Salut les lecteurs(trices)!

En publiant sur ce site, je m'étais fixé une règle (pour essayer d'être la plus régulière possible):

"Tous les dimanches, tu publieras un chapitre."

Sinon...

"Un deuxième, tu publieras dans la volée."

Bonne lecture et merci pour votre soutien.


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LES ORIGINES DE POUDLARD


— Attends, Lily…. Tu connais Albus. Il lui arrive de se cloîtrer dans un coin pour réfléchir…

Scorpius se passa une main nerveuse dans ses cheveux trempés de pluie. L'air désespéré de Lily était presque effrayant et bien qu'il ait tenté de la rassurer, il sentait son propre stress le gagner. Il avait une horrible intuition qui lui avait glacé le sang lorsque Lily leur avait balbutié ses craintes et il sentait Rose toute aussi tendue, serrée contre lui.

— Tu as cherché partout? demanda Rose d'une voix douce mais tout de même gênée.

— J'ai fait tout le tour du château et j'ai même vérifié la cabane de Hagrid. Il n'y était pas et personne ne l'a vu, dit Lily les larmes aux yeux. Ce n'est pas normal.

— C'est quand la dernière fois que tu l'as vu? demanda Rose à Scorpius.

— Hier… À la bibliothèque. Il est parti précipitamment après qu'il ait lu la lettre d'Emma sur Erin Morton.

— Quoi? Vous avez eu des infos?

Il adressa un sourire contrit à Rose. Il avait complètement oublié de lui parler de la lettre. Mais pour sa défense, il ne l'avait pas trouvé aussi éclairante que cela. Il divulgua à Rose et Lily les informations que contenaient la lettre sur la dénommée Erin Morton et les deux jeunes filles froncèrent les sourcils sans comprendre la brusque réaction d'Albus.

— Je me fais du soucis. J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose, gémit Lily.

— Tu as vérifié dans le laboratoire d'Hugo? demanda Rose.

— Hugo a un laboratoire?

— Il doit sûrement y être, assura Scorpius pour se rassurer lui-même.

Ils se précipitèrent dans les escaliers, encore trempés du match, se frayant un chemin parmi la foule des élèves qui se pressaient dans les couloirs pour fêter dignement cette finale. Deux étages plus haut, ils rencontrèrent des élèves de Gryffondor qui leur demandèrent la permission d'organiser une fête dans la salle commune, du crépuscule jusqu'à l'aube. Rose hocha la tête sans y réfléchir, trop inquiète pour Albus. Ils se hissèrent, hors d'haleine sur le palier du septième étage et se ruèrent vers l'entrée secrète de la salle sur demande en face de la tapisserie de Barnabas le Follet.

Après avoir donné le mot de passe en passant trois fois devant la porte invisible, ils furent profondément déçus de ne découvrir que la présence d'Hugo penché au-dessus d'une table, un masque de soudure sur le visage.

— Hugo! cria Scorpius par-dessus la musique techno et les bruits de sa ponceuse. HUGO!

— QUOI? s'exclama le petit génie en relevant son masque.

— Albus n'est pas avec toi? demanda Lily, pleine d'espoir.

— Non, pourquoi?

Il arrêta sa machine d'un geste de baguette et le vacarme s'interrompit brusquement. Hugo observa ses trois invités, sans comprendre. Rose, Lily et Scorpius portaient encore leurs tenue de Quidditch, trempés jusqu'au eaux, leurs balais dans la main et des traces de boues un peu partout.

— C'était aujourd'hui la finale? Albus ne m'a rien dit!

— Tu l'as vu alors? demanda Scorpius en laissant traîner son Eclair de Feu dans un coin.

— Oui il est passé il y quelques heures mais il n'est pas resté longtemps. Je l'ai appelé pour lui annoncer que j'ai fini le scanner.

Hugo farfouilla dans le fatras qui jonchaient son bureau et en sortit un petit boitier métallique qui ne payait pas de mine. Lily s'en empara et le tourna dans tous les sens.

— C'est quoi ça?

— Un scanner et détecteur de magie. Une merveille de technologie qui allie savoir moldu et sorcier. Ça, chère cousine, c'est l'avenir!

— Et Albus est venu ici? demanda Rose sans se soucier du grand sourire plein de fierté de son petit frère.

Hugo soupira.

— Aucune reconnaissance, comme d'habitude…

— Il est venu et il t'a dit quoi? s'impatienta Scorpius.

— Mais rien! Il a vu le scanner… Je voulais le tester tout de suite mais il m'a dit d'attendre qu'il revienne, qu'il avait un truc à faire avant.

— Il t'a dit quoi? demanda Lily.

— Non! Et je m'en fiche, moi. Il est assez grand pour faire ses trucs.

— Hugo! s'énerva Lily, le regard flamboyant qui rappela à tous Molly Weasley. On ne trouve plus Albus. On pense qu'il a disparu! Alors, arrête de faire l'idiot et dis-nous ce que tu sais!

L'attitude d'Hugo changea du tout au tout. Il reconnut en sa petite cousine, toute menue, sa puissante grand-mère, la seule capable de lui faire entendre raison. Il déglutit faiblement et fit semblant de ranger de la paperasse sur son bureau.

— Bon… Je savais pas, d'accord? C'est vrai qu'il avait l'air bizarre mais pas plus que d'habitude. Il m'a rien dit de très important… Il m'a juste donné un bouquin.

— Un bouquin? Quel bouquin?

Le petit génie se retourna vers ses consoles avec une lenteur exaspérante. Il resta prostré un moment essayant de rassembler ses idées et ses souvenirs.

— HUGO! cria Rose, exaspérée.

— C'EST BON! répondit ce dernier. Depuis qu'on m'a oublietté, j'ai du mal à me rappeler des petits trucs sans importance.

Il farfouilla quelques minutes sous les soupirs d'impatience de Lily, Rose et Scorpius. Ce dernier eut le temps de s'allumer une cigarette et de la fumée entièrement avant que le petit génie ne pousse une exclamation de joie.

— AH! Le voilà!

Hugo sortit un épais volume en cuir, encore poussiéreux de plusieurs tas de parchemins amassé telle une montagne sur son bureau. Il le tendit à Scorpius qui le feuilleta immédiatement.

— "Mystères et Secrets de Poudlard, théories par Marsali Hopkins", lut Rose à haute voix sur la couverture.

— Je connais "L'histoire de Poudlard", dit Lily en se penchant aussi sur les pages jaunies du recueil. Mais je n'ai jamais vu ce livre avant.

— Il doit venir de la réserve, conclut Scorpius.

Il feuilletait frénétiquement les pages en cherchant un signe, une page cornée, un marque-page…, un indice qui aurait pu lui faire comprendre ce qu'Albus avait trouvé de si intéressant dans ce bouquin. Il stoppa au dix-huitième chapitre. Il y avait une note écrite à la plume qui aurait fait grincer des dents cette pauvre Madame Pince. Scorpius reconnut immédiatement l'écriture fine et austère de son meilleur ami.

— "Ce qu'ils cherchent…" déchiffra Scorpius.

Rose se mit à lire à haute voix le chapitre sous la note d'Albus.

"Les origines de Poudlard.

Il est connu de tous que ce sont quatre grands sorciers et sorcières qui établirent dans cette contrée d'Ecosse, l'une des plus grandes écoles de sorcelleries du monde Magique. Il n'est plus a présenté Godric Gryffondor, Rowena Serdaigle, Salazar Serpentard et Helga Poufsouffle, les quatre fondateurs de Poudlard. Ces quatre figures emblématiques du Monde des sorciers ont prouvé à tous leur virtuosité dans la construction de cette école incroyable. Cependant, il y a beaucoup de zones d'ombres que nous allons vous révéler dans ces prochaines pages."

— On dirait que c'est écrit par Rita Skeeter, dit Lily.

Rose continua:

"Nous avons fait des recherches auprès des écrits des descendants des quatre fondateurs et ce que j'ai découvert est d'une importance capitale, qui redéfinit la légende même de la construction de Poudlard. "

"La première question que l'on est en droit de se poser est pourquoi cet endroit? A travers les âges, les sorciers et sorcières se sont vu construire des bâtisses et monument à des endroits précis et qui recèle de magie comme on le découvrira par plus tard. Souvenez-vous de Stonehenge, ces immenses menhirs dressés par des sorciers antiques dont la signification nous échappe encore mais qui suscite néanmoins l'attraction d'une quantité impressionnante de créatures magiques dont le sombrals. Il est à noter que la grande pierre de mort est l'un des menhirs prélevé sur le site de Stonehenge et qui est maintenant gardé aux départements des Mystères au Ministère de la Magie, à Londres. Il est surprenant de voir à quel point des lieux construits à des endroits très précis représentent comme des points d'ancrages sur une terre donnée qui attirent autant les créatures, les sorciers et les moldus. Je prends pour exemple la Grotte de Merlin qui a attiré toute une communauté de moldu au point d'y faire construire un château ordinaire. Selon les légendes moldues, ce serait dans ce château que serait né un moldu présentant, pour la première fois, des dispositions particulières pour comprendre et assimilé la magie sans lien du sang, le fameux roi Arthur. Ce personnage emblématique aurait inspiré Merlin au point de briser le secret et se lier durablement avec les moldus. Mais qu'est-ce qui a permis ce lien? Pourquoi les moldus et Merlin ont-ils été attiré à ce point précis pour s'établir? "

"J'ai posé la question à de nombreux sorciers historiens et chercheurs et peu ont réussi à me fournir une explication satisfaisante. Je vous rapporte cependant les théories de l'ancienne langue de plombs, écrite dans un ouvrage secret qui a causé sa propre mort pour ses révélation."

"Note: Les langues-de-plombs sont les employés au Département des Mystères et sont tous soumis au serment inviolable avant de prendre leurs fonctions. Ryan Jefferson, l'auteur de l'ouvrage retrouvé, a quitté son poste lorsque ses théories n'ont pas eu la reconnaissance méritée. Il a été retrouvé mort dans son appartement à Londres, il y a une dizaine d'années."

— Eh ben…, commenta Hugo en faisant du tri dans ses papiers. Moi qui voulait bosser pour eux… J'ai changé d'avis!

" Monsieur Jefferson aurait répondu à la plus grande question à savoir: d'où vient la magie? Il a été fortement émis au début des Heures Claires, que la magie provenait des êtres naturellement doués pour la magie. Cette énergie créatrice provenait des corps sculptés pour ce but. Cette idée a d'ailleurs été le leitmotiv des groupements extrémistes de sorciers au sang pur. Cependant plusieurs incohérences historiques nous renseignent de la possibilité de l'erreur de cette théorie. L'exemple de la grotte de Merlin et du château moldu de Tintagel est éloquent."

"Note: Les Heures Claires correspondent à la révolution intellectuelle du Monde des Sorciers qui concerne la région européenne et coïncide à un siècle près, à la Renaissance moldue. Les sorciers et sorcières ont ainsi commencé à analyser et codifier leurs recherches sur la magie."

"La magie ne serait pas innée mais serait une énergie émanée par la terre sous nos pieds. Les moldus, eux-mêmes ont repéré cette énergie mais l'appelle naïvement Onde Tellurique. La Magie formerait une sorte de réseaux souterrains dont les particules s'échappent et sont captées par la matière. Il est aussi hautement probable que des points accumulent plusieurs branchements dont se déversent les flux magiques, appelé par Jefferson dans ses notes: sources magiques. De plus, d'après la langue-de-plomb, ces sources magiques attireraient naturellement sorciers et moldus qui ne peuvent s'empêcher de s'établir dans ces points de vies en érigeant des monuments qui deviennent légendaires. Poudlard en fait partie."

— Ah! s'exclama encore Hugo. C'est pas ce que j'avais dit?!

— De quoi tu parles? s'énerva sa soeur.

— Les sources! Tu te souviens pas, Scorp? Je t'ai expliqué que Poudlard était construite sur une source. Ça existe! J'en étais sûr!

— La ferme, Hugo! s'enquièrent en choeur les trois lecteurs.

Hugo se renfrogna et tourna le dos aux autres en se concentrant sur ses consoles. Scorpius continua à lire. Albus avait surligné le paragraphe suivant.

"D'après les écrits de ses descendants, Helga Poufsouffle aurait été la première à repérée cette source qu'elle expliqua par une faille terrestre d'où émanait une grande quantité de magie. Elle appela les trois autres et ensemble, ils imaginèrent le projet d'un lieu capable de guider de jeunes esprits à l'initiation à la magie. La grande puissance magique de Poudlard (dont même Dumbledore n'a pas réussi à percer tous les secrets) trouverait son origine en cette source qui formerait la base même du château."

— Moi, je l'ai découvert, tout seul! se vanta Hugo en grommelant.

— C'est bon, Hugo! On a compris! s'écria Rose.

— C'est ça qu'ils cherchent! comprit Scorpius. Les Poufsouffles creusaient dans le château pour trouver un "trésor". Ils cherchaient la source! C'est pour ça aussi qu'ils ont attaqué Hugo. Quand ils se sont rendu compte que creuser à l'aveugle ne donnerait rien, ils ont voulu localiser précisément cette source. Tu as dû en parler à l'un d'eux, Hugo. C'est pour ça qu'ils ont volé ton scanner. Pour trouver la source!

— Et les reliques? demanda Rose. Qu'est-ce que ça a voir avec la source?

— C'est mauvais...Très mauvais…, dit Hugo.

Son ton était semblable à celui d'Albus lorsqu'il était plongé dans de profondes réflexions, tellement profondes qu'il n'était pas capable de les communiquer à autrui. Hugo se mordit le pouce comme il le faisait quand il était petit. Il se mit à triturer un de ses engins et son regard s'écarquilla soudain.

— Les reliques, c'est pour la contrôler, murmura-t'il. Ou pire…

— Comment ça? demanda Lily.

— Réfléchissez… On parle de source magique, le genre de truc qui alimente tout Poudlard et qui permet au château d'évolutionner, de s'agrandir constamment. Genre rien que cette salle, c'est une prouesse magique encore jamais vu et c'est la source qui permet cela. Imaginez maintenant que vous ayez cette puissance magique phénoménal dans le creux de votre main…

— Comment? dit Scorpius.

— C'est comme pour les baguettes… Il faudrait une sorte de catalyseur ou un artefact assez puissant pour contenir toute cette magie, la maîtriser et la manipuler sans danger. Mais un être humain normal ne pourrait jamais contrôler tout ça. Il faut quelque chose de puissant!

— Les reliques, comprit Rose.

— C'est possible, ça? demanda encore Lily sceptique. Ce sont les reliques de la Mort, pas "les reliques réceptacle capable de contrôler une source magique"...

Hugo balaya son commentaire d'un geste vif de la main.

— C'est l'usage qu'on lui a donné. Mais admettons qu'on dégage la magie de la mort emmagasinée par ces trois artefacts et qu'ensuite on connecte le flux de la source dans les reliques. Ce serait…, Hugo s'interrompit à court de mots, le regard brillant d'excitation. Mais ce serait terrible. Le flux serait dévié. Cela voudrait dire que Poudlard ne serait plus alimenté par la source.

— Et quoi?

Hugo eut un rire nerveux.

— Il y a de grandes chances que si jamais ça se produit, Poudlard ne tiendrait plus debout. Le château serait détruit avec tous ses occupants dedans…

Il y eut un long silence qui suivit la dernière déclaration d'Hugo. Tous se regardèrent, l'air grave, impuissants. Scorpius referma le livre d'un claquement sec et Lily sursauta, apeurée.

— Bon, la situation est merdique, commenta Scorpius en essayant de garder son calme. Mais nous n'avons rien à craindre. Ils n'ont pas toutes les reliques. Ils leur manquent la cape.

— Et ils ont capturé Albus, commenta Rose.

Lily se mit à pleurer.

— Du calme, dit Scorpius. Même si c'est le cas, jamais Albus ne leur donnera la cape, même sous l'Imperium. Il est assez fort pour y résister. On s'est entraîné…

— On est foutu! dit encore Hugo.

Nullement alarmé par cette évidence, Hugo s'écroula sur un de ses fauteuils et tritura des fils du bout de sa baguette. Il avait soudain perdu toute inspiration pour ses inventions en cours.

— Qu'est-ce qu'on peut faire? demanda Rose à Scorpius, l'air paniquée.

— On pourrait en parler à un professeur. Londubat, peut-être?

— Tu oublies ce que nous a dit Albus… On ne sait pas à qui faire confiance.

— Albus n'a plus la cape…, dit soudain Lily.

Tous se tournèrent vers la rouquine qui essuya les larmes qui perlaient sur ses joues. Elle reprit ses esprits, l'air un peu plus sériesex.

— Quoi?

— Albus est venu me voir avant que vous ne vous battiez contre l'équipe de Quidditch de Chase. Il m'a donné la cape en me demandant de la cacher là où il n'aurait jamais l'idée de la trouver. Il voulait que personne ne puisse trouver dans son esprit un indice qui permettrait de la retrouver.

— Tu en as fait quoi? demanda Rose.

Lily paraissait très ennuyée.

— Eh ben… Je me suis dit que comme Albus était quelqu'un de très intelligent… Comme il me connait bien… Je suis sa soeur. On se dit tout en plus. Je me suis dit que les méchants arriveraient forcément à faire le rapprochement entre Albus et moi. Alors, j'ai confié la cape à quelqu'un d'autre. Quelqu'un de confiance.

— A Thomas? comprit immédiatement Scorpius.

— Oui…

Hugo éclata de rire.

— On est pas sorti du sable! rit encore le petit génie en essuyant ses larmes sous les regards assassins de ses invités.

OoO

Rose suivait, à grand peine, sa cousine qui courait dans les escaliers pour atteindre la tour des Gryffondor. Dès que cette dernière avait compris que le détenteur de la cape pouvait être en danger, elle avait craint pour son petit-ami et s'était engouffré hors de la Salle sur Demande, en ignorant les appels de ses cousins. Rose l'avait suivi, encore trempée dans sa tenue de Quidditch et son balai boueux dans une main. Elle était aussi inquiète que Lily et avait d'horribles soupçons qui tournaient dans sa tête à répétition. Il était très probable que Thomas eut été enlevé comme l'avait été Albus pour récupérer la cape. Mais il était peu probable qu'Albus ait su que le petit-ami de sa soeur ait caché la cape après elle. Leurs ennemis invisibles auraient eu peu de soupçons sur lui. Mais tout était possible…, se rassurait Rose, comme il était possible qu'Albus soit endormi dans un petit cagibi secret et ne réapparaisse deux heures plus tard en expliquant son absence par une sieste bien mérité.

Il y avait une autre théorie, plus sensée mais plus inquiétante. Rose avait deviné que Scorpius avait pensé la même chose et que les yeux aggrandit par la peur de Lily ne faisait que confirmer leurs pires craintes. Peut-être que Thomas était un traître… Ou au mieux, était-il soumis au sortilège de l'imperium. Rose ne pouvait s'empêcher de trouver son absence au match de Quidditch suspecte. En restant au château alors que tous les autres assisteraient à la finale, il aurait eu tout le temps de piéger Albus et de donner la cape à… Mais pourquoi piéger Albus s'ils avaient déjà la cape?

Rose et Lily se ruèrent à travers l'ouverture du portrait de la Grosse Dame qui était en train de se pinter avec une sorcière d'un tableau voisin. A l'intérieur, tous les Gryffondor avaient décidé de faire la fête. Rose en avait presque oublié leur victoire un peu plus tôt. Elle ouvrit de grands yeux lorsque des mains l'attrapèrent et la tirèrent au milieu de la salle commune pour la congratuler.

— Pour la meilleure capitaine, HOURRA! hurla Lee, son batteur.

— Lee! Tu as vu Thomas? cria Rose par-dessus les acclamations et applaudissement.

— Non! Pas vu depuis ce matin!

Rose tourna la tête et vit Lily lui agripper la main et la tirer hors de la foule en délire. En fendant les Gryffondor en liesse, elle aperçut des choppes de bièraubeurre circuler de mains en mains, des friandises de chez Honeydukes et des soda à la citrouille. Elle reconnut pas mal de tête mais pas le sourire timide et chaleureux de Thomas. Rose se dit que si elle n'avait pas été embarquée dans cette histoire de relique et de source magique, elle aurait été comme les autres, à célébrer sa dernière victoire au Quidditch en n'ayant plus d'autres soucis que ses Aspics.

Lily la tirait toujours derrière elle, avec une force surhumaine. Elles arrivèrent à l'escalier des dortoirs des garçons et montèrent quatre à quatre les marches en ignorant le préfet de cinquième année leur crier que les filles ne devraient pas avoir le droit de monter à l'étage des garçons.

Les deux cousines entrèrent dans le dortoir des cinquièmes années et Lily s'approcha à grands pas du seul lit à baldaquin qui avait les rideaux fermés. Quand elle les ouvrit, elle ne découvrit qu'un grand lit vide et la jeune fille s'effondra sur le matelas, la tête entre ses deux mains. Rose l'entendit réprimer un sanglot. L'inquiétude pour son frère et maintenant la disparition de son petit-ami avaient détruit les dernières barrières de Lily. Rose s'approcha à son tour, plus calme, essayant de garder son sang-froid.

— Tu es sûr qu'il était ici?

— Il m'a dit de venir le rejoindre ici après le match. Qu'il avait une surprise pour moi. Sa retenue ne durait qu'une heure. S'il n'est pas en bas en train de faire la fête avec les autres…

Lily éclata en sanglot et Rose la contempla sans trop savoir comment réagir. Elle brûlait de communiquer sa pensée. Cette idée qui transpirait l'évidence. Mais elle savait aussi que sa cousine n'avait pas besoin d'entendre cela maintenant.

— Si seulement on avait la carte du Maraudeur, gémit Lily en s'essuyant les yeux. On les retrouverait immédiatement. Ce crétin de James…

— Lily, commença Rose mal à l'aise. Tu ne crois pas que…

— Je sais ce que tu penses! l'interrompit sa cousine.

Elle releva la tête vers Rose avec une de ses expressions qui clouait toujours sur place la jeune fille. La colère avait maintenant envahi Lily et celle-ci avait son air qui voulait en découdre, celui qui faisait toujours peur.

— Je ne veux pas imaginer Thomas en train de me trahir, répondit-elle d'une voix dure et froide. Mais si je découvre que c'est le cas...je lui ferai payer très cher. Il a intérêt à être à l'agonie quand je le retrouve, sinon ça va barder!

A ces mots, Lily se releva et fonça vers la sortie en bousculant presque Rose qui encaissait encore les menaces de sa cousine. En la suivant, Rose trembla à l'idée de faire un jour partie des ennemis de Lily. Sa longue chevelure flamboyante sur sa cape noir lui donnait des airs de démons du feu. Rose espéra de tout coeur, pour lui, que Thomas soit réellement de leur côté.

OoO

— Tu crois que Thomas aurait pu nous trahir? demanda Scorpius en allumant une cigarette dans le laboratoire d'Hugo.

— Franchement, j'espère pour lui que non.

Hugo fixait une dernière vise à son scanner après l'avoir fait tomber en essayant de ranger son fatras sur son bureau.

— Comment ça?

— T'as déjà vu Lily en colère?

— Oui, répondit Scorpius en haussant les épaules.

— Non, non, non…, grimaça Hugo. Je te parle pas de ses petites contrariétés. Je te parle de véritables colères.

Scorpius fit la moue en tirant sur sa cigarette. Il se souvenait de la petite Lily enguirlander pour son aventure avec Gwen dans la bibliothèque, juste avant la beuglante de ses parents. Il était souvent responsable de ses bouderies mais il ne s'était jamais vraiment senti apeuré par les coups d'éclats de la demoiselle, pas autant que le suggèrait l'air horrifié d'Hugo en tout cas.

— Une fois, quand j'étais petit, j'étais allé passer les vacances chez Tante Ginny et Oncle Harry parce que ma mère pouvait plus me supporter.

— Vraiment?

— Oui, j'avais failli faire exploser la maison en testant des potions. Et en plus, elle bossait sur son décret pour la protection de l'habitat des centaures. Bref! J'étais chez les Potter et Lily devait avoir quoi...huit ans, je crois.

— Donc toi, six…

— Oui! Elle était un peu autoritaire avec moi, hein. Tu connais, Lily. Je lui ai volé son ours préféré pour lui jeter des sorts que j'avais inventé en secret.

— A six ans?!

— Oui! s'impatienta Hugo qui en avait marre d'être coupé. Je vois pas pourquoi ça te choque! De mon point de vue, c'est vous qui êtes en retard.

— Tu es un monstre! soupira Scorpius en soufflant sa fumée.

— Bref! Lily s'est douté que c'est moi et elle m'a retrouvé dans ma chambre en train de torturer son nounours qui était quasi désintégré. Et là…

Hugo eut un frisson.

— Quoi?

— Des flammes ont commencé à lui sortir de partout. Elle en était recouverte. On aurait dit un Phénix sur le point de se consumer. Elle m'a balancé une boule de feu dans la tronche. Je l'ai évité de justesse mais ça a fait flamber la bibliothèque derrière moi.

— Qu'est-ce qu'il ont dit les parents?

— Ah ben, on s'est fait engueuler, tous les deux. Mais Ginny a particulièrement puni Lily. J'avais détruit seulement un jouet. Elle, elle avait failli faire cramer toute la baraque. Et ça, sans baguette magique! A huit ans, à peine! Faut vraiment être fou pour s'opposer à Lily. Je fais souvent genre que Lily me fait pas peur mais en vrai, elle me terrifie.

— C'est vrai, que dans son genre, elle me fait souvent penser à ta grand-mère.

— Faut toujours se méfier des rouquines! s'exclama avec philosophie Hugo.

Il plaça l'appareil sur la table et Scorpius s'extirpa de son siège en s'approchant, impatient.

— C'est bon, il est fin prêt?

— Oui, c'est bon. J'ai fait les derniers réglages. Normalement en l'activant, on devrait repérer la source.

Scorpius écrasa son mégot sur la table. Hugo avait sorti sa baguette et la pointait sur son scanner sans toutefois réagir, comme si le petit sorcier avait été mis sur pause.

— Qu'est-ce que tu attends?

— Ça me fait toujours quelque chose quand je finis une invention et que je dois la tester. J'ai toujours cette petite peur que ça ne marche pas.

— Hugo…, s'impatienta Scorpius. Albus et Thomas sont peut-être en danger, là. C'est vraiment pas le moment d'être ému.

— Bon! Ça va! se vexa Hugo.

Il tapota le boitier et prononça une formule que Scorpius n'avait encore jamais entendu. Aussitôt, le boîtier métallique se déplia en plusieurs morceaux comme un jeu de construction moldu. Il se tortilla dans tous les sens en se déployant de plus en plus sur la table. Scorpius se demanda si tout se passait normalement et il ne sut si le regard émerveillé de Hugo était bon signe. Bientôt, les cliquetis métalliques se firent plus rare et les monceaux de métal s'érigèrent en une réplique très détaillée de Poudlard et ses environs. Scorpius eut le souffle coupé devant cette maquette d'un réalisme saisissant, seul la couleur noir de la roche malléable de la structure dénotait par rapport à la pierre claire du véritable château. Lorsque toutes les petites briques eurent fini de s'assembler, des faisceaux de lumière s'éclairèrent un peu partout, dans des couleurs différentes. La plupart était d'un jaune faiblard, certain plus vif, quelques orangés, tous en mouvement.

— C'est quoi, ces points jaunes? demanda Scorpius intrigué.

— Ce sont les élèves, répondit Hugo. Tu vois ces deux points?

Scorpius suivit le doigt d'Hugo. Un point jaune et un point orangé était immobile dans un vaste rond d'un bleu vif.

— Ça, c'est nous! dit Hugo avec un grand sourire.

— Quoi?

— Oui, le jaune c'est toi, l'orange c'est moi. Je suis plus puissant que toi.

Scorpius se renfrogna.

— Et pourquoi on est dans cette zone bleue? Ça correspond à quoi?

— C'est la salle sur demande! Rien que cette salle, contient une source magique impressionnante pour se plier à n'importe quelle demande des sorciers.

— Mais pourquoi c'est bleu et nous jaune?

— Bonne question, dit Hugo. Je me demande si ça correspond à l'usage de la magie ou à son hôte… Il faudrait creuser le sujet.

— On a pas le temps, intervint aussitôt Scorpius en tournant autour de la maquette. Donc, là si c'est la Salle sur Demande, on a, ici, la Chambre des Secrets…

Scorpius désigna une nouvelle zone bleutée, bien plus basse que celle des deux points jaunes encore immobiles. Dans cette zone, un fourmillement de points verts se chamaillaient ensembles et Scorpius comprit qu'il s'agissait des acromantules enfermés, à présent, dans la salle secrète de Salazar Serpentard.

— Et ça, c'est quoi? demanda Hugo.

Le Serpentard suivit son regard et observa, un long moment, le faisceau bleuté qui partait de part en part d'une des tours du château jusqu'au tréfond du domaine. Là, dans les bas-fond de Poudlard, une énorme zone bleue, brillante, aveuglait presque les deux sorciers qui la contemplèrent bouche-bée.

— Tu crois que c'est la source? demanda Scorpius en passant une main à travers la maquette qui se dématérialisa et se remit en place aussitôt.

— Y a pas de doutes! T'as vu cet éclat?! Ça ne peut être que là.

Rose et Lily passèrent la porte du laboratoire. Lily avait l'air morosse et tendue à la fois. A sa tête, Scorpius comprit immédiatement qu'elles n'avaient pas réussi à retrouver ni Thomas, ni la cape. Rose écarquilla les yeux devant la maquette générée par le scanner de Hugo.

— C'est quoi tout ça?

— C'est mon oeuvre! répondit Hugo plein de fierté.

— On sait où se trouve la source de Poudlard, dit encore Scorpius en se tournant vers elle.

— Où ça?

Scorpius pointa le sommet de la tour avec un sourire nerveux. Il connaissait bien cette tour et Rose aussi. C'était celle au sommet de laquelle Albus avait piqué une crise de nerf, celle d'où menait le passage secret dans la chambre de Chase...celle où Rose avait eu envie d'en finir par une même sombre nuit de tempête.

— La Tour d'Astronomie, lâcha Rose avec un profond soupir. Evidemment.