était déjà en retard pour sa retenue mais il s'en fichait, à présent.
— On peut dire ça, répondit Scorpius, toujours aussi gêné. Je me suis, en quelque sorte, enfuit.
Les yeux d'Albus se plissèrent et Scorpius n'aurait su dire s'il s'agissait de la colère ou de la pitié.
— Je vois…, articula-t'il lentement. Je vois où se trouve le problème. Ecoute, je vais voir ce que je peux faire, d'accord?
Il posa une main amicale sur son épaule que Scorpius rejeta d'un mouvement du bras.
— Je ne veux pas que tu arranges notre relations par des combines psychologiques ou je ne sais quoi… Je veux seulement que tu la libères, Albus. C'est tout ce que je te demandes.
Il n'attendit pas la réponse de son ami et tourna les talons en bousculant les jeunes filles, occupées d'épier Albus derrière le dos du Serpentard. Il s'éloigna le plus rapidement possible en espérant que son ami accède à sa requête. Il le souhaitait de tout son coeur. Si Rose était libérée de Chase, il y aurait peut-être un espoir pour eux deux.
Peut-être…
OoO
Rose survolait Pré-Au-Lard, sur le dos de Raymar.
Depuis la semaine dernière, le temps s'était radouci considérablement. La neige avait commencé à fondre et Rose grelottait de moins en moins dans les airs alors qu'elle sortait Raymar en promenade.
Après son premier vol avec son griffon, Rose s'était montrée beaucoup plus présence pour la créature légendaire. Raymar était le symbole de sa rébellion, de tous ses changements qui commençaient à s'opérer en elle. A chaque fois qu'elle montait sur son dos et qu'elle prenait la voie des airs, c'était sa liberté qu'elle retrouvait. A chaque looping ou chandelle, elle ne pensait plus à ses Aspics, à ses parents, à son frère, au voleur de baguette, à Albus, à Chase et surtout pas à Scorpius.
Elle avait enragé lorsqu'il l'avait quitté juste après en avoir fini avec elle. Rose était en colère contre lui même si elle pouvait comprendre ce qui l'avait motivé dans cette fuite idiote. C'était la peur qui animait ce pauvre garçon et Scorpius avait craint, une nouvelle fois, que tout ce qui se passait entre eux n'était que provisoire, et que le lendemain, alors qu'il aurait le coeur plein d'espoir, il serait une nouvelle fois profondément déçu. Et tant qu'elle restait avec Chase, il en serait toujours ainsi.
Plusieurs fois, elle avait eu envie de cracher ses quatre vérités à ce grand con de Poufsouffle. Elle n'était pas allée, une seule fois, le voir sur son lit à l'infirmerie. Il avait bien assez de compagnie entre ses groupies et ses joueurs. Pendant les semaines qui avait suivi sa sortie, elle avait pu le tenir à l'écart en lui disant avoir été choquée par son attitude sur le terrain de Quidditch. Il avait beau se passer pour une victime, Rose savait qu'il avait provoqué Scorpius et elle réussit à faire croire à Chase qu'elle avait profondément peur des sorciers qui se livraient ainsi à des combats de moldus. Il avait essayé de se défendre en accusant Scorpius d'avoir commencé mais Rose, pour une fois, utilisa son rôle de victime pour le manipuler et ce petit stratagème lui procura la plus grande joie. Depuis, il la harcelait dans les couloirs et Rose se montrait la plus distante possible (surtout lorsqu'elle croisait Scorpius dans les couloirs) tout en respectant sa promesse faite à Albus. A ce stade, elle ne voyait plus trop quelles informations elle pourrait soutirer à Chase mais elle continuait tant qu'Albus ne lui donnait pas un signal clair de sa libération totale.
En attendant, elle rongeait son frein en jouant les reines glaciales.
Hier soir, Chase était revenu à la charge en lui glissant sous sa porte une carte de Saint-Valentin, chantante. Le message musical la suppliait de l'accompagner à la prochaine sortie à Pré-Au-Lard pour après-midi en amoureux. Après avoir lu la carte, Rose la déchira en deux en grimaçant.
En voyant le mot sous sa porte, elle avait espéré recevoir cette missive de Scorpius. Il ne lui avait pas adressé la parole depuis les douches. Pas un signe, un regard, rien. Comme si tout ce qui s'était passé entre eux, n'avait jamais eu lieu. Pourtant, elle avait gravé dans sa mémoire chaque moment, chaque soupir, chaque respiration. Elle se souvenait de ses doigts sur sa peau, dans ses cheveux et lorsqu'il l'avait touché… Elle avait encore son odeur et son goût très vifs dans son esprit. Rose ne pouvait pas tout effacé d'un claquement de doigt. Elle ne le voulait pas.
Rose chassa ces idées en poussant Raymar à prendre de la hauteur. Le griffon ne se fit pas prier. Il poussa un rugissement et abaissa plusieurs fois ses grandes ailes blanches pour fendre les nuages au-dessus du petit village des sorciers. Le vent s'engouffra dans sa cape en la faisant claquer dans son dos. A mesure qu'il prenait de l'altitude, Rose lui flatta la crinière. Elle sondait la masse nuageuse avec cette envie folle mais électrisante, d'aller toujours plus haut.
Raymar appréciait ces balades dans les airs. Rose le sentait plus puissant à mesure qu'elle le chevauchait pour leurs escapades, presque journalières, dans le ciel. Il poussait de petits grognement de satisfaction à chaque fois que sa maîtresse le poussait à se lâcher complètement, en prenant toujours plus de risques.
— Allez! Encore un peu! lui cria Rose en s'accrochant à sa crinière.
Il obéit avec joie, battant ses énormes pattes dans l'air et escaladant toujours plus haut les cieux jusqu'à faire disparaître totalement le village et Poudlard. Rose adorait cette sensation. Elle avait l'impression d'être enfin vraiment seule au monde. Elle attendit encore un peu jusqu'à ce que sente sous ses jambes, les muscles de Raymar se raidirent. Elle le guida alors vers la descente, d'abord lente puis de plus en plus accélérée jusqu'à ce qu'eux deux soient emportés par l'ivresse de la vitesse.
Comme toujours, après des semaines d'entraînement, le phénomène étrange se produisit. Lors de leurs séances de vol, Rose avait compris que le transplanage se produisait toujours avec une forte accélération. Cette fois-ci n'y coupa pas. Raymar et Rose transplanèrent pour réapparaître au-dessus de l'immense lac de Poudlard. L'apparition et la vitesse du griffon éclaboussèrent la surface tranquille de l'eau noir et Rose poussa un cri de victoire en levant les bras au-dessus de sa tête. Raymar répondit de même en poussant un nouveau rugissement et l'aspergeant d'eau avec ses grandes ailes.
Raymar ne s'arrêta pas en s'y bon chemin. Enhardi par la joie de sa maîtresse, il fonça vers la forêt interdite pour zigzaguer entre les épais arbres du sous-bois. La première fois qu'ils s'essayèrent à cet exercice, Rose manqua de tomber plusieurs fois de son griffon. Mais ils s'étaient entrainés et aujourd'hui, Rose accompagnait chaque mouvement de son griffon comme si elle était sur son balai. Elle connaissait chaque tressaillement de ses muscles, chaque tremblement ou mouvements des ailes de son griffon. Rose connaissait toutes les réactions de son animal et savourait le sifflement perçant qui accompagnait ses prises de vitesse entre les obstacles. Elle le fit encore remonter, au-dessus des arbres et Raymar accompagna son habituel rugissement royal d'un torrent de flammes. Nouvelle découverte faite alors que Raymar profitait de leur promenade: un griffon heureux est capable de cracher du feu. Hagrid avait été émerveillé par cette trouvaille qui lui rappelait ses précieux dragons.
Rose ramena Raymar dans son enclos où Hagrid les y attendait, un seau remplis de morceaux de viande pour la créature légendaire. Il admira la fille de Ron et Hermione faire poser son griffon sur la piste de sable et en sauter lestement, un grand sourire aux lèvres, les yeux brillants et les cheveux ébouriffés autour de son visage. Raymar la poussa du museau pour lui demander des caresses et elle rit en frottant vigoureusement le sommet de son crâne.
— Il est incroyable, dit encore Hagrid en s'approchant. Tu es incroyable, Rose. Qui aurait cru qu'un griffon était capable de toutes ces prouesses.
— C'est vrai qu'il est étonnant, dit une voix derrière eux.
Raymar bousculait, à présent, le professeur de soin aux créatures magiques pour plonger sa tête dans l'énorme seau à viande. Rose pencha la tête pour découvrir le nouvel arrivant. Albus marchait vers eux, son sac sur l'épaule et rajustant ses lunettes sur son nez. Rose soupira intérieurement. Elle aurait aimé qu'il soit accompagné par Scorpius.
Elle escalada la rambarde de bois et sauta près d'Albus qui fit un pas en arrière.
— On dirait que tu es redevenue sauvage, rit-il.
— Je crois que c'est un peu le cas, dit-elle avec un sourire. Qu'est-ce qui se passe?
— Je voulais te parler de Chase, répondit Albus sur un ton plus sérieux.
Rose regarda par-dessus son épaule. Hagrid était trop occupé à calmer les ardeurs de Raymar qui demandait plus de nourriture à chaque lampée dans le seau qu'il tenait fermement entre ses grandes paluches. La Gryffondor guida son cousin vers l'arrière de la cabane de son professeur préféré.
— Alors? demanda-t'elle. Est-ce que je peux enfin envoyer ce salaud au diable? Est-ce que tu vas enfin me libérer de ma promesse?
— C'est drôle, c'est exactement ce que Scorpius m'a demandé, tout à l'heure.
— C'est vrai? s'exclama la rouquine.
Elle sentit une bouffée d'espoir l'envahir. Si Scorpius désirait autant qu'elle soit libérée de Chase, une fois pour toute, c'était peut-être pour qu'il puisse la récupérer. Elle aimerait tellement y croire.
Albus remarqua son trouble et eut un petit sourire au coin.
— Je sais que je t'en demande beaucoup, poursuivit-il. C'est inacceptable.
— Je n'apprends rien, Al. Tout ce que je sais c'est qu'il s'éclipse constamment pour ses réunions de Quidditch.
— Justement…, rétorqua Albus. Ils ne vont pas s'entraîner sur le terrain. J'ai vérifié. Il se réunit avec ses joueurs dans un lieu secret et tes informations m'ont permis de les espionner.
— Tu as réussi à découvrir quelque chose?
— Je perds toujours leur trace au deuxième étage. Je soupçonne qu'ils doivent emprunter un passage secret. Mais sans la carte du Maraudeur. Impossible à savoir… Il faut que je sache où ils se rendent exactement. Tu en es où avec Chase?
— Je le fuis en ce moment mais il m'a invité pour la Saint-Valentin, à Pré-Au-Lard.
— Fais cette dernière chose pour moi, la supplia Albus. Sors une dernière fois avec lui et essaie de découvrir quel passage secret il connait ou s'il en a découvert de nouveau. Juste une dernière fois. Après, tu seras libre.
Rose hésita une seconde. Elle s'imagina refuser tout net, envoyer son cousin sur les roses et courir après Scorpius pour lui dire que tout était enfin fini, qu'il n'avait plus à avoir peur. A la place, elle soupira longuement en acquiesçant, à regret.
— Une dernière fois, Al. La toute dernière…
Le soir-même, Rose annonça à Chase qu'elle l'accompagnerait à Pré-Au-Lard pour la Saint-Valentin, au dîner, dans la Grande Salle. Lorsque Chase la serra dans ses bras, ravi, elle croisa le regard de son cousin en se demandant s'il était satisfait. Elle commit ensuite l'erreur de poser les yeux sur son voisin d'à côté. Scorpius avait le nez plongé dans son assiette mais Rose comprit immédiatement à son teint et au tremblement autour de sa fourchette qu'il était prêt à assassiner quelqu'un. Elle eut de la peine et culpabilisa de sentir cette flamme d'espoir s'embrasser dans son esprit. S'il était autant à cran, c'est qu'il tenait à elle. Si elle quittait Chase, elle pourrait l'avoir pour elle. Rose pourrait enfin le rassurer complètement.
Au matin du 14, Rose s'habilla sans réelle motivation (contrairement à sa première sortie avec Chase dans le village). Elle s'attacha les cheveux en vitesse, enfila ce qui lui tomba sur la main et s'emmitouffla dans son épaisse écharpe aux couleurs de sa Maison. Lorsqu'elle sortit de sa chambre, elle vit Chase qui l'attendait dans le salon, vêtu de ses plus beaux habits et ses cheveux particulièrement bien coiffés. Il devait penser que cette sortie était la dernière chance pour lui de sauver son couple. Il était si loin de la réalité que Rose eut envie de rire devant sa tenue inspirant tant d'espérance dérisoire.
Rose jeta un oeil à l'étage, sur la porte du Serpentard. Scorpius avait été privé de sortie de Pré-Au-Lard pour le reste de l'année. Il devait dormir sans se soucier de ses condisciples qui pourraient profiter du village et de son ambiance festive.
Après le petit-déjeuner, ils descendirent dans le hall puis rejoignirent la file des élèves dont Rusard cochait les noms sur sa liste. Rose sentait le regard insistant de Chase sur elle, cherchant à croiser le sien mais elle s'efforçait de garder la tête bien droite, sondant le bonnet du garçon devant elle, avec une concentration curieuse. Rose souffla un peu lorsqu'ils se retrouvèrent dehors. Elle n'aimait pas être pressée contre Chase dans la file et mit le plus de distance possible entre elle et lui, une fois les grilles du château franchies.
C'était une journée fraîche avec une petite brise qui soufflait régulièrement.
— Tu marches vite, dis donc, rit Chase un peu essoufflé de l'avoir rattrapée.
— J'ai très envie d'arriver le plus vite possible à… Où veux-tu m'emmener d'ailleurs?
— J'avais pensé la Cabane Hurlante, dit-il d'une voix qu'il se voulait coquine.
Le stress gagna la Gryffondor qui s'imagina enfermée avec Chase dans un endroit lugubre, éloigné de toutes habitations à des kilomètres à la ronde. Non, ce n'était vraiment pas une bonne idée. Rose masqua son trouble et lui adressa son sourire le plus enjôleur.
— Tu n'as pas envie qu'on passe un peu de temps chez Madame Pieddodu? J'ai envie de boire quelque chose.
— Tes désirs sont des ordres.
Rose voulut lever les yeux au ciel mais elle se retint de justesse. Ils parlèrent peu sur le chemin. Rose essaya de conserver ce ton faussement chaleureux pour ne pas éveiller ses soupçons. Malgré son dégoût, elle était en mission. La grande-rue était pleine d'élèves qui flânaient en regardant les vitrines, ou chahutaient sur les trottoirs. Chase la conduisit dans la même rue latérale que la première fois, devant le petit salon de thé. Dans la salle exiguë et embuée, tout semblait décoré de petits noeuds et de fanfreluches diverses. Rose remarqua que Madame Pieddodu n'avait pas changé la décoration depuis des années. A chaque Saint-Valentin, elle ressortait ses petits angelots aux pétales de roses.
Ils s'installèrent à la dernière table encore libre, près de la vitrine couverte de buée. Lily et Thomas étaient là, comme à chacune de leur sortie en amoureux, assis à une table dans le fond, se tenant la main. Rose aperçut Lily se tourner vers elle, surprise. Son visage se rembrunit lorsqu'elle découvrit Chase à ses côtés.
— Et pour vous, mes enfants, qu'est-ce que je vous sers? demanda Madame Pieddodu qui avait toujours autant de mal à se déplacer entre les tables.
— Deux cafés! commanda Chase à la place de Rose.
Rose arqua un sourcil en croisant les bras sur sa poitrine. Chase lui adressa un sourire mièvre en se frottant les mains près de la bougie qui sentait la rose. Elle détourna la tête et leva les yeux au plafond comme si elle s'intéressait aux peintures qui décoraient l'endroit, décidément beaucoup trop surchargé. Le petit angelot en profita pour les inonder de pétales.
— J'ai l'impression que ça ne te plaît pas, dit brusquement Chase.
— Quoi donc?
— Cet endroit, moi… Tu es distante, je me trompe?
Rose se figea sur place en dévisageant gravement Chase. Il ne laissait aucune émotion trahir ce qu'il pensait vraiment. Il avait toujours ce sourire idiot étalé sur son visage et son expression commença à effrayer la jeune fille.
— Qu'est-ce que tu vas t'imaginer, joua-t'elle la comédie en éclatant de rire. Bien sûr que j'apprécie cet endroit. Je suis très heureuse de passer la Saint-Valentin avec toi.
Elle toucha son bras qu'il avait posé en travers de la table et elle se mit à caresser distraitement ses poils en jouant un peu avec. Ce geste de tendresse rassura l'attrapeur qu'elle sentit se détendre sous ses doigts. Rose se dit qu'il était temps de passer à l'attaque.
— Tu veux connaître une autre anecdote sur mes parents à Pré-Au-Lard?
— Dis-moi! s'exclama-t'il les yeux brillants et en se penchant un peu plus vers elle.
— En troisième année, mon oncle n'avait pas le droit de venir ici. Sa tante et son oncle avaient refusé de signer la permission et c'était aussi l'époque où Sirius Black s'était échappé d'Azkaban. Tout le monde était persuadé qu'il cherchait à tuer Harry. Alors les professeurs et le directeur cherchaient à le protéger en le cloitrant au château. Mais ça n'a pas arrêté, Oncle Harry. Il a pris sa cape d'invisibilité et a emprunté le passage secret de la sorcière borgne qui mène direct sous le magasin d'Honeyduke.
— Tu rigoles?
— Pas du tout!
— Ton oncle a une cape d'invisibilité?
La question désarçonna Rose qui voulait rester concentrer sur les passages secrets.
— Oui, répondit-elle. Elle lui vient de son père. Ça lui a permis de faire pas mal de bêtises dans le château dont emprunter des passages secrets. J'en connais pas beaucoup, dit-elle sur un ton faussement désolé. Tu en connais, toi?
Elle n'était pas subtile mais cela n'avait jamais été une de ses qualités. Chase chassa sa question d'un haussement d'épaule.
— Ton oncle a gardé la cape? lui demanda-t'il encore.
Rose perdit son air enjôleur. Elle recula sur sa chaise, bien droite et plus tendue que jamais; Sa question ne lui plaisait pas, ainsi que le ton pressant qu'il avait laissé échapper. On la prenait peut-être pour une sous-douée, elle n'était pas aussi idiote.
— Pourquoi tu me poses cette question? dit-elle de but en blanc.
Chase comprit immédiatement qu'il était allé trop loin. Il éclata d'un rire faux qui fit frissonner la Gryffondor.
— Oh! Comme ça… J'imagine qu'il l'a confié à Albus. Ça expliquerait qu'ils s'en soient toujours sortis indemne de tous leurs coups en douce dans le château. C'est logique, non?
Madame Pieddodu ramena les cafés avec un clin d'oeil et un angelot survola leur table en relançant une poignée de confettis rouge.
— Scorpius ne s'est pas sorti indemne de votre bagarre, rétorqua Rose.
— Heureusement, non? dit Chase en buvant une gorgée de son café. Ce type est un malade.
Rose le contemplait, ses mains sur ses genoux. Elle les serra, enfonçant ses ongles dans sa paume pour calmer la colère sourde qui commençait lentement à monter.
— Oh! C'est pour ça que tu m'en veux? comprit-il soudain. Pour cette bagarre? Crois-moi, j'y suis pour rien. C'est lui qui s'est jeté sur moi sans raison. Il ne doit pas supporter d'avoir presque perdu face à un sang mêlé.
— Tu mens, laissa échapper Rose.
Chase avala son café de travers. Il toussa plusieurs fois en fixant la jeune femme d'un air curieux.
— Qu'est-ce que tu as dit? demanda-t'il avec son air idiot.
— Tu mens, répéta-t'elle. Comme tu m'as menti pour la bagarre dans la salle commune et comme pour le duel aussi, hein? Tu me mens à chaque fois, Chase Wilson… Tu n'es qu'un sale menteur.
Rose avait parlé d'une voix étrangement calme. Depuis qu'elle avait retrouvé ses esprits, elle avait plusieurs fois imaginé sa grande confrontation avec Chase. A chaque fois, elle se voyait perdre tous ses moyens, hurler des insultes, et lui balancer quelques sorts. Mais elle ne s'était pas attendue à se retrouver très calme, face à lui, presque sereine, de marbre. Albus aurait été très fière d'elle si elle ne venait pas de capoter tous ses plans. Le regard de Chase se fit plus vague. Il avait l'air de ne pas comprendre et paniquait un peu.
— Je ne comprends pas, dit-il d'une voix atrocement douce. Je ne te mens pas. C'est lui qui t'a dit tout ça, je parie. Ça ne m'étonne pas de ce sale mangemort…
Rose réagit sans avoir réfléchi une seule seconde à son geste. C'était plus fort qu'elle. La Gryffondor s'était saisi de sa tasse de café, encore fumante. Elle avait bondi de sa chaise et avait balancé le contenu de sa tasse sur Chase. Celui-ci recula précipitamment mais pas assez vite pour éviter le liquide chaud qui se déversa sur son torse et une partie de ses cuisses. Il tomba en arrière dans un hurlement de douleur qui attira l'attention de tous les clients, des angelots et de Madame Pieddodu, une main sur sa bouche bée.
— Qu'est-ce qui te prend? s'écria Chase en ouvrant sa chemise pour éventer sa peau rougie.
Rose sortit sa baguette de sa cape et la tendit vers Chase, le visage empreint d'une sévérité nouvelle.
— Il me prend que je ne supporte plus tes manigances grossières pour me tromper. Je sais tout, Chase. Je sais à quel point tu es immondes. A quel point tu as cherché à te servir de moi pour le Quidditch et pour tout le reste. Je te méprise, petit vermisseau et je devrais, sans nul doute, te jeter un sort pour t'apprendre à vivre.
Elle fit un geste du poignet et Chase leva ses bras pour se protéger en poussant un petit cri plaintif. Rose sourit, triomphale.
— Mais je vais me montrer magnanime, dit-elle après une pause délicieuse où Chase se ratatina sur place. Mais si jamais tu oses insulter encore Scorpius Malefoy devant moi… je te réduis en bouillie, compris?
Madame Pieddodu se précipita sur eux en avisant Chase toujours étendu au sol.
— Qu'est-ce qui se passe, jeunes gens? Un problème.
— Une rupture, plutôt, répondit Rose.
— Ah! comprit la gérante. Ne vous en faites pas. Cela arrive plus souvent que vous ne pouvez l'imaginer.
Rose rangea sa baguette et tourna les talons. Elle capta le sourire empli de fierté de sa cousine dans le fond de la pièce et Rose lui répondit de même. Elle ouvrit la porte pour sortir à l'air libre, délicieusement frais. Rose prit une profonde inspiration et elle sentit tout le soulagement l'envahir. Elle l'avait enfin fait. Elle avait quitté l'homme qui se jouait d'elle depuis si longtemps. Elle voulut crier de joie mais il avait beaucoup de passant dans la rue.
— Tu crois pouvoir me quitter comme ça? s'écria une voix dans son dos.
Elle se retourna vivement et découvrit Chase, le visage rouge de colère et de brûlure. Il avait passé la porte et levait sa baguette vers Rose, écumant de rage. La jeune fille n'eut pas le temps de réagir. A vrai dire, elle n'en eut pas besoin.
— Impedimenta! cria une voix dans le dos de Chase.
Le corps du pauvre attrapeur voltigea au-dessus de Rose pour s'écraser sur le mur de pierre en face de la boutique de Madame Pieddodu. Il s'écroula ensuite dans une pile de poubelles nauséabondes dans des gémissements de douleur. Lily sortit à son tour du café, la baguette toujours tendue vers le corps de Chase qui poussait de faibles cris plaintifs.
— Je l'aime bien ce sort, dit Lily à sa cousine en rangeant sa baguette.
— Merci, lui dit-elle en la serrant dans ses bras.
— Tu m'as impressionnée à l'intérieur. Tu étais magnifique.
Rose sourit contre son épaule puis la relâcha. Lily lui sourit avec ses yeux verts, terriblement rieurs. Les deux cousines se dévisagèrent heureuses, puis la plus jeune désigna la grande-rue à sa droite dans une invitation silencieuse à s'élancer vers sa liberté et à tout ce que cela impliquait. Rose serra la main de sa cousine, fit fi de Chase toujours allongé dans les poubelles et partit en courant sur les dalles humides de l'allée principale de Pré-Au-Lard.
OoO
Scorpius contempla, du troisième étage, la file d'élèves qui se précipitaient vers les grilles du château pour se rendre à Pré-Au-Lard. Il était morose car il aurait pu profiter de cette sortie pour transplaner dans un pub et racheter des cigarettes. Il était toujours cloîtré à Poudlard, puni par Flitwick tandis qu'il observait Chase et Rose sortir de l'enceinte du château, ensemble. Il se détourna, écoeuré.
Il ne savait pas quoi faire pour s'occuper ce samedi. Toute son équipe de Quidditch était sortie s'amuser. Il n'avait pas le coeur de voler sur son balai, seul, ni de s'enfermer dans la bibliothèque pour bosser ses Aspics avec Albus. Il aurait pu tenir compagnie à Hugo ou à son clone dont la conversation lui permettait de ne pas se faire interrompre à tout bout de champ par son maître lorsqu'il s'épanchait sur ses problèmes.
D'un pas traînant, Scorpius prit la direction des salles de bain privées de Préfets. Il savait qu'il aurait la paix pour plusieurs heures et pourrait profiter d'un bon bain moussant pour enfin se détendre après ces semaines d'insomnies et de tourments. Quand il fut arrivé devant la statue de Boris le Hagard, un sorcier à l'air ahuri qui portait ses gants à l'envers, il se pencha vers la porte de bois blanc et prononça son mot de passe.
La porte s'ouvrit en grinçant, Scorpius y entra, une serviette sur l'épaule et ferma le verrou derrière lui. A son entrée, le magnifique lustre de chandelles éclaira les llieux d'une douce lumière. Ses pas résonnèrent sur le marbre blanc et il contourna la piscine rectangulaire aménagée dans le sol, au milieu de la pièce pour se diriger vers la centaine de robinets d'or et incrustés de pierres précieuses. Scorpius s'agenouilla et ouvrit quelques robinets, ses préférés.
Il en sortit un mélange d'eau et de diverses sortes de bains moussants. Déjà d'énormes bulles orangées laissaient dans la pièce une traînée d'arômes fruités en éclatant. Une épaisse couche de mousse se déversa dans le bassin principal et plusieurs jets tourbillonnaient en son centre en diffusant un arc-en-ciel de sels de bain. Scorpius commença à se déshabiller. Il déboutonnait sa chemise lorsqu'il croisa le regard de la sirène dans l'unique tableau de la salle de bain. Celle-ci, d'habitude profondément endormie sur son rocher, scrutait Scorpius avec envie, ses longs cheveux dorés ondulant au gré des bourrasque du tableau.
— Hey! s'exclama Scorpius. Retourne-toi, s'il te plait!
La sirène eut une moue boudeuse puis, à regret, se cacha ses yeux derrière ses mains palmées. Scorpius enleva le bas en surveillant la créature marine. Plusieurs fois ses doigts s'étaient écartés discrètement et un petit rire aigu avait retenti dans le tableau. Lorsque le bassin fut rempli d'eau chaude, de mousse et de bulles, Scorpius, entièrement nu, referma les robinets uns à uns et se glissa dans l'eau délicieusement chaude.
Il poussa un grognement de plaisir en s'immergeant dans l'eau. Déjà, tous ses soucis s'énavouissaient dans la mousse de ce bain. Il plongea , fit quelques longueurs avant de revenir là où il pu s'asseoir, sur un petit remontoir, au milieu de mousses, de nuages multicolores et de jets d'eau. En nageant, ses cheveux blonds lui étaient tombés dans le yeux et il les rabattu en arrière en se frottant le visage. La sirène l'observait, toujours aussi amusé mais Scorpius n'y prêtait pas attention. De toute façon, elle ne pouvait pas mater sous la ceinture avec toute cette mousse. Il s'était toujours demandé qui avait eu cette idée étrange d'accrocher le tableau d'une sirène mateuse dans la salle de bain des Préfets.
Il laissa son esprit vaquer à des idées, des pensées. Le parfum entêtant des bulles magiques détendait chaque partie de son corps et il se sentait somnolant, apaisé. Il n'aurait su dire combien de temps il passa à contempler le manège des jets enchantés. De fait, il n'entendit pas la personne qui réussit à entrer dans la salle de bain et à se glisser derrière lui. L'inconnu s'assit derrière lui et plongea ses jambes nues autour de lui. Scorpius sursauta et voulut se retourner mais des mains lui masquèrent les yeux en le forçant à rester de dos.
La surprise passée, il ne put s'empêcher de sourire. Il connaissait ces mains, ces jambes et cette poitrine qui se pressait contre son dos.
— N'aies pas peur, lui sursurra la voix de Rose à son oreille.
Ses longs cheveux roux lui chatouillèrent la joue et il perdit un peu ses moyens lorsqu'il sentit la pointe de ses seins contre la peau de son dos.
— Qu'est-ce que tu fais là? demanda-t'il, les yeux toujours bandés par ses mains.
— C'est la Saint-Valentin…, répondit Rose d'une voix incroyablement sensuelle.
Scorpius sentit ses membres frémirent au son de sa voix. Il ne voyait plus et la seule chose à laquelle il se raccrochait était la sensation de l'eau, le toucher de Rose et cette voix… La voix de Rose vibrait en lui, jusqu'au bout de ses doigts. Il avait envie de la toucher.
Il leva une main hasardeuse et rencontra le touché soyeux de ses boucles. Il tâta doucement le sommet de son crâne puis descendit jusqu'à sa joue. Sa peau était douce et il finit par trouver ses lèvres charnues. Scorpius laissa échapper un faible soupir lorsqu'il sentit la langue de Rose goûter à ses doigts. Elle laissa promener sa langue sur ses phalanges mouillées et suça le bout de son index.
Scorpius n'en pouvait plus. La poigne de Rose autour de ses yeux faiblissait à mesure qu'elle se concentrait sur ses doigts. Il se dégagea et se retourna vers elle. Il eut un petit choc en la découvrant entièrement nue, assise sur le rebord de la piscine, ses cheveux roux cascadant autour de son visage. Ses joues s'étaient empourprés mais elle lui souriait et Scorpius sentit son coeur chaviré.
— Tu n'étais pas avec Chase? demanda-t'il d'une voix un trop dure à son goût.
Rose lui adressa le plus beau sourire qu'il ne lui avait jamais vu.
— C'est fini, tout ça, répondit-elle, heureuse.
— Comment ça?
— Je crois qu'Albus ne sera pas très content quand il va apprendre que j'ai balancé mon café bouillant sur Chase et que Lily lui a jeté un sort chez Madame Pieddodu.
— Tu as fais quoi?
Il n'osait y croire. Pas après tous ces mois à lutter contre l'amour qu'elle portait à cet ignoble petit troll ou à la supporter jouer la comédie dans d'autres bras que les siens. Rose éclata de rire tout en opinant de la tête. Sa mine était réjouie, son visage trahissait le bonheur intense de sa délivrance. Scorpius pouvait voir la différence. Elle était différence, enfin soulagée d'un poid qu'elle avait porté pendant des années.
— C'est fini? répéta Scorpius dans un souffle.
— C'est fini… Je suis tout à toi.
Elle ouvrit les bras pour l'inviter à s'approcher. Il ne se fit pas prier. Il nagea vers elle en retrouvant pied et la serra dans ses bras en enfouissant son visage dans ses seins. Il inspira son odeur tandis qu'elle lui caressa ses cheveux mouillés.
— C'est fini, dit encore Rose d'une voix douce.
Scorpius la poussa soudain dans l'eau. Rose poussa un cri de surprise en plongeant dans l'eau chaude. Elle émergea, trempée, crachant de l'eau et s'ébattant dans l'eau. Scorpius éclata de rire, devant elle. Lorsque Rose reprit ses esprits, elle lui balança une énorme vague d'eau moussante qui mouilla à peine le Serpentard. Ils débutèrent une bataille d'eau pendant quelques minutes tout en se rapprochant de plus en plus, riant aux éclats. Scorpius finit par avoir le dessus en emprisonnant les poignets de sa rivale dans ses mains. Elle se débattit faiblement en le dévisageant férocement. L'expression de Scorpius avait tout à coup changé. Il était passé de l'amusement à l'excitation.
Il attira doucement la jeune fille contre la paroi du bassin. Scorpius étira ses bras sur le rebord de la piscine, emprisonnant Rose contre lui.
— Tu as perdu, lui dit-il avec un sourire moqueur.
— Je t'ai laissé gagner.
Il rit tout en avançant son visage vers le sien pour l'embrasser tendrement. Rose chatouilla ses lèvres du bout de sa langue et il approfondit le baiser. Il émit un son rauque entre ses lèvres et lui prit le visage dans ses mains. Lentement, tendrement, leurs bouches se joignirent et leurs langues se mêlèrent.
— Tu ne peux plus t'enfuir maintenant, lâcha-t'il dans un souffle en s'écartant légèrement.
— Toi non plus.
Scorpius se colla à Rose, jusqu'à ce que la pointe de ses seins frôle sa poitrine. Une de ses mains glissa de son dos, passa sous ses fesses et la souleva légèrement. Rose se laissa guider par les mains pressantes de son amant. Elle se jeta dans ses bras, emportée par le plaisir de l'eau brûlante sur sa peau et des caresses du Serpentard. Scorpius la touchait partout, emporté par le besoin urgent de la posséder, là, maintenant.
Rose n'était pas en reste. Elle s'accrochait désespérément à lui et pressait sa bouche sur la sienne. Il n'y avait rien de doux dans ses baisers mais plutôt un ordre suppliant de la contenter. Elle l'embrassait en pressant sa langue contre la sienne et quand il ne répondait pas assez vite, elle lui mordillait la lèvre.
Scorpius perdit tout contrôle de lui-même. Face à cette lionne, il ne pouvait que se montrer à la hauteur. Il la tenait toujours fermement, ramenant ses cuisses autour de sa taille, l'embrassant encore plus profondément, prémisse de ce qui allait bientôt suivre.
Tous les deux avaient perdu la tête. Ils avaient tout occulté, seulement le soulagement de leur retrouvaille et le désir brûlant qui les consummait chacun. Il lui sourit légèrement pour exprimer le bonheur qui emplissait son coeur de l'avoir contre lui, loin de Chase, et elle lui sourit de la même façon. Il l'embrassa encore et la pénétra en la faisant crier dans ses bras. Elle gémit encore lorsqu'il recommença et il se sentit électrisé, bercé par les petits cris de Rose qui découvrait sereinement pour la première fois.
— Scorpius…, gémit Rose entre deux halètements.
Il la serra contre lui, l'embrassant passionnément. Son coup de rein lui arracha un autre cri de plaisir qui mourut entre ses lèvres. Il activa le mouvement, rassuré par les gémissement de plaisir et la respiration haletante de la Gryffondor. Elle n'avait plus mal et l'eau chaude s'infiltrait en elle en décuplant leurs sensations. Rose se mit à lacérer son dos de ses ongles. Les mains de Scorpius se promenaient sur la peau de Rose, se glissèrent entre ses ses fesses et caressèrent le point tendu et gonflé, là où leur deux corps se rejoignaient dans un mouvement de va-et-vient. A ce contact, Rose s'arqua brusquement en poussant un cri d'extase qui rendit fou Scorpius.
Elle s'écroula sur lui, ses mains gisant mollement sur ses épaules et ses bras se laissant bercer par les vaguelettes de l'eau chaude. Elle était pantelante dans ses bras et les mains de Scorpius l'empêchait de couler. Scorpius l'écouta encore pousser de faibles gémissement, ses jambes tremblantes autour de sa taille et elle se raidit une deuxième fois losqu'il se déversa enfin en elle, dans un cri rauque et désespéré.
Scorpius luttait pour garder un tant soit peu de conscience. Il s'accrochait au rebord de la piscine, soutenant Rose, le visage souriant, la respiration haletante. Malgré son expression de joie, Scorpius vit qu'elle avait pleuré. Elle déposa une série de baiser sur ses lèvres et il la garda contre lui un long moment, profitant de cet instant qui n'appartenait qu'à eux.
Ils remontèrent du bassin avec beaucoup de difficulté, gloussant comme des idiots, ivres d'amour. Scorpius aida Rose à grimpa sur le marbre blanc et ils s'effondrèrent l'un sur l'autre, nus et la peau fumante. Ils s'enlacèrent en essayant de calmer leur respiration et les battements de leurs coeurs qui n'avaient pas cessé de s'accélérer dès leur premier baiser. Scorpius était heureux, plus heureux qu'il n'aurait jamais cru l'être. Enlaçant la belle rousse dans ses bras tremblants, il aurait pu faire apparaître le plus beau patronus jamais créé et il était sûr de garder ce souvenir à jamais gravé dans sa mémoire.
— Il n'y avait pas une sirène dans ce tableau? demanda Rose, essoufflée.
Scorpius releva un peu la tête. L'énorme cadre doré, accroché sur le mur d'en face, était vide. Il n'y restait plus qu'un énorme rocher noir, désolé, et une mer déchaînée.
— Elle a dû s'enfuir quand elle nous a vu commencer, comprit Scorpius.
Ils se dévisagèrent gênés jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus se retenir de rire. L'échos de hilarité résonna dans la salle de bain pendant de longues minutes.
