31
LA VENGEANCE
Les yeux de Gwen brillaient sous les éclats de lumières qui se promenaient sur les murs. Elle gardait ses distances avec Scorpius mais ne le quittait pas du regard, brandissant sa baguette sur lui, prête à agir à tout moment.
— Alors, surpris? demanda-t'elle en souriant de toutes ses dents.
— Pas tellement, mentit-il en haussant des épaules. J'aurais été plus surpris si cela avait été Rita. Mais bon…
Scorpius fouilla dans sa poche et Gwen se tendit aussitôt. Elle le surveilla sortir son paquet de cigarette et en fourrer une dans sa bouche avant de l'allumer. Gwen émit un petit rictus, moqueur.
— Tu me sous-estime, Malefoy!
— Non, pas du tout, dit-il en soufflant sa fumée. Mais je sens que tu vas te lancer dans un laïus de méchant. Du coup, j'en profite pour m'en griller une.
Scorpius eut juste le temps de discerner le petit geste de poignet de Gwen avant de lancer son bouclier. La fumée de sa cigarette glissa sur son Protego qui bloqua l'attaque silencieuse de la jeune fille, dont les traits s'étaient soudain crispés par la colère.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Gwen, dit Scorpius plus sérieusement. On peut oublier tout ça. Tu ranges ta baguette et tu m'aides à réveiller Albus.
Gwen éclata de rire.
— Après tout ce que j'ai fait pour en arriver là? Jamais de la vie! dit-elle de sa voix dure et sèche.
— C'est toi qui a attaqué Albus l'autre fois n'est-ce pas? Pour lui prendre la cape…
— Oui et je l'ai amené ici, aussi. Je suis très douée avec le sortilège Imperium, tu sais…
Scorpius hocha lentement la tête en tirant une nouvelle bouffée de sa cigarette.
— Tu as lancé l'Imperium sur Chase, comprit-il.
— Je savais que cette idiote de Weasley était amoureuse de lui. J'ai vu son regard désespéré lorsqu'elle l'a vu embrasser cette fille de cinquième année. J'avais réussi à le pousser dans ses bras, l'année passé, mais cet idiot a failli me claquer dans les doigts. J'ai trouvé plus facile de le soumettre à ma volonté. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de rendre accro cette stupide rouquine pour qu'elle lui raconte toutes les histoires de son père. C'était si facile…
Cette fois-ci, ce fut Scorpius qui lança son sort informulé. La colère avait fait trembler sa baguette dans sa main. Un éclair de lumière frappa Gwen en une seconde et elle réussit à le dévier in-extremis par le même sortilège protecteur qu'avait utilisé son adversaire. Gwen dévisagea Scorpius: il ne riait plus, il avait perdu son flegme détendu et contemplait la jeune fille avec une envie de meurtre.
— Tu l'aimes vraiment, hein? Je n'avais pas du tout prévu cela dans mon plan. J'ai bien essayé de te détourner d'elle par mon charme naturel, minauda-t'elle par pure farce. Mais tu t'es très vite entichée de cette débile…
Nouvel éclair qui fusa à une vitesse folle. Gwen dut s'abaisser brièvement en se protégeant d'un Protego pour éviter l'attaque plus foudroyante que la première. Scorpius s'était approché de quelques pas, laissant le corps toujours inconscient d'Albus derrière lui. Il ne quittait pas des yeux Gwen, toujours aussi calme en apparence mais dont le regard trahissait sa colère grandissante.
— Si tu continues à insulter Rose, la prochaine fois, je serai moins compréhensif.
— Si tu crois que tu m'impressionnes! rugit Gwen.
— Je le crois, en effet. Sinon, tu m'aurais déjà anéanti avec l'un de tes sorts dont toi seul à le secret, se moqua Scorpius. C'est toi qui m'a affronté pendant le duel avec Chase, pas vrai? Je t'ai déjà battu une fois, je vois pas pourquoi je pourrai pas recommencer.
La main de Gwen serrée sur sa baguette se mit à trembler. Elle perdait son calme et c'était exactement ce que cherchait à faire le Serpentard.
— Avant qu'on ne commence les joyeusetés, dit encore Scorpius en tirant sur sa cigarette, j'aurais une question qui m'échappe encore. Pourquoi, Gwen?
— Après tout ce temps, tu n'as toujours pas compris? rit-elle.
— Je sais que vous voulez contrôler la source. Mais pourquoi, Gwen? Pourquoi, toi? Qu'est-ce que tu retires de tout ça?
Gwen partit de nouveau dans un grand éclat de rire rauque.
— Tu n'as rien compris en fait. Tu n'as aucune idée de ce que l'on m'a promis en échange de ces petits services.
— Explique-moi…
— Le pouvoir… Le respect… La reconnaissance! Je suis une fille de moldue. Même si j'étudie pendant des heures, tous les jours, même si j'en fait plus que tout le monde, si je ne suis pas née dans une famille comme la tienne, je ne peux pas espérer avoir un avenir dans le monde Magique.
— Tu fais quoi d'Hermione Granger?
La jeune fille eut un petit rictus méprisant.
— Oui, c'est vrai, admit-elle. Elle a bien réussi son coup en se liant d'amitié avec deux sorciers issus des plus grandes familles de sangs purs, dont le célèbre Harry Potter. Bravo…, dit Gwen en faisant mine d'applaudir.
— Tu racontes n'importe quoi! s'exclama Scorpius.
— C'est tellement plus facile pour les sorciers comme toi, mon petit Malefoy. Une carrière toute tracée et le respect inné de ses pairs.
— Tu délires, ma pauvre!
Gwen pointa encore sa baguette, droit sur Scorpius et lui balança une série d'éclair rougeâtre qu'il n'eut aucun mal à dévier.
— En tout cas, tu n'arriveras pas à me faire te respecter avec des attaques aussi faiblardes, railla Scorpius pour la faire mousser.
— Je t'ai dit de ne pas me sous-estimer, Malefoy! cracha-t'elle comme un chat furieux. Impero!
Scorpius avait préparé son esprit à ce genre d'attaques. Mais au lieu de ressentir la douce torpeur habituelle du sortilège impardonnable, il sentit une présence derrière lui, un souffle dans sa nuque et un horrible pressentiment l'envahir. Lorsqu'il se retourna, il contempla, impuissant, Albus se redresser, le regard voilé et le visage dénué de toutes expressions. Son meilleur ami avait les cheveux détachés qui lui tombaient devant les yeux, sales et mouillés. Gwen eut un petit geste du poignet et Albus leva sa baguette sur Scorpius.
— Eh merde! lâcha-t'il.
Scorpius dut se jeter sur le côté pour éviter le Reducto que lui balança Albus, manipulé par Gwen. Le Serpentard n'avait eu aucun mal à se battre contre Chase en duel sur le terrain de Quidditch mais il était préparé et c'était Chase! Même très concentré, le Poufsouffle n'aurait pas réussi à vaincre un botruc. Là, c'était différent. Scorpius devrait se battre contre Albus. Certes, un demi-Albus, une sorte de pantin dont Gwen tirait les ficelles mais une marionette qui possédait toute la puissance magique de son meilleur ami. Scorpius ne l'avait jamais raconté à personne mais Albus l'avait toujours battu en duel. Le combat promettait d'être laborieux.
Il se releva immédiatement balançant dans la direction d'Albus des sortilèges qui ne pouvait pas le blesser trop méchamment. Scorpius espérait au moins avoir une fenêtre de tir pour le désarmer. Sans baguette, il avait une chance. Il pourrait ainsi s'occuper, une bonne fois pour toute de Gwen. Mais la pluie de sort que lui lançait Albus, sans interruption, l'empêchait quoique ce soit contre la Serdaigle.
Albus mit tellement de violence dans ses sorts que Scorpius ne put que se protéger d'un bouclier. Les éclairs rouges pleuvaient sur sa protection magique et son meilleur ami approchait de plus en plus jusqu'à laisser sa baguette vomir toute sa puissance sur le bouclier qui vola en éclat.
— S'il te plait, vieux! s'exclama Scorpius en reculant. Faut que tu la combattes!
Le regard d'Albus était toujours aussi désespérément blanchâtre et Scorpius se mangea un stupéfix qui le projeta deux mètres en arrière en l'écrasant contre le mur de pierres. Il retomba lourdement au sol et rampa, en gémissant de douleur derrière la statue du Basilic. Il se sentait groggy par le choc, la chute et le sort. La voix de Gwen résonna dans la pièce en écho mais il ne parvenait pas à en comprendre le sens.
Il ne perçut que les pas d'Albus qui se rapprochait dangereusement. Il ne put s'empêcher de rire nerveusement en réalisant qu'il craignait beaucoup plus son meilleur ami sous Imperium que la personne qui lui avait jeté le sort impardonnable. Il fallait agir sinon Albus finirait par le tuer. Gwen devait profiter de son amitié avec lui, en comptant sur sa réticence à lui faire mal. Il fallait changer de stratégie, et vite!
— Piertotum Locomotor! lança Scorpius en pointant sa baguette sur la statue.
Aussitôt, le Basilic s'anima sur son socle. Au moment où Albus déboucha aux côtés de Scorpius toujours adossé derrière la statue, le Basilic se précipita sur le sorcier en le poussant, avec une violence, inouïe, contre le mur, en se fracassant dessus. La statue se brisa contre la paroi de pierres. Scorpius profita de cette distraction pour sortir de sa cachette, le socle rendu vide par la disparition du Basilic, et envoya un sort informulé à Gwen qui fut projetée en arrière et tomba sur le sol avec un bruit sourd.
— ALBUS! cria Scorpius en se précipitant sur les débris de pierre. Dis-moi que ça va, mon vieux.
Il y eut une faible explosion. Scorpius se protégea la tête des débris en se retournant brièvement. Le nuage de poussière retombé, Albus sortit des décombres en toussant. Lorsque Scorpius croisa son regard, il fut plus qu'heureux de voir ses yeux marrons, bien vivant et l'air ahuri de son meilleur ami qui l'interrogeait silencieusement sur tout ce chaos.
— IMPERIUM! cria la voix de Gwen.
— Experlliarmus! lança Albus d'une voix d'outre-tombe qui ne lui ressemblait pas.
La baguette de Scorpius lui sauta des mains. Un nouveau sort cuisant et il tomba à genoux en gémissant. Il vit Albus s'approcher de lui, lentement, en silence, guidé par la main de Gwen dont le visage s'épanouissait d'un large sourire sadique. Scorpius n'avait plus de force. Le souffle court, il contempla sa baguette tombée loin en arrière. Il leva la tête vers la haute silhouette d'Albus qui se planta devant lui, tournant le dos à Gwen qui agitait sa baguette en riant de plus en plus.
— Tu vas me tuer? sourit Scorpius en s'adressant directement à Albus.
— Tu me connais, je ne suis pas du genre sentimental, répondit Albus en murmurant.
Scorpius eut un rictus amusé et Albus pivota sur lui-même, le regard clair et en pleine maîtrise de ses capacités. Il brandit sa baguette sur Gwen à toute vitesse.
— Petrificus Totalus!
Concentrée sur son emprise sur Albus, elle n'eut pas le temps de déclencher un bouclier et se prit le sort de plein fouet. Elle se figea dans sa pose, les yeux écarquillés par la surprise et la peur. Gwen s'effondra au sol et roula lentement sur elle-même, dans un oscillement grotesque.
— T'en as mis du temps pour te libérer! gémit Scorpius qui s'était effondré à son tour.
— Oui, désolé... Elle est vraiment douée en Imperium.
Il lui tendit la main avec un petit sourire contrit et Scorpius l'accepta volontier, heureux de retrouver son meilleur ami.
— Je te préfère comme allié, dit-il en se faisant craquer le dos. Plus jamais ça!
Albus ramassa la baguette de Scorpius et la lui lança. Celui-ci la rattrapa au vol et vérifia que Gwen était bien hors d'état de nuir. Le sortilège de pétrification durait au moins une heure. Ils avaient le temps de réfléchir de ce qu'ils allaient bien pouvoir faire de Gwen Harrison.
— Tu savais qu'elle était dans le coup? demanda Scorpius en désignant les yeux hagard de la métisse, étendue au sol.
— Non. Je me suis fait avoir comme un bleu. Elle m'a surprise mais faut bien admettre que c'est l'un de ses points forts.
Scorpius hocha la tête, en restant toutefois sceptique. Il épousseta sa robe déchirée et désigna la vaste salle.
— Tu peux m'expliquer où nous sommes?
— Tu n'as pas compris? s'étonna Albus. Tu as quand même lu le bouquin que j'ai laissé à Hugo…
— Je me suis arrêté au passage de la source.
Albus eut un profond soupir, résigné.
— Eh bien, dit-il en essuyant les verres de ses lunettes sur son pull, si tu avais continué le chapitre, tu aurais découvert que les quatre fondateurs ont protégé la source par des épreuves. Chaque visiteur qui pense être digne de découvrir la source est répartie selon les quatre maisons et doit passer une épreuve. L'une de ses quatre qualités permet le passage vers la source.
— Et ça, c'est l'épreuve de Salazar Serpentard…, en conclut Scorpius.
— Oui, exactement.
— Très bien, opina Scorpius. Mais… il n'y a rien!
— Oui, ça c'est étrange. Je me suis attendu à devoir combattre un Basilic. La statue que tu m'as balancé à la tronche, tout ça. C'est un peu décevant que ce soit vide.
Scorpius dévisagea son ami en trouvant très curieux qu'on puisse se lamenter de l'absence d'un monstre capable de vous tuer d'un simple regard.
— Et comment t'expliques que Gwen soit dans la salle des Serpentard? C'est une Serdaigle que je sache!
— Bah! s'exclama Albus en éventant la question. Elle devait avoir plus de Serpentard que de Serdaigle. Les gens chan…
— ...changent, je sais. On me l'a déjà dit.
Soudain, derrière eux, un pan de mur de la salle circulaire s'ouvrit. Scorpius et Albus se dévisagèrent, inquiets d'un nouveau piège. Mais rien n'en sortit et ils en conclurent qu'il s'agissait de la sortie. Albus fit léviter le corps de Gwen et ils empruntèrent ensemble le couloir sombre.
Ils émergèrent dans une nouvelle salle, beaucoup plus accueillante que l'épreuve de Serpentard. Les torches accrochées aux murs diffusaient une lumière chaleureuse, éclairant les colonnes qui soutenaient le haut plafond. Tout autour d'eux, les parois de pierres blanches étaient ornées de dessins et d'inscriptions étranges. Albus en eut le souffle coupé et passa ses doigts sur un trait fin gravé dans la pierre qui semblait parcourir toute la pièce.
— C'est incroyable! Ces inscriptions doivent avoir été faites par les fondateurs. Tu imagines le trésor de savoir que cela représente?
— Oui, très joli, commenta Scorpius sans passion.
Celui-ci était plutôt impressionné par les deux statues, deux grands sorciers qui encadraient la grosse portes de bois au fond de la pièce. Les deux gardiens sondaient les visiteurs en semblant les menacer d'une éventuelles intrusions et Scorpius craignit, un instant qu'il ne se matérialise pour les neutraliser en un rien de temps.
La paroi de pierres s'ouvrit soudain sur le côté. Albus et Scorpius se tournèrent vers la nouvelle entrée, baguettes levées, prêts à jeter un sort. Le visage de Scorpius s'illumina lorsqu'il reconnut la silhouette tremblante de Rose, émergée péniblement dans la salle, suivie de près par Lily et Thomas. Ce dernier serrait la cape d'invisibilité dans les bras. Tous avaient l'air choqués.
— Rose! cria Scorpius.
— Ma cape! s'exclama Albus.
Les yeux de Rose se mirent à perler de larmes. Elle poussa un faible cri et s'encourut au devant de Scorpius qui la rejoignit en quelques enjambées. Ils se tombèrent dans les bras, l'un l'autre et Scorpius la serra contre lui.
— J'ai eu tellement peur, articula Rose en ne retenant plus ses larmes. Tu n'étais plus là, ni Hugo et…
— Moi aussi, j'ai eu peur pour toi.
— Comment se fait-il que tu aies l'épée de Gryffondor? dit Albus en désignant la lame que tenait toujours serrée dans sa main sa cousine. Et c'est ma cape! s'exclama-t'il en voyant Thomas. Je croyais t'avoir dit de bien la cacher.
— Oui, répondit Lily d'une voix légèrement exaspérée. Je l'ai confié à Tom. Il n'y avait aucun risque qu'elle tombe aux mains de… Enfin, bon.
Albus soupira de nouveau.
— C'est ma faute, de toute façon. Je n'aurais jamais dû te la confier. Tom, est-ce que je peux la récupérer?
— Oui, bien sûr, dit Thomas en lui tendant la cape, trop heureux de pouvoir s'en débarrasser.
— Il faut que tu me le dises clairement.
— Pourquoi? demanda Lily.
— C'est comme ça que se transmet la cape d'invisibilité de la mort. Elle doit être donnée de plein gré.
— Alors même si tu étais sous Imperium, comprit Scorpius qui tenait toujours Rose dans ses bras, ils n'auraient jamais pu se procurer la cape. Pareil si on te la vole!
— Oui, c'est ça. Je comptais sur l'ignorance des voleurs pour les piéger mais Gwen m'a tiré les vers du nez sous l'Imperium.
— Gwen! Thomas nous a dit que c'était elle qui l'avait agressé après sa retenue! s'exclama Lily paniquée.
— Non, c'est bon, la rassura Scorpius. On s'en est occupé.
Il désigna la silhouette étendue sur les dalles au fond de la pièce. Tom prononça solennellement son accord pour rendre la cape à Albus qui la récupéra avec joie. Il l'examina attentivement en la secouant un peu pour la dégager de tous les débris de pierrailles qui s'étaient accrochés au tissu.
— Vous étiez dans la salle de Gryffondor, n'est-ce pas? demanda soudain Albus, le regard brillant. C'était quoi l'épreuve?
— Quelle épreuve? demanda Lily.
— On a affronté un Basilic, soupira Tom en asseyant à même le sol, épuisé.
— Rose a affronté le Basilic, rectifia sa petite-amie. Sans elle, nous étions morts.
Albus émit un sifflement admiratif.
— Bravo, cousine.
Rose s'était extirpé des bras de Scorpius. Elle avait levé la tête et avait contemplé bouche bée les gravures sur les murs de pierre. Elle ignora les appels de Scorpius, les compliments d'Albus. Elle semblait ailleurs et obnubilée par les curieux dessins qui s'offraient à son regard.
— Donc, comprit Albus en se tournant vers Lily et Thomas, le Basilic réservé à cette salle était dans celle de Gryffondor. Salazar a dû jouer un sale tour à son rival.
— Il y avait un squelette de griffon, ajouta Rose.
— Salazar voulait sûrement piéger tous les Gryffondor en les faisant passer par son Basilic. Ils étaient sûr de mourir face au serpent géant. Vous l'avez échappé belle!
— Toi aussi, rétorqua Lily. Tu n'aurais jamais su maîtriser le Basilic. Tu ne parles pas Fourchelang que je sache.
— Je connais quelques mots!
— C'est ça, se moqua Lily. Tu lui aurais balancé un "ouvre-toi" et il t'aurait mordu sans hésitation.
Scorpius s'approcha de Rose qui parcourait, du bout des doigts, la ligne qu'avait suivi Albus avant son arrivée. Elle s'arrêta au milieu du mur, juste avant la première statue de blaireaux et fixa un point, le regard brillant.
— Ça va? demanda Scorpius en s'approchant de Rose.
— C'est une carte, murmura-t'elle.
Un bruit de raclement et d'engrenages les firent tous sursauter. Ils se tournèrent vers la nouvelle entrée qui s'ouvrit, une nouvelle fois dans la pierre, coupant court à la dispute entre Lily et Albus. Ceux-ci avaient levé leurs baguettes à tout vitesse pour la redescendre bien vite lorsqu'ils reconnurent Hugo. Le petit génie rouquin sortit des ténèbres pour entrer dans la salle, sans une égratignure, tranquille, sifflotant même. Il eut une petite expression de surprise lorsqu'il contempla le groupe devant lui, fatigué, égratigné de partout, recouvert de poussière et dont les vêtements tombaient en lambeaux pour certains.
— Qu'est-ce qu'il vous est arrivé? demanda Hugo en s'approchant.
Rose poussa une exclamation de soulagement lorsqu'elle vit son petit-frère sain et sauf. Elle délaissa les inscriptions aux murs pour se précipiter sur Hugo qu'elle serra dans ses bras.
— Lâche-moi! bredouilla Hugo, rougissant tout de même. Tu m'étouffes!
— Et toi? lui lança Albus.
— J'étais dans une autre salle. J'ai passé du bon temps avec un Sphynx.
— Un Sphynx?! s'exclamèrent Albus et Lily.
— Ben ouais… Il m'a posé une énigme. Et comme j'ai répondu hyper rapidement, il m'en a posé une autre, puis une autre. Il a abandonné à la dixième. Je lui ai même proposé de lui poser, moi, une énigme mais il a refusé.
— Quel genre de monstre es-tu? demanda Scorpius.
— Le genre qui meurt de faim. Bon, on bouge? On a retrouvé Tom et Albus, mission accomplie!
— Toi tu bouges, ordonna Albus en utilisant le même ton que son cousin. Je suppose que tu as déjà compris comment remonter à la surface…
— Evidemment, dit Hugo en haussant les épaules.
— Très bien alors il faut que tu emmènes les blessés au château et Gwen aussi. Thomas, je compte sur toi pour prendre soin de Lily.
Rose se tourna vers Albus. Lily avait déjà protesté et Hugo farfouillait déjà dans tous les coins à la recherche d'un portoloin.
— Qu'est-ce que tu cherches à faire? demanda Rose, suspicieuse. C'est bon, on rentre. Tu es sain et sauf. On a la cape. On s'en va.
— Elle a pas tort, vieux, ajouta Scorpius.
— Si, elle a tort. Il me reste une dernière personne à neutraliser.
— Ah oui? se moqua Lily. Qui?
— Le voleur de relique. Celui qui a osé profaner la tombe de Dumbledore.
— Eh bien sûr, dit Scorpius qui connaissait son meilleur ami par coeur. Tu sais qui c'est…
— Bien sûr!
Un large sourire éclaira son visage. Rose n'aima pas son regard brillant d'excitation. Elle dévisagea Scorpius qui se sentit aussi impuissant que la jeune fille.
Hugo poussa soudain un clapissement d'extase. Lorsque Rose se tourna vers lui et Scorpius s'étonna de l'air affolée de la jeune fille.
— C'est une carte! s'exclama-t'il. Une carte de quoi?
— Hugo! cria Rose d'une voix sévère qu'elle ne se connaissait pas.
— Quoi! répondit son petit-frère sur le même ton.
— Une carte? demanda Albus, intrigué.
Rose et Hugo se dévisagèrent intensément. Scorpius et tous les autres observèrent cet échange silencieux entre frère et soeur. Hugo avait les traits tirés et le visage fermé. Puis, soudainement et contre toute attente, il se détendit, sourit et eut un petit rire amusé.
— J'en sais rien. Je ne comprends pas cette langue.
Scorpius comprit immédiatement que le petit génie mentait. Et si lui l'avait décelé, ce pitoyable mensonge n'allait pas échapper à son meilleur ami. Le visage soulagé de Rose lui confirma qu'il était important de maintenir le secret de cette salle.
— Attendez, dit Albus méfiant. Tu sais ce dont ça parle?
Hugo haussa les épaules et se tourna vers un socle de pierre à l'air banal. Scorpius s'approcha d'Albus.
— Laisse-tomber, vieux. On a plus important à gérer. La source… Le voleur…
— J'ai trouvé le portoloin! s'exclama gaiement Hugo.
Scorpius sentit son ami hésité. Puis au bout du compte, Albus soupira et donna ses dernières indications au groupe qui allait remonter à la surface. Tom fit léviter le corps, toujours pétrifié, de Gwen vers le socle gardé par Hugo.
Scorpius fut presque tenté de prendre Rose par la main et de suivre les autres, bien à l'abri, dans la salle d'infirmerie de Poudlard. Mais Albus se tournait déjà vers lui, plein d'espoir. Les épaules de Scorpius s'affaisèrent devant le regard suppliant d'Albus. Il poussa un soupir résigné et hocha brièvement la tête. Après tout, il n'allait tout de même pas laisser son meilleur ami risquer sa vie tout seul. Même si un Serpentard n'était pas courageux, il était au moins dévoué à ceux qu'il aimait. Si son père lui avait bien appris quelque chose de positif, c'était bien cette leçon.
— Très bien! dit Scorpius. On y va. Mais j'espère que tu as un plan!
