30
OEUF DE POULE ET BAVE DE CRAPAUD
Rose n'était pas effrayée, elle était morte de peur. Dès qu'elle avait aperçu l'ombre du Basilic sur l'un des murs du labyrinthe, la peur ne l'avait plus quitté. Elle connaissait bien cette créature, son père lui avait raconté, dans tous les détails, l'affrontement périlleux de son Oncle Harry avec une de ces bestioles, à Poudlard justement. Comment était-il possible que deux serpents géants, deux créatures capables de tuer au premier regard, puissent évoluer dans le même château?
Lily et Thomas avaient du mal à la croire.
— Tu es sûre de ce que tu as vu? insista Thomas. L'obscurité est parfois trompeuse…
Pour toute réponse, ils entendirent, tous les trois, le sifflement menaçant d'un reptile énorme. Le son vibra autour d'eux et les lèvres de Lily blanchirent brusquement. Thomas devint blême à son tour et les trois Gryffondor se dévisagèrent impuissants. Ils se précipitèrent dans l'une des nombreuses ouvertures de la salle faiblement éclairée par un lustre fixé au plafond. Ils coururent jusqu'à ce que leurs poumons n'explosent et s'arrêtèrent dans un couloir obscur avec cette horrible impression que le Basilic les avait suivi de près.
— Qu'est-ce qu'on fait? chuchota Thomas paniqué. Mais qu'est-ce qu'on fait?
— Papa en a tué un avec l'épée de Gryffondor, dit Lily hors d'haleine.
— Oui mais on n'a pas l'épée, Lily! s'énerva Rose en montrant le couloir désert autour d'eux.
— Papa n'ont plus. C'est le phénix qui le lui a apporté.
— Il n'y a plus de phénix à Poudlard depuis la mort de Dumbledore…
— On est mort, en fait, comprit Thomas.
Le sifflement s'éleva de nouveau derrière eux. L'ombre du serpent grandissait sur le mur d'en face. Ils avaient encore quelques secondes de répits avant que le serpent géant ne leur tombe dessus. Le prédateur pistait ses proie au moindre chuchotement. Rose se dit, avec angoisse, qu'il devait les débusquer grâce à son odorat. Ils étaient faits comme des rats.
Rose regarda autour d'elle pour trouver la moindre chose qui aurait pu leur servir. Le peu de lumière que le lieu surnaturel leur octroyait lui dévoilait un lieu vétuste, ancien. Ils marchaient sur du sable et la pierre sous ses doigts avaient la couleur ocre de la terre. Rose eut cette curieuse impression d'avoir brusquement changé d'un lieu à l'autre, d'un tournant à un virage, comme si l'endroit où elle respirait avec angoisse, ne cessait de se jouer d'elle. Rien n'avait de sens.
Il y avait une série de colonnes, ronde, épaisses et granuleuses où pouvait s'entortiller le reptile comme bon lui semble. A perte de vue et seulement pour le couloir où les trois compagnons se trouvaient, Rose contempla, désarmée, les ouvertures rectangulaires qui ne renfermaient que de l'obscurité. Elle était perdue et ne savait quel chemin emprunté, ni pour avancer, ni pour revenir. Et puis, de toute façon, derrière eux, il n'y avait que le Basilic qui les attendait.
Rose ne pouvait pas rester les bras ballants. Lily et Thomas se serraient l'un contre l'autre, Tom essayant de rassurer sa petite-ami comme il le pouvait. Rose aurait tellement voulu que Scorpius soit là. Elle s'inquiéta pour lui, une brève seconde. Le sifflement du Basilic se faisait plus proche. Il fallait agir, au plus vite.
— Ne le regardez surtout pas dans les yeux! Il se fie à l'ouïe, je crois, expliqua Rose. Je crois que j'ai un plan. Cachez-vous sous la cape!
— Mais… Rose…, gémit Lily.
— NE DISCUTE PAS!
Elle arracha la cape des mains de Thomas et la jeta sur sa cousine et son petit-ami qui la contemplèrent bouche bée. Ils disparurent aussitôt et Rose pria pour qu'ils ne produisent aucun son. Une fois ses amis disparus, elle les fit reculer dans les ténèbres de l'une des ouvertures. Elle ne savait pas ce qui les attendait dans l'obscurité, si d'autres menaces se terraient prêtes à bondir sur eux. Mais Rose n'avait pas le choix et lorsqu'elle recula dans le couloir faiblement éclairé où l'ombre terrifiante du Basilic grandissait de plus en plus, la jeune fille se sentit terriblement seule. Elle marcha en arrière, d'abord sondait l'endroit d'où devait jaillir le Basilic puis, lorsque le sifflement devint si puissant qu'il lui vrilla les tympans, Rose se retourna pour courir. Ses bruits de pas précipités dans le sable lui semblait assourdissant mais c'était ce qu'elle voulait.
Elle ralentit à mi-chemin. Elle devait être dans son champ de vision à présent. Il fallait qu'elle attire son attention pour qu'il ne puisse retrouver Tom et Lily à l'odeur. Elle voulait qu'il ne se concentre que sur elle.
— HEY! SALOPERIE! appela Rose dans le couloir, en prenant soin de fermer les yeux.
Rose perçut à quelques mètres le sifflement perçant du Basilic qui se fit plus aïgu. Il l'avait entendu et elle perçut dans son dos, le raclement sinistre du corps lisse et froid du reptile. Rose ne demanda pas son reste. Elle reprit sa course, droit devant elle, en résistant à l'envie de se retourner pour vérifier que le Basilic ne la rattrape pas. Si elle le regardait dans les yeux, elle mourrait, comme Mimi Geignarde. Peut-être hanterait-elle ce lieu comme le fantôme déprimé? Son esprit émettait une série d'idées invraisemblables. Elle courrait encore et toujours ne se souciant pas de l'écho de ses pas sur les dalles sombres à ses pieds et en remerciant le ciel de ne pas entendre les cris d'agonie de Lily et de Thomas. Elle buta plusieurs sur des murs froids mais elle s'empêchait de ralentir. Le sifflement la poursuivait et elle s'engouffrait dans n'importe quelle sortie, haletant, tendant les bras pour éviter les chocs. A travers ses paupières closes, elle discernait tantôt cette lumière chaude, presque cuivrée, puis l'obscurité la plus totale.
A force de courir dans tous les sens, le sifflement se fit moins intense. Rose pensa l'avoir semé. Elle se permit de ralentir, un tout petit peu, en essayant de calmer le point de côté qui l'empêchait de reprendre son souffle.
Une idée! Il lui fallait une idée. Et vite!
Le plus dangereux était le regard du Basilic. Or, elle n'avait pas de miroir, pas de phoenix, pas de choixpeau, ni d'épée. Rien. Seulement sa baguette et un cerveau pris de panique. Elle aurait donné n'importe quoi pour être près de Scorpius ou même d'Hugo. Avec leurs gros cerveaux, ils auraient sûrement trouvé une solution en moins de deux. Que lui avait appris Hagrid sur les Basilic? Ces créatures avaient vu le jour par des manipulations de la main de sorciers ambitieux. Ils entraient dans la catégorie des créatures légendaires gardiennes, ces races créées artificiellement pour protéger quelque chose.
Comment se fait-il que Gryffondor ait choisi un Basilic pour garder son antre?
Ils étaient bien dans la demeure de Godric Gryffondor, cela ne faisait aucun doute. Elle, Thomas et Lily faisaient partie de sa maison. Elle avait vu la statue du lion et le squelette du griffon. Et si…
Le griffon était le gardien du labyrinthe, du trésor de Godric Gryffondor. Pas le Basilic. Le serpent n'a rien à faire là! C'est lui qui a tué le griffon. Un Basilic est plus fort qu'un griffon.
Rose sentit la panique l'envahir. Elle était trop faible, trop peu équipée. Elle n'avait aucune aide. Non, du calme!
Que savait-elle d'autres? Hagrid lui avait expliqué que le Basilic voyait le jour en faisant couver un oeuf de poule par un crapaud. En réalité, il était très facile de créer ces créatures mais le département ministériel des créatures magiques avaient strictement interdites la création de des Basilics considérés comme hautement dangereux.
C'est bon, Rose. Pas besoin d'un cours! Tu as seulement besoin de savoir comment les tuer!
Le chant du coq peut les tuer, se souvint-elle. D'accord mais était-elle capable de faire apparaître un coq? Impossible de créer de la matière à partir de rien et le coq le plus proche se trouvait à la surface, dans le poulailler d'Hagrid, là où elle ne pouvait y avoir accès par un simple Accio. Et Rose n'était même pas sûre de se trouver encore à Poudlard. Ce lieu la rendait folle.
Alors qu'elle se laissait envahir par le désespoir, Rose entendit la voix de son père résonner dans sa tête: "Toute aide sera apporté à Poudlard, à celui qui la demande."
Le sifflement revint et la jeune fille reprit sa course. Le peu de répit qu'elle avait réussi à gagner lui avait permis de reprendre son souffle mais bien vite, elle se retrouva en sueur et hors d'haleine. Le Basilic dans son dos. Elle sondait l'obscurité d'un des passages qu'elle avait emprunté sans savoir où elle allait. Elle ne savait pas non plus où se trouvait Tom et Lily. Elle courrait sans but, le sifflement devenant tantôt lointain, tantôt très proche. Tout en sprintant, Rose s'accrochait désespérément aux quelques mots qui tournoyaient dans sa tête.
— J'aibesoind'aide, j'aibesoind'aide, j'aibesoind'aide! J'AI BESOIN D'AIDE! pensa très fort Rose en se concentrant de toutes ses forces.
Rose vit un passage, faiblement éclairée sur sa gauche. Elle pria pour ne pas tomber sur un couloir qu'elle avait déjà emprunté. Ses chaussures s'enfonçaient, à chaque pas, dans le sable et elle vira le plus vite possible pour donner le change au Basilic. En tournant à gauche, Rose déboucha soudain dans une large salle, haute de plafond. Elle en oublia de fermer les yeux par peur du Basilic, trop subjuguée par ce qui l'entourait. Elle fixa longuement la surface d'un grand bassin. L'eau était translucide et des lianes en sortaient, s'enroulant autour des quatre colonnes qui surplombaient la piscine. La surface miroitait d'une lueur étrange qui rappela à Rose le liquide des pensines. Elle eut immédiatement envie d'y plonger la tête, attirée inexorablement vers cette eau pure et claire.
Lorsqu'elle se força à arracher son regard du bassin, ses yeux se fixèrent sur l'immense statue qui lui faisait face sur son socle de pierre. Contrairement à tout le reste, la sculpture semblait neuve, d'un blanc immaculé, comme du plâtre. Un homme de haute stature, la carrure d'un athlète, dévisageait de son air froid et dénué d'expression, Rose qui s'approcha, captivée. L'homme de la statue avait de longs cheveux et une barbe bien taillée. Son vêtement était beau, luxueux et Rose l'imagina habillé de magnifique tissus rougeâtre, décorée de dorures sous son imposante armure. Il brandissait une main vide et tenait dans l'autre un grand bouclier d'or, frappée d'un lion, le même que sur celui des étendards des Gryffondor. Rose n'eut pas besoin de lire le nom gravé sous la statue pour reconnaître le fondateur de sa maison.
Le Basilic frappa sans crier gare. Rose eut à peine le temps d'entrapercevoir une masse énorme, verdâtre, qui fonça, gueule ouverte sur le côté, bondissant des ténèbres pour l'embrocher de ses crochets. Rose bondit en arrière, fermant les yeux. Elle tomba lourdement sur ses fesses et se retourna pour se plaquer au sol en rampant désespérément dans un coin. Elle entendit un énorme bruit. Le Basilic s'était heurté à la statue de Godric Gryffondor qui avait dû éclater en milles morceaux. Rose reçut quelques débris qui lui tombèrent lourdement sur son dos, ses hanches, ses jambes. Elle ne put réprimer ses gémissements de douleur et l'envie panique de se mettre à hurler.
Déjà, alors qu'elle tentait de contrôler sa respiration, elle entendit distinctement le corps du Basilic se relever parmis les pierres. Il allait frapper de nouveau et il devait avoir une vue plongeante sur le corps de Rose qui tentait de fuir en rampant comme un insecte faiblard.
Les doigts de Rose rencontrèrent le rebord du bassin. Le sifflement, dans son dos, devint assourdissant. Rose n'avait pas le choix. Elle se tira jusqu'à bassin et plongea, tête la première dans l'eau en priant, de toutes ses forces, que le Basilic ne soit pas friand des baignades.
Rose eut soudain une étrange sensation qui lui parut familière. Au lieu de nager ou de couler, elle se sentit tomber, tomber, dans une obscurité tourbillonnante. Puis, elle se retrouva soudain sous un soleil éclatant qui lui dit cligner des yeux. Lorsqu'elle s'habitua à la lumière, Rose sursauta en découvrant l'homme de la statue à ses côtés, les bras croisés, l'épée légendaire de Gryffondor, pendue à sa ceinture et le grand bouclier d'or qu'elle avait pu contempler, un peu plus tôt, attacher dans son dos. Elle n'eut plus aucun doute. Rose avait plongé dans les souvenirs perdus de l'un des quatre fondateurs de Poudlard. Le bassin était une immense pensine.
Tant qu'elle était dans le souvenir, elle ne craignait plus rien du Basilic. Il en était autrement de Lily et Thomas mais au moins, ils étaient protégés par la cape. Rose était dévorée par la curiosité. Elle savait l'heure grave mais le fait de voir le héros et créateur de sa maison, lui redonnait espoir. A ses côtés, même en songe, elle se sentait en sécurité et elle ne voulait pas quitter tout de suite cette situation.
Godric Gryffondor devait avoir une trentaine d'années. Lui et Rose se trouvaient dans une sorte de salle à manger médiévale. Il y avait de la paille par terre, une table de bois, quatre tabourets. La lumière entrait par une grande fenêtre en face de Rose. Sur sa droite, le mur avait été creusé en âtre et un feu y crépitait joyeusement. Partout où Rose posait les yeux, il y avait une quantité impressionnante de nourritures. Plusieurs tonneaux étaient empilés de l'autre côté de la pièce. Il faisait bon, chaud, l'endroit était accueillant et Rose sourit lorsque Gryffondor se mit à bailler en s'étirant.
Le chevalier retira son plastron et ses épaulettes. Il posa son épée contre la table et cala son bouclier entre les pieds. Il s'affala sur l'un des sièges en posant ses chausses pleines de boues séchées sur le tabouret d'en face. Il allait commencer à piquer un somme lorsque la porte d'entrée s'ouvrit avec fracas.
Rose découvrit une petite femme replète, à l'épaisse chevelure rousse, la poitrine et les hanches généreuses, habillées d'une fourrure élégante, un lourd collier pendait à son cou. Elle portait un panier à son bras, chargé de fruits et de fleurs. Son visage mutin s'illumina lorsqu'elle vit Godric. Après avoir refermée la porte, elle traversa la pièce à grandes enjambées, posa son panier sur la table, défit sa cape et se jeta dans les bras du chevalier. Godric manqua de tomber de son siège mais il ne s'en plaignit pas. Il serra contre lui la petite femme en riant, contaminé par sa bonne humeur.
Sous le regard étonné de Rose, la nouvelle venue embrassa avec passion Godric Gryffondor. Celui-ci passa une main dans ses longs cheveux roux pour savourer plus encore ce baiser qui devint interminable. Rose hésita à tourner le dos à la scène, craignant qu'elle ne devienne plus intime encore. A la place, la femme s'écarta en riant.
— Je l'ai trouvé, Godric! dit-elle ravie.
— Pourquoi crois-tu que je sois ici? demanda Godric en lui adressant un sourire taquin.
La belle rousse le frappa à l'épaule.
— Je pensais que c'était pour me voir. Ne t'ai-je pas manqué dans tes croisades?
— Si… Terriblement!
Ils s'embrassèrent encore, avec un peu plus de passion que pour le premier ce qui mit Rose très mal à l'aise. Un raclement de gorge dans le dos de Rose la fit sursauter ainsi que les deux amants en train de se cajoler. Rose se retourna vivement et fit face, sans qu'il ne l'a voie, à un homme long, fin, de long cheveux noirs, un nez fins et droit, pâle comme la mort. Il portait une longue robe de sorcier noire avec des symboles runiques cousus d'un fil d'argent sur le devant. Il tenait entre ses longs doigts fins une longue baguette de sorcier et un serpent d'un blanc nacré rampait tranquillement le long de son cou.
Rose fut quelque peu dégoûté par son apparence ainsi que par l'aura qui émanait de ce curieux personnage. Son regard sombre était froid et calculateur. Rose comprit qu'il était du genre à tout savoir sur tout, capable d'utiliser ses connaissances pour arriver au bout de ses idées, un peu comme Albus. Il émanait cependant de lui une dangerosité qui donnait la chaire de poule.
— Salazar, mon vieil ami! s'exclama Godric en se levant. Te voilà, enfin. Tu aurais pu nous avertir de ta présence…
— C'est précisément ce que j'ai fait, répondit-il sur un ton sec. Je viens de très loin et j'ai dû laisser des affaires importantes et urgentes en suspens. J'espère pour toi, Helga, que c'est important.
Helga Poufsouffle ne répondit pas. Rose remarqua immédiatement qu'elle se méfiait comme de la peste de Serpentard. Son expression, d'ordinaire si chaleureuse, c'était immédiatement fermée à la vue du fin sorcier macabre. Celui-ci, par contre, ne la quittait pas des yeux. Il la contempla longuement pendant qu'elle se levait, quittait l'étreinte de Godric à regret et tourna délibérément le dos à Salazar.
— Ce n'est pas moi qui t'ai fait mander, dit finalement Helga. Godric a beaucoup insisté mais si cela ne tenait qu'à moi, je t'aurais laissé pourrir dans ton château. Tu ne mérites pas cet honneur.
Salazar eut un rictus méprisant en se tournant lentement vers Godric qui ne savait plus où se mettre.
— Si ma présence vous gêne, siffla Salazar, je ferais mieux de disparaître tout de suite.
— Non, s'il te plaît. Nous avons besoin de toi pour ce projet. Il te plaira j'en suis sûr. Helga, je t'en prie. Nous avons besoin de lui.
Helga croisa les bras sur son opulente poitrine et Salazar la dévisagea encore. Malgré ses deux yeux froids, il avait l'air de s'amuser. Son sourire carnassier ne le quittait plus.
— Et puis-je savoir ce qu'il en retourne avant de perdre mon temps?
— Pas sans Rowena…, répliqua Helga d'une voix sèche.
Godric donna une grande claque dans le dos de son ami terriblement pâle, ce qui n'amusa pas du tout ce dernier.
— Crois-moi, tu ne seras pas déçu.
L'image qu'elle avait devant les yeux se dissipa et avant qu'elle ne s'en rende compte, un nouveau décor s'était déjà constitué autour d'elle. Rose se trouvait au milieu de la lande écossaise. Le vent soufflait fort sans qu'elle n'ait à souffrir du froid, sûrement, aperçut quatre silhouettes gravissant péniblement une haute falaise, surplombant un lac obscur. Rose dût courir pour les rattrapper et elle se retrouva bientôt au milieu des quatre fondateurs de Poudlard. Godric suivait de près Helga, en tête, emmitouflé dans une épaisse cape bordeaux. Rose dépassa une femme très grande, élancée, drapée dans une cape bleutée. Ses longs cheveux bruns étaient balayés par le vent et Rose croisa un regard sombre, froid et sévère.
— J'espère que tu ne t'es pas perdue, Helga, persifla la jeune femme, frissonnant dans son manteau.
— Un peu de patience, Rowena. Nous y sommes presque, s'écria Helga en tête du cortège.
— La noble châtelaine aurait-elle mal aux pieds? se moqua Salazar.
Le fondateur de la maison des Serpentard était à la traîne, toujours vêtu d'une longue robe noire, lugubre. Lorsqu'il croisa le regard courroucé de Rowena, celui-ci eut un sourire moqueur qui glaça le sang de Rose. Elle n'aimait pas cet homme; ce qu'il dégageait de lui était sinistre.
— Je ne me sens guère insulté par un homme qui passe le plus clair de son dos à la botte d'un seigneur moldu…, répliqua la sorcière d'une voix dure.
— Comment oses-tu?! éructa Salazar, la main soudain dans sa poche.
— Paix mes amis! intervint Godric. S'il vous plaît, pour Helga…
Cette dernière ne semblait pas avoir remarqué la dispute dans son dos. Godric s'érigeait de toute sa masse entre la prestance hautaine de la dame Serdaigle et l'expression courroucée de Serpentard. Les deux se toisèrent encore un peu puis Rowena haussa des épaules avant de tourner royalement le dos aux deux hommes pour reprendre sa marche.
Ils continuèrent leur route dans un silence de mort jusqu'à ce que Helga pousse un cri de triomphe et ne désigne du doigt un chemin escarpé qui descendait vers les falaises. Rose les suivit, heureuse de ne pas subir la morsure du vent froid. Le groupe des quatre sorciers descendit en toute souplesse. Helga sautillait presque de joie et ils s'engouffrèrent dans une immense grotte obscure, humide et très inquiétante. Rowena sortit sa baguette et illumina la pierre sombre et ruisselante. En prenant la tête, Rose discerna dans le noir une faible lueur qui dégageait une chaleur surnaturelle. Elle s'approcha, comme attiré par un énergie mystérieuse. Bientôt, elle se retrouva face à une énorme brèche dans la roche. Un gargouillis étrange émanait de l'ouverture béante où s'échappait des panaches de fumées d'une lumière aveuglante. Aussitôt, Rose se sentit comme entouré d'une douce chaleur et elle eut l'impression que son corps prenait plus d'énergie, qu'elle devenait plus puissante et qu'elle serait capable de faire n'importe quoi, si elle restait à jamais près de cette source prodigieuse.
Une silhouette enrobée l'arracha à ses douces sensations. Helga Poufsouffle avait la même réaction que la Gryffondor en admirant la brèche géante à ses pieds. Un grand sourire étira ses lèvres et lorsqu'elle se retourna vers ses compagnons, ils purent contempler son visage irradié de joie.
— C'est ici! s'écria-t'elle pour se faire entendre par-dessus le bruit assourdissant de la brèche. Je l'ai trouvé.
— C'est incroyable, murmura Rowena en s'approchant à son tour.
Elle se trouvait à la limite du grand plongeon. La noble dame avait la même expression que Rose, elle semblait complètement fascinée par ce pouvoir immense. Elle tendit une main et la fumée bleutée de la source s'entremêla entre ses doigts. Rowena se mit à rire. Son air sévère avait disparu.
— Tu te rends compte de ce que tu as découvert? murmura-t'elle avec un grand sourire rêveur.
— Oui, la deuxième source d'Angleterre.
— Elle est beaucoup plus grande que celle de Merlin…, dit Salazar en s'approchant. C'est la plus grande découverte du siècle.
Godric se plaça derrière Helga en la serrant dans ses bras, l'air fier.
— Tu imagines ce qu'on pourrait faire de toute cette puissance…, dit encore Salazar, le regard rêveur.
— Oui, je pensais à une école, répondit du tac-au-tac Helga, toujours dans les bras de son promis.
Salazar et Rowena se tournèrent dans un même mouvement vers leur petite amie potelée. Ils s'étaient arrachés de leur contemplation de la source pour contempler, médusé, Helga et Godric, amoureusement enlacé.
— Tu n'es pas sérieuse?!, persifla Salazar, détournant les yeux du jeune couple.
— Une école est un projet très honorable, Helga, continua Rowena. Mais tu viens de découvrir l'une des trois sources principales de ce pays. Une école, c'est…
— Risible! finit Salazar.
— ...ce dont les sorciers ont besoin, corrigea Godric.
— Nous venons de vivre la période la plus sombre de notre histoire, dit Helga. Des milliers d'entre nous se sont fait massacrer par des moldus parce qu'ils ne nous comprennent pas.
— Je vis parmi des moldus. Je n'ai aucun problème avec eux…, dit Rowena en haussant des épaules. Ils me respectent.
— Tu es noble, Rowena. Tu te hisses au-dessus des serfs et de la plupart des vassaux. Même le roi respecte tes dons 'mystérieux'. Tu n'as rien à craindre dans ton château, protégée par tes murailles. Il n'en est pas de même pour tout le monde.
— Beaucoup d'entre nous veulent se cacher à tout jamais, ajouta Godric.
Salazar soupira avec dédain.
— Les moldus sont faibles. Pourquoi ce serait à nous de nous cacher. Nous pourrions tous les mettre à genoux d'un claquement de doigt. Surtout avec cette source…
Godric délaissa Helga pour s'approcher du sorcier noir. Il posa une main compatissante sur l'épaule de son ami, ce qui horrifia celui-ci au plus haut point. Rose remarqua la pitié dans les yeux du chevalier.
— Je sais quelle haine tu leurs voues, mon ami. Je sais quelles atrocités ils ont perpétré dans ton village.
— Tu veux dire quand ils ont massacré toute ma famille sous mes yeux? corrigea Salazar d'une voix dure.
En voyant le grand Godric Gryffondor et Salazar Serpentard face à face, Rose comprit soudain la grande différence qui divisait ces grands sorciers. Gryffondor avait beau incarné le courage et la force, il lui manquait une chose qui animait les yeux verts sombres de son rival: la souffrance. Godric dégageait cette naïveté touchante, cette impression d'avoir été choyé et aimé depuis sa naissance. Tandis qu'il émanait de Salazar cette blessure profonde qu'elle avait décelé parfois chez Scorpius. Salazar n'était peut-être pas courageux mais Rose lisait dans ses yeux, une endurance et une volonté à toute épreuve, peut-être même plus dangereuse que celle de Gryffondor.
— La vengeance n'est jamais la solution, dit avec sagesse le chevalier.
Salazar se dégagea avec un sourire amer.
— Facile à dire, pour toi…
— Une école pourrait changer les choses…, insista Helga. Nous pourrions rassembler tous les sorciers d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande, tous en un même endroit protégés par la magie de cette source. Nous pourrions leur enseigner une bonne magie, l'histoire de notre peuple, comment nous comporter avec les moldus, pourquoi et comment utiliser nos pouvoirs. Nous serions tous unis, pour la première fois de notre histoire. Ce serait...merveilleux!
— Nous pourrions aussi poser les fondations de notre propre civilisation, raisonna Rowena. Avec les générations futurs…
— Merlin aurait approuvé ce projet, dit encore Godric.
— Arrête de citer notre maître comme si tu le connaissais mieux que nous, rugit Salazar. Tu oublies comment il est mort? Il s'est fait abuser par ces mêmes moldus à qui il apprenait la magie.
— Si nous devons fonder cette école, je mets cette condition: aucun moldu, ni cracmol. Je ne veux pas de deuxième Arthur.
Helga sembla déçue. Godric la consola en serrant sa main la sienne.
— Au moins les nés-moldus! renchérit Helga.
— Vous êtes fous, cracha Salazar. Les nés-moldus, sont avant tout des moldus. Ils pensent comme eux. Ils resteront toujours fidèles à ceux qui veulent nous massacrer. Si vous leur ouvrez les portes de nos secrets magiques...vous nous condamnez!
— Au contraire! répliqua Helga. Ils sont l'avenir. Ils sont l'espoir d'une réconciliation, surtout si nous les éduquons bien.
Les images tourbillonnèrent autour de Rose qui fut frustrée de ne pas avoir la suite du souvenir. La jeune fille fut soudain aveuglée par un grand brasier. Elle se tenait sur la même colline qu'avait escaladé les quatre fondateurs, près de grands murs de pierres noires qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. Rose contemplait une version neuve de Poudlard, dans ses premières années. Mais le château était la proie de flammes qui montaient haut dans le ciel. Des élèves en robe noire, couraient dans tous les sens en hurlant. Rose tourna la tête et découvrit Godric, en nage, tenant dans ses bras une petite fille qui ne devait pas avoir plus de dix ans.
— SALAZAR! hurla Godric en direction de ce qui devait devenir le parc de Poudlard.
Une silhouette noire s'arrêta près de là où devrait se tenir la cabane d'Hagrid. Tout comme Gryffondor, Serpentard avait pris quelques années. Plusieurs rides marquaient son visage et ses cheveux étaient beaucoup plus long. Godric posa la petite élève qui s'encourrut dans les bras d'une autre avant de dégainer une longue épée.
Rose la reconnut immédiatement. C'était l'épée de Gryffondor. D'un claquement de doigts, il fit apparaître dans sa main l'énorme bouclier d'or que Rose avait vu dans la salle à la pensine. Armé de son épée et de son bouclier, il fonça droit vers son ami et Rose se demanda, un instant, si elle n'était pas en train de contempler le célèbre affrontement entre Salazar Serpentard et Godric Gryffondor.
Salazar n'avait pas attendu que Godric ne le percute avant de sortir sa longue baguette de bois. Il la pointa sur son rival en lui lançant une salve de sorts très puissants. Godric s'en protégea de son bouclier et aussitôt le jet de lumière fut renvoyé vers Serpentard qui dut s'en protéger avec un contre-sort. Rose comprit soudain la particularité fantastique du bouclier: il était non seulement capable de protéger son utilisateur de puissants sorts mais aussi de les renvoyer.
Comme aucun sort ne semblait toucher le chevalier, Salazar opta pour une nouvelle stratégie: il arracha d'énorme parcelle de terre et les renvoya sur Gryffondor. C'était de gigantesque pan de roche et de terre qui fonçaient droit sur Godric qui continuait à courir vers Serpentard. A la grande surprise de Rose, le chevalier fit disparaître son bouclier et elle poussa un cri lorsque le premier rocher vint s'écraser sur Gryffondor. Celui-ci avait brandit son épée et trancha la roche comme du beurre. Le peu de projectiles qui arrivaient à toucher Godric, se fracassait sur une sorte de bouclier invisible. Il continuait toujours à avancer, la colère déformant son beau visage et lorsqu'il se trouva près de Salazar, il le désarma d'un simple sort. Serpentard poussa un glapissement de douleur lorsque Godric le souleva de terre en le saisissant à la gorge.
— Je n'ai rien dit quand tu as massacré ton roi et son peuple en abusant de sa confiance. Je n'ai encore rien dit lorsque tu as essayé de monter Rowena contre Helga pour utiliser la source à tes fins personnels. Mais que tu mettes le feu au château…
— J'ai...fait...bien...pire! réussit-il à articuler entre les doigts puissants de Gryffondor.
Celui-ci le frappa du pommeau de son épée. Un filet de sang coula des lèvres du sorcier noir. Il se mit à ricaner faiblement puis prononça quelques mots dans une langue que Rose ne réussit pas à déchiffrer. Aussitôt, une violente explosion lumineuse fit reculer de plusieurs mètres le chevalier qui avait réussi à se protéger in-extremis avec son bouclier d'or. Godric renvoya la magie droit vers le ciel et fusilla du regard son ancien meilleur ami.
— Comment oses-tu utiliser les incantations interdites de notre maître?
— Comment oses-tu utiliser les artefacts magiques de ce sale moldu, traître à notre maître?
Un long silence suivit ces deux paroles pleines de colère et de haine. Rose fut effrayée par le regard froid et mauvais de Serpentard. Il contemplait son ami avec l'envie évidente de le voir mort. Godric avait cette même pitié dans les yeux, teintée d'une profonde tristesse. Tout ceci n'était qu'un beau gâchis.
— Tu ne peux plus rester à Poudlard…, dit Godric en enfonçant son épée dans le sol tout en maintenant la garde de son bouclier.
Sa voix était emplie de tous ses regrets. Il n'avait pas d'autres choix mais cette conclusion le désolait au plus profond de son coeur. Rose en fut émue.
— Il est trop tard pour me chasser, cracha Serpentard. Aucun moldu ne sera en sécurité à Poudlard.
— Qu'est-ce que tu racontes? se désola Godric.
— Je préfère voir Poudlard brûlé de mes mains plutôt que d'assister à sa mise à sac par ces sangs-impurs!
— TU ES FOU! tonna la voix puissante de Gryffondor.
Nouveau silence. Rose crut, un instant, qu'ils allaient recommencer le combat. Mais soudain, les épaules de Salazar s'affaisèrent. Il baissa sa baguette et un horrible sourire sadique étira ses lèvres fines.
— Nous verrons…
Rose fut emporté dans un nouveau tourbillon. Elle était arrachée aux dernières images de chaos et de colère. Le nouveau décor n'avait plus aucun sens pour elle. Des larmes coulaient sur ses joues et elle laissa échapper un sanglot tandis qu'elle essayait de s'échapper par le souvenir auquel elle venait d'assister.
Tout était blanc autour d'elle. La lumière étincelante de la pièce l'aveuglait. Elle battit plusieurs fois des paupières avant de distinguer une silhouette à quelques mètres d'elle. Le temps de faire le point, elle reconnut aussitôt Godric Gryffondor. Il avait toutefois perdu de sa superbe. Il portait toujours son armure mais son visage était envahi de ride, les paupières tombantes et sa longue chevelure rousse, devenue complètement blanche.
Le vieux chevalier tenait son épée, plantée à ses pieds et lui adressait un sourire bienveillant.
— J'aurais aimé te montrer des souvenirs plus joyeux, dit-il d'une voix douce et chaude.
— Vous êtes... , articula Rose, quelque peu effrayée.
— Mort? Oui, depuis longtemps, rit-il. Je suis comme tout le reste: un vieux souvenir.
— Monsieur, c'est un grand honneur. Je…
Il l'arrêta d'un signe de la main. Ses yeux, bien que fatigué, était rieurs. Rose se sentit immédiatement à l'aise avec le fondateur de sa maison. Malgré son grand âge, il inspirait encore une grande puissance mais aussi une chaleur contagieuse.
— Tu as dû affronter beaucoup de périls pour arriver jusqu'ici.
— Pas vraiment mis à part le Basilic…
— Salazar nous aura berné jusqu'au bout, dit Godric d'une voix lasse. Son odieux animal a tué mon griffon j'imagine…
— Oui, nous avons vu son squelette à l'entrée. Je suis désolée…
Godric semblait de plus en plus lasse. Même pour un souvenir, il donnait l'impression d'avoir pris quelques année en plus, en une fraction de seconde.
— Ce griffon m'a suivi pendant de longues années. C'était une brave bête, intelligente et loyale. Elle ne méritait pas ce sort.
— Monsieur, le pressa Rose. Je suis désolée mais mes amis sont en dangers. Il y a le Basilic mais aussi la source. Quelqu'un essaye de l'atteindre pour la contrôler. Il faut que je sorte d'ici… Mais je ne sais pas quoi faire… Comment pourrais-je vaincre un Basilic? Je ne suis qu'une élève, je…
— Calme-toi.
Il posa une main sur son épaule et la détresse de Rose se calma aussitôt. Que pouvait-il lui arriver avec à ses côtés un homme tel que Godric Gryffondor.
— Tu as compris pourquoi nous avions créé ces épreuves?
— Pour protéger la source? répondit Rose.
— Pas seulement. Le but de ces chambres hors du temps, étaient de rappeler à tous ceux qui voulaient atteindre la source notre objectif. Nous voulions que les visiteurs comprennent notre union pour un lendemain meilleur. La source n'est pas un réservoir inépuisable de puissance magique. Elle est bien plus que ça.
Godric marqua une pause en souriant encore à Rose.
— Tout comme le réseau souterrain qui parcourt notre terre et délivre sa magie à ceux qui savent l'utiliser, la source de Poudlard rassemble ceux qui veulent apprendre. Tu es entrée dans ma chambre car tu en es digne, comme tout ceux qui sont envoyés chez moi. Et tu sais ce que cela veut dire?
Rose se dégagea, impatiente.
— Je sais ce que vous allez me dire… Que j'en suis digne parce que je suis courageuse. C'est ça? Eh bien je vais vous révéler quelque chose qui ne vous fera peut-être pas plaisir mais je ne le suis pas, courageuse. En début d'année, j'ai failli mettre fin à mes jours parce que je n'avais plus la force de me supporter moi-même. Je ne suis pas forte. Je suis faible et je côtoie tout le temps des Serpentard bien plus malin et courageux que moi. Et quoi? Je ne vais pas réussir, c'est ça? Je ne vais pas vaincre cette saleté de Basilic et je vais voir mes amis mourir devant mes yeux parce que je ne suis, en fin de compte, pas du tout digne de ma maison?
En parlant, Rose s'était soudain mise à pleurer. Toute l'impuissance de ces dernières heures avaient enfin raison d'elle. Rose ne se sentait pas inspirée, ni encouragée par les paroles du fondateur d'une maison qui n'avait plus aucun sens pour elle. Les paroles d'Hugo résonnait encore dans sa tête avant qu'ils ne touchent le symbole sur la pierre froide et mouillée de la Tour d'Astronomie. Être une Gryffondor, ne voulait rien dire.
— J'ai toujours cru que j'étais courageux…, dit Godric. Mais mon courage n'a pas réussi à sauver mon meilleur ami. Je l'ai regardé devenir fou, nourrir sa haine pour les moldus. Je ne l'ai pas compris. Le courage, ce n'est pas de foncer tête baissée dans un combat épique. Ce n'est pas non plus la force physique ou le nombre d'ennemis que tu arrives à vaincre. Tout cela ne m'a pas aidé à protéger ceux que j'aime, avoua Gryffondor. Tes paroles sont plus empreintes de courage que tous mes exploits dans ma vie.
— Vous exagérez, là, murmura Rose.
— Le courage, jeune fille, c'est d'aller là où on ne veut pas aller. Mon ami s'enfonçait dans les ténèbres et j'ai préféré fermer les yeux parce que c'était plus confortable pour moi. Par contre, je partais en courant me battre contre des créatures répugnantes, des mages noirs et tout le reste. Et pour quoi? Pour la gloire, mon enfant. Toi, tu es là, dans ma pensine. Tu es partie affronter les dangers pour sauver tes amis…
Il tendit son épée à Rose qui la contempla, étonnée.
— Alors? Qu'est-ce que tu es, jeune fille?
Rose hésita un instant, une brève seconde avant de saisir l'arme à deux mains.
— Courageuse! répondit-elle, le regard déterminée.
Rose émergea du bassin d'eau clair en reprenant une grande coulée d'air. Elle s'accrocha au bord et se hissa hors de l'eau, au milieu des débris de pierre blanche et de poussière. Elle serrait dans sa main l'épée que Gryffondor lui avait offerte dans son souvenir. Toujours plaquée au sol, craignant le retour du Basilic, ses doigts rencontrèrent la surface lisse et polie d'un grand objet rond. Rose entrouvrit les paupières et discerna l'éclat doré du bouclier. Elle s'en saisit, rassurée de le trouver intact.
Son plongeon dans la pensine d'un des fondateurs, l'avait amené dans un autre temps. Elle avait l'impression d'avoir fait un voyage de plusieurs heures et ce brusque retour à cette terrible réalité lui ramena toutes ses angoisses. Elle pensa à Lily, à Thomas, au Basilic, Hugo, Albus, la source et surtout à Scorpius. Si elle écoutait ses peurs, elle se terrerait dans un coin en attendant que le danger finisse par disparaître, comme par magie. Mais Godric Gryffondor lui avait appris quelque chose et à présent, elle se sentait enfin digne de sa maison.
Tandis que Rose s'accrochait à son nouveau bien, elle sentit le sol trembler sous elle. Le Basilic s'élevait parmis les débris, sortant sa tête du nuage de poussière qui retombait doucement. Rose se remit précipitamment sur ses jambes flageollantes. Elle souleva le lourd bouclier en le faisant racler sur les dalles ce qui produisit un bruit qui lui vrilla les tympans et qui devait certainement avoir attiré le serpent. Tremblante de peur, Rose se cacha derrière une colonne en levant le bouclier devant elle. Le faible reflet doré lui donnait une idée de ce qui se passait autour d'elle. Le Basilic avait suivit les sons et balançait la tête d'avant en arrière entre les colonnes. Rose n'avait pas encore rencontré son regard et elle fermait tout le temps les yeux de peur de se faire pétrifier par le reflet des iris du Basilic. Elle cherchait, à tout pris, à calmer la voix qui lui hurlait de s'enfuir. Maintenir le bouclier et l'épée, un objet dans chaque main, était incroyablement difficile. Le bouclier pesait lourd et elle n'avait pas la force physique d'une chevalier costaud du Haut Moyen-Age. Il lui fallait trouver une stratégie. Elle pourrait attaquer le Basilic à l'aveugle en se protégeant de sa magie avec le bouclier. C'était risqué. Elle ne savait plus quoi faire et la panique grandissait de plus en plus dans son coeur en faisant trembler ses doigts qui serraient de toutes ses forces le bouclier devant elle.
— ROSE! hurla Lily dans son dos.
Elle n'osa pas se retourner mais elle entendit le glissement du Basilic dans la direction du cri. Rose regarda dans le reflet du bouclier. Elle ne vit que la queue du Basilic qui rampa dans l'ouverture à l'autre bout de la pièce, là d'où elle avait entendu Lily hurler son nom. Rose eut peur pour sa cousine, pour Thomas. Ils étaient seuls sous une cape, armés seulement de leur baguette contre un monstre qui pouvait tuer d'un seul regard.
Rose retint ses larmes. Elle n'avait pas le droit de flanger. Pas maintenant, pas après avoir vu tout ce que la pensine lui avait divulgué, pas après les paroles de Gryffondor. Elle serra le pommeau de l'épée en contemplant la lame d'argent qui étincellait à la lueur des torches. Elle avait l'épée, à présent! Elle avait encore une chance.
Derrière elle, le mur éclata en morceau dans un nuage de poussière. Rose fut poussée violemment en avant. Elle tomba sur les genoux, lâchant l'épée et le bouclier qui glissèrent devant elle. Lily s'écroula à côté d'elle, le front ruisselant de sueur, hors d'haleine, sa baguette serrée dans sa main.
— Il arrive! gémit-elle en se relevant.
Thomas émergea du trou béant qu'avait créé Lily, la cape autour de ses épaules. Seule sa tête dépassait et Rose avait l'impression qu'une tête volante la dévisageait, blême de peur.
— Vite! Vite! Vite! Vite! Vite!
Il agrippa Lily par le bras en la tirant derrière lui pour l'encourager à se remettre à courir. Rose se releva péniblement, ramassa l'épée et le bouclier qui lui arracha une grimace de douleur sous son poids et suivit ses amis en courant le plus vite possible dans leur sillage.
— Il faut qu'on trouve la sortie, le plus vite possible! cria Lily, complètement paniquée.
— Y a pas de sortie! bafouilla Rose en haletant. Ou alors, elle apparaît quand on a vaincu le Basilic.
— Quelqu'un connait un sort pour le tuer? hurla Thomas en tête, la cape voletant dans son dos, dévoilant de temps en temps des parties de son corps qui semblaient se mouvoir sans aucun sens.
— Il n'existe aucun sort capable de tuer ce monstre, répondit Lily qui commençait à ralentir.
— Si! J'ai l'épée, le bouclier…
Rose s'interrompit. Tout comme Lily, elle commençait à ralentir, perdue dans ses réflexions. Une partie de son cerveau lui hurlait que le Basilic n'était pas loin et que ce n'était vraiment pas le moment de s'arrêter de courir. Mais Rose ne pouvait s'empêcher de repenser aux paroles du fondateur. "Aller là où on ne veut pas aller."
Faire face…
Rose s'arrêta au milieu du couloir. La peur lui hurla de reprendre ses jambes à son cou. Elle tremblait encore et Lily se retourna brièvement pour s'assurer que sa cousine les suivait encore. Lorsqu'elle constata que Rose s'était arrêtée, elle poussa un cri horrible, une plainte, tout en continuant à courir en ne pouvant regarder en arrière plus longtemps. Thomas la poussa à tourner le coin et Rose essaya de calmer les battements furieux de son coeur.
— ROSE! hurla la voix de Lily. Viens! Qu'est-ce que tu fais?
— Les Gryffondor ne fuient pas, dit-elle surtout pour elle.
— Tu es folle! cria aussi Thomas. Je viens te chercher.
— Non!
Dans son dos, le sifflement strident du Basilic s'élevait plus fort, plus menaçant. Son corps visqueux rampait à toute vitesse vers Rose qui restait résolument immobile. Rose était convaincue que tout ceci n'était qu'un test pour prouver sa valeur. Les Gryffondor étaient tous animés par la même bravoure, la témérité des héros et cette foi profonde et peut-être stupide de faire confiance…
Rose attacha rapidement le bouclier à son avant-bras. Il était lourd, les lanières de cuir lui sciant sa chair. Elle serra l'épée dans sa main et se retourna brusquement, brandissant l'épée, se protégeant du bouclier dans la même posture de combat que Godric face à Salazar. Elle avait fermé les yeux, de peur de se faire foudroyer d'un regard. Elle pouvait presque sentir le souffle putride du reptile qui devait être tout proche, à présent. D'un geste ample, rapide, Rose leva la lame au-dessus de la tête et la tendit devant elle, droit vers le Serpent.
Au dernier moment, elle ouvrit les yeux.
Elle eut peur en contemplant l'éclat jaunâtre de ses deux pupilles menaçantes mais rien ne se produisit. Le bouclier l'immunisait contre la magie du Basilic mais malheureusement pas de ses attaques physiques.
Dans un sifflement aigu, le Basilic chargea, les crocs en avant. Rose réagit au quart de tour. Il envoya un violent coup d'épée dans la gueule du serpent qui poussa un clapissement de douleur. Sa tête heurta le mur et Rose en profita pour continuer à enfoncer son épée dans son corps visqueux gigantesque. Des pans de murs entiers s'effondrèrent sous le poids de la créature. Le bras de Rose tremblait sous l'effort et elle peinait à maintenir le bouclier pour la protéger du regard du Basilic. Malgré la douleur, elle enfonça sa lame dans le corps froid et écailleux du reptile qui se tortillait dans tous les sens pour échapper aux débris de pierres qui le maintenait cloué au sol. La gueule du Basilic claquait près de Rose qui se protégeait du bouclier en suant à grandes eaux, de ses crocs acérés et suintant de venins.
Incapable de se dégager, le serpent géant réussit à enrouler ses anneaux autour du corps de Rose qui se mit à paniquer. Rose n'eut pas le temps de se dégager. Le Basilic se mit à serrer de plus en plus fort. Rose lâcha l'épée mais maintint sa prise sur le bouclier qui empêcha la prise ferme et violente du Basilic de lui briser tous les os. Les anneaux se ressèrent autour de Rose qui malgré sa protection, commençait à manquer d'air. La tête du Basilic qui se redressait lentement, se dégageant enfin des débris de murs. Le serpent découvrit, une nouvelle fois ses deux crochets, prêt à frapper.
— IMPEDIMENTA! hurla la voix de Lily derrière Rose.
Le sort frappa les yeux du Basilic. Cela n'eut aucun effet mis à part celui de détourner l'attention du serpent sur cette nouvelle menace. Rose vit Lily se cacher derrière le pan de mur encore debout, près de Thomas. Cette attaque surprise eut le mérite de faire relâcher sa prise au Basilic qui déserra aussitôt ses puissants anneaux. Rose tomba au sol, son bouclier toujours attaché à son bras. Elle toussa, avala de grande coulée d'air et chercha à tâtons son épée. Lorsqu'elle sentit le pommeau incrusté de joyaux sous ses doigts, Rose s'encourut dans le couloir pour attirer la bête loin de sa cousine et de son petit-ami.
Le Basilic tournait la tête vers elle, persuadée que c'était elle qui lui avait lancé ce sort cuisant. Lorsque Rose entendit le corps du Basilic glisser dans sa direction, elle en profita pour brandir le bouclier au regard du Basilic. Elle ferma les yeux, espérant que la créature ne l'attaque de plein fouet pour tenter de lui enfoncer l'épée dans la gorge comme l'avait fait Oncle Harry.
A la place du coup de tête attendu, le Basilic poussa un cri plaintif qui étonna Rose. Elle osa lever la tête par-dessus le bouclier d'or et constata avec surprise que la tête du serpent géant s'était soudain solidifié, comme transformé en pierre. La gueule grande ouverte, le début du corps tordu dans une position grotesque, le Basilic tortillait le reste de son corps qui se pétrifiait lentement mais sûrement.
Rose s'approcha du Basilic, encore saisie de peur, les mains tremblantes. Elle avait lâché le bouclier qu'elle trouvait trop lourd et leva son épée au-dessus de sa tête. Lorsqu'elle frappa la tête du serpent, celui-ci se fendilla puis éclata en un millier de morceaux jusqu'à devenir poussière.
Rose lâcha enfin l'épée de Gryffondor et tomba à genoux, à bout de force. Épuisée, la jeune fille écoutait sa respiration profonde. Elle n'entendit pas Lily et Thomas se précipiter sur elle. Sa cousine s'assit en face d'elle et lui secoua doucement les épaules en l'appelant.
— Rose, s'il te plait! C'est fini.
— Je vais bien, dit-elle en ouvrant les yeux.
Qu'il était bon de pouvoir regarder n'importe où sans la peur de rencontrer les yeux jaunes du Basilic. En contemplant la poussière à ses pieds, les dégâts du monstre sur le labyrinthe et la peur qui l'avait tétanisé depuis des heures semblait-il, Rose fut prise d'un fou rire. Elle pleura aussi, de peur, de joie, de soulagement. Elle ne savait plus. Tout se mélangeait.
Lorsqu'elle fut enfin calmée, Rose se tourna vers Lily et Thomas en se forçant à paraître calme. Elle reprit sa baguette dans sa poche, l'épée de Gryffondor et s'essuya son visage couvert de poussière.
— Il faut qu'on retrouve les autres. On ne peut pas trainer.
— J'espère qu'on retrouvera Albus aussi, dit Lily en se collant près de Thomas.
— Il doit sûrement être là, quelque part, répondit Thomas en serrant sa petite-amie contre lui.
— Quoi? Tu l'as vu? s'exclamèrent Lily et Rose.
— J'ai de vagues souvenirs mais il me semble qu'il était près de moi. On a touché la pierre. Il y avait Albus et elle aussi...
— Qui ça, elle? demanda Rose.
OoO
Lorsque le tourbillon obscur cessa enfin, Scorpius tomba à genoux dans une grande flaque d'eau glacée. Il faisait froid, là où il avait atterri. De la buée blanchâtre sortait de sa bouche à chaque expiration. Une fois remis du voyage en Portoloin, il bondit sur ses pieds en sortant sa baguette, conscient que le danger pouvait surgir de n'importe où.
— Lumos!
Il éclaira plus en avant, il ne voyait que des ténèbres opaques, inquiétante. Il était nerveux. Il ne comprenait pas pourquoi il avait échoué, seul, dans cet endroit froid et obscur. Il avait peur pour Rose et pour les autres. Rien ne se passait comme il l'avait imaginé et cette perte de contrôle lui fit battre son coeur plus rapidement dans sa poitrine.
Lorsqu'il fit quelque pas, des lumières magnifiques dansèrent sur les murs comme des éclats de diamant. Lorsque les yeux de Scorpius se furent habitués à l'étincelante clarté, il vit d'abord l'immense statue noire d'un Basilic qui lui présenta sa gueule grande ouverte, crochets en avant. Scorpius réprima un frisson de dégoût. Il espéra de tout son coeur qu'il ne devrait pas affronter un Basilic à lui tout seul. Si Salazar Serpentard s'était attendu à voir débarquer son héritier pour accéder à la source, il allait être déçu. Personne n'avait parlé Fourchelang depuis Harry Potter et Voldemort.
Son attention fut attiré par un corps allongé dans une flaque d'eau à quelques mètres après la statue. Scorpius put découvrir une grande salle circulaire, à l'air tout à fait banal, terriblement vide et lugubre. Le corps allongé alerta le Serpentard qui se demanda si le visiteur précédent n'avait pas été attaqué juste avant son arrivée par une menace invisible. Scorpius poussa un cri lorsqu'il reconnut les lunettes rondes d'Albus et son éternel air endormi.
— Albus! cria-t'il en accourant vers lui.
Il s'agenouilla près de lui. Il constata, avec soulagement, qu'il respirait encore. Albus était simplement inconscient mais même les baffes ne purent le réveiller. Il était pâle, plus que d'habitude et surtout, il n'avait pas la cape. Scorpius espéra de tout coeur qu'on ne la lui avait pas prise.
— Salut, Scorpius, s'éleva une voix dans l'obscurité.
Scorpius se redressa lentement, les doigts crispés sur sa baguette. Il sonda les ténèbres d'où s'était élevé la voix. Un silence de plomb avait suivi ces paroles émises par une voix féminine que Scorpius reconnut aussitôt. Des bruits de pas clapotant dans l'eau se firent entendre et la jeune fille émergea de l'ombre, un sourire mesquin aux lèvres.
Gwen Harrison dévisagea son ancien amant avec une expression rieuse. Elle eut un petit rire en le voyant debout, près du corps inerte de son meilleur ami. Scorpius la contempla, le visage fermé, cachant sa surprise pour ne pas lui donner le plaisir de constater qu'elle l'avait surpris. Gwen pointa sa baguette sur lui, droit vers sa poitrine.
— Je t'avais dit que je me vengerai…
