32
LA SOURCE
Albus et Scorpius entrèrent, seuls, dans l'ouverture qui s'était soudain matérialisée devant eux. Ils progressèrent en silence, tendus, baguette en main jusqu'à tomber nez à nez avec la statue d'un immense blaireau, l'air aussi digne que possible pour un blaireau.
— Tu es sûr qu'on se dirige vers la source? C'est pas plutôt la salle d'épreuves des Poufsouffle?
— La source est la salle d'épreuve, répondit Albus en contemplant le blaireau. N'oublie pas que c'est Helga Poufsouffle qui a découvert la source la première et qu'elle accepte tous les autres.
— Les autres?
— Les exclus…
Albus rajusta ses lunettes sur son nez en souriant. Il passa distraitement une main sur l'une des pattes du blaireau de pierre puis s'avança vers l'obscurité. Plus ils progressaient, plus les ténèbres s'éclaircissaient. Un lueur blanche, pâle, traça leurs ombres sur les murs de roches humides. Bientôt, une lumière éclatante éclaira toute la pièce et les deux sorciers purent voir clairement. La salle était plus immense que toutes celles qu'ils avaient traversé avant ça. Ils distinguait au centre une grande fosse d'une roche plus claire, comme recouverte de calcaire et en son centre, un puit, énorme, épicentre de la lumière qui se diffusait dans toute la pièce.
Debout, face au puit de lumière, une haute silhouette attendait, comme captivé par ce qu'il voyait au fond du puits. En le voyant, Scorpius eut une étrange impression: celle de reconnaître le même pressentiment de danger qu'il avait ressenti dans la forêt interdite lorsqu'il courait après le voleur de Reliques. Le Serpentard sentit la peur l'envahir et sa main trembla en serrant sa baguette. Il n'avait aucun doute sur l'identité de l'homme debout, face à la source de Poudlard. Il s'agissait du même homme qui les avait attaqués près de la tombe de Dumbledore, celui qui lui avait balancé, sans aucune hésitation, le sort de mort.
— Albus…, marmonna Scorpius en descendant la butte pour rejoindre le puits. Fais attention! Il est dangereux.
— Je sais…
Les deux jeunes gens descendirent lentement, appréhendant l'échange qui allait suivre. Sous la lumière froide qui émanait du puits, la roche présentait de curieux reflet comme s'ils étaient sous l'eau. La terre battue, sous leurs pieds, s'était colorée d'un beau lavande. Un vent curieux soufflait dans leur robe en les faisant tressaillir à chaque pas. Les cailloux à leurs pieds, emportés par ce souffle étrange, semblaient fuir le centre d'énergie. Leurs silhouettes mouvantes créaient de grandes ombres sur les murs, de grandes masses sombres qui se rapprochaient de plus en plus de celle unique, menaçante, immobile, devant eux.
La baguette de Scorpius se mit à vibrer dans sa main et il ne sut si c'était dû à ses tremblements ou à l'énergie émise par le foyer du puits.
Albus brandit la sienne, l'air furieux et prêt à en découdre. Scorpius l'imita, le regard rivé sur la cape noire de l'homme qui leur tournait le dos.
— Vous nous attendiez, je crois, dit Albus d'une voix ferme. Nous voici!
Scorpius dévisagea son ami. Il n'était plus sûr de la stratégie qu'ils avaient mis en place avant de se lancer dans la gueule du loup. Albus avait tendance à se laisser emporter par son désir de victoire. Mais il n'était pas là lorsque Rose et lui s'étaient fait attaquer dans le parc du château. Il ne connaissait rien de la puissance de l'homme qu'ils allaient devoir affronter. Scorpius avait déjà perdu contre lui. Il n'était pas sûr de le battre aujourd'hui.
Lorsqu'il entendit la voix d'Albus, l'homme se retourna lentement. Grand, mince, un capuchon noir sur la tête, Scorpius contempla, bouche bée, le visage de son professeur préféré. Le Professeur Radcliffe lui souriait, la baguette de Sureau en main.
— Bonsoir, messieurs. En effet, je vous attendais, Monsieur Potter. Vous avez quelque chose pour moi.
— Professeur Radcliffe?! Tu le savais? demanda-t'il à Albus.
— Oui et c'est pour ça que j'ai fini sous le sortilège d'Imperium de Gwen. J'ai voulu le confondre pendant le match mais ça s'est mal goupillé.
— Vous présumez toujours de votre intelligence, Potter. C'est votre plus grand défaut. Comme maintenant… Je suis sûr que vous avez la cape avec vous. Donnez-la-moi!
— Vous êtes le voleur de Reliques, dit Scorpius sans y croire. C'est impossible, vous êtes un cracmol!
Radcliffe eut d'abord un rictus qui se transforma en éclat de rire, lugubre. Scorpius ne reconnaissait plus du tout son professeur.
— Vous avez joué la comédie pendant tout ce temps…, dit-il encore choqué. Pourquoi? Tous ces efforts… J'ai un milliard de questions à vous poser.
— J'en avais aussi, dit Albus, sa baguette toujours pointée sur Radcliffe. Mais il ne m'a pas donné le temps de toutes les poser avant de me stupéfixier.
— Vous êtes des jeunes gens très intelligents, commença Radcliffe. Plusieurs fois, nous avons eu peur que vous ne fassiez capoter tous nos plans. Mais à chaque fois, vos théories tombaient à côté. Il a été tellement facile de vous manipuler pour nous débarrasser de Chase avec votre concours, par exemple.
— Oui mais vous avez échoué à me voler la cape, encore une fois! répliqua Albus.
Le rictus moqueur de Radcliffe se transforma en moue vexée.
— C'est étrange que la seule relique m'appartenant vous ait à chaque fois échappée.
— Plus pour longtemps! rugit Radcliffe en levant sa baguette.
— C'est parti! cria Albus à Scorpius en le poussant sur le côté.
Les deux garçons s'étaient préparés au début des hostilités. Dans le plan d'Albus, ils auraient dû faire parler Radcliffe le plus longtemps possible. Mais apparemment, le voleur était pressé d'en finir. Le sort mortel toucha le sol là où les deux Serpentard s'étaient tenus une seconde plus tôt. La baguette de Sureau creusa la roche en la faisait exploser. Scorpius plongea, à toute vitesse, derrière un épais rocher et regarda à côté si Albus était, lui aussi à l'abri.
Albus n'avait pas attendu pour contre-attaquer. Il fit de complexe mouvement de poignet en marmonnant des formules. Aussitôt, les pierres aux alentours se rassemblèrent, dans un entrechoc bruyant, pour former à peu près une sorte de golem menaçant. Le pantin de pierre, dirigé par Albus, se posta devant Radcliffe qui lui envoya bon nombres d'éclairs, rouge et vert, jusqu'à ce que le géant perde quelques pierres en chemin.
Scorpius sut qu'il devait agir, lui aussi. Il fabriqua un autre pantin de pierres, sous la forme d'un félin et lui ordonna de bondir sur Radcliffe. Celui-ci, occupé déjà avec le géant d'Albus, ne vit pas tout de suite la panthère rocailleuse qui sauta de l'abri de Scorpius jusqu'au voleur de Reliques. Au dernier moment, alors que le félin sortait ses griffes de roches, Radcliffe leva sa main libre vers l'animal et l'immobilisa en plein bond. Sous le regard horrifié de Scorpius, il serra le poing et sa marionnette s'effrita pour retomber au sol sous la forme de sable. L'instant d'après, alors que le golem abattait son poing dans la direction de Radcliffe, celui-ci se volatilisa aussitôt pour réapparaître derrière les garçons. Le Professeur leva sa baguette vers Scorpius qui ne vit qu'un éclair lumineux vert scintillé au bout.
Alors qu'il pensait bientôt mourir, Albus lui envoya un sort qui le fit glisser sur le sol à trois bons mètres sur le côté. L'Avada Kedavra de Radcliffe fit éclater l'abri rudimentaire de Scorpius.
Il envoya un autre sortilège mortel à Scorpius qui avait repris ses esprits et courait, à présent, à toutes jambes, autour de la salle en baissant la tête. Les éclairs verts frappaient la roche des murs dans des explosions assourdissantes au-dessus de la tête du Serpentard. Les oreilles de Scorpius ne produisaient qu'un long sifflement strident et ses poumons étaient en feu à force de courir, bondir, rouler, entre les obstacles et les sortilèges de mort.
— ALBUS! Ce serait le moment d'agir! hurla Scorpius en se cachant encore derrière une pierre.
Scorpius n'eut pas à l'appeler deux fois. Albus remua légèrement sa baguette magique et la force du sortilège qui en sortit fut telle que Scorpius fut assailli, tout à coup, des débris des explosions de Radcliffe. Celui-ci, d'un simple mouvement de baguette, dévia la trajectoire du sort d'Albus qui toucha le plafond en le fissurant de par en par. La terre se mit soudain à trembler et Scorpius n'eut soudain peur que tout s'effondre sur eux.
Radcliffe eut, sans doute, la même crainte, car il arrêta brusquement ses jets d'éclairs dans la direction de Scorpius.
Pendant cette petite pause, les jambes tremblantes, couvert de sueur et de poussières, il se demanda pourquoi s'était lui qui se terrait comme un lapin à échapper aux Avada Kedavra de son professeur préféré alors que c'était Albus qui avait la cape. Il eut tout de suite la réponse lorsqu'il sentit soudain une pression curieuse au niveau de son nombril comme s'il avait touché un Portoloin. Pris de panique, Scorpius se retint aux fissures du mur, près de lui, sans réussir à maintenir sa prise très longtemps. Il fut extirpé de sa cachette et emporté de force, droit vers Radcliffe qui levait déjà la main pour l'attraper.
Le sol s'était arrêté de trembler et Scorpius vola dans les bras de Radcliffe qui le traîna près de la source. La baguette de Sureau sous la gorge, Scorpius avait une vue plongeante sur le puits. Au fond du trou, il ne voyait que des volutes de lumières qui tourbillonnaient dans un sens, puis dans l'autre, dans un maelstrom d'énergie incompréhensible. Il savait que s'il regardait trop longtemps le fond de source, il pourrait très bien en perdre la raison.
— On a assez joué! rugit Radcliffe en se tournant vers Albus. Donne-moi la cape.
Scorpius vit son ami se redresser lentement, le souffle court, les cheveux emmêlés et ses lunettes de travers. Sa main, celle qui serrait sa baguette tremblait. Malgré la peur, Albus ne bougea pas.
— Je t'ordonne de me donner cette cape! cria encore Radcliffe.
— Cela ne marche pas si vous me forcer…
— Pourquoi crois-tu me je menace ton meilleur ami…? Offre-moi la cape ou je le tue.
Si Albus était désespéré, il ne le montra pas. Scorpius était comme paralysé, collé contre Radcliffe qui exerçait une simple pression sous sa gorge. Le bout de sa baguette fumait et il ressentait une vive brûlure sans pouvoir hurler ou crier de douleur. Tous ses membres étaient paralysés par le sort que lui avait lancé Radcliffe. Il aurait voulu hurler à Albus de s'enfuir, de tout annuler. Radcliffe était bien trop puissant. Ils ne pourraient jamais gagner.
— J'ai remarqué comment tu lui sauves la mise à chaque fois. Il compte beaucoup pour toi, pas vrai? railla Radcliffe. Plus qu'une cape, j'en suis sûr.
— Vous ne le ferez pas! lança Albus, la voix légèrement tremblante.
— Détrompes-toi! J'ai déjà tué l'une de mes élèves, cela ne me dérange pas de recommencer.
— Vous parlez d'Erin Morton, pas vrai?
Scorpius reconnaissait cette stratégie. Albus le faisait parler pour gagner du temps. S'ils avaient du temps, cela pouvait marcher.
— Comment connais-tu ce nom? s'étonna Radcliffe.
— Chase en a parlé à proximité d'oreilles indiscrètes. C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de remonter jusqu'à vous. Erin Morton était élève à votre cours dans une université de moldus réputées. Il m'a suffit de faire le lien.
Scorpius sentit la pression de la baguette de Sureau augmenté sous son menton. Radcliffe avait renforcé sa prise, nerveux et irrité. Albus s'avança de quelques pas.
— Ce que je n'explique toujours pas par contre, c'est pourquoi tout ça? demanda-t'il en désignant la source, lui, Radcliffe et Scorpius. Pourquoi avez-vous besoin des Reliques de la mort? Pour contrôler la source? Pour avoir plus de pouvoir?
— Tu n'as rien compris! cracha Radcliffe en reculant encore près du puits. Nous ne voulons pas utiliser la source… nous voulons la détruire!
Albus opina exagérément en poussant un 'ah' compréhensif.
— Et vous utilisez les artefacts les plus puissants du monde magique, connus en tout cas et qui en plus on une Magie plutôt destructrice. Enfin, surtout la baguette de Sureau. D'accord…, admit Albus. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi. A quoi ça vous servirait de faire ça? Pourquoi détruire la source? Vous savez que vous détruirez l'école? C'est ce que vous désirez? En plus en tant que cracmol, on pourrait croire que c'est plutôt le pouvoir que vous recherchez… Si vous utilisez la source, vous l'auriez ce pouvoir. Et puis de toute façon, comment un cracmol qui sait à peine faire léviter une plume, est capable de détruire les protections magiques de la tombe de Dumbledore? Tout ça n'a aucun sens!
Radcliffe se mit à rire, un ricanement macabre, bestial et terrifiant. Albus pinça les lèvres tandis que Scorpius supportait, toujours en silence, l'hilarité destatable de son assaillant.
— Une fois de plus, vous tombez à côté, Potter. Vous êtes si loin de la vérité. Mais un conseil...abandonnez! Vous faites face à des choses qui vous dépassent. Bientôt, un ordre nouveau verra le jour. Le Monde Magique en sera radicalement transformé. Et tout commence ici, avec vous et cette maudite cape. Maintenant, donnez-la moi ou je tue votre ami.
Scorpius hurlait dans sa tête sans pouvoir produire le moindre son. Il aurait voulu se débattre, faire un signe à Albus. Celui-ci avait plongé son regard dans celui de son meilleur ami. Il espérait sans doute un signe, n'importe quoi qui aurait pu lui faire comprendre quelque chose, l'empêcher de commettre l'irréparable. Les traits d'Albus se crispèrent un peu plus tandis qu'il abaissa sa baguette en signe de résignation. Il s'avança de quelques pas, fouillant dans son dos, la mine défaite.
La main de Radcliffe glissa du menton de Scorpius pour se tendre vers Albus qui marchait encore vers le professeur. Ce dernier brandissait toujours la baguette de Sureau et Scorpius pouvait presque sentir son impatience à enfin posséder la dernière relique manquante. Scorpius observa la scène, comme au ralenti. Radcliffe s'avançait pas après pas, poussant son otage en avant pour s'approcher d'Albus. Celui-ci farfouillait encore sous sa robe en ne quittant pas Scorpius des poussa Scorpius tout contre le puits. Il maintint sa prise sur son otage silencieux et tendit la main au-dessus de la source pour attraper la précieuse dernière relique que lui offrait Albus. A ce moment précis, celui-ci acquiesça subrepticement et Scorpius comprit que le moment était venu.
— Maintenant! cria Albus.
Radcliffe n'eut pas le temps de réagir. Deux mains brandissant l'épée de Gryffondor émergèrent du vide et frappèrent la main tendue de Radcliffe, cette même main qui serrait entre ses doigts la puissante baguette de Sureau.
Le professeur poussa un hurlement entre la douleur et la rage. Il agita son moignon dans tous les sens en repoussant Scorpius qui tomba au sol à côté de Rose qui se défit de la cape, sa lame tachée du sang de son ennemi. La main et la baguette tombèrent dans le magma lumineux du puits et un geyser d'énergie jaillit soudain jusqu'à toucher le plafond de roche au-dessus de leur tête. Le souffle de magie désarçonna Rose qui lâcha l'épée de Gryffondor pour se raccrocher au bord du tomba à la renverse dans un cri d'effroi. Quant à Radcliffe, il perdit l'équilibre et bascula de l'autre côté, se prenant de plein fouet les émanations de magie que déglutissait la source.
Radcliffe se mit à pousser hurlement épouvantable par-dessus le souffle bruyant du puits de magie. Il s'accrochait de toutes ses forces et sa main, brûlée, presque décharnée, s'accrocha à la cape que tenait toujours Rose par-dessus le bord de bois du puits. La source aspira sa magie et la retombée fut brutale. Radcliffe tomba, tenant fermement la cape d'invisibilité qui entraîna Rose dans sa chute. La jeune fille bascula dans le vide et s'accrocha d'une main désespérée au rebord, tractant, derrière elle, le poids presque mort de Radcliffe.
— ROSE! Non, non, non, non! hurla Scorpius en se relevant maladroitement.
Il se précipita sur elle, se penchant le plus possible pour l'attraper et la remonter. Mais ils pesaient trop lourd. La main de Rose glissa du bord et tandis que Rose poussa un hurlement, Scorpius attrapa son poignet.
— Lâche la cape! cria Scorpius dont les bras tremblaient sous l'effort.
Radcliffe était incroyablement tenace. Son visage à moitié brûlé par les émanations de la source, il remontait le long de la cape pour attrapper le poignet de Rose.
— NON! s'écria Albus. Si les trois reliques tombent, c'est la fin.
— Aide-moi au lieu de dire des conneries! rugit Scorpius, perlant de douleur.
Rose gémissait de peur et de douleur. Scorpius lut dans ses yeux la panique et une sorte d'horrible acceptation qui le rendit malade. Il maintint sa prise, haletant, suffoquant tandis qu'Albus s'approchait en courant. Il n'avait qu'une priorité, là, maintenant: rassurée la fille qu'il aimait.
— Rose! cria-t'il pour elle mais aussi pour lui. Regarde-moi! Ça va aller! Regarde-moi! Ce salopard ne t'entraîne pas au fond de ce puits de merde. ET LÂCHEZ, VOUS! hurla-t'il à son professeur.
— J'ai perdu ma baguette, gémit Albus qui se laissait gagner par la panique.
— PRENDS LA MIENNE! hurla Scorpius à bout de force.
Albus farfouilla les débris du sol du regard et poussa une exclamation en délivrant la baguette de Scorpius d'un gros rocher sous laquelle elle avait roulé.
— Rose! appela encore Scorpius. Tiens bien la cape.
— Il arrive! cria cette dernière en jetant un coup d'oeil en bas.
Radcliffe poussa un râle terrifiant en levant sa main sur le poignet crispé de Rose qui tenait toujours serré dans son poing la cape d'Albus. Celui-ci pointa la baguette de son ami sur le professeur qui allait saisir la main de Rose à tout moment.
— Vise bien, lui dit Scorpius d'une voix blanche.
— Experlliarmus! s'exclama Albus.
Un jet rougeâtre fendit l'air et toucha Radcliffe au poignet alors que ses doigts se refermaient sur celui de Rose. Il émit un son qui ressemblait à un cri de surprise et il bascula. Scorpius contempla ce corps mutilé tombé au ralentis comme une mauvaise blague. Les yeux ensanglantés de son ancien professeur préférés s'écarquillèrent de peur. Le jeune Serpentard eut soudain pitié de cet homme qui sombra dans le magma bleuté.
Albus aida Scorpius a remonté Rose, juste à temps. Dès qu'elle posa un pied sur la terre ferme, le puits de la source vomit un nouveau geyser d'énergie, plus violent que le premier. Scorpius tint Rose dans ses bras tandis qu'Albus se retenait tant bien que mal pour ne pas se faire emporter par le souffle de la magie soudain expulsée par la source. Cela dura quelques minutes, intenses et effrayantes jusqu'à ce que tout se calme à nouveau.
Albus fut le premier à se relever, sondant les profondeurs du trou béant qui bouillonnait encore de son activité alarmante.
— La baguette de Sureau et la pierre de résurrection sont détruite…, dit-il tristement.
— Et Radcliffe est mort, gémit Scorpius.
Sa voix s'était brisée tandis qu'il serrait encore Rose dans ses bras. Même si son professeur les avait menacés de mort à plusieurs reprises, Scorpius n'avait jamais désiré une telle issue. C'était la première fois qu'il voyait la mort en face et cela ne lui plaisait pas du tout. Il tremblait et Rose leva des yeux choqués sur lui. Albus restait silencieux, stoïque face au décès de son professeur.
— Il n'a pas répondu à mes questions, dit-il presque dans un murmure.
— C'est tout ce qui t'importe? s'exclama Scorpius outré.
— De toute façon, c'est fini, répondit Albus d'une voix amère.
Il s'éloigna à pas lent, l'échine basse, comme déçu par les évènements. Scorpius le contemplait repartir vers la sortie en se demandant ce qui pouvait bien clocher chez lui. Ils s'en étaient sortis vivants et c'était déjà un miracle.
— Ça va? demanda-t'il à Rose en écartant les mèches rebelles de son visage.
Rose semblait choquée, terrassée par l'idée de sa mort imminente. Elle tenait encore, serrée dans ses mains, la cape d'Albus qui avait failli lui coûter la vie. Ses lèvres étaient blanches et Scorpius ne put s'empêcher de les embrasser pour leur ramener un peu de couleur. D'abord surprise, Rose ne réagit pas tout de suite à l'étreinte du Serpentard. Mais, bien vite, ses mains délaissèrent la cape pour s'accrocher aux épaules de Scorpius qui l'étreignit davantage.
— Je t'ai encore sauvé la vie, dit-il en s'écartant avec un sourire. Tu me dois encore une vie.
Pour toute réponse, Rose l'embrassa de plus belle.
