26
IMPERIUM
Alors qu'Albus faisait ses éternels cent pas dans la classe vide et que Scorpius allumait une cigarette clandestinement à la fenêtre, Rose écoutait leur conversation, les yeux fermés, bras croisés, appuyée sur le dossier de sa chaise avec l'envie irrépressible de dormir. Cela faisait maintenant des heures qu'ils avaient été conduit dans cette salle de classe vide par le Professeur Londubat et qu'ils attendaient patiemment qu'on vienne leur poser des questions ou au moins les éclairer sur le témoignage des Poufsouffle pris en faute. Albus et Scorpius, pour ne pas changer, avaient passé leur temps à se balancer des théories fumantes sur la personne à l'origine des idées farfelues de Chase. Cet abruti avait au moins raison sur un point, il n'avait pas les capacités cérébrales pour échafauder un plan crédible, ni d'attaquer son petit frère, même pas surprise. Et dire qu'elle était tombée amoureuse de lui…
— La prof de Défense contre les forces les forces du mal, Croft! lança Albus en s'arrêtant à la hauteur du tableau.
— La petite vieille toute gentille? s'exclama Scorpius en tirant sur sa cigarette. Tu es fou.
— Il faut toujours se méfier des gentils. Regarde Quirrel…
— A ce compte-là, propose Hagrid, tant qu'on y est! répliqua Scorpius.
— Vous devenez ridicules! lâcha Rose d'une voix blasée.
Elle poussa un profond soupir en fixant le plafond. Elle était morte de fatigue et ils avaient risqué leur vie ce soir, encore une fois. Mais Rose ne pouvait s'empêcher de sourire: les disputes entre les garçons et leurs idées abradacabrantes qu'elle peinait toujours autant à comprendre; elle qui s'interposait entre les deux pour les ramener sur terre; leur amitié; leur cohésion; ils étaient ainsi avant leur cinquième année, avant que Rose ne décide de mettre de la distance entre eux et elle se rendit compte, dans cette classe déserte, avec eux, comme avant, que tout cela lui avait terriblement manqué.
Rose tourna la tête et croisa le regard de Scorpius qui s'amusait encore de sa réplique. Un rayon de lune éclairait son visage fatigué mais toutefois très serein. Malgré les évènements, Rose ne l'avait pas vu aussi détendu depuis longtemps car, et cela elle en était sûr, le Serpentard était heureux. Il lui adressa un regard et un sourire qui la fit légèrement rougir. Au fil des semaines, elle s'habituait de plus en plus à l'impétuosité et au charme de Scorpius mais elle ne pouvait toujours pas s'empêcher de défaillir légèrement quand il lui lançait une de ses oeillades par surprise. Elle savait très bien quelle idée se cachait derrière son sourire carnassier et les images de leurs innombrables nuits, très osées, lui revenaient en tête, la faisant rougir jusqu'à la racine de ses cheveux.
La porte s'ouvrit enfin et le Professeur Londubat s'avança d'un pas fatigué vers ses trois élèves. Scorpius fit voler sa cigarette par la fenêtre et Albus se retourna vivement. Londubat semblait très las. Il tira une chaise d'un pupitre et s'y assit en poussant un soupir, résigné. Rose, Scorpius et Albus retenaient presque leur respiration. Ils avaient une foule de question à poser mais trouvaient la retenue nécessaire pour laisser le temps à leur professeur de commencer le premier. Le Professeur Londubat se gratta la barbe et se redressa un peu plus sur sa chaise.
— C'est bon, dit-il de sa voix profonde et calme. On les a tous interroger.
— Chase? demanda aussitôt Albus.
— Même Chase, confirma Londubat. Madame Pomfresh lui a fait reprendre conscience. Il était un peu sonné mais assez lucide pour nous expliquer la situation.
Le professeur fit une pause insupportable et Rose vit Albus serrer les poings d'impatience.
— Et? insista-t'il.
— On a demandé à Chase de s'expliquer sur l'attaque contre Scorpius et sur tout ce que vous aviez découvert avant cela. Il dit n'avoir aucun souvenir de tout ce qui s'est passé.
— Quoi? s'exclama Rose en se levant soudain de sa chaise.
Albus se prit la tête dans ses mains et se remit à marcher de plus belle dans la salle, les yeux rivés sur ses chaussures.
— Mais il ment! dit Scorpius. Il essaye de sauver sa peau. Vous l'avez vu comme moi me balancer l'Avada Kedavra. Il est assez stupide pour mentir même en plein flag.
— Il ne ment pas, trancha le professeur Londubat d'une voix sûre.
— Comment le savez-vous? demanda Albus en se retournant sur lui.
— Nous nous sommes dit la même chose que vous et le Professeur McGonagall a demandé au Professeur Parkinson de lui faire boire du veritaserum. Il dit bien la vérité. Son dernier souvenir remonte au festin du soir.
— Donc quand il est sorti ce soir de la grande-salle quelqu'un lui a jeté un sort? demanda Rose.
— Non, en septembre. Au festin de la rentrée. Il se rappelle avoir quitté la Grande Salle pour rejoindre son dortoir et puis...plus rien.
— Vous plaisantez?!
Rose et Scorpius contemplèrent leur professeur de Botanique, médusés et quelques peu terrifiés. Ils avaient mis toute la responsabilité de leurs malheurs sur le dos de Chase qui au final n'avait plus aucun souvenir de ses méfaits. Albus éclata de rire mais Rose devina sa frustration derrière cette hilarité. Scorpius se laissa tomber sur la chaise à côté de Rose qui lui prit la main pour le consoler.
— Mais quand l'aurait-on oublietté? dit Rose qui n'arrivait toujours pas à comprendre. On ne l'a pas quitté des yeux depuis qu'on est sorti de la Grande Salle. Vous étiez tout le temps avec lui.
— Oui, répondit Londubat, et à l'infirmerie, c'est Madame Pomfresh qui s'est occupé d'eux. Mais le Professeur McGonagall ne pense pas qu'il s'agit d'un sortilège d'amnésie…
— Imperium! répondit Albus qui s'était enfin calmé.
Le Professeur Londubat opina.
— Le sortilège exercé aussi longtemps cause souvent des pertes de mémoires, confirma-t'il. Le sortilège a pris fin lorsqu'il est tombé dans les pommes. Nous avons essayé de sonder ses souvenirs pour en retirer un nom ou un visage mais cela n'a rien donné. Celui ou celle qui l'a soumis au sortilège de l'imperium a très bien fait ça. Cela a complètement envahi son cerveau. Pendant des mois, Chase n'a plus qu'été une marionnette dans les mains de ce sorcier ou sorcière.
— En même temps avec un cerveau comme celui de Chase, ce n'est pas compliqué.
Londubat pinça les lèvres en entendant la remarque acerbe du Serpentard mais ne la releva pas. Rose était encore sous le choc.
— Alors quand je sortais avec lui...quand on s'embrassait... chez mes grands-parents… Ce n'était pas lui?!
— C'était quelqu'un d'autre, réagit Albus, réfléchissant à toute vitesse. Quelqu'un qui savait que tu en pinçais pour lui et qui a profité de la crédulité de Chase pour l'utiliser afin de te soutirer des informations.
— Alors au duel lorsqu'il a voulu me balancer, la première fois, un Avada Kedavra, c'était quelqu'un d'autre. Pendant des jours et des jours…
Il serra plus fort la main de Rose dans la sienne et lui communiqua toute sa rage. Elle l'éprouvait aussi, grondant dans son coeur. Elle avait du mal à dédouaner Chase de tous ses mensonges, ses trahisons et ses coups bas. Toute la souffrance qui leur avait causé, ne pouvait décidément pas s'effacer par l'excuse de l'imperium. Rose avait cette horrible impression de s'être fait manipuler deux fois: la première par Chase lorsqu'elle avait vu le souvenir d'Albus et la deuxième par celui qui lui avait lancé cet imperium. Il ne pouvait s'agir que d'une personne profondément mauvaise et très rusée, ce qui inquiéta d'autant plus la jeune fille.
— Que va-t'il lui arriver? demanda encore Rose.
— Il va être envoyé à Saint-Mangouste dès que possible. Le sortilège de l'Imperium lui a laissé de graves séquelles. Il a pu nous parler mais il a encore du mal à rassembler ses idées.
Rose sentit Scorpius sur le point de répliquer un de ces blagues sur les capacités limités de son ancien rival. Elle lui serra les doigts pour l'en empêcher car elle n'était pas sûre que le professeur Londubat supporterait une autre insulte sur l'un de ses élèves, victime d'un horrible sortilège qui plus est.
— Et les autres? interrogea Albus surexcité. Eux aussi ont été soumis à l'Imperium?
— Nous ne pouvons pas en être certain mais c'est peu probable. Même un sorcier très puissant ne pourrait gérer autant d'esprits à contrôler.
— Même pour des cervelles de noix, ricana Scorpius.
Le professeur Londubat lui décocha un regard noir.
— Monsieur Malefoy, je vous prierai de ne plus insulter d'élèves en ma présence, s'il vous plaît.
— Ces élèves ont essayé de me tuer, Monsieur…
— Seulement l'un d'entre eux et n'oubliez pas que ce sont des victimes avant tout.
Alors que Scorpius ouvrait la bouche pour répliquer, la porte de la classe s'ouvrit à nouveau. Tous se tournèrent vers le professeur Mcgonagall qui passa la porte, la bouche pincée et le regard visiblement contrarié. Ses traits plus tirés que d'habitude firent ressortir les rides de son visage qui la vieillirent encore plus. Malgré la lassitude, elle conservait toujours cet air digne et solennel et tous se turent lorsqu'elle se posta à côté du professeur de Botanique.
— Je viens de finir de m'entretenir avec les membres de l'équipe de quidditch de Poufsouffle. Ils m'ont raconté une histoire très curieuse mais qui corrobore à ce que vous m'aviez raconté dans mon bureau.
Rose sentit Scorpius s'agiter sur sa chaise et elle vit le regard d'Albus qui semblait crier: "Si vous nous aviez cru dès le départ…"
— Qu'est-qu'ils ont dit? demanda le professeur Londubat.
— Que Chase leur a vendu l'histoire d'un trésor enfoui à Poudlard. S'ils le retrouvaient, ils pourraient enfin faire briller leur maison. Ils l'ont cru bien évidemment, dit McGonagall en levant les yeux au ciel. Chase leur a demandé de creuser dans la Chambre des secrets. Ils étaient d'ailleurs très impressionné que leur capitaine ait trouvé cet endroit, sans se poser plus de questions que cela. Ils ont creusé pendant des mois jusqu'à tomber sur un tunnel qui menait à la forêt interdite. Là, ils se sont fait attaquer par les araignées géantes et ont décidé de tout arrêter. Ils m'ont soutenu que le comportement de Chase les inquiétaient de plus en plus et qu'ils voulaient tous le dénoncer mais avaient bien trop peur de ses crises de colère à répétition.
— Ils ont parlé d'un éventuel complice?
— Rien de tout cela, Monsieur Potter. Ils n'ont parlé que de Chase.
Un silence pesant retomba dans la salle de classe vide où toutes les tensions de la nuit se relâchèrent d'un seul coup. Albus se laissa, à son tour, tomber sur une chaise à côté de Scorpius, excédé et terriblement frustré. Il croisa les bras sur sa poitrine et se referma dans un mutisme qui suintait la contrariété.
— Bien, dit McGonagall en rompant le silence. Avant que nous n'allions tous dormir, avez vous une chose à me dire?
Elle sonda chacun de ses trois élèves avec son regard sévère et Rose se sentit soudain très mal à l'aise.
— Albus s'est fait…, commença Scorpius.
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Albus, assis à côté de lui, écrasa le pied de Scorpius sans ménagement. Surpris, son meilleur ami referma la bouche, comprenant qu'Albus ne désirait pas qu'il poursuive. McGonagall et Londubat ne perdirent pas une miette des réactions de Scorpius et haussèrent des sourcils en dévisageant le Serpentard.
— Oui, Monsieur Malefoy?
Scorpius contempla Albus, sans comprendre puis, finalement, secoua la tête.
— Albus s'est fait la réflexion que nous devrions nous montrer plus prudent la prochaine fois…
Rose ne put s'empêcher d'être impressionnée par le flegme et la réactivité de son petit-ami. Elle avait, bien entendu, deviné qu'il avait été sur le point de révéler à leurs professeurs qu'Albus avait été agressé sous une fausse cape d'invisibilité. Mais elle avait remarqué aussi la réaction d'Albus et Scorpius n'avait eu aucun mal à se rattraper.
McGonagall opina de la tête.
— Vous avez bien fait de vous adresser au Professeur Londubat pour lui demander de l'aide. Je vous félicite pour cette sage décision. Vos parents auraient foncé tête baissée sans se poser plus de questions. Bien, il est tard et nous avons tous besoin d'une bonne nuit de sommeil.
Tous sortirent de la classe, guidé par le Professeur McGonagall et Londubat qui referma à clé la porte derrière lui. Les trois condisciples promirent à leur professeur de botanique de se rendre immédiatement à leur dortoir et ils s'éloignèrent dans les couloirs sombres et déserts du château. L'aube commençait à poindre entre les sommets montagneux et ils devraient se rendre en cours dans quelques heures.
Après le tumulte de la nuit, l'écho de leur pas sur les dalles sombres du château avaient quelque chose de très surréaliste. Scorpius avait encore le visage griffé par les débris de chaise. Rose et lui se tenaient toujours la main, à côté d'un Albus toujours aussi pensif.
— Pourquoi tu n'as pas voulu que je leur dise pour la cape? demanda soudain Scorpius.
— C'était un trop grand risque de leur révéler cette information. Nous savons que le voleur est dans le château, parmi nous. Nous ne pouvons faire confiance à personne!
— Même de McGonagall? Londubat?! s'exclama Rose scandalisée.
— Tu oublies une chose, cousine! répliqua Albus. Notre ennemi n'hésite pas à utiliser le sortilège Imperium. Qui nous dit que McGonagall et Londubat ne soient pas soumis au sortilège?
Scorpius arqua un sourcil, sceptique.
— La vieille Mcgo… sous l'Imperium. T'es sûr, mec?
— Je ne me ferais plus avoir deux fois, marmonna Albus plus pour lui-même.
— Nous voilà au point mort, soupira Scorpius en resserrant ses doigts entre ceux de Rose. On aurait, au moins, pu confier la suite aux professeurs. Je te rappelle qu'on a nos Aspics à passer d'ici deux mois.
— Tiens, et Erin Morton? demanda Rose. Vous n'avez pas réussi à en savoir plus?
— Non, aucun nouvelle, dit Scorpius.
— Si on en avait parlé à McGonagall, continua Rose, elle aurait pu poser la question aux Poufsouffles.
— A quoi bon?! s'exclama Albus de plus en plus en colère. Ils auront sûrement été oubliettés sur le sujet. On a toujours un train de retard et au rythme où vont les choses, on est sûr de perdre la partie.
— Ce n'est pas un jeu, Albus! s'exclama Rose, outrée.
— Même ce qui est arrivé cette nuit… J'ai vraiment l'impression que nous avons rien empêcher. Que tout est arrivé parce qu'on l'a voulu ainsi… Même nos victoires sont calculées.
Les trois élèves arrivèrent devant la gargouille du dortoir des préfets-en-chef. Albus devrait continuer son chemin en empruntant l'escalier pour descendre aux cachots. Cependant, alors que Scorpius et Rose attendait devant la statue de pierre pour lui souhaiter bonne nuit, le Serpentard ne se décidait toujours pas à partir. Il fixa la gargouille puis frappa dans ses mains.
— Il y a une chose que l'on peut encore faire! s'écria-t'il, brusquement joyeux.
— Al, commença Scorpius, il est très tard et on est vraiment…
— On peut fouiller sa chambre!
Il contempla, plein d'espoir, ses deux amis qui se regardèrent, arborant tous deux une mine terriblement lasse.
— Ecoute Al, on aimerait bien aller se coucher là. Je pense que j'ai assez donné de ma personne pour ce soir, dit Scorpius en grimaçant encore de douleur après son altercation avec Chase.
— Juste un coup d'oeil, supplia Albus.
— Bon…
Rose lança le mot de passe à la gargouille et le visage d'Albus s'éclaira malgré la fatigue. Il ne ressentait pas du tout les longues heures à attendre des explications. Albus était surexcité, le regard brillant. Il s'engouffra dans le passage sans attendre Rose, ni Scorpius. La Gryffondor vit son cousin gravir l'escalier de fer quatre à quatre, Scorpius sur ses talons.
— Al! Attends!
Rose les rejoignit dans la chambre de Chase. La dernière fois qu'elle y avait mis les pieds, elle était encore avec le Poufsouffle. Voilà des semaines qu'elle n'avait plus aucun sentiment pour le grand brun baraqué. Mais revenir dans cette chambre, lui faisait resurgir soudain tous ses sentiments qui lui avaient fait tourner la tête. Elle avait l'impression que cela faisait toute une vie entre la Rose amoureuse de Chase et celle qu'elle était maintenant.
La chambre était particulièrement en désordre. Rose savait que Chase n'avait jamais été de nature soigneuse mais elle n'avait jamais vu un tel capharnaüm dans cette pièce. Tout était retourné sans dessus dessous et Albus n'avait pas eu le temps de mettre un tel foutoir en si peu de temps. Celui-ci contemplait d'ailleurs la pièce, démuni.
Rose buta sur plusieurs livres de cours. Des rouleaux de parchemins trainaient un peu partout sous des encriers renversés et des plumes d'oie cassées. Les draps étaient déchirés, les oreillers défoncés; des plumes s'étaient répandues un peu partout. Rose eut cette horrible impression que quelqu'un s'était battu ici. Elle imagina Chase, fou de rage, s'en prendre au mobilier à main nue, renversé tout ce qui lui tombait sur la main, pris d'une démence pleine de furie.
— Qu'est-ce qui s'est passé ici? demanda Scorpius en shootant dans un tas de tissus lacérés.
— Il a essayé de combattre, murmura Rose.
Les deux garçons se tournèrent vers la jeune fille. Rose les dévisagea en rougissant. Elle avait parlé à haute voix sans le vouloir. Elle avait exprimé une idée qui lui avait traversé la tête et plus elle y réfléchissait et plus elle savait qu'elle était dans le vrai.
— Chase s'est battu contre l'Imperium. Tôt ou tard, il se serait libéré.
— Il était inévitable pour celui qui le contrôlait de s'en défaire le plus tôt possible. D'où l'attaque contre Scorpius, comprit Albus.
— Imperium ou pas, pour moi, Chase reste un connard, répondit ce dernier.
— Ce n'était pas un connard, seulement un idiot, dit Rose.
Le Serpentard tiqua sur le ton un peu trop nostalgique à son goût de la jeune fille. Rose savait qu'il se poserait des tas de questions idiotes et qu'il lui faudrait le rassurer. Mais il se trompait s'il pensait qu'elle avait encore du vague à l'âme à cause de Chase. Elle ne voyait plus le Poufsouffle que comme une victime. Animé par le souvenir des sentiments qu'elle avait éprouvé pour lui, Rose ne désirait plus qu'une chose: découvrir et faire payer à la personne qui l'avait asservi de la sorte.
Rose passa devant Scorpius et lui caressa le bras. Elle lui sourit timidement et elle vit ses traits s'adoucir. Ils auraient tout le temps de discuter au lit. Enfin...si Albus se décidait enfin à partir se coucher.
— Regardez-ça! s'écria Albus devant des rideaux jaunes et noirs.
Il tira les deux pans de tissus aux couleurs de la maison de Poufsouffle. Au lieu de cacher la lumière du soleil qui filtrait à travers l'une des fenêtres de la tour, Albus se retrouva nez à nez avec une grande porte de bois.
— D'où elle sort cette porte? demanda Scorpius en s'approchant.
Albus sortit sa baguette de sa poche et posa son extrémité sur le bois tout à fait banal de la mystérieuse porte. Il ne se passa rien. Lessivé et impatient, Scorpius se saisit de la poignée et entrouvrit, dans un grincement, la porte. Albus poussa un faible cri de panique face à l'inconscience de son meilleur ami. Il se tut lorsqu'il constata que le couloir derrière la porte était sombre et désert. Scorpius sortit sa baguette.
— Lumos!
— Homenum revelio! murmura Albus.
Rien ne se produisit. Scorpius entra le premier et fit quelque pas dans le couloir en éclairant ses parois. Les murs étaient décrépis et le sol se composait de terre battue recouverte de plusieurs pierres grossièrement taillées et couverte de poussière. Scorpius éclaira plusieurs séries d'empreintes sur les dalles brutes et il les suivit jusqu'à les ténèbres qui engloutissaient le bout du couloir.
Ils suivirent les traces, tous les trois sur leurs gardes. Rose avait imité les garçons et avaient sortis sa propre baguette qu'elle brandissait devant elle en s'attendant à une embuscade à tout moment. Scorpius en tête, ils marchèrent longtemps jusqu'à ce qu'ils se retrouvent devant un cul-de-sac. Un éboulement coupait le passage et il semblait impensable de déplacer une des grosses pierres sans menacer la structure du couloir. Albus l'examina, un moment, sous les soupirs et les grognements de frustration de Scorpius.
— La chambre des Secrets, dit Albus. Ce couloir mène à la chambre des Secrets.
— Qu'est-ce que tu racontes? demanda Rose, elle aussi de plus en plus impatiente.
— Souvenez-vous de ce qu'avait dit Mimi Geignarde. Il revenait de la Chambre des Secrets. Il avait forcément trouvé un autre passage. C'est celui-ci. L'éboulement c'est celui que j'ai causé avec Scorpius.
Il balaya l'étroit passage de sa baguette illuminé et son visage s'éclaira lorsqu'il éclaira les premières marches d'un escalier de pierre.
— Par ici! s'écria Albus, bien trop enthousiaste à cette heure.
Rose et Scorpius le suivirent en soupirant. Ils commencèrent l'ascension des marches avec de plus en plus, l'envie de faire demi-tour pour rejoindre leur dortoir.
— Comment se fait-il que Chase ait eu ce passage secret dans sa chambre? demanda Rose à bout de souffle.
— Hugo m'a expliqué que le château était en constante évolution, lui dit Scorpius en gravissant une énième marche.
— Il est peu probable qu'on puisse contrôler ces 'évolutions', ajouta Albus. Soit Chase a eu beaucoup de chance de tomber sur ce dortoir, soit…
Albus se tut avant de terminer sa phrase. Il avait gravi la dernière marche et faisait enfin face à une nouvelle porte, tout aussi banale que la première. Albus hésita une seconde puis l'ouvrit. Un souffle d'air froid s'engouffra soudain dans la cage d'escalier et Rose comprit que l'escalier menait vers l'extérieur.
Rose reconnut immédiatement l'endroit. Elle se revit, des mois plus tôt, se hisser sur la rambarde en s'apprêtant à sauter. Tous les trois se trouvaient au sommet de la Tour d'Astronomie. A cette hauteur, ils avaient une vue imprenable sur tout le parc ainsi que sur le levé de soleil qui leur rappela amèrement qu'ils n'avaient toujours pas dormi. Rose frissonna dans sa robe de sorcière et Scorpius sortit une cigarette de son paquet.
— Tout ça pour ça…, marmonna-t'il, la clope au bec.
Il l'alluma avec sa baguette magique et recracha un panache de fumée blanche. Albus fouilla partout, persuadé encore que toute leur escapade avant un but. Malheureusement pour lui, il ne trouva rien et Scorpius le toisa lorsqu'il se tourna enfin sur ses deux amis, dépités.
— C'est bon? Tu es rassassié? lui demanda Scorpius.
— Ça ne doit pas être un hasard! s'énerva Albus. Vous ne semblez pas comprendre que tout ceci, dit-il en désignant la terrasse de la tour, est d'une importance capitale. Il y a des choses graves qui se passent à Poudlard et il n'y a que nous qui puissions empêcher que cela arrive vraiment!
Albus avait haussé la voix au fil de ses mots. Rose ne l'avait encore jamais vu dans cet état. Il était à bout de nerf, nerveux et en proie à une légère folie hystérique.
— Hé! Faut que tu te calmes, mon vieux! s'énerva Scorpius. On est là parce que tu nous l'as demandé. On t'a suivi jusqu'au bout! Tu ne peux pas nous reprocher de n'avoir rien trouvé, d'accord?!
Rose s'approcha d'Albus qui les dévisageait, l'air un peu fou. Il finit par baisser les bras, la tête. Rose sentit qu'il avait envie de s'arracher les cheveux tellement il était envahi par la frustration. Elle le prit dans ses bras en essayant de le calmer tant bien que mal.
— Tu es fatigué, Al… Tu auras l'esprit plus clair demain.
Le jour succédait à la nuit tandis que Rose conduisait Albus dans l'escalier secret pour rejoindre leur dortoir. Elle avait dans l'idée de le faire dormir dans le lit inoccupé de Chase. Vu l'état de ce dernier, il y avait peu de chances pour qu'il revienne dans sa chambre de si tôt.
Scorpius écrasa sa cigarette sous son talon et observa le paysage, les paroles d'Albus résonnant dans sa tête. Son sang n'avait fait qu'un tour lorsqu'Albus lui avait dit toutes ces choses. Il en avait assez, plus qu'assez de ces aventures dangereuses.
Et il était hors de question pour lui, d'impliquer davantage Rose dans les ennuis.
