25

PIEGE TENDU


Rose s'éveilla d'un long et doux rêve à la lumière de l'aube qui passait par la fenêtre de la chambre de Scorpius. Elle s'étira dans ses draps, imprégnés de son odeur dans un long et profond soupir. Rose était nue, sa pudeur préservée uniquement par l'épaisse couverture d'un vert sombre. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler où elle se trouvait. La chambre de Scorpius lui sembla incroyablement lumineuse et lorsqu'elle se retourna, pour contempler son amant endormi, elle ne put s'empêcher de sourire.

Scorpius dormait à poing fermé, la bouche légèrement entrouverte. Cela amusa Rose qui lâcha un petit rire lorsqu'il grogna dans son sommeil. Ils venaient de passer leur toute première nuit ensemble. Rose était comblée et elle espérait que le Serpentard le soit autant qu'elle. La jeune fille se tendit vers lui, et caressa son duvet qu'il n'avait pas encore eu le temps de raser. Des poils blonds piquaient dans tous les sens et Rose s'amusa à passer son pouce en suivant la ligne de son menton, ce qui réveilla Scorpius.

— Qu'est-ce que tu fais? demanda-t'il d'une voix pâteuse.

— Je t'admire, répondit Rose avec un grand sourire.

Le beau blond eut un petit rictus coquin et attira sa compagne contre lui en la serrant dans ses bras. Rose se blottit sur son torse. Sa peau était froide mais elle ne tarda pas à se réchauffer à son contact. Scorpius se mit à caresser son bras en passant le bout de ses doigts sur sa peau. Rose frissonna et elle rougit en repassant dans sa tête tout ce qu'ils avaient fait hier soir.

Saisie soudain d'une angoisse, elle releva précipitamment la tête.

— Ça t'a plu? demanda-t'elle.

— Quoi?

— Ce qu'on…

Elle devint rouge pivoine, ne pouvant continuer sa phrase, jugée comme trop indécente. A la place, elle baissa le regard sur le bas ventre de Scorpius et celui-ci éclata de rire. Son hilarité ne rassura pas du tout la jeune fille qui le dévisagea avec appréhension.

— Non, non! reprit Scorpius en remarquant le trouble de Rose. C'était super. J'ai jamais… Je suis l'homme le plus heureux de la terre, voilà.

— C'était mieux qu'avec toutes les autres? demanda encore Rose en fronçant les sourcils.

— Y en a pas eu tant que ça…

Les yeux de Rose se plissèrent plus encore, soupçonneuse. Scorpius leva le menton en se grattant. Il avait enfin réussit à faire une nuit complète et il somnolait encore un peu. Il ouvrit la bouche, hésitant, puis la referma et pendant tout ce temps, Rose imagina les pires réponses possibles.

— Je suis obligé de répondre à cette question? finit-il par dire.

— Finalement, je ne veux pas savoir.

Rose fit mine de se lever, boudeuse. Scorpius la retint par le bras et l'obligea à le rejoindre sous les draps. Ils se blottirent l'un contre l'autre et Scorpius lui pinça les fesses alors que la jeune fille était couchée sur lui. Sa main remonta dans son dos et Rose se pencha vers lui pour embrasser ses lèvres. Ses épaisses boucles rousses chatouillaient le visage de Scorpius et il remonta ses cheveux derrière sa nuque en la dévorant des yeux.

— Tu es magnifique…, dit-il sur un ton de pure admiration.

Rose lui sourit tendrement. Ses seins nus se pressaient contre son torse et ses mains se faisaient plus intrusives. Elle l'embrassa encore une fois, en prenant plus de temps pour le goûter à sa guise et savourer le plaisir qu'elle en retirait, mêlé aux sensations que lui procurait son toucher sur sa peau. Petit à petit, elle sentit sa propre excitation grandir entre ses cuisses.

Elle se redressa doucement, s'assit sur son ventre et commença à onduler du bassin pour caresser brièvement son érection. Tandis qu'elle jouait avec le feu, Rose se concentrait sur les expressions faciales de Scorpius. Celui-ci se tendait à chaque contact, grimaçait lorsqu'elle approchait la limite de la pénétration et son souffle relâché quand elle se retirait aussi vite qu'elle n'était venue. Elle était en train de le rendre fou et son propre plaisir montait aussi vite que le sien.

— C'est ta punition, dit-elle d'une voix rauque, les joues enflammées.

Scorpius posa ses mains sur ses hanches et accompagna son mouvement de bassin en tremblant lorsqu'elle se rapprocha, une fois de plus, d'une union imminente. Elle resta au-dessus de lui, immobile, la respiration de plus en plus haletante, incapable de détourner le regard de ses prunelles bleus ciel qui la fixait, suppliant.

— C'est de la torture…, émit-il dans un souffle.

Ce mot la rendit rêveuse. Elle perdit un peu de son excitation et se replongea dans ces six derniers mois. Elle repassa dans sa mémoire toutes les fois où elle avait 'torturé' le jeune homme, toutes les fois où elle lui avait fait croire qu'ils seraient ensemble, toutes les fois où elle avait vu chez lui cette expression d'abattement et de déception amère. Scorpius avait dû remarquer sa soudaine tristesse car il se redressa aussitôt, rompant l'ambiance torride qui s'était installée entre eux.

— Qu'est-ce que tu as? demanda-t'il soudain très alerte.

— Ce n'est rien...

Elle se laissa tomber à côté de lui et il la contempla, plein d'appréhension. Son inquiétude la rendait encore plus coupable. Scorpius rabattit la couverture sur eux et il la dévisagea en cherchant à deviner ce qui se passait en elle. Rose était tentée de ne rien lui révéler. Elle pourrait écouter sa lâcheté et sa honte, prendre ses affaires et quitter sa chambre. Mais elle désirait, par-dessus tout, ne plus jamais faire de la peine à Scorpius Malefoy.

— Je suis désolée, commença-t'elle en levant les yeux vers lui.

— Quoi? Pourquoi? s'inquiéta-t'il tout à coup.

Il devait, sans doute, croire qu'elle allait le quitter une fois de plus. Elle pouvait lire la peur dans ses yeux. Il avait posé sa main sur son bras, geste tendre qui trahissait toute son angoisse à la voir partir, une fois de plus.

— Non, je suis désolé pour tout ce que je t'ai fait endurer. Tu ne méritais pas ça.

Son expression passa de la crainte au soulagement. Sa prise sur son bras se transforma en caresse qui fit frissonner la jeune fille.

— Tu n'as pas à t'excuser, répondit-il avec un petit sourire au coin. Si quelqu'un doit s'excuser, ce serait plutôt moi et Albus.

— Tu n'as rien à te reprocher.

La réponse de Scorpius l'avait rassurée et elle repassa une main sur son torse en jouant avec ses poils blonds. Scorpius eut un petit rire triste. Il se passa une main dans ses cheveux, geste qui avait tendance à l'agacer auparavant mais qu'elle trouvait irrésistible maintenant qu'elle était dans son lit.

— Je n'en suis pas si sûr, répondit-il en lui souriant toujours en observant ses doigts se promener négligemment sur son torse. Je t'ai fait pleurer plusieurs fois.

Rose n'arrivait plus à se souvenir. Elle se rappelait, fort bien, de ses innombrables pleurs pour ce crétin de Chase. En ce qui concernait Scorpius, elle n'avait pas versé une larme quand il lui avait réclamé son amour dans la colère et la frustration. Elle garda le silence en intensifiant ses caresse pour lui donner la chair de poule.

Lorsqu'il se tourna vers elle, Rose l'embrassa encore.

— Je suis désolée aussi de ne pas te l'avoir dit.

Il la contempla, d'abord interloqué, puis comprit de quoi elle parlait. Il poussa un petit soupir en baissant les yeux gênés.

— Ce n'est pas grave, dit-il d'une voix un peu triste. J'ai compris que ce n'était pas parce que tu ne m'aimais pas.

Scorpius se colla un peu plus à elle et Rose constata qu'il n'avait rien perdu de son désir à la posséder à nouveau. Il posa sa main sur sa joue en caressant ses lèvres charnues de son pouce.

— J'étais terriblement jaloux de Chase, murmura-t'il comme s'il osait prononcer un odieux jurons.

Rose passa sa jambe au-dessus de sa hanche pour se coller plus à lui. Elle l'avait prise dans ses bras et parcourait le creux de son dos en ne le quittant pas des yeux.

— Tu n'as absolument rien à lui envier, assura-t'elle tout bas.

Ils s'embrassèrent encore, longtemps, s'accrochant et se pressant l'un à l'autre. Scorpius la fit basculer sous lui tout en capturant encore et encore sa bouche, dardant sa langue contre la sienne jusqu'à ce qu'elle pousse un gémissement qui le fit frémir. Il lui écarta un peu plus les cuisses de son genoux en prenant appui sur ses coudes.

— Tu me le diras quand tu seras prête, dit-il encore d'une voix rauque, le souffle haletant. Ce n'en sera que plus beau.

Et d'un coup de rein, il pénétra en elle en lui arrachant un cri de plaisir.

OoO

Ces dernières semaines, Scorpius se sentait profondément heureux.

Il avait passé quasi toutes ses nuits avec la belle rouquine, bien au chaud dans son lit, à la contempler nue dans ses bras. Tout ce qu'il avait pu imaginer sur toutes les choses qu'il aurait aimé lui faire, tous ses fantasmes sur la belle Gryffondor, tous ses désirs étaient comblés bien au-delà de toutes ses espérances. Il découvrait Rose dans ses petits cris, dans chacun de ses frissons d'extases ou de ses expressions qui lui faisaient perdre la tête. Elle qui s'était crue frigide… Scorpius avait exploré une amante sensuelle, langoureuse et terriblement exigeante quant à son propre plaisir qu'il contentait avec beaucoup de joie.

Au delà de leurs innombrables nuits torrides, Rose et Scorpius sortaient enfin officiellement ensemble. La rupture de la jeune fille avec Chase avait fait du bruit à Pré-Au-Lard et avant la fin de la journée, toute l'école était au courant. Le malheureux rejeté n'était plus que le centre de l'attention pour ses déboires amoureux et il baissait l'échine à chaque fois que quelqu'un lui demandait s'il était vrai qu'il s'était fait battre par deux filles. A chaque fois que Scorpius passait devant lui, le Serpentard lui adressait un sourire victorieux et il voyait Chase serrer les dents avec une envie de meurtre dans le regard. Cette défaite en plus de celle du match de Quidditch avait fini par faire redescendre le jeune coq de son pied d'estale et les rires gras de Chase Wilson et de sa cour se faisaient plus rares.

Son bonheur continuait dans tous les échanges de regards avec Rose dans les couloirs. A chaque fois qu'ils se croisaient, ils s'adressaient des sourires charmeurs, s'effleuraient brièvement et se retournaient toujours pour voir l'effet produit chez l'autre. Scorpius adorait voir l'expression de Rose espiègle et si provoquante car même s'ils se la jouaient discret en public, ils savaient pertinemment qu'ils se rejoindraient dans sa chambre, après le repas du soir.

De fait, Scorpius se montrait plus distrait en classe et bien sûr, son meilleur ami avait remarqué ce changement.

— Je peux savoir à quoi tu penses? demanda un jour ce dernier alors qu'ils dinaient dans la Grande Salle.

Scorpius souriait niaisement à Rose, attablé à côté de Lily qui peinait d'attirer son attention. Il n'avait pas entendu la question d'Albus et il se força à détourner le regard pour se tourner vers son ami quand celui-ci menaça de lui planter la main avec sa fourchette.

— Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

— Tu es très étourdi, en ce moment.

— Ah bon? lâcha Scorpius en avalant ses petits pois.

Albus le détailla longuement puis se tourna vers la table des Gryffondors. Il remarqua le manège de Rose qui lançait des oeillades à Scorpius en rougissant sous sa tignasse rousse. Albus plissa les yeux sous ses lunettes rondes, sa fourchette toujours suspendue au-dessus de son assiette.

— Vous l'avez encore fait, pas vrai?

— Eh ben, dit Scorpius en coupant un morceau de son steak. Tu en as mis du temps. Ça fait plus d'un mois que ça dure…

— Quoi? s'exclama Albus, scandalisé.

Devant la mine défaite de son ami, Scorpius craignit qu'il ne l'ait froissé en devenant plus intime avec sa cousine. Mais il comprit rapidement qu'il n'était contrarié que parce qu'il ne s'en apercevait que maintenant. Scorpius but une longue gorgée de jus de citrouille en observant encore sa copine (qu'il était bon de pouvoir penser cela) rire aux éclats à une blague de Lily.

— Comment se fait-il que je n'ai rien vu? continua Albus toujours aussi déconfit.

— Tu as été pas mal occupé en ce moment avec l'appareil d'Hugo.

— C'est pour ça que Chase est plus réservé, ces derniers temps! s'exclama Albus en passant du coq à l'âne.

Il avait abattu son poing qui serrait sa fourchette, sur la table en faisant trembler sa coupe.

— Je n'ai pas remarqué, mentit Scorpius avec un sourire mauvais.

— C'est mauvais ça...très mauvais. Il va se montrer plus méfiant.

Scorpius s'en fichait pas mal mais il ne dit rien de ce qu'il pensait vraiment à Albus. Dans son plan parfait pour contrer l'éventuel conspiration de Chase, Rose aurait dû continuer à sortir avec lui. Mais le jeune homme ne voulait plus revenir en arrière même s'il le pouvait. Il adorait sa toute nouvelle relation avec Rose. Avec elle auprès de lui, chaque soir, il oubliait que ses parents l'avaient jeté dehors à Noël. Il ne faisait plus d'insomnie, coucher contre elle, dans ses bras et il avait drastiquement diminué sa consommation de cigarettes. Avec Rose, il devenait un autre homme et il adorait ces changements.

Après ce dîner et les jours qui suivirent, Albus se montra plus distant. Rose demanda à Scorpius s'il n'était pas vexé de leur toute nouvelle relation mais il la rassura en lui expliquant qu'il était surtout contrarié pour Chase.

— Je n'allais tout de même pas le laisser se foutre de moi indéfiniment! rugit Rose.

A cette réponse, Scorpius avait esquissé un sourire, heureux.

Cette bonne humeur continua les semaines qui suivirent, le déconnectant de tout. Pendant tout ce temps, il n'avait pas remarqué les murmures sur son passage et surtout les regard de pitié de ses professeurs lorsqu'ils s'adressaient à lui. Il ne s'en aperçut vraiment que lorsque le professeur Radcliffe le héla à la fin du cours.

— Comment allez-vous, Mr Malefoy?

La question l'avait quelque peu désarçonné.

— Euh...Très bien, merci, répondit-il un peu gêné.

— Vous êtes sûr? J'ai appris du professeur Flitwick que vous aviez quitté le manoir de vos parents.

— Ah!

Scorpius comprit enfin où il voulait en venir. Il fut touché mais la soudaine inquiétude de son professeur préféré lui fit réaliser à quel point on pouvait discuter de sa situation dans le corps enseignant.

— Ne vous en faites pas, professeur. Tout va très bien. Je suis très bien entouré. Mes amis me soutiennent. Ils m'ont tous déjà proposé de loger chez eux.

— Vous parlez d'Albus Potter et de Miss Weasley?

— Entre autre…

Le professeur Radcliffe devint tout à coup songeur. Il jeta un oeil derrière Scorpius comme pour s'assurer que tous les élèves de sa classe avaient bien quitté son cours. Lorsqu'il fut assuré qu'ils étaient bien seuls, il se pencha un peu plus vers Scorpius, comme pour lui faire une confidence qui ne devait pas tomber dans des oreilles indiscrètes.

— Vous vous êtes beaucoup rapprochés de Miss Weasley, je me trompe?

Scorpius haussa les sourcils, surpris. Son professeur lui fit un clin d'oeil espiègle avant de s'asseoir sur son bureau. Apparemment, il en savait long. Il se demanda si le professeur était aussi fin observateur que son meilleur ami ou si ce dernier avait, sans le vouloir, propager les ragots sur sa relation avec Rose. Radcliffe paraissait amusé du trouble du Serpentard qui n'avait pu s'empêcher de rougir sous les indiscrétions du professeur de moldu.

— Elle a l'air de vous faire du bien, lui dit-il avec une profonde gentillesse.

— C'est le cas, monsieur, dit Scorpius avec un sourire.

— Je dois cependant vous avertir, Mr Malefoy. J'ai surpris Mr Wilson avec ses amis parler de vous en termes peu flatteurs et j'ai pu entendre qu'il comptait vous le faire payer dans très peu de temps.

Scorpius accusa la nouvelle, sceptique mais tout de même méfiant. Si un professeur se donnait la peine de prévenir, c'était que Chase n'avait pas dû y aller par le dos de la cuillère, niveau menaces et autres insultes. Cependant, il doutait que lui et sa troupe de guignols aient les capacités cérébrales pour le surprendre.

— Vous avez entendu ce qu'ils disaient?

— Je n'ai pas très bien compris et quand je les ai sermonnés, ils se sont éclipsés rapidement. Je n'ai malheureusement que très peu d'autorité en tant que cracmol, soupira Radcliffe.

Les paroles d'Albus résonnait dans son esprit. Ces derniers temps, il oubliait tout ce qui se tramait à Poudlard et leurs soupçons sur Chase avait vite été éclipsée par sa rupture fracassante avec Rose. Et soudain, il imagina Chase complotant avec ses sbires entre deux colonnes. Ce même Chase devenu plus méfiant et discret ces dernières semaines…

— Merci, professeur. Je ferai attention.

Il n'écouta pas les derniers conseils de Radcliffe et se saisit de ses affaires pour sortir de la classe. Les couloirs étaient plus parsemés. La plupart des élèves avaient déjà rejoint leur classe. Scorpius trouva Albus dans le laboratoire d'Hugo fraîchement remis à neuf. Les deux cousins consultaient l'un de ses plans retrouvés dans son coffre secret.

— Chase prépare quelque chose, annonça Scorpius une fois qu'il passa la porte secrète de la salle sur Demande.

— Comment tu le sais? demanda Albus qui avait relevé la tête, soudain très alerte.

— C'est Radcliffe qui m'a prévenu. Il a surpris une conversation entre Chase et ses gorilles. Il n'a pas eu l'idée de leur demander plus de détails mais ça devrait se passer dans très peu de temps.

Albus s'éloigna de la table pour faire les cents pas.

— Ben, c'est pas grave, dit Hugo en retournant à ses plans. Tu le défonces, comme d'hab! Ça a pas l'air d'être si compliqué. Même Lily a réussi à lui foutre une raclée.

— Ma soeur est anormalement puissante mais ce n'est pas le sujet, rétorqua Albus en s'arrachant à ses pensées.

— Je ne pense pas qu'il cherche vraiment à se venger de moi. S'il voulait vraiment faire payer quelqu'un, il s'en prendrait à Rose, dit Scorpius en observant Albus tourner en rond.

— Tu lui as tout de même voler sa copine et il ne faut pas oublier ta victoire contre lui au Quidditch, dit Albus

— Comment ça "voler sa copine", s'exclama Hugo. Tu sors avec ma soeur?

— C'est pas le problème, dit Albus en chassant le commentaire de la main comme une mouche gênante imaginaire.

Scorpius lança un regard à Hugo. L'expression de celui-ci passait de l'incrédulité au prémisse de la colère avec une pointe de dégoût.

— C'est une histoire assez compliqué, se justifia Scorpius en se tournant vers le petit Serdaigle.

Hugo s'était laissé tombé sur l'un de ses cartons en ignorant la plainte de bruit de verre brisé sous son poids. Scorpius pouvait voir ses expressions changées à toute vitesse, aussi vite que ses raisonnements suite à cette révélation. La dernière lui arracha une grimace d'écoeurement. Il plissa les yeux en se tournant vers le Serpentard.

— Quand je pense que tu as partagé notre repas de Noël… Vous l'étiez déjà, hein… Oh mince! s'exclama-t'il tout à coup. Mon père va te tuer!

— Chase est acculé, dit Albus surtout pour lui-même. Il a dû perdre la raison quand il a perdu Rose. Cela ne devait pas faire partie de son plan. Il ne doit plus être animé que par la colère et la terreur. Coktail dangereux mais terriblement idiot. Il fera des erreurs…

— Tu comptes lui dire? demanda Scorpius à Hugo.

Il n'avait pas écouté un mot de ce que venait de dire son meilleur ami. Le Serpentard était bien trop concentré sur l'air de malice du petit génie. Il s'était rapproché de lui, l'air menaçant, en délaissant, tous deux, complètement, Albus dans un coin, toujours en train de faire les cent pas.

— Pas forcément. Vois ça plutôt comme un moyen de pression… J'ai enfin assez d'éléments pour faire chanter ma soeur pour le restant de ses jours!

— Je t'interdis de…, dit Scorpius en soulevant Hugo par le col.

Celui-ci, nullement impressionné, leva sa baguette sous le menton de son assaillant.

— Tu veux te battre? Tu sais que rien ne me feras plier, dit Hugo avec un sourire.

Scorpius le reposa lentement, la baguette d'Hugo toujours pointé sur sa poitrine. Il savait bien qu'affronter Hugo Weasley relevait de la folie pure. Il l'avait déjà vu, entouré de plusieurs élèves beaucoup plus âgés que lui, pour lui donner la raclée de sa vie après les avoir ridiculisé en cours. Ils avaient tous fini à l'infirmerie, victime de sorts que même Madame Pomfresh n'avait pu identifier correctement. Il avait fallu lui demander son assistance pour défaire ce qu'il leur avait infligés.

— Tu mériterais une bonne fessée, maugréa Scorpius entre ses dents.

— C'est ce que me répète constamment mes professeurs, haussa des épaules Hugo en rangeant sa baguette dans sa poche.

— Pourriez-vous rester concentrés plus d'une minute? s'énerva Albus. On a un problème plus important que les histoires de coeurs de Scorpius et de Rose.

Albus avait arrêté de faire les cents pas en constatant que personne ne l'écoutait. Il s'était posté devant son cousin et son meilleur ami. Les traits de Scorpius était encore déformé par la colère et il fit volte face vers Albus, plus frustré que jamais.

— Et tu proposes quoi? lui lâcha-t'il sur un ton un peu trop sec.

— Enfin un peu d'attention, soupira Albus.

— Si j'étais Chase, dit Hugo en triturant deux câbles, je t'attaquerais pendant ta ronde, la nuit, dans les couloirs déserts du château, sans un professeur dans les environs…

— Il n'oserait jamais m'attaquer seul, dit Scorpius, sûr de lui.

— Bien évidemment, renchérit Albus. Il sera sûrement avec ses sbires.

— Tu penses à quoi?

Albus réfléchissait à toute vitesse. Scorpius pouvait deviner que tous les scénarios possibles et imaginables tourbillonnaient dans son esprit. Il demeura pensif pendant de longues minutes jusqu'à enfin se décider sur la marche à suivre.

— Si Chase nous croit assez stupide pour tomber dans son piège alors nous devrions lui rendre la monnaie de sa pièce. On va retourner la situation à notre avantage pour enfin savoir ce qu'il manigance.

— Je te rappelle qu'avec son équipe de quidditch, ils sont sept au moins à vouloir me le faire payer. Et nous sommes trois avec Rose.

— Moi, je peux aider, dit Hugo en levant la main.

— Trois et demi, corrigea Scorpius.

Hugo lui lança un doigt en ronchonnant dans son coin. Scorpius savait très bien qu'avec le cerveau d'Hugo, ils pourraient vaincre les amis de Chase en un claquement de doigt et c'était justement cela qu'il craignait en l'emmenant avec eux. Albus opina silencieusement de la tête.

— Nous sommes clairement en sous-nombre. On pourrait tout de même y aller quand même.

— A trois? s'exclama Scorpius. Tu es fou.

— Mes parents ont fait bien pire... , dit-il sur un ton qui ne plut pas à son meilleur ami.

— Justement! Je suis persuadé qu'ils n'approuveraient pas le plan que tu as en tête.

— Non, en effet, dit Albus. C'est pour cela qu'on va faire une chose qu'ils n'ont jamais fait lorsqu'ils étaient sur le point de se mettre en danger.

— Renoncer? proposa Scorpius.

— Attaquer Chase dans son sommeil? dit Hugo à l'autre bout de la salle.

— Tentant…, répondit Albus. Mais mieux… Nous allons demander de l'aide!

Lorsque Scorpius avait entendu le plan d'Albus, énoncé dans ses moindres détails, accompagné d'un petit schéma tracé à la plume (car Albus adorait les schémas), il comprit, qu'encore une fois, il était sur le point de se mettre incroyablement en danger. Parfois, il lui arrivait de se demander si le Choixpeau ne s'était pas trompé de maison pour Albus. Il avait certes l'ambition des Serpentard mais il possédait aussi indéniablement la témérité des Gryffondor, beaucoup plus que Rose d'ailleurs, surtout en ce qui concernait les plans débiles et terriblement dangereux.

Ils avaient réussi à dissuader Hugo de lâcher un filet du diable dans le château pour, d'après lui, débusquer les perfides Poufsouffle. Albus l'avait convaincu de monter la garde dans son labo au cas où Chase essaierait de nouveau de détruire les preuves. Hugo s'était, tout de suite, affoler à cette idée, en promettant que plus jamais on ne réussirait à l'oublietter. Le petit génie sous contrôle, Albus et Scorpius étaient allé à la rencontre de Rose qui sortait de son cours d'histoire de la magie avec le professeur Binns.

Tout était en place, chacun sachant ce qu'il lui restait à faire. Et bien sûr, Scorpius se retrouvait seul dans les couloirs de Poudlard, patrouillant en sifflotant, sa main serrée autour de sa baguette qui luisait faiblement.

Il patrouillait depuis une bonne demi-heure comme si de rien n'était. En réalité, il sursautait au moindre bruit et éclairait chaque recoin obscur comme si Chase était tapi derrière une armure pour lui sauter dessus. Une heure passa encore dans un silence total qui devenait de plus en plus oppressant. Scorpius passa la lourde porte de la Grande Salle. L'immense pièce était déserte et plongé dans l'obscurité sans la lumière chaleureuse des bougies volantes. Le ciel du plafond était calme et clair, les étoiles scintillant dans la volute bleu sombre. Cela faisait toujours une drôle d'impression pour le Serpentard d'entrer dans cette pièce la nuit. Les longues tables étaient étrangement vides et l'estrade en bout de salle, avec ses grands sièges vides, lui faisait toujours froid dans le dos.

Il entendit soudain un bruit de pas suivi d'un petit rire qui lui glaça le dos. A cet instant, une voix traînante s'éleva derrière lui.

— Alors Malefoy? On flemmarde, à ce que je vois…

Scorpius fit volte-face, la baguette brandit devant lui, la mâchoire serrée. Il s'était préparé à ce moment mais lorsqu'il vit surgir devant lui les silhouettes noires des joueurs de Poufsouffle, il ne put s'empêcher de se sentir extrêmement nerveux. Finalement, le plan d'Hugo ne les attaquer dans leur sommeil n'était pas une si mauvaise idée que cela. Plusieurs baguettes étaient pointées droit sur sa poitrine dont celle de Chase qui s'avança plus en avant, fier de lui.

— Tu sais pourquoi on en est là, pas vrai? lui demanda Chase.

— Parce que je sais ce que tu prépares à Poudlard…, répondit Scorpius avec tout le flegme dont il était capable.

La réponse du Serpentard désarçonna l'attrapeur. Il devint extrêmement pâle et ses lèvres se tordirent en une horrible grimace.

— Qu'est-ce que tu sais? rugit Chase en le menaçant avec sa baguette.

— Presque tout… Je sais que tu te servais de Rose pour le Quidditch mais aussi pour approcher ses parents. Tu avais besoin d'informations pas vrai? Sur les reliques et sur la Chambre des Secrets. J'ai découvert le trou que vous avez creusé. Pas gentilles, ces araignées, hein? dit-il encore aux amis de Chase.

Ceux-ci firent un pas en arrière, visiblement mal à l'aise. Chase, quant à lui, écumait de rage.

— Comment as-tu…?

— Si tu crois vraiment que ta cervelle de troll allait pouvoir rivaliser avec des cerveaux comme Albus ou Hugo. D'ailleurs comment as-tu fait pour l'oublietter? Tu as dû le prendre en traître pas vrai?

Chase le dévisagea sans comprendre puis il se mit à éclater de rire. Ses gargouillements hilares qui résonnaient dans la Grande Salle, insufflèrent un profond malaise en Scorpius. Il ne s'était pas attendu à cette réaction. Pendant tout le temps de leur confrontation, il avait cru avoir le contrôle de la situation, déchiré entre sa mission de faire parler Chase et surveiller ses petits copains pour qu'ils ne lui envoient pas un sale sort sur le côté.

— Tu crois vraiment que je suis capable de manipuler Hugo Weasley? Tu me flattes, Malefoy. A vrai dire, tout ce que tu viens de me dire, me flattes au plus au point. Me croire responsable pour tout ça… C'est vraiment amusant.

— Qu'est-ce que tu racontes?

Il avait un regard un peu fou et ses yeux se voilèrent tout à coup. Il avait un horrible sourire plaqué sur le visage, le genre d'expression à glacer le sang. Scorpius fit un pas en arrière, de plus en plus nerveux. La situation ne prenait pas la bonne tournure.

— Ce n'est pas pour cela que tu m'as tendu ce piège grotesque? Pour me faire taire!

— Ce serait idiot et même moi, je le sais… Non, je suis là parce que tu m'as défié pour la dernière fois, Malefoy. Toi et Rose, vous allez payer pour vous être foutu de moi.

— Tu t'es foutu d'elle bien avant! rétorqua Scorpius qui se laissait gagner par la colère. Ce n'est que justice.

— Espèce de sale petit…. Endoloris!

Scorpius n'eut pas le temps de lancer un Protego. De toute façon, son corps avait réagi avant. Dès qu'il vit le petit moulinet du poignet de Chase, il bondit sur le côté en se réfugiant sous la table la plus proche, persuadé qu'il ne survivrait pas à plusieurs sortilèges balancés sur lui en même temps.

— Qu'est-ce que tu fais! s'exclama un des compagnons de Chase. Tu es fou! On devait juste lui faire peur.

— LA FERME! rugit Chase en envoyant plusieurs sorts en direction de la table pour faire sortir Scorpius de sa cachette.

Un jet de lumière passa près de la tête de Scorpius en arrachant un bon morceau de bois et de copeaux de la table. Il se releva précipitamment et envoya un Petrificus totalus à l'aveugle en visant la première silhouette qu'il voyait. Il replongea sous les chaises en entendant, avec une grande satisfaction, le bruit sourd d'un corps qui tombe lourdement au sol.

— ATTRAPEZ-LE! Confringo! hurla Chase à travers la pièce.

La chaise à deux pas de Scorpius, explosa dans un geyser de bois. Le Serpentard se protégea les yeux et rampa à toute vitesse vers l'avant en évitant les sorts que lui bombardaient les Poufsouffle. Il se défit de sa cape qui le gênait dans ses mouvements et grimpa sur l'estrade en se cachant derrière le grand fauteuil de la directrice. Celle-ci allait gueuler quand elle allait découvrir le chantier. Mais après tout, ce n'était pas faute de la prévenir au sujet de Chase.

Un nouveau sort le frôla de peu et il espéra de toute ses forces qu'Albus se décide enfin à donner le signal. Il s'applatit au sol, entre les pieds du grand siège qui dominait toute la salle. Il eut une vue plongeante sur ses adversaires qu'il visa du bout de sa baguette. En se concentrant sur ses sorts informulés, il toucha trois des cinq compagnons restants qui tombèrent tous au sol. Les deux derniers se dévisagèrent, blêmes de peur.

— Je vous ai dit de vous BOUGER! cria encore Chase au bord de la folie.

Il avait attrapé l'un de ses joueurs et l'envoyait en avant comme pour se protéger des sorts que pouvait lui envoyer Scorpius. Celui-ci ne se fit pas prier et immobilisa encore le 'bouclier' humain du capitaine de Poufsouffle. Sous le poids morts de son compagnon, Chase le relâcha comme un vulgaire sac d'ordures et bombarda la position de Scorpius de sorts impardonnables.

— Enfoiré ! gémit Scorpius acculé contre le dossier, incapable de riposter.

Avada Kedavra! hurla la voix de Chase.

Experlliarmus!

Avant que le sort ne puisse partir, droit dans la direction de Scorpius. La baguette de Chase bondit de ses mains. Les deux derniers assaillants se tournèrent vers les nouveaux venus. Rose se tenait près des portes, accompagnée par le Professeur Londubat. Celui-ci tenait sa baguette à bout de bras et toisait Chase avec un regard noir, une expression menaçante que ses élèves ne lui avaient encore jamais vu.

— Très bien, Mr. Martin, vous allez me faire le plaisir de lâcher cette baguette. Quant à vous Mr. Wilson, vous allez devoir nous fournir quelques explications, dit-il en désignant la pagaille dans la Grande Salle.

Martin, le batteur de l'équipe de Poufsouffle, le seul encore debout avec Chase, obéit immédiatement et lâcha sa baguette. Mais Chase ne l'entendait pas ainsi, il ramassa précipitamment la baguette de son ami et la pointa sur le Professeur Londubat, avec un regard de fou.

Il n'eut pas le temps de prononcer ou de penser à sa prochaine formule. Le Professeur Londubat eut un petit geste du poignet et envoya valdinguer le corps de Chase contre l'une des tables dans un fracas qui aurait pu réveiller tout le château. Devant ce spectacle, Martin voulut prendre ses jambes à son cou mais Rose fut plus rapide que lui.

Incarcerem!

Aussitôt, une longue corde sortit de la baguette de Rose et s'enroula solidement autour de Martin qui perdit l'équilibre et tomba au sol, saucissonné. Rose n'entendit pas les directives de son professeur. Une fois certaine que tout danger était écarté, elle se précipita sur l'estrade et rejoignit Scorpius, encore avachi au sol, égratigné de partout. La jeune fille bouscula plusieurs chaises et débris pour s'agenouiller auprès du Serpentard, un peu sonné.

— Tu n'as rien? demanda-t'elle en prenant son visage entre ses mains.

— Ça va, la rassura-t'il d'une voix pâteuse. Quelques échardes, rien de plus.

Elle l'aida à se relever et il s'appuya un peu sur elle pour descendre l'estrade et rejoindre le Professeur Londubat qui avait déjà commencé à réunir les responsables de ce désordre. Chase était toujours inconscient et son corps lévitait à un bon mètre du sol près de ses compagnons qui avaient enfin retrouvé leur liberté de mouvement mais avait perdu toute envie de se battre.

— Je dois dire que vous avez bien fait de m'appeler, Mr. Malefoy. Encore un peu et tout était fini pour vous.

— Oui, merci Professeur, répondit Scorpius en gémissant de douleur. Mais vous auriez pu venir un peu plus tôt, ça aurait été aussi bien.

— On a fait au plus vite, dès que nous avons entendu les premières explosions, répondit Rose qui se tenait encore serrée contre lui.

Scorpius se laissa tomber sur une chaise que Chase n'avait pas eu le temps de faire exploser. Il poussa un petit râle de satisfaction. Chase était enfin démasqué et sous la bonne garde de gens beaucoup plus compétents qu'eux. Tout était fini… Enfin, pas totalement.

— Tu as pu tirer les vers du nez de Chase? demanda Rose en caressant ses cheveux.

— Pas vraiment. J'ai bien peur qu'il m'ait dit la vérité en me disant qu'il n'avait pas les capacités cérébrales pour monter un complot. Je crois qu'il a sous-entendu qu'il avait des complices.

Le Professeur Londubat fronça les sourcils. Lorsque Albus et lui étaient venus le trouver pour lui demander son assistance, il avait écouté toute leur histoire avec beaucoup plus de patience que la directrice Mcgonagall. Bien que sceptique sur certains points, comme la vieille Mcgo, il avait tout de même accepté de les aider et de surveiller Scorpius pendant sa ronde. Devant les débris de bois, il ne pouvait qu'admettre que ses élèves avaient vu juste depuis le début.

Il se tourna vers les joueurs de Chase qui le dévisagèrent, tremblant de peur. Ils connaissaient les histoires légendaires autour de leur modeste professeur de botanique. On racontait qu'il était un des seuls à avoir eu le courage d'affronter Lord Voldemort alors que tous pensaient la victoire perdue.

— De quoi parlait Mr. Wilson? leur demanda-t'il d'une voix ferme mais tout de même chaleureuse. Et avec qui?

— Laissez-tomber, Monsieur, dit Scorpius. Je suis sûr qu'ils ne savent rien. Chase leur raconte des bobards depuis le début. Ils le suivent comme des petits moutons obéissant. Ce sont des idiots mais ils ne sont pas dangereux, ni dans le coup.

— Tout de même! s'exclama Rose en colère. Ils auraient pu te tuer!

— C'est Chase qui m'a balancé les sorts les plus mortels. Ils étaient même prêt à s'enfuir quand ils l'ont vu péter un câble.

— Très bien, dit le Professeur Londubat, je vais conduire tout ce beau monde à l'infirmerie et réveillez le Professeur Mcgonnagall. Je suis persuadé qu'elle voudra avoir un entretien avec vous, Mr. Malefoy.

— J'ai hâte! répondit Scorpius sans entrain.

Le professeur Londubat fit léviter le corps de Chase en tête et escorta le reste des Poufsouffle, toujours un peu sonnés, vers les portes de la Grande Salle. Rose et Scorpius restèrent seul dans le chaos de l'immense pièce familière. Le nez de Scorpius se mit à saigner et il pencha aussitôt la tête en arrière.

— Et merde! souffla-t'il en se pinçant le nez.

— Tu ne veux pas aller à l'infirmerie? Tu es sûr?

— Ne t'inquiète pas, ça va, dit-il.

Il se redressa et contempla les yeux ambrés de Rose, empli d'une inquiétude qui lui réchauffa le coeur. Elle sortit un mouchoir de sa poche et le lui tendit. Il le pressa contre son nez en lui souriant timidement. Il aimait qu'elle prenne soin de lui, qu'elle se précipite vers lui dès qu'elle le croyait en danger. Elle s'approcha encore un peu et releva quelques mèches de son front pour examiner ses égratignures.

— Tu as une bosse, dit-elle. Tu as dû te manger un coin de table pendant que tu fuyais.

— Je ne fuyais pas, dit-il d'une voix nasillarde.

Rose éclata de rire tout en continuant à caresser ses cheveux blonds. La tension dans l'air se transformait en une toute autre ambiance et Scorpius sentit ses entrailles se réchauffer agréablement.

— J'ai cru, un moment, que tu ne viendrais plus…, dit-il d'une voix suave et malicieuse.

— Pour venir te sauver? Je suis une Gryffondor. C'est ma mission de sauver les belles demoiselles en détresse.

Il l'attira contre lui en la forçant à s'asseoir sur ses genoux. Elle rit en tombant sur lui et en s'accrochant à ses épaules. Il ne saignait plus du nez et il avait cet air joueur et sauvage à la fois. Les doigts de Rose caressait la base de sa nuque et il la dévisageait avec cette furieuse envie de l'embrasser.

Il se rendit compte qu'il avait encore envie d'elle. C'était la première fois qu'une fille lui faisait autant d'effet et sur du si long terme. D'ordinaire, il s'amusait, une nuit ou deux, savourait une personnalité enivrante et passait rapidement à autre chose. Avec Rose, il n'arrivait pas à calmer cette soif. Il avait encore envie de l'entendre crier de plaisir, serrée contre lui.

Elle battit des cils et approcha ses lèvres de celles de Scorpius. Elle lui vola un baiser, d'abord timide, puis plus profond. Ils s'embrassèrent longtemps jusqu'à ce qu'une idée alarmante émerge enfin dans son esprit empli de lubricité.

— Où est Albus? demanda Scorpius en s'écartant doucement de la jeune fille. Il ne devait pas nous rejoindre?

OoO

Rose parcourait les couloirs de Poudlard, la baguette toujours brandie. A chaque tournant, elle appelait faiblement son cousin en espérant de pas réveiller tout le château. Scorpius avait raison. Il n'était pas normal qu'Albus ne les ait pas rejoint dans la Grande Salle. Il était vrai que son cousin n'était pas friand des confrontations musclés et qu'en temps normal, il se contentait d'envoyer les autres accomplir ses idées aussi glorieuses que périlleuses. Mais ils avaient convenus, après leur visite chez le Professeur Londubat, qu'au moindre problème, ils se précipiteraient tous sur la position de Scorpius pour venir lui prêter main forte.

Or, Albus était le seul manquant à l'appel et Rose était certaine que la couardise n'avait rien à voir avec son absence.

Rose entendit dans son dos, la voix grave et puissante de Scorpius appeler son ami. Il était inquiet lui aussi, elle le savait au ton de sa voix. Elle descendit l'escalier plongé dans l'obscurité qui menait aux cachots et buta sur une masse qui faillit lui faire perdre l'équilibre. Elle baissa sa baguette et éclaira la silhouette longue et fine d'Albus, effondrée sur les marches, les lunettes de travers.

Le coeur de Rose manqua un battement. Voir ainsi son cousin, les yeux grands ouverts et la bouche légèrement ouverte, lui inspira l'odieuse idée qu'il pouvait avoir trouvé la mort. Elle s'abaissa près de son corps et pris son poul. Elle le sentit et capta sa respiration profonde et régulière. Il n'était que stupéfixié.

— Scorpius! appela Rose. Il est ici!

Elle crut, un moment, qu'il ne pouvait pas l'entendre d'aussi loin mais bientôt, elle perçut des bruits de pas précipités sur les dalles du couloir dans son dos. Elle prononçait la formule pour libérer Albus du sortilège lorsque Scorpius apparut au haut de l'escalier.

— Que lui est-il arrivé? demanda celui-ci.

— Il a été stupéfixié.

Albus battit des paupières en rajustant ses lunettes. Il ne fit pas attention à ses amis et sonda le couloir obscur en bas des marches. Il descendit précipitamment les quelques marches et battit le vide des bras comme pour saisir quelque chose d'invisible.

— Qu'est-ce que tu fais? s'inquiéta Rose en observant son manège.

— Ça fait longtemps que je suis stupéfixié? demanda ce dernier en continuant à progresser dans le noir.

— Aucune idée, on vient seulement de te trouver, répondit Scorpius en plissant les yeux. Tu peux nous dire ce qui t'es arrivé? Je te signale que j'ai échappé à la mort de peu!

— Ah oui? s'en inquiéta Albus d'une voix égale. Lumos! J'en suis estomaqué.

Il leva sa baguette au-dessus de sa tête pour éclairer tout le couloir de pierres verdâtres.

— Personne, admit-il déçu.

— Tu vas nous dire ce que tu fabriques, à la fin? s'énerva Scorpius en descendant les marches.

Albus poussa un soupir et se tourna vers ses amis. Il retira ses lunettes pleines de poussières et les essuya du coin de son pull-over.

— J'ai perdu la cape…

— Quoi? s'exclama Rose, scandalisée.

— Ne me dis pas que tu patrouillais avec la cape sur le dos…Tu n'as pas fait cette connerie, par pitié, Albus!

Pour toute réponse, Albus se contenta de remettre ses lunettes sur le nez avec un petit sourire amusé.

— Tu te fous de moi? rugit Scorpius.

— Calme-toi! Oui, je surveillais les environs avec une cape d'invisibilité mais pas celle que tu crois.

— Comment ça? demanda Rose en rejoignant Scorpius.

— J'ai jeté un sort d'Aveuglement à une simple cape. J'étais persuadé que ce piège grossier était une tentative pour me subtiliser la dernière relique en pariant que j'allais l'utiliser pour secourir mon précieux meilleur ami.

— Merci pour le sarcasme…, lâcha Scorpius.

— J'ai caché la vraie cape et utilisée une fausse pour leurrer mon éventuel agresseur. Malheureusement, il m'a attaqué dans le dos. J'ai juste entendu un Hominium revelio et le temps que je me retourne, j'étais déjà stupéfixié. Cela m'ennuie beaucoup.

— Donc tout ça, dit lentement Scorpius, l'affrontement avec Chase et ses six joueurs, tout ça c'était pour que tu puisses tendre ton autre piège au voleur de reliques.

— Oui, c'est ça, répondit tranquillement Albus en époussetant la poussière sur son pantalon.

— En gros, j'ai servi d'appât pour rien, lâcha Scorpius.

— C'était plutôt moi l'appât, rétorqua Albus. J'ai dû parcourir un nombre incalculable de couloirs avant qu'il ne se décide à m'attaquer. Je suis exténué.

Rose et Scorpius le toisèrent durement. Scorpius avait sa robe de sorcier déchirée à plusieurs endroit et encore quelques copeaux de bois dans les cheveux. Son visage était couvert d'égratignures et le sang qui s'était écoulé de son nez, commençait à sécher à la commissure de ses lèvres.

— Tu te fous de nous? s'énerva Scorpius.

— Quoi? demanda distraitement Albus en se tournant vers eux. Oui, un peu. J'adore vos têtes.

Scorpius leva sa baguette mais Rose la rabaissa avant qu'elle ne crache des étincelles. Quelque chose l'interpellait dans l'attitude de son cousin.

— Il y a une chose que je ne comprends pas, dit-elle en surveillant Scorpius du coin de l'oeil. Tu voulais faire tout ça pour attraper le voleur, pas vrai? Mais cela n'a pas marché.

— Non, non... , dit Albus. Aucune chance que je ne l'attrape. Pas un sorcier qui a pu ouvrir la tombe de Dumbledore, en tout cas. Ce que je voulais, c'était voir son visage, découvrir qui il était.

— Ça, non plus, tu n'as pas réussi, dit Scorpius qui s'était un peu calmé.

— Mouais... , j'étais pas sûr d'y arriver non plus. Mais ce petit piège s'est tout de même avéré très utile.

— Pourquoi? demanda Rose qui ne comprenait toujours pas.

— Cela a confirmé une chose très importante. Le voleur n'est pas un inconnu qui a pénétré l'enceinte du château par quelques habilitées inconnues. Il habite au château et son attaque en est la preuve.

— Waouh! s'exclama Scorpius avec sarcasme. Ça, c'est de l'info, Al! Bien sûr qu'il est au château, comment voulais-tu qu'il ait réussi à saccager le labo d'Hugo sans ça?

Les lèvres d'Albus se pincèrent à la réflexion de son ami. Il tapa faiblement dans ses mains comme pour l'applaudir et Rose leva les yeux au ciel.

— On pensait que c'était Chase qui avait saccagé le labo, tu te souviens? J'avais besoin de confirmer quelque chose! rétorqua Albus. Et puis, j'ai découvert autre chose, de très utile mais qui reste quand même très déconcertant.

— Qui est? s'impatienta Rose.

— J'ai clairement entendu la voix qui m'a jeté un sort. Vous avez dit que la voix du voleur était celle d'un homme. Or, la personne qui m'a attaqué dans le dos, avait une voix de femme...